E. Armand, “Réfractaires! / Refractories!” and Bizeau, “My Desires!” (1907)

RÉFRACTAIRES !

J’aime le Révolté qui ne se courbe pas,
J’aime le chemineau qui préfère la route
Au pain blanc, au foyer, qui s’asseoit les pieds las
Sur le bord d’un fossé, dévorant une croûte

Que jetterait un chien. J’aime le réfractaire
Qui risque et qu’on pourchasse. O héros, nul n’écrit
Vos gestes de fierté : vous passez sur la terre
Méconnus et pourtant vous incarnez l’esprit.

Les repus, les gens d’ordre et de relation sûre
Sourient en vous voyant et fuient la haine au cœur;
Leur rire est de la crainte. Ils sont la pourriture
Et vous êtes le sel. Or, vous leur faites peur.

J’aime qui vit sa vie en marge de ce monde,
Je sens que si glissant est souvent son chemin
Son plaisir est plus pur, sa joie est plus profonde
Et que par son effort il prépare demain.

E. ARMAND.

Refractories!

I love the Rebel who does not bend,
I love the vagabond who prefers the road
To the white bread, to the hearth, who sits with tired feet
On the edge of a ditch, devouring a crust

That  a dog would discard. I love the refractory
Who risks and is hunted down. Oh, hero, no one writes
Of your proud deeds: you pass across the earth
Unknown, and yet you embody the spirit.

The well-fed, the people of order and safe relations
Smile when they see you and flee the hate in your heart;
Their laughter comes from fear. They are the rottenness
And you are the salt. So you frighten them.

I love those who live their lives on the margins of this world,
I feel that if their way is often slippery
Their pleasure is purer, they joy is more profound
And that through their efforts they prepare tomorrow.

E. ARMAND.

MES VOULOIRS !

Je veux boire à ma soif et manger à ma faim
Et lorsque le sommeil me ferme les paupières
Je veux dormir ailleurs que sur le grand chemin
Où trop souvent pour lit je n’ai qu’un tas de pierres.

Je ne veux plus ainsi traîner jusqu’à la fin
Les haillons devant qui se ferment les chaumières;
Et je veux m’éduquer suffisamment afin
De tailler aux bourgeois de solides croupières.

Je veux me reposer quand mes membres sont las
Et non lorsque dans l’air résonnera le glas
Qui tintera la fin de ma vie de misère,

Je veux participer au travail, mais aussi
Dans l’avoir collectif par mon labeur grossi
Je veux prendre en retour, ce qui m’est nécessaire.

BIZEAU.

My Desires!

I want to drink when I’m thirsty and eat when I’m hungry
And when sleep closes my eyelids
I want to sleep somewhere other than the highway
Where too often I only have stones for a bed.

I no longer want drag around endlessly
These rags, before which all cottages are closed;
And I want to educated myself well enough
To stick a solid spoke in the wheel of the bourgeois.

I want to rest when my limbs are tired
And not when the bell sounds in the air
That will toll the end of my life of misery,

I want to share in labor, but also
In the collective assets that my labor increases
I want to take, in turn, the things that I need.

BIZEAU.


  • E. Armand, “Réfractaires!” L’Anarchie 3 no. 131 (10 octobre 1907): 2.
  • [Eugène] Bizeau, “Mes vouloirs!” L’Anarchie 3 no. 131 (10 octobre 1907): 2.

[English adaptations by Shawn P. Wilbur]

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