poetry

E. Armand, “Les papillons de nuit / Moths” (1916)

Les papillons de nuit THÉORIQUEMENT, je ne suis pas tendre pour les inaptes à l’effort, Et j’avoue que je ne me lamenterais pas outre mesure si ceux qui ne peuvent se passer d’autorité libéraient de leur présence le sol de la planète, Valets et maitres, meneurs et menés, matriculés et matriculateurs, représentants et représentés, Y compris — ceci entre nous — les dames que démange le prurit électif. Mais je ne suis point cruel. Je suis bien trop égoïste pour subir de voir ou d’entendre geindre, souffrir, supplicier ou torturer autour de moi. Je le suis à ce point que […]
poetry

E. Armand, “L’heure crépusculaire” / “The Twilight Hour” (1937)

l’heure crépusculaire Voici l’heure crépusculaire : gris est le ciel, une pluie fine tombe, il y a des résidus de neige sur la route, immense est la solitude, le jour s’achève lamentablement sans grandeur et sans gloire, et la nuit tarde à tomber, c’est à peine si deux ou trois étoiles scintillent faiblement. Quelque part un chien aboie lugubrement, Ombres frêles, de petites filles envoyées en commission hâtant le pas, se garant de la bruine comme elles le peuvent. Squelettiques et désolés, des arbres dépouillés se découpent sur l’horizon. En moi, il fait aussi clair-obscur, moitié jour et moitié nuit, […]
poetry

E. Armand, “Variations on Poetry” (1929)

Variations sur la Poésie Je n’aime pas le poète missionnaire ; Je n’aime pas le poète convertisseur ; Je n’aime pas le chanteur social ; Je m’insoucie de la chanson brochure de propagande. Je n’apprécie de poésie que celle qui est le récit une expérience individuelle. Raconte-moi, poète, ta joie, tes espoirs : crie-les, pleure-les, hurle-les, mais émeus-moi. Je ne te demande point de doubler le prêtre ou le politicien. non— ce que j’attends de toi, c’est que tu me fasses vibrer à l’unisson de tes perceptions. Poète, fais-moi tressaillir, frissonner avec toi, avec toi me réjouir, aimer et haïr […]
poetry

E. Armand, “Souvenir / Memory” (1906)

Souvenir On ne peut demander à un individu donné plus qu’à d’autres la perfection: chacun a ses tentations : il n’en est pas responsable. Ce dont il est responsable c’est la façon dont il en triomphe. — Marie Kugel. Dans la nuit calme, hier, j’ai relu « ses » lettres ; Profond et lourd aussi le silence planait, Il était tard ; nul bruit ; obscures les fenêtres… Hélas ! mon âme en deuil ne connaît plus la paix… Pauvres fragments épars ; échos d’espoirs sans nombre, Beaux songes envolés pour ne plus revenir, Songes qu’on prolongeait à voix basse et dans l’ombre, — […]
Featured articles

E. Armand, “Because I Consider You To Be Mine” (1913)

Parce que je te considère comme mien. Parce que je te considère comme mien, je m’intéresse à toi. Parce que je sais que je puis compter sur toi dans les heures difficiles, ou sur tes caresses quand parlent mes sens, ou sur ton savoir quand mes propres lumières défaillent, ou sur ton appui matériel quand je me trouve à bout de ressources, ou sur la sympathie quand je m’embarque dans quelque aventure de ton goût. Parce que tu es ma propriété. Parce que tu m’appartiens et que je puis faire fond sur cette possession. Parce que toi aussi tu me […]
poetry

E. Armand, “Rêve païen / Pagan Dream” (1913)

Rêve païen Aimant la vie, aimant l’amour, aimant Ia chair, Il m’arrive parfois, remontant des années Le cours lointain, de voir, en mon rêve, une mer D’azur comme le ciel, et des rives baignées D’une lumière ardente et limpide. À Vénus, Un temple consacré décore une colline, Tout proche, et dans un bois d’oliviers dansent nus, Lascifs, de Pan des fils et des filles… Divine, La brise douce exhale et sème le désir. La volupté m’entoure et je me sens comme ivre… O coupe qui jamais ne s’épuise… Saisir D’une femme le corps qui palpite et se livre, L’étreindre, l’enserrer, […]
poetry

E. Armand, “Estompe / Fading” (1924)

Estompe Je soulevai légèrement et délicatement le rideau de l’unique fenêtre de cette chambre où nous nous étions rencontrés, où nous nous étions aimés une heure, peut-être un peu plus, peut-être un peu moins — les minutes avaient coulé si vite! Je soulevai donc ce rideau et je l’aperçus qui s’éloignait dans la rue sans rien qui la différenciat des autres femmes. Le jour agonisait dans cette pièce, mais elle était pleine de clartés, de sons et de gestes, lesquels, pour être perçus, demandent probablement une vision et une ouïe autres que celles que peuvent, à l’état ordinaire, procurer les […]