E. Armand, “Because I Consider You To Be Mine” (1913)

Parce que je te considère comme mien.

Parce que je te considère comme mien, je m’intéresse à toi. Parce que je sais que je puis compter sur toi dans les heures difficiles, ou sur tes caresses quand parlent mes sens, ou sur ton savoir quand mes propres lumières défaillent, ou sur ton appui matériel quand je me trouve à bout de ressources, ou sur la sympathie quand je m’embarque dans quelque aventure de ton goût. Parce que tu es ma propriété. Parce que tu m’appartiens et que je puis faire fond sur cette possession. Parce que toi aussi tu me considère comme tien et comme ta propriété. Je te désire toutes les félicités souhaitables. Et parmi celles-ci, la félicité de la libération individuelle qui est le bonheur le plus grand qui se puisse concevoir. Je te souhaite d’être libéré des chaines du passé et des engagements du devenir. Je te souhaite d’être affranchi des règles de conduite irrevisables et de la crainte de vivre. Je te souhaite d’être délivré de la recherche de l’approbation d’autrui. Je te désire belle, forte et voluptueuse, ô ma camarade. Je te désire vigoureux, audacieux et sensuel, ô mon camarade. Je désire te voir un pli dédaigneux sur les lèvres lorsqu’en ta présence on parle des luttes politiques et des compétitions commerciales de ce monde. Et je veux m’employer de toutes mes forces à ce que tu sois ou deviennes tout cela. Non pour toi, mais pour moi. Parce j’y trouve mon plaisir: Plus tu montes vers les sommets de l’autonomie personnelle, plus tu te montres assoiffé de vivre, plus tu vis indifférent aux banalités qui font s’agiter les masses, plus je te sens mon camarade. Et je ne demande pas de toi que tu me traites autrement.

E. Armand

Because I Consider You To Be Mine.

Because I consider you to be mine, I take an interest in you. Because I know that I can count on you in the difficult times, on your caresses when my senses speak, on your knowledge when my own fails, on your material support when I find myself at the end of my resources, or on your sympathy when I embark on some adventure that is to your taste. Because you are my property. Because you belong to me and I can build on that possession. Because you also consider me as your own and as your property. I wish for you all the happiness you could desire. And among those, the pleasure of individual liberation, which is the greatest good that we can imagine. I want you to be free of the chains of the past and the commitment of the future. I want you to be free of rigid rules of conduct and of the fear of living. I hope that you will be liberated from seeking the approval of others. I long for you to be beautiful, strong and voluptuous, my camarade. I long, my comrade. to be vigorous, audacious and sensual. I like to see a disdainful curl to our lip when in the presence of those who speak of the political struggles and commercial competitions of this world. And I want to employ all my strength to see that you are or become all of that. Not for you, but for me. Because I find my pleasure in it. The more you rise toward the summits of individual autonomy, the more you show yourself thirsty for life, the more indifferent you are to the banalities that stir up the masses, the more I feel that you are my camarade. And I do not ask that you treat me any differently.

E. Armand

E. Armand, “Parce que je tu considère comme mien,” Les Réfractaires no. 2-3 (31 janvier 1913): 13

[Working translation by Shawn P. Wilbur]

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