E. Armand, “Rêve païen / Pagan Dream” (1913)

Rêve païen

Aimant la vie, aimant l’amour, aimant Ia chair,
Il m’arrive parfois, remontant des années
Le cours lointain, de voir, en mon rêve, une mer
D’azur comme le ciel, et des rives baignées

D’une lumière ardente et limpide. À Vénus,
Un temple consacré décore une colline,
Tout proche, et dans un bois d’oliviers dansent nus,
Lascifs, de Pan des fils et des filles… Divine,

La brise douce exhale et sème le désir.
La volupté m’entoure et je me sens comme ivre…
O coupe qui jamais ne s’épuise… Saisir
D’une femme le corps qui palpite et se livre,

L’étreindre, l’enserrer, se donner en retour,
Dans un geste, tout soi, sans retenue… O joie
Tout soi… Pourquoi faut-il que se lève le jour
Et que meure le songe auquel j’étais en proie ?

(Les Réfractaires nos. 10-11-12)

Pagan Dream

Loving life, loving love, loving the flesh, I sometimes see, retracing in my dreams the course of distant years, a sea blue as the sky and banks bathed in a clear, blazing light.

A temple, dedicated to Venus, crowns a hill, while nearby, in a wood of olive trees, the lusty sons and daughters of Pan dance naked…

Divine, the gentle breeze exhales and sows desire.

I am encircled by delight and feel like I am drunk…

O cup that never runs dry…

To grasp the body of a woman who quivers and surrenders, to embrace her and hold on tight, giving myself in return, my whole self, with one movement, without restraint…

Oh, joy! My whole self…

Why must the day break and why must the dream that gripped me fade away?

(Les Réfractaires nos. 10-11-12)

E. Armand, “Rimes païennes,” Les Réfractaires no. 10-11-12 (15 mai-fin juin 1913): 37.

Published as “Rêve païe” in Poèmes charnels et poésies sentimentales (1927.)

[English adaptation by Shawn P. Wilbur]

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