Han Ryner, Deo Optimo Maximo (1919)

Deo Optimo Maximo

By Han Ryner

L’HOMME parle:

O Dieu, tu ne saurais m’entendre, et pourtant je te parle.

Comme il m’arrive de parler à Hélène, à don Quichotte, à Faust, ou à quelque autre de mes fils.

Mais à plusieurs de mes fils je parle en me glorifiant, car je leur ai donné le trésor d’immortalité.

Toi à qui je n’ai su donner que la pauvre éternité, je te parle en humilité inquiète.

O mon fils que j’appelais Père, je n’ai pas su te créer viable, et, voici que tu es mort.

Lorsque je te créai Dieu, je ne savais pas bien ce que je voulais.

Ou plutôt je voulais trop de choses, et contradictoires.

Je voulais satisfaire mon imagination et son ambitieuse pauvreté. C’est pourquoi je t’ai donné l’unité.

Je voulais flatter mon intelligence, et sa paresse, et son besoin de s’arrêter. Pour croire que je comprenais le monde, je t’ai donné la toute-puissance et je t’ai appelé Créateur.

Je voulais apaiser mon cœur, et je t’ai donné justice et bonté.

Hélas ! je t’ai vu bientôt chanceler sous le poids de tant de présents.

Ni toi, mon Rêve, ni moi, mes Mains, n’avons pu faire que le monde réel soit juste et bon.

Longtemps j’ai refusé d’avouer mon erreur, et j’ai soutenu ton chancellement de mille appuis subtils.

Je t’ai déclaré trop grand pour que je te puisse comprendre. Et mon intelligence est redevenue insatisfaite.

Je me suis affirmé que les mots “bonté” et “justice” n’avaient plus le S.S.—Oct.—9

même sens quand je parle de toi, immense, ou de moi, infime. Mais je me suis aperçu que je ne savais plus ce que je disais, et mon cœur a recommencé de pleurer.

Et je t’ai vu mourir, écrasé sous le poids de mes présents.

J’avais voulu te donner tout le réel et tout l’Idéal.

Mais le réel et l’idéal sont de farouches ennemis, et ils t’ont, déchiré dans le combat qui ne finira point.

Pour te sauver, j’ai renoncé à l’impossible unité. Je t’ai fait double, ô Ormuzd-Ahrimane, ô Dieu blanc et Dieu noir.

Mais le monde n’est-il fait que de blanc et de noir?

Ou plutôt y a-t-il du blanc et du noir, du bien et du mal, avant que ma pensée, en les classant, déformé les faits et les choses?

O Dieu, que je te fasse un ou que je te fasse deux, je ne te donne la vie en moi qu’en y tuant \”. monde.

Un, Deux, je vous créai en violant le Multiple d’un baiser que je crus victorieux.

Mon baiser n’embrassa que le nuage et ne créa que des chimères.

Lorsque je veux comprendre un peu de réel, je suis condamné à vous résoudre dans le Multiple.

Lorsque je veux créer un peu d’idéal et d’amour, c’est mon cœur seul que je puis créer.

Lorsque je veux croire à l’Unique, je ne sais plus si je crois en toi ou si je crois en moi.

Mais je te regarde et je me regarde.

Mon unité est une harmonie que je dois refaire chaque jour.

Ton unité est un rêve qui fuit; lorsque j’en parle, je trébuche aux mêmes mots que lorsque je parle du néant.

O Dieu-Néant, ô mon fils mal venu, je t’aime pourtant et je te dois quelque chose.

Comme j’aime toutes mes erreurs et comme je dois quelque chose à toutes mes erreurs.

Chaque erreur que j’épouse, mon bon vouloir la rend grosse de quelque vérité, et la mère douloureuse meurt dans le travail de l’enfantement.

Toi, Dieu, la plus chère de mes erreurs, les longues méditations dont t’embrassa mon amour m’ont appris bien des choses:

L’Un est le besoin et le rêve de mon imagination. Je lui souris et le caresse au ciel de poésie.

Mais je l’écarté—car son éblouissement me rendrait aveugle—dès que je descends sur la terre de l’observation et de l’induction.

Les Causes sont indifférentes au rêve de mon imagination comme, hélas! aux désirs de mon cœur.

Autant que l’unité, elles ignorent la justice et la bonté.

Je veux créer un peu d’unité et de beauté. Mais ce sera dans mes œuvres harmonieuses, et ce sera en moi, la plus importante et la plus difficile de mes œuvres.

Je veux qu’il y ait le plus possible de divin dans le monde;

Mais je ne puis créer que mon cœur d’indulgence et de bonté active;

Et grandir un peu ma puissance, chaque fois que les moyens de son agrandissement ne diminueront pas mon cœur, et ma bonté qui se donne, et mon indulgence qui sourit en se retenant de pleurer.

Deo Optimo Maximo

By Han Ryner

Man speaks:

O God, you can not hear me, and yet I speak to you.

As I sometimes talk to Helena, Don Quixote, Faust, or to some other of my sons.

But to many of my sons I speak in boasting, for I have given then the gift of immortality.

To you whom I have only been able to give the poor eternity, I speak with an anxious humility.

To my son that I call Father, I did not know how to make you viable, and now you are dead.

When I created you, God, I did not really know what I wanted.

Or rather, I wanted too many, and contradictory, things.

I wanted to satisfy my imagination and its ambitious poverty. That is why I gave you unity.

I wanted to flatter my intelligence, and its laziness, and its need to draw lines. To believe that I understood the world, I made you all-powerful and called you Creator.

I wanted to soothe my heart, and I gave you justice and kindness.

Alas! I soon saw you stagger under the weight of so many presents.

Neither you, my Dream, nor I, my Hands, have been able to make the real world just and good.

For a long time, I have refused to admit my error, and I supported your tottering with a thousand subtle props.

I declared you to great to be understood. And my intelligence became dissatisfied again.

I asserted that the words “goodness” and “justice” no longer had the same meaning when I spoke of you, immense as you are, or of me, tiny as I am. But I realized that I no longer knew what I said, and my heart began to weep.

And I have seen you die, crushed under the weight of my presents.

I wanted to give you all of the real and all of the ideal.

But the real and the ideal are bitter enemies, and they have torn at you in a combat that will never end.

To save you, I renounced the impossible unity. I made you double, Ormuzd-Ahriman, White God and Black God.

But does the world only make black and white?

Or rather is there black and white, good and evil, before my thought, by classifying them, distorted facts and things?

Oh, God, whether I make you one or make you two, I give you the life in my only by killing the world.

One, Two, I created you by violating the Multiple with an embrace that I thought was fruitful.

I only embraced a cloud and created chimeras.

When I wanted to understand a little bit of the real, a was condemned to solve you in the Multiple.

When I wanted to create a little bit of love and the ideal, I could only create my own heart.

When I wanted to believe in the Unique, I no longer knew if I believed in your or if I believed in myself.

But I look at you and I look at myself.

My unity is a harmony that I must remake each day.

Your unity is a fleeting dream; when I speak of it, I stumble to the same words I use to speak of nothingness.

Oh, God-Void, my unwelcome son, I still love you and I owe you something.

As I love all my errors and owe something to all my errors.

Each error that I adopt, my good will impregnates with some truth, and the sorrowful mother dies in the throes of childbirth.

You, God, the dearest of my errors, the long meditations with which I have embraced my love have taught me many things:

The One is the need and the dream of my imagination. I smiled on it and caressed it in the heaven of poetry.

But I banished it—for its glare would blind me—as soon as I descended to the earth of observation and induction.

Alas! The Causes are as indifferent to the dream of my imagination as to the desires of my heart.

They are ignorant of unity, justice and goodness alike.

I want to create a little bit of unity and beauty. But that would be in my harmonious works, and it would be in me, the most important and most difficult of my works.

I want there to be as much of the divine as possible in the world;

But I can only create my indulgent heart and active kindness;

And to increase my power a little, each time that the means of its enlargement will not diminish my heart, and my kindness which gives itself, and my indulgence which smiles by keeping itself from crying.


The Smart Set, October 1919, 129-130.

Working translation by Shawn P. Wilbur.

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