E. Armand, “Souvenir / Memory” (1906)

Souvenir

On ne peut demander à un individu donné plus qu’à d’autres la perfection: chacun a ses tentations : il n’en est pas responsable. Ce dont il est responsable c’est la façon dont il en triomphe. — Marie Kugel.

Dans la nuit calme, hier, j’ai relu « ses » lettres ;
Profond et lourd aussi le silence planait,
Il était tard ; nul bruit ; obscures les fenêtres…
Hélas ! mon âme en deuil ne connaît plus la paix…

Pauvres fragments épars ; échos d’espoirs sans nombre,
Beaux songes envolés pour ne plus revenir,
Songes qu’on prolongeait à voix basse et dans l’ombre,
— De vous que reste-t-il, sinon le souvenir ?

Les ans fuient, emportant le plus cruel tourment,
On lasse ses amis quand trop souvent l’on pleure,
Et nos rêves, les faits les livrent au néant…
Parmi les ruines, seul le souvenir demeure !

24-25 juin 1906.

Memory

One cannot demand more perfection of a given individual than of others: each has their temptations and they are not responsible for them. What they are responsible for is the manner in which they triumph over them. — Marie Kugel.

In the calm night, last night, I read “her” letters;
The silence linger, deep and heavy.
It was late; no noise; the windows dark…
Alas! My mourning soul no longer knows peace…

Poor scattered fragments; echoes of hopes without number,
Beautiful dreams fled to return no more,
Dreams prolonged, in a low voice, in the shadows,
— What remains of them for you, if not the memory?

The years fly by, carrying away the cruelest torment,
We weary our friends when we cry too often,
And our dreams, events deliver them to nothingness…
Among the ruins, only the memory remains!

June 24-25, 1906.

E. Armand, “Souvenir,” L’Ère nouvelle 4 no. 42 (Juin-Juillet 1906): 8.

[English adaptation by Shawn P. Wilbur]

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