Sylvain Marechal, “A Book Escaped from the Deluge” (1784)

A BOOK ESCAPED FROM THE DELUGE,

OR,

NEWLY DISCOVERED PSALMS;

Composed in the primitive language

BY S. AR-LAMECH,

Of the Family of Noah the Patriarch;

TRANSLATED INTO FRENCH

BY P. LAHCERAM,

Parisipolitan.

—–

AT SIRAP

Or at PARIS.


[TRANSLATION IN PROGRESS]

[…]

A BOOK ESCAPED FROM THE DELUGE.

PSAUME I.

Le Psalmiste annonce sa mission, & prédit les suites qu’elle aura.

  1. Dieu de Vérité ! délie ma langue ; je veux t’annoncer aux hommes.
  2. Qu’ils ne disent pas de moi : l’Apôtre de la Vérité bégaye.
  3. A l’âge où le Christ prêche sur la montagne ; longtemps avant lui, humble Disciple du plus modeste des Maîtres.
  4. Je veux aussi m’asseoir sur les derniers degrés du temple de la Vérité.
  5. Là, j’écouterai à la porte du Sanctuaire ; & j’écrirai ce que j’aurai pu entendre.
  6. A l’âge où le Dieu de l’Innocence sert de victime aux méchants, pour servir de modèle aux bons ;
  7. Je veux, aussi, être le martyr du dieu de Vérité.
  8. Mais, hélas ! je ne courre pas les mêmes risques : je parle à des sourds ; j’écris pour des aveugles.
  9. Les sourds fermeront les yeux à mon livre ; l’aveugle bouchera ses oreilles à mon voix.

PSALM I.

The Psalmist announces his mission, and predicts the results that it will have.

  1. God of truth! Unleash my tongue; I wish to announce you to men.
  2. Let them not say of me: the Apostle of Truth stammers.
  3. At the age when Christ preached on the mount; long before him, humble Disciple of the most modest of Maters:
  4. I also want to seat myself on the last step of the Temple of Truth.
  5. There, I will listen at the door of the Sanctuary; & I will write down what I have been able to hear.
  6. In the age when the God of the Innocent serves as victim to the wicked, in order to serve as a model to the good;
  7. I also wish to be the martyr of the god of Truth.
  8. But, alas, I do not run the same risks: I speak to the deaf; I write for the blind.
  9. The deaf close their eyes to my book; the blind block their ears at my voice.

PSAUME II.

Le Psalmiste se dévoue au salut de ses frères.

  1. Soleil de Justice ! lève-toi sur mon front ; & accoutume ma vue tendre à fixer tes rayons.
  2. Je veux t’annoncer devant l’aurore ; & les échos de la nuit répèteront les paroles dur jour.
  3. Heureux qui se dévoue au Culte du dieu de Vérité.
  4. Heureux qui se sent le courage de desservir l’Autel du dieu de Vérité.
  5. Seigneur ! ô mon Dieu ! dans tous les carrefours de la grand ville où je suis é :
  6. Je veux qu’on lise, sur toutes les portes, le nom du Dieu de Vérité.
  7. En lettres ineffaçables, j’écrirai ce nom, pendant le sommeil de la nuit.
  8. Et mes Concitoyens, avides de nouvelles, liront sur leurs portes, en s’éveillant, le nom du Dieu de Vérité.

PSALM II.

The Psalmist devotes himself to the salvation of his brothers.

  1. Sun of Justice! Rise on my brow; & accustom my tender sight to withstand your rays.
  2. I want to announce you before the dawn; & the echoes of the night will repeat the words of the day.
  3. Happy are those who devote themselves to the Worship of the god of Truth.
  4. Happy are those who feel within themselves the courage to serve at the Altar of the god of Truth.
  5. Lord! oh my Lord! In all the crossroads of the great city where i was born;
  6. I want to be read, on all the doors, the name of the God of Truth.
  7. In indelible letters, I will write that name, during the dead of night.
  8. And my fellow Citizens, eager for news, will read on their doors, when they awaken, the name of the God of Truth.

PSAUME III.

Prière à Dieu pour la conversion des Riches.

  1. Dieu de Bonté ! ne me refuse le don du sentiment : Je veux pénétrer jusqu’au cœur du Riche.
  2. Mais le Riche a-t-il des entrailles ? & s’il en a, sont-elles de chair ?
  3. Le Pauvre, aux yeux du Riche, est comme s’il n’étoit pas.
  4. Le cœur du Riche est comme une pierre, où la parole du Dieu de Bonté ne peut prendre racine.
  5. Seigneur, change ce cœur de pierre ; qu’il devienne un aimant :
  6. Un aimant qui attire le Pauvre, & ne fasse qu’un avec lui.
  7. Dieu de Bonté, communique à l’âme du Riche ta Vertu expansive.
  8. Qu’il imite la Nature, qui ne reçoit que pour rendre.
  9. Seigneur ! Seigneur ! du sein de la Capitale des riches Sybarites, je t’invoque.
  10. Ma voix pourra-t-elle se faire jour jusqu’à toi, à travers les iniquités qui crient plus haut que moi ?

PSALM III.

Prayer to God for the conversion of the Rich.

  1. God of Kindness! Do not refuse me the gift of sentiment: I want to reach even the hearts of the Rich.
  2. But has the Rich man entrails? And if so, are they of flesh?
  3. In the eyes of the Rich, it is as if the Poor man did not exist.
  4. The heart of the Rich man is like a stone, where the word of the God of Kindness cannot take root.
  5. Lord, change this heart of stone; let it become loving.
  6. A loving heart that attracts the Poor, & and only becomes whole with them.
  7. God of Kindness, communicate to the souls of the Rich your expansive Virtue.
  8. Let them imitate Nature, which only receives in order to give.
  9. Lord! Lord! In the heart of the Capital of the rich Sybarites, I invoke you.
  10. Could my voice rise all the way to you, over the iniquities that cry louder than me?

 

PSAUME IV.

Le Psalmiste se propose de suppléer à la négligence des Ministres du Seigneur.

  1. Seigneur ! Seigneur ! il faut bien que je monte, un moment, dans la chaire de Vérité.
  2. Puisque les Ministres du Dieu de Vérité trahissent leur mission.
  3. Les lâches ! je les ai vus trembler, en la présence des Rois de la terre.
  4. Je les au vus affubler la Vérité des livrées séduisantes du mensonge. Les lâches !
  5. Ils diront, peut-être : quel est il là qui ose s’annoncer, au nom du Dieu de Vérité ?
  6. Il prend mal son temps. D’ailleurs, où sont les titres de la mission ?
  7. Eh ! quoi ! celui-là qui naguères touchoit le luth des Sybarites, & composoit des chansons tendres :
  8. C’est le même qui ose toucher, aujourd’hui, aux cordes de la lyre des Patriarches.
  9. Oui ! c’est lui-meme ! il sort du jardin des Plaisirs, pour cueillir les fruits de la Sagesse.
  10. Oui ! Seigneur, semblable à l’agneau docile, j’accours à la voix du plus sage des Pasteurs.
  11. O mon Dieu ! je veux manger dans ta main le pain rude de la Vérité, & le faire goûter à mes semblables.

PSALM IV.

The Psalmist proposes to compensate for the negligence of the Minsters of the Lord.

  1. Lord! Lord! I must ascend, for a moment, into the pulpit of Truth.
  2. Since the Ministers of the God of Truth betray their mission.
  3. The cowards! I have seen them tremble in the presence of the Kings of the earth.
  4. I have seen them dress up the Truth in the seductive livery of lies. The cowards!
  5. They will say, perhaps: Who is this one who dares to announce himself in the name of the God of Truth?
  6. He wastes his time. Besides, where are his titles to the mission?
  7. Well! What! The one who lately strummed the lute of the Sybarites, & composed tender songs:
  8. He is the same one who dares, today, to touch the strings of the Patriarchs’ lyre.
  9. Yes! It is the same one! He leaves the Garden of Pleasures, to pluck the fruits of Wisdom.
  10. Yes! Lord, like the docile lamb, I come running at the voice of the wisest of Shepherds.
  11. Oh, my God! I want to eat from your hand the coarse bread of Truth, & teach my fellows to savor it.

PSAUME V.

Dieu n’a qu’à paraître, pour confondre l’Incrédule

  1. 1. Dieu ! il en est temps ! lève-toi : sors de ton Sanctuaire, & montre ta face.
  2. Ce n’est qu’en te voyant, que l’Impie pourra être confondu.
  3. L’Impie a osé dire : si Dieu n’était point un fantôme, l’offenserait-on aussi impunément ?
  4. L’Univers, a-t-il ajouté, est une ménagerie sans maitre :
  5. Les animaux malfaisants qui la composent, n’y craignent point la verge, ni le frein.
  6. La terre est une vaste école dont les enfants indisciplinés se chamaillent, en l’absence de leur Régent.
  7. O mon Dieu ! je ne puis te voir ainsi plus longtemps blasphème ; parois, & que les méchants tremblent.
  8. Etend le bras d’un bout du monde à l’autre ; & fais voir enfin que rien de ce qui existe ne peut se soustraire à celui par qui tout existe.

PSALM V.

God has only to appear to confound the Non-believer.

  1. God! It is time! Arise, come out from your Sanctuary, & show your face.
  2. It is only by seeing you that the Ungodly man could be confounded.
  3. The Ungodly man dares to say: if God is not a phantom, would we offend him with such impunity?
  4. The Universe, he adds, is a menagerie without a keeper:
  5. The destructive animals of which it is composed fear neither the rod, nor the bit.
  6. The earth is a vast school whose undisciplined children bicker in the absence of their Regent.
  7. Oh, my God! I cannot see you blasphemed in this way for any longer; appear, & let the wicked tremble.
  8. Extend your arms from one end of the world to the other; & show, finally, that nothing that exists can escape the one through whom everything exists.

PSAUME VI.

Les Athées de bonne-foi préférables aux Croyants sans mœurs.

  1. Dieu de mes pères ! pardonne à leurs enfants ; & remets les aveugles dans le droit chemin.
  2. Les Sages du siècle te croyent un hors-d’œuvre ; livrés à leur propre imagination, ils imitent les insectes imprudents :
  3. Ils se sont brulés, en voulant approcher trop près de la lumière.
  4. Père des lumières, accommode-toi à la faiblesse de leurs yeux.
  5. Prépare-les à recevoir, sans en être éblouis, un seul de tes rayons.
  6. Pardonne leur du moins : mais venge-toi sur ces Hypocrites impies ;
  7. Qui affichent par tout leur foi, pour mieux cacher leurs mœurs.
  8. Déchire leur manteau, découvre leur front & qu’on y lise ton signe de réprobation.
  9. Ils font plus de tort à ta loi, en la confessant ; que les incrédules, en la niant.
  10. Le plus grand coup que le vice puisse porter à la Vertu, c’est d’en prendre le masque.
  11. Père des hommes ! montre-toi face à face ; & permets à tes enfants, de te toucher du doigt.

PSALM VI.

Atheists of good faith preferable to Believers without morals.

  1. God of my fathers! Pardon your children; & set the blind back on the right road.
  2. The Wise men of the century think you are a hors-d’œuvre; left to their own imagination, they imitate the reckless insects:
  3. They are burned, wanting to approach too close to the light.
  4. Father of light, adapt yourself to the weakness of their eyes.
  5. Prepare them to receive, without being dazzled, a single one of your rays.
  6. Forgive them at least: but avenge yourself on the impious Hypocrites;
  7. Who display their faith everywhere, in order to better hide their morals.
  8. Tear off their cloak, uncover their brow & let men read their your sign of censure.
  9. They do more harm to your law, by confessing it, than the non-believers do by denying it.
  10. The greatest blow that vice can deliver to Virtue is to take it as a mask.
  11. Father of men! Show yourself face to face; & allow your children to touch you.

PSAUME VII.

L’existence de Dieu prouvée par des inductions.

  1. Ou est-vous, Raisonneurs inconséquents, qui disputez à mon Dieu son existence.
  2. Et ne voyez-vous pas que les désordres de la société, ouvrage de l’homme, attestent l’ordre de la nature, ouvrage de mon Dieu ?
  3. Il faut bien qu’un Dieu bon me dédommage, un jour, des maux que les hommes me font souffrir.
  4. Oui, mon Dieu ! c’est par ce que je souffre, que j’aime à croire que je ne souffrirai pas toujours.
  5. Oui, mon Dieu ! tu existes : car j’ai tant besoin que tu existes !
  6. J’ai besoin de l’avenir, pour me faire supporter le présent.
  7. J’ai besoin d’un père, pour me défendre contre mes frères.
  8. Un temps d’épreuve suppose un temps de récompense.
  9. Sans cela, ô mon Dieu ! l’homme naîtrait toujours trop tôt ; mourrait toujours trop tard.

PSALM VII.

The existence of God proven by inductions.

  1. Where are you, inconsistent Reasoners, who dispute the existence of my God?
  2. And do you not see that the disorders of society, the work of men, confirm the order of nature, the work of my God?
  3. A good God must compensate me one day for the evils that men make me suffer.
  4. Yes, my God! It is because I suffer, that I love to believe that I will not always suffer.
  5. Yes, my God! You exist: for I need so much for you to exist!
  6. I have need of the future, to allow me to bear the present.
  7. I have need of a father, to defend me against my brothers.
  8. A time of trials suppose a time of recompense.
  9. Without that, oh my God! Man would always be born too soon, & would always die too late.

PSAUME VIII.

Contre les Souverains qui n’ont une Religion que par politique.

  1. Dieu de mes pères ! l’habitude entraine encore la foule dans les temples.
  2. Mais n’y voyant plus que de l’or & du marbre, la multitude stupide te méconnaît.
  3. Les Chefs des Nations ne te regardent plus que comme un épouvantail, placé sur la terre pour contenir la tourbe des hommes.
  4. Les Rois ne croyent rien au-dessus d’eux ; ils se sont fait appeler les Dieux de la terre.
  5. Seigneur ! que tardes-tu ? montre-toi le Dieu de ces Dieux.
  6. Le culte qu’ils te rendent n’est à leurs yeux qu’un devoir d’étiquette.
  7. Quant ils sont seuls, ils se moquent de Celui-là qu’ils ont adoré dans l’assemblée du Peuple.
  8. Tonne sur leur tête exaltée ; que leur couronne de pierreries se change en un tissu d’épines.
  9. Métamorphose leur sceptre de fer en roseau fragile ; & retire pour un moment le doigt divin qui soutient leur trône chancelant.

PSALM VIII.

Against the Sovereigns who only have Religion for the sake of politics.

  1. God of my fathers! Habit still leads the crowds to the temples.
  2. But seeing only gold & marble there, the stupid multitude are unaware of you.
  3. The Heads of Nations no longer regard you as anything but a scarecrow, placed on the earth to contain the rabble of men.
  4. The Kings believe in nothing above themselves; they have called themselves he Gods of the earth.
  5. Lord! Why do you tarry? Show yourself to be the God of these Gods.
  6. The worship that they give you is, in their eyes, only a duty of etiquette.
  7. When they are alone, they mock the One that they have worshiped in the assembly of the People.
  8. Thunder upon their exalted head; let their crown of precious gems change into a web of thorns.
  9. Transform their iron scepter into a fragile reed; & remove for a moment the divine finger that supports their unsteady throne.

PSAUME IX.

Contre ceux qui osent trouver de défauts dans la création du monde.

  1. Hommes ingrats ! vous trouvez des taches au Soleil qui vous éclaire.
  2. Si le Soleil ne vous éclairait pas, lui trouveriez-vous des taches ?
  3. Les imperfections de l’Univers vous dispensent-elles de la reconnaissance envers son Auteur ?
  4. Le pauvre doit-il murmurer contre le riche, parce que le riche ne donne pas tut ce qu’il possède au pauvre ?
  5. Si Dieu avait voulu vous faire semblables à lui, ô mortels ! seriez-vous ainsi des raisonneurs inconséquents ?
  6. Et de quel droit, le piédestal ose-t-il juger la statue ?
  7. Si mon Dieu ne voulait pas sa face, pourriez-vous en soutenir le regard ?
  8. Vous qui accusez mon Dieu d’impuissance ; que deviendriez-vous, s’il déployait son bras tout-puissant ?
  9. O homme ! tu vois du mal sur la terre…. Sans doute ! puisque tu l’habites.
  10. Insecte rampant ! oses-tu bien insulter à la Rose, parce que la chenille impure l’a souillée par son passage ?
  11. Homme à courte vue, tes yeux suffisent à peine pour te conduire.
  12. Et ne sçais-tu pas que tous les objets se peignent sur ta rétine, renversés & en sens contraire ?
  13. Et depuis quand le sourd ose-t-il prononcer sur l’harmonie d’un concert d’instruments ?
  14. Mortel, admire les coups de théâtre de la scène du monde ; & ne cherche pas à en deviner le jeu & les ressorts.
  15. Un voile impénétrable te les dérobe, & c’est pour ton bonheur.
  16. Mon Dieu est comme un Bienfaiteur délicat ; il cache la main qui donne.
  17. Jouis en repos des effets ; Dieu se charge de l’embarras des causes.
  18. Des enfants bien élevés murmurent-ils contre leur père, de ce qu’il les a faits moins grands & plus faibles que lui ?

TRANSLATION

PSAUME X.

L’homme doit admirer & se taire.

  1. Mortels ! soyez justes ; & ne mettez point vos propres fautes sur le compte de votre Dieu.
  2. L’homme selon la nature est le chef-d’œuvre de Dieu. L’homme social est l’œuvre imparfait des hommes.
  3. Le mal est sur la terre ! Qui est-ce qui l’y a mis ? Est-ce Dieu, ou l’homme ?
  4. L’homme ose dire, que c’est Dieu. Qui jugera ce grand procès ?
  5. Le tribunal de la Raison est le trône de mon Dieu.
  6. O homme ! crains de plaider contre Dieu ; il est Juge & Partie dans sa propre cause.
  7. Rapporte t’en à sa justice ; espère en sa miséricorde.
  8. O homme ! vase d’argile, crains de te heurter contre le bras divin.
  9. Celui qui pèse les mondes dans sa balance, sçait lequel l’emport du bien ou du mal.
  10. O homme ! sans oser prononcer sur la justesse de la balance ; crains plutôt de n’être qu’un poids inutile sur la terre.
  11. Fais le bien, & Dieu te préservera du mal.
  12. La coupe de la vie, au moment que Dieu te la passe, n’est point frelatée.
  13. Uses-en, sans t’ingérer à faire l’analyse de la liqueur qu’elle contient.
  14. Bois cette liqueur dans toute sa pureté, sans y mettre du tien.
  15. N’agite pas trop le vase : Le mal, comme la lie, se précipitera, se déposera de lui-même au fond ; le bien surnagera & s’offrira à tes lèvres de lui-même sans mélange.
  16. Quant tu en auras goûté avec modération, tu t’endormiras dans une douce ivresse, pour te réveiller au sein d’un père.

TRANSLATION

PSAUME XI.

Contre les Hypocrites.

  1. Seigneur ! loin de moi ceux qui ont deux maintiens, & ceux qui se permettent une double doctrine.
  2. Loin de moi ceux qui temporisent avec leur siècle, & ceux qui composent avec le monde.
  3. Ils ressemblent trop aux Hypocrites ; leur prudence annonce de la duplicité.
  4. L’amour de la paix qu’ils prennent pour prétexte, ne me paraît que de la pusillanimité.
  5. J’oserai, à la face de la terre, rendre témoignage à mon Dieu, au Dieu de Vérité.
  6. J ;oserai dire tout haut ce que je pense tout bas. Je laisse au mensonge son manteau.
  7. Un masque générait trop mon visage, & affaiblirait ma voix qui n’est déjà pas trop forte.
  8. Je suivrai la ligne droite qui mène à mon Dieu, au Dieu de Vérité ; parce que la vie est courte.
  9. J’attaquerai le vice de front ; ma contenance découverte & assurée le fera trembler à mon approche.
  10. Je veux, que dans les carrefours de la Capitale, où je suis né ; je veux, que le mensonge ne puisse s’y méprendre.
  11. Je veux qu’on dise en me voyant passer, & en me montrant du doigt :
  12. Le voilà, l’Ami du Dieu de Vérité. Tremblez, Ministres ténébreux du mensonge.
  13. S’il n’a pas la taille & la force d’un géant ; il a le courage & la franchise d’un héros.
  14. Aucune considération humaine ne peut fermer sa bouche. Sa plume, dans sa main, n’a jamais sçu ployer.
  15. Il irait jusqu’aux pieds des autels & du trône, pour dépouiller l’Hypocrisie, si elle s’y était refugiée.
  16. Les préjugés n’auront point d’asyles sacrés pour lui ; parce que le dieu de Vérité daigne le mener lui-même par la main.

TRANSLATION

[…]

PSAUME XIV.

Eloge de la Médiocrité.

  1. Seigneur, conserve-moi dans la douce Médiocrité où tu m’as placé.
  2. Si j’ai quelques mérites à tes yeux, je les dois à l’état obscur où tu m’as fait naître.
  3. L’opulence dessèche l’âme, rend l’esprit paresseux & engourdit les forces du corps.
  4. Heureux l’enfant des hommes, dont le berceau n’est point suspendu aux branches du chêne altier !
  5. Heureux celui qui s’endort sous un humble toit de chaume ! il ne s’éveillera point au bord d’un précipice.
  6. Heureux qui se contente d’être juste devant toi, ô mon Dieu ! & qui ne mendie pas les regards de la multitude.
  7. Heureux qui marche sans bruit, & qui n’a point de pas à disputer sur le chemin de la vie !
  8. Dans l’état mitoyen, on échappe à l’envie ; mais on n’en est pas moins vu de son Dieu.
  9. Et qu’importent les applaudissements de tout l’Univers, si l’on n’a pas le suffrage de son Dieu & de son Cœur !

PSALM XIV.

Praise for Mediocrity.

  1. Lord, preserve me in the sweet Mediocrity where you have placed me.
  2. If I have some merit in your eyes, I owe it to the obscure state in which you caused me to be born.
  3. Opulence dries up the soul, makes the mind lazy & dulls the forces of the body.
  4. Happy is the child of men, whose cradle is not hung from the branches of the haughty oak!
  5. Happy is the one who falls asleep under a humble thatched roof! He will not awaken at the end of a precipice.
  6. Happy are those content to be just before you, oh my God! & who do not beg for the attention of the multitude.
  7. Happy are those who walk quietly, & who have no reason for disputes on the road of life!
  8. In the common [mitoyen] state, one escapes envy; but one is nonetheless seen by his God.
  9. And of what importance is the applause of the whole Universe, if one does not have the suffrage of his God & of his Heart!

[…]

PSAUME XXX.

Tableau de temps passé.

  1. Mon Dieu! tu m’as fat naitre trop toto. Peut-être que la génération à venir saura mieux te bénir, & marcher plus droit devant tes yeux.
  2. Veille sur les instituteurs, qui dénaturent l’œuvre de tes mains.
  3. Rappelle les mères à leur premier devoir, & les pères première fonction.
  4. Ce que les parents jadis regardaient comme une bénédiction du Ciel, leur semble aujourd’hui une charge importune.
  5. Les mères stériles se font gloire de leur nullité, & sont insensibles aux caresses innocentes d’un nouveau né.
  6. On veut cueillir les fleurs de l’Amour ; mais mon les fruits de l’Hymen
  7. L’Hymen renverse son flambeau, & met la main devant ses yeux,
  8. Pour ne point voir les scènes scandaleuses, dont le lit nuptial est le théâtre journalier.
  9. Le goût des plaisirs honnêtes est passé ; les cœurs blasés ne prennent plus de part aux douces jouissances de la Nature.
  10. Si le hasard donne un héritier aux époux, il devient bientôt un témoin importun, que l’on ne saurait éloigner trop longtemps.
  11. Hélas ! la mère est devenue pour sa fille un objet de scandale.
  12. Le fils rougit pour son père, & trouve en lui un exemple suspect.
  13. Et les enfants ne tardent pas à devenir de leurs jours.
  14. La galanterie impure mène aux honneurs & aux dignités.
  15. Le luxe tue les mœurs. Les Vertus domestiques sont passées de mode.
  16. Le commerce n’est plus un échange de bienfaits ; & l’hospitalité est changée en trafic honteux.
  17. On propose des prix à la Vertu, comme si elle ne portait pas avec elle sa récompense.
  18. On paye un bonne action comme une denrée ; & les couronnes de la gloire se distribuent au plus offrant.
  19. Les arts n’ont plus rien de grand ; & le premier des talents, la Poésie, prostitue ses rimes à qui veut les acheter.
  20. One ne t’adresse plus de cantiques sublimes, ô mon Dieu ! & l’éloquence du génie ne se fait plus entendre dans la chaire de Vérité.
  21. On t’élève encore des Temples, d’une main paresseuse ; mais les Palais du Plaisir éclipsent la Maison du Seigneur.
  22. Les Lévites du Seigneur rougissent de leur costume & se travestissent.
  23. Le manteau des Cénobites pèse sur leurs épaules ; ils ont honte de le porter.
  24. Dieu de mes pères ! pourquoi me réservais-tu à ce spectacle ?
  25. Que ne m’as-tu fais naitre au siècle heureux des Patriarches !
  26. Hélas ! pour me dédommager du temps présent, je n’au que le souvenir du temps passé.

PSALM XXX.

Tableau of times past.

  1. My God! You have made me born too soon. Perhaps the generation to come will be better able to bless you, & walk more uprightly in your eyes.
  2. Keep watch over the teachers, who denature the work of your hands.
  3. Recall the mothers to their first duty, & and the fathers to their first function.
  4. What, in the past, the parents regarded as a blessing from Heaven, today seems to them a troublesome burden.
  5. The sterile mothers make glory of their nullity, & are insensible to the innocent caresses of a newborn.
  6. They want to pluck the flowers of Love; but not the fruits of Marriage [Hymen].
  7. Hymen knocks over his torch, & puts his hands over his eyes,
  8. So he cannot see the scandalous scenes of which the nuptial bed is the daily theater.
  9. The taste for honest pleasures is passé; jaded hearts no longer take part in the sweet pleasures of Nature.
  10. If chance gives the spouses an heir, he soon becomes an unwelcome witness, whom one could not drive too far away.
  11. Alas! the mother has become an object of scandal for her daughter.
  12. The son blushes for his father, & finds in him a suspect example.
  13. And the children are not slow to become the worthy imitators of the authors of their days.
  14. Impure gallantry leads to honors & titles.
  15. Luxury kills morality. The domestic Virtues are out of fashion.
  16. Commerce is no longer an exchange of benefits; & hospitality is changed into a shameful traffic.
  17. Prizes are offered for Virtue, as if it did not carry its own recompense.
  18. A good action is paid for like a commodity; & the crowns of glory are distributed to the highest bidder.
  19. There is no longer anything great about the arts; & the first of talents, Poetry, prostitutes its rhymes to those who will buy them.
  20. Sublime hymns are no longer addressed to you, oh my God! & the eloquence of genius is no longer makes itself heard in the pulpit of Truth.
  21. Temples are still raised to you, with an indolent hand; but the Palace of Pleasure eclipses the House of the Lord.
  22. The Levites of the Lord blush at their costume & disguise themselves.
  23. The mantle of the Cenobites weighs on their shoulders; they are ashamed to bear it.
  24. God of my fathers! Why have you reserved this spectacle for me?
  25. Oh, that you have caused me to be born in the happy century of the Patriarchs!
  26. Alas! to compensate me for present time, I have only the memory of times past.

PSAUME XXXI.

  1. O Dieu de mes pères ! Reviendra-t-il ce temps heureux, cet âge Patriarcal ;
  2. Pendant lequel tu daignais par fois descendre sur la terre, sans t’apercevoir que tu avais quitté le ciel ?
  3. Alors les hommes étaient dignes de ta présence ; ils méritaient que tu les visitasses dans ta bonté.
  4. Alors tes autels rustiques, placés sur le haut des montagnes saintes, n’étaient point chargés d’or, ne souillés de sang.
  5. Alors vêtus de lin & couronnés de fleurs, tes Ministres n’étaient point éloquents ;
  6. Mais leurs cœurs étaient aussi simples, aussi purs que leurs offrandes.
  7. Le père de famille, alors, Roi de ses enfants, n’avait pour sceptre qu’un bâton Pastoral.
  8. Sans balance, ni glaive, il rendait la justice au pied d’un arbre, ou sur le seuil de sa cabane.
  9. Un sens droit, une âme intègre étaient son Code.
  10. Alors les Vertus hospitalières servaient seules de lois aux hommes.
  11. Alors on ne disait point chez moi ; mais on aimait à dire chez nous.
  12. La bonne-foi veillait aux portes des maisons, & la sécurité au chevet du lit.
  13. Jamais le soir, jamais le matin, on n’entendait le bruit importun de l’injurieux verrouille.
  14. Alors, ô mon Dieu ! on n’ajoutait rien à tes dons ; on les recevait tels que tu les donnais.
  15. Jamais le sang ne teignait les lèvres de l’homme à jeun ;
  16. Et jamais la conservation de l’homme ne coutait la destruction des animaux utiles & paisibles.
  17. Alors, Dieu de mes pères ! les unions se contractaient à la face du ciel, sans témoins & sans ministre.
  18. On invoquait du fond du cœur le Père de la Nature ; & ta rosée secondait la couche des nouveaux époux.
  19. Un postérité nombreuse formait la richesse & faisait la gloire d’un père de famille.
  20. Alors la plus douce occupation d’une mère était d’élever sa fille, & de la dresser aux vertus domestiques.
  21. Alors un fils voyait dans son père son Dieu revêtu de la forme humaine.
  22. Alors, Dieu de mes pères ! ta foudre dormait à tes pieds ; & ta main droite était sans cesse tendue sur tes enfants pour les bénir.
  23. Alors, tu ne te repentais pas de ton ouvrage ; l’esprit de l’homme était une glace pure, dans laquelle tu te plaisais à répéter ton image.
  24. Dieu de mes pères, il en est temps ; ramène encore sur la terre & parmi nous ces beaux jours, ces jours sereins que l’homme n’eut jamais dû oublier.

FIN.

PSALM XXXI.

  1. Oh, God of my fathers! Will it return, that happy time, that Patriarchal age;
  2. During which you sometimes deigned to descend to the earth, without noticing that you had left heaven?
  3. Then, men were worthy of your presence; they deserved the generosity you showed by visiting them.
  4. Then, your rustic altars, placed on the heights of sacred mountains, were not loaded with gold or soiled with blood.
  5. Then, dressed in linen & crowned with flowers, your Ministers were not eloquent;
  6. But their hearts were as simple, as pure as their offerings.
  7. Then, the father of the family, King of his children, had no scepter but a Shepherd’s staff.
  8. Without scales or sword, he dispensed justice at the foot of a tree, or on the doorstep of his hut.
  9. A decent instinct, an honest soul were his Code.
  10. Then, the hospitable Virtues served as the only laws for men.
  11. Then, no one said my place; but they loved to say our place.
  12. Good faith watched over the doors of the houses, & security over the bedside.
  13. Never, in the evening or the morning, did one hear the unwelcome sound of the insulting lock.
  14. Then, oh my God! they added nothing to your gifts; they received them as you gave them.
  15. Never did blood touch the lips of a man;
  16. And never did the preservation of man come at the cost of the destruction of useful & peaceful animals.
  17. Then, God of my fathers! unions were contracted before heaven, without witnesses & without a minister.
  18. They appealed, with all their hearts, to the Father of Nature; & your dew secondait la couche of the newlyweds.
  19. A large posterity for the wealth & glory of the father of a family.
  20. Then, the sweetest occupation of a mother was to raise her daughter, & train her in the domestic virtues.
  21. Then, a son saw in his father his God, dressed in a human form.
  22. Then, God of my fathers! your lightning slept at your feet; & your right hand was constantly stretched over you children to bless them.
  23. Then, you did not repent of your work; the spirit of man was a pure mirror, in which you had the pleasure of repeating your own image.
  24. God of my fathers, it is time; bring again to the earth & into our midst those beautiful days, those serene days that man should never have forgotten.

END.

About Shawn P. Wilbur 2132 Articles
Independent scholar, translator and archivist.

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