E. Armand, “Le dernier nuage / The Last Cloud” (1929)

LE DERNIER NUAGE

Le soleil n’est déjà plus visible, mais il y a encore de la clarté dans l’atmosphère. Tous les nuages se fondent dans l’indécis ciel, que rompent ca et là, quelques points lumineux. Un petit nuage, très haut sur l’horizon, demeure encore coloré des multiples feux du couchant.

Le dernier nuage !

La nuit prend lentement, mais irrévocablement, possession du firmament. Tel un conquérant devant qui toute résistance s’effondre.

Tes minutes, tes secondes sont comptées, ô petit nuage, où se concentrent toutes les attentes, toutes les illusions, toutes les perspectives, toutes les appréhensions auxquelles l’aurore avait donné naissance. En cet ultime instant, tu es le matin, tu es le midi, tu es le soir. Tes flancs encore embrasés symbolisent tout ce que, depuis qu’il a su nombrer les jours, l’individu a aimé, désiré, convoité, redouté, haï. Tu es le monde, tu es la vie palpitant sous les ondes de la lumière. Tu es chaleur, amour, fécondation, pensée.

Encore un reflet — une flamme encore.

L’ombre a remporté la victoire. Et le petit nuage a perdu son individualité. Il n’est plus qu’une sombre vapeur dans la sombre armée des nuées.

30 novembre 1929.

E. Armand.

The Last Cloud

The sun is no longer visible, but there is still a brightness in the atmosphere. All the clouds melt into the indistinct sky, only broken here and there by a few luminous points. A small cloud, very high on the horizon, still remains colored by the multiple lights of the setting sun.

The last cloud!

Slowly, but irrevocably, the night takes possession of the firmament.

Your minutes, your seconds are numbered, little cloud, seconds in which are concentrated all the expectations, all the illusions, all the perspectives and aspirations to which the dawn has given birth. In this ultimate instant, you are morning, you are noon and you are night. Your still blazing flanks symbolize everything that the individual has loved, desired, coveted, feared and hated, from the time that they learned to number the days. You are the world, the palpitating life under the waves of light. You are heat, love, fertilization, thought.

One more reflection — one more flame.

The shadow has achieved its victory. And the little cloud has lost its individuality. It is no longer anything but a dark vapor in the somber army of the cloud-throng.

November 30, 1929.

E. Armand.

E. Armand, “Le dernier nuage,” l’en dehors 8 no. 171-172 (début Décembre 1929): 5..

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