E. Armand, “Variations on Poetry” (1929)

Variations sur la Poésie

Je n’aime pas le poète missionnaire ;
Je n’aime pas le poète convertisseur ;
Je n’aime pas le chanteur social ;
Je m’insoucie de la chanson brochure de propagande.
Je n’apprécie de poésie que celle qui est le récit une expérience individuelle.

Raconte-moi, poète, ta joie, tes espoirs :
crie-les, pleure-les, hurle-les,
mais émeus-moi.
Je ne te demande point de doubler le prêtre ou le politicien.
non—
ce que j’attends de toi, c’est que tu me fasses vibrer à l’unisson de tes perceptions.

Poète, fais-moi tressaillir, frissonner avec toi,
avec toi me réjouir,
aimer et haïr en ta compagnie.
Poète, fais-moi trésaillir, frissonner avec toi,
jouir avec toi.
Que deviennent miennes
les émotions qui l’étreignent devant le sommet d’une montagne, une plaine, un ruisseau, une grève —
ou une création quelconque de l’intelligence humaine :
un livre, un paquebot, une usine, un puits de mine.
Les ravissements on les peines que tu as éprouvés,
en présence de l’allégresse ou de la misère
des réactions instinctives ou réfléchies
de l’humain, de l’animal, ou de la plante,
fais, ô poète, que je les ressente comme toi
en l’écoutant ou en te lisant.
Tous les désirs, tous les rêves,
qu’a pu susciter en toi le spectacle du corps humain,
que ces désirs et ces rêves,
que ces désirs et ses rêves,
passent en ma chair, en mon sang, en mes nerfs,
s’y intègrent…..

Fais-moi résonner à l’unisson de ton imagination réalisatrice
et nous serons quittes, ô poète.

Chelles, 9 juillet 1929.

E. ARMAND.

Variations on Poetry

I do not like the missionary poet;
I do not like the poet-evangelist;
I do not like the social singer;
A song like a propaganda pamphlet leaves me unmoved.
I appreciate poetry only when it recounts an individual experience.

So related to me, poet, your joy, your hopes:
shout them, cry them, howl them,
but move me.
I do not ask you to double as priest or politician.
no—
what I await from you, is that you make me quiver in unison with your perceptions.

Poet, make me tremble, make me shudder with you,
rejoice with you,
love and hate in your company.
Poet make me shiver and start with you,
take pleasure with you.
Let them become mine:
the emotions that grip you before a mountain peak, a plain, a stream, a shoreline —
or some creation of human intelligence:
a book, an ocean liner, a factory, a mine.
The raptures and sorrows that you have felt
in the face of joy or misery,
instinctive or thoughtful reactions
to the human, the animal or the plant,
make me feel them, poet, as you do
by listening to you or reading you.
All the desires, all the dreams,
that the spectacle of the human body can arouse in you,
let these desires and these dreams,
let those desires and its dreams,
pass into my flesh, into my blood, into my nerves,
blending into them…

Make me resonate in unison with your productive imagination
and we will be even, poet.

Chelles, July 9, 1929.

E. ARMAND.

 

E. Armand, “Variations sur la poésie,” L’en dehors 8 no. 162-163 (mi-Juillet 1929): 4. [verse]

[English adaptation by Shawn P. Wilbur]

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