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E. Armand, “My Body Is My Own” (1927)

Mon corps est à moi Le fleuve de la volupté coulait entre des rives semées d’arbustes odorants, étoilées du fleurs parfumées ; Et mon déterminisme du moment me poussait à m’y jeter et à m’abandonner à l’étreinte de l’onde pailletée de séductions. Mais voici que de différents points de l’horizon surgirent des ombres qui avaient l’air d’être vivantes. D’abord une ombre vêtue de noir qui m’interpella d’une voix onctueuse : « Ton corps est à Dieu, susurra-t-elle, à nous ses représentants sur terre, et ton droit d’en disposer est nul ». Ensuite une autre ombre qui semblait ne consister qu’en […]
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E. Armand, “A Winter Song” and “April” (1927-1928)

Chanson d’hiver Voici le froid et son cortège : Les jours trop courts, les longues nuits, Vents glacés et vagues de neige, L’eau qui gèle au sortir des puits, Arbres qui semblent des squelettes, Champs qu’on prendrait pour des déserts, Ruisseaux engourdis qui reflètent Un pâle soleil. C’est l’hiver. Sentiers dépourvus de mystère, Jonchés de cadavres d’oiseaux. Sol désolé. Morte la terre Si, lugubres, de noirs corbeaux, Croassant, du morne silence, Ne rompaient l’insinuant effroi. Lune blafarde au ciel immense. Partout la tristesse et le froid. Dans ta chambrette où tu frissonnes Songeuse, tisonnant un feu Inefficace, tu t’étonnes Et […]
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E. Armand, “Adventure Was There…” and “Like Lions…” (1925)

L’AVENTURE ÉTAIT LA… Mille moyens s’offraient; traineau, wagon, navire. Un geste et tu partais… en route pour là-bas, N’importe où : pour le mieux, le semblable où le pire : L’aventure était là, qui te tendait les bras ! Et le traineau fila tout d’un trait vers le pôle: Ours blancs, rouge soleil, icebergs et frimas… Un frein se desserra, relâchant son contrôle ; Le train, fumant, sifflant, accélérant le pas, Serpent glissant sur rails, s’en fut hors de la gare. Troublant l’air matinal strida l’ultime appel ; L’onde s’ouvrit devant le steamer qui démarre Pour le lointain, le neuf, […]
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E. Armand, “Le Vase / The Vase” (1927)

LE VASE La fleur n’existe plus, mais il reste le vase, Le vase dont les flancs l’ont toute contenue Quand elle frissonnait, fraiche cueillie, émue Et que son parfum dans l’air distillait l’extase. Comme on aime à revoir les lieux où l’on souffrit: Un sous-bois, un ruisseau, une vieille maison ; Comme il suffit d’un mot, d’une couleur, d’un son Pour que tout le passé remonte en votre esprit Ainsi pour que revive un instant la fleur morte, C’est assez pour mes yeux de contempler le vase. Des préjugés anciens ayant fait table rase Vous pouvez me railler, ô cœurs […]
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E. Armand, “Rêve et réalité / Dream and Reality” (1938)

rêve et réalité Je sais bien que tu t’es forgé un monde à part, un monde-bien à toi, un monde où se meuvent des êtres imaginaires, des êtres semblables à ceux dont tu voudrais faire ta compagnie quotidienne, qui te feraient pas défaut quand tu aurais recours à eux, Dans ce monde en marge, tu vis avec ces êtres en une intimité parfaite, profonde ; ils te comprennent, jamais aucun d’eux-n’est resté sourd au moindre de tes appels, ils préviennent même tes désirs, ils sont aimants, ils sont affectueux, leurs coeurs débordant de tendresse voluptueuse ; ils ne te repoussent […]
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Théodore Jean, “Anarchie / Anarchy” (1934)

ANARCHIE AUX DICTATEURS. Sources, notre génie au travers des espaces Endigua les torrents de vos flots si voraces Qu’ils dévoraient le champ, et l’arbre, et la maison, Et ravageant la plaine emplissaient l’horizon ! Ainsi, forces, poings, nerfs, sangs bouillonnanis d’audaces, Lutteurs, tueurs, guerriers des primitives races, Dont le globe est un legs d’abattoir, de prison, Vous serez domptés par l’Idée et la Raison ! Car nous voulons les cœurs sans larmes, et la Terre Aussi saine qu’elle est, qu’elle fut délétère, Et le sol, et le ciel pour chacun et pour tous ! Sur ce monde barbare écroulé sous […]
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E. Armand, “Poème erotique / Erotic Poem” (1923)

Poème érotique Ce sera cette année comme l’année passée — comme d’autres années passées. Nous parcourrons, Toi et moi, blottis l’un contre l’autre, les allées d’une forêt, les sentiers d’un bois. Je ne sais pas bien où seront situés ce bois, cette forêt. Mais Tes pieds menus y fouleront certainement un tapis, un tapis moelleux de feuilles mortes. Peut-être je ne saurai pas Ton nom et sans doute Tu ne seras pas la même que l’an passé. Mais que m’importent Ton nom et d’où Tu viens et où Tu vas. Tu seras là, à mon côté, si étroitement serrée contre […]
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E. Armand, “Calculs / Calculations” and “D’en haut / From on High”

Calculs Puisque silencieuse et calme est la demeure, Puisque la porte close écarte les intrus, Puisqu’aux computations douce et propice est l’heure, Que le rouge soleil baisse de plus en plus, Consacrons donc ce soir aux comptes et aux nombres. De joie et de plaisir additionnons les jours, Les jours immaculés sans souillures, sans ombres… — Mémoire, à mes calculs, apporte ton secours ! Les moments, les instants de parfaite jouissance, Goûtés ou consommés sans soupçon de regret, Où le bonheur coulait comme une pure essence Où satisfait, ravi, tout mon être exultait… Oui, faisons le total de ces jours […]
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E. Armand, “Pensées d’automne / Autumn Thoughts” (1923)

Pensées d’automne L’automne bat son plein et mon panier est vide. L’été fut desséchant, le terrain est aride Et les souffles de Mars aux lointains horizons Ont dispersé la graine… Hélas ! piètres raisons La meilleure ne peut adoucir ma blessure Ni me taire les pas, l’approche lente et sûre De hiver. Précurseur, je sens un long frisson Parcourir tout mon corps. Faut-il à la moisson Dire un adieu suprême ? Ou dois-je attendre encore ? Sur les pesants raisins que Vendémiaire dore Faut-il que mon regard se pose sans espoir ?… Chaque jour, c’est plus tôt que s’abaisse le […]
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E. Armand, “Aujourd’hui / Today” (1908) and “Hésitations / Hesitations” (1910)

In the issue of l’en dehors for mid-July 1923, these two poems were preceded by “Demain / Tomorrow,” a poem originally published in l’Anarchie. Aujourd’hui Je veux vivre aujourd’hui pour préparer demain. Aujourd’hui, j’ai bien pu ne pas calmer ma faim Ou rester au logis tenu par la tempête Qui grondait au dehors. Peut-être la défaite Hier à rendu vains ou faussé mes efforts. Vaincu, j’ai du céder. Des ennemis plus forts, Mieux armés, mieux doués, plus rusés, plus habiles, Ont pu rendre mes plans impuissants ou stériles. J’ai pu partir trop tard ou me trouver trop tôt Au but […]