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E. Armand, “Un Portrait / A Portrait” (1906)

Un Portrait J’ai cloué sur le mur un portrait de Reclus, Dans un cadre en carton, car je ne suis pas riche. Je garde ce portrait, non pas comme un fétiche, Mais comme un souvenir de celui qui n’est plus. J’aime, si vous saviez, son regard tendre et clair : Ce regard tout empreint d’une bonté profonde.
— Consolante bonté, baume, à merveilleuse onde Qui passe, adoucissant le sort le plus amer. — Injuste qui tairait sa vaste connaissance… Mais qu’il m’est doux penser que jamais l’indulgence Ne déserta son cœur et qu’en toute saison Plus on était meurtri, lus, bas […]
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E. Armand, “Un mur pour horizon / A Wall for Horizon” (1907)

Un mur pour horizon Un mur pour horizon ! Songeâtes-vous jamais O vous qui me lisez, quelle souffrance c’est D’avoir devant les yeux jusqu’à la nuit profonde Un mur vous séparant, vous isolant du monde ? Est-ce exister cela? Vivre, de ceux qu’on aime Séparé. Ressentir cette douleur suprême De ne pouvoir jamais les étreindre en vos bras ! Pouvoir murmurer ces mots qu’on dit tout bas, La cœur contre le cœur, de la bouche à l’oreille. Dante n’a point conçu de torture pareille ! Dehors, c’est le creuset effroyable où l’on bout Mais d‘où l’on sortira vainqueur, vaincu peut-être. […]
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E. Armand, “Demain / Tomorrow” (1908)

Demain Quand on me dit : demain, je souris et je passe ! Car ce n’est pas demain que me pique et tracasse L’autorité. Demain c’est le refuge obscur Où s’abrite le traître ou le vendu ; le mur Qui cache on ne sait quelle action inavouable ; C’est la concession faite au sort effroyable ; Auquel veut échapper, lucide enfin, le gueux. Demain, mais c’est l’appât que jette au malheureux Affamé le prêcheur de société future Et qui l’endort. Demain, c’est la retraite sûre Où le bourgeois railleur va, se gaussant de nous, De ses écus jouir, paisible. C’est […]
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E. Armand, “Le Travail / Work” (1908)

LE TRAVAIL S’en aller, le matin, dès l’aurore, à l’usine Puis s’atteler, ainsi qu’une inerte machine A quelque ur labeur qui ne change jamais, Répéter tel un rite ennuyeux — comme un faix Ecrasant qu’on ne peut jeter bas — une lâche, La semblable toujours. Se tenir humble, lâche, Devant l’arrogant chef dont l’impérieuse voix Ordonne et qui veut être écoutée. Point de choix : Obéir ou partir. La besogne est stérile. N’importe, raisonner ici n’est point utile ; Logique, réflexion sont des dons superflus Pour produire on est là. Rien d’autre. Rien de-plus, C’est à dire enrichir un possédant […]
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E. Armand, “Réfractaires! / Refractories!” and Bizeau, “My Desires!” (1907)

RÉFRACTAIRES ! J’aime le Révolté qui ne se courbe pas, J’aime le chemineau qui préfère la route Au pain blanc, au foyer, qui s’asseoit les pieds las Sur le bord d’un fossé, dévorant une croûte Que jetterait un chien. J’aime le réfractaire Qui risque et qu’on pourchasse. O héros, nul n’écrit Vos gestes de fierté : vous passez sur la terre Méconnus et pourtant vous incarnez l’esprit. Les repus, les gens d’ordre et de relation sûre Sourient en vous voyant et fuient la haine au cœur; Leur rire est de la crainte. Ils sont la pourriture Et vous êtes le […]
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E. Armand, “Perspective” (1922), with a poetic response

Perspective Je sens que très longtemps mon cœur restera tendre ; Les rides sur mon front pourront croître et s’étendre, Je me soucierai peu de la marche des ans, Vif et sensible encor malgré mes cheveux blancs. Je sens que très longtemps audacieuse et vive, Mon imagination vers la lointaine rive Où les rêves sont rois, fera voile souvent. Oublieuse, je crains, que l’âge décevant Qui prend au bras sa force et rend la main moins sûre Au pilote interdit la vogue à l’aventure. Pour qui vieillit rêver n’est-il pas hors saison ? L’on sourira peut-être alors sur mon passage. N’importe. Tu […]
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E. Armand, “Chants d’un emmuré / Songs of the Immured” (1923)

Chants d’un emmuré Je sais qu’Amour se plait à créer des alarmes Et je ne doute pas des cœurs qu’il a meurtris, Qui chantent leurs chagrins, leurs déboires, leurs larmes. Je crois au désespoir des Amants incompris. Mais la douleur d’aimer n’est pas la seule au monde Le penseur souffre aussi qui veut de son sillon Creuser dans le sol dur une empreinte profonde Et voit sur son effort, ironique légion, Les haines s’acharner, l’envie et la misère. Traqué, mis à l’index, interrompu, cent fois Il reprend son labeur, remonte sa chimère, A chaque tour plus las et plus triste […]
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Adolf Wolff, “Songs of Rebellion, Songs of Life, Songs of Love” (1914) (selections)

p. 15 TO ESTHER My little daughter, my masterpiece, Child in body, mind and spirit, beautiful, Child so much a child. When you have blossomed into womanhood, May you be a Judith decapitating a Holofernes, A Joan of Arc leading a people to victory, A Louise Michel fighting on the barricades, A Voltairine de Cleyre singing the songs of revolt, An Emma Goldman preaching the gospel of rebellion. I dedicate you, Fruit of my blood, child of my soul, I dedicate you to the cause of emancipation, I dedicate you to the cause of truth and justice, I dedicate you […]
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E. Armand, “Egoîsmes / Selfish Thoughts” (1923)

Egoïsmes I Tu m’as donc refusé ta lèvre : Je n’en mourrai pas, c’est certain, Mais ton refus n’a pas éteint Mon désir de toi et la fièvre Brûle mon sang lorsque je songe A tous les plaisirs attendus, Plaisirs gâtés, plaisirs perdus…! De les avoir conçus me ronge Me persécute et me tourmente. Je le sais, tu n’es qu’une enfant, Mais cela n’empêche pourtant Que ta douce image me hante Souvent et je ne puis rien contre, Rien que déplorer qu’un hasard — Pour le souhaiter c’est trop tard — N’eût pas permis notre rencontre. II Ce soir, à […]
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E. Armand, “La Passion Patibulaire / The Sinister Passion” (1923)

La Passion Patibulaire I Le vent siffle, siffle, siffle ! Oh! ce vent âpre et sans répit, Ce vent aigu comme un poignard, Ce vent qui pénètre jusqu’à la peau Transperçant notre vêture trop légère — Si nous avions seulement de quoi nous habiller chaudement ; Si seulement nous avions de quoi manger à notre faim ! Mais nos pauvres hardes sont bien trop minces, hélas, Et trop claire notre chétive pitance. The Sinister Passion I The wind whistles, whistles, whistles! Oh! this bitter and relentless wind, This wind keen as a dagger, This wind that penetrates to the skin […]