E. Armand, “Adventure Was There…” and “Like Lions…” (1925)

L’AVENTURE ÉTAIT LA…

Mille moyens s’offraient; traineau, wagon, navire.
Un geste et tu partais… en route pour là-bas,
N’importe où : pour le mieux, le semblable où le pire :
L’aventure était là, qui te tendait les bras !

Et le traineau fila tout d’un trait vers le pôle:
Ours blancs, rouge soleil, icebergs et frimas…

Un frein se desserra, relâchant son contrôle ;
Le train, fumant, sifflant, accélérant le pas,
Serpent glissant sur rails, s’en fut hors de la gare.

Troublant l’air matinal strida l’ultime appel ;
L’onde s’ouvrit devant le steamer qui démarre
Pour le lointain, le neuf, l’imprévu, l’autre ciel…

Et la glace et la plaine et les monts et les îles.
Baignées par d’autres mers, les étranges climats,
Les pays inédits, les chimériques villes:
L’aventure était là, mais tu ne voulus pas !

Chartres-Orléans, 23 septembre 1925.

ADVENTURE WAS THERE…

A thousand means presented themselves: sled, wagon, ship…
A gesture and you were on your way, en route to somewhere,
Anywhere: for better, for worse, for more of the same:
Adventure was there, reaching out to you!

And the sled races of in a dash toward the pole:
White bears, red sun, icebergs and frost…

A break released, relaxing its control;
The train, smoking, whistling, accelerating its pace,
A serpent gliding on rails, pulled out of the station.

Troubling the morning air, the strident final call;
The flow split before the steamer that set out
For the distant, the new, the unforeseen, the other skies…

And the ice and the plain and the mountains and the isles.
Washed by other seas, foreign climes,
Unseen countries, chimerical towns:
Adventure was there, but you didn’t want to go!

Chartres-Orléans, September 23, 1925.

COMME DES LIONS…

Comme des lions, les flots sur la falaise
Bondissent, fous, hurlant, férocement.
A l’horizon les autres voix se taisent:
Plus d’autre son que leur rugissent !
L’un après l’autre, ils accourent, se pressent ;
L’écume vole et le vent la poursuit.
Lame sur lame et toujours sans cesse,
Force que nul n’entrave ou ne détruit.

Comme des lions qu’aucun péril n’arrête
Du dur granit ils abordent l’assaut ;
Sur leur domaine en vain la digue empiète,
Qui peut songer à se jouer des flots ?

Ces blocs massifs quelques années peut-être
Comprimeront leur invincible élan ;
Bon gré, mal gré, l’onde s’en rendra maitre.
Ils crouleront, disjoints, fendus, branlants.

Comme des lions rassasiés de carnage,
Combien de fois, ô vagues en courroux,
N’ai-je pas vu, le jour d’après l’orage,
Sur les galets paresser vos remous,
Vous m’attiriez, d’heures de calme avide
Je me sentais vers l’abime entrainé,
Je résistais, car je vous sais perfides…
Je vous préfère en fureur, déchainées…

Comme des lions, les passions en mon être
Se font la guerre et sans nulle pitié.
Vouloirs, désirs, se heurtent, s’enchevêtrent:
Souffrance, amour, espoirs, inimitiés !
J’aime encor mieux qu’en bouillonne la lave
Que, dévorante, elle incendie mon sort,
Que végéter, en médiocre, en esclave,
Et, respirant, me connaitre un cœur mort.

Le Havre, 25 novembre 1925.

E. ARMAND.

LIKE LIONS…

Like lions, the waves leap at the cliffs,
Mad, howling ferociously.
On the horizon the other voices are silent:
No sound but their roar!
One after another, they race in, rush out;
The foam flies and the wind pursues it.
Swell after swell, always and ceaselessly,
A force that nothing can hinder or destroy.

Like lions, halting for no hazard,
They throw themselves at the hard granite;
In vain the dike encroaches on their domain,
Who can dream of defying the flood?

For a few years, perhaps, these massive blocks
Will resist their invincible momentum;
Despite that, the waves will make themselves master.
And they will crumble, cracked, split, shaking.

Like lions, sated by carnage,
How many time, raging waves,
Have I not seen, the day after the storm,
Your eddies laze on the pebbles?
You attracted me, greedy for calm hours;
I felt myself drawn toward the abyss,
But I resisted, for I know you are treacherous…
I prefer you in your fury, unleashed…

Like lions, the passions of my being
Make war—and that pitilessly.
Wishes, desires, collide, become entangled:
Suffering, love, hopes, hostilities!
I like it still better when, its lava bubbling,
Devouring, it sets fire to my fate,
Than when stagnant, mediocre, slavish,
And, breathing, it knows me for a dead heart.

Le Havre, November 25, 1925.

E. ARMAND.

L’En dehors 4 no. 71/72 (10 Décembre 1925): 3.

[English adaptation by Shawn P. Wilbur]

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