French texts

E. Armand in “Le Libertaire” (1902-1926)

EN TEMPS POSSIBLE OU NON ! Voici déjà deux ou trois fois que le Libertaire, très impartialement, publie des articles traitant d’une entente possible ou impossible entre les divers éléments appelés à composer une colonie libertaire en projet. Sans entrer dans le fond de la discussion je vais essayer, rapidement, de dégager la question en ce qui concerne les anarchistes chrétiens. I. Dans un précédent n° du Libertaire, un camarade assimilait, bénévolement, les spiritualistes à je ne sais quels dévots prosternés jour et nuit devant une idole plus ou moins fantastique. Je connais deux sortes d’individus ressemblant à ce tableau […]
Anarchist Beginnings

E. Armand, “Etiquette ? / Label?” (1925)

Étiquette ? Individualiste anarchiste, je choisis, j’ai choisi « l’étiquette » anarchiste parce que cela me faisait plaisir, mais aussi après l’avoir raisonné. Mais cette étiquette d’anarchiste n’est pas seulement une étiquette, elle est une affirmation et une définition par elle-même, dont ne saurait être ignorant aucun de ceux qui ont étudié tant soit peu la sociologie ou qui ont fréquenté des anarchistes en chair et en os. Anarchiste est une étiquette qui est aussi une déclaration : une déclaration que pour vivra isolément ou en association, pour produire ou pour consommer, pour apprendre ou pour enseigner, pour exister et […]
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E. Armand, “Life As Experience” (1906)

La Vie comme expérience Je considère la vie comme une expérience, à vrai dire comme une série d’expériences, qu’il s’agit de rendre les plus riches, les plus abondantes, les plus variées possible. Je pense que l’individu parvient à l’état de conscience, c’est-à-dire de réaction intelligente sur l’environnement, dans la mesure où il analyse et renouvelle les expériences de la vie, qu’il parcourt la gamme des émotions ou des sensations ; tantôt parce qu’elles se rencontrent inévitablement sur le clavier de son existence, tantôt aussi parce qu’il les provoque, le sachant et le voulant. Ce que je dis de la vie […]
poetry

E. Armand, “Variations on Poetry” (1929)

Variations sur la Poésie Je n’aime pas le poète missionnaire ; Je n’aime pas le poète convertisseur ; Je n’aime pas le chanteur social ; Je m’insoucie de la chanson brochure de propagande. Je n’apprécie de poésie que celle qui est le récit une expérience individuelle. Raconte-moi, poète, ta joie, tes espoirs : crie-les, pleure-les, hurle-les, mais émeus-moi. Je ne te demande point de doubler le prêtre ou le politicien. non— ce que j’attends de toi, c’est que tu me fasses vibrer à l’unisson de tes perceptions. Poète, fais-moi tressaillir, frissonner avec toi, avec toi me réjouir, aimer et haïr […]
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E. Armand, “The Man of Blood,” “A True Story” and a note on camaraderie

l’Homme de sang. SINISTRE, l’œil amer, sûr de l’impunité, L’accusateur public insiste pour qu’on tue ; Tour à tour menaçant, persuasif, irrité, Doucereux quelquefois, son verbe s’évertue A traquer la pitié jusqu’au tréfonds du cœur De ceux qui vont juger; à forcer son refuge Ultime et l’en chasser. Mordant, cruel, moqueur, Il peut l’être sans risque. Il n’est de subterfuge D’appel aux bas instincts encor mal endormis, D’exagération dont il n’enfle sa cause… Ministre de vengeance, il se sait tout permis, Conscient que sur lui, titubant, se repose Le Bâtiment social. « Au crime horrible il faut Par le meurtre […]
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E. Armand, “Liberty Will Triumph” (1923)

La Liberté triomphera Il n’y a plus de feuilles aux arbres. Les derniers ouragans ont enlevé les ultimes qui résistaient encore. Il fait froid. Plus de fleurs sur le bord des routes. Un brouillard dense et morne engrisaille hommes et choses. On dirait que va sonner la dernière heure du monde, tant les contours des objets apparaissent flous, imprécis. Plus d’épis dans les champs. Le vent souffle sur des plaines désolées. Là où cet été s’élevaient toutes sortes de graminées destinées à la nourriture des êtres vivants, ce n’est plus que le désert. Les sentiers des forêts sont jonchés de […]
poetry

E. Armand, “Souvenir / Memory” (1906)

Souvenir On ne peut demander à un individu donné plus qu’à d’autres la perfection: chacun a ses tentations : il n’en est pas responsable. Ce dont il est responsable c’est la façon dont il en triomphe. — Marie Kugel. Dans la nuit calme, hier, j’ai relu « ses » lettres ; Profond et lourd aussi le silence planait, Il était tard ; nul bruit ; obscures les fenêtres… Hélas ! mon âme en deuil ne connaît plus la paix… Pauvres fragments épars ; échos d’espoirs sans nombre, Beaux songes envolés pour ne plus revenir, Songes qu’on prolongeait à voix basse et dans l’ombre, — […]
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E. Armand, “Because I Consider You To Be Mine” (1913)

Parce que je te considère comme mien. Parce que je te considère comme mien, je m’intéresse à toi. Parce que je sais que je puis compter sur toi dans les heures difficiles, ou sur tes caresses quand parlent mes sens, ou sur ton savoir quand mes propres lumières défaillent, ou sur ton appui matériel quand je me trouve à bout de ressources, ou sur la sympathie quand je m’embarque dans quelque aventure de ton goût. Parce que tu es ma propriété. Parce que tu m’appartiens et que je puis faire fond sur cette possession. Parce que toi aussi tu me […]
poetry

E. Armand, “Rêve païen / Pagan Dream” (1913)

Rêve païen Aimant la vie, aimant l’amour, aimant Ia chair, Il m’arrive parfois, remontant des années Le cours lointain, de voir, en mon rêve, une mer D’azur comme le ciel, et des rives baignées D’une lumière ardente et limpide. À Vénus, Un temple consacré décore une colline, Tout proche, et dans un bois d’oliviers dansent nus, Lascifs, de Pan des fils et des filles… Divine, La brise douce exhale et sème le désir. La volupté m’entoure et je me sens comme ivre… O coupe qui jamais ne s’épuise… Saisir D’une femme le corps qui palpite et se livre, L’étreindre, l’enserrer, […]
poetry

E. Armand, “Estompe / Fading” (1924)

Estompe Je soulevai légèrement et délicatement le rideau de l’unique fenêtre de cette chambre où nous nous étions rencontrés, où nous nous étions aimés une heure, peut-être un peu plus, peut-être un peu moins — les minutes avaient coulé si vite! Je soulevai donc ce rideau et je l’aperçus qui s’éloignait dans la rue sans rien qui la différenciat des autres femmes. Le jour agonisait dans cette pièce, mais elle était pleine de clartés, de sons et de gestes, lesquels, pour être perçus, demandent probablement une vision et une ouïe autres que celles que peuvent, à l’état ordinaire, procurer les […]