E. Armand, “Fleurs de solitude et Points de repère” (1926)

Source notes

[in progress]

Par-delà la Mêlée

  • E. Armand, “Sur le bord du fossé,” Par-delà la Mêlée 1 no. 21 (mi Décembre 1916): 2. [all items collected]
  • E. A., “Tu vis ta vie,” Par-delà la Mêlée 1 no. 22 (mi Janvier 1917): 1. [similar, uncollected item] [translation]

« Tu vis ta vie »: .. Vivre sa vie, c’est tout le contraire que de s’étaler sur un plat. Comment peux-tu prétendre vivre ta vie alors que tu es incapable de garder ton secret pour toi? … Vivre sa vie, ce ·n’est point vivre pour son entourage, pour ses plus proches même, c’est vivre pour soi.

E. A .

“Live your life:”… To live one’s life is just the opposite of spreading it out on a platter. How can you claim to live your life when you are unable to keep your secret to yourself?… To live your life is not to live for those close to you, not even for the closest, but to live for yourself.


  • E. Armand, “Flocons de neige,” Par-delà la Mêlée 1 no. 23 (début Février 1917): 3. [1 item uncollected]

D’un Mercure de France récent, j’extrais ces réflexions de G. Palante sur le féminisme,

… Chez nous le feminisme, c’est le Damisme, l’influence de la Dame avec l’échelle des valeurs qu’elle protege, l’abaissement intellectuel, l’étroitesse d’esprit qu’elle comporte : cette féminisation des valeurs contre laquelle ont protesté tant d’excellents esprits depuis Schopenhauer jusqu’à Proudhon et M. Berth…

Je cite tout simplement.


  • Gabriel, “Au vent la voile,” Par-delà la Mêlée 1 no. 24 (mi Février 1917): 3. [end of similar series, probably not by Armand]
  • E. Armand, “Giboulées de mars,” Par-delà la Mêlée 1 no. 25 (mi Mars 1917): 3. [2 items uncollected]

Avez-vous remarqué ce trait parmi tous ceux que la censure nous a laissés connaître du changement de raison sociale russe : la réincarcération des condamnés de droit commun dans les prisons !

Lorsque, selon le livre des Actes, à Jérusalem, l’ange du Seigneur délivra Paul et ses compagnons, tous les prisonniers furent en même temps délivrés. Ce qui prouve que l’ange du Seigneur avait moins de préjugés que les bourgeois qui ont fait tourner à leur profit le mécontement des ouvriers de Petrograd.

Dans La Caravane notre ami Maurice Wullens s’étonne que par delà la mélée soit unanimement passé sous silence. Et il ajoute « les organes d’avant garde me paraissent où bien mal renseignés, où fortement imbus de parti-pris. » Vous êtes un « bleu », mon cher Wullens — permettez-moi cette expression actuelle — vous apprendrez plus tard ce qu’il en coûte de se placer « en dehors » pour de vrai, de faire bande à part, de ne point se faire voir dans les bureaux de rédaction des feuilles dites avancées ou solliciter, la bouche en cœur, l’appui de nullités pontifiantes. Vous comprendrez, par la suite, de quel ostracisme est frappé quiconque ne veut pas battre des mains, faire l’arriviste, et « être dans le train ». Et souvenez-vous que les milieux intellectuels dits « avancés — ne valent pas mieux que les loges de concierge : on y calomnie, on y médit, on y distribue des brevets, on y juge avec des arguments de correctionnelle, on y condamne sans appel. Par dessus tout, on y redoute les cancans de la loge voisine.

Un fait : il existe à Paris, une revue à laquelle est adjointe une maison d’édition. Nous faisons aux publications qui en émanent une publicité, comme aucun autre journal de notre genre n’en fait actuellement. Or, il n’est même pas venu à la pensée des administrateurs de ladite revue de nous l’envoyer en échange. Et ceci alors qu’elle s’échange avec des publications qui n’ont ni le tirage ni l’influence de ce journal. Tirons l’échelle, secouons la poussière de nos sandales et poursuivons notre chemin.


  • E. A., [“Je n’ai rien contre l’étiquette…”], Par-delà la Mêlée 1 no. 25 (mi Mars 1917): 3. [Similar, uncollected item]

Je n’ai rien contre l’étiquette qu’on colle sur la bouteille. C’est une classification qui peut être utile. Ce contre quoi je me révolte : c’est la fausse étiquette.

E. A.

[I have nothing against the label that is stuck on the bottle. It is a classification that can be useful. What I rebel against is the false label.]


  • E. Armand, “Bourgeons de printemps,” Par-delà la Mêlée 1 no. 27 (mi Avril 1917): 1-2. [1 uncollected, 1 edited]

Dans un article de sa revue The International, Geo Sylvester Viereek parle de sa rencontre avec H. G. Wells et analyse son dernier livre sur la guerre Mr. Britling sees it through — Mr. Britling voit tout ce qu’il en est. A ce sujt, il donne du puissant romancier anglais cette opinion : “Wells est plutôt sur que sous-sexué. La note sexuelle sature tout ce qu’il écrit. Elle se glisse même dans ses livres sur la guerre. Elle le rend humain, très humain. Elle prête de la richesse à son style, du piquant à sa conversation. Wells est toujors intéressant parce qu’il est toujours amoureux”.

C’est vrai et quand on compare à une froid dissertation philosophique l’ode de Sapho de Lesbos à une femme aimée, dont voici la traduction :

Celui-là me parait égal aux dieux qui, assis en face de toi, écoute de près ton doux parler ;

Et ton aimable rire : ils font tressaillir mon coeur dans mon sein ; la voix n’arrive plus à mes lèvres.

Ma langue se brise, un feu subtil court rapidement sous ma chair ; mes yeux ne voient plus rien, mes oreilles bourdonnent ;

Une sueur glacée m’inonde, un tremblement me saisit tout entière ; je deviens plus verte que l’herbe, il semble que je vais mourir ;

Eh bien ! j’oserai tout puisque mon infortune…

on comprend qu’on bâille à l’ouïe de la dissertation philosophique, mais que la lecture de l’ode de Sapho vous émeuve, parce qu’elle palpite de vie.

Dans le dernier numéro et sous la signature de A. Lorulot, je lis que la caractéristique du dégénéré, c’est qu’il passe sans transition du désir à l’acte… Adieu, spontanéité charmante et primesauterie alerte : vous êtes l’apanage des dégénérés. Et toi, poète qui saissait ton stylet et tes tablettes dès que l’impulsion te poussait ; et vous délicieux amants qu’une seule rencontre suffisait pour vous jeter franchement dans les bras l’un de l’autre, vous n’êtes que de vils dégénérés. Mais salut à tous, à imaginateurs de mortiers de 420, de projecteurs, de gaz asphyxiants ou de torpilles pour sous-marins ; des années et des années, vous avez pâli sur des formules pour mettre au point vos inventions ; à force de recherches patientes, vous avez réussi ; vous voici dans toute votre gloire juchés sur un himalaya de cadavres et de mutilés. Vous êtes de ceux qui n’avez pas passé sans transition du désir à l’acte… O misères de la logique!


  • E. Armand, “Le long du chemin,” Par-delà la Mêlée 1 no. 29 (début Juin 1917): 2. [5 items uncollected]

Malgré toute la-sympathie qu’ils nous inspirent, force nous est de reconnaitre que les révolutionnaires russes n’apportent rien de nouveau au monde. Ils se présentent avec un programme bien connu : électorat, gouvernement de la totalité par la majorité; influence des minorités plus ou moins conscientes sur la majorité; autorité morale ou spirituelle des chefs, des « leaders » sur cette minorité plus où moins consciente.

Ils ne nous apportent rien de plus que ce que la Révolution de 1789 nous avait fait connaitre eu fait de dualité de pouvoirs et d’émiettement de l’autorité. Pourtant non, ils produisent devant le monde deux valeurs nouvelles inconnues à la fin du XVIIIe siècle: le socialisme et le suffrage féminin.

Et dans l’ombre de l’inconnu, par delà les conflits intérieurs probables, par delà la lutte pour la conquête des pouvoirs publics, on sent à l’œuvre une gestation redoutable : un Bonaparte des steppes.

Nous attendons les socialistes à l’œuvre, non sans curiosité. En ce qui concerne le suffrage des femmes, nous savons mieux à quoi nous en tenir. Emma Goldman, dans le dernier numéro de Mother Earth expose tout au long leurs agissements et raconte comment, en Angleterre, c’est sur les cadavres des centaines de mille hommes tués dans les Flandres qu’elles ont conquis le droit de vote. Emma Goldman fait remarquer qu’un des grands arguments féministes était que l’octroi du vote rendrait inutile la dégradante nécessité de l’appel à l’instinct sexuel. Or, c’est en faisant appel à cet instinct que les suffragettes anglaises ont poussé une foule de jeunes gens à s’enrôler. Il en est de même en Amérique : les plus jolies des membres du parti suffragiste usent de leurs attraits dans le même but. Et il paraissait que l’octroi du droit de vote aux femmes devait renouveler l’atmosphère politicienne !!!

Une société individualiste an-archiste, a-crate, a-kyrienne — pourquoi pas ? Une immensité de groupes où d’individualités isolées, se régissant comme ils l’entendent, pratiquant toutes sortes de combinaisons Où de concepts économiques, politiques, scientifiques, sexuels, littéraires — je n’y ai jamais été opposé. Une forêt de réalisations individuelles ou collectives. Ici, le communisme et chacun recevant selon ses besoins. Là, l’individualisme et chacun acquérant selon son effort. Ici, le troc : produits contre produits. Là, l’échange : produits contre valeur représentative. Ici, la-propriété du ne au producteur. Là, l’abandon du produit à l’ensemble. Ici, l’omnivorisme. Là, le végétarisme ou je ne sais quel arrangement culinaire en isme. Ici, le couple et la famille. Là, la liberté ou même la promiscuité sexuelle. Ici, des matérialistes. Là, des spiritualistes. Ici, progéniture à la mère. Là, les enfants au groupe. Ici, la recherche des émotions artistiques ou littéraires. Là, la recherche des expérimentations scientifiques. Ici, des instituts de volupté. Là, des écoles d’austérité.… Je n’ai jamais été l’ennemi de pareille société (?) Bien loin de là. Je la désire, pourvu qu’il soit entendu que chacun ait la faculté de passer d’un milieu à l’autre ou de s’isoler de tout milieu. Cela sans qu’il vienne aux ensembles les plus forts la tentation de s’accaparer des ensembles les plus faibles, ou aux groupes la tentation d’englober les individualités isolées.

Pouvez-vous m’affirmer de bonne foi que la mentalité des hommes en général. soit apte à pratiquer pareille vie sociale ? — Pouvez-vous soutenir sérieusement qu’une autre propagande que celle de l’individualisme puisse, non pas en préparer la. venue, mais au moins accoutumer les esprits à entendre énoncer et discuter pareille conception sociétaire ?

Oui, je nourris cette conviction enracinée au plus profond de mon être que l’état d’alégalité, d’amoralité, d’asocialité assure à l’individu une vie plus ample, plus mouvementée, plus riche en expériences et en jouissances de toutes sortes. Retour à l’instinct. Pourquoi pas ? A l’animalité ? Non pas, parce que — individualiste — je ne conçois cet état en-dehors que basé sur le respect de la conviction et de la personnalité d’autrui — peu importe ce que soit cette conviction ou cette personnalité. Quiconque ne se sent pas apte au respect de l’individualité d’autrui — pensée et activité — n’est pas fait pour être un alégal, un amoral, un asocial.

Une courtisane célèbre par la beauté de sa taille est enceinte : voilà un beau modèle perdu ; le peuple est dans la désolation: on appelle Hippocrate pour la faire avorter : il la fait tomber, elle avorte ; Athènes est dans la joie, le modèle de Vénus est sauvé.

On sait que M. Mesureur préconise des mesures draconiennes contre les ‘« avorteuses », mesures parmi lesquelles figurent l’invite à la délation et la suspension du secret professionnel. Je pensait en lisant cette nouvelle dans les journaux, à ce trait des mœurs attiques, consigné dans les Courtisanes grecques, petit livre imprimé en exil et dû à la plume d’Emile Deschanel, père du président de la Chambre. Et je me disais in petto : heureusement que nous nous proclamons « une république athénienne ». Si nous n’étions pas une république de ce genre-là, que pourrait bien préconiser M. Mesureur ?


  • E. A., [“Restreindere les passions !…”], Par-delà la Mêlée 1 no. 30 (fin Juin 1917): 1. [Similar, uncollected item]

Restreindre les passions! Rétrécir l’horizon de la jouissance de vivre ? Le christianisme l’a tenté et il a échoué. Le socialisme va essayer de réduire l’humanité à un même dénominateur de nécessités et il échouera. Fourier avait vu clair qui lança cette expression magistrale de l’utilisation des passions “. — Quelqu’un de raisonnable utilise; seul l’insensé supprime ou mutile. « Utiliser ses passions » c’est vite dit, mais au profit de qui ? — à mon propre profit, afin de me rendre plus « vivant », je veux dire plus accessible aux nuances des sensations que propose ou que provoque la vie.

E. A.

To restrain the passions! To narrow the horizon of the enjoyment of living? Christianity has attempted it and failed. Socialism will try to reduce humanity to a similar denominator of necessities and it will fail. Fourier saw clearly when he coined this masterful expression: “the use of passions.” — The reasonable individual uses; only the fool suppresses or mutilates. “To use their passions,” it is quickly said, but for the benefit of whom? — For my own benefit, in order to make myself more “alive,” by which I mean more accessible to the nuances of the sensations that life offers or arouses.


  • E. Armand, “Le long du chemin,” Par-delà la Mêlée 1 no. 30 (fin Juin 1917): 2. [In the original version of “Je préfère Don Juan,” it is not Don Juan, but “le Spartacus qui libérera de votre esclave — votre femme…”]
  • E. Armand, “Le long du chemin,” Par-delà la Mêlée 1 no. 34 (1 Septembre 1917): 2. [4 items uncollected]

Dans l’Ecole de la Fédération, numéro du 7 juillet, quelqu’un qui signe P. M. au cours d’une série d’articles sur les “ Cercles Ouvriers ” parle ‘“ des reproches qu’on faisait hier… aux jeunesses anarchistes, de verser dans l’individualisme et de conduire… à la caricature répugnante de l’amour libre ”. Qu’est-ce que c’est que cela, la caricature de l’amour libre ? P. M. veut faire allusion sans doute à ces gens qui, sans avoir passé par la mairie, se montrent aussi jaloux, aussi exclusifs, aussi tyranniques, aussi exigeants de la fidélité sexuelle, aussi peu respectueux de la liberté amoureuse de leurs “ copines ” ou “ copains ”, que s’ils avaient à leur disposition le code et les gendarmes. Si c’est cela qu’a voulu dire P. M., je l’approuve des deux mains. Mais qu’est ce que cette vilaine caricature de l’amour libre a jamais eu de commun avec l’individualisme ?

Le dit P. M., dans le même article, déplore que les groupes socialistes ou anarchistes aient été des “ lieux de passage ”. — Il aurait voulu qu’on y soit, qu’on s’y sente pour la vie. — Ne me sentant socialiste à aucun point de vue, je ne discuterai point ce qui concerne les groupements socialistes, mais la vie n’est-elle pas le mouvement? — Faire partie d’un groupement, le quitter lorsqu’on ne se sent plus en affinités avec ses composants, y revenir, aider à la création d’un nouveau groupe plus en rapport avec ses aspirations, provoquer à la liquidation de tel vieux groupement en déliquescence — mais c’est la vie, cela. Un groupement qui se renouvelle et se rajeunit sans cesse par l’entrée de nouvelles unités et le départ d’anciens constituants qui s’en vont ailleurs est en état de développement. Les autres sont des écoles de pétrification.

Dans les rues d’une très grande ville de province, j’aperçois des affiches annonçant la réapparition de tel hebdomadaire suspendu deux mois. “ Le seul libre, le seul indépendant, le seul propre, etc…” Doucement, doucement, chers amis. Il est d’autres périodiques, moins réguliers, moins répandus, moins bruyants qui sont tout aussi libres, indépendants, propres, etc. que l’hebdomadaire dont s’agit… “ Pauvreté ”, — du moins tirage restreint — n’est pas vice, comme dit l’adage populaire. Je commence à comprendre l’état d’esprit du paysan fatigué d’entendre résonner à son oreille le qualificatif de juste appliqué à Aristide.

En passant très accidentellement à Saint-Etienne, j’ai dépensé quelques heures en compagnie d’André Lorulot. On ne saurait s’imaginer quelle somme de labeur représente la conception matérielle de sa petite revue l’Idée Libre qu’il compose et tire lui-même, deux pages par deux pages, sur une minuscule machine à tirer les épreuves. André Lorulot a été beaucoup suspecté, beaucoup calomnié, et peut-être son évolution vers un démocratisme fortement saturé de libertarisme — quels barbarismes ! — n’est elle pas étrangère à cette hostilité de mauvais aloi. — Mais parmi ses plus écharnés détracteurs en compterait-on beaucoup qui eussent montré, — étant donné son état de santé — pareil courage lorsqu’ils s’est agi de surmonter le sort adverse ?


  • E. A., [“Il est lecteurs qui s’imaginent…”], Par-delà la Mêlée 1 no. 34 (1 Septembre 1917): 3. [Similar, uncollected item]

Il est des lecteurs qui s’imaginent que j”écris pour noircir du papier ou pour avoir le plaisir de lire ma signature au bas d’un article. Vous errez, à bêtes du troupeau. Je décris non seulement ce que je pense — ce qui aurait déjà sa valeur — mais ce que je sens, comme je le sens il n’y a pas une ligne que j’ai donnée à ce journal, depuis sa création, qui ne soit un fragment d’autobiographie… intellectuelle ou pratique.

E. A.


  • E. Armand, “Mon royaume est de ce monde,” Par-delà la Mêlée 1 no. 35 (15 Septembre 1917): 2. [Similar, uncollected short item]

Mon Royaume est de ce Monde

Mon Royaume est de ce Monde — mon Royaume est de la terre — Il monte de la Terre, ma mère, ma possibilité d’être — Mon Royaume est matière planétaire, substance terrestre, énergie tellurique – Il est amour, il est savoir, il est beauté, il est force. Il est instinct, il est raison, il est passion, il est sagesse, il est volupté. Il est froment, avoine, orge, seigle, vigne, pommes de terre. Il est montagnes, océans, plaines, collines, ruisseaux. — Mon Royaume est de ce Monde — I1 s’élève de la Terre. Il naît, il croît, il périt sur la Planète — Il est arbres, fruits, prairies, fleurs. Il est jours, nuits, aubes, crépuscules, solstices — Mon Royaume est de ce Monde — Il est désirs, jouissances, soucis, éblouissements, chutes, ravissements, amertumes. Il est expériences visions, réalisations, aspirations, rêves, réalités, doutes, enthousiasmes, chocs, harmonies. Il est amantes, amis, camarades, fillettes, bambins, « péagers et gens de mauvaise vie » — Mon Royaume est de ce Monde — Il est recherche du bonheur, poursuite du nouveau, raffinement du plaisir, course au mieux être, atteinte du palpable, étreinte dû tangible — Mon Royaume est de la Terre — De cette terre qui Me recevra, reposante éternellement, une fois mon effort accompli — Tout Moi, ce Sac de peau qui renferme tant d’organes, Mon royaume qui est de ce monde.

E. Armand

My Kingdom is of this World — my Kingdom is of the earth – It rises from the Earth, my mother, my possibility of being — My Kingdom is planetary matter, terrestrial substance, telluric energy — It is love, it is knowledge, it is beauty, it is strength. It is instinct, it is reason, it is passion, it is wisdom, it is pleasure. It is wheat, oats, barley, rye, vine, potatoes. It is mountains, oceans, plains, hills, streams. — My Kingdom is of this World — It rises from the Earth. It is born, it grows, it perishes on this Planet — It is trees, fruits, meadows, flowers. It is days, nights, dawn, dusk, solstice – My Kingdom is of this World — It is desires, pleasures, worries, dazzling marvels, falls, raptures, bitterness. It is experiences, visions, achievements, aspirations, dreams, realities, doubts, enthusiasms, shocks, harmonies. It is lovers, friends, comrades, little girls, toddlers, “tax collectors and sinners” – My Kingdom is of this World — It is the search for happiness, pursuit of the new, refinement of pleasure, race for better being, achievement of the palpable, tangible embrace — My Kingdom is of the Earth — Of this land that will receive Me, eternally resting, once my effort is accomplished — All Me, this Bag of skin that contains so many organs, My kingdom which is of this world.


  • E. Armand, “Judas Iscariote,” Par-delà la Mêlée 1 no. 35 (15 Septembre 1917): 4.

Judas Iscariote

A Florent Fels

Ce que j’ai contre toi, ô Judas, c’est que tu livras l’homme de Galilée à l’autorité. Tu pouvais rompre avec lui, fausser compagnie à la bande qui s’attachait à ses pas ; tu pouvais entreprendre une propagande ou prêcher une doctrine contraire où antagoniste à la sienne, le poursuivre de tes raisonnements, l’accabler de tes railleries, le combattre face à face ; mais tu le livras, tu le vendis à ses ennemis. Et lorsque tu éprouvas du regret où du remords ou je ne sais quel sentiment de la bassesse d’âme qui t’avait fait agir, ceux qui t’avaient payé ne te connurent plus — ainsi qu’il est d’usage pour le mouchard ou l’espion discrédité. C’est pourquoi, ô Iscariote, chaque fois que j’entends prononcer ton nom, il me semble ouïr, en écho, un tintement d’écus de mauvais aloi — le salaire du traitre.

E. Armand

What I have against you, O Judas, is that you handed the man of Galilee over to authority. You could have broken with him, run out on the band that clung to his footsteps; you could have undertaken a propaganda or preached a doctrine contrary or antagonistic to his, pursued him with your reasoning, overwhelmed him with your taunts, fought him face to face; but you delivered him up, sold him to his enemies. And when you felt regret or remorse—or I do not know what feeling—for the baseness of soul that had made you act, those who had paid you no longer knew you—as is customary for the snitch or the discredited spy. That is why, O Iscariot, every time I hear your name spoken, it seems to me that I hear, in echo, the clinking of bad-quality coins—the wages of the traitor.


E. Armand’s arrest: October 16, 1917

[…]

Le Libertaire

  • E. Armand, “Pour faire réflechir,” Le Libertaire 2e série, 4 no. 197 (4 Octobre 1922): 3.
  • E. Armand, “Pour faire réflechir,” Le Libertaire 3e série, 29 no. 1 (24 Décembre 1923): 1. [all collected]
  • E. Armand, “Pour faire réfléchir,” Le Libertaire 3e série, 30 no. 274 (17 Septembre 1924): 2.

[Entries on “The Age of the Earth,” “The Reproduction of Eels,” and “Another Wireless Telegraph.”]

  • E. Armand, “Points de repère,” Le Libertaire 3e série, 30 no. 20 (6 Janvier 1924): 1-2. [all collected]
  • E. Armand, “Points de repère,” Le Libertaire 3e série, 30 no. 57 (12 Février 1924): 2. [all collected]
  • E. Armand, “Points de repère,” Le Libertaire 3e série, 30 no. 73 (28 Février 1924): 2. [all collected]
  • E. Armand, “Points de repère,” Le Libertaire 3e série, 30 no. 100 (26 Mars 1924): 1-2. [all collected]
  • E. Armand, “Points de repère,” Le Libertaire 3e série, 30 no. 119 (14 Avril 1924): 2. [2 items not collected]

Avoir des principes.

Un homme qui a des principes, c’est, dans le langage ordinaire, un homme qui adopte une fois pour toutes une règle de conduite donnée, d’accord avec ce que le troupeau appelle « se conduire bien » et qui s’y conforme durant toute son existence, en dépit des événements qu’il rencontre au cours de son voyage de la vie. L’anarchiste règle aussi son existence sur certains principes : mais, hors cette condition qu’il ne saurait se diminuer pas plus en exerçant qu’en subissant — à son gré tout au moins — l’autorité, sa règle de conduite demeure variable et flexible, et modifiable au furet et à mesure des expériences nouvelles et des nouvelles acquisitions. Il n’est pas l’esclave de ses règles de conduite. Il les imagine ou les édifie pour s’en servir et en retirer le « summum » de bénéfice pour son développement personnel.

To Have Principes.

A person who has principles is, in the common language, one who adopts, once and for all, a given rule of conduct, in accordance with what the herd calls “behaving well,” and conforming to it throughout their existence, despite the events they encounter in the course of their life’s journey. The anarchist also organizes their life according to certain principles: mais, hors cette condition qu’il ne saurait se diminuer pas plus en exerçant qu’en subissant — à son gré tout au moins — l’autorité, sa règle de conduite demeure variable et flexible, et modifiable au furet et à mesure des expériences nouvelles et des nouvelles acquisitions. They are not a slave to their rules of conduct. Il les imagine ou les édifie pour s’en servir et en retirer le « summum » de bénéfice pour son développement personnel.

Les prendre comme ils sont.

Il y a des personnages, très sympathiques, c’est entendu, mais de la vie desquels il est impossible d’éliminer, tant ils sont notoires, certains éléments scabreux. Aussi, pour ménager le bon ton, a-t-on coutume de qualifier de « naïveté » leur dépravation. On dira, par exemple, que c’est par naïveté que X… écrivain, a commis tels actes qui auraient amené n’importe quel terrassier sur les bancs du tribunal correctionnel. Prenez donc vos héros comme ils sont. Ils étaient « dépravés », dites-vous. C’était un aspect de leur tempérament, une attitude de leur personnalité, et rien ne prouve que, sans cet élément, ils eussent été les individualités exceptionnelles qui ont gagné votre attachement.

TRANSLATION


  • E. Armand, “Points de repère,” Le Libertaire 3e série, 30 no. 133 (28 Avril 1924): 1-2. [All items collected]
  • E. Armand, “Points de repère,” Le Libertaire 3e série, 30 no. 146 (12 Mai 1924): 1-2.
  • E. Armand, “Points de repère,” Le Libertaire 3e série, 30 no. 160 (26 Mai 1924): 2. [All items collected]
  • E. Armand, “Points de repère,” Le Libertaire 3e série, 30 no. 180 (15 Juin 1924): 1-2. [All items collected]
  • E. Armand, “Points de repère,” Le Libertaire 3e série, 30 no. 200 (5 Juillet 1924): 2. [One item uncollected]

Du tempérament

J’appelle « tempérament » la somme ou le résultat des actions et réactions d’ordre physiologique ou psychologique d’un Individu à tout moment donné de son développement, de son évolution. Dans ce « tempérament », dans cette somme, dans ce résultat je comprends et j’englobe toutes les influences assimilées par l’unité humaine dont s’agit : courants et influences de l’hérédité, de l’éducation, de l’instruction, des fréquentations de tout genre, de la profession. des voyages, etc.

Of Temperament

I call “temperament” the sum or resultant of the physiological or psychological actions and reactions of an individual at every given moment of their development, of their evolution. In this “temperament,” this sum or resultant, I include and encompass all of the influences absorbed by the individual human in question: currents and influences of heredity, education and instruction, all sorts of company kept, professionally, in travel, etc.


  • E. Armand, “Points de repère,” Le Libertaire 3e série, 30 no. 215 (20 Juillet 1924): 2. [All items collected]
  • E. Armand, “Points de repère,” Le Libertaire 3e série, 30 no. 232 (6 Août 1924): 2. [All items collected]

La Revue internationale anarchiste (1924-1925):

  • E. Armand, “Points de repère: L’art et la civilisation,” La Revue internationale anarchiste 1 no. 1 (15 Novembre 1924): 9-11. [All collected]
  • E. Armand, “Points de repère (suite),” La Revue internationale anarchiste 1 no. 2 (15 Décembre 1924): 37. [All collected]
  • E. Armand, “Points de repère (suite),” La Revue internationale anarchiste 1 no. 3 (15 Janvier 1925): 66-67. [One item uncollected]

LA VERITABLE ÉDUCATION SEXUELLE

  • E. Armand, “Points de repère (suite),” La Revue internationale anarchiste 1 no. 5 (15 Mars 1925): 111-112. [One item uncollected]

Contre la super-nation

  • E. Armand, “Points de repère (suite),” La Revue internationale anarchiste 1 no. 6 (15 Avril 1925): 139. [One item uncollected]

Remords

  • E. Armand, “Points de repère (suite),” La Revue internationale anarchiste 1 no. 8 (15 Juin 1925): 179-180. [Incorporated into “La Révolution sexuelle et la camaraderie amoureuse.”]

 

 

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