Flowers of Solitude… — Chapter III — Love and Sexualism

CHAPITRE III

Amour et Sexualisme

CHAPTER III

Love and Sexualism

LA FEMME DUPE DE L’HOMME

« La femme dupe de l’homme ». Cela est-il bien exact, et que faut-il entendre exactement par cette déclaration ? Qu’après s’en être servi, l’avoir utilisée comme instrument de plaisir, de son plaisir, l’homme abandonne la femme ; s’en insoucie désormais. Mais il y a aussi l’homme que la femme abandonne, sans y mettre plus de gants que son congénère masculin, parfois moins. Il y a même plus — il ÿ a l’homme réduit à l’état de pantin par la coquetterie féminine, l’homme dont la femme sert comme d’un jouet et qu’elle utilise à ses fins. Il y a davantage : il y à l’homme dupe du foyer, de l’intérieur, du ménage, de la famille — l’homme qu’en employant toutes sortes de pressions, la femme retient à la maison, distrait, éloigne de tout mouvement émancipateur, aussi bien individuel que général ; l‘homme que la femme avachit, rend incapable de s’intéresser tout autant à son développement personnel qu’à l’évolution collective. Il y a la femme outil de réaction, proie et instrument des êtres de recul, exerçant une influence néfaste sur son compagnon et sur sa progéniture. Et la femme qui s’acharne à la ruine matérielle de l’homme qui est tombé dans ses filets ? Je n’en finirais pas si je voulais énumérer toutes les manières dont l’homme, lui aussi, est « dupe » de la femme… Soyons équitable. J’admets que fréquemment la femme est la dupe de l’homme, mais je maintiens qu’à proportions égales l’homme est la dupe de la femme. Plus souvent que la femme .e fait pour lui, l’homme sacrifice à cette dernière son évolution cérébrale, le développement de son intelligence, son perfectionnement physiologique et psychologique.

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MA COMPAGNE COMME AMIE INTIME

Je veux bien prendre ma compagne pour mon amie intime, ne rien lui laisser ignorer de mes désirs, de mes aspirations, de mes pensées les plus secrètes ; mais c’est à la condition qu’elle n’agisse pas à mon égard comme un pion ou un confesseur, c’est-à-dire que je la trouve toujours disposée à m’infliger quelque pénitence. Ou je lui dirait tout ; et alors, au lieu de me morigéner, et de me réprimander, elle m’aidera de ses conseils, elle m’assistera de ses expériences, elle approfondira mon tempérament afin de prendre une part réelle à mes angoisses et à mes liesses. Ou je ne lui dirai pas tout, par crainte de ses remontrances, et alors elle ne sera qu’une amie partielle. Tout homme, avant de contracter liaison avec une femme, devrait se | demander : « Combien de temps pourra-telle être mon amie intime ? »

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LA QUESTION DE LA LIBERTÉ SEXUELLE

Il ne s’agit pas de se demander si la pratique de amour libre a donné, lorsque réalisés en des natures impréparées ou inaptes, de mauvais résultats, E ne s’agit pas de poser la variabilité amoureuse comme le seul facteur d’évolution du fait sexuel. Il ne s’agit pas de se demander si la monogamie ou la monoandrie est une aberration. Nous posons la question de la liberté sexuelle, comme nous posons la question de la liberté intellectuelle où scientifique — la question de la liberté d’opiner, de se réunir ou de s’associer. Et c’est dans un esprit semblable que le problème doit être résolu. Faire une exception pour l’activité amoureuse ; revendiquer, sauf dans ce domaine, la faculté pour chacun de se déterminer selon ses aspirations et ses goûts, c’est faire montre d’un illogisme indéfendable.

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L’OBJECTION COMIQUE

Rien n’est plus risible que d’entendre s’élever contre les « perversions » où les « anomalies » sexuelles les partisans de la « Grève des Ventres », c’est-à-dire des gens partisans de contrarier la nature. Voir des néo-malthusiens adversaires des goûts contre-nature, ça ressemble à reprocher à un pendu de s’être servi d’une corde.

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LES GERMES ET LES GRAINES

Le nationalisme, le chauvinisme, le bellicisme, l’exploitation et la domination sont en germe dans la jalousie, l’accaparement sexuel, l’exclusivisme amoureux, la fidélité conjugale. La moralité sexuelle profite toujours aux partis rétrogrades, au conservatisme social. Moralitéisme et autoritarisme sont liés l’un à l’autre comme le lierre au chêne.

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DES PHRASES-PHARES

« Tout ce qui se fait par amour se fait par delà le bien et le mal ». (F. Nietzsche). Il est des phrases-phares. Et celle-là en est une. Devant ces quelques mots éblouissants, fulgurants, les oiseaux de nuit de l’amour fuient en effet à tire d’ailes. Car l’immense forêt de l’amour recèle des oiseaux de nuit qui, le soleil couché, hullulent sur toutes sortes de tons plaintifs et désolants. Ici, ce sont des voix sourdes qui affirment qu’en amour il faut calculer, raisonner, consulter le bon ton, se soucier du qu’en dira-t-on, se situer en deçà du bien, redouter de faire mal. Là ce sont les résonances des préjugés religieux ou conventionnels qui détonnent comme autant de notes fausses, au beau milieu de l’harmonie de l’instinct. Mais je l’affirme, quiconque ressent de l’amour « pour de vrai » — de l’amour par delà le bien et le mal — celui-là n’a jamais entendu murmurer ces voix ou bruire ces résonances. Interrogez-vous plutôt.

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AVENTURE OU CAPRICE ?

J’avais cru à une aventure, non point à un caprice. Une aventure ne connaît pas de limite de temps, il est vrai, mais elle revêt un caractère profond, tragique, véhément qu’ignore le caprice. Le caprice, c’est la caricature de l’aventure.

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L’AMITIÉ ET L’AMOUR

« L’amitié survit à l’amour ». C’est-à-dire que l’aspect fondé et éprouvé de l’affection dure encore, tandis que pâlit de plus en plus l’aspect uniquement émotionnel et superficiel de l’attraction physique.

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LORSQUE J’AIME

Lorsque j’aime, c’est parce qu’on me plait ; parce que je suis attiré d’abord, retenu ensuite. C’est un regard où il me semble déchiffrer tout un roman, ce sont des lèvres révélatrices de volupté. C’est une pression de main. C’est un détail de démarche. Un tour d’esprit prompt. Un ton de voix qui me pénètre profondément: Une correspondance passionnée. Une tournure agréable. Un appel au désir. C’est cela et mille autres menues choses encore que je ne saurais raisonner. Je ne réfléchis pas au lendemain. Je me déclare sur le champ. Je n’interroge point. Les antécédents m’insoucient. Je ne me préoccupe pas de ce qu’on dit et de ce qu’on fait quand je ne suis plus là. Je n’interviens pas dans la vie que mène hors de moi qui j’aime. Je n’interviens pas du moins sans qu’on me sollicite. Susceptible, il ne me plait pas d’être dédaigné. J’ai horreur des allumeuses, des flirteuses, des « femmes qui font souffrir ». Et, dans tout cela, je crois, tout en me conformant à ma nature, me rapprocher de la nature, ma Mère. J’en ai la conviction intime.

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JE PRÉFÈRE DON JUAN

Un homme m’a dit : Je suis cynique. Ma morale est celle du polynésien classique : « Le bien, pour moi, c’est de posséder la femme du voisin : le mal est que le voisin possède la mienne, par conséquent… »

— « Pas un mot de plus, je vous en prie, ai-je retorqué. J’aime votre cynisme mais je vous préfère Don Juan qui libérera de votre esclave — votre femme — et celle de votre ami le polynésien. »

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DEMEURER JEUNE

Dire d’un producteur intellectuel, écrivain ou artiste, qu’il est demeuré « jeune » ne signifie pas, bien entendu, que grâce à un miracle, il a pu se soustraire au mécanisme du déterminisme universel qui fait parcourir un même cycle à tous les organismes vivants : naissance, croissance, déclin, mort. Cette locution exprime tout simplement qu’en dépit des hivers qui ont pu s’accumuler sur son front, l’intellectuel dont s’agit n’a rien perdu de l’originalité, de la hardiesse, du dédain des formules scolastiques et de la facilité à la diversité qui caractérisaient les débuts de sa production.

On sait que l’observation a maintes fois démontré qu’en ce qui concerne les affaires courantes de l’existence, l’on n’a jamais que l’âge qu’on se sent, a fortiori lorsqu’il s’agit de la conception des idées et de la matérialisation des enfantements de la pensée.

C’est ainsi que tel intellectuel qui nombre à peine vingt-cinq printemps peut être classé parmi les vieillards qui exploitent encore la branche littéraire ou artistique dans laquelle il opère. Un pressent, à la lecture ou à l’examen de ses toutes premières productions, que son esprit ne brisera jamais le moule au-dedans duquel mijote son activité. Littérateur, son dernier roman, son poème ultime portera l’empreinte de son jet initial. Artiste, son dernier tableau, son dernier livret, sa statue dernière révéleront les mêmes procédés de composition que ses premiers travaux, non point du tout qu’il ait atteint dès l’abord cette perfection dans les résultats qui rend presque inutile, pour quelques rares exceptions, un développement ultérieur ; mais bien parce que, dès le principe, il est manifeste que cet intellectuel s’est inféodé à quelque routine, enrôlé dans quelque école à laquelle il restera fidèle jusqu’à la fin — à la façon dont le chien reste fidèle à son maître et à sa niche.

Mais ce n’est point à ces remarques générales que je voudrais m’en tenir. Je veux essayer de rechercher à quel signes évidents l’on peut reconnaître qu’un écrivain ou un artiste est « resté » jeune — jeune de conception et jeune d’exécution — autrement dit audacieux, vigoureux, ardent ; l’esprit aux aguets, l’entendement à l’affût ; ouvert aux déductions qui jaillissent de l’imprévu — qui sourdent des expériences nouvelles, des sensations fraîches.

Ma thèse est celle-ci : que c’est dans le rôle plus ou moins prononcé que l’aspect sexuel de Ta vie joue dans sa production qu’on peut déterminer, qu’on peut se rendre compte de la vitalité d’un producteur intellectuel.

Il ne s’agit pas ici de l’aspect sexuel de la vie envisagé comme spécialité de production intellectuelle — on peut traiter toute sa vie de la question sexuelle d’une manière froide, compassée, machinale, comme on traiterait froidement, machinalement de n’importe quel autre sujet. Je parle de l’aspect sexuel de la vie en me plaçant au point de vue de la nature, qui ne sépara pas la floraison et l’épanouissement des organismes vivants de la faculté, de la sensibilité sexuelle. En d’autres termes, je pose que l’artiste, l’écrivain, demeurera jeune et vivait dans la mesure où il restera « amoureux » — je n’emploie ce terme un peu vulgaire que parce qu’il exprime bien ce que je veux expliquer. Le jour où pour raison ou une autre, l’intellectuel cessera d’être amoureux, sa production portera les marques d’une décadence, d’une caducité, d’une cristallisation indécrottables. Même alors qu’on y rencontrerait une apparence d’intérêt au fait amoureux.

Je maintiens que les romanciers, les poètes, les artistes, etc., qui ont eu le bonheur de faire vibrer l’intelligence et d’émouvoir les sens de ceux qui s’intéressaient à leur labeur — l’ont dû à ce qu’ils sont demeurés amoureux jusqu’à la fin. Leur intérêt pour l’expérience amoureuse se montrait, se glissait, apparaissait enfin sous une forme ou sous une autre dans toute œuvre qui émanait d’eux. Non point, après tout, que l’amour format le thème inéluctable de leur productivité, mais c’est parce qu’ils étaient amoureux — autrement dit sensibles à la face amoureuse de la vie — que leur œuvre reflétait de si remarquables qualités d’invention, d’imagination, de variété ou de fraîcheur — une pareille spontanéité et un tel brio.

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JE N’ÉCRIS PAS POUR DES MALADES

Un autre homme est venu qui m’a expliqué qu’il était jaloux. Je ne nie pas la jalousie pas plus que je nie la fièvre. Mais je n’écris pas pour des malades. Il faut une très bonne santé intellectuelle et générale pour supporter certaines thèses révolutionnaires relatives au sexualisme. Nous sommes de ceux que la vie emporte au point qu’il ne nous reste pas assez de temps pour ramasser les blessés le long de la route où nous avançons. Et rappelez-vous, en passant, que l’activité de l’initiateur n’est pas celle de l’infirmier.

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LA CRAINTE DE LA CONCURRENCE

« S’il en rencontre une autre… Si elle en rencontre un autre. »Toujours la crainte de la concurrence, la peur de la comparaison… Il est un moyen dans tous les domaines, de ne redouter ni la concurrence ni la comparaison, c’est de posséder ou de développer en soi une aptitude particulière, une caractéristique spéciale. Car la concurrence n’est réellement dangereuse que lorsqu’il y a égalité de qualité. Dans le domaine de l’amour, le fait que vous êtes doué d’une qualité originale n’empêchera pas qui vous aime de rechercher en d’autres que vous les qualités que vous ne possédez plus (l’attrait du nouveau, par exemple) — mais cette même qualité particulière fera que vous aussi, on vous recherchera.

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ERREUR

Tu dédaignas celui-là parce que, prétendais-tu, tu ne voulais pas d’un être qui t’élevât vers lui — tu voulais d’un homme tu élevas vers toi. Tu as choisi celui-ci. Regarde sur quel degré de l’échelon tu es descendue aujourd’hui.

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SE RÉVÉLER

On peut se demander, pour une femme qui se qualifie d’anarchiste, s’il y a moins grande prostitution à être salariée par l’Etat qu’à procurer dix fois, cent fois, les joies de l’amour à un camarade qu’elle estime, avec qui elle sympathise et qui en ressentirait une si grande joie. M’est avis que si j’étais femme, j’éprouverais, en certains cas, une grande félicité intérieure à me créer la force de volonté voulue pour donner de la joie amoureuse à un ami qui ne m’inspirerait pas une absolue répugnance et avec lequel je me sentirais suffisamment d’affinités de sentiment et d’esprit. Je crois que je trouverais dans cet abandon de mon corps à ses caresses, la volupté intimement égoïste qu’on goûte chaque fois qu’on consent à ce que quelqu’un éprouve du bonheur par vous.

A un autre point de vue, il se produit assez souvent que c’est avec « l’officiant » ou « l’officiante » — qui ne vous porte pas dès l’abord « à la peau » qu’on éprouve par la suite le plus de satisfaction à célébrer les rites de la volupté ». En amour, il y a des tempéraments qui ne le livrent pas entièrement du premier coup. Une hirondelle ne fait-pas plus le printemps qu’une heure d’amour ne révèle tout ce que les êtres qui la vivent sont capables de manifester en fait de réalisations amoureuses.

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POUR FAIRE RÉFLÉCHIR NOS COMPAGNES

C’est un fait que la plus grande partie de Ja clientèle des courtisanes s’est recrutée dans tous les temps chez les « hommes mariés » et les « pères de famille» — qu’il s’agisse de la « rôdeuse » des fortifs ou de l’actrice en vedette. Il ne s’agit pas de passer cette constatation sous silence, puisqu’il est question d’un fait commun à l’Athènes de jadis et au Paris contemporain. Je souhaite que nos compagnes en tirent toutes les déductions sensées et scientifiques qui leur soient possibles.

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RECEVEZ-MOI TEL QUE JE SUIS

Ma compagne… Ma femme… Ma fille… Ma sœur… tu comprends… Si tu en devenais amoureux. Ou elle… Mes chers préjugés. Que de restrictions | Garde-les, puisqu’ils sont ta propriété : femme,-fille, sœur, préjugés… Je ne veux pas qu’on m’impose de restrictions — intellectuelles, sentimentales, sexuelles, etc. — dès le seul de la demeure où l’on m’invite comme hôte… Je ne fréquente pas les maisons où l’on compte l’argenterie morale quand j’ai quitté la salle à manger, Ou recevez. moi tel que je suis, moi et mes conséquences, ou ne m’invitez pas.

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DE LA CONCURRENCE SEXUELLE

Dans le règne animal, l’irritante question de l’égalité sexuelle ne souffre pas de discussion, En règle générale, chez les insectes, c’est la femelle qui détient la première place ; le mâle n’occupe qu’une situation accessoire, jusqu’à la comestibilité incluse, comme il arrive pour les araignées. Chez les vertébrés, le mâle est le maître et la femelle obéit, s’appelât-elle tigresse, lionne, ourse ou poule. Le problème de l’égalité ou plutôt de la concurrence des sexes s’est posé dans l’espèce humaine dès que la femme a quitté le foyer pour travailler au dehors, et son acuité a crû avec l’accroissement du salaire féminin. La question est d’ailleurs consécutive aux conditions d’existence dans les grandes villes, au développement de l’industrialisme et aux circonstances dans lesquelles s’opère la production mécanique. Le problème ne se posait pas de la même façon quand la production était agricole ou pastorale ; il ne présentait pas la même acuité dans la période de l’artisanat ou quand les hommes ne se groupaient qu’en agglomérations restreintes : hameaux, villages, bourgs peu étendus. La « lutte » entre les sexes (comme l’entendent les contemporains) est fonction des modes de production actuelle.

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DES DIVERSES FORMES DE L’ACTIVITÉ SEXUELLE

Les observations ont démontré qu’on retrouvait chez nos frères les animaux toutes les formes connues de la vie sexuelle. Leur réalisation dépend de la nature de l’individu, de l’espèce à la quelle il appartient, de sa confirmation, du but que l’accouplement poursuit, etc. On trouve chez des animaux qui vivent en la compagnie de l’homme une ignorance absolue de la soi-disant répulsion qu’engendre une consanguinité étroite. La monogamie, la polygamie, la monoandrie, la polyandrie, une monogamie relâchée, une polygamie relative, il y a place pour toutes ces manifestations dans le monde animal. Parmi les insectes, c’est la femelle qui incline à la pluralité ; chez les vertébrés, c’est le mâle. Dans l’espèce humaine où aboutissent et s’épanouissent toutes les aspirations, toutes les réalisations de l’animal, il est compréhensible qu’on retrouve toutes les formes de pratique sexuelle.

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L’AMOUR COMME UNE BATAILLE

Oui, l’amour est une bataille où l’homme, en général, remporte la victoire et où la femme, en général, entre plusieurs prétendants, élit celui qui a évincé les autres, qu’il se soit servi de la violence ou de la ruse. Mais ceci s’entend de l’amour pratiqué entre humains vulgaires. Lorsque l’amour, outre l’aspect purement physique, comporte l’amitié, profonde, à longue portée, comme cela a lieu cite amants doués de sensibilité, il en va tout autrement, tout au moins pour l’homme. Il ne s’agit pas d’évincer des rivaux, mais de se demander si la femme vers laquelle on se sent porté est capable de répondre à la confiance que comporte l’amour qu’on ressent pour elle.

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LA FEMME ET LA NATURE

On reproche aux femmes de préférer à l’homme rangé, pacifique, de mœurs tranquilles, l’aventurier, le bohème, le réfractaire —- l’en dehors pour tout dire. En cela la femme se rapprocherait de la nature qui réserve ses faveurs à celui qui, pour ainsi dire, la violente et la dompte. C’est pourtant vrai que la nature est impitoyable au timide, au paisible, à l’irrésolu et qu’elle n’accorde ce qu’elle peut donner qu’au « vainqueur », autrement dit au plus apte ou au plus rusé, aux passionnés en un mot. Je crois qu’en ce qui concerne la femme, il y a un motif de plus qui la pousse vers l’irrégulier. Sa sensibilité lui révèle que ce n’est pas sans souffrance qu’il a conquis sa place hors rang. C’est de même à cause de sa sensibilité qu’elle est attirée vers le poète, l’artiste, l’acteur, le rêveur, vers quiconque lui semble un incompris. La nature, elle aussi, qu’on ne l’oublie pas est plus sujette à l’impression qu’à la raison.

D’ailleurs, j’accorde volontiers que c’est dans les choses qui dépendent du sentiment bien plus que dans celles qui ressortent du raisonnement que les individualités véritables se montrent elles-mêmes. Un être dominé exclusivement par le raisonnement n’est bientôt plus qu’un automate. Celui en qui la passion ne trouve plus de place n’est qu’un cadavre vivant.

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LES DEUX MORALES

Votre insistance, Mademoiselle, à me parler de la « pureté d’âme » de Lamartine ou de De Vigny ou encore de l’intransigeance de Balzac me lasse. Ces grands littérateurs produisirent sous l’influence de la femme, je ne dis point d’une femme. Faut-il que je cite les noms de leurs amies ? Eléonore de Canonge, Marianne Elisa Birch, Caroline Angebert, Delphine Gay, Marie Dorval, Camilla Maunoir, Marie de Clérembault, Delphine Bernard, Clotilde Busoni, que sais-je encore ! On attribue à Balzac une demi-douzaine d’enfants naturels, dont la fille de Maria, cette jeune femme qui servit de modèle à Eugénie Grandet et qui lui avait promis s’il l’aimait, lui, un an, de l’aimer, elle, toute la vie, Ces demi-dieux vivaient sur la terre et n’étaient pas plus insensibles que ceux de l’Olympe à l’attirance féminine. D’ailleurs, sans ce facteur — ou ce stimulant — compterait-on un seul chef-d’œuvre, dans les arts, comme dans les lettres ? Ici, je constate, je ne tire pas de conclusions. J’entends votre réponse : C’est admis chez un Lamartine, un Hugo, un De Vigny, un Balzac, une George Sand, etc., mais non chez le serrurier d’à côté ou la couturière den face. Le voilà bien, le système des deux morales : non pas une morale à l’usage de l’homme et une morale à l’usage de la femme — mais une morale à l’usage du producteur intellectuel et une morale à l’usage du producteur manuel.

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QUE RESTERA-T-IL ?

Vous voulez enlever la sensualité de la vie ? Très bien, mais alors qu’est ce qui restera de la vie qui vaille la peine de l’éprouver et de la sentir ?

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L’AMOUR A LA « BOURGEOISE »

La femme ne plaît plus sexuellement c’est entendu. Ses charmes sont fanés. Aussi n’est-ce plus l’amour qui retient les conjoints ensemble. C’est la ferme, l’épicerie, la quincaillerie, le cabaret exploité en commun. Et puis, il y a les enfants, et la femme a recours à tous les moyens pour retenir l’homme, non pas qu’il lui plaise, mais parce qu’elle ne peut subvenir toute seule à leur entretien, et qu’elle est trop flétrie pour espérer rencontrer quelqu’un qui s’attache à elle. L’homme sait tout cela, cette vie de famille le dégoûte, mais il reste quand même. Dans cette association d’intérêts se trouve ainsi réalisée la conception bourgeoise et légale de l’amour.

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L’ENFANT DE L’AMOUR

Je ne nie pas le charme de « l’enfant de l’amour », les tendres souvenirs qu’il évoque, le passé de fraicheur et d’exaltation amoureuse qu’il rappelle, mais c’est un fait que bien souvent « l’enfant de l’amour » n’est pas le mieux portant de la famille. Il a été conçu dans un moment où ses géniteurs pensaient bien davantage au plaisir résultant de l’accouplement, qu’à perpétuer l’espèce. Combien de fois sur cent les parents de l’enfant de l’amour n’auraient-ils pas désiré qu’il restât à l’état d’espérance ? Même désiré ou accueilli avec joie, il à été procréé dans un moment de surexcitation génitale elle que cette circonstance est nettement défavorable à son développement ultérieur.

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POINT DE PRIVILÈGE EN AMOUR LIBRE

Ce serait seulement à quelques privilégiés que serait réservée la pratique de la liberté sexuelle, la réalisation de l’amour libre ? Le reste des hommes y serait inapte ? Halte-là. Je m’insurge contre le monopole et le privilège aussi bien en matière amoureuse qu’en matière économique ou intellectuelle. Qu’on propose d’abord la thèse amour-libriste. L’expérience sélectionnera ensuite ceux qui y sont aptes. Peut-être est-ce parmi ceux qui semblent le moins adaptés que se trouvent les meilleurs expérimentateurs. Puis, ce n’est pas parce qu’à soixante-quinze ans vous vilipendez une théorie dont l’application a fait les délices de votre jeunesse qu’il faut en dégoûter autrui.

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LA LITTÉRATURE COMME HORS-D’ŒUVRE

La femme aimée à l’encontre de la loi — où, si l’on veut, sans se soucier de la morale établie — est le sujet de tellement d’œuvres classiques, voire religieuses, que si l’on retirait de la circulation tous les unes basés sur cette thèse, il ne resterait pas grand’chose des chefs-d’œuvre de la littérature, celle du passé et celle des temps modernes. Comment se fait-il alors que les sociétés proscrivent l’amour hors-la-loi ? Tout simplement parce qu’elles ne considèrent la littérature que comme un hors-d’œuvre où un amusement, quelque chose dans le genre des combats de gladiateurs ou des combats de coqs.

LITERATURE AS AN HORS-D’ŒUVRE

The woman loved in defiance of the law — or, if you prefer, without concern for established morality — is the subject of so many classical, even religious works, that if we withdrew from circulation all the works based on this premise, little would remain of the masterworks of literature, whether of the past or of modern times. So how is it that societies forbid love outside the law? Quite simply because they consider literature only as an hors-d’œuvre or amusement, something like gladiatorial combats or cockfights.

LA FEMME ET LE SERPENT

Pourquoi est-ce la femme qui se laissa séduire la première et séduisit à son tour l’homme ? J’admets bien que le rédacteur de la Genèse avait besoin de cet incident pour légitimer la dépendance de la femme et expliquer les douleurs de l’enfantement. Mais n’y a-til pas aussi là un symbole de l’esprit de curiosité et de vivacité d’esprit de la femme, toujours prête à accueillir le nouveau, l’aventureux ? D’ailleurs, le serpent, symbolisant un initiateur de révolte, ne savait-il pas que pour être suivi par l’homme, il lui fallait d’abord gagner la femme ?

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SUR LA COHABITATION

Sans doute y aurait-il beaucoup moins de discussions où de motifs d’incompréhension entre êtres de sexe différent appelés à vivre ensemble, si l’on conservait assez d’empire sur soi-même pour dissimuler à celui avec lequel on vit certains côtés de son tempérament qui lui déplaisent ou le soucient.

Il n’est que des individus supérieurs qui consentent à passer sur les traits de caractère qui ne leur plaisent pas chez ceux avec lesquels ils cohabitent — bien entendu lorsqu’ils en ont trouvé assez qui les satisfassent.

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CONSÉQUENCES DE L’AMOUR DE LA VIE

Aimer la vie conduit naturellement à aimer la femme. Aimer la femme conduit à aimer la chair. Qui aime la chair donnera à la sensibilité charnelle, sexuelle, la place qui lui revient dans le développement de l’individu. Et cette place est importante. Qui sa compris s’efforce de mettre sur le même plan la volupté et la sagesse, la jouissance et la connaissance. Il arrive qu’on ne le comprend pas, qu’on torture ses dits et qu’on dénature ses gestes. Mais on s’aperçoit bientôt que ceux qui le prennent plus violemment à partie sont les moins sages et les moins sachants.

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FAUTE D’OSER

Faute d’oser, tu pouvais passer une nuit d’amour. Et il t’aurait plu, je le sais, de la passer ainsi. Une nuit qui peut-être ne se représentera plus — sous le même aspect j’entends. — Une nuit d’amour, cela compte dans la vie. — Et tu as hésité, tu as craint… quoi done ?… l’opinion de ceux qui étaient là, tous gens qui n’en étaient certes pas à leur première expérience amoureuse. Tu as craint leur « petite » opinion publique, plus redoutable, as-tu pensé, que la « grande ». Faute de t’affirmer personnellement. Faute d’être « toi ». Faute d’oser, te dis-je.

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AMOUR PLURAL ET SOUFFRANCE

Il est faux de dire que les amoureux pluraux ne souffrent que peu ou prou des séparations ou des ruptures lorsqu’elles ont lieu prématurément, lorsqu’elles leur ont été imposées. C’est un préjugé de réserver la souffrance aux seuls amoureux uniques. Je conçois fort bien que le tempérament de « l’amoureux unique » le pousse à ne comprendre qu’un seul amour à la fois et la souffrance y relative. Ce que je lui conteste, c’est de porter un jugement sur la sensibilité de « l’amoureux plural ».

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DU « CHIQUÉ » SEXUEL

On peut se demander s’il n’y a pas beaucoup d’exagération dans la valeur que nombre de nos congénères du sexe féminin donnent à l’octroi de leurs faveurs, style de faits-divers. Elles font trop souvent de l’abandon à une joie qui apparaît tout ce qu’il y a plus sain et normal au biologiste le moins expert, un synonyme d’action surnaturelle ou extraordinaire. S’il y a souvent dans cette attitude l’empreinte d’une hérédité oppressive et d’une éducation dont on n’a pas su faire litière, il y a aussi du « chiqué », et pas mal. Une chose certaine c’est qu’il nous importe peu d’être épris de l’artiste pour goûter l’œuvre l’art. Or, l’érotique est un art.

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UNE FEMME M’A DIT

Préconiser la « liberté sexuelle » ne va pas sans qu’on se voit poser dés questions et opposer des remarques.

C’est ainsi qu’une femme m’a dit : « Je vieillis. Je ne puis compter économiquement que sur l’homme avec lequel je cohabite. Supposez qu’il en rencontre une autre, plus jeune, douée de plus d’attraits… Que ferais-je ? que deviendrais-je ? »

J’ai répondu : — « Madame, les listes de la prostitution, à Paris, mentionnent des prostituées ayant dépassé la soixantaine. Vous n’en êtes pas encore à cet âge-là, je crois. »

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UNE AUTRE FEMME EST VENUE

Une autre femme est venue, laquelle m’a dit : — « Que nous restera-t-il à nous, lorsque nous seront vieilles, que nous aurons perdu la fraicheur de la jeunesse, l’éclat de notre teint ? Nos amants nous délaisseront, et notre soif d’amour ne sera cependant pas apaisée. »

J’ai répondu : — « Madame, il vous restera beaucoup si vous le voulez : le charme de l’esprit, l’acquis de l’expérience, la science de la volupté. Travaillez à acquérir ce « beaucoup » des maintenant: »

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JE SUIS HOMME

Quand je m’occupe des questions sexuelles, c’est à titre d’homme — c’est-à-dire d’être du genre masculin — et non point à titre d’abstraction. Mais il n’est pas une seule ligne de ce que j’écris qui ne soit écrite aussi bien pour l’un que pour l’autre sexe.

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INCOMPÉTENCE

Si vous n’avez pas un tempérament amoureux, je comprends que ce qui concerne la vie amoureuse, les raffinements individuels dont elle est susceptible, et l’idée de l’envisager comme un des beaux arts ne vous intéressent pas. Je ne me suis jamais adressé à vous, d’ailleurs. Je ne me suis jamais permis non plus de donner de conseils à un savetier concernant son travail — j’ignore la cordonnerie et les métiers qui s’y rattachent.

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ATTRAITS TANGIBLES

Il est faux de dire qu’on se sent toujours attiré vers un être d’un sexe autre que le sien par ses qualités intellectuelles ou sa force de caractère. L’éclat de ses yeux, la fraîcheur de son teint, la finesse de sa peau, la douceur de son élocution, les promesses de son tempérament, et tant d’autres attraits tangibles et palpables, peuvent constituer des appâts qui sont aussi appréciables la connaissance des mathématiques supérieures où l’inflexibilité de jugement.

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RÉCIPROCITÉ

Au détour d’une rue, je rencontrai Archippe. — Maitre, commença-t-il… Ça flatte toujours un peu la vanité, même quand on se prétend mort à ces choses-là… Maître, tenez-vous toujours la réciprocité comme base des rapports entre les humains? — Certes oui et plus que jamais. — Eh bien, n est-ce pas la réciprocité même qu’en échange de l’entretien que j’assure à ma famille, ma femme me conserve une fidélité impeccable ? — Tu ne t’es donc pas regardé, malheureux ? Tu as le cheveu rare, le regard éteint, la voix sans éclat, le geste sans audace… La réciprocité s’accomplit pleinement du fait que ta compagne accepte de co-habiter avec toi, fait comme tu es… Mais Archippe s’était déjà enfui.

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PITIÉ AMOUREUSE ?

Sophronie est la franchise ou la charité même — comme on voudra. « Si mon compagnon savait, — dit-elle — que j’ai des amants, il en éprouverait force peine. Or, je l’aime et ce que je considère comme une faiblesse chez lui est compensé par tant d’autres qualités que c’est comme une goutte d’eau dans un vase. Voici ce que je ferai : je prendrai mes précautions pour qu’il ignore mes expériences amoureuses extérieures et, de cette façon, je ne gâterai pas mon plaisir en sachant qu’il en souffre.»

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INCONSÉQUENCE

Sosthène a le bonheur de cohabiter avec une femme très intelligente et d’esprit « très large ». Un jour qu’il se promenait avec elle et une amie qui ne pouvait être qu’une passante dans sa vie, quelle ne fut pas sa stupéfaction d’entendre sa compagne habituelle se plaindre qu’il accordait « plus d’attention » à cette amie d’un soir « qu’à elle », avec laquelle il réside les cinq ou six dixièmes de son temps !

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MA VIE AMOUREUSE

Tu as esquissé mon portrait. Tel que tu m’apercevais. Selon la vision de tes yeux et celle de ton imagination. Peut-être bien — ô ami — que par certains traits ton esquisse diffère de l’original. Je veux dire de l’original tel que je me le représente. Il se peut, en effet, que si j’avais eu à dessiner moi-même mon portrait je l’eusse fait autrement que toi. Il est certain que tu as mis en relief quelques caractéristiques que, pour ma part, je n’eusse jamais placées en telle évidence. Mais tu m’as représenté conformément à ta vision. L’essentiel est que m’aies dessiné avec sincérité. Tel que tu me voyais et non pas tel que j’aurais désiré être vu, aperçu, reproduit. Cependant, il est un point sur lequel ce portrait ne me satisfait point. Décidément non. Et ce point, c’est que tu aies laissé dans l’ombre une des plus saillantes particularités de ma façon d’être. Tu ne t’es point étendu sur ma vie amoureuse. Je ne suis pas uniquement cerveau, si je ne suis pas uniquement sentiment. Te ne suis pas seulement perception, je suis également émotion. Je ne suis pas que sensation, je suis aussi vibration. Pourquoi avoir négligé de consacrer la part qui lui revient au fait amoureux dans mon existence ? Je ne rougis point de ma vie amoureuse. J’en suis fier. Je veux dire par Ià que c’est une des conséquences de mon tempérament où je me sens le mieux, le plus moi-même. Je lui attribue un grand rôle dans mon évolution, dans l’accomplissement de ma personnalité. Supprimerait-on les événements auxquels elle à donné lieu du total des faits de mon existence que cela le réduirait étrangement. Je me suis demandé si cette omission avait pour motif ta crainte d’effaroucher, de scandaliser tes lecteurs ? D’en perdre quelques-uns peut-être ? Sont-ils donc des monstres d’imbécilité ou de monuments d’hypocrisie ? A quoi aurait servi alors l’éducation que ton activité est censée leur dispenser ? Ou de quelle nature serait alors la propagande que tu as faite auprès d’eux ? Pour qu’ils soient à ce point inémancipés ? Pour que les effraie ou les éloigne une allusion à la vie amoureuse d’un militant de l’idée dont tu te réclames ? De sa vie amoureuse considérée dans sa complexité et dans sa variété . A moins que ce soit toi le timoré ou l’épouvanté ? Tu sais que j’aime couper les ponts derrière moi. Or, sache que si j’éprouve un regret. Un regret, mais cuisant, mais amer, mais profond. Un regret dont les tablettes de mes souvenirs gardent la trace indélébile. C’est celui que ma vie amoureuse n’ait pas été plus ample, plus riche, plus diverse. Qu’elle n’ait pas embrassé plus d’objets en son orbite, J’ai conscience que ç’a été une pauvre petite vie amoureuse, bien chétive, bien piètre, bien rétrécie. J’ai beau me répéter que la faute en est aux circonstances adverses. Ces maudites circonstances qui n’ont pas permis qu’elle se développât avec plus de vigueur er d’expansion ! Ce m’est une mince consolation. Et mon regret n’en est pas moins poignant et douloureux.

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AMITIÉ AMOUREUSE

Alceste, on le sait, est incapable de ressentir pour une femme vers laquelle il se sent attiré un autre sentiment que celui d’une amitié amoureuse. Simple affaire de tempérament, me fait-on remarquer. Oui, certes, mais aussi droiture d’esprit. Car Alceste n’ignore rien de l’hypocrisie qui, quarante-neuf fois sur cinquante, caractérise la soi-disant camaraderie intersexuelle ; il qualifie même ce genre de liaison de relations contre-nature !

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EUGENISME

Je puis aimer passionnément une femme contrefaite, bossue, boiteuse, peut-être parce qu’elle possède un talent intellectuel ou artistique remarquable —— peut-être aussi parce que sa conversation est très séduisante — peut-être enfin parce que, au point de vue du plaisir voluptueux, elle est sans rivale. Cela ne veut pas dire que je la désire comme mère de mes enfants, étant entendu que je sois doué d’instinct paternel.

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PROGÉNITURE ET COHABITATION

La fait qu’une femme vous a porté à la peau, qu’à la suite d’en expérience voluptueuse au cours de laquelle le plaisir s’est trouvé partagé, une progéniture a résulté : de ce fait découle-t-il pour les deux participants à cette expérience, l’obligation naturelle de passer désormais toute leur existence ensemble ?… La loi et les mœurs, par la séparation de corps et le divorce, ont déjà résolu la question négativement. La fondation d’un « foyer », d’une « famille » sur la base d’une attirance sexuelle passagère ne se justifie pas sérieusement.

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LA FEMME ET LA FIDÉLITÉ MASCULINE

Il semble étrange que la femme ordinaire tienne autant qu’elle le fait à la fidélité sexuelle chez son compagnon. Elle sait bien qu’en règle générale l’attirance sexuelle cesse normalement dès que le désir masculin est assouvi, Pourquoi done est-ce que les femmes ne cherchent pas à retenir près d’elles les compagnons qu’elles aiment et qu’elles distinguent, par la culture de leur intelligence, le développement de leur sensibilité, la participation à leurs travaux ? En vain blanchira la chevelure d’une femme qui est l’intime amie de son compagnon, en vain l’âge fanera-t-il ses traits, elle n’aura — sur le terrain solide de l’amitié et de l’attachement — rien à craindre de la rivale qui n’a pour elle que sa jeunesse et sa beauté. Mais pourquoi faut-il que la jalousie fasse que si peu de femmes s’efforcent de devenir les « amies intimes » de celui ou de ceux avec lequel ou lesquels elles cohabitent ?

Si l’homme ordinaire considère sa femelle comme sa chose, sa propriété, c’est peut-être parce qu’il l’a jugée incapable — instinctivement — de s’élever au-dessus de la conception de la fidélité sexuelle. L’un entraine l’autre. « Je te serai fidèle sexuellement, — dit l’homme à sa partenaire — et tu seras ma servante ». Seulement, comme il s’agit d’un contrat imposé, il se lacère de nombreux coups de canif.

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MENTALITÉ FÉMININE VULGAIRE

Dans la consommation de l’acte sexuel, dans les plaisirs qui appartiennent au domaine purement sensuel, la femme — la femme ordinaire, tout bonnement — trouve autant de satisfaction que l’homme, parfois davantage. Mais elle ne s’en regarde pas moins comme lésée dès que son partenaire masculin fait mine le premier de cesser de la fréquenter. Elle crie à l’abandon. Pour qu’elle ne se plaigne pas, il faut qu’elle s’éloigne, qu’elle rompe la première. Et encore elle veut alors que tout le monde soit persuadé qu’elle à raison d’agir ainsi. Pour qu’elle se tienne tranquille, il est indispensable qu’elle passe pour avoir été trompée.

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EN AMOUR VOLER VAUT MIEUX QUE MENDIER

Une femme qui se réclame de l’individualisme reprenait l’autre jour cette boutade d’Oscar Wilde : « En amour aussi, voler vaut mieux que mendier ». Ou je ne sais pas ce que les mots veulent dire, mais cette phrase, dans la pratique, équivaut à : Prendre de force vaut mieux que solliciter, violer vaut mieux qu’insister.

Au point de vue sexuel, comme à tous les autres, je suis associationniste et résolument. La promiscuité sexuelle communiste (ou communisme sexuel) je la traduis, au sens individualiste, par pluralisme amoureux ou mutualisme sexuel (« tous à toutes, toutes à tous », « chacune pour tous, chacun pour toutes » dans l’association. Bref, « le tout est commun entre amis » de Pythagore prolongé jusqu’au sexuel). Mais cela, je ne le comprend que volontairement, au su et au choix de tous les participants.

« En amour aussi, voler vaut mieux que mendier » n’a rien d’individuaiiste du tout, pas plus qu’est individualiste anarchiste le fait de voler à un camarade le résultat de son effort personnel, de l’estamper, de l’escroquer. Ce sont des actes autoritaires et rien de plus.

Dans la société actuelle, et la violence étant acceptée comme moyen de défense et même d’attaque, on peut considérer peut-être le rapt au même titre que le vol, voir dans l’un et dans l’autre un aspect de « l’illégalisme » anarchiste. Le vol, c’est l’illégalisme économique ; le rapt, c’est l’illégalisme sexuel. En effet, si l’on admet le recours à la force pour se procurer ses besoins économiques, pourquoi ne pas l’admettre quand il s’agit de satisfaire ses appétits sexuels ?

Si on commençait par la fille d’Eve qui a rappelé cette phrase d’Oscar Wilde ? Avant d’écrire peut-être conviendrait-il de savoir ce qu’on écrit ?

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About Shawn P. Wilbur 2447 Articles
Independent scholar, translator and archivist.