E. Armand, “Questions You Wouldn’t Ask Elsewhere” (1931)

Questions qu’on ne poserait pas ailleurs

Je suis à la recherché du lien qui pourrait rendre les hommes
— dans tous les cas un certain nombre d’hommes —
plus fraternels les uns à l’égard des autres.

Tant de plans ont échoué qui visaient le même but : d’ordre économique, d’ordre politique, d’ordre intellectuel.
Si on essayait du plaisir des sens,
de la joie sensorielle,
de la jouissance voluptueuse ?
Se soustraire à la souffrance ne justifie-t-il pas qu’on puisse encore aimer à vivre ?
Jouir n’est-il pas la seule raison de la persistance de l’ego sur la terre ?
N’y at-il pas des jouissances plus que d’autres faciles,
à la portée de la main ?
Parmi celles-ci la jouissance sentimentale, la jouissance sexuelle, la jouissance érotique ?
Sans sous-estimer les autres ordres de plaisir,
a-t-on fait rendre à cette catégorie de jouissances tout ce qu’elle pouvait donner ?
Celui qui m’aide à me procurer des joies de cette espèce
ne m’est-il pas davantage un frère, un ami, un camarade ?
Ne suis-je pas davantage le frère, l’ami, le camarade de celui que j’aide à se procurer des satisfactions de cette espèce ?
La volupté, naturelle ou artificielle, n’est-elle pas un bon conducteur de sociabilité ?
Celui qui s’ingénie à accroître la somme et l’acuité de mes sensations ne m’est pas un meilleur camarade ?

Je suis à la recherche du lien qui pourrait nous rendre de meilleurs camarades, vous et moi.
Je n’impose pas, je propose.

Je pose des questions pour tous, je ne les résous que pour moi et ceux de « mon monde », ceux qui m’ayant compris et sachant ce qu’ils veulent, me tiennent compagnie dans mes expériences.

N’y at-il pas assez de haine dans le monde,
pour que dans un milieu à part tout au moins,
ce soient l’amitié, l’affection, la camaraderie amoureuses qui soient le pivot et la raison d’être de l’union ?

Je m’impose pas, je ne fais que poser des questions
et je ne les résous — en anarchiste —que pour moi
et ceux qui veulent m’accompagner sur ma route.

E. Armand.

Questions You Wouldn’t Ask Elsewhere

I am in search of the link that could make men
— in any case a certain number of men —
more brotherly with regard to one another.

So many plans have failed that sought the same end: of the economic, political or intellectual order.
If we tried for the pleasures of the senses,
for sensory joy,
for voluptuous enjoyment?
Isn’t the avoidance of suffering justified because we can still enjoy life?
Isn’t enjoyment the sole reason for the persistence of the ego on the earth?
Are there not pleasures that are easier than others,
close at hand?
Among them sentimental enjoyment, sexual enjoyment, erotic enjoyment?
Without underestimating the other orders of pleasure,
have we derived from this category of enjoyments all that it can give?
Is not the one who helps me obtain pleasures of this sort
more of a brother, a friend, a camarade to me?
Am I not more the brother, the friend, the camarade of the one that I help obtain satisfactions of this sort?
Is not pleasure, natural or artificial, a good conductor of sociability?
Is not the one who strives to increase the sum and the intensity of my sensations a better camarade?

I am in search of the link that could make us better camarades, you and me.
I do not impose, but propose.

I pose some questions for you, but I solve them only for myself and those of « my world », those who, having understood me and knowing what they want, accompany me in my experiences and experiments.

Isn’t there enough hatred in the world,
so that, at least in a separate milieu,
it is friendship, affection and amorous camaraderie that are the pivot and reason for being of union ?

I do not impose myself. I just pose some questions
and — being an anarchist — I solve them only for myself and for those who wish to accompany me on my journey.

E. Armand.

E. Armand, “Questions qu’on ne poserait ailleurs,” L’en dehors 10 no. 206-207 (15 Mai 1931): 9.

[English adaptation by Shawn P. Wilbur]

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