E. Armand, “Amertume / Bitterness” (1923)

Amertume

Je pensais pourtant que tu serais venue….

Il faisait froid sous ces combles et les minutes s’écoulèrent d’abord lentement.

Il me semblait à tout instant entendre ton pas léger dans l’escalier. À tout instant il me semblait que tu allais franchir le seuil de cette petite chambre. Amenant comme un rayon de soleil la chaleur et la lumière avec toi. Dès ton apparition l’atmosphère s’illuminerait de grâce et de tendresse. Et je songeais que j’avais senti tressaillir en mes bras ton corps de jeune femme, ton jeune corps de femme.

Mais le temps passait et plus vite, plus vite s’écoulaient les minutes. Et quelque part en moi très profondément. Je ne sais pas encore si c’est dans ma tête ou dans mon cœur, J’entendais comme un bruit, comme un écho de tic tac. Toujours plus accusé, toujours plus creux, toujours plus lugubre. Un tic tac aux résonnances de glas. L’air devenait toujours plus glacial. Si bien que je finis par frissonner de toux mes membres.

Je pensais pourtant que tu serais venue. Je te savais affranchie des morales d’esclaves. Partant, point coquette ni génératrice de souffrances. Tu savais, toi, quelle joie, quelle douceur ta présence eût produite en moi, autour de moi. Quelle guérison aussi ! Et cependant lu me laissas t’espérer en vain. Tu me laissas, comme la première venue, partir de là amer, déçu, blessé, dépité, triste à en pleurer.

E. Armand.

Bitterness

I still thought that you perhaps would come….

It was cold in this attic room and, at first, the minutes flowed quite slowly.

Time and again I seemed to hear your light step on the stair. At any moment it seemed to me that you would cross the threshold of this little room. Bringing, like a ray of sunshine, heat and light with you. With your appearance, the atmosphere would be illuminated with grace and tenderness. And I dreamed that I felt trembling in my arms your young woman’s body, your young, womanly body.

But the time passed and more quickly, more and more quickly the minutes flowed. And somewhere deep within me—I still do not know if it was in my head or in my heart—I seemed to hear a sound, like an echo, tick-tock… Always more charged, more sonorous, more sorrowful. A tick-tock resounding like a knell. The air became more and more glacial. So that, in the end, it was all my limbs that shivered.

I still thought that perhaps you would come. I knew you to be freed from the morality of slaves and, thus, no tease, taking pleasure in suffering. You knew, you did, what joy, what sweetness your presence would have produced in and around me. What healing as well! And yet you left me to hope in vain. You left me—like anyone, like no one— to depart from there bitter, disappointed, wounded, vexed, sad to the point of tears.

E. Armand.

E. Armand, “Amertume,” L’En dehors 2 no. 24 (fin Novembre 1923): 3.

[English adaptation by Shawn P. Wilbur]

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