E. Armand, “Un curieux songe / A Curious Dream” (1923)

Un curieux songe

En ma prison, j’ai fait un curieux songe,
Car j’ai rêvé qu’un grand jour avait lui :
Le jour de ceux que la souffrance ronge
Et qu’ennemi le sort traque et poursuit…
Le jour dé ceux que l’espérance a fui…
Etincelant, prenant un air de fête,
Le vieux soleil chauffait avec ardeur;
Comme une nappe au festin qui s’apprête,
Vierge, l’azur étalait sa splendeur,
Et dans les champs, plus fraiches de couleur,
Fières et gaies, les fleurs dressaient la tête.

Comme ils sortaient des coins sombres des ville
Les sans espoir! Béants, tous leurs tombeaux :
Taudis, prisons, hôpitaux ou asiles
Les vomissaient à torrents, par troupeaux.
D’un océan on aurait dit les flots.
Les malchanceux, les las, les incurables,
Les hors la loi, les errants, les maudits,
Qu’il en grouillait de ces indésirables :
Rues, carrefours en étaient envahis
Et dans les airs s’entrechoquaient leurs cris.
Oncques ne vit de foule aussi minable !

Puis dans mon rêve, emplissant les chaussées,
J’ai vu couler des rivières de sang.
J’apercevais, de ruines entassées,
En rouges jets, des flammes s’élançant.
De lourds corbeaux planaient en croassant.
On entendait un fracas de tempête
Qu’accompagnait un chant rauque et vengeur.
Ainsi montait la revanche a son faite
Sans que l’éclat eût faibli d’une fleur,
Que de l’azur eût pali la splendeur
Ou le soleil perdu son air de fête.

Envoi

Oui, j’ai rêvé qu’un grand jour avait lui!
Le jour de ceux que la souffrance ronge
Et qu’ennemi le sort traque et poursuit…
Le jour de ceux que l’espérance a fui.
Jour de revanche… ah! tu n’es que mensonge,
De mon cerveau le fallacieux produit!
En ma prisôn j’ai fait un curieux songe…

(Maison Centrale de Nimes).

E. Armand

A Curious Dream

In my prison, I had a curious dream,
I dreamed that a great day had taken place:
The day of those gnawed by suffering,
Tracked and pursued by enemy fate…
The day of those whom hope had fled…
Radiant, taking on a festive air,
The old sun blazed ardently;
Like a tablecloth at the feast that is prepared,
Virgin, the blue sky spread out its splendor,
And in the fields, fresh with new color,
Proud and gay, the flowers raised their heads.

As they issued from the dark corners of the city
The hopeless! Gaping, all their tombs:
Slums, prisons, hospitals and asylums
Vomited them up in torrents, in herds.
They looked like the swells of an ocean.
The unlucky, the weary, the incurable,
The outlaws, the errant, the cursed,
How the city teemed with these undesirables:
Its streets and crossroads were invaded
And in the air their cries clashed.
Never was seen such a wretched mob!

Then, in my dream, filling the pavements,
I saw rivers of blood flowing.
I glimpsed, from heaped up ruins,
In red jets, flames shoot up.
Fat crows hovered, croaking.
You could hear the clamor of a storm
Which accompanied a raucous, vengeful song.
So revenge ascended to its peak
Without the glare being diminished by a flower,
But the splendor of the blue sky had paled
And the sun lost its festive air.

Envoi

Yes, I dreamed that the great day had come!
The day of those whom suffering gnaws
Tracked and pursued by enemy fate….
The day of those whom hope has fled.
Day of revenge… Ah! You are only a lie,
The false product of my brain!
In my prison I had a curious dream…

(Maison Centrale de Nimes.)

E. Armand

E. Armand, “Un curieux songe,” L’En dehors 2 no. 5 (mi-Janvier 1923): 2.

[Adapted to English by Shawn P. Wilbur]

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