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E. Armand, “Le Vase / The Vase” (1927)

LE VASE La fleur n’existe plus, mais il reste le vase, Le vase dont les flancs l’ont toute contenue Quand elle frissonnait, fraiche cueillie, émue Et que son parfum dans l’air distillait l’extase. Comme on aime à revoir les lieux où l’on souffrit: Un sous-bois, un ruisseau, une vieille maison ; Comme il suffit d’un mot, d’une couleur, d’un son Pour que tout le passé remonte en votre esprit Ainsi pour que revive un instant la fleur morte, C’est assez pour mes yeux de contempler le vase. Des préjugés anciens ayant fait table rase Vous pouvez me railler, ô cœurs […]
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E. Armand, “Rêve et réalité / Dream and Reality” (1938)

rêve et réalité Je sais bien que tu t’es forgé un monde à part, un monde-bien à toi, un monde où se meuvent des êtres imaginaires, des êtres semblables à ceux dont tu voudrais faire ta compagnie quotidienne, qui te feraient pas défaut quand tu aurais recours à eux, Dans ce monde en marge, tu vis avec ces êtres en une intimité parfaite, profonde ; ils te comprennent, jamais aucun d’eux-n’est resté sourd au moindre de tes appels, ils préviennent même tes désirs, ils sont aimants, ils sont affectueux, leurs coeurs débordant de tendresse voluptueuse ; ils ne te repoussent […]
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E. Armand, “Poème erotique / Erotic Poem” (1923)

Poème érotique Ce sera cette année comme l’année passée — comme d’autres années passées. Nous parcourrons, Toi et moi, blottis l’un contre l’autre, les allées d’une forêt, les sentiers d’un bois. Je ne sais pas bien où seront situés ce bois, cette forêt. Mais Tes pieds menus y fouleront certainement un tapis, un tapis moelleux de feuilles mortes. Peut-être je ne saurai pas Ton nom et sans doute Tu ne seras pas la même que l’an passé. Mais que m’importent Ton nom et d’où Tu viens et où Tu vas. Tu seras là, à mon côté, si étroitement serrée contre […]
Anarchist Beginnings

Maurice Imbard, “Reflections on Anarchism” (1931)

réflexions sur l’anarchisme Parmi les nombreuses doctrines et idées sociales, l’anarchisme est celle qui a le plus de difficultés à s’introduire, à s’infiltrer, pourrais-je dire, dans les cerveaux. Il faut dire que l’assimilation facile pour la foules de toutes autres idées, vient de ce que ces dernières gardent conservent même les coutumes, les conventions et les croyances quelque peu similaires à celles qui contribuent au maintien de l’état social actuel, état social des plus défectueux, qui pourrait le contester ? Aussi ne faut-il pas s’étonner que l’anarchisme compte de nombreux adversaires, car l’ensemble des conceptions qui constituent l’idéologie anarchiste contraste […]
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E. Armand, “Pensées d’automne / Autumn Thoughts” (1923)

Pensées d’automne L’automne bat son plein et mon panier est vide. L’été fut desséchant, le terrain est aride Et les souffles de Mars aux lointains horizons Ont dispersé la graine… Hélas ! piètres raisons La meilleure ne peut adoucir ma blessure Ni me taire les pas, l’approche lente et sûre De hiver. Précurseur, je sens un long frisson Parcourir tout mon corps. Faut-il à la moisson Dire un adieu suprême ? Ou dois-je attendre encore ? Sur les pesants raisins que Vendémiaire dore Faut-il que mon regard se pose sans espoir ?… Chaque jour, c’est plus tôt que s’abaisse le […]
Working Translations

Enrique Nido, “The Crossroads” (1923)

Le Carrefour Lorsqu’un homme se trouve, sans savoir comment, à un carrefour, il doit forcément opter pour un chemin qui le mène à son but. Les indécisions dans le choix peuvent être fatales et occasionner par la suite de funestes conséquences. On ne peut vivre indifférent devant les circonstances-actuelles.et, quelles que soient nos préférences, il faut bien se déterminer dans un sens où dans un autre. Demeurer systématiquement planté dans un carrefour peut donner lieu à des soupçons de pusillanimité, de crainte, de lâcheté, états d’être que nul homme ne veut endosser. Il est donc nécessaire de choisir son lieu […]
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E. Armand, “Aujourd’hui / Today” (1908) and “Hésitations / Hesitations” (1910)

In the issue of l’en dehors for mid-July 1923, these two poems were preceded by “Demain / Tomorrow,” a poem originally published in l’Anarchie. Aujourd’hui Je veux vivre aujourd’hui pour préparer demain. Aujourd’hui, j’ai bien pu ne pas calmer ma faim Ou rester au logis tenu par la tempête Qui grondait au dehors. Peut-être la défaite Hier à rendu vains ou faussé mes efforts. Vaincu, j’ai du céder. Des ennemis plus forts, Mieux armés, mieux doués, plus rusés, plus habiles, Ont pu rendre mes plans impuissants ou stériles. J’ai pu partir trop tard ou me trouver trop tôt Au but […]
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E. Armand, “Perspective” (1922), with a poetic response

Perspective Je sens que très longtemps mon cœur restera tendre ; Les rides sur mon front pourront croître et s’étendre, Je me soucierai peu de la marche des ans, Vif et sensible encor malgré mes cheveux blancs. Je sens que très longtemps audacieuse et vive, Mon imagination vers la lointaine rive Où les rêves sont rois, fera voile souvent. Oublieuse, je crains, que l’âge décevant Qui prend au bras sa force et rend la main moins sûre Au pilote interdit la vogue à l’aventure. Pour qui vieillit rêver n’est-il pas hors saison ? L’on sourira peut-être alors sur mon passage. N’importe. Tu […]
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E. Armand, “Chants d’un emmuré / Songs of the Immured” (1923)

Chants d’un emmuré Je sais qu’Amour se plait à créer des alarmes Et je ne doute pas des cœurs qu’il a meurtris, Qui chantent leurs chagrins, leurs déboires, leurs larmes. Je crois au désespoir des Amants incompris. Mais la douleur d’aimer n’est pas la seule au monde Le penseur souffre aussi qui veut de son sillon Creuser dans le sol dur une empreinte profonde Et voit sur son effort, ironique légion, Les haines s’acharner, l’envie et la misère. Traqué, mis à l’index, interrompu, cent fois Il reprend son labeur, remonte sa chimère, A chaque tour plus las et plus triste […]
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E. Armand, “Egoîsmes / Selfish Thoughts” (1923)

Egoïsmes I Tu m’as donc refusé ta lèvre : Je n’en mourrai pas, c’est certain, Mais ton refus n’a pas éteint Mon désir de toi et la fièvre Brûle mon sang lorsque je songe A tous les plaisirs attendus, Plaisirs gâtés, plaisirs perdus…! De les avoir conçus me ronge Me persécute et me tourmente. Je le sais, tu n’es qu’une enfant, Mais cela n’empêche pourtant Que ta douce image me hante Souvent et je ne puis rien contre, Rien que déplorer qu’un hasard — Pour le souhaiter c’est trop tard — N’eût pas permis notre rencontre. II Ce soir, à […]