Working Translations

Marius Jean, “To Those Who Claim to be of ‘Our World'” (1938)

à ceux qui se réclament de « notre monde » Oui, je sais, vous proclamez vôtres mes idées individualistes libertaires. Tout comme moi, vous souffrez en votre être intime de l’état de choses actuel, consacrant toutes les iniquités, toutes les injustices, qui nous rendent, à vous comme à moi, la vie malheureuse et insupportable. Tout comme moi, vous rêvez d’une humanité nouvelle où la vie de l’individu serait quelque chose de sacré non un vain mot, vide de sens, comme c’est le cas aujourd’hui. Tout comme moi, vous dites abhorrer toutes les turpitudes, toutes les laideurs : mensonge, hypocrisie, domination, […]
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Théodore Jean, “Anarchie / Anarchy” (1934)

ANARCHIE AUX DICTATEURS. Sources, notre génie au travers des espaces Endigua les torrents de vos flots si voraces Qu’ils dévoraient le champ, et l’arbre, et la maison, Et ravageant la plaine emplissaient l’horizon ! Ainsi, forces, poings, nerfs, sangs bouillonnanis d’audaces, Lutteurs, tueurs, guerriers des primitives races, Dont le globe est un legs d’abattoir, de prison, Vous serez domptés par l’Idée et la Raison ! Car nous voulons les cœurs sans larmes, et la Terre Aussi saine qu’elle est, qu’elle fut délétère, Et le sol, et le ciel pour chacun et pour tous ! Sur ce monde barbare écroulé sous […]
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E. Armand, “Poème erotique / Erotic Poem” (1923)

Poème érotique Ce sera cette année comme l’année passée — comme d’autres années passées. Nous parcourrons, Toi et moi, blottis l’un contre l’autre, les allées d’une forêt, les sentiers d’un bois. Je ne sais pas bien où seront situés ce bois, cette forêt. Mais Tes pieds menus y fouleront certainement un tapis, un tapis moelleux de feuilles mortes. Peut-être je ne saurai pas Ton nom et sans doute Tu ne seras pas la même que l’an passé. Mais que m’importent Ton nom et d’où Tu viens et où Tu vas. Tu seras là, à mon côté, si étroitement serrée contre […]
Anarchist Beginnings

Maurice Imbard, “Reflections on Anarchism” (1931)

réflexions sur l’anarchisme Parmi les nombreuses doctrines et idées sociales, l’anarchisme est celle qui a le plus de difficultés à s’introduire, à s’infiltrer, pourrais-je dire, dans les cerveaux. Il faut dire que l’assimilation facile pour la foules de toutes autres idées, vient de ce que ces dernières gardent conservent même les coutumes, les conventions et les croyances quelque peu similaires à celles qui contribuent au maintien de l’état social actuel, état social des plus défectueux, qui pourrait le contester ? Aussi ne faut-il pas s’étonner que l’anarchisme compte de nombreux adversaires, car l’ensemble des conceptions qui constituent l’idéologie anarchiste contraste […]
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E. Armand, “Calculs / Calculations” and “D’en haut / From on High”

Calculs Puisque silencieuse et calme est la demeure, Puisque la porte close écarte les intrus, Puisqu’aux computations douce et propice est l’heure, Que le rouge soleil baisse de plus en plus, Consacrons donc ce soir aux comptes et aux nombres. De joie et de plaisir additionnons les jours, Les jours immaculés sans souillures, sans ombres… — Mémoire, à mes calculs, apporte ton secours ! Les moments, les instants de parfaite jouissance, Goûtés ou consommés sans soupçon de regret, Où le bonheur coulait comme une pure essence Où satisfait, ravi, tout mon être exultait… Oui, faisons le total de ces jours […]
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E. Armand, “Pensées d’automne / Autumn Thoughts” (1923)

Pensées d’automne L’automne bat son plein et mon panier est vide. L’été fut desséchant, le terrain est aride Et les souffles de Mars aux lointains horizons Ont dispersé la graine… Hélas ! piètres raisons La meilleure ne peut adoucir ma blessure Ni me taire les pas, l’approche lente et sûre De hiver. Précurseur, je sens un long frisson Parcourir tout mon corps. Faut-il à la moisson Dire un adieu suprême ? Ou dois-je attendre encore ? Sur les pesants raisins que Vendémiaire dore Faut-il que mon regard se pose sans espoir ?… Chaque jour, c’est plus tôt que s’abaisse le […]
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Enrique Nido, “The Crossroads” (1923)

Le Carrefour Lorsqu’un homme se trouve, sans savoir comment, à un carrefour, il doit forcément opter pour un chemin qui le mène à son but. Les indécisions dans le choix peuvent être fatales et occasionner par la suite de funestes conséquences. On ne peut vivre indifférent devant les circonstances-actuelles.et, quelles que soient nos préférences, il faut bien se déterminer dans un sens où dans un autre. Demeurer systématiquement planté dans un carrefour peut donner lieu à des soupçons de pusillanimité, de crainte, de lâcheté, états d’être que nul homme ne veut endosser. Il est donc nécessaire de choisir son lieu […]
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E. Armand, “Aujourd’hui / Today” (1908) and “Hésitations / Hesitations” (1910)

In the issue of l’en dehors for mid-July 1923, these two poems were preceded by “Demain / Tomorrow,” a poem originally published in l’Anarchie. Aujourd’hui Je veux vivre aujourd’hui pour préparer demain. Aujourd’hui, j’ai bien pu ne pas calmer ma faim Ou rester au logis tenu par la tempête Qui grondait au dehors. Peut-être la défaite Hier à rendu vains ou faussé mes efforts. Vaincu, j’ai du céder. Des ennemis plus forts, Mieux armés, mieux doués, plus rusés, plus habiles, Ont pu rendre mes plans impuissants ou stériles. J’ai pu partir trop tard ou me trouver trop tôt Au but […]
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E. Armand, “Un Portrait / A Portrait” (1906)

Un Portrait J’ai cloué sur le mur un portrait de Reclus, Dans un cadre en carton, car je ne suis pas riche. Je garde ce portrait, non pas comme un fétiche, Mais comme un souvenir de celui qui n’est plus. J’aime, si vous saviez, son regard tendre et clair : Ce regard tout empreint d’une bonté profonde.
— Consolante bonté, baume, à merveilleuse onde Qui passe, adoucissant le sort le plus amer. — Injuste qui tairait sa vaste connaissance… Mais qu’il m’est doux penser que jamais l’indulgence Ne déserta son cœur et qu’en toute saison Plus on était meurtri, lus, bas […]
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E. Armand, “Un mur pour horizon / A Wall for Horizon” (1907)

Un mur pour horizon Un mur pour horizon ! Songeâtes-vous jamais O vous qui me lisez, quelle souffrance c’est D’avoir devant les yeux jusqu’à la nuit profonde Un mur vous séparant, vous isolant du monde ? Est-ce exister cela? Vivre, de ceux qu’on aime Séparé. Ressentir cette douleur suprême De ne pouvoir jamais les étreindre en vos bras ! Pouvoir murmurer ces mots qu’on dit tout bas, La cœur contre le cœur, de la bouche à l’oreille. Dante n’a point conçu de torture pareille ! Dehors, c’est le creuset effroyable où l’on bout Mais d‘où l’on sortira vainqueur, vaincu peut-être. […]