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E. Armand, “Because I Consider You To Be Mine” (1913)

Parce que je te considère comme mien. Parce que je te considère comme mien, je m’intéresse à toi. Parce que je sais que je puis compter sur toi dans les heures difficiles, ou sur tes caresses quand parlent mes sens, ou sur ton savoir quand mes propres lumières défaillent, ou sur ton appui matériel quand je me trouve à bout de ressources, ou sur la sympathie quand je m’embarque dans quelque aventure de ton goût. Parce que tu es ma propriété. Parce que tu m’appartiens et que je puis faire fond sur cette possession. Parce que toi aussi tu me […]
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E. Armand, “Rêve païen / Pagan Dream” (1913)

Rêve païen Aimant la vie, aimant l’amour, aimant Ia chair, Il m’arrive parfois, remontant des années Le cours lointain, de voir, en mon rêve, une mer D’azur comme le ciel, et des rives baignées D’une lumière ardente et limpide. À Vénus, Un temple consacré décore une colline, Tout proche, et dans un bois d’oliviers dansent nus, Lascifs, de Pan des fils et des filles… Divine, La brise douce exhale et sème le désir. La volupté m’entoure et je me sens comme ivre… O coupe qui jamais ne s’épuise… Saisir D’une femme le corps qui palpite et se livre, L’étreindre, l’enserrer, […]
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E. Armand, “Estompe / Fading” (1924)

Estompe Je soulevai légèrement et délicatement le rideau de l’unique fenêtre de cette chambre où nous nous étions rencontrés, où nous nous étions aimés une heure, peut-être un peu plus, peut-être un peu moins — les minutes avaient coulé si vite! Je soulevai donc ce rideau et je l’aperçus qui s’éloignait dans la rue sans rien qui la différenciat des autres femmes. Le jour agonisait dans cette pièce, mais elle était pleine de clartés, de sons et de gestes, lesquels, pour être perçus, demandent probablement une vision et une ouïe autres que celles que peuvent, à l’état ordinaire, procurer les […]
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E. Armand, “My Body Is My Own” (1927)

Mon corps est à moi Le fleuve de la volupté coulait entre des rives semées d’arbustes odorants, étoilées du fleurs parfumées ; Et mon déterminisme du moment me poussait à m’y jeter et à m’abandonner à l’étreinte de l’onde pailletée de séductions. Mais voici que de différents points de l’horizon surgirent des ombres qui avaient l’air d’être vivantes. D’abord une ombre vêtue de noir qui m’interpella d’une voix onctueuse : « Ton corps est à Dieu, susurra-t-elle, à nous ses représentants sur terre, et ton droit d’en disposer est nul ». Ensuite une autre ombre qui semblait ne consister qu’en […]
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E. Armand, “A Winter Song” and “April” (1927-1928)

Chanson d’hiver Voici le froid et son cortège : Les jours trop courts, les longues nuits, Vents glacés et vagues de neige, L’eau qui gèle au sortir des puits, Arbres qui semblent des squelettes, Champs qu’on prendrait pour des déserts, Ruisseaux engourdis qui reflètent Un pâle soleil. C’est l’hiver. Sentiers dépourvus de mystère, Jonchés de cadavres d’oiseaux. Sol désolé. Morte la terre Si, lugubres, de noirs corbeaux, Croassant, du morne silence, Ne rompaient l’insinuant effroi. Lune blafarde au ciel immense. Partout la tristesse et le froid. Dans ta chambrette où tu frissonnes Songeuse, tisonnant un feu Inefficace, tu t’étonnes Et […]
Anarchist Beginnings

Pierre Ramus, “Why I Am an Anarchist” (1928)

Pourquoi je suis anarchiste Je suis anarchiste parce que l’idée de la dignité humaine englobe celle de la liberté. Mais il est impossible que l’homme puisse être libre comme prolétaire dans les cadres de l’organisation sociale actuelle, du principe étatiste et autoritaire. de la violence monopoliste et de l’exploitation dans le domaine économique. Ce n’est qu’avec l’abolition de l’Etat et de l’organisation monopoliste capitaliste, sa protégée, que le prolétaire obtiendra une liberté lui garantissant sa dignité d’homme. L’abolition de l’Etat implique la suppression du militarisme et de toutes les forces armées à l’intérieur de la société et leur suppression entrainera […]
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E. Armand, “Adventure Was There…” and “Like Lions…” (1925)

L’AVENTURE ÉTAIT LA… Mille moyens s’offraient; traineau, wagon, navire. Un geste et tu partais… en route pour là-bas, N’importe où : pour le mieux, le semblable où le pire : L’aventure était là, qui te tendait les bras ! Et le traineau fila tout d’un trait vers le pôle: Ours blancs, rouge soleil, icebergs et frimas… Un frein se desserra, relâchant son contrôle ; Le train, fumant, sifflant, accélérant le pas, Serpent glissant sur rails, s’en fut hors de la gare. Troublant l’air matinal strida l’ultime appel ; L’onde s’ouvrit devant le steamer qui démarre Pour le lointain, le neuf, […]
Working Translations

Joseph Déjacque before the court, 1849

POSSESSION OF MILITARY ARMS AND MUNITIONS. — Joseph Dejacques, a paper-hanger, condemned to transportation for participation in the insurrection of June 1848, and pardoned last May, appeared today before the magistrates’ court (7th chambre), presided over by M. Jourdain, for possession of two cartridges, several flints and a dozen caps.

[…]

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E. Armand, “Le Vase / The Vase” (1927)

LE VASE La fleur n’existe plus, mais il reste le vase, Le vase dont les flancs l’ont toute contenue Quand elle frissonnait, fraiche cueillie, émue Et que son parfum dans l’air distillait l’extase. Comme on aime à revoir les lieux où l’on souffrit: Un sous-bois, un ruisseau, une vieille maison ; Comme il suffit d’un mot, d’une couleur, d’un son Pour que tout le passé remonte en votre esprit Ainsi pour que revive un instant la fleur morte, C’est assez pour mes yeux de contempler le vase. Des préjugés anciens ayant fait table rase Vous pouvez me railler, ô cœurs […]
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E. Armand, “Rêve et réalité / Dream and Reality” (1938)

rêve et réalité Je sais bien que tu t’es forgé un monde à part, un monde-bien à toi, un monde où se meuvent des êtres imaginaires, des êtres semblables à ceux dont tu voudrais faire ta compagnie quotidienne, qui te feraient pas défaut quand tu aurais recours à eux, Dans ce monde en marge, tu vis avec ces êtres en une intimité parfaite, profonde ; ils te comprennent, jamais aucun d’eux-n’est resté sourd au moindre de tes appels, ils préviennent même tes désirs, ils sont aimants, ils sont affectueux, leurs coeurs débordant de tendresse voluptueuse ; ils ne te repoussent […]