Jenny P. d’Héricourt, “La Femme affrancie / Woman Emancipated” — Volume II

[The translation made available here is a mixture of material taken from the partial 19th century translation, published under the title A Woman’s Philosophy of Woman; or Woman Affranchised, and draft translations produced as part of the process of translating and contextualizing Pierre-Joseph Proudhon’s Justice in the Revolution and in the Church. D’Héricourt’s work both merits and will eventually receive the same kind of careful attention as Proudhon’s masterwork, but its virtues should be apparent even in this unpolished state. — Shawn P. Wilbur]

LA
FEMME AFFRANCHIE

 


Bruxelles.—Typ. de A. Lacroix, Van Meenen et Cie, imprimeurs-éditeurs.


LA
FEMME AFFRANCHIE


RÉPONSE A MM. MICHELET, PROUDHON, É. DE GIRARDIN, A. COMTE
ET AUX AUTRES NOVATEURS MODERNES

PAR MME JENNY P. D’HÉRICOURT


TOME II


BRUXELLES
A. LACROIX, VAN MEENEN ET Cie, ÉDITEURS
RUE DE LA PUTTERIE, 33

PARIS
CHEZ TOUS LES LIBRAIRES

1860
Tous droits réservés.

WOMAN
EMANCIPATED

 


Bruxelles.—Typ. de A. Lacroix, Van Meenen et Cie, imprimeurs-éditeurs.


WOMAN EMANCIPATED


RESPONSE TO MM. MICHELET, PROUDHON, É. DE GIRARDIN, A. COMTE AND OTHER MODERN INNOVATORS

BY MME JENNY P. D’HÉRICOURT


VOLUME II


BRUXELLES
A. LACROIX, VAN MEENEN ET Cie, ÉDITEURS
RUE DE LA PUTTERIE, 33

PARIS
IN ALL THE BOOKSTORES

1860.

DEUXIÈME PARTIE

Droit et Devoir; objections contre le Droit des Femmes; la Femme devant les mœurs et le Code civile.

PART TWO.

Right and Duty; objections to the Right of Women; Woman before mores and the Civil Code.

CHAPITRE PREMIER.

BASES ET FORMULES DES DROITS ET DES DEVOIRS.

I

Avant de dire quelle part de droit et de devoir nous réclamons pour la femme, nous avons à définir ces deux notions inséparables qui se supposent, s’expliquent et se complètent.

Fille de mon siècle, élève des doctrines résumées par notre glorieuse Révolution, je n’irai pas chercher les sources du Droit et du Devoir dans le monde du Surnaturalisme. Non; je laisse aux derniers échos du monde ancien l’irrationnelle fantaisie d’employer leur argumentation, basée sur l’inconnu, à prouver que le Droit nous est octroyé, le Devoir imposé par un Dieu quelconque.

Je dis au contraire que l’un et l’autre ont en nous leur origine; qu’ils ressortent de l’ensemble de nos facultés, de notre destinée, des rapports nécessaires que nous soutenons avec nous-mêmes, avec nos semblables, avec la nature.

Je dis que si l’origine, l’explication, la loi, la formule du Droit et du Devoir ne sont pas contenues dans ces faits et ces rapports, c’est que le Droit et le Devoir n’existent pas.

Mais c’est parce que je crois fermement qu’elles y sont contenues, que j’essaierai de les en dégager.

Il est temps enfin que se vulgarise cette vérité, précieuse et féconde, que nous avons des Droits et des Devoirs, indépendamment de toute doctrine religieuse.

Quoi! diront quelques personnes timorées, vous, une femme, vous osez éliminer Dieu des questions de Droit et de Devoir!… Ah! il ne vous manque plus que de répéter cette phrase impie:

Dieu, c’est le mal!

Lecteur, c’est une pensée vraie, cachée sous une forme paradoxale. Dieu, dans son concept absolu, n’est pas le mal; mais l’humanité pense que Dieu sous sa face relative, Dieu formulé par notre intelligence, Dieu caché sous le symbole inventé par nous, de bien qu’il apparaissait à l’origine, devient le mal, lorsque l’humanité qui progresse, a dépassé en science et en moralité l’objet immobile de son ancienne adoration.

Demandez aux chrétiens des premiers siècles, héritiers de deux croyances philosophiques symbolisées par Paul dans l’unité de Dieu et celle de la race humaine, si les dieux des nations qui leur semblaient diviser cette double unité, ne leur apparaissaient pas comme le mal….? Certes oui, puisque, de ces dieux de leurs ancêtres ils ont fait des démons.

9 Il est vrai que j’élimine Dieu des questions de Droit et du Devoir; mais c’est parce qu’au point de vue rationnel, il n’est pas le fondement de ces deux notions; et que, les rattacher à la divinité, c’est les livrer à toutes les chances de mort que subit nécessairement le dogme religieux.

Que font en effet les peuples qui voient en Dieu la source du Droit et du Devoir? Quand Dieu tombe du piédestal qu’ils lui avaient dressé, le Droit et le Devoir disparaissent avec lui du sanctuaire de la conscience. L’histoire nous montre ces peuples livrant le Droit au despotisme qui le dévore; l’histoire nous les montre en même temps livrés aux passions égoïstes, se vautrant dans les orgies du sensualisme, c’est à dire ayant perdu l’idée du Devoir et de la dignité de leur nature.

Si Dieu parle, c’est dans les lois de l’univers physique, intellectuel et moral. Son verbe sur la terre, c’est l’humanité se révélant à elle-même, non pas la vérité absolue, mais la vérité indéfiniment progressive.

C’est donc dans les lois et les rapports qui sont en nous et hors de nous que nous pouvons constater, et que nous devons chercher la vérité sur le Droit et le Devoir.

Cependant ne croyez pas, lecteurs, que je méconnaisse l’utilité du sentiment religieux, que je nie l’existence objective des faits inconnus qui servent de fondement aux dogmes; non, car je ne comprendrais plus pourquoi notre espèce est religieuse;

Pourquoi elle s’est développée dans le sein des religions;

Pourquoi les sociétés humaines se dissolvent, lorsque tout dogme a perdu son empire sur les âmes.

Je ne comprendrais plus la grande loi biologique qui institue 10 les penchants et tendances des êtres, en vue d’objets qui y correspondent.

Si, à nos instincts nutritifs, correspondent les substances alimentaires;

Si, à notre besoin de connaître, correspond la nature;

Si, à notre besoin d’aimer, de nous associer, correspondent nos semblables;

L’unité de loi n’exige-t-elle pas qu’à nos instincts religieux, correspondent des réalités?

Que ces réalités échappent à nos moyens de vérification, qu’elles ne soient point objet de connaissance, ce n’est pas un motif pour les nier; mais c’en est un suffisant pour savoir que toutes les idées que nous nous en formons, n’ont de valeur que pour nous et que, sous peine de nous montrer absurdes et de fausser notre sens moral, nous devons les mettre en harmonie avec la science et la morale de notre époque; car si elles sont au dessus de ces choses, elles ne doivent pas les contredire.

Ces quelques lignes prouveront aux personnes qui, du rationalisme dont sont empreints mes précédents travaux, ont cru pouvoir conclure à mon matérialisme et peut-être à mon athéisme, qu’elles se sont trompées sur mon compte. Le Matérialisme et l’Athéisme ne sont point des crimes, mais, à mon sentiment, de tristes erreurs, et je ne les partage pas.

J’appartiens à ce petit nombre qui, ne pouvant s’arrêter dans la négation stérile, cherchent une affirmation supérieure et féconde.

J’appartiens à ce petit nombre qui, ne trouvant pas la satisfaction de leurs besoins religieux dans les enseignements d’un dogme vieilli et rétrograde, la trouvent dans un dogme plus large que peut accepter la conscience et la Raison.

J’appartiens à ce petit nombre vraiment religieux, qui appellent de toutes les aspirations du cœur, la nouvelle doctrine générale, seule capable de nous relier dans l’amour et la communauté de but.

Mais pour moi, la Religion, n’est point une base; elle est un couronnement.

Pour moi, la Religion n’est pas une racine; elle est une fleur.

Pour moi, la Religion n’explique ni la Science, ni la Morale, n’est le fondement ni du Droit ni du Devoir; elle est la résultante de toutes ces saintes choses; elle en est l’épanouissement poétique, le parfum. Si elle ne sort d’elles comme la fleur de sa tige, elle n’a pas d’autre raison d’être qu’une aberration de l’instinct religieux, abruti par l’ignorance, affolé par une imagination déréglée.

Après cette déclaration de principes que j’ai cru devoir à mes amis et à mes ennemis, passons à l’objet de ce chapitre.

CHAPTER I

BASES AND FORMULAS OF RIGHTS AND DUTIES

I

Before saying what portion of right and duty we demand for women, we have to define those two inseparable notions, which suppose, explain and complete one another.

A daughter of my century, raised with the doctrines summarized by our glorious Revolution, I will not seek the sources of Right and Duty in the world of Supernaturalism. No. I will leave to the last echoes of the ancient world the irrational fantasy of using their argumentation, based on the unknown, to prove that Right is granted and Duty imposed by some God.

On the contrary, I say that both have their origins within us; that they result from the ensemble of our faculties, from our destiny, from the necessary relations that sustain us with ourselves, with our fellows, and with nature.

I say that if the origin, explanation, law and formula of Right and Duty are not contained in these facts and relations, it is because Right and Duty do not exist.

But it is because I firmly believe that they are contained there that I will attempt to draw them out.

It is finally time that we popularize that precious and fruitful truth, that we have rights and duties, independent of all religious doctrine.

“What!” a few timid people will say, “you, a woman, you dare to eliminate God from the questions of Right and Duty!… Ah! All that’s left is for you to repeat that impious phrase:

God is evil!”

Reader, it is a true thought, hidden in a paradoxical form. God, as an absolute concept, is not evil; but humanity thinks that God in his relative aspect, God as formulated by our intelligence, God hidden under the symbol invented by us, as good as he appeared in the beginning, becomes evil when humanity, which progresses, has surpassed in science and in morality the immobile object of its ancient adoration.

Ask the Christians of the first centuries, inheritors of two philosophical beliefs symbolized by Paul in the unity of God and that of the human race, if the gods of the nations that seemed to them to divide that double unity did not appear to them as evil…? Certainly yes, since from those gods of their ancestors they have made demons.

It is true that I eliminate God from questions of Right and Duty; but it is because from a rational point of view God is not the foundation of these two notions; and because, to reattach them to the divinity is to deliver them to all the chances of death that the religious dogma necessarily suffers.

In fact, what do the people who see God as the source of Right and Duty do? When God falls from the pedestal that they had prepared for him, Right and Duty disappear with him from the sanctuary of the conscience. History shows us these people delivering the Right to despotism, which devours it. At the same time, history shows them given up to the selfish passions, wallowing in the orgies of sensualism, having lost the idea of Duty and the dignity of their nature.

If God speaks, it is in the laws of the physical, intellectual and moral universe. His Word on the earth is humanity revealing itself to itself, not the absolute truth, but the endlessly progressive truth.

It is thus in the laws and relations that are within us and outside of us that we can observe, and that we must seek the truth about Right and Duty.

But do not believe, readers, that I am unaware of the usefulness of the religious sentiment, that I deny the objective existence of unknown facts that serve as foundations for the dogmas; no, for I would no longer understand why our species is religious;

Why has it developed in the heart of the religions;

Why human societies dissolve, when every dogma has lost its empire over souls.

I would no longer understand the great biological law that establishes the penchants and tendencies of beings, in view of objects that correspond to them.

If, to our nutritive instincts, there correspond the dietary substances;

If, to our need to know, there corresponds nature;

If, to our need to love, to associate, there correspond our fellows;

Does the unity of the law not demand that to our religious instincts there correspond realities?

That these realities escape our means of verification, that they are not objects of knowledge, this is not a motive to deny them; but it is sufficient to know that all the ideas that we form of them only have value for us and that, at the risk of showing ourselves absurd and distorting our moral sense, we must put them in harmony with the science and morality of our era; for if they are above these things, they should not contradict them.

These few lines will prove to people who, from the rationalism with which my previous works are stamped, have thought they could pronounce my materialism and possibly my atheism, that they were mistaken about me. Materialism and Atheism are not crimes, but, in my opinion, sad errors, and I do not share them.

I belong to that small number who, not being about to settle on a sterile negation, seeks a superior, fruitful affirmation.

I belong to that small number who, unable to find the satisfaction of their religious needs in the teachings of a aged and retrograde dogma, find it in a larger dogma that the conscience and Reason can accept.

I belong to that small number who are truly religious, who call with all the aspirations of their hearts for the new general doctrine, alone capable of reconnecting us in love and the community of aims.

But for me, Religion is not a basis; it is a crowning achievement.

For me, Religion is not a root; it is a flower.

For me, Religion explains neither Science, nor Morals, is the foundation neither of Right nor of Duty; it is the resultant of all these holy things; it is their poetic blossoming, their perfume. If it emerges from it like a flower from its stem, it has no other reason to be that an aberration of the religious instinct, stupefied by ignorance, demented by an unsettled nation.

After that declaration of principles that I thought I owed to my friends and enemies, let us pass to the subject of this chapter.

II

Le Droit et le Devoir ressortant de nos besoins, de notre destinée, des rapports que nous soutenons; et supposant l’intelligence et le libre arbitre, ne peuvent être conçus que par l’être humain, parce que seul, il est capable de constater les rapports qui lient les choses, de découvrir les lois de ces rapports;

Parce que seul il se distingue très nettement de ce qui n’est pas lui;

Parce que seul il peut, jusqu’à certaines limites, violer les lois qu’il connaît;

Parce que seul, enfin, il peut découvrir le but général des lois ou la destinée.

La formule des Droits et des Devoirs est donc une création humaine;

Le Droit et le Devoir sont donc des découvertes de l’intelligence humaine;

La Justice qui les résume est donc comme la Science une œuvre humaine, ainsi que l’affirment admirablement Feuerbach et après lui Proudhon.

Par cette création, l’humanité fait un monde à part, le monde moral, le monde de la Justice, composé comme notre planète de différentes couches; monde de plus en plus en opposition avec le monde physique qui est celui de la hiérarchie et de la fatalité.

Au point de développement où en est arrivé la Justice, comment définirons-nous le Droit et le Devoir sous leur aspect le plus général?

Nous dirons: le Droit est la prétention légitime de tout être humain au développement et à l’exercice de ses facultés, conséquemment à la possession des objets qui en sont les excitants propres, dans les limites de l’égalité.

Le Devoir, corrélatif au Droit, et qui en est l’explication et la justification, est l’emploi de nos facultés et de leurs excitants en vue et dans le sens de notre destinée.

Tous les Droits et Devoirs particuliers dérivent de ce Droit et de ce Devoir fondamentaux, ou n’existent que pour les garantir.

Le Droit, tel que nous venons de le définir, est donc l’exercice même de la vie, la condition sine qua non de l’accomplissement du Devoir ou de la réalisation de la destinée.

On ne peut donc valablement l’aliéner, même en partie, sans amoindrir sa vie, fausser sa destinée.

Et si l’ignorance, la force nous en ravissent une partie, nous pouvons, nous devons en poursuivre la revendication: car il n’y a pas de Droit contre le Droit, et on ne prescrit pas contre lui.

Par l’ensemble de nos besoins et pour remplir notre destinée, nous soutenons trois sortes de rapports principaux:

1o Avec nous-mêmes;

2o Avec la nature;

3o Avec nos semblables.

De là trois formes du Droit et du Devoir, que nous ne pouvons comprendre qu’en nous formant une idée nette de notre Destinée.

II

Right and Duty emerging from our needs, from our destiny, from the relations that we maintain, and supposing intelligence and free will, they can only be conceived by the human being, because it alone is capable of observing the relations linking things, of discovering the laws of these relations;

Because it alone distinguishes itself clearly from what it is not;

Because it alone can, up to certain limits, violate the laws that it knew;

Because it alone, finally, can discover the general aim of the laws or of destiny.

The formula of the Rights and Duties is thus a human creation;

Right and Duty are thus discoveries of human intelligence;

The Justice that summarizes them is thus, like Science, a human work, as Feuerbach has admirably maintained and after him Proudhon.

By that creation, humanity made a world apart, the moral world, the world of Justice, composed like our planet of different layers; a world more and more in opposition with the physical world, which is the world of hierarchy and fatality.

At the point of development that Justice has reached, how will we define Right and Duty in their most general aspect?

We will say: Right is the legitimate pretention of every human being to the development and exercise of their faculties, consequently to the possession of the objects that are their proper stimulants, within the limits of equality.

Duty, correlative of Right, which is its explanation and justification, is the use of our faculties and their stimulants in view of and in the direction of our destiny.

All the individual Rights and Duties derive from that fundamental Right and Duty, or only exist to guarantee them.

So Right, as we have just defined it, is the very experience of life, the condition sine qui non of the accomplishment of Duty or of the realization of destiny.

So we cannot legitimately alienate it, even in part, without diminishing our life, distorting our destiny.

And if ignorance, force rob us of a portion of it, we can, we should pursue their recovery: for there is no Right against Right, and we do not prescribe against it.

By the ensemble of our needs and in order to fulfill our destiny we maintain three sorts of principal relations:

1) With ourselves;

2) With nature;

3) With our fellows.

From there three forms of Right and Duty, which we can only understand by forming a clear idea of our Destiny.

III

La destinée de l’être organisé est donnée dans l’ensemble de ses facultés.

Quelle sera donc celle de l’être humain, animal intelligent, aimant, sociable, doué du sens de la justice, de libre arbitre, d’idéalité, d’aptitudes nombreuses par lesquelles il modifie tout ce qui l’entoure, afin de satisfaire à son désir de bien être et de bonheur?

Qui, laissé au seuil de l’animalité par la nature, se crée lui-même humanité, en développant peu à peu ce qui le distingue des espèces inférieures?

Évidemment, pour quiconque réfléchit, cette destinée sera d’organiser progressivement une société fondée sur la Justice et la Bienveillance où chacun, ne dépendant que de soi-même, trouvera dans la science, la satisfaction de ses besoins intellectuels, et les principes propres à diriger ses facultés productrices; dans ses semblables, la satisfaction de ses besoins d’aimer, de s’associer, de perpétuer son espèce; dans la culture des arts, des sciences, de l’industrie, la satisfaction de ses aptitudes; et dans les produits qu’il obtient de leur exercice, celle de ses besoins matériels et de ses plaisirs.

Et comme il ne pourra remplir cette tâche d’intérêt humain, sans l’harmoniser lui-même, sans agir profondément sur son globe, sans l’humaniser par l’emploi de son activité, en lui imprimant progressivement le cachet de sa Raison, ou principe d’ordre, il en résulte que la destinée de notre espèce peut être définie: la création de l’Ordre dans l’Humanité et sur le globe qui lui est soumis.

Cette tâche imposée à l’espèce, requiert une multitude d’aptitudes trop différentes pour qu’elles se trouvent réunies en chacun de nous. Aussi, sous les caractères généraux qui font de nous une seule espèce, se cachent de si profondes dissemblances, qu’on peut établir en principe qu’il y a autant d’hommes différents qu’il y a d’individus masculins, autant de femmes différentes que d’individus féminins. Cette diversité devient évidente en raison de la culture: tout le monde sait que deux paysans se ressemblent bien plus que deux hommes instruits.

De là il suit que la jouissance du droit individuel est la garantie du progrès social, puisque ce progrès dépend du libre 15 développement des aptitudes, et qu’elles ne peuvent se développer que par la liberté: donc quiconque est ennemi de la liberté et l’entrave, s’il n’est un aveugle, est un ennemi de la destinée collective et du Droit.

III

The destiny of the organized being is given in the ensemble of its faculties.

So what will be that of the human being, an intelligent, loving, sociable animal, endowed with the sense of justice, with free will, with ideality, with numerous aptitudes with which it modifies everything that surrounds it, in order to satisfy its desire for well-being and happiness?

Whic, left at the threshold of animality by nature, creates humanity himself, by gradually developing what distinguishes it from the inferior species?

Obviously, for anyone who reflects, that destiny will be to progressively organize a society based on Justice and Benevolence where each, depending only on themselves, will find, in science, the satisfaction of their intellectual needs and the principles proper to direct their productive powers; in their fellows, the satisfaction of their need to love, to associate, and to perpetuate their kind; in the cultivation of the arts, sciences, and industry, the satisfaction of their aptitudes; and in the products that they obtain from their exercise, that of their material needs and pleasures.

And as they could not fulfill that task of human interest, without harmonizing themselves, without acting deeply on their globe, without humanizing it by the use of their activity, by gradually imprinting it with the seal of their Reason, or the principle of order, so it follows that the destiny of our species can be defined as: the creation of Order in Humanity and on the globe that is subject to it.

This task imposed on the species requires a multitude of skills too different for them to be found gathered in each of us. Also, under the general characteristics that make us one species, there are hidden such deep dissimilarities that we can establish in principle that there are as many different men as there are male individuals, as many different women as female individuals. This diversity becomes obvious because of the culture: everyone knows that two peasants resemble one another more than two educated men.

From this it follows that the enjoyment of individual right is the guarantee of social progress, since this progress depends on the free development of the aptitudes, and that they can only develop by liberty: so whoever is an enemy of liberty and hinders it, if he is not blind, is an enemy of collective destiny and of Right.

IV

J’ai dit qu’il est dans la nécessité de notre destinée de soutenir trois sortes de rapports: avec nous-même, avec la nature, avec nos semblables.

Examinons les premiers.

Chacun de nous se présente à l’analyse comme une Société de facultés qui, toutes, ont droit de fonctionner, parce que toutes sont nécessaires à l’harmonie de l’ensemble.

Certaines de nos impulsions sont antagoniques; et celles qui ont pour but la satisfaction de nos besoins égoïstes, ont une propension constante à dépasser leurs limites légitimes, conséquemment à opprimer celles qui nous relient à nos semblables.

Quand nous sommes tiraillés en sens contraire, quand la dissidence est en nous, qui fera cesser le conflit en déterminant l’option? Évidemment notre libre arbitre, influencé par une autre faculté.

Mais pour nous décider en vue de notre destinée, quelle doit être la faculté rectrice, sinon la Raison ou principe d’ordre en chacun de nous?

C’est donc en établissant en nous la hiérarchie des facultés en vue de la destinée, et sous le gouvernement de la Raison, qu’aucune de nos facultés ne sera sacrifiée; que toutes s’harmoniseront selon l’expression de M. Proudhon pour le bien et la gloire de l’ensemble.

C’est dans l’établissement et le maintien de cette hiérarchie que consiste le grand devoir Autonomique, ou de gouvernement de soi par soi.

Ainsi, dans ce premier ordre de rapports, il y a Droit de chaque faculté à s’exercer;

Droit de chacune d’elles à son excitant propre;

Mais en même temps Devoir pour chacune de ne s’exercer que pour le bien de l’ensemble; c’est à dire de ne jamais dépasser ses limites et pour cela d’obéir à la Raison.

Ainsi celui qui donne la prédominance à ses instincts nutritifs, opprime habituellement en lui les facultés intellectuelles, et développe les instincts égoïstes aux dépens des instincts de Justice et de Sociabilité: il viole son Devoir autonomique.

Celui qui, par une exaltation vicieuse de son imagination, refuse à ses facultés nutritives l’exercice auquel elles ont droit, affaiblit la Raison, exalte l’orgueil jusqu’à l’intolérance, met la folie dans le domaine intellectuel et moral: celui là viole aussi le Devoir autonomique.

La Sagesse et le Devoir sont, je le répète, de soumettre notre être tout entier à la Raison: l’exaltation même du sens de la Justice, le plus élevé de tous, est un mal.

IV

I have said that it is in the necessity of our destiny to maintain three sorts of relations: with ourselves, with nature, and with our fellows.

Let us examine the first.

Each of us is presented to as a Society of faculties that all have the right to function, because all are necessary to the harmony of the ensemble.

Certain of our impulses are antagonistic; and those that aim for the satisfaction of our selfish needs have a constant propensity to surpass their legitimate limits, and consequently to oppress those that reconnect us to our fellows.

When we are tugged in an opposite direction, when dissidence is within us, what will make the conflict cease by determining the choice? Obviously our free will, influenced by another faculty.

But for us to decide with an eye to our destiny, what must the rectifying faculty be, if not the Reason or principle of order in each of us?

So it is by establishing within us the hierarchy of the faculties with an eye to destiny, and under the government of Reason, that none of our faculties will be sacrificed; that all will be harmonized, according to the expression of Mr. Proudhon, for the good and the glory of the ensemble.

It is the establishment and maintenance of that hierarchy that is the great Autonomic duty, or government of self by self.

Thus, in this first order of relations, there is a Right of each faculty to exercise itself;

A Right of each of them to their proper stimulant;

But at the same time Duty of each to only exert itself for the good of the ensemble; that is to say to never surpass its limits and for that purpose to obey Reason.

Thus the one who gives predominance to his nutritive instincts, habitually oppresses his intellectual faculties, and develops the selfish instincts at the expense of the instincts for Justice and Sociability: he violates his autonomic Duty.

The one who, by a vicious exaltation of his imagination refuses to his nutritive faculties the exercise to which they have a right; weakens Reason, exalts pride to the point of intolerance, puts folly in the intellectual and moral domain: that one also violates the autonomic Duty.

Wisdom and Duty are, I repeat, to submit our entire being to Reason: even the exaltation of the sense of Justice, the most elevated of all, is an evil.

V

Quelle sera la règle du Droit et du Devoir dans nos rapports avec la nature, avec les êtres sensibles des espèces inférieures? L’être humain, Raison, Justice, Liberté, a Droit sur les créatures de son globe à deux titres: d’abord pour sa conservation, puis comme pouvoir harmonisant.

D’éminents penseurs m’arrêteront ici pour me dire: vous confondez le fait avec le Droit. Ce dernier est une création de la Conscience humaine; il n’existe que de l’être humain à son semblable parce qu’il suppose la réciprocité, et la possibilité d’une revendication devant une autre conscience.

Je réponds: oui le Droit est une création de l’humanité, mais seulement en tant que notion et formules. Nos formules exposent la vérité des rapports, mais ne sont point ces rapports, pas plus que la formule de la loi d’attraction n’est l’attraction. Une notion est nécessairement tirée des choses qui la contiennent et conséquemment lui étaient antécédentes, car notre esprit ne crée ni les faits ni les rapports, ni les lois, il ne fait que les découvrir, les définir et les systématiser. Avant de savoir que nous avons des droits, nous le sentons; si nous ne le sentions pas, nous ne le saurions jamais.

Oui, le Droit suppose la réciprocité dans les rapports humains, mais ne soutenons-nous de rapports qu’avec nos semblables? N’en soutenons-nous pas avec nous-même, en tant que Société de facultés? N’en soutenons-nous pas avec les êtres inférieurs?

Prétendre, par exemple, qu’entre l’animal et nous il n’y a ni Droit ni Justice, n’est-ce pas affirmer qu’il y a tout un ordre de rapports d’où peut être bannie la notion double et corrélative de Droit et de Devoir?

Eh! bien, je ne puis accepter cela. Pourquoi, s’il en était ainsi, dirait-on: c’est mal, quand on voit quelqu’un torturer une bête ou la faire mourir de faim? Une chose n’est mal que quand elle est contraire au Devoir, et elle n’a ce caractère que quand elle est la violation d’un Droit. Je ne comprends pas, s’il n’y a pas de Justice entre l’animal et nous, pourquoi l’on applaudit aux lois protectrices des animaux. Si les animaux n’ont pas de Droit, on viole celui de leur propriétaire, en réglant la manière dont il doit se servir de ces êtres sensibles.

Je sais que l’on explique ces lois par l’obligation d’empêcher l’homme de s’endurcir, et de le préparer à être bon pour ses semblables. On en a dit probablement autant des lois protectrices des esclaves. Mais la conscience qui est tout autant émue par le Sentiment qu’éclairée par la Raison, va plus loin sans le savoir elle-même. Si elle analysait, elle comprendrait que, sous toute loi de protection, il y a la reconnaissance implicite d’un Droit.

On peut m’objecter encore qu’en transportant la notion du Droit au delà de l’humanité, j’anthropomorphise les animaux et que, si je le fais, je suis tenue, pour être conséquente, de respecter leur vie, leur progéniture et l’exercice de toutes leurs facultés.

Je n’anthropomorphise pas les animaux: je n’assimile pas leur Droit au nôtre; mais leur reconnaissant un Droit, admettant qu’entre eux et nous il y a Justice, je suis tenue de m’expliquer rationnellement la différence que je mets entre eux et nous sous le rapport du Droit, et de fixer le principe en vertu duquel je puis légitimement disposer d’eux et en éliminer. Alors je me dis: notre race est la Raison et la Justice du globe: c’est elle qui en a le gouvernement pour l’harmoniser: elle est aux autres créatures, ce que notre Raison et notre Justice personnelles sont à nos autres facultés.

19 Or personne de nous ne conteste que notre Raison et notre Justice ne puissent légitimement supprimer ceux de nos actes ou désirs qui seraient contraires à notre harmonie personnelle.

Donc l’espèce humaine, Raison et Justice de la terre, a le droit d’éliminer tout ce qui nuit à son harmonie avec la création qui lui est confiée et dont elle fait une partie de son organisme. Mais lorsque nous conservons des êtres sensibles qui se font nos auxiliaires, deviennent en quelque sorte un de nos organes, et accomplissent ainsi inconsciemment un Devoir, c’est à nous de leur reconnaître leur Droit naturel dans la mesure exigée par l’Ordre. L’animal sent son Droit, car il regimbe, se révolte, faut-il l’en dépouiller parce qu’il ne le connaît pas; parce qu’il ne peut le formuler; parce que, comme l’esclave abruti, il n’a que notre voix pour le revendiquer?

Oui, de nous à l’animal, il y a Justice; Justice faite par nous seuls, au nom de la Raison, seul juge de la mesure des rapports. Celui qui fait souffrir une créature sensible sans nécessité évidente; qui en abuse comme d’une chose, qui ne la rend pas aussi heureuse que possible, qui ne la fait pas progresser, est non seulement un être cruel, mais souvent un lâche qui abuse de sa supériorité intellectuelle pour violer le droit le plus sacré: celui des faibles; c’est le même qui, dans l’ancienne Rome, jetait son esclave au vivier pour engraisser ses murènes, qui l’attachait dans son vestibule avec cet écriteau au dessus de sa tête: prenez garde au chien! qui se servait du sein de l’esclave femelle, comme d’une pelotte, pour y piquer ses épingles pendant la toilette.

J’ajouterai, pour compléter ma pensée et justifier ma manière 20 de voir, qu’à mes yeux, il n’y a pas un acte ou un rapport humain qui ne doive être soumis à la notion du Devoir corrélative à celle du Droit: car notre espèce n’est pas l’humanité en dehors de cette double notion; elle ne serait plus qu’une famille animale: en conséquence nos rapports avec la nature ne peuvent être exclus de la théorie du Droit.

Je demande pardon à mes adversaires de différer d’avis avec eux sur ce point si grave de Philosophie: mais ils comprendront qu’une femme qui ne consent pas à être un daguerréotype masculin, doit oser dire sa pensée et avoir confiance en sa Raison.

V

What will be the rule of Right and Duty in our relations with nature, with the sensible beings of inferior species? The human being, Reason, Justice, Liberty, has a Right over these creatures of his globe by two titles: first for his preservation, then as a harmonizing power.

Some eminent thinkers will stop me here to say to me: you confuse fact with Right. The latter is a creation of the human Conscience; it only exists for the human being with its fellows because it supposes reciprocity, and the possibility of a claim before another conscience.

I answer: yes Right is a creation of mankind, but only as a concept and formula. Our formulas set out the truth of the relations, but are not these relations, any more than the formula of the law of attraction is attraction. A concept is necessarily derived from the things that contain it and consequently is antecedent to it, for our mind creates neither the facts nor the relations, nor the laws; it only discovers them, defines them and systematizes them. Before knowing that we have rights, we feel it; if we did not feel it we would never know it.

Yes, Right supposes reciprocity in human relations, but do we maintain relations only with our fellows? Don’t we maintain them with ourselves, as a Society of Faculties? Don’t we maintain them with inferior beings?

Claim, for example, that between the animal and us there is neither Right nor Justice: is that not to affirm that there is a whole order of relations from which the double and correlative notion of Right and Duty can be banished?

Well! I cannot accept that. Why, if it was thus, one will say, is it bad when you see someone torturing or starving a beast? Something is wrong only when it is contrary to Duty, and it has that character only when it is a violation of a Right. I do not understand, if there is no Justice between animals and us, why we applauded the laws protecting animals. If animals do not have Rights, we violate that of their owner, by regulating the manner in which they should use these sentient beings.

I know that these laws are explained by the need to prevent the man from hardening himself, and to prepare himself to be good for his fellow man. As much has probably been said of the laws protecting slaves. But the conscience that is moved as much by feeling as it is enlightened by reason, goes further without knowing itself. If it analyzed, it would understand that behind every law of protection, there is the implicit recognition of a Right.

One could still object that by transporting the notion of Right outside of humanity, I anthropomorphize the animals and that, if I do it, I am obliged, to be consistent, to respect their lives, their offspring and the exercise of all their faculties.

I do not anthropomorphize the animals: I do not assimilate their Right to ours; but, recognizing in them a Right, admitting that between them and us there is Justice, I am obliged to explain rationally the difference that I establish between them and us in relation to Right, and to establish the principle by virtue of which I can legitimately dispose of them and eliminate them. So I say to myself: our race is the Reason and Justice of the globe: it has the government of it in order to harmonize it: it is to the other creatures, what our individual Reason and Justice are to our other faculties.

Now none of us contest that our Reason and Justice can legitimately suppress those of our acts or desires that are contrary to our personal harmony.

So the human species, Reason and Justice of the earth, has the right to eliminate everything that harms its harmony with the creation confided to it and of which it makes a part of its organism. But when we preserve some sensitive beings that are our auxiliaries, that become in some way one of our organs, and thus unconsciously accomplish a Duty, it is up to us to recognize their natural Right in the measure demanded by Order. The animal feels its Right, for it balks, revolts; must we rob it of it because it does not know it, because it cannot formulate it, because, like the stupefied slave, it only has our voice to demand it?

Yes, from us to the animal, there is Justice; Justice made by us alone, in the name of Reason, sole judge of the measure of the relations. The one who makes a sensitive creature suffer without obvious reason, who abuses it like a thing, who does not make it as happy as possible, who does not make it progress, is not only a cruel being, but often a coward who abuses their intellectual superiority to violate the most sacred right: that of the weak. They are the same as the one who, in ancient Rome, cast his slave in the fish pond to fatten his morays, who attached him in his vestibule with this sign above his head: beware of the dog! Who made use of the breast of the female slave, like a pin cushion, to stick her pins there during her toilette.

I would add, to complete my thought and justify my manner of seeing, that to my eyes, there is not a human act or relation that should not be subject to the notion of the Duty correlative to that of the Right: for our species is not humanity apart from that double notion; it would no longer be anything but an animal family: as a consequence our relations with nature cannot be excluded from the theory of Right.

I ask pardon of my adversaries for differing in opinion with them on this serious point of Philosophy: but they will understand that a woman who does not consent to be a masculine daguerreotype, must dare to speak her mind and have confidence in her Reason.

VI

Dans les deux premiers ordres de rapports que nous avons envisagés, le Droit et le Devoir tendent à fonder l’harmonie ou l’Ordre par la Hiérarchie.

Pourquoi?

Parce que le Droit et le Devoir sont, en tant que notions et systématisation, des créations de la Raison humaine qui, légitimement, se subordonne tout.

Parce qu’en chacun de nous, cette subordination doit exister, puisque chacun de nous n’a qu’une Raison.

Parce qu’en dehors de l’Humanité sur ce globe, il ne peut y avoir entre elle et les êtres inférieurs que des rapports de subordination.

Entre nos facultés d’espèces différentes, il faut un Régulateur;

Entre nous et les créatures inférieures, il faut un régulateur encore;

21 Dans le premier cas c’est la Raison individuelle qui gouverne;

Dans le second c’est la Raison de l’humanité.

Mais cette loi de Hiérarchie peut-elle rationnellement s’appliquer aux rapports des êtres humains entre eux?

Non; car ils sont de la même espèce;

Car chacun d’eux a sa raison, son sens moral, son libre-arbitre, sa volonté;

Car chacun d’eux n’est qu’un élément de destinée collective; un être incomplet au point de vue de cette destinée, et n’a pas plus la faculté de classer les autres, que les autres de le classer;

Car chacun d’eux est progressif en lui-même et dans sa race et peut, par la culture, monter du dernier rang au plus élevé sous le rapport de l’utilité.

Qu’à l’origine des sociétés, l’homme, se distinguant à peine des autres espèces sur lesquelles il établissait son Droit par la ruse et la force, ait transporté cette notion brutale dans les rapports humains, ait confondu le semblable faible d’esprit ou de corps avec l’animal, se soit cru, au même titre, droit de possession sur eux, et n’ait reconnu comme libres et égaux à lui que les forts et les intelligents, les choses ne pouvaient se passer autrement peut-être.

Que, plus développée, l’humanité ait transformé la notion de Droit sur le modèle du gouvernement de soi-même, ait, en conséquence, établi la hiérarchie et subordonné certaines classes, certaines castes, aux individus qu’elle considérait comme les représentants de la Raison et de la Justice, les choses ne pouvaient peut-être encore se passer autrement.

22 Mais nous, français, enfants de 89, disciples d’une philosophie qui établit ses axiomes, non plus sur les a priori de la fantaisie, mais sur les faits et les lois de la nature et de l’humanité, nous concevons parfaitement aujourd’hui que l’être humain ne peut être comparé ni à une chose, ni à quelqu’une de nos facultés;

Qu’étant d’espèce identique, nous avons un droit identique;

Qu’il ne s’agit que d’équilibrer nos droits individuels;

Que la loi d’équilibre, c’est l’égalité;

Que l’égalité c’est la Justice;

Qu’en dehors de l’égalité, il n’y a plus Raison ni Justice, mais règne de la force, retour à la brutalité de la nature qui est si inférieure à nous par l’absence de moralité et de bonté.

A la lumière de cette Révélation de la conscience de la France, la notion de la société se transforme. La société n’est plus une hiérarchie, ce n’est plus un être de raison, incarné dans un ou quelques-uns; c’est quelque chose de bien autrement grand et beau; c’est un ensemble organisé d’êtres humains, associés pour se garantir mutuellement l’exercice de leur Droit individuel, se faciliter la pratique du Devoir, échanger équitablement leurs produits, et travailler de concert à la réalisation progressive de la destinée humaine.

C’est une autonomie collective, gouvernée par la Loi, synthèse de la Raison, de la Justice et de l’Amour de tous.

L’État n’est plus que l’ensemble des organes sociaux, fonctionnant au profit de tous.

Le Pouvoir n’est plus qu’une fonction déléguée par la volonté nationale.

23 Conçue ainsi, la société élabore progressivement quatre formes du Droit: Droit naturel, Droit Civil, Droit Politique, Droit Économique.

VI

In the first two orders of relations that we have envisioned, Right and Duty tend to found harmony or Order through Hierarchy.

Why?

Because Right and Duty are, as notions and systematization, among the creations of the human Reason that, legitimately, subordinate all.

Because in each of us, that subordination must exist, since each of us has only one Reason.

Because outside of Humanity on this globe, there can be between them and the inferior species only relations of subordination.

Between our faculties of different sorts, there must be a Regulator;

Between us and the inferior creatures, there must also be a regulator;

In the first case it is the individual Reason that governs;

In the second it is the Reason of humanity.

But can that law of Hierarchy be rationally applied to the relations of human beings among themselves?

No, for they are of the same species;

For each of them has their reason, their moral sense, their free will, their desire;

For each of them is only an element of collective destiny; an incomplete being from the point of view of that destiny, and does not have the faculty to classify the others, any more than the others classify them;

For each of them is progressive in themselves and in their race and can, through culture, climb from the lowest rank to the most elevated in relation to utility.

It was perhaps inevitable that, at the origin of societies, man, hardly distinguishing himself from other species on which he would establish his Right by force and fraud, had transferred that brutal notion into human relations, had confused the fellow weak in mind and body with the animal, had believed they had, by the same title, a right of possession over them, and had recognized as free and equal to them only the strong and intelligent.

Perhaps it was equally inevitable that, more developed, humanity had transformed the notion of Right on the model of the government of oneself, had, as a consequence, established hierarchy and subordinated certain classes, certain castes, to the individuals that it considered as the representatives of Reason and Justice.

But we, the French, children of 89, disciples of a philosophy that established its axioms, no longer on the a priori of fantasy, but on the facts and laws of nature and humanity, we conceive perfectly today that the human being cannot be compared to a thing, nor to any one of our faculties;

That being of identical species, we have an identical right;

That it is only a question of balancing our individual rights;

That the law of equilibrium is equality;

That equality is Justice;

That apart from equality, there is no longer Reason nor Justice, but the reign of force, return to the brutality of nature that is so inferior to us by the absence of morality and kindness.

By the light of that Revelation of the conscience of France, the notion of science is transformed. Society is no longer a hierarchy; it is no longer a being of reason, incarnated in one or a few; it is something far more grand and beautiful; it is an organized ensemble of human beings, associated to guarantee the mutual exercise of their individual Right to facilitate the practice of Duty, to equitably exchange their products, and to labor together for the progressive realization of human destiny.

It is a collective autonomy, governed by the Law, synthesis of the Reason, Justice and Love for all.

The State is no longer anything but the ensemble of the social organs, functioning for the profit of all.

Power is no longer anything but a function delegated by the national will.

Conceived thus, society gradually produces four forms of Right: Natural Right, Civil Right, Political Right and Economic Right.

VII

Par Droit naturel, la Société ne peut plus entendre la satisfaction des seuls besoins animaux: car l’être humain n’est pas une brute: il est une Intelligence, une Raison, une Justice; il est aussi l’art, l’industrie, la Liberté.

Donc, de Droit naturel, toute créature humaine est libre, autonome, doit développer ses facultés, exercer ses aptitudes sans autre limite que l’Égalité, ou le respect du droit identiquement le même en autrui.

Quand la Raison générale sera suffisamment pénétrée de ces notions, elle formulera non seulement des lois pour protéger également la vie, l’honneur, la propriété légitime des associés, contre quiconque pénétrerait dans la sphère d’autrui pour la troubler ou la détruire; mais, de plus, elle mettra à la disposition de tous, les moyens de développement qu’elle pourra généraliser: tels que l’enseignement des sciences, des arts, de l’industrie, des lois, etc. Elle comprendra que c’est son Devoir et son intérêt.

Son devoir, parce que la société poursuit la réalisation d’une destinée dont chacun de ses membres est un élément;

Son devoir, parce que tous les co-associés ont un droit égal aux avantages sociaux;

Son devoir, parce qu’ils sont réunis pour se garantir la jouissance de leurs droits, et se faciliter la pratique du Devoir.

Son intérêt, parce qu’en travaillant à rendre possible à chacun de ses membres la puissance de se bien gouverner, elle assure la sécurité de tous.

La Raison générale, modifiée par la notion moderne de la société, réformera profondément son Droit Civil. Devant ce Droit, tous les individus majeurs et sains d’esprit, seront reconnus aptes à concourir aux actes de la vie civile, à disposer de leur travail, de leur fortune. La société se contentera de sauvegarder les intérêts des mineurs et des interdits et d’empêcher que, dans aucun contrat, puisse s’introduire une clause attentatoire à la dignité de la personne et à l’exercice de ses droits. Toutes les fonctions étant du ressort du Droit Civil, la société respectera la manifestation de l’activité de chacun, et soumettra les fonctions publiques à l’élection ou au concours.

Le Travail est notre grand Devoir: c’est par lui que se réalise la destinée humaine; c’est par lui que se produit le bien-être; c’est le père de tout bien, l’auxiliaire de la vertu. La Raison générale, éclairée par la science Économique qui se forme, comprendra que le travail est un Droit, puisque vivre, pour l’individu social, est un Droit; elle transformera donc le grand atelier national, et parviendra progressivement à introduire l’égalité, c’est à dire l’équité, dans le domaine de l’échange. Le Droit Économique n’existe pas: l’humanité le tirera de ses entrailles souffrantes et de son cerveau, comme elle en a tiré tous les autres.

Chacun devant avoir des Droits naturels, civils et économiques égaux, et un intérêt égal à ce que les lois et les institutions soient au profit de tous, a, par cela même, un Droit égal à concourir aux actes politiques qui sauvegardent ses autres droits, et à l’aide desquels les progrès réalisés dans les esprits s’incarnent dans les faits sociaux. La Raison générale, bien pénétrée de ces vérités, organisera sous la loi d’égalité, le concours de tous à la vie politique, concours par lequel seul on peut se réputer libre, en n’obéissant qu’à la loi qu’on a faite ou consentie.

Tel est l’idéal de la société fondée par la Révolution Française; idéal qui confond toutes les races, tous les peuples devant le Droit.

A l’aide de cet idéal supérieur, glorieux Credo de la foi de nos pères, nous comprenons que les individualités, les nations et les races supérieures ne sont pas des maîtres, mais des frères aînés, des éducateurs; qu’elles commettent une lâcheté, un crime de lèse-humanité lorsqu’elles oppriment et abrutissent au profit de leurs passions égoïstes, ceux que la Raison leur confie comme élèves;

Nous comprenons que, devant le dogme de la Perfectibilité, tombent tous leurs hypocrites prétextes de domination;

Qu’enfin, en violant les droits de leurs semblables, elles nient les leurs propres; qu’en les traitant comme s’ils étaient des brutes, elles se rangent elles-mêmes au rang des brutes qui n’ont pour loi que la force et la ruse.

Si la notion du Droit se transforme avec l’idéal social de 89, combien, en même temps, se précise, se purifie, s’élève la sublime notion du Devoir!

Respecter les Droits d’autrui égaux à ceux qu’on se reconnaît;

Protéger quiconque est opprimé quand la société n’est pas présente ou n’a pas pourvu;

Faire respecter sa dignité, son Droit; car ne pas punir celui qui, sciemment et méchamment, y attente, c’est se rendre complice 26 de ses mauvaises passions, du mal qu’il fait, de celui qu’il peut faire par suite de l’impunité de sa première faute;

Travailler, non pas seulement dans son intérêt particulier, mais en vue de la destinée collective, observant, autant qu’il est en soi, la bonne foi et l’équité dans l’échange des produits;

S’efforcer de connaître sa propre capacité, non pour en tirer vanité, ce qui est puéril; mais afin de rendre tous les services dont on est capable, au grand corps dont on est un organe;

Contribuer selon ses forces, son intelligence, au Progrès d’autrui, à l’établissement de la Justice, à la vulgarisation des idées vraies et morales, à la destruction des idées fausses;

Se considérer comme instituteur des ignorants, comme Justicier, comme solidaire de tous;

Aimer la patrie dans l’Humanité et la famille dans la Patrie;

Chérir par dessus tout la Justice.

Tels sont les principaux devoirs de ceux qui acceptent l’idéal nouveau; de ceux qui ne sont plus des esclaves, mais des organes de la société qu’ont fondée et scellée de leur sang nos glorieux pères.

Et l’on ne peut remplir ces devoirs sans travailler à s’harmoniser soi-même: admirable économie de ressort, qui met d’accord notre perfectionnement propre avec le bien général, l’amour et le respect de nos semblables et de l’Ordre.

VII

By natural Right, Society can not longer mean the satisfaction of the animal needs alone: for the human being is not a brute: it is an Intelligence, a Reason, a Justice; it is also art, industry, Liberty.

So, by natural Right, every human creature is free, autonomous, must develop its faculties, exercise its aptitudes without any limit but Equality, or the identical respect of the same right in others.

When the general Reason will have been sufficiently embued with these notions, it will not only formulate laws to equally protect the life, honor and legitimate property of the associates, against anyone who would enter the sphere of others to disturb or destroy them; but in addition, it will put at the dispostion of everyone the means of development it can generalize, such as science education, the arts, industry, laws, etc. It will understand that this is its duty and its interest.

Its duty, because society pursues the realization of a destiny of which each of its members is an element;

Its duty, because all the co-partners have an equal right to the social advantages;

Its duty, because they are gathered to guarantee the enjoyment of their rights, and to facilitate the practice of Duty.

Its interest, because by working to make possible to each of its members the power of governing themselves well, it assures the security of all.

General Reason, modified by the modern notion of society, will profoundly reform its Civil Right. Before this Right, all the adult individuals of sane mind will be recognized as able to contribute to the acts of civil life, to dispose of their labor and of their fortune. Society will content itself with safeguarding the interests of minors and exiles and prevent the introduction, in any contract, of any clause detrimental to the dignity of the person and to the exercise of their rights. All the functions being the responsibility of the Civil Right, the society will respect the manifestation of the activity of each, and subject all the public functions to election or competition.

Labor is our great Duty: it is by labor that human destiny is realized; it is by labor that well-being is produced; it is the father of all good, the auxiliary of virtue. The general Reason, clarified by the Economic science that is formed, will understand that labor is a Right, since to live, for the social individual, is a Right; so it will transform the great national workshop, and gradually succeed in introducing equality, that is to say equity, in the domain of exchange. Economic Right does not exist: humanity will draw it from its suffering entrails and from its brain, as it has drawn all the others.

Each, having equal natural, civil and economic Rights and an equal interest in the laws and institutions being favorable to all, has, by that very fact, an equal right to contribute to the political acts that safeguard their other rights, and with the aid of which the progress in minds is embodied in the social facts. The general Reason, though imbued with these truths, will organize, under the law of equality, the participation of all in political life, a participation by which alone we may deem ourselves free, by only obeying the law that we have made or agreed to.

Such is the ideal of the society founded by the French Revolution, an ideal that confounds all the races, all the peoples before Right.

By the aid of that higher ideal, glorious Credo of the faith of our fathers, we understand that the superior individualities, nations and races are not masters, but elder brothers, educators; that they commit a cowardice, a crime of lèse-humanity when they oppress and overwhelm, for the profit of their selfish passions, those whom Reason confides to them as students;

We understand that, before the dogma of Perfectibility all their hypocritical pretexts of domination fall;

That finally, by violating the rights of their fellows, they deny their own; that by treating them as if they were brutes, they settle themselves in the ranks of the brutes who have only force and fraud for law.

If the notion of Right is transformed with the social ideal of 89, how much, at the same time is the sublime notion of Duty clarified, purified, and elevated!

Respect the Rights of others equal to those that we recognize;

Protect whoever is oppressed when society is not present or could not be;

Uphold their dignity, their Right; for not to punish those who knowingly and maliciously, attack it is to make ourselves complicit with their evil passions, with the evil that they do, and with the evil that they can do as a result of impunity for their first fault;

To labor, not only in their individual interest, but with an eye to the collective destiny, observing, as much as it is in us, good faith and equity in the exchange of products;

To strive to know our own capacity, not to draw vanity from it, which is childish; but finally to render all the services of which we are capable, in the great body of which we are an organ;

To contribute according to our strengths and intelligence, to the Progress of others, to the establishment of Justice, to the popularization of true and moral ideas, and to the destruction of false ideas;

To consider ourselves as teachers of the ignorant, as upholders of Justice, as in solidarity with all;

To love the homeland in Humanity and the family in the Homeland;

To cherish Justice above all.

Such are the principal duties of those who accept the new ideal, of those who are no longer slaves, but organs of the society that our glorious fathers have founded and sealed with their blood.

And we cannot fulfill these duties without working to harmonize ourselves: an admirable economy of energies, which puts our own perfection in accord with the general good, the love and respect of our fellows and of Order.

VIII

Plusieurs fois, lectrices, nous avons prononcé le mot Liberté; j’espère qu’aucune ne s’est méprise sur le sens que nous lui attribuons. 27 La liberté n’est pas le pouvoir de faire tout ce qu’on veut et qu’on est capable de faire: cela, c’est la licence; la liberté, c’est l’exercice des facultés dans les limites de l’égalité ou du Droit identique en autrui, dans les limites du Devoir.

Jusqu’à quel point la société a-t-elle le droit de s’immiscer dans le gouvernement de nous-même et de limiter notre liberté?

C’est quand par des actes, et seulement par des actes, nous transportons dans la sphère d’autrui le trouble que nous avons établi dans la nôtre: car nous ne pouvons en agir ainsi sans violer le Droit de quelqu’un.

Quant aux actes qui ne nuisent qu’à nous-même, la société n’a pas à les régler par la loi. Ce qu’elle doit faire, c’est de nous instruire, et de s’organiser de telle sorte, que nous n’ayons pas besoin de les commettre.

Il est de même bien entendu qu’en parlant de l’égalité, nous n’avons pas prétendu que nous fussions égaux ou même équivalents en valeur physique, intellectuelle, morale et fonctionnelle: non seulement nous différons tous; mais encore, dans la même série de travaux, les uns excellent, d’autres sont médiocres, d’autres encore, inférieurs.

Ce n’est pas parce que vous êtes égales en beauté, en forces, en intelligence, en bonté, en talent, ni entre vous, ni avec vos frères, Mesdames, que vous êtes égales à eux et à vos sœurs devant l’héritage: c’est parce que, sur ce point, on veut bien reconnaître que vous appartenez à l’espèce humaine et que, sans déchoir dans l’opinion, vos parents peuvent avouer que vous êtes, dans leur tendresse, les égales de Messieurs vos frères.

28 De même ce n’est pas par l’égalité de valeur que les êtres humains socialisés doivent être égaux en Droit, c’est parce que tous, quelqu’humbles qu’ils soient, ont le Droit semblable de se développer, d’agir librement, d’accomplir leur destinée.

Travaillons donc à la création de la liberté dans l’égalité. Incarnons ces saintes choses dans la loi, les institutions sociales, la pratique générale et notre pratique particulière.

Que chacun puise dans un même milieu les éléments qui conviennent à sa nature. L’un sera Cèdre ou Chêne, l’autre un arbrisseau modeste ou bien une simple fleur, c’est possible, c’est probable même; mais personne n’aura le droit de se plaindre; car chacun sera et fera tout ce qu’il pourra être et faire. Il n’y aura plus, comme aujourd’hui, ce qui est le crime de quelques uns et la faute de tous, des créatures humaines qui meurent sans se connaître, sans avoir pu se développer et rendre les services auxquels les appelait leur organisation.

L’histoire nous dit: l’exercice du Droit est tellement lié au Progrès, que de nouveaux progrès ont été faits par l’Humanité, chaque fois que la société des libres a élargi ses rangs pour y admettre de nouveaux émancipés, ou chaque fois qu’elle a proclamé la reconnaissance de nouveaux droits et mis ses institutions en accord avec eux.

Par sottise ou par égoïsme, ne restons pas sourds à cet enseignement: car nous sommes coupables de tout le mal et de tout le malheur qui se produisent par l’absence de Liberté et d’Égalité, et la culpabilité est comme le sommet des hauts édifices: elle attire la foudre.

VIII

Many times, readers, we have pronounced the word Liberty; I hope no one has been mistaken about the meaning that we attribute to it. Liberty is not the power to do whatever we want and are capable of doing: that is license; liberty is the exercise of our faculties within the limits of equality or the identical Right in others, within the limits of Duty.

Up to what point has society the right to meddle in our self-government and limit our liberty?

It is when by acts, and only by acts, we transport into the sphere of the other the trouble that we have established in our own, for we could not act in that way without violating the Right of someone.

As for acts that only harm ourselves, society is not to rule them by law. What it is necessary to do is to instruct ourselves, and organize ourselves in such a way that we do not need to commit them.

It is likewise understood that in speaking of equality, we have not claimed that we were equal or even equivalent in physical, intellectual, moral and functional value: not only do we all differ, but, also, in the same series of works, some are excellent, some are mediocre and others inferior.

It is not because we are equal in beauty, in strengths, in intelligence, in kindness, in talent, either between ourselves, or with our brothers, Ladies, that you are equal to them or to your sisters in inheritance: in is because, on this point, we want to recognize that you belong to the human species and that, without falling in opinion, your parents can avow that you are, in their affections, equal to the gentlement who are your brothers.

Just so it is not by equality of value that socialized human beings should be equal in Right, it is because all, however humble they may be, have a similar Right to develop, act freely, and fulfill their destiny.

So let us work for the creation of liberty in equality. Let us embody these sacred things in the laws, the social institutions, the general practice and our individual practice.

Let each obtain in the same environment the elements suitable to their nature. One will be a cedar or oak, the other a modest shrub or even a simple flower, it is possible, it is even probable; but no one will have the right to complain, for each will be and will do all that it could be and do. There will no longer be, as today, that which is the crime of some and the fault of all, human creatures who die without knowing themselves, without having been able to develop and render the services to which their organization is called.

History tells us: the exercise of Right is so linked to Progress that new progress has been made by Humanity each time that the society of the free has widened its ranks in order to admit the newly emancipated, or each time that it has proclaimed the recognition of new rights and put its institutions in accord with them.

By stupidity or selfishness, do not remain deaf to this teaching, for we are guilty of all the evil and all the misery that is produced by the absence of Freedom and Equality, and the guilt is like the summits of tall buildings: it attracts the lightning.

IX

Et maintenant, lecteurs, résumons ce chapitre.

Les notions de Droit et de Devoir, qui sont inséparables, ne peuvent être conçues que par l’être humain.

Le Droit fondamental, pour chacun de nous, est la prétention légitime que nous avons à nous développer, à exercer nos facultés et à posséder les choses au moyen desquelles et sur lesquelles elles agissent.

Le Devoir fondamental, corrélatif au Droit, est l’emploi de nos facultés et de leurs excitants en vue, et dans le sens de la destinée.

Toute destinée est donnée par l’ensemble des facultés: d’après ce principe, celle de notre espèce est de fonder une société basée sur la Justice et la Bonté; de satisfaire à tous nos besoins par la création de la science, de l’industrie, de l’art; de nous harmoniser individuellement et collectivement, et d’harmoniser progressivement notre globe à mesure que nous mettons l’ordre en nous.

Le Droit, pour chacun de nous, comprend non seulement la vie matérielle, la liberté de nos mouvements, notre sécurité, mais le développement de notre Raison, de notre intelligence, de notre moralité, de notre amour, de nos facultés productrices, de notre autonomie.

Notre Devoir est d’employer toutes nos facultés à la réalisation de notre tâche particulière, tâche qui nous est dévolue par nos attractions, qui est précisée et dirigée par la Raison, rendue possible par l’éducation, et qui est accomplie par l’activité et la liberté.

Dans nos rapports avec nous-même, comme ensemble de facultés; Droit légitime de chacune d’elles à s’exercer; Devoir de toutes à se soumettre à l’approbation et au contrôle de la Raison, en chacun de nous principe d’Ordre.

Dans nos rapports avec la nature, Droit de possession concédé par nos besoins et par notre titre de pouvoir harmonisant du globe; Devoir envers les créatures sensibles qui sont en notre puissance.

Dans nos rapports avec nos semblables, Droit et Devoir réciproques; limitation de la liberté individuelle par la liberté individuelle, égale en autrui, ou formation de l’équilibre des droits semblables dans l’égalité. En conséquence, reconnaissance des principes suivants:

Tout être humain est, de Droit, libre et autonome, jusqu’à la limite de la liberté et de l’autonomie d’autrui;

Tout être humain a un droit égal aux éléments intellectuels acquis à la société, et aux institutions générales;

Tout être humain a Droit à la rémunération équitable du travail qui pourvoit à ses besoins;

Tout être humain majeur a la même dignité civile. Toutes les fonctions publiques lui sont accessibles sans autre formalité que le concours, ou le choix des co-associés.

Dans aucune de ses stipulations, l’être humain ne peut traiter de sa personne, de sa liberté. Ses engagements sont personnels.

Tout être humain étant égal aux autres devant le Droit naturel, civil et économique, est, en principe, égal aux autres devant 31 le Droit politique, créé pour sauvegarder les précédents, faire descendre dans les faits sociaux les progrès réalisés dans les idées, et empêcher que nul ne subisse la loi qu’il n’a pas contribué à formuler.

Tels sont, Mesdames, les principes du Droit moderne, proclamés du haut de ce nouveau Sinaï, la France, notre chère et glorieuse patrie, au milieu des éclairs et des tonnerres de notre Révolution.

Ah! Bénie soit elle cette Révolution qui a dit à l’esclave: Relève ton front, brise tes chaînes: car tu es un homme. Devant moi, génie de l’Humanité moderne, il n’y a pas de noirs, de blancs, de jaunes, de cuivrés; il n’y a pas d’Allemands, d’Anglais, de Français, d’Italiens, il y a des êtres humains, tous égaux devant le Droit, tous égaux devant moi, parce qu’ils sont tous égaux devant la Raison.

Relevez-vous tous, hommes courbés sous le sceptre, sous la houlette, sous le fouet ou sous le bâton, car vous n’avez pas de maîtres; les aînés d’entre vous ne sont que vos instituteurs, et votre éducation aura son terme.

Relevez-vous tous, hommes frères: écoutez ma voix qui vous crie: l’être humain ne peut être heureux et vertueux, ne peut être digne et utile, ne peut être une créature humaine, enfin, que par la liberté individuelle dans l’égalité collective.

Et on l’a stupidement maudite cette voix sainte qui venait substituer la justice à la force, rappeler l’humanité au sentiment de sa dignité, la remettre dans la voie de ses sublimes destinées!

On l’a stupidement maudite, cette voix consolante qui promettait le bonheur par le travail et la liberté; qui électrisait 32 d’un pôle à l’autre tout ce qui souffrait, tout ce qui pleurait, tout cet immense troupeau d’hommes et de femmes mis au rang des brutes par les passions odieusement égoïstes et perverses d’une poignée de privilégiés!

Révolution sainte, qu’ils te jettent leurs derniers anathèmes, les disciples du principe qui se meurt! Tu as crié: Délivrance universelle! Ils s’obstinent à barrer la route du Progrès; mais l’humanité leur passera sur le corps pour obéir à son génie: Car la Femme commence à comprendre.

IX

And now, readers, let us summarize this chapter.

The notions of Right and Duty, which are inseparable, can only be conceived by the human being.

The fundamental Right, for each of us, is the legitimate pretention that we have to develop ourselves, to exercise our faculties and to posses the things by means of which and on which they act.

The fundamental Duty, correlative to Right, is the use of our faculties and their stimulants in view of and in the direction of destiny.

Every destiny is given by the ensemble of the faculties: according to this principle, that of our species is to found a society based on Justice and Goodness; to satisfy all our needs by the creation of science, industry, and art; to harmonize ourselves individually and collectively, and progressively harmonize our globe as we establish order among ourselves.

The Right, for each of us, includes not only material life, our freedom of movement, our security, but the development of our Reason, our intelligence, our morality, our lover, our productive faculties and our autonomy.

Our Duty is to use all our faculties for the realization of our particular task, a task allotted to us by our attractions, which is clarified and directed by Reason, made possible by education, and which is accomplished by activity and liberty.

In our relations with ourselves, as ensemble of faculties: legitimate Right of each of them to be exercised; Duty of all to submit to the approval and control of Reason, in each of us the principle of Order.

In our relations with nature, Right of possession conceded by our needs and by our title of harmonizing power of the globe; Duty towards the sensitive creatures that are in our power.

In our relations with our fellows, reciprocal Right and Duty; limitation of individual liberty by individual liberty, equal in the other, or formation of the balance of similar rights in equality. Consequently, recognition of the following principles:

Every human being is, by Right, free and autonomous, to the limit of the liberty and autonomy of others;

Every human being has an equal right to the intellectual elements acquired by society, and to the general institutions;

Every human being has a Right to the equitable remuneration of the labor that provides for its needs;

Every adult human being has the same civil dignity. All the public functions are accessible to them without any formality but the competition or the choice of the co-partners.

In none of its stipulations, can the human being negotiate its person, its liberty. Its commitments are individual.

Every human being, being equal to the others in natural, civil and economic Right, is, in principle, equal to the others in political Right, created to safeguard those others, to make descend into the social facts the progress realized in ideas, and to ensure that no one is subject to the law who has not contributed to making it.

Such are, Ladies, the principles of modern Right, proclaimed from the heights of this new Sinai, France, our dear and glorious homeland, in the midst of the thunder and lightning of our Revolution.

Ah! Blessed be that Revolution that has said to the slave: Raise your head and break your chains: for you are a man. Before me, the genius of modern Humanity, there is no black, white, yellow, or copper; there are no Germans, English, French or Italians. There are human beings, all equal before Right, all equal before me, because they are all equal before Reason.

Rise up, men bent under the scepter, under the staff, under the lash or the baton, for you have no masters; the eldest among you are only your teachers, and your education will have its end.

Rise all of you, brothers and men: listen to my voice, which cries out to you: the human being can be happy or virtuous, can be worthy or useful, can be a human creature, finally, only through individual liberty in collective equality.

And we have stupidly cursed that holy voice that came to substitute justice for force, to recall humanity to the sense of its dignity, to set it once more on the path of its sublime destinies!

We have stupidly cursed that consoling voice that promised happiness through labor and liberty; that electrified from one pole to the other all those who suffered, all those who cried, that whole immense herd of men and women put in the ranks of the brutes by the odiously selfish and perverse passions of a handful of the privileged!

Holy Revolution, let them cast their last anathemas at you, the disciples of the principle that dies! You have cried out: Universal deliverance! They persist in barring the route of Progress; but humanity will pass over their bodies to obey its own genius: For Woman begins to understand.

CHAPITRE II

OBJECTIONS CONTRE L’ÉMANCIPATION DES FEMMES.

I

De quels arguments se servent les adversaires de l’Émancipation des femmes, pour nier l’égalité des sexes devant le Droit?

Les uns, théosophes de vieille roche, prétendent que la moitié de l’humanité est condamnée par Dieu même à se soumettre à l’autre parce que, disent-ils, la première femme a péché.

Ne voulant point sortir du terrain solide de la Justice, de la Raison et des faits prouvés, nous ne discuterons point avec cette classe d’adversaires.

Les autres, qui prétendent relever de l’esprit moderne, et affichent plus ou moins la prétention d’être disciples des doctrines de liberté, condamnent la femme à l’infériorité et à l’obéissance parce que, disent-ils, elle est plus faible physiquement, et intellectuellement que l’homme;

34 Parce qu’elle remplit des fonctions d’un ordre inférieur;

Parce qu’elle produit moins que l’homme au point de vue industriel;

Parce que son tempérament particulier l’empêche de remplir certaines fonctions;

Parce qu’elle n’est propre qu’à la vie d’intérieur; que sa vocation est d’être mère et ménagère, de se consacrer entièrement à son mari et à ses enfants;

Parce que l’homme la protège et la nourrit;

Parce que l’homme est son mandataire, et exerce le droit pour elle et pour lui;

Parce que la femme n’a pas plus le temps que la capacité d’exercer certains droits.

Les droits de la femme sont dans sa beauté et notre amour, ajoutent quelques-uns, faisant la bouche en cœur.

La femme ne réclame pas; beaucoup de femmes mêmes sont scandalisées de la revendication faite par quelques-unes, continuent d’autres mâles.

Et l’on ne ménage ni les railleries, ni les calomnies, ni les injures aux femmes courageuses qui plaident la cause du Droit, et aux hommes qui les soutiennent, espérant, par là, intimider les premières et dégoûter les seconds.

Vain espoir; les temps ne sont plus où l’on pouvait nous intimider. S’il est permis de redouter l’opinion de ceux qu’on croit plus justes et plus intelligents que soi, ce serait folie que de se troubler devant ceux auxquels on se sent en mesure de démontrer leur irrationalité et leur injustice.

35 Cette double démonstration, nous allons essayer de la faire, en reprenant un à un les arguments de ces Messieurs.

1o La femme ne peut avoir les mêmes droits que l’homme, parce qu’elle lui est inférieure en facultés intellectuelles, dites-vous, Messieurs. De cette proposition, nous sommes en droit d’induire que vous considérez les facultés humaines comme base du Droit;

Que la loi, proclamant l’égalité de Droit pour votre sexe, vous êtes tous égaux en qualités, tous aussi forts, aussi intelligents les uns que les autres.

Qu’enfin, pas une femme n’est aussi forte, aussi intelligente que vous; je ne puis dire: que le moindre d’entre vous, puisque, si le droit est fondé sur les qualités, comme il est égal, il faut que vos qualités soient égales.

Or, Messieurs que deviennent ces prétentions en présence des faits, qui vous montrent tous inégaux en force et en intelligence? Que deviennent ces prétentions en présence des faits, qui nous montrent une foule de femmes plus fortes que beaucoup d’hommes; une foule de femmes plus intelligentes que la grande masse des hommes?

Étant inégaux de force et d’intelligence, et cependant déclarés égaux en Droit, il est donc évident que vous n’avez pas fondé le Droit sur les qualités.

Et si vous n’avez pas tenu compte de ces qualités quand il s’est agi de votre Droit, pourquoi donc en parlez vous si haut quand il est question de celui de la femme?

Si les facultés étaient la base du Droit, Messieurs, comme les qualités sont inégales, le droit serait inégal; et, pour être juste, 36 il faudrait accorder le Droit à ceux qui justifient des facultés nécessaires et en exclure les autres: à ce compte beaucoup de femmes seraient appelées et une infinité d’hommes exclus. Voyez où l’on va quand on n’a pas l’énergie intellectuelle de se rendre compte des principes! Vous n’avez qu’un moyen de nous évincer de l’égalité, c’est de prouver que nous n’appartenons pas à la même espèce que vous.

2o La femme, ajoutez-vous, ne peut avoir les mêmes droits que l’homme parce que, mère et ménagère, elle ne remplit que des fonctions d’un ordre inférieur.

De cette seconde proposition, nous sommes en droit d’induire que les fonctions sont la base du Droit;

Que vos fonctions sont équivalentes, puisque le droit est égal;

Que les fonctions de la femme ne sont pas équivalentes à celles de l’homme.

Vous avez donc à prouver, Messieurs, que les fonctions individuellement remplies par chacun de vous s’équivalent; que, par exemple, Cuvier, Geoffroy St-Hilaire, Arago, Fulton, Jacquard, un certain nombre d’inventeurs et de savants n’ont pas plus fait, ne font pas plus pour l’humanité et la Civilisation qu’un nombre égal de fabricants de têtes d’épingles.

Vous avez à prouver ensuite que les travaux de la maternité, ceux du ménage auxquels le travailleur doit sa vie, sa santé, sa force, la possibilité d’accomplir sa tâche; que ces fonctions sans lesquelles il n’y aurait pas d’humanité, ne sont pas équivalentes, c’est à dire aussi utiles au corps social que celles du fabricant de bijoux ou de jouets d’enfants.

37 Vous avez à prouver enfin que les fonctions d’institutrice, de négociante, de teneuse de livres, de commise, de couturière, de modiste, de cuisinière, de femme de chambre, etc., n’équivalent pas à celles d’instituteur, de négociant, de comptable, de commis, de tailleur, de chapelier, de cuisinier, de valet de chambre, etc.;

Je conviens qu’il est fâcheux pour votre triomphante argumentation, de se casser le nez contre les milliers de faits qui nous montrent la femme réelle remplissant, en concurrence avec vous, des fonctions très nombreuses; mais enfin les choses sont ainsi, et il faut bien en tenir compte.

Messieurs, je vous accroche aux cornes de ce dilemme: si les fonctions sont la base du Droit, comme le Droit est égal, les fonctions sont équivalentes, et alors la femme n’en remplit point d’inférieures, puisqu’il n’y en a point. Celles qu’elle remplit sont alors équivalentes aux vôtres et, par cette équivalence, elle rentre dans l’égalité.

Ou bien les fonctions ne sont pas la base du Droit; vous n’en avez pas tenu compte lorsqu’il s’est agi d’établir votre Droit: alors pourquoi parlez-vous des fonctions quand il est question du Droit de la femme?

Tirez-vous de là comme vous pourrez: ce n’est pas moi qui vous décrocherai.

CHAPTER II

OBJECTIONS TO THE EMANCIPATION OF WOMEN.

I.

What arguments do the adversaries of the emancipation of women use to refute the equality of the sexes before Right?

Some, theosophists of the old school, claim that one half of humanity is condemned by God himself to submit to the other half, because, they say, the first woman sinned.

Not wishing to depart from the solid terrain of Justice, Reason and proved facts, we will not argue with this class of adversaries.

Others, who claim to be imbued with the modern spirit, and pretend to be disciples of the doctrines of liberty, condemn woman to inferiority and obedience because, they say, she is weaker physically and intellectually than man;

Because she performs functions of an inferior order;

Because she produces less than man from an industrial point of view;

Because her peculiar temperament prevents her from performing certain functions;

Because she is only fit for indoor life; because her vocation is to be mother and housewife, to devote herself entirely to her husband and children;

Because man protects and supports her;

Because man is her proxy, and exercises rights both for her and himself;

Because woman has no more time than capacity to exercise certain rights.

The rights of woman are in her beauty and our love, some add, gallantly.

Woman does not claim her rights; many women themselves are scandalized by the demands made by a few of their sex, continue other men.

And they spare the courageous women who plead the cause of right, and the men who sustain them, neither calumnies, nor mockery, nor insult, hoping to intimidate the former and disgust the latter.

Vain hope! The times in which we could be intimidated have passed. If it is justifiable to fear the opinion of those whom we deem fairer and more intelligent than ourselves, it would be folly to be disturbed by those whose irrationality and injustice we feel able to demonstrate.

This double demonstration we are about to attempt, taking up one by one the arguments of these gentlemen.

1. Woman cannot have the same rights as man, because she is inferior to him in intellectual faculties, you say. From this proposition, we have a right to conclude that you consider the human faculties as the basis of right;

That, the law proclaiming equality of right for your sex, you are all equal in qualities, all alike strong and alike intelligent.

That, lastly, no woman is as strong and as intelligent as you; I cannot say, as the least among you, since, if right is founded on qualities, as it is equal, your qualities must be equal.

Now gentlemen, what becomes of these pretensions in the presence of facts that show you all unequal in strength and in intellect? What becomes of these pretensions in the presence of facts that show us a host of women stronger than many men; a host of women more intelligent than the great mass of men?

Being unequal in strength and in intellect, and notwithstanding declared equal in right, it is evident therefore that you have not founded right on qualities.

And if you have not taken these qualities into account when your right has been in question, why then do you talk so loudly of them when the question is that of the right of woman.

If the faculties were the basis of right, as the faculties are unequal, the right would be unequal; and, to be just, it would be necessary to accord right to those who made good their claims to the necessary faculties and to exclude the rest; by this standard many women would be chosen and an infinite number of men excluded. See where we end when we have not the intellectual energy to take principles into consideration! You have but one means of evicting us from equality; namely, to prove that we do not belong to the same species as you.

2. Woman, you add, cannot have the same rights as man because, as mother and housewife, she performs only functions of an inferior order.

From this second proposition, we have a right to conclude that functions are the basis of right;

That your functions are equivalent, since your right is equal!

That the functions of woman are not equivalent to those of man.

You have to prove then, gentlemen, that the functions individually performed by each of you are equivalent; that, for example, Cuvier, Geoffroy St. Hilaire, Arago, Fulton, Jacquard, and other inventors and scholars have not done more, are not doing more for humanity and civilization than an equal number of manufacturers of pins’ heads.

You have to prove next that the labors of maternity, those of the household to which the workman owes his life, his health, his strength, the possibility of accomplishing his task — that these functions without which there would be no humanity, are not equivalent; that is, as useful to the social body as those of the manufacturer of jewels or of toys.

You have to prove lastly that the functions of the female teacher, merchant, book keeper, clerk, dressmaker, milliner, cook, waiting-maid, etc., are not equivalent to those of the male teacher, merchant, accountant, clerk, cook, tailor, hatter, footman, etc.;

I grant that it is embarrassing to your triumphant argument to encounter the thousands of facts that show us the real woman performing numerous functions in competition with you;

So it is, and these facts must be taken into account. But gentlemen, I have you in a dilemma! If functions are the basis of right, as right is equal, functions are equivalent; in which case those performed by woman are not inferior, since none are so. The functions that she performs are therefore equivalent to yours, and, by this equivalence, she again becomes equal.

Or else functions are not the basis of right; did you not take them into account when the establishment of your right was in question; why then do you speak of functions when the question is the right of woman?

Extricate yourself from this as you can; I shall not help you.

II

3o La femme produit moins que l’homme industriellement, dites-vous. Admettons que cela soit vrai; comptez-vous pour 38 rien la grande fonction maternelle? Les risques que court la femme en l’accomplissant?

Comptez-vous pour rien les travaux du ménage, les soins qui vous sont prodigués et auxquels vous devez propreté et santé?

Si la quantité du produit est l’origine de l’égalité de Droit, pourquoi ceux qui ne produisent que peu de chose, ceux qui ne produisent rien, et vous tous qui produisez inégalement avez-vous un Droit égal?

Pourquoi tant de femmes qui produisent, tandis que leurs maris ou leurs fils s’amusent et dissipent, n’ont elles pas des droits et ces derniers en ont-ils?

Vous ne faites pas entrer la question du produit dans celle du Droit quand il s’agit de l’homme, pourquoi donc l’y faites-vous entrer quand il s’agit de la femme?

Vous le voyez, Messieurs, toujours irréfléchis, irrationnels, injustes.

4o La femme ne peut être l’égale de l’homme, parce que son tempérament particulier lui interdit certaines fonctions.

Bien, Messieurs; alors un législateur pourrait, sans déraison, décréter que tous les hommes qui, par tempérament, sont impropres au métier des armes, par exemple, sont hors de l’égalité de Droit?

Le tempérament, source de Droit!

Si une femme avait écrit pareille sottise, elle serait tympanisée d’un bout du monde à l’autre.

Pourquoi, Messieurs, n’excluez-vous pas de l’égalité tous les hommes faibles, tous ceux qui sont incapables de remplir les fonctions que vous préjugez la femme incapable de remplir?

39 Lorsqu’il s’agit de vous, vous admettez bien que le droit de remplir toute fonction ne suppose ni la faculté ni la volonté d’en user; pourquoi ne raisonnez-vous pas de même lorsqu’il est question de nous? Que penseriez-vous des femmes si, ayant vos droits et vous le servage, elles vous tenaient dans une position inférieure sous le prétexte que vous ne pouvez pas accomplir la grande fonction de la gestation et de l’allaitement?

L’homme, diraient-elles, ne pouvant être mère et nourrice, n’aura pas le droit d’être instruit comme nous, d’avoir comme nous une dignité civile. Son tempérament grossier le rend incapable d’être témoin dans un acte de naissance et de mort; il est évident que sa maladresse l’exclut juridiquement des fonctions diplomatiques; donc nous ne pouvons lui reconnaître le Droit de les briguer, etc.

Eh! bien, Messieurs, vous raisonnez de la même manière, en excluant la femme de l’égalité sous le prétexte, qu’en général, elle est d’un tempérament moins fort que le vôtre: c’est à dire que vous raisonnez d’une manière absurde.

5o La femme ne peut être l’égale de l’homme en Droit parce qu’il la protège et la nourrit.

Si c’est parce que vous nous protégez et nous nourrissez, que nous ne devons pas avoir notre Droit, Messieurs, rendez donc leur Droit aux filles majeures et aux veuves que vous ne nourrissez ni ne protégez.

Rendez donc leur Droit aux épouses qui n’ont nul besoin de votre protection, puisque la loi les protège, même contre vous; aux épouses que vous ne nourrissez pas, puisqu’elles vous apportent soit une dot soit une profession, soit des services 40 que vous seriez obligés de rétribuer, si tout autre vous les rendait.

Et si, être nourri par quelqu’un suffit pour se voir enlever son Droit, ôtez le donc à cette foule d’hommes nourris par les revenus ou le travail de leurs femmes.

6o L’homme, pour l’exercice de certains droits, est le mandataire de la femme.

Messieurs, un mandataire est librement choisi et ne s’impose pas: je ne vous accepte pas pour mandataires: je suis assez intelligente pour faire mes affaires moi-même, et je vous prie de me rendre, ainsi qu’à toutes les femmes qui pensent comme moi, un mandat dont vous abusez indignement. Si les femmes mariées, pour avoir la paix, veulent bien vous continuer leur mandat, c’est leur affaire; mais aucun de vous ne peut légitimement conserver celui des veuves et des filles majeures.

7o La femme n’a pas besoin des mêmes droits que l’homme, parce qu’elle n’a pas plus le temps que la capacité de les exercer.

La femme a-t-elle moins de temps et de capacité que vos ouvriers cloués douze heures par jour sur leurs travaux morcelés et abrutissants? Affirmez donc, si vous l’osez!

Faut-il moins de temps et de capacité pour déposer dans un procès criminel, comme le fait la femme, que pour être témoin d’un acte civil ou d’un contrat notarié, droit que la femme n’a pas?

Faut-il moins de temps et de capacité pour être tutrice de ses fils et administrer leur fortune, comme le fait la femme, que pour être tutrice d’un étranger et d’un neveu et administrer la leur, droit que la femme n’a pas?

Faut-il moins de temps et de capacité pour diriger une fabrique, une maison de commerce, des ouvriers, comme le font tant de femmes, que pour être à la tête d’un bureau, d’une administration publique et en diriger les employés, droit que la femme n’a pas?

Faut-il moins de temps et de capacité pour se livrer à l’enseignement dans une pension nombreuse, comme le font tant de femmes, que dans une chaire de faculté, comme l’homme seul en a le droit?

La femme prouve, par ses œuvres, que la capacité et le temps ne lui manquent pas plus qu’à vous. Les faits étranglent des affirmations dont vous devriez rougir. Fi! Je ne voudrais pas être homme, de peur de dire de semblables choses, et d’être conduit à prétendre qu’une institutrice, une femme de lettres, une artiste, une habile négociante, n’ont pas la capacité d’un portefaix ou d’un chiffonnier, parce qu’elles n’ont pas de barbe au menton.

8o Les Droits de la femme sont dans sa beauté et dans l’amour de l’homme.

Des droits basés sur la beauté, et sur cette chose fragile qu’on appelle un amour d’homme! Qu’est-ce que cela, je vous prie, Messieurs?

Alors la femme aura des Droits si elle est belle et autant qu’elle le sera; si elle est aimée et autant qu’elle le sera? Vieille, laide, délaissée, il faudra la mettre dans la hotte du relève-chiffons pour la transporter aux gémonies?

Si une femme disait de telles choses, quel tolle universel!

Et les hommes prétendent qu’ils sont rationnels! Nous félicitons les femmes d’avoir trop de sens commun, pour l’être jamais de cette manière.

Après tous ces arguments qui ne soutiennent pas l’analyse, arrive enfin la triomphante objection: les femmes ne revendiquent pas leurs Droits: beaucoup d’entre elles sont même scandalisées des réclamations faites par quelques-unes au nom de toutes.

Les femmes ne réclament pas, Messieurs?

Que font donc, à l’heure qu’il est, une foule d’Américaines?

Que font donc déjà quelques femmes anglaises?

Qu’ont fait ici en 1848 Jeanne Deroin, Pauline Roland et plusieurs autres?

Que fais-je aujourd’hui, au nom d’une légion de femmes dont je suis l’interprète?

Toutes les femmes ne réclament pas, non; mais ne savez-vous pas que toute revendication de Droit se pose d’abord isolément?

Que les esclaves, habitués à leurs chaînes, ne les sentent que lorsque les initiateurs leur montrent les meurtrissures qu’elles ont empreintes dans leur chair?

Quelques-unes seulement réclament, dites-vous; mais est-ce donc d’après le principe ou le nombre, que l’on juge de la bonté d’une cause?

Avez-vous attendu que toute la population mâle revendiquât son droit au suffrage universel pour le décréter?

Avez-vous attendu la revendication de tous les esclaves de vos colonies pour les émanciper?

Oui, c’est vrai, Messieurs, beaucoup de femmes sont contre l’Émancipation de leur sexe. Qu’est-ce que cela prouve? Qu’il y a des créatures humaines assez abaissées pour avoir perdu tout sentiment de dignité; mais non pas que le Droit n’est pas le Droit.

Parmi les noirs, il y en a beaucoup qui haïssent, dénoncent, livrent au fouet et à la mort ceux d’entre eux qui méditent de briser leurs fers: qui a raison, qui a le sentiment de la dignité humaine, de ces derniers ou des autres?

Nous revendiquons notre place à vos côtés, Messieurs, parce que l’identité d’espèce nous donne le Droit de l’occuper.

Nous revendiquons notre Droit, parce que l’infériorité dans laquelle nous sommes tenues, est une des causes les plus actives de la dissolution des mœurs.

Nous revendiquons notre Droit, parce que nous sommes persuadées que la femme a son cachet propre à poser sur la Science, la Philosophie, la Justice et la Politique.

Nous revendiquons notre Droit, enfin, parce que nous sommes convaincues que les questions générales, dont le défaut de solution menace de ruine notre Civilisation moderne, ne peuvent être résolues qu’avec le concours de la femme, délivrée de ses fers et laissée libre dans son génie.

N’est-ce pas, Messieurs, que c’est une grande preuve de notre insanité, de notre impureté, que cet immense désir éprouvé par nous, d’arrêter la corruption des mœurs, de travailler au triomphe de la Justice, à l’avènement du règne du Devoir et de la Raison, à l’établissement d’un ordre de choses où l’humanité, plus digne et plus heureuse, poursuivra ses glorieuses destinées sans accompagnement de canon, sans effusion de sang versé?

N’est-ce pas que les femmes de l’Émancipation sont des 44 impures que le péché a rendues folles, des êtres incapables de comprendre la justice et les œuvres de conscience?

 

II.

3. Woman produces less than man industrially, you say. Admitting this to be true, do you count as nothing the great maternal function? The risks that woman runs in accomplishing it?

Do you count as nothing the labors of the household, the cares that are lavished upon you, and to which you owe cleanliness and health?

If the quantity of the product be the origin of the equality of right, why have those who produce little, those who produce nothing, and all of you who produce unequally, equal right?

Why are all those women who produce, while their husbands and sons enjoy and dissipate, destitute of the rights that the latter possess?

You do not admit the question of product into that of right when man is in question, why then do you admit it when woman is in question?

You see that this is inconsiderate, irrational, unjust.

4. Woman cannot be the equal of man, because her peculiar temperament forbids to her certain functions.

Well, then a legislator can, without being unreasonable, decree that all men who are unfitted by temperament for the profession of arms, for instance, are excluded from equality of right!

Temperament, the source of right?

If a woman had written anything so absurd, she would have been disparaged from one end of the world to the other.

Why, gentlemen, do you not exclude from equality all men who are weak, all those who are incapable of performing the functions that you prejudge woman incapable of performing?

When you are in question, you admit indeed that the right to perform every function supposes neither the faculty nor the inclination to make use of it; why do you not reason in the same manner when the question concerns us? What would you think of women if, having your rights while you were in subjection, they should keep you in an inferior position because you could not accomplish the great functions of gestation and lactation.

Man, they would say, being unable to be mother and nurse, shall not have the right of being instructed like us; of having, like us, civil dignity. His coarser temperament renders him incapable of being a witness to a certificate of birth or death; it is evident that his clumsiness excludes him judicially from diplomatic functions; we cannot therefore recognize his right to solicit them, etc.

Ah! Gentlemen, you reason in the same manner in excluding woman from equality under the pretext that, in general, she is of a temperament weaker than your own; that is, you reason absurdly.

5. Woman cannot be the equal of man in right because he protects and maintains her.

If it is because you protect and maintain us, that we ought not to have our right, restore it then to unmarried women who are of age, and to widows whom you neither protect nor maintain.

Restore their right then to the wives who have no need of your protection, since the law protects them, even against you; to the wives whom you do not maintain, since they bring you either a dowry, or a profession, or services that you would be obliged to recompense if any other rendered them to you.

And if to be maintained by another, suffices to deprive an individual of their right, take it away from the host of men who are maintained by the incomes or the labor of their wives.

6. Man, in the exercise of certain rights, is the proxy of woman.

Gentleman, a proxy is chosen freely, and is not imposed on an individual; I do not accept you as proxies: I am intelligent enough to transact my business myself, and I pray you to restore to me, as well as to all the women who think as I do, an authority which you use unworthily. If married women, to have peace, are willing to maintain you as their authority, it is their business; but none of you can legitimately retain that of widows and unmarried women who have attained majority.

7. Woman has not the same rights as man, because she has no more time than capacity to exercise them.

Has woman less time and capacity than your working men, pinned twelve hours a day to their petty and stultifying tasks? Affirm it if you dare!

Does it need less time and capacity to make a deposition in a criminal suit, as woman does, than to witness a civil act or a notarial contract, a right that woman has not.

Does it need less time and capacity to be the guardian of sons and to administer their fortune, as woman does, than to be the guardian of a stranger or of a nephew, and administer their property, a right that woman has not.

Does it need less time and capacity to superintend a manufactory, a commercial establishment, workmen, as do so many women, than to be at the head of an office, or of a public administration, and to superintend its officials, a right that woman has not?

Does it need less time and capacity to devote one’s self to instruction in a large boarding school, as do so many women, than in the chair of a professorship, as man alone has the right to do?

Woman proves, by her works, that she lacks capacity and time no more than you. Facts stifle affirmations for which you should blush. Fie! I am glad that I am not a man, lest I might say like things and be led to pretend that an instructress, a literary woman, a woman artist, an experienced female merchant has not the capacity of a porter or a rag-picker because she has not a beard on her chin.

8. The rights of woman are in her beauty and in the love of man.

Rights, based on beauty, and on that fragile thing styled man’s love! What are these worth, I ask you, gentlemen?

Then woman shall have rights if she is beautiful, and as long as she shall continue so; if she is beloved, and as long as she shall continue so? Old, ugly and forsaken, she must be thrown into the car of the condemned to be transported to the guillotine?

If a woman should say such things, what a universal hue and cry would be raised?

Yet men pretend that they are rational! We congratulate woman on having too much common sense ever to be so in this manner.

After all these arguments, none of which will bear analysis, comes at last the triumphant objection: women do not claim their rights, many among them are even scandalized by the demand made by a few in the name of all. Do not women demand them, gentlemen?

What are a host of American women doing at the present time?

What have a number of English women done already?

What did Jean Deroin, Pauline Roland and many others, do here in 1848?

What am I doing to-day, in the name of a legion of women of whom I am the interpreter?

All women do not make reclamations, no; but do you not know that every demand of right is made at first singly?

That slaves accustomed to their chains, do not feel them until their instigators to revolt show them the bruises on their flesh?

A few only demand their rights, you say; but is it in accordance with principle or with numbers that you judge of the justice of a cause?

Did you wait until all the male population demanded their right of universal suffrage in order to decree it to them?

Did you wait for the demands of all the slaves of your colonies before emancipating them?

Yes, it is true, gentlemen, that many women are opposed to the emancipation of their sex. What does this prove? That there are human beings abased enough to have lost all sentiment of dignity; but not that right is not right.

Among the blacks, there are many who hate, denounce, and deliver up to the scourge and to death those among them who are meditating how to break their chains; which is right, which has the sentiment of human dignity, the latter or the former?

We demand our place at your side, gentlemen, because identity of species gives us the right to occupy it.

We demand our right, because the inferiority in which we are kept is one of the most active causes of the decay of morals.

We demand our right, because we are persuaded that woman has to set her stamp on Science, Philosophy, Justice and Politics.

We demand our right, lastly, because we are convinced that the general questions, the lack of solution of which threatens our modern civilization with ruin, can only be resolved by the cooperation of woman delivered from her fetters and left free in her genius.

Is it not a great proof of our insanity, our impurity, gentlemen, that we feel this ardent desire to check the corruption of morals, and to labor for the triumph of Justice, the coming of the reign of Duty and Reason, the establishment of an order of things in which humanity, worthier and happier, shall pursue its glorious destinies without the accompaniment of cannon or the shedding of blood?

Is it not because the advocates of emancipation are impure women whom sin has rendered mad, beings incapable of comprehending Justice and conscientious works?

III

Concluons, Messieurs.

Lors même qu’il serait vrai, ce que je nie, que la femme vous soit inférieure; lors même qu’il serait vrai, ce que les faits démontrent faux, qu’elle ne peut remplir aucune des fonctions que vous remplissez, qu’elle n’est propre qu’à la maternité et au ménage, elle n’en serait pas moins votre égale devant le Droit, parce que le Droit ne se base ni sur la supériorité des facultés, ni sur celle des fonctions qui en ressortent, mais sur l’identité d’espèce.

Créature humaine comme vous, ayant comme vous une intelligence, une volonté, un libre-arbitre, des aptitudes diverses, la femme a le Droit, comme vous, d’être libre, autonome, de développer librement ses facultés, d’exercer librement son activité: lui tracer sa route, la réduire en servage, comme vous le faites, est donc une violation du Droit humain dans la personne de la femme: c’est un odieux abus de la force.

Au point de vue des faits, cette violation de Droit revêt la forme d’une déplorable inconséquence: car il se trouve que beaucoup de femmes sont très supérieures à la plupart des hommes; d’où il résulte que le Droit est accordé à ceux qui ne devraient pas l’avoir, d’après votre doctrine, et refusé à celles qui, d’après la même doctrine, devraient le posséder, puisqu’elles justifient des qualités requises.

Il se trouve que vous reconnaissez le Droit aux qualités et fonctions, parce qu’on est homme, et que vous cessez de le reconnaître dans le même cas, parce qu’on est femme.

Et vous vantez votre haute Raison, et vous vous vantez de posséder le sens de la Justice!

Prenez garde, Messieurs! Nos droits ont le même fondement que les vôtres; en niant les premiers, vous niez en principe les derniers.

Encore un mot à vous, prétendus disciples des doctrines de 89, et nous aurons fini.

Savez-vous pourquoi tant de femmes prirent parti pour notre grande Révolution, armèrent les hommes et bercèrent leurs enfants au chant de la Marseillaise? C’est parce que, sous la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, elles croyaient voir la Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne.

Quand l’Assemblée se fut chargée de les détromper, en manquant de logique à leur égard, en fermant leurs réunions, elles abandonnèrent la Révolution, et vous savez ce qui advint.

Savez-vous pourquoi, en 1848, tant de femmes, surtout parmi le peuple, se déclarèrent pour la Révolution? C’est qu’elles espérèrent que l’on serait plus conséquent à leur égard que par le passé.

Lorsque, dans leur sot orgueil et leur inintelligence, les représentants, non seulement leur interdirent de se réunir, mais les chassèrent des assemblées d’hommes, les femmes abandonnèrent la Révolution, en détachèrent leurs maris et leurs fils, et vous savez encore ce qui advint.

Comprenez-vous enfin, Messieurs les inconséquents?

Je vous le dis en vérité, toutes vos luttes sont vaines, si la femme ne marche pas avec vous.

Un ordre de choses peut s’établir par un coup de main; mais il ne se maintient que par l’adhésion des majorités; et ces majorités, Messieurs, c’est nous, femmes, qui les formons par l’influence que nous avons sur les hommes, par l’éducation que nous leur donnons avec notre lait.

Nous pouvons leur inspirer, dès le berceau, amour, haine ou indifférence pour certains principes: c’est là qu’est notre force; et vous êtes des aveugles de ne pas comprendre que si la femme est d’un côté, l’homme de l’autre, l’humanité est condamnée à faire l’œuvre de Pénélope.

Messieurs, la femme est mûre pour la liberté civile, et nous vous déclarons que nous considérerons désormais comme ennemi du Progrès et de la Révolution quiconque s’élèvera contre notre légitime revendication; tandis que nous rangerons parmi les amis du Progrès et de la Révolution ceux qui se prononceront pour notre émancipation civile, FUT-CE VOS ADVERSAIRES.

Si vous refusez d’écouter nos légitimes réclamations, nous vous accuserons devant la postérité du crime que vous reprochez aux possesseurs d’esclaves.

Nous vous accuserons devant la postérité d’avoir nié les facultés de la femme, parce que vous avez eu peur de sa concurrence.

Nous vous accuserons devant la postérité de lui avoir refusé justice, afin d’en faire votre servante et votre jouet.

47 Nous vous accuserons devant la postérité d’être les ennemis du Droit et du Progrès.

Et notre accusation demeurera debout et vivante devant les générations futures qui, plus éclairées, plus justes, plus morales que vous, détourneront avec dédain, avec mépris, les yeux de la tombe de leurs pères.

III

Gentlemen, let us conclude.

Even if it were true, which I deny, that woman is inferior to you; even if it were true what facts prove false, that she can perform none of the functions that you perform, that she is fit only for maternity and the household, she would be nonetheless your equal in right, because right is based neither on the superiority of faculties nor on that of the functions that proceed from them, but on identity of species.

A human being, like you, having, like you, intellect, will, free will and various aptitudes, woman has the right, like you, to be free and autonomous, to develop her faculties freely, to exercise her activity freely; to mark out her path, to reduce her to subjection, as you do, is therefore a violation of Human Right in the person of woman — an odious abuse of force.

From the point of view of facts, this violation of right takes the form of deplorable inconsistency, for we find many women far superior to the majority of men; from which it follows that right is granted to those who ought not to have it, according to your doctrine, and refused to those who ought to possess it, according to the same doctrine, since they make good their claim to the requisite qualities.

We find that you recognize Right in qualities and functions, because the individual is a man, and that you cease to recognize it in the same case, because the individual is a woman.

Yet you boast of your lofty Reason, and you boast of possessing the sense of justice!

Take care, gentlemen! Our rights have the same foundation as yours: by denying the former, you deny the latter in principle.

One word more to you, pretended disciples of the doctrines of 89, and we are done. Do you know why so many women took part with our Revolution, armed the men, and rocked their children to the song of the Marseillaise! It was because they thought they saw under the Declaration of the Rights of the Man and Citizen, the Declaration of the Rights of Woman and Female Citizen.

When the Assembly took it upon itself to undeceive them, by lacking logic with respect to them, and closing their meetings, they abandoned the Revolution, and you know what ensued.

Do you know why, in 1848, so many women, especially among the people, declared themselves for the Revolution? It was because they hoped that this Revolution would be more consistent with respect to them than the former had been.

When, in their senseless arrogance and lack of intelligence, the representatives not only forbade them to assemble, but drove them from the assemblies of men, the women abandoned the Revolution by detaching their husbands and sons from it, and you know what ensued.

Do you understand at last, inconsistent gentlemen?

I will tell you truly; all your struggles are in vain, if woman does not go with you.

An order of things may be established by a coup de main, but it is only maintained by the adhesion of majorities; and these majorities, gentlemen, are formed by us women, through the influence that we possess over men, through the education that we give them with our milk.

We have it in our power to inspire them from their cradles with love, hatred or indifference for certain principles; in this is our strength; and you are blind not to comprehend that if man is on one side and woman on the other, humanity is condemned to weave Penelope’s web.

Gentlemen, woman is ripe for civil liberty, and we declare to you that we shall henceforth regard whoever shall rise against our lawful claim as an enemy of progress and of the Revolution; while we shall rank among the friends of progress and of the Revolution, those who declare themselves in favor of our civil emancipation, SHOULD THEY BE YOUR ADVERSARIES?

If you refuse to listen to our lawful demands, we shall accuse you before posterity of the crime with which you reproach the holders of slaves.

We shall accuse you before posterity of having denied the faculties of woman, because you feared her competition.

We shall accuse you before posterity of having refused her justice, because you wished to make her your servant and plaything. We shall accuse you before posterity of being enemies of right and progress.

And our accusation will remain standing and living before future generations who, more enlightened, more just, more moral than you, will turn away their eyes with disdain and contempt from the tomb of their fathers.

CHAPITRE III.

ÉTAT DE LA FEMME FRANÇAISE DANS LES MŒURS ET LA LÉGISLATION.
DIALOGUE ENTRE UNE JEUNE FEMME ET L’AUTEUR.

I

L’AUTEUR. Que concluez-vous, Madame, des principes et des faits que nous avons établis dans les deux précédents chapitres?

LA JEUNE FEMME. Que la femme étant, comme l’homme, un être humain, un élément de destinée collective, un membre du corps social, la logique exige qu’elle soit considérée comme son égale devant le droit. Qu’en conséquence, elle doit trouver dans la loi et la pratique sociales le respect de son autonomie, les mêmes ressources que l’homme pour son développement intellectuel, l’emploi de son activité, la même protection pour sa dignité, sa moralité.

L’AUTEUR. Fort bien. Voyons donc comment se comportent, à l’égard de la femme, notre société et notre législation.

Nous avons de nombreux lycées, des écoles spéciales, des académies. Ce sont des institutions nationales: la femme y a donc 49 droit. Or, vous savez qu’elle ne peut s’y présenter; que le Collége de France même lui est interdit.

Je sais que, pour justifier ce déni de justice, on dit que la femme n’a pas besoin de haut enseignement pour remplir les fonctions qui lui sont dévolues par la nature; que n’ayant ni la vocation, ni le temps, il est inutile que les portes des écoles spéciales s’ouvrent devant elle, etc.

LA JEUNE FEMME. Nous, jeune génération de femmes, nous protestons contre ces allégations au nom de la justice, du sens commun et des faits.

Si la femme est évincée des établissements soutenus par le budget de l’État, qu’on l’exempte aussi de l’impôt. Je ne vois pas pourquoi nous contribuerions à payer les frais d’institutions dont nous ne profitons pas.

Si la femme n’a pas vocation, il est inutile de lui fermer les écoles, elle ne les fréquentera pas plus que les hommes qui n’y vont pas. Si la femme n’a pas le temps de les fréquenter, il est évident que l’interdiction est ridicule: on ne fait pas ce qu’on n’a pas le temps de faire.

Mais ces allégations sont-elles de bonne foi? Non certes; car dire que la femme, pour remplir ses modestes fonctions, n’a nul besoin d’être aussi instruite que l’homme, c’est supposer qu’elle se borne à celles-là; et l’on sait bien que cela n’est pas vrai. C’est oublier ensuite que, destinée à exercer sur l’homme époux et fils une influence qui les dirige et les transforme, il faut mettre la femme en état de rendre cette influence bonne et élevée.

En définitive, d’ailleurs, comme les hommes ne fondent pas leur droit de participer aux bienfaits de l’éducation nationale sur 50 leur vocation et sur leur temps, je ne vois pas que notre temps et notre vocation puissent être pour nous la base du même droit.

L’AUTEUR. Et cependant, Madame, la société prend son parti de ce déni de justice, et la masse des femmes se déclarent contre celles qui, d’une trempe vigoureuse, protestent contre cet état de choses.

LA JEUNE FEMME. Notre jeune génération est trop impatiente du joug, pour ne pas se ranger avec vous. Il n’y en a plus guère parmi nous qui s’imaginent, comme nos grand’-mères, que la femme est plus créée pour l’homme que lui pour elle;

Que la femme est inférieure à l’homme et doit lui obéir;

Que la femme ne doit pas recevoir la même éducation que l’homme;

Qu’une femme ne peut avoir de vocations identiques à celles de l’homme.

Nous commençons à trouver fort surprenant qu’un prosateur barbu, dont les œuvres n’ont pas franchi la frontière, un faiseur de tartines quotidiennes, puissent attacher la rosette à leur habit, tandis que G. Sand, dont le nom est universel, ne saurait être décorée;

Qu’un paysagiste puisse être récompensé de la croix qu’on ne songerait pas à donner à cette admirable femme, Rosa Bonheur, qui nous fait communier avec les animaux, et, par les yeux, nous rend meilleurs pour tout ce qui vit.

Si une femme obtient une distinction, c’est en qualité de garde-malade… parce que les hommes n’envient pas la fonction de sœur de charité.

CHAPTER III.

THE STATE OF FRENCH WOMEN IN CUSTOMS AND LEGISLATION.
DIALOGUE BETWEEN A YOUNG WOMAN AND THE AUTHOR.

I.

The Author. What do you conclude, Madame, from the principles and facts that we have established in the to preceding chapters?

The young woman. That woman being, like man, a human being, an element of collective destiny, a member of the social body, logic demands that she be considered as his equal in rights. That consequently, she must find in the law and social practices respect for her autonomy, the same resources as man for her intellectual development, the use of her activity, the same protection for her dignity, her morality.

The Author. Very well. So let us see how our society and our legislation behave with regard to woman.

We have numerous secondary schools, special schools, academies. These are national institutions: so woman has a right there. Now, you know that she cannot present herself there; that even the Collège de France is forbidden to her.

I know that, in order to justifier that denial of justice, they say that the woman has no need of higher education to fulfill the functions that are allotted to her by nature; that having neither the vocation, nor the time, it is useless for the doors of the special schools to open for her, etc.

The young woman. We, the young generation of women, we protest against these allegations in the name of justice, of common sense and facts.

If woman is excluded from the establishments supported by the state budget, let her also be exempt from tax. I do not see why we should help pay the expenses of institutions from which we do not profit.

If woman does not have a vocation, it is unnecessary to close the school to her; she will not frequent them any more than the men who do not go there. If woman does not have the time to attend, it is obvious that the ban is ridiculous: we do not do what we do not have the time to do.

But are these allegations in good faith? Certainly not; for to say that woman, in order to fulfill her modest functions, has no need to be as educated as man, it is assumed that she is limited to those; and we know well that this is not true. It is then to forget that, destined to exercise over human, husband and son, an influence that directs and transforms them, we must put the woman in a state to make that influence good and elevated.

Ultimately, moreover, as men do not base their right to participate in the benefits of national education on their vocation and their time, I do not see that our time and purpose can be the basis of the same right for us.

The Author. And yet, Madame, society takes the side of this denial of justice, and the mass of women report against those who, with a vigorous temper, protest against this state of affairs.

The young woman. Our young generation is too impatient of the yoke to not stand with you. There are no longer almost any among us who imagine, like our grandmothers, that woman is more created for man than he is for her;

That woman is inferior to man and must obey him;

That woman should not receive the same education as man;

That a woman cannot have vocations identical to those of a man.

We begin to find it very surprising that a bearded prose-writer, whose works have not crossed the border, a maker of daily tartines, could attach the rosette to their garment, while G. Sand, whose name is universal, could not be decorated;

That a landscaper could be rewarded with the cross that we would not think to give to that admirable woman, Rosa Bonheur, who made us commune with the animals, and, by the eyes, made us better for all that lives.

If a woman obtains a distinction, it is as a nurse… because men do not envy the function of the sister of charity.

II

EMPLOI DE L’ACTIVITÉ.

L’AUTEUR. Non seulement la femme ne trouve point accès dans les établissements d’instruction nationale, mais une foule de fonctions privées lui sont interdites; les hommes s’emparent de celles qui lui conviendraient le mieux, et souvent lui laissent celles qui conviendraient mieux aux hommes: c’est ainsi que des femmes portent des fardeaux, tandis que, selon la plaisante expression de Fourier, des hommes voiturent une tasse de café avec des bras velus.

Il y a plus: si des hommes et des femmes sont en concurrence de fonction, l’homme est mieux rétribué que la femme pour le même travail; et la société trouve cela tout simple et fort juste.

Fort juste de payer l’accoucheuse moins que l’accoucheur.

L’institutrice que l’instituteur,

La femme professeur que son concurrent mâle,

La comptable que le comptable,

La commise que le commis,

La cuisinière que le cuisinier, etc., etc.

Cette dépréciation du travail de la femme fait que, dans les professions qu’elle exerce, elle ne gagne, le plus souvent en s’exténuant, que de quoi mourir lentement de faim.

Pourquoi, je vous le demande, à égalité de fonction et de travail, rétribuer moins la femme que l’homme?

Pourquoi la rétribuer, comme on le fait, contre toute équité, dans les travaux qu’elle exécute seule?

LA JEUNE FEMME. Vous savez, Madame, que, pour justifier cela, on prétend que nous avons moins de besoins que l’homme; puis que l’équilibre se rétablit dans le ménage par le gain supérieur de ce dernier.

L’AUTEUR. Je connais ces prétextes inventés pour endormir la conscience; mais vous, femme de la génération nouvelle, les acceptez-vous?

La jeune femme. Non: car la femme, devant être l’égale de l’homme en tout, doit l’être dans le droit industriel comme dans les autres.

Il n’est pas vrai d’abord que nous ayons moins de besoins que l’homme: nous nous résignons mieux aux privations, voilà tout.

Il n’est pas vrai davantage que, d’une manière générale, l’équilibre dans le ménage se rétablisse: il faudrait pour cela que toute femme fût mariée: or, on se marie de moins en moins, il y a donc beaucoup de filles, beaucoup de veuves chargées d’enfants; une foule innombrable de femmes mariées à des hommes qui divisent leur gain entre deux ménages ou le dissipent au cabaret, au jeu, etc.

D’où il résulte qu’on rétribue moins une fille, une veuve, une femme abandonnée de son mari, parce que, dans le ménage, qui n’existe pas alors, l’équilibre se rétablit. Oh! suprême bon sens!

L’AUTEUR. Et comme la médiocrité de nos besoins et le magnifique équilibre dont on parle, n’existent que dans l’imagination, la femme réelle, trouvant que la faim et les privations sont des hôtes incommodes, se vend à l’homme et se hâte de vivre, parce qu’elle sait que, vieille, elle n’aurait pas de quoi manger. Et 53 l’équilibre se rétablit par la démoralisation des deux sexes, la désolation des familles, la ruine des fortunes, l’étiolement de la génération présente et future.

LA JEUNE FEMME. En vérité, Madame, quoique le moyen âge fût bien travaillé par des doctrines contraires à la dignité de la femme, les barons féodaux lui étaient moins opposés que les fils de leurs serfs émancipés: Si j’ai bonne mémoire, plusieurs femmes ont porté le bonnet de docteur dans ces temps anciens, et ont occupé, surtout en Italie, des chaires de Philosophie, de Droit, de Mathématique, et ont excité l’admiration et l’enthousiasme. Si j’ai bonne mémoire encore, plusieurs femmes ont été reçues docteur en médecine, et c’étaient la plupart du temps les châtelaines qui exerçaient autour d’elles l’art de guérir; beaucoup d’entre elles savaient préparer des baumes. Aujourd’hui l’une des fonctions, surtout, qu’on ne confie pas à notre sexe est l’exercice de la médecine. Il me semble cependant qu’une société faisant quelque cas de la pudeur, ne devrait pas hésiter à en confier l’exercice aux femmes qui ont aptitude. Que les hommes soient traités par les hommes, cela se conçoit; mais qu’une femme confie les secrets de son tempérament à un homme, que cet homme, cet étranger, pose ses yeux et sa main sur son corps, c’est une impudeur, c’est une honte!

L’AUTEUR. N’est-ce pas la faute des hommes qui persuadent aux femmes que leur sexe, n’ayant pas aptitude à la science, il n’y aurait pas sécurité pour elles à se mettre entre les mains d’un médecin de leur sexe? N’est-ce pas la faute des hommes qui exigent de leurs femmes qu’elles se fassent assister par un accoucheur au lieu d’une accoucheuse?

Ce qu’il y a de curieux, c’est que les honnêtes femmes hésitent moins à se laisser visiter et toucher par un médecin que celles dites non chastes… à moins que celles-ci ne chôment de consolateurs: Vous direz que ce souci n’est pas interdit aux femmes honnêtes… Inclinons-nous donc, Madame, devant l’honorable confiance et le charmant caractère de Messieurs les maris dont les femmes ont de fréquentes vapeurs, et des affections plus on moins utérines.

LA JEUNE FEMME. Un sentiment de M. E. Legouvé m’a frappée: c’est la confiance qu’il exprime en notre perspicacité et en notre délicatesse pour le traitement des affections nerveuses, si nous étions appelées à exercer la médecine.

L’AUTEUR. Il a l’intuition de la vérité; si l’homme, en général, comprend mieux le muscle et l’os, nous comprenons mieux le nerf et la vie. La femme médecin a généralement un élément de diagnostic qui manque à l’homme: c’est une disposition à sentir l’état de son malade: voilà pourquoi les névroses ne seront prévenues et réellement guéries, que lorsque les femmes s’en mêleront scientifiquement. Ajoutons que ce sera seulement alors que les enfants seront convenablement traités dans leurs maladies, parce que la femme a l’intuition de l’état de l’enfant; elle l’aime, se met en communion avec lui; devant être mère, elle est organisée pour être avec l’enfant dans un rapport bien autrement intime que l’homme.

LA JEUNE FEMME. A priori, ce que vous dites là me semble vrai.

L’AUTEUR. De même, Madame, que l’on ne peut pratiquer la Justice qu’en sentant les autres en soi, l’on ne peut, croyez-le, pratiquer avec succès la Médecine, qu’en sentant ceux que l’on traite: la science n’est rien sans cette communion: il faut aimer ses semblables pour pouvoir les guérir, parce que les ressources thérapeutiques varient selon l’état individuel des sujets. Donc, de même que l’amour seul ne peut suffire, la science seule ne suffit pas, puisqu’il faut, pour guérir, que, dans sa généralité, elle s’individualise; ce qui ne peut se faire que par l’intuition, fille de la bienveillance et de la délicatesse nerveuse.

Mais laissons ce sujet qui nous conduirait trop loin, et redisons que la femme cultivée, laissée libre dans la manifestation de son génie, est destinée à transformer la Médecine comme toute chose, en y mettant son propre cachet.

Maintenant résumons-nous, Madame. Nous venons de voir que notre sexe ne peut, qu’exceptionnellement, trouver dans l’emploi de son activité les moyens de suffire à ses besoins, c’est à dire les moyens de rester moral. Que, traité comme serf, on lui interdit non seulement plusieurs carrières, mais encore que, lorsqu’il se rencontre en concurrence avec l’autre, il est généralement moins bien rétribué que ce dernier. De telle sorte que la femme, réputée plus faible, est obligée de travailler plus fort, pour ne pas gagner davantage.

Que pensez-vous de notre raison et de notre équité?

II

USE OF ACTIVITY

The Author. Not only do women find no access to the establishments of national education, but a lot of private functions are prohibited to them; men seize the ones that are best suited to them, and often leave them those that are suitable for men: so women carry burdens, while, according to the amusing expression of Fourier, men transport a cup of coffee with hairy arms.

There is more: if men and women are in competition for a function, men are better paid than women for the same work, and society finds it very simple and very fair.

Very just to pay the midwife less than the obstetrician.

The schoolmistress less than the schoolmaster,

The female teacher less than her male competitor,

The female bookkeeper less than the male,

The female clerk less than the male,

The female cook less than the male,

This depreciation of women’s work makes it so that, in the professions that she practices, she earns, most often by exhausting herself, only enough to die slowly of hunger.

Why, I ask you, for equal function and labor, is the woman paid less than the man?

Why repay her, as we do, against all equity, in the labors that she executes alone?

The young woman. You know, Madame, that, in order to justify that, they claim that we have fewer needs than men; and then that balance is reestablished in the household by the greater gain of the latter.

The Author. I known these pretexts, invented to lull the conscience. But you, woman of the new generations, do you accept them?

The young woman. No: for woman, before being the equal of man in everything, must be his equal in industrial right, as in the others.

First of all, it is not true that we have fewer needs than men: we resign ourselves better to the privations, that is all.

It is also not true that, in a general manner, balance is reestablished in the household: for that, every woman would have to be married: now, we marry less and less, there are many girls, many widows responsible for children; an innumerable mass of women married to men who divide their earnings between two households or spend it at the cabaret, at gambling, etc.

From which it follows that we pay less to a girl, a widow, a woman abandoned by her husband, because in the household, which does not exist then, the balance is restored. Oh! Supreme good sense!

The Author. And as the mediocrity of our needs and the magnificent balance of which they speak exist only in the imagination, the real woman, finding that hunger and privation are bothersome guests, sells herself to a man and rushes to live, because she know that when she is old she will have nothing to eat. And the balance is reestablished by the demoralization of both sexes, the desolation of families, the ruin of fortunes, the decline of the present and future generation.

The young woman. In truth, Madame, although the Middle Ages were well shaped by doctrines contrary to the dignity of woman, the feudal barons were less opposed to her than the sons of their emancipated serfs: If memory serves, several women bore the doctor’s bonnet in those ancient times, and occupied, especially in Italy, chairs in Philosophy, Law, and Mathematics, and inspired admiration and enthusiasm. If I recall correctly, several women were admitted as medical doctors, and it was most often the ladies of the man who exercised the healing arts around them; many others among them knew how to prepare balms. Today one of the functions, especially, that is not confided to our sex is the practice of medicine. It seems to me, however, that a society making some case for modesty, should not hesitate to confide the practice to the women who have the aptitude. Let men be treated by men, that is understandable; but that a woman confides the secrets of her temperament to a man, that this man, a stranger, puts his eyes and hands on her body, that is an indecency, it is a shame!

The Author. Isn’t it the fault of the men who persuade women that their sex, having no aptitude for science, there would be no security for them to put themselves in the hands of a doctor of their sex? Isn’t it the fault of the men who demand of women that they should be attended by an obstetrician rather than a midwife?

What is curious is that the honest women hesitate less to let herself be visited and touched by a physician than those that are called unchaste… at least those are not short of comforters: You say that this concern is not forbidden to honest women… So bow, Madame, before the honorable confidence and the charming character of Messieurs the husbands whose wives have frequent vapors, and some more or less uterine illnesses.

The young woman. A sentiment of Mr. E. Legouvé struck me: it is the confidence that he expresses in our perspicacity and our delicacy in treating nervous complaints, if we were called to practice medicine.

The Author. He has an intuition of the truth; if man, in general, better understands the muscle and bone, we understand nerves and life better. The female physician generally has a diagnostic element that man lacks: it is a disposition to feel the state of her illness. That is why the neuroses will only be anticipated and really cured when women are involved scientifically. Let us add that this will only be when children are treated properly in their illnesses, because the woman has an intuition of the state of the child; she loves it, puts herself in communion with it; before being a mother, she is organized to be with the child in a much more intimate relationship than man.

The young woman. A priori, what you say to me seems true.

The Author. Just, Madame, as we can only practice justice by feeling the others in themselves, we can only, believe me, successfully practice Medicine by feeling those being treated. Science is nothing without that communion: we must love our fellows in order to be able to heal, because the therapeutic resources vary according to individual state of the subjects. So just as love alone is not enough, science alone does not suffice, since it is necessary, in order to heal, that, in its generality, it is individualized, which can only be done by intuition, daughter of benevolence and nervous delicacy.

But let us leave this subject that would lead us too far, and reiterate that the cultivated woman, left free in the manifestation of her genius, is destined to transform Medicine like anything else, by putting her own stamp on it.

Now let us summarize, Madame. We have just seen that our sex cannot, except exceptionally, find in the use of its activity means sufficient to its needs, that is the means of remaining moral. That, treated as serfs, we have not only been banned from several careers, but also that, when our sex encounters the other in competition, it is generally paid less well. So that woman, reputed weaker, is obliged to work harder, without gaining more.

What do you think of our reason and our equity?

III

CHASTETÉ DE LA FEMME.

L’AUTEUR. Notre idéal du Droit étant la Liberté dans l’Égalité suppose l’unité de loi Morale et une égale protection pour tous.

56 LA JEUNE FEMME. En effet, dans une société, il ne peut pas plus y avoir deux Morales que deux sortes de Droits fondamentaux, quand l’Égalité est à la base.

L’AUTEUR. Nos mœurs et notre législation n’ont pas votre brutale logique, Madame.

Il y a deux Morales: une peu exigeante, facile; c’est celle de l’homme. L’autre sévère, difficile; c’est celle de la femme. La Société rationnelle….. comme elle l’est toujours, a chargé du lourd fardeau les épaules de l’être réputé faible, inconsistant, et a placé le fardeau léger sur celles du fort, sans doute parce qu’il est réputé le sage, le courageux: n’est-ce pas équitable?

LA JEUNE FEMME. Cela me semble au contraire très injuste et fort peu raisonnable.

Si la femme est faible, imparfaite et l’homme fort et raisonnable, on doit moins exiger de la première que du dernier. Prétendre que la femme peut et doit être supérieure à l’homme en moralité, c’est avouer qu’elle possède plus que lui les facultés qui élèvent notre espèce au dessus des autres: c’est donc une contradiction.

Le sens moral donnant la puissance de se gouverner en vue d’un idéal de perfection, si la femme le possède plus que l’homme, que devient l’excellence de celui-ci qui avoue ne pouvoir vaincre ses instincts brutaux?

L’AUTEUR. Vous êtes trop curieuse, Madame; la Société se contredit, mais ne s’explique pas; elle n’est pas du tout philosophe. Elle a décidé que l’excellence de l’homme ne l’oblige point à vaincre toutes les passions qui nuisent à autrui, mais seulement celles qui ont pour point de mire la pièce de monnaie. 57 S’il vous dérobe votre montre ou votre mouchoir, c’est un coquin digne de la prison; mais s’il vous dérobe votre joie, en séduisant votre fille, s’il la jette dans une voie de désordres et de honte, et vous expose à mourir de douleur, c’est un charmant garçon. Est-ce que vous vous seriez mis dans l’esprit que la moralité, l’honneur et l’avenir de votre fille eussent autant de valeur que votre montre ou votre mouchoir?

Dans une faute contre ce qu’on nomme la chasteté, l’unité de morale et la logique exigent qu’il y ait deux coupables, et l’équité prononce que le provocateur est plus coupable que le provoqué. Notre société modèle prétend qu’il n’y a qu’un coupable, le faible, le crédule, le provoqué; l’autre est un délicieux conquérant auquel sourient toutes les mères.

Ceci bien entendu, le Code déclare qu’une fille de quinze ans est seule responsable de ce qu’on nomme son honneur.

Il ne punit point le séducteur; donc il ne le reconnaît point coupable.

Si l’on enlève une mineure, si on la viole, si on la corrompt pour le compte d’autrui, on est puni, à la vérité, mais d’une manière fort insuffisante.

Une pauvre enfant de seize ou dix-sept ans est-elle devenue enceinte, le séducteur, presque toujours, l’abandonne. Que reste-t-il à l’imprudente? une vie brisée, un veuvage éternel, un enfant à élever. Si, pour apaiser son père furieux, elle lui montre des lettres qui prouvent la paternité du misérable, l’engagement qu’il a pris de reconnaître l’enfant et de pourvoir en partie à ses besoins, une promesse de mariage peut-être, le père répète ces dures paroles de la loi:

Toute promesse de mariage est nulle.

Tout enfant naturel reste à la charge de la mère.

La recherche de la paternité est interdite.

Ainsi donc, Messieurs, ne vous gênez pas, séduisez les filles en leur promettant le mariage, signez cette promesse de votre plus beau paraphe; soyez, de fait, pères de plusieurs enfants et laissez aux filles, qui gagnent si peu, la charge de les élever; vous n’avez rien à craindre. La femme est condamnée par la loi et par l’opinion à porter le fardeau de ses fautes et des vôtres; car c’est une créature tout à la fois bien faible et bien forte: faible, pour qu’on puisse l’opprimer, forte, plus forte que vous, pour qu’on puisse la condamner: elle a le sort de toutes les victimes.

LA JEUNE FEMME. A ces critiques, j’ai souvent entendu répondre: Que les mères gardent leurs filles! Et j’ai dit: garder ses filles est facile aux privilégiées; mais est-ce que les ouvrières peuvent garder les leurs qui vont en apprentissage à onze ou douze ans? Est-ce qu’elles peuvent les accompagner dans leurs ateliers, lorsqu’elles vont essayer ou reporter de l’ouvrage? Si l’on convient que les filles ont besoin d’être gardées, et qu’il n’y ait qu’une imperceptible minorité de mères qui puissent exercer cette surveillance, il est clair que le devoir social est de faire des lois pour les protéger toutes.

L’AUTEUR. Parfaitement raisonné, Madame; mais pour transformer la loi, il faut travailler à transformer l’opinion. Vous voyez que les femmes acceptent les deux Morales; qu’elles ne se sentent pas monter la honte au front de ce que leur sexe est sacrifié à la dégoûtante lubricité de l’autre. Loin de là, ces esclaves sans pensée jettent la pierre à la pauvre fille séduite et 59 abandonnée, tout en ouvrant à deux battants leur porte au suborneur. Elles font plus, elles lui confient l’avenir de leur fille sous le couvert de l’écharpe municipale. Elles méprisent la lorette et la pensionnaire du lupanar, mais elles reçoivent ceux dont les vices, l’égoïsme et l’argent entretiennent ces deux plaies. Elles ne sentent pas que recevoir chez soi, le sachant, un homme qui a séduit et délaissé une fille, un homme qui entretient une lorette, ou un homme qui fréquente les lieux infâmes, c’est se rendre complice de leurs actes et de la dégradation, de l’oppression de leur propre sexe.

LA JEUNE FEMME.Ah! bon Dieu, si nous suivions vos principes, combien peu d’hommes nous devrions admettre dans notre société!

L’AUTEUR. Soyez conséquente, Madame; si vous ne vous croyez pas permis de recevoir une prostituée, vous ne pouvez logiquement vous permettre de recevoir le prostitué qui la paie. Les hommes seraient plus chastes, si les honnêtes femmes étaient plus sévères et élevaient leurs fils dans la chasteté, au lieu de répéter comme de cruelles idiotes: J’ai lâché mon coq, cachez vos poules. Il faut que les jeunes gens jettent la gourme du cœur. Ce qui, traduit en bon français, signifie: mon fils a le droit de prendre vos filles, et de traiter le sexe auquel j’appartiens comme un égout, ou comme un jouet qu’on brise sans scrupule.

LA JEUNE FEMME. Vous reconnaîtrez, j’espère, que nous, femmes de la jeune génération, nous sommes moins inconséquentes que nos mères, puisque nous n’admettons pas deux Morales, mais une seule.

L’AUTEUR. Oui, vous êtes plus logiques, mais vous manquez 60 d’idéal; et, au lieu de purifier la Morale et d’y soumettre les deux sexes, comme des esclaves révoltées, vous vous soumettez à la Morale relâchée ou plutôt à l’immoralité de l’autre sexe. Vous oubliez que la liberté doit produire des fruits de salut et non pas la décomposition. Vous comprenez l’égalité comme les Romaines de la décadence, dans le vice.

Pauvres enfants, est-ce bien votre faute? La loi qui abandonne votre chasteté aux passions de l’homme, a-t-elle pu vous donner une grande estime pour cette vertu? Ne devez-vous pas croire, au contraire, que ce qui est licite pour l’homme, peccadille pour lui, l’est pour vous; au lieu de penser que ce qui ne vous est pas permis, ne le lui est pas davantage?

Ah! vous êtes toujours les esclaves de l’homme, vous qui vous soumettez à sa loi Morale au lieu de l’élever à la vôtre!

Arrêtez-vous donc, en voyant les fruits amers d’une semblable erreur. Regardez: partout l’adultère, la prostitution sous toutes les formes, l’abandon de milliers d’enfants, l’infanticide à tous ses degrés, la corruption s’exerçant au grand jour à la porte de certaines fabriques, l’enregistrement de filles de seize ans dans la grande armée de la prostitution, une foule d’hommes, assez bas descendus pour jouer le rôle d’hommes entretenus, et l’amour fuyant de la terre pour céder la place à la passion bestiale, effrénée, qui dévore les âmes et les corps: voilà ce que vous avez accepté en acceptant l’immoralité masculine!

Oui, il n’y a qu’une Morale, mais ce n’est pas la chose hideuse qui amène ces épouvantables résultats. Ne vous avilissez donc pas en prenant les hommes pour modèles.

LA JEUNE FEMME. Comment échapper à la dégradation, si les 61 mœurs et la loi donnent à l’homme le droit du seigneur? Si, d’autre part, nous sommes obligées de vivre des passions de l’homme, parce que nous ne pouvons nous suffire par notre travail? Si enfin notre activité inquiète ne trouve pas d’emploi, parce que l’homme, s’emparant de tout, nous condamne à la misère et au désœuvrement?

L’AUTEUR. C’est pour sortir de cette situation que vous devez réclamer énergiquement et constamment vos droits; vous emparer résolûment, quand cela se peut, des situations contestées; avoir une initiative, au lieu de songer, comme vous le faites, à vous parer et à exploiter l’homme.

Croyez-vous donc que ceux qui ont conquis leurs Droits, l’ont fait par la paresse, la futilité, le vice? Non certes; mais par le travail, la constance, le courage; en comptant sur eux et non sur les autres.

III

CHASTITY OF WOMAN.

The Author. Our ideal of Right, being Liberty in Equality, supposes the unity of the Moral Law and an equal protection for all.

The young woman. In fact, in a society, there can no more be two sorts of Morals than two sorts of fundamental Rights, when equality is at the basis.

The Author. Our customs and our legislation do not have your brutal logic, Madame.

There are two Morals: one, undemanding, simple, it the one for men. The other severe and difficult, is the one for women. Rational Society… as it always does, has loaded with heavy burdens the shoulders of the being considered weak and lacking in character, and has placed the lighter burden on those of the strong, doubtless because he is considered wise, courageous: isn’t that equitable?

The young woman. On the contrary, that seems to me very unjust and unreasonable.

If woman is weak and imperfect and man is strong and reasonable, we must demand less of the first than the second. To maintain that woman can and should be superior to man in morality, is to admit that she possesses to a greater extent than he the faculties that raise our species above the others: so it is a contradiction.

The moral sense giving the power of self-government in view of an ideal perfection, if woman possessed it more than man, what would become of the excellence of the one who admits he cannot conquer his brutal instincts?

The Author. You are too curious, Madame; Society contradicts itself, but it does not explain; it is not at all philosophical. It has decided that the excellence of man does not oblige him to vanquish all the passions that harm others, but only those that have for focal points the coin. If he steals your watch or your handkerchief, he is a rogue worthy of the prison, but if he steals your joy, by seducing your daughter, if he throws her in a path of disorder and shame, and exposes you to die of grief, he is a charming boy. Have you got it in your head that that that morality, honor and future of your daughter could have as much value as your watch or your handkerchief?

In a fault against what we call chastity, the unity of morals and logic demands that there be two culprits, and equity pronounces that the provoking is more guilty than the provoked. Our model society maintains that there is only one culprit, the weak, the gullible, the provoked; the other is a charming conqueror on whom all the mothers smile.

This is well understood. The Code declares that a girl of fifteen is alone responsible for what we call her honor.

It does not punish the seducer; so it does not recognize him as a culprit.

If one spirits away a minor, if one rapes her, if one corrupts her on behalf of another, one is punished, it is true, but in a very insufficient manner.

If a poor child of sixteen or seventeen becomes pregnant, the seducer almost always abandons her. What remains for the imprudent girl? A shattered life, an eternal widowhood, a child to raise. If, to appease her furious father, she shows him some letters that prove the paternity of the unfortunate, the commitment he has made to recognize the child and provide in part for its needs, a promise of marriage perhaps, the father repeats these hard words of the law;

Every promise of marriage is null.

Every natural child remains the responsibility of the mother.

The search for paternity is forbidden.

So then, Gentlemen, do not be shy, seduce the girls by promising them marriage, sign that promise with your best signature; be, in fact, fathers of more children and leave to the girls, who earn so little, the expense of raising them; you have nothing to fear. The woman is condemned by the law and by public opinion to bear the burden of her sins and yours; because she is a creature at the same time very weak and very strong: weak, so that you can oppress her, and strong, stronger than you, so that we can condemn her: it is the fate of all the victims.

The young woman. To these criticisms, I have often heard respond: Let the mothers look after their daughters! And I have said: it is easy for the privileged to watch over their daughters; but can the workers guard their own, who are apprenticed for eleven or twelve years? Can they accompany them in their workshops, when they go to try or reporter for work? If we agree that the girls need to be guarded, and that there is only an imperceptible minority of others who could exercise that surveillance, it is clear that the social duty is to make some law to protect all.

The Author. Perfectly reasoned, Madame; but in order to transform the law, we must work to transform opinion. You see that women accept the two Morals; that they do not feel shame mount to their face because their sex is sacrifice to the disgusting lechery of the other. Far from that, these thoughtless slaves cast the stone at the poor girl who is seduced and abandoned, while throwing open their door to the seducer. They do more, they entrust the future of their daughter to him under the cover of the municipal sash. They despise the kept woman and the resident of the brothel, but they receive those whose vices, selfishness and money maintain these two wounds. They do not feel that to receive at home, knowingly, a man who has seduced or abandoned a girl, a man who maintains a mistress, or a man who frequents the infamous places, it to render themselves complicit in their acts and degradation, in the oppression of their own sex.

The young woman. Ah! Good God, if you would follow your principles, how few men should be accepted in our society!

The Author. Be consistent, Madame; if you do not believe you are permitted to receive a prostitute, you could not logically allow yourself to receive the man who pays her. Men would be more chaste, if honest women were more strict and raised their sons in chastity, instead of repeating like cruel idiots: I have freed my cock, hide your hens. Young people must sow the wild oats of the heart. Which, translated into good French, means: my son has the right to take your daughters, and to treat the sex to which she belongs like a sewer, or like a plaything that you break without qualms.

The young woman. You recognize, I hope, that we, women of the young generation, we are less thoughtless than our mothers, since we do not accept two systems of Morals, but only one.

The Author. Yes, you are more logical, but you lack the ideal; and, instead of purifying Morals and subjecting both sexes to it, like revolting slaves, you submit to the relaxed Morals or rather to the immorality of the other sex. You forget that liberty must produce some fruits of salvation and not decomposition. You understand equality like the Romans of the decadence, in vice.

Poor children, is it your fault? Has the law that abandons your chastity to the passions of man, been able to give you a great appreciation for that virtue? Shouldn’t you believe, on the contrary, that what is lawful for the man, a peccadillo for him, is licit for you, instead of thinking that what is not permitted to you, is no more so for him?

Ah! You are always the slaves of men, you who submit to his Moral law instead of raising him to your own!

Stop then, seeing the bitter fruits of such an error. Look: adultery everywhere, and prostitution in all its forms, the abandonment of thousands of children, infanticide in all its degrees, corruption practiced in broad daylight at the doors of certain factories, the enlistment of sixteen year old girls in the great army of prostitution, a crowd of men, descended so low to play the role of kept men, and love fleeing from the earth to give place to bestial, unbridled passion, which devours bodies and souls: that is what you have accepted by accepting masculine immorality!

Yes, there is only one Morals, but it is not the hideous thing that bring these terrible results. So do not degrade yourself by taking men for models.

The young woman. How to escape the degradation, if customs and law give man the droit du seigneur? If, on the other hand we are obliged to live for the passions of the man, because we cannot be independent through our own labor? If in the end our anxious activity does not find use, because man, taking possession of all, condemns us to poverty and inactivity?

The Author. It is in order to escape from this situation that you must vigorously and constantly demand your rights; you resolutely seize, wherever possible, contested situations; to have an initiative, instead of thinking, as you do it, to adorn yourself and to exploit man.

Do you believe then that those who have won their Rights, have done it by idleness, futility, and vice? Certainly not; but by labor, steadfastness and courage, by counting on themselves and not on others.

IV

DROIT POLITIQUE.

L’AUTEUR. Nous avons établi que le Droit étant absolument égal pour les deux sexes, le Droit politique appartient en principe à la femme, comme tout autre Droit.

Or vous savez, Madame, que si vous contribuez comme l’homme aux charges publiques;

Que si vous êtes de moitié dans la reproduction et la conservation des citoyens;

Que si, par votre travail, vous contribuez comme l’homme à la production de la richesse nationale;

Qu’enfin si, par vos intérêts et vos affections, les questions générales vous importent tout autant qu’à l’homme,

Cependant vous n’avez aucun Droit politique: on semble croire que les affaires générales ne vous regardent pas.

LA JEUNE FEMME. J’ai entendu dire que, dans les choses d’intérêt général, l’homme a une double représentation.

L’AUTEUR. Il représente la femme comme le monarque ses sujets, le maître ses esclaves.

Si l’homme peut représenter sa femme et lui, il ne peut représenter les filles majeures et les veuves; pourquoi celles-ci ne se représentent-elles pas elles-mêmes comme les hommes non mariés?

La jeune femme. Souvent l’on a prétendu devant moi que la femme est renfermée dans un cercle d’idées trop étroites, par suite de ses occupations habituelles, pour être capable de fournir un vote intelligent.

L’AUTEUR. N’aviez vous pas à répondre à cela que les ouvriers, renfermés dans les minimes détails de leur métier, ne sauraient s’élever mieux que les femmes à la compréhension des questions générales?

Que tous les votants ne sont pas des philosophes?

Que, par la grâce de la barbe, nos paysans, nos mineurs, nos tisseurs, nos casseurs de pierres, nos balayeurs, nos chiffonniers, n’ont pas, à jour fixe, l’intuition des besoins du pays?

Que les femmes, à l’heure qu’il est, ne s’occupent pas moins ni plus mal de politique que les hommes, qu’elles en discutent avec eux, et ont souvent une grande influence sur le vote de leurs maris?

Qu’enfin, puisqu’on reconnaît le Droit politique à l’homme, indépendamment de son degré d’intelligence et d’instruction, de la nature de ses occupations et de l’état de sa santé, vous ne comprenez pas pourquoi l’on tiendrait compte de ces choses quand il s’agit du Droit politique de la femme?

N’auriez vous pu ajouter: il est assez singulier que tant d’imbéciles aillent voter, tandis que des femmes intelligentes, célèbres même, sont repoussées de l’urne électorale.

Il est assez outrecuidant de la part des hommes de supposer que des femmes artistes, des négociantes, des institutrices, sont moins capables, au point de vue politique, que des cureurs d’égoût, des porteurs d’eau, des charbonniers et des balayeurs.

Toute française majeure a le Droit de réclamer sa 36 millionième part du vote général: elle est serve politique, tant qu’elle en est dépouillée, parce qu’elle subit des lois qu’elle n’a pas concouru à faire, et paie des impôts qu’elle n’a pas concouru à fixer.

LA JEUNE FEMME. Je n’ai rien à dire à cela, sinon que je ne me sens pas portée à réclamer mon Droit politique. Cette revendication me laisserait froide, tandis que celle du Droit civil me trouve prête à la soutenir chaudement.

L’AUTEUR. Vous ne me surprenez pas, Madame; la route de l’humanité se divise par étapes; vous sentez, sans vous en rendre compte, qu’elle n’en peut fournir deux à la fois. Vous êtes prête pour le droit civil, dont la jouissance et la pratique vous mûriront pour le Droit politique.

64 Il est dans la pratique de l’Humanité, que les majeurs de l’espèce ne reconnaissent de Droits aux mineurs, en dehors des plus simples droits naturels, que lorsque ceux-ci les revendiquent jusqu’à la révolte: les majeurs en ceci n’ont qu’un tort, c’est de trop attendre, et de ne pas travailler à faire mûrir leurs cadets pour la pratique du Droit.—Mais en principe toutes les fois que l’exercice d’un droit compromettrait gravement des intérêts plus au moins généraux, il est bon de ne l’accorder qu’à ceux qui le réclament, car quand ils ne le font pas, c’est qu’il n’en sentent pas l’importance, et il y aurait à craindre qu’ils n’en fissent un mauvais usage.

Mais quand ce Droit est revendiqué, que sa privation entraîne des douleurs et des désordres, il faut le reconnaître, sous peine d’oppression, de déni de Justice.

Or la privation du Droit civil est pour les femmes une source de douleurs, de malheurs, de corruption, d’humiliation; la revendication de ce Droit se pose, elles sont mûres pour l’obtenir: ce serait donc un déni de Justice que de refuser de le reconnaître.

Il n’en est pas de même pour le Droit politique: elles ne le désirent ni ne le réclament.

Rappelez-vous, Madame, que dans tout sujet il y a la théorie et la pratique. L’une est l’absolu, l’idéal qu’on se propose de réaliser, l’autre est la mesure dans laquelle il est sage et prudent d’introduire l’idéal dans un milieu donné.

Ainsi, de Droit absolu, nous sommes en tout les égales des hommes; mais si nous prétendions réaliser cet absolu dans notre milieu actuel, bien loin de marcher en avant, il y aurait recul et anarchie: le Droit dévorerait le Droit. Le bon sens exige qu’une réforme ne soit appliquée qu’à des éléments préparés à s’y soumettre.

IV

POLITICAL RIGHT.

The Author. We have established that the Right being absolutely equal for the two sexes, the political Right belongs in principle to woman, like every other Right.

Now you know, Madame, that if you contribute like man to the public charges;

That if you are half of the reproduction preservation of the citizens;

That if, by your labor, you contribute like man to the production of national wealth;

That finally if, by your interests and affections, the general questions are as important to you as to man;

However, you have no political Right: they seem to believe that general affairs do not concern you.

The young woman. I have heard that, in matters of general interest, man has a double representation.

The Author. He represents woman as the monarch his subjects, the master his slaves.

If man can represent his wife and himself, he cannot represent the adult daughters and the widows; why do these not represent themselves, like unmarried men?

The young woman. Often one has claimed in my presence that the woman is shut away in too narrow a circle of ideas, as a result of her habitual occupations, in order to be capable of furnishing an intelligent vote.

The Author. Would we have to respond to the claim that the works, limited to the minor details of their trades, would not be any more capable than women of raising themselves to an understanding of general questions?

That all the voters are not philosophers?

That, by the grace of the beard, our peasants, our minors, our weavers, our stone-breakers, our sweepers, our rag-and-bone men, have not, at a fixed date, the intuition of the needs of the country?

That women, at the present time, do not concern themselves more or less badly with politics than men, that they discuss them with them, and often have a great influence on the vote of their husbands?

That, finally, since we recognize the political Right of man, independent of his degree of intelligence and instruction, the nature of his occupations and the state of his health, you do not understand why we take these things into account when it is a question of the political Right of woman?

Couldn’t you have added: it is quite singular that so many imbeciles go to vote, while some intelligent women, celberated even, are rejected at the ballot box.

It is quite presumptuous on the part of men to suppose that women artists, traders, or teachers, are less capable, from the political point of view, than scrapers of sewers, water carriers, coalmen and sweepers.

Any adult Frenchwoman has a Right to claim her 36 millionth part of the general vote: she is a political serf, as long as she is dispossessed, because she is subject to laws she has not helped to make, and pays taxes she has not helped to set.

The young woman. I have nothing to say to that, if not that I do not feel myself inclined to demand my political Right. That demand would leave me cold, while that of the civil Right civil I find myself ready to support warmly

The Author. You do not surprise me, Madame; the route of humanity is divided by stages; you sense, without realizing it, that it cannot furnish both at once. You are ready for the civil right, the enjoyment and practice of which would ripen you for the political Right.

It is in the practice of Humanity, that the adults of the species do not recognize Rights in the minors, outside of the most simple natural rights, except when the latter demand them to the point of revolt: the adults have only one wrong in this, which is to wait too long and not work to prepare their young for the practice Right. — But, in principle, every time that the exercise of a right would seriously compromise some of the more or less general interests, it is good to grant it only to those who demand it, for when they do not, it is because they do not sense its importance, and there would be reason to fear that they would make a bad use of it.

But when this Right is demanded, when its deprivation leads to sorrows and disorders, we must recognize it, under penalty of oppression, of denial of Justice.

Now the deprivation of the civil Right is for women a source of suffering, misfortune, corruption, and humiliation; the demand of that Right has arisen, they are ready to obtain it; so it would be a denial of Justice to refuse to recognize it.

It is not the same for political Right: they neither require it nor demand it.

Recall, Madame, that in every subject there is theory and practice. The one is the absolute, the ideal that we propose to realize, the other is the extent to which it is wise and prudent to introduce the ideal in a given milieu.

Thus, by absolute Right, we are in everything the equals of men; but if we should pretend to realize that absolute in our present milieu, far from marching forward, there would be retreat and anarchy: Right would devour Right. Good sense demands that a reform only be applied to the element prepared to submit to it.

V

FONCTIONS PUBLIQUES.

L’AUTEUR. Le principe posé par l’idéal nouveau est que tous les membres du corps social sont aptes à briguer les fonctions publiques. Comparons ce principe aux décisions de la loi française.

La femme est déclarée incapable de remplir aucune fonction publique.

Il lui est interdit d’être témoin dans les actes de l’État civil, dans les testaments, et tout autre acte reçu par officier public.

A l’exception de la mère et des ascendantes, elle est exclue de la tutelle et du conseil de famille.

Par une magnifique inconséquence, ces lois gouvernent le pays où la plus haute des fonctions, la Régence, peut échoir à une femme.

Remarquez, Madame, que si nous sommes incapables à tant de points de vue, nous devenons tout à coup très capables, quand il s’agit de répondre de nos actes au criminel et au correctionnel; très croyables, quand il s’agit d’envoyer, par notre témoignage, un homme aux galères ou à la mort; très capables, très responsables dans les transactions que nous fesons et signons comme filles majeures ou veuves.

Des gens qui se sont donné la difficile tâche de nous dorer cette amère pilulle qu’on nomme le Code Civil, nous disent: mais, Mesdames, le législateur savait, qu’étant mères et ménagères, vous ne pouviez remplir des fonctions publiques: Vous conviendrez vous-mêmes qu’une femme enceinte ou nourrice, une femme retenue par les soins de l’intérieur, ne peut être ni ministre, ni juré, ni député, ni….. etc.

LA JEUNE FEMME. Mais, Messieurs leur répondrons-nous, les femmes ne sont pas constamment enceintes, perpétuellement nourrices, puisque beaucoup n’ont pas d’enfants, restent filles, et ne s’occupent pas plus que vous des soins de l’intérieur.

L’âge où vous entrez dans les fonctions publiques, est celui où, nos fonctions maternelles étant remplies, nous n’avons plus qu’à nous ennuyer prodigieusement, si notre fortune nous en laisse le loisir.

L’AUTEUR. Ces Messieurs prétendent que la maternité nous a pris trop de temps pour que nous ayons pu cultiver les facultés nécessaires aux fonctions publiques: ils prétendent aussi que cette maternité arrête l’essor de nos hautes facultés.

LA JEUNE FEMME. A ceci nous leur répondrons que l’amour et le libertinage leur font perdre bien plus de temps qu’à nous la maternité, et arrêtent bien autrement l’essor de leurs hautes facultés.

Quoi! il faut que les filles, les veuves, les femmes de quarante ans ne puissent remplir aucune fonction publique, parce que la majorité des femmes est occupée de vingt à trente cinq ans, à renouveler la population! En vérité, c’est plaisant!

Les hommes conviennent qu’il n’y a qu’un petit nombre d’entre eux qui remplissent les fonctions publiques; puis, quand il s’agit des femmes, il semble aussitôt que toutes prétendent les remplir, et qu’il n’y en a pas une qui n’en soit empêchée par la maternité et le mariage.

On dit que le peuple français est spirituel, que, né malin, il inventa le Vaudeville; je n’y contredis pas; mais serais-je indiscrète de m’informer s’il a inventé le sens commun et la logique?

Ah! qu’ils se taisent ces malheureux interprètes du Code; nous n’avons pas besoin de leurs gloses, pour que les auteurs de leurs lois aient le contraire de notre amour.

V.

PUBLIC FUNCTIONS.

The Author. The principle posed by the new ideal is that all the members of the social body are fit to aspire to the public functions. Let us compare this principle to the decisions of French law.

Woman is declared incapable of fulfilling any public function.

She is forbidden to be a witness in the acts of the civil State, in testaments, and any other document received by a public officer.

With the exception of the mother and some forebears, she is excluded from the guardianship and guidance of the family.

By a magnificent inconsistency, these laws govern the country where the highest of functions, the Regency, can fall to a woman.

Note, Madame, that if we are incapable from so many points of view, we become suddenly very capable, when it is a question of responding for our acts in the criminal and correctional institutions; very credible, when it is a questions of sending, by our testimony, a man to the galleys or to death; very capable, very responsible in the transactions that we make and sign as adult girls or widows.

Some people who are given the difficult task of gilding for us that bitter pill that we call the Civil Code, say to us: But, Ladies, the legislator know that, being mothers and housewives, you could not fulfill the public functions. You acknowledge yourselves that a woman who is pregnant or nursing, a woman restrained by domestic cares, can neither be minister, nor juror, nor deputy, etc.

The young woman. But, Gentlemen, we respond to them, women are not constantly pregnant, perpetually nursing, since many have no children, remain maidens and don’t occupy themselves any more than you with domestic cares.

The age when you enter into the public functions is the one when, our maternal functions being fulfilled, we no longer have anything but to become extremely bored, if our fortune leaves us the leisure for it.

The Author. These Gentlemen claim that maternity has taken too much time for us to be able to cultivate the faculties necessary for the public functions. They also claim that this maternity stops the development of our higher faculties.

The young woman. To this we respond to them that love and libertinism makes them lose much more time than maternity takes from us, and arrests very differently the development of their higher faculties.

What! Girls, widows, women of forty years can fulfill no public function, because the majority of women are occupied from twenty to thirty years of age, in renewing the population! In truth, it is amusing!

Men agree that there are only a small number among them who fulfill the public functions; then, when it is a question of women, it seems at once that all claim to fulfill them, and that there is not one of them who is not prevented by maternity and marriage.

They say that the French people are witty, that, born shrewd, they invented Vaudeville; I don’t contradict them; but would it be indiscrete to inquire if they invented common sense and logic?

Ah! Let these unfortunate interpreters of the Code keep silent; we have no need of their glosses,for the authors of their laws to have the opposite of our love.

VI

LA FEMME DANS LE MARIAGE.

L’AUTEUR. Voyons comment la société, qui doit veiller à ce que chacun de ses membres n’aliène ni sa personne, ni sa liberté, ni sa dignité, remplit ce devoir envers la femme mariée.

Nous savons que la fille majeure et la veuve sont capables de tous les actes de propriété; qu’elles sont libres, et ne doivent obéissance qu’à la loi.

La femme se marie-t-elle? Tout change: ce n’est plus proprement une femme libre, c’est une serve.

La loi, en déclarant qu’elle suit la condition de son mari, c’est à dire qu’elle est réputée de la même nation que lui, dénationalise la femme française qui se marie avec un étranger.

68 L’article 213 oblige la femme à l’obéissance.

L’article 214 lui enjoint de suivre son mari partout où il juge à propos de résider.

Plusieurs autres articles statuent que la femme ne peut plaider sans l’autorisation du mari, lors-même qu’elle serait marchande, et quelle que soit la forme de son contrat;

Que, même séparée de biens et non commune, elle ne peut ni aliéner, ni hypothéquer, ni acquérir à titre gratuit ou onéreux sans le consentement du mari dans l’acte ou par écrit;

Qu’elle ne peut ni donner, ni recevoir entre vifs, sans le dit consentement.

Dans tous ces cas, si le mari refuse d’autoriser, la femme peut avoir recours au président.

LA JEUNE FEMME. Et si le mari est interdit, absent, frappé d’une peine afflictive ou infamante, s’il est mineur et sa femme majeure?

L’AUTEUR. Alors la femme se fait autoriser par le président.

LA JEUNE FEMME. Mais la femme est donc en tutelle lorsqu’elle est mariée; elle ne peut donc échapper à la tutelle du mari que pour tomber sous celle du tribunal? N’est-ce pas pour la femme française le rétablissement restreint de la loi romaine?

Cesser d’être de son pays, s’absorber corps et biens dans un homme, obéir et suivre comme un chien! Et cela dans un pays où la femme travaille, gagne, administre, est journellement appelée à défendre ses intérêts et ceux de ses enfants, souvent contre son mari! Mais cela est révoltant, Madame.

L’AUTEUR. Je ne vous en verrai jamais assez révoltée.

69 LA JEUNE FEMME. Supposons que les parents de la jeune fille n’aient consenti à la marier qu’à la condition qu’elle ne quittera pas le pays; supposons encore qu’il soit établi par les gens de l’art que la contrée où le mari veut la conduire compromettra sa santé, la tuera peut-être, la femme, dans ces cas, ne serait-elle pas dispensée de suivre son mari?

L’AUTEUR. Non certainement: d’une part on ne peut faire de conventions valables contre la loi; de l’autre, cette même loi ne met aucune restriction à l’obligation où est la femme de suivre le mari.

LA JEUNE FEMME. Ainsi un mari serait assez scélérat pour vouloir tuer sa femme quand elle lui aurait donné un enfant, et garder sa dot par la tutelle, il le pourrait sans courir aucun risque en choisissant bien le climat? Et si elle se réfugiait auprès de la mère qui l’a portée dans son sein, le mari aurait le droit de venir l’arracher de ses bras?

L’AUTEUR. Il pourrait même s’éviter cette peine, en envoyant la gendarmerie chercher sa femme. Tout le monde condamnerait cet homme, la conscience publique se soulèverait….. Mais la loi lui a livré la victime, elle ne peut rien contre lui.

LA JEUNE FEMME. Ah! je ne m’étonne plus qu’il y ait aujourd’hui tant de jeunes filles qui reculent devant le mariage! Moi-même, j’aurais connu ces lois, qu’il est certain que je ne me serais pas mariée. Heureusement les hommes valent généralement mieux que les lois.

L’AUTEUR. Pourquoi vous étonner de l’œuvre du législateur, Madame, il n’a fait qu’appliquer dans tous ses détails la doctrine de l’apôtre Paul. Si vous avez reçu la bénédiction d’un 70 pasteur chrétien, à quelque secte qu’il appartienne, il vous a rappelé que la femme doit être soumise à son mari comme l’Église à Jésus-Christ.

LA JEUNE FEMME. Mais saint Paul ne m’interdit pas de recevoir quelque chose d’une amie, ni de faire une rente à ma vieille gouvernante qui ne peut attendre mon testament.

L’AUTEUR. Eh! qui peut assurer au législateur que vous ne soyez pas capable de recevoir….. d’un ami? La femme, descendante d’Ève, n’est-elle pas, selon la pittoresque expression de saints auteurs, un nid d’esprits immondes, la porte de l’enfer, un être si corrompu que le baiser même d’une mère n’est pas pur? En conséquence, ne doit-elle pas être tenue en perpétuelle suspicion?

LA JEUNE FEMME. Voilà d’infâmes paroles. Ainsi la loi ne ferait que continuer la tradition du Moyen Age, et son article 934 ne serait que l’expression du mépris attaché par les hommes au front de leurs mères!

Ah! ça Madame, ne pouvons-nous, par un contrat, nous soustraire aux dispositions légales qui abaissent notre dignité ou nous réduisent en servage?

L’AUTEUR. Vous ne le pouvez pas: la loi frapperait ce contrat de nullité. Vous avez deux ressources: ne point vous marier, ou vous marier sous un régime qui vous laisse le plus indépendantes possible, en attendant que nous ayons fait réformer la loi.

L’union volontaire, non sanctionnée par la société, offre de tels inconvénients pour le bonheur et l’intérêt des enfants et de la femme, que je n’oserais la conseiller à personne. Reste donc à parler du choix du régime sous lequel on doit se marier.

VI

WOMAN IN MARRIAGE.

The Author. Let us see how society, which must make sure that none of its members alienate their person, nor their liberty, nor their dignity, fulfills that duty toward the married woman.

We know that the adult maiden and the widow are capable of all the acts of property; that they are free, and must only obey the law.

Is the woman married? Everything changes: she is no longer a free woman, she is a serf.

The law, by declaring that she follows the condition of her husband, that is to say that she is reputed to be of the same nation as he, denationalizes the French woman who is married to a foreigner.

Article 213 obliges the woman to obedience.

Article 214 orders her to follow her husband everywhere he judges it good to reside.

Several other articles rule that the woman cannot plead without the authorization of the father, even when she is a merchant, and whatever the form of her contract;

That, even with separate and not common property, she cannot alienate, nor mortgage, nor acquire, either free of charge or subject to payment, without the consent of the husband in the act or by writing;

That she can neither give nor receive inter vivos, without that consent.

In any case, if the husband refuses to authorizes, the woman can have recourse to the president.

The young woman. And if the husband is in exiled, absent, struck with an afflictive or infamous punishment, if he is a minor and his wife an adult?

The Author. Then the woman authorized by the president.

The young woman. but the woman is under guardianship when she is married; so she can only escape the guardianship of the husband in order to fall under that of the tribunal? Isn’t this for French women the limited reestablishment of the Roman law?

To cease to be of her country, to be absorbed body and goods in a man, to obey and follow like a dog! And that it a country where woman works, earns, administers, is daily called to defend her interests and those of her children, often against her! That is revolting, Madame.

The Author. I have never seen you so outraged.

The young woman. Suppose that the parents of the young girl had only consented to her marriage on the condition that should did not leave the country; also suppose that it is established by the experts that the region where the husband wants to take her will compromise her health, will perhaps kill her, would the woman, in this case, be spared from following her husband?

The Author. Certainly not. On one hand, we cannot make conventions valid against the law; on the other, that same law puts no restriction on the obligation of the wife to follow the husband.

The young woman. So should a husband would be villainous enough to want to kill his wife when she had given him a child, and to keep her dowry by guardianship, he could do it without running any risk by choosing the climate well? And if she took refuge with the mother who bore her in her womb, the husband would have the right to come and wrest her from her arms?

The Author. He could even avoid that trouble, by sending the police to seek his wife. Everyone would condemn that man, public conscience would rise up….. But the law would deliver the victim to him, and she could do nothing against him.

The young woman. Ah! I am no longer astonished that there are today so many girls who recoil from marriage! Myself, if I had known these laws, it is certain that I would not have married. Fortunately men are generally worth more than laws.

The Author. Why are you astonished at the work of the legislator, Madam, as he has only applied in all its details the doctrine of the apostle Paul. If you have received the benediction of a Christian pastor, no matter what sect he belongs to, he has reminded you that the wife must submit to her husband, like the Church to Jesus Christ.

The young woman. But Saint Paul did not forbid me from receiving something from a friend, nor from giving an income to my old governess, who cannot wait for my testament.

The Author. Well! Who can assure the legislator that you are not capable of receiving from a friend? Isn’t woman, descendant of Eve, according to the picturesque expression of sacred authors, a nest of unclean spirits, the gate of hell, a being so corrupt that even the kiss of a mother is not pure? Accordingly, shouldn’t she be held in perpetual suspicion?

The young woman. Those are infamous words. So the law would just continue the tradition of the Middle Ages, and its 93rd article would only be the expression of the scorn attached by men to the brows of their mothers!

Ah! Madam, can we not, by a contract, protect ourselves from the legal dispositions that demean our dignity or reduce us to servitude?

The Author. You could not do it: the law would render that contract null and void. You have two recourses: not to marry, or to marry under a regime that leaves you as independent as possible, until we have reformed the law.

The voluntary union, not sanctioned by society, offers such drawbacks for the happiness and interests of the children and the woman, that I dare not advise it to anyone. So it remains to speak of the choice of the regime under which we must marry.

CHAPITRE IV
(Suite du précédent.)

VII

CONTRAT DE MARIAGE.

L’AUTEUR. On peut faire un contrat de mariage sous l’un de ces quatre régimes: Communauté, Dotal, Sans séparation de biens, Séparation de biens.

Suivez avec la plus grande attention le sommaire que je vais vous donner de chacun d’eux.

Sous le régime de la Communauté, le mari administre seul les biens communs.

Ces biens se composent du mobilier, même de celui qui échoit par succession ou donation, à moins que le donataire n’ait exprimé une volonté contraire;

Deuxièmement: de tous les fruits, intérêts de quelque nature qu’ils soient;

Troisièmement: de tous les immeubles acquis pendant le mariage.

Le mari peut vendre, aliéner, hypothéquer toutes ces choses, sans le concours de la femme; il a même la faculté de disposer par don des effets mobiliers.

Il administre encore les biens personnels de la femme et peut, avec son consentement, aliéner ses immeubles.

La femme a-t-elle une dette antérieure sans titre authentique ou date certaine? Ce n’est pas sur les biens de la communauté que cette dette est payée, mais sur l’immeuble propre à la femme; si cette dette provient d’une succession immobilière, l’on n’en poursuit le recouvrement que sur les immeubles de la succession; si la dette est celle du mari, l’on peut s’adresser aux biens de la communauté.

Les amendes encourues par le mari peuvent se poursuivre contre les biens de la communauté; celles de la femme ne le sont que sur la nue propriété de ses biens personnels.

Tous les actes faits par l’homme engagent la communauté, mais ceux de la femme, même autorisée par justice, n’engagent pas les biens communs, si ce n’est pour le commerce qu’elle exerce avec l’autorisation du mari.

Enfin, en l’absence du mari, c’est à dire quand on ne sait s’il est vivant ou mort, la femme ne peut ni s’obliger, ni engager les biens communs.

Voilà, Madame le droit commun de la France, le régime sous lequel on est réputé marié quand on n’a pas fait de contrat.

LA JEUNE FEMME. Je vois que sous votre droit commun de la France, la femme est une nullité, une exploitée, une paria;

Que son mari peut faire don du mobilier commun à sa maîtresse et mettre l’épouse sur la paille;

Que le mari peut lui ôter ses vêtements de rechange, ses bijoux, pour en parer sa maîtresse;

Et comme on lui ordonne l’obéissance, et qu’on la met sous le pouvoir de l’homme qui peut être brutal, il est clair qu’elle ne s’avisera pas de refuser l’engagement, l’aliénation, la vente de ses biens personnels, et exposera de la sorte elle et ses enfants à manquer de tout.

Et comme la femme n’est pas la nullité que suppose la loi; qu’au contraire, elle travaille et augmente l’avoir commun; que c’est souvent à elle qu’il est dû, le mari peut disposer du fruit de ce travail pour payer ses dettes, ses amendes, entretenir des femmes et se livrer à tous les désordres.

Parmi le peuple, on ne fait guère de contrat: donc un mari brutal et mauvais sujet peut vendre le petit ménage et les modestes ornements de la femme, autant de fois que celle-ci aura pu s’en procurer de nouveaux par son labeur personnel.

L’AUTEUR. Je ne le nie pas; mais ne pourrait-on dire que le législateur n’a pu supposer un mari capable d’abuser de son pouvoir légal?

LA JEUNE FEMME. Nous ne pouvons admettre une aussi pitoyable raison.

Les lois sont faites pour prévenir le mal: elles supposent donc la possibilité de le commettre: on n’en ferait pas pour des saints.

Quand une loi autorise la tyrannie, et l’exploitation du faible, c’est une loi détestable; car elle démoralise le fort, en l’exposant à devenir despote et cruel; elle démoralise le faible, en le forçant à l’hypocrisie, en lui ôtant le sentiment de sa valeur et en brisant en lui tout ressort.

Elle éteint chez tous les deux la notion du droit et de la corrélation du droit et du devoir dans les rapports entre semblables.

L’AUTEUR. Vous avez parfaitement raison.

Pour finir ce que nous avons à dire du régime de la communauté, ajoutons qu’il est permis à la femme de stipuler dans son contrat qu’en cas de dissolution de la communauté, elle pourra reprendre non seulement ses biens réservés propres, mais encore tout ou partie de ceux qu’elle à mis en commun, déduction faite de ses dettes personnelles.

Lorsque cette stipulation n’existe pas au contrat, la femme, lors de la dissolution de la communauté, a le droit d’y renoncer, et, si elle l’a imprudemment acceptée, elle n’est tenue de payer les dettes que jusqu’à concurrence de la portion du bien qu’elle en retirerait.

LA JEUNE FEMME. Cette lueur de justice n’est qu’une illusion puisque, en cas de dettes faites par le mari, la femme peut perdre tout ou partie de ce qui lui reviendrait; puisque, d’autre part, elle peut perdre son avoir personnel en signant l’aliénation de ses biens pour aider son mari.

Renonçons à ce régime, Madame; dans la communauté entre époux, telle que l’entend la loi, la femme est livrée pieds et poings liés à l’homme quel qu’il soit. Marions-nous sans communauté.

75 L’AUTEUR. Entendons-nous: si le contrat porte que les époux se marient sans communauté, voici ce qui a lieu.

Le mari administre seul les biens meubles et immeuble de sa femme, absolument comme sous le régime de la communauté;

Les revenus de ces biens sont affectés aux dépenses du ménage;

Les immeubles de la femme peuvent être aliénés avec l’autorisation du mari ou de la justice, comme sous le régime de la communauté.

La seule compensation est que la femme peut statuer qu’elle pourra, sur ses seules quittances, recevoir annuellement une certaine portion de ses revenus pour ses besoins personnels.

Si elle ne participe point aux dettes, elle ne participe point aux gains que ses revenus ont pu mettre son mari en état de réaliser. Avec ces revenus, il peut s’enrichir et se faire une fortune à part, à laquelle sa femme n’aura jamais aucun droit. Convenez que c’est payer un peu cher l’avantage d’avoir quelque somme en propre, et de ne pas s’humilier à tendre la main au détenteur de votre fortune, comme on est obligée de le faire sous le régime de la communauté où la femme peut manquer de tout au milieu d’une fortune qui est la sienne propre.

LA JEUNE FEMME. Ce régime ne vaut rien. Passons à celui de la séparation de biens. N’est-il pas meilleur?

L’AUTEUR. En effet; car, sous ce régime, la femme administre seule ses biens meubles et immeubles, dispose de ses revenus, à moins de stipulations contraires, et en donne un tiers pour soutenir les frais du ménage.

76 Mais elle ne peut ni aliéner, ni hypothéquer ses immeubles sans l’autorisation de son mari ou de la justice.

Si, d’autre part, c’est le mari qui administre ses biens, ce qu’il serait fort difficile d’empêcher, lorsqu’il le voudrait, il n’est comptable envers elle que des fruits présents.

LA JEUNE FEMME. Est-ce que le régime dotal vaut mieux pour nous que celui de la séparation de biens?

L’AUTEUR. Vous allez en juger vous-même.

Quand on déclare, et il faut le déclarer, qu’on se marie sous le régime dotal, il n’y a de dotal que le bien déclaré tel; les autres sont dits paraphernaux ou extra-dotaux.

En principe, et à moins qu’il ne soit autrement convenu, les biens dotaux sont inaliénables; le mari seul les administre, et, comme dans le contrat sans communauté, la femme peut toucher certaines sommes sur ses seules quittances.

Les biens paraphernaux sont, comme dans le contrat sous le régime de la séparation de biens, administrés par la femme, qui en touche seule les revenus, et ils peuvent être aliénés avec l’autorisation du mari ou de la justice.

Si le mari administre ces biens sur une procuration de sa femme, il est tenu envers elle comme tout autre mandataire;

S’il administre sans mandat et sans opposition, il n’est tenu de représenter, quand il en est requis, que les fruits existants;

S’il administre, malgré l’opposition de la femme, il doit compte de tous les fruits depuis l’époque de sa gestion usurpée.

Les époux peuvent stipuler une société d’acquêts, c’est à dire une association pour choses acquises pendant la durée du 77 mariage. Je n’ai pas besoin de vous dire que cette communauté est administrée par le mari seul.

LA JEUNE FEMME. Mais pour se marier sous le régime de la séparation de biens ou sous le régime dotal, ne faut-il pas des immeubles?

L’AUTEUR. Non; le bien dotal et le bien séparé peuvent être de l’argent.

LA JEUNE FEMME. Les femmes, traitées en serves sous le régime de la communauté, le sont en mineures sous le régime dotal avec paraphernaux et sous celui de la séparation de biens.

Si un mari était assez raisonnable pour rougir à la pensée de flétrir sa compagne du stigmate de la servitude, n’y aurait-il pas moyen de faire d’autres stipulations?

L’AUTEUR. L’homme ne peut réhabiliter sa compagne; la loi le lui interdit par l’article 1388, qui déclare que les époux ne peuvent déroger aux droits résultant de la puissance maritale sur la personne de la femme et des enfants, ou qui appartiennent au mari comme chef.

Aussi un notaire qui rédigerait le contrat suivant:

Art. 1er. Les époux se reconnaissent une dignité égale, parce qu’ils sont au même titre des créatures humaines.

Art. 2. Ils se reconnaissent mutuellement les mêmes droits sur les enfants qui naîtront d’eux et, dans leurs différends, prendront des arbitres.

Art. 3. Chacun des époux se réserve une partie de ses biens dont il disposera sans l’autorisation de l’autre;

Art. 4. Les époux mettent en commun telle part déterminée 78 de leur apport pour soutenir les frais du ménage, pourvoir à l’éducation des enfants et aux nécessités du travail commun;

Art. 5. Ce bien commun ne peut être engagé sans le consentement des époux;

Art. 6. Convaincus en leur âme et conscience qu’on ne peut aliéner sa personne, sa dignité, son libre arbitre, les époux ne se reconnaissent aucune puissance l’un sur l’autre; ils confient la durée et le respect du lien qui les unit à l’affection qui peut seule le légitimer.

Un notaire, dis-je, qui aurait rédigé ce contrat, serait dépouillé de sa charge, puis confié aux aliénistes, et le contrat serait nul comme contraire à la loi, aux bonnes mœurs et à l’ordre public.

Comprenez-vous, Madame, pourquoi les femmes, beaucoup plus intelligentes et indépendantes qu’autrefois, se marient beaucoup moins?

Comprenez-vous pourquoi les filles du peuple, qui ont vu si souvent leurs mères malheureuses et dépouillées de leur pauvre avoir, se soucient beaucoup moins de se marier?

On blâme les femmes!… C’est la loi qu’il faut blâmer et réformer.

Car les mauvaises lois produisent les mauvaises mœurs.

LA JEUNE FEMME. Ce que vous dites là est bien vrai: sur vingt ménages, il n’y en a quelquefois pas un où l’on n’entende dire à la femme: Ah! si j’avais su!

Si l’on nous mariait moins jeunes et que nous connussions la loi, assurément les mariages deviendraient de moins en moins nombreux.

Pour en finir avec cet examen de la loi, encore une question, Madame. Est-ce que l’apport de la femme n’a pas hypothèque sur les biens du mari?

L’AUTEUR. Sur quels biens la femme ouvrière reprendra-t-elle son ménage vendu?

Sur quels biens les femmes de négociants dont la dot a servi à payer le fonds du mari, reprendront-elles cette dot en cas de mauvaises affaires?

Demandez aux femmes légalement séparées la valeur de cette hypothèque, ou plutôt de cette disposition de la loi: elles vous en diront de belles!

LA JEUNE FEMME. J’ai connu des femmes de commerçants en faillite: elles se plaignent que la loi les traite plus rigoureusement que les autres.

L’AUTEUR. Le Mariage étant donné ce qu’il est, le législateur a parfaitement fait d’empêcher qu’il ne se transformât en une ligue contre l’intérêt de tous.

LA JEUNE FEMME. Jusqu’à ce que la loi qui régit le contrat de mariage soit réformée, sous lequel de ces deux régimes: le dotal ou celui de la séparation de biens, conseillez-vous aux femmes de se marier?

L’AUTEUR. Si les conjoints ne sont pas dans les affaires et que la femme apporte des biens-fonds considérables, le mieux peut-être serait qu’elle se mariât sous le régime dotal avec autorisation de recevoir une forte somme annuelle; si les parents lui connaissaient de la fermeté, ils pourraient lui constituer en outre des paraphernaux, et stipuler toujours une société d’acquêts.

80 Dans tout autre situation, je conseille aux femmes de se marier sous le régime de la séparation de biens. La femme, maîtresse de ses fonds, peut les confier à son mari et s’associer avec lui comme avec tout autre. J’ai connu une jeune femme commerçante qui s’y est prise ainsi: elle s’est constitué son apport en argent comme bien propre, puis, quand elle a été mariée, elle a prêté cette somme à son mari qui s’est engagé à payer tant d’intérêts. Comme elle avait en outre un emploi dans la maison, elle reçut des émoluments proportionnés.

LA JEUNE FEMME. Mais si la femme est ouvrière?

L’AUTEUR. Il n’y a pas de différence. C’est presque toujours la femme qui apporte le petit ménage, et elle y tient d’autant plus qu’il lui a coûté bien des jours et des nuits de labeur; il est donc très important que le mari ne puisse ni le vendre, ni le donner; comme il est important qu’il ne puisse la contraindre à lui donner l’argent qu’elle a confié franc à franc à la caisse d’épargne. Il faut donc qu’elle ne se marie pas, comme elle le fait, sans contrat; car elle serait à la merci de son conjoint, étant réputée mariée sous le régime de la communauté.

Des notaires se permettent de résister, quand on déclare vouloir se marier sous tout autre régime que celui de la communauté: ils n’en ont pas le droit; vous pouvez les forcer; officiers de la loi, ils ne sont pas là pour la critiquer.

Mesdames, riches et pauvres, il est de votre intérêt et de celui de vos enfants de connaître les affaires; de rester maîtresses de votre avoir: votre dignité l’exige. Votre devoir est d’instruire vos filles de la situation que leur fait la loi dans le mariage, afin qu’elles évitent leur ruine, et qu’elles travaillent à 81 la réforme qui doit mettre la femme à la place qu’elle a le droit d’occuper.

CHAPTER IV 


(Continuation of the preceding.)

VII

MARRIAGE CONTRACT.

The Author. One can make a marriage contract under one of these four regimes: Community, Dotal, Without separation of property, Separation of property.

Follow with the greatest attention the summary that I am going to give you of each of them.

Under the Community regime, the husband alone administers the common property.

These goods consist of movables, even of those that fall by succession or donation, unless the donee has expressed a contrary will;

Secondly: of all fruits, interests of whatever nature;

Thirdly: of all real estate acquired during the marriage.

The husband can sell, alienate, mortgage all these things, without the concurrence of the wife; he even has the option of disposing of household effects by gift.

He still administers the woman’s personal property and can, with her consent, alienate her real property.

Does the woman have a previous debt without an authentic title or certain date? It is not out of the community property that this debt is paid, but out of the property belonging to the woman; if this debt comes from an immovable estate, collection is only pursued on the immovables of the estate; if the debt is that of the husband, one can address the property of the community.

Fines incurred by the husband may be pursued against community property; those of the woman are pursued only on the naked property of her personal goods.

All the acts made by the man engage the community, but those of the woman, even when authorized by justice, do not engage the common goods, if it is not for the commerce which she exercises with the authorization of the husband.

Finally, in the absence of the husband, that is to say when it is not known whether he is alive or dead, the wife can neither bind herself nor commit the common property.

This, Madame, is the common law of France, the regime under which one is deemed to be married when one has not made a contract.

The Young Woman. I see that under your common law of France, the woman is a nullity exploited, a pariah;

That her husband can donate the common furniture to his mistress and put the wife out of business;

That the husband can take her spare clothes, her jewels, to adorn his mistress with them;

And as they order her obedience, and put her under the power of the man who can be brutal, it is clear that she will not dare to refuse the commitment, the alienation, the sale of her personal property, and thus expose herself and her children to lacking everything.

And as the woman is not the nullity that the law supposes; as, on the contrary, she works and increases the common asset; as it is often to her that he is indebted, the husband can dispose of the fruit of this work to pay his debts, his fines, maintain the women and indulge in all sorts of disorders.

Among the people, there are hardly any contracts: therefore a brutal husband and bad subject can sell the small household and the modest ornaments of the wife, as many times as she will have been able to obtain new ones by her personal labor.

The Author. I do not deny it; but could it not be said that the legislator has not been able to suppose a husband capable of abusing his legal power?

The Young Woman. We cannot allow such a pitiful reason.

The laws are made to prevent evil: they therefore suppose the possibility of committing it: one would not do it for saints.

When a law authorizes tyranny, and the exploitation of the weak, it is a detestable law; for it demoralizes the strong, by exposing them to becoming despotic and cruel; it demoralizes the weak, by forcing them into hypocrisy, by depriving them of the feeling of their worth and by breaking in them every spring.

It extinguishes in both of them the notion of right and of the correlation of right and duty in the relations between similars.

The Author. You are absolutely right.

To finish what we have to say about the regime of the community, let us add that it is permissible for the woman to stipulate in her contract that in the event of the dissolution of the community, she will be able to take back not only her own reserved property, but also all or part of those that she pooled, after deducting her personal debts.

When this stipulation does not exist in the contract, the wife, at the time of the dissolution of the community, has the right to renounce it, and, if she has imprudently accepted it, she is only bound to pay the debts up to the portion of the property that she would derive from it.

The Young Woman. This glimmer of justice is only an illusion since, in the event of debts made by the husband, the wife can lose all or part of what would be due to her; since, on the other hand, she can lose her personal assets by signing the alienation of her property to help her husband.

Let us renounce this regime, Madame; in the community between husband and wife, as the law understands it, the woman is delivered bound hand and foot to the man, whoever he may be. Let us get married without a community.

The Author. Let us agree: if the contract provides that the spouses marry without community, here is what takes place.

The husband alone administers the movable and immovable property of his wife, absolutely as under the regime of the community;

Income from these assets is allocated to household expenses;

The buildings of the woman can be alienated with the authorization of the husband or of justice, as under the mode of the community.

The only compensation is that the woman can decide that she will be able, on her receipts alone, to receive a certain portion of her income annually for her personal needs.

If she does not participate in the debts, she does not participate in the gains that her income may have enabled her husband to realize. With this income, he can get rich and make a separate fortune, to which his wife will never have any right. Agree that it is paying a little dearly for the advantage of having some sum of your own, and of not humbling yourself to stretch out your hand to the holder of your fortune, as one is obliged to do under the regime of the community. where the woman can lack everything in the midst of a fortune that is her own.

The Young Woman. This regime is worthless. Let us move on to the separation of property. Isn’t it better?

The Author. In effect; for, under this regime, the woman alone administers her movable and immovable property, disposes of her income, unless otherwise stipulated, and gives a third of it to support the expenses of the household.

But she can neither alienate nor mortgage her buildings without the authorization of her husband or of the court.

If, on the other hand, it is the husband who administers her property, which it would be very difficult to prevent, when he so wishes, he is accountable to her only for the present fruits.

The Young Woman. Is the dotal regime better for us than that of separation of property?

The Author. You will judge for yourself.

When one declares, and it must be declared, that one marries under the dotal regime, there is no dotal property except that declared as such; the rest is said to be paraphernal or extra-dotal.

In principle, and unless otherwise agreed, dotal property is inalienable; the husband alone administers it, and, as in the contract without community, the wife can receive certain sums on her own receipts.

The paraphernal goods are, as in the contract under the regime of separation of goods, administered by the wife, who alone receives the income, and they can be alienated with the authorization of the husband or of justice.

If the husband administers these assets on a power of attorney from his wife, he is bound towards her like any other agent;

If he administers without mandate and without opposition, he is bound to represent, when required, only the existing fruits;

If he administers, despite the opposition of the wife, he must account for all the fruits since the time of his usurped management.

The spouses can stipulate a partnership of acquests, that is to say an association for things acquired during the duration of the marriage. I don’t need to tell you that this community is administered by the husband alone.

The Young Woman. But to get married under the regime of separation of property or under the dotal regime, don’t you need buildings?

The Author. No; the dotal property and the separate property may be money.

The Young Woman. Women, treated as serfs under the community regime, are treated as minors under the dotal regime with paraphernals and under that of separation of property.

If a husband were reasonable enough to blush at the thought of branding his mate with the stigma of servitude, couldn’t there be other stipulations?

The Author. The man cannot rehabilitate his companion; the law forbids it by article 1388, which declares that the spouses cannot derogate from the rights resulting from marital power over the person of the wife and children, or which belong to the husband as head.

Also a notary who would draft the following contract:

Art. 1. Spouses recognize equal dignity, because they are human creatures in the same way.

Art. 2. They mutually recognize the same rights over the children who will be born to them and, in their disputes, will take arbiters.

Art. 3. Each of the spouses reserves a part of their property which they will dispose of without the authorization of the other;

Art. 4. The spouses pool such determined share of their contribution to support the expenses of the household, to provide for the education of the children and the necessities of the common work;

Art. 5. This common property cannot be pledged without the consent of the spouses;

Art. 6. Convinced in their soul and conscience that one cannot alienate their person, their dignity, their free will, the spouses do not recognize any power over each other; they entrust the duration and the respect of the bond which unites them to the affection which alone can legitimize it.

A notary, I say, who would have drawn up this contract, would be stripped of his office, then entrusted to the alienists, and the contract would be null and void as contrary to law, good morals and public order.

Do you understand, Madam, why women, much more intelligent and independent than before, marry much less?

Do you understand why the daughters of the people, who have so often seen their mothers unhappy and stripped of their poor possessions, care much less about getting married?

Women are blamed!… It is the law that must be blamed and reformed.

For bad laws produce bad morals.

The Young Woman. What you say there is very true: out of twenty households, there is sometimes not one where you do not hear the woman say: Ah! If I had known!

If we were married less young and we knew the law, marriages would certainly become fewer and fewer.

To finish with this examination of the law, one more question, Madame. Does the wife’s contribution not mortgage the husband’s property?

The Author. In what goods will the working woman take back her sold household?

In what goods will the wives of merchants whose dowry was used to pay the husband’s fund, take back this dowry in the event of bad business?

Ask legally separated women the value of this mortgage, or rather this provision of the law: they will tell you some stories!

The Young Woman. I have known wives of bankrupt merchants: they complain that the law treats them more rigorously than others.

The Author. Marriage being what it is, the legislator has done well to prevent it from becoming a league against the interest of all.

The Young Woman. Until the law governing the marriage contract is reformed, under which of these two regimes: dotal or that of separation of property, do you advise women to marry?

The Author. If the spouses are not in business and the wife contributes considerable property, it would perhaps be best for her to marry under the dotal regime with authorization to receive a large annual sum; if the parents knew him to be steadfast, they could also constitute paraphernalia for him, and always stipulate a partnership of acquests.

In any other situation, I advise women to marry under the regime of separation of property. The wife, mistress of her funds, can entrust them to her husband and associate with him as with any other. I knew a young tradeswoman who went about it this way: she built up her contribution in money as her own property, then, when she was married, she lent this sum to her husband, who committed himself to pay so much interest. As she also had a job in the house, she received commensurate emoluments.

The Young Woman. But if the woman is a worker?

The Author. There is no difference. It is almost always the woman who does the light housework, and she values it all the more because it has cost her many days and nights of work; it is therefore very important that the husband cannot sell it or give it away; how important it is that he cannot compel her to give him the money she has entrusted frankly to the savings bank. She must therefore not marry, as she does, without a contract; for she would be at the mercy of her spouse, being deemed married under the regime of the community.

Notaries allow themselves to resist, when one declares that one wishes to marry under any other regime than that of the community: they do not have the right to do so; you can force them; officers of the law, they are not there to criticize it.

Ladies, rich and poor, it is in your interest and that of your children to know the business; to remain masters of your possessions: your dignity demands it. Your duty is to instruct your daughters in the situation where the law places them in marriage, so that they avoid their ruin, and so that they work for the reform which must put the woman in the place that she has the right to occupy.

VIII

LA FEMME MÈRE ET TUTRICE.

L’AUTEUR. Examinons maintenant comment la loi comprend les droits de la mère et de la tutrice.

L’article 372 met l’enfant sous l’autorité des parents jusqu’à sa majorité ou à son émancipation; mais comme la femme est absorbée dans le mari, l’article 373 réduit le mot parents à signifier le père, qui seul exerce l’autorité paternelle pendant le mariage. La mère tutrice n’exerce pas, remarquez-le, l’autorité maternelle, la loi n’en reconnaît pas.

Ainsi la femme qui, seule dans la reproduction, peut dire: je sais, est effacée devant l’homme qui ne peut dire que: je crois.

Pourquoi cela? Parce que c’est un moyen d’assouplir la femme, d’assurer l’autorité du mari sur elle. Une femme, trop malheureuse, peut encourir le scandale d’une séparation publique pour échapper à son bourreau; mais on sait qu’elle se résout rarement à quitter ses enfants: elle restera donc, épuisera le calice amer jusqu’à la lie pour demeurer auprès d’eux. Elle ira même jusqu’à subir l’outrage de les voir élever dans sa propre maison par l’indigne favorite de son mari. Souffrez, cédez, humiliez-vous, signez ce contrat d’aliénation de vos biens, ou je vous enlève vos enfants: voilà ce que le mari a le droit de dire à sa femme.

La femme exaspérée se résout-elle à demander la séparation? Pendant le procès, c’est le mari qui garde l’administration des enfants, à moins que, sur la demande de la famille, le juge ne trouve des motifs sérieux pour les adjuger à la mère.

Ce n’est pas tout: l’enfant peut donner de graves sujets de plainte à ses parents. S’il n’a pas seize ans, le père peut le faire détenir, sans que le président ait le droit de refuser: il n’a ce droit, que lorsque l’enfant a des biens personnels ou a plus de seize années.

Remarquez que, dans ce cas si grave, la mère n’est pas même consultée.

La puissance paternelle de la mère sera-t-elle égale, sur ce point, à celle du père, si elle reste veuve et tutrice? Non, la mère, pour faire enfermer l’enfant, est toujours tenue de présenter au président une requête appuyée par deux proches parents du défunt.

Le père remarié garde, de droit, la tutelle de ses enfants; la la mère la perd si elle se remarie sans s’être préalablement fait continuer la tutelle par le conseil de famille.

LA JEUNE FEMME. Ainsi donc, Madame, aux yeux du législateur, l’enfant appartient plus à son père qu’à sa mère; il est moins cher à la famille maternelle qu’à la paternelle; la mère est réputée moins tendre, moins sage que le père; l’homme est présumé si bon, si juste, si raisonnable, qu’une marâtre même ne saurait l’influencer… En vérité, tout cela est odieux et absurde.

L’AUTEUR. Je ne dis pas non.

Vous savez que le consentement des parents est nécessaire 83 pour le mariage de leurs enfants mineurs; vous savez encore qu’en cas de dissidence entre le père et la mère ou l’aïeul et l’aïeule, si les premiers sont morts, les articles 148 et 150 déclarent que le consentement du père ou de l’aïeul suffit.

LA JEUNE FEMME. Je connais cette leçon légale d’ingratitude donnée aux enfants. Mais revenons sur la tutelle, Madame.

L’AUTEUR. Volontiers. La loi dit bien que la tutelle des enfants appartient de droit à l’époux qui survit; que le père ou la mère exerce l’autorité paternelle; que l’un comme l’autre a le droit d’administrer les biens du pupille et de s’en attribuer les revenus jusqu’à ce qu’il ait dix-huit ans: mais voyez la différence. Vous savez déjà que les formalités pour faire enfermer l’enfant ne sont pas les mêmes pour la mère tutrice que pour le père tuteur; vous savez que le père qui se remarie n’a pas besoin de se faire continuer la tutelle par le conseil de famille, tandis que la mère la perd par l’omission de cette formalité.

De plus, le père a le droit de nommer à sa femme survivante un conseil de tutelle pour ses enfants mineurs; la femme n’a pas ce droit.

L’époux survivant peut nommer un tuteur dans la prévision de son décès avant la majorité des pupilles: la nomination faite par le père est valable; celle qui est faite par la mère ne l’est que lorsqu’elle est confirmée par le conseil de famille.

La famille maternelle participe du dédain de la loi pour la femme: ainsi l’enfant doublement orphelin tombe de droit sous la tutelle de son aïeul paternel et, à son défaut, sous celle du maternel, et ainsi en remontant, dit l’article 402, de manière que 84 l’ascendant paternel soit toujours préféré à l’ascendant maternel du même degré.

Pendant que nous parlons de tutelle, ajoutons que le mari est tuteur de droit de sa femme interdite, mais que la femme d’un interdit n’a que la faculté d’être tutrice et, si elle est nommée, le conseil de famille règle la forme et les conditions de son administration.

LA JEUNE FEMME. Enfin, Madame, je vois que la loi nous considère et nous traite comme des êtres inférieurs; qu’elle sacrifie à l’homme non seulement notre dignité de créatures humaines, nos intérêts de travailleuses et de propriétaires, mais encore notre dignité maternelle.

Un fils, suffisamment imbu de la religion du Code civil, doit nécessairement considérer son père comme plus raisonnable, plus sage, plus capable que sa mère. Je ne vois pas trop ce que celle-ci aurait à lui répondre, s’il lui disait: il est vrai que vous avez risqué votre vie pour me mettre au jour, que vous avez passé bien des nuits près de mon berceau, que vous m’avez enveloppé de votre tendresse, appris ce qui est bien et aidé à le pratiquer; il est vrai que je suis votre bonheur et votre joie; mais mon père est vivant; il a seul autorité sur moi; je n’ai donc pas à vous consulter; d’ailleurs à quoi bon? Des hommes sages, des législateurs qui ont bien étudié votre imparfaite, votre débile nature, ont porté des lois qui me prouvent que vous n’êtes propre qu’à mettre au monde des enfants, et à vous occuper des soins du pot au feu.

On vous a toutes jugées si peu sages, si peu prudentes, si peu capables, qu’on vous refuse le droit de rien régir; qu’on vous 85 soumet en tout à la volonté de l’homme et que, quand le mari n’est pas là, le juge et la famille interviennent.

Un tel discours, quelque révoltant qu’il paraisse, ne serait-il pas conforme aux sentiments que doit inspirer l’étude du Code civil?

L’AUTEUR. Parfaitement, Madame: et si, en général, le cœur humain ne valait pas mieux que ce code, les femmes, pour être respectées de leurs enfants, n’auraient qu’un parti à prendre: celui de ne mettre au monde que des bâtards. N’est-il pas surprenant, dites-moi, que des lois faites pour moraliser et contenir, tendent à produire tout le contraire?

LA JEUNE FEMME. Et l’on fait si grand bruit de notre Code civil! Que sont donc ceux des autres nations?

VIII

THE WOMAN MOTHER AND GUARDIAN.

The Author. Let us now examine how the law understands the rights of the mother and the guardian.

Article 372 places the child under the authority of the parents until their majority or emancipation; but as the wife is absorbed in the husband, Article 373 reduces the word parents to signify the father, who alone exercises paternal authority during marriage. The guardian mother does not exercise, notice it, maternal authority; the law does not recognize any.

Thus the woman who, alone in reproduction, can say: I know, is erased before the man who can only say: I believe.

Why is that? Because it is a way to make the wife more flexible, to ensure the husband’s authority over her. A woman who is too unhappy may incur the scandal of a public separation to escape her executioner, but we know that she rarely resolves to leave her children. She will therefore stay, will exhaust the bitter chalice to the dregs to stay with them. She will even go so far as to suffer the outrage of seeing them brought up in her own house by her husband’s unworthy favorite. Suffer, give in, humble yourself, sign this contract for the alienation of your property, or I will take your children away from you: this is what the husband has the right to say to his wife.

Does the exasperated woman resolve to ask for separation? During the trial, it is the husband who keeps the administration of the children, unless, at the request of the family, the judge finds serious grounds for awarding them to the mother.

That is not all: the child can give serious grounds for complaint to his parents. If he is not sixteen years old, the father can have him detained, without the president having the right to refuse: he has this right only when the child has personal property or is over sixteen years old.

Note that, in such a serious case, the mother is not even consulted.

Will the paternal power of the mother be equal, on this point, to that of the father, if she remains a widow and guardian? No, the mother, in order to lock up the child, is still required to submit a request to the president supported by two close relatives of the deceased.

The remarried father retains, by right, guardianship of his children; the mother loses it if she remarries without having previously had the guardianship continued by the family council.

The Young Woman. Thus then, Madam, in the eyes of the legislator, the child belongs more to its father than to its mother; it is less dear to the maternal family than to the paternal; the mother is reputed to be less tender, less wise than the father; the man is presumed to be so good, so fair, so reasonable, that even a stepmother cannot influence him… In truth, all this is odious and absurd.

The Author. I do not say no.

You know that parental consent is required for the marriage of their minor children; you also know that in case of disagreement between the father and the mother or the grandfather and the grandfather, if the first are dead, articles 148 and 150 declare that the consent of the father or the grandfather is sufficient.

The Young Woman. I know that legal lesson in ingratitude given to children. But back to guardianship, Madame.

The Author. Gladly. The law clearly states that guardianship of children belongs by right to the surviving spouse; that the father or the mother exercises paternal authority; that both have the right to administer the property of the ward and to appropriate the income until they are eighteen years old, but see the difference. You already know that the formalities for having the child confined are not the same for the guardian mother as for the guardian father; you know that the father who remarries does not need to have the guardianship continued by the family council, while the mother loses it by the omission of this formality.

In addition, the father has the right to appoint his surviving wife a guardianship council for his minor children; the woman does not have this right.

The surviving spouse may appoint a guardian in anticipation of his death before the majority of the wards: the appointment made by the father is valid; that which is made by the mother is not until it is confirmed by the family council.

The maternal family participates in the disdain of the law for women: thus the doubly orphaned child falls by right under the guardianship of his paternal grandfather and, in his absence, under that of the maternal, and so upwards, says article 402, so that the paternal ascendant is always preferred to the maternal ascendant of the same degree.

While we are talking about guardianship, let us add that the husband is the legal guardian of his banished wife, but that the wife of a banished person has only the faculty of being guardian and, if she is appointed, the family council rules the form and conditions of its administration.

The Young Woman. Finally, Madam, I see that the law considers us and treats us as inferior beings; that it sacrifices to man not only our dignity as human creatures, our interests as workers and owners, but also our maternal dignity.

A son, sufficiently imbued with the religion of the Civil Code, must necessarily consider his father as more reasonable, wiser, more capable than his mother. I don’t really see what she would have to answer him if he said to her: it is true that you risked your life to bring me to light, that you spent many nights near my cradle, that you enveloped me in your tenderness, taught me what is good and helped me to practice it; it is true that I am your happiness and your joy; but my father is alive; he alone has authority over me; I therefore do not have to consult you; besides, what is the use? Wise men, legislators who have studied your imperfect, your weak nature, have passed laws that prove to me that you are fit only to bring children into the world, and to concern yourself with the care of the domestic duties.

You have all been judged so unwise, so imprudent, so incompetent, that you are denied the right to govern anything; that we tell you to submit in everything to the will of the man and that, when the husband is not there, the judge and the family intervene.

Such a discourse, however revolting it may seem, would it not be in conformity with the feelings which the study of the Civil Code must inspire?

The Author. Perfectly, Madam. And if, in general, the human heart were not worth more than this code, women, to be respected by their children, would have only one course to take: that of giving birth only to bastards. Isn’t it surprising, tell me, that laws made to moralize and restrain tend to produce just the opposite results?

The Young Woman. And so much noise is made about our Civil Code! What then are those of other nations?

IX

RUPTURE DE L’ASSOCIATION CONJUGALE.

L’AUTEUR. On a reconnu de tout temps qu’il y a des cas où les époux doivent être séparés. La révolution établit le divorce; le premier empire le maintint en le restreignant; la Restauration, déterminée par l’Église que cela ne regarde pas, l’abolit le 8 mai 1816.

L’expérience prouve surabondamment que l’indissolubilité du mariage est la source permanente de désordres sans nombre; le plus actif dissolvant de la famille; et que la séparation du corps, loin de remédier à quelque chose, contribue à la destruction des 86 mœurs. Toutes les phrases creuses, tous les raisonnements sonores, ne peuvent détruire la signification des faits.

Nous ne répéterons pas ce qu’ont dit les nombreux écrivains qui ont demandé le rétablissement du divorce; nous nous contentons de nous joindre à eux ici, nous réservant de revenir plus loin sur ce grave sujet.

Il s’agit pour nous, en ce moment, de constater la différence mise par la loi entre le mari et la femme qui plaident en séparation.

Les époux peuvent demander la séparation si l’un d’eux est condamné à une peine infamante, pour cause d’injures graves, de sévices et d’adultère de la femme. Arrêtons-nous sur ce dernier délit.

Vous croyez sans doute que l’adultère est le manque de fidélité d’un époux envers l’autre, et que la punition est semblable pour un délit semblable, chez l’homme et chez la femme? Vous vous trompez.

La femme commet le délit d’adultère partout; on peut en fournir la preuve par lettres et témoins, et ce délit est puni de trois mois à deux ans de réclusion, que le mari peut faire cesser en reprenant sa femme.

Dans le flagrant délit, le mari est excusable de tuer l’adultère et son complice.

L’homme n’est adultère nulle part. Qu’il loue dans sa maison un appartement à sa maîtresse; qu’il passe ses journées chez elle; que de nombreuses lettres prouvent son infidélité; que mille témoins attestent ces choses, cet honnête mari n’est point adultère.

87 S’il poussait l’impudence jusqu’à entretenir sa maîtresse dans le domicile commun, serait-il adultère? Non: il y aurait injure grave envers sa femme qui pourrait l’attaquer en justice, et il serait prié de payer une amende de quelques centaines de francs.

En réalité l’homme n’est puni de l’adultère que comme complice d’une femme mariée.

Pour justifier la différence qu’on établit entre l’infidélité du mari et celle de la femme, on attribue plus de gravité à la faute de cette dernière…..

LA JEUNE FEMME. Permettez-moi de vous arrêter ici. Il est facile de démontrer que l’infidélité du mari est plus grave que celle de la femme.

La femme, ne pouvant disposer de son avoir sans l’autorisation du mari, ne peut guère compromettre sa fortune pour un amant.

Au contraire, le mari peut vendre et dissiper tout ce qu’il possède; employer même l’avoir de la communauté, le fruit du travail et de la bonne administration de sa femme, à entretenir sa maîtresse: je connais plusieurs cas de cette espèce.

Donc l’adultère du mari est plus nuisible aux intérêts de la famille que celui de la femme.

La femme adultère peut introduire de faux héritiers dans la famille du mari: c’est mal, j’en conviens; ce n’est pas moi qui la justifierai; mais en définitive, ces enfants adultérins ont une famille, de la tendresse, des soins.

Si le mari a des enfants hors du mariage, ils sont ou d’une femme mariée ou d’une femme libre. Dans le premier cas, en 88 introduisant de faux héritiers chez son voisin, il agit comme l’épouse adultère. Dans le second, il soigne ses enfants ou les abandonne. S’il les soigne, il nuit aux intérêts de l’épouse et des enfants légitimes; s’il les laisse à la charge de la mère, il met une femme dans l’embarras, brise souvent sa vie; l’enfant placé à l’hospice, est sans famille, sans tendresse et va grossir la population des prisons, des bagnes et des lupanars.

Dans tout cela, d’ailleurs, n’y a-t-il qu’une question de filiation et d’héritage? Et le cœur d’une femme, et sa dignité, et son bonheur, qu’en fait-on? Songe-t-on à ce que nous devons souffrir de l’infidélité, du dédain, de l’abandon de notre mari?

Songe-t-on que cet abandon, joint au besoin d’aimer et au fatal exemple qui nous est donné, nous pousse à payer de retour l’amour qu’on nous témoigne; et qu’ainsi l’adultère toléré dans le mari produit l’adultère de la femme?

L’adultère des deux sexes est un grand mal. Au point de vue moral, la faute est la même; mais au point de vue social et familial, mais au point de vue de la position des enfants, elle est évidemment beaucoup plus grave commise par l’homme que par la femme, parce que le premier a tout pouvoir pour ruiner la famille, mettre avec impunité le trouble et la douleur dans sa maison et créer une population malheureuse, vouée à l’abandon, le plus souvent au vice.

Voilà ce que nous pensons aujourd’hui, nous, jeunes femmes, qui réfléchissons; et tous les dithyrambes intéressés des hommes ne peuvent plus nous faire prendre le change.

Ils disent: mais souvent ce ne n’est pas le mari de la femme adultère qui est adultère. Nous répondons: la société ne se soucie pas des individualités; il suffit que l’adultère de l’homme ait des fruits plus amers que celui de la femme, pour qu’il soit sévèrement et non moins sévèrement puni que celui de cette dernière.

Ils disent: c’est une chose indigne et cruelle que de mettre la douleur dans le cœur d’un honnête homme. Nous répondons: c’est une chose tout aussi indigne que de mettre la douleur dans le cœur d’une honnête femme.

Ils disent: c’est un vol que de forcer un homme à travailler pour des enfants qui ne sont pas siens. Nous répondons: C’est un vol d’employer les revenus ou le fruit du travail de sa femme à nourrir des enfants qui lui sont étrangers, et à soutenir la femme qui la désole; c’est un vol que de détourner sa propre fortune ou le fruit de son propre travail de la maison qu’ils doivent soutenir, pour les porter à une femme étrangère.

Et vous êtes non seulement plus coupables que nous, Messieurs, parce que le résultat de votre adultère est pire que le résultat du nôtre; mais parce que, vous posant en chefs et en modèles, vous nous devez l’exemple.

Et vous êtes à la fois iniques et stupides d’exiger, de celles que vous nommez vos inférieures en raison, en sagesse, en prudence, en justice, qu’elles soient plus raisonnables, plus sages, plus prudentes et plus justes que vous.

Voilà, Madame, ce que nous pensons et disons.

L’AUTEUR. Vous parlez d’or; ce n’est pas moi qui vous contredirai; j’aime à voir la jeunesse se dresser résolument contre les préjugés, et protester contre eux au nom de l’unité de la morale.

90 Mais nous voilà, je crois, bien loin de notre sujet, le procès en séparation de corps. Revenons-y donc, s’il vous plaît.

La demande en séparation étant admise, le juge autorise la femme à quitter le domicile conjugal; et elle va résider dans la maison désignée par ce magistrat qui fixe la provision alimentaire que devra fournir le mari. Presque prisonnière sur parole, elle est tenue de justifier de sa résidence dans la maison choisie, sous peine d’être privée de sa pension, et d’être déclarée, même demanderesse, non recevable à continuer ses poursuites.

LA JEUNE FEMME. Mais pourquoi cet esclavage et cette menace d’un refus de justice?

L’AUTEUR. Parce que le mari, réputé père de l’enfant qu’elle peut concevoir pendant le procès, doit avoir la possibilité de la surveiller. Comme l’a si bien dit M. de Girardin, la paternité légale est la source principale du servage de la femme mariée.

Pendant le procès, le mari reste détenteur des biens de la femme, qu’il soit demandeur ou défendeur; il a l’administration des enfants, sauf décision contraire du juge. Si, dans le cas de communauté, la femme a fait faire inventaire du mobilier, c’est le mari qui en est gardien.

Enfin la séparation est prononcée; la femme rentre comme elle peut, à force de papier timbré, dans ce qui lui reste. Croyez-vous qu’elle soit libre pour cela? Point du tout: le mari a toujours droit de surveillance sur elle à cause des enfants qui peuvent survenir, et elle ne peut se passer de l’autorisation du mari ou de la justice pour disposer de ses biens, les hypothéquer, etc. Il n’y a de rompu que l’obligation de vivre ensemble et la communauté d’intérêts.

91 LA JEUNE FEMME. Je comprends aujourd’hui comment l’indissolubilité du mariage, n’ayant pour palliatif que le triste remède de la séparation, met le concubinage en honneur et produit des crimes odieux. Certaines consciences faibles ne peuvent-elles en effet faire naufrage à la vue d’une chaîne qui doit durer autant que leur vie, et ne pas être tentées de la rompre par le fer et par le poison? Il est probable que, si les maris ne laissaient pas la liberté à leurs épouses séparées, les crimes contre les personnes se multiplieraient.

Et si l’on se sépare jeune, est-il de la nature humaine de rester dans l’isolement? Faut-il être puni toute sa vie de ce qu’on s’est trompé?

Dans de tels cas, quelle autre ressource que le concubinage, et qui oserait le blâmer?

Et l’on appelle la séparation un remède!

Tout à l’heure vous m’avez laissé entrevoir que le mari peut, en certains cas, désavouer l’enfant de sa femme. Je croyais qu’il n’y a pas de bâtards dans le mariage.

L’AUTEUR. Vous êtes dans l’erreur. Si le mari ou ses héritiers prouvent que depuis le trois centième au cent quatre-vingtième jour, c’est à dire depuis le dixième ou sixième mois avant la naissance de l’enfant, le mari était absent ou empêché par quelqu’accident physique d’en être le père; ou bien si la naissance a été cachée, la paternité peut être désavouée. Elle peut encore l’être pour l’enfant né avant le cent quatre-vingtième jour du mariage, à moins que le mari n’ait eu connaissance de la grossesse, n’ait assisté à l’acte de naissance, ne l’ait signé ou si l’enfant est déclaré non viable.

LA JEUNE FEMME. Comment se fait ce désaveu?

L’AUTEUR. Le mari ou ses héritiers attaquent la légitimité de l’enfant dans un délai déterminé, et le tribunal statue d’après les preuves administrées.

LA JEUNE FEMME. Ainsi l’honneur de la femme et l’avenir de l’enfant sont offerts en holocauste à une question d’héritage?

L’AUTEUR. Parfaitement. Quant à ce que vous nommez l’honneur de la femme, la loi ne s’en soucie guère, elle qui interdit la recherche de la paternité, excepté dans le cas d’enlèvement de la mère mineure; elle qui permet la recherche de la maternité, pourvu que l’enfant prouve qu’il est le même que celui dont la femme est accouchée, et qu’il apporte un commencement de preuves par écrit.

LA JEUNE FEMME. Il me paraît peu probable qu’on puisse constater la maternité au bout de quinze ou vingt ans. D’autre part, si les preuves par écrit suffisent pour la recherche de la maternité, pourquoi ne suffiraient-elles pas à celle de la paternité?

Dites-moi, est-il permis à l’enfant de rechercher sa mère si elle est mariée?

L’AUTEUR. Certainement: et cette recherche n’est interdite qu’aux enfants adultérins et incestueux.

LA JEUNE FEMME. Ainsi donc on peut troubler à tout jamais l’avenir d’une femme par la recherche de la maternité?

L’AUTEUR. Oui: mais vous ne le déplorerez pas en songeant que l’honneur d’une femme n’est pas de ne pas faire d’enfant, mais bien de les élever et de les guider dans la vie. Les enfants nés hors mariage ont une situation légale très malheureuse; le 93 législateur, imbu de la croyance au péché originel, les rend responsables de la faute de leurs parents. Or, Madame, devant l’humanité et devant la conscience, il n’y a point de bâtards; donc il ne doit pas y en avoir devant la société. Lorsque la femme y aura sa place, elle poursuivra la réforme des lois qui portent l’empreinte de dogmes surannés; en attendant, combattons celles qui rappellent l’anathème lancé sur nous en conséquence du mythe d’Ève.

IX

TERMINATION OF CONJUGAL ASSOCIATION.

The Author. It has always been recognized that there are cases where spouses must be separated. The revolution establishes the divorce; the first empire maintained it by restricting it; the Restoration, determined by the Church that this did not concern, abolished it on May 8, 1816.

Experience proves superabundantly that the indissolubility of marriage is the permanent source of numberless disorders; the most active solvent of the family; and that separation from the body, far from remedying anything, contributes to the destruction of mores. All hollow phrases, all sonorous reasoning, cannot destroy the meaning of facts.

We will not repeat what the many writers have said who have asked for the reinstatement of divorce; we content ourselves with joining them here, reserving the right to return later to this serious subject.

It is up to us, at this moment, to note the difference made by the law between the husband and the wife who plead for separation.

Spouses can ask for separation if one of them is sentenced to an infamous sentence, for serious insults, abuse and adultery of the wife. Let us dwell on this last offence.

You believe, no doubt, that adultery is the lack of fidelity of one spouse towards the other, and that the punishment is the same for a similar offence, in a man and in a woman? You are wrong.

The woman commits the crime of adultery everywhere; proof can be provided by letters and witnesses, and this offense is punishable by three months to two years’ imprisonment, which the husband can put an end to by taking his wife back.

In flagrante delicto, the husband is excusable for killing the adulterer and his accomplice.

The man is no adulterer anywhere. Let him rent an apartment in his house to his mistress; let him spend his days at her house; let numerous letters prove his infidelity; let a thousand witnesses attest to these things, this honest husband is not an adulterer.

If he pushed his impudence so far as to maintain his mistress in the common domicile, would it be adultery? No: there would be a serious insult to his wife, who could sue him, and he would be asked to pay a fine of a few hundred francs.

In reality, a man is only punished for adultery as an accomplice of a married woman.

To justify the difference that is established between the infidelity of the husband and that of the wife, more seriousness is attributed to the fault of the latter…..

The Young Woman. Let me stop you here. It is easy to demonstrate that the husband’s infidelity is more serious than that of the wife.

The wife, not being able to dispose of her assets without the husband’s authorization, can hardly compromise her fortune for a lover.

On the contrary, the husband can sell and dissipate everything he owns; even employing the assets of the community, the fruit of his wife’s work and good administration, to maintain his mistress: I know of several cases of this kind.

Therefore the adultery of the husband is more harmful to the interests of the family than that of the wife.

The adulteress can introduce false heirs into the husband’s family: this is bad, I agree; it is not I who will justify it; but ultimately, these adulterine children have a family, tenderness, care.

If the husband has children outside the marriage, they are either from a married woman or from a free woman. In the first case, by introducing false heirs to his neighbor, he acts like the adulterous wife. In the second, he takes care of his children or abandons them. If he takes care of them, he harms the interests of the wife and of the legitimate children; if he leaves them in the care of the mother, he embarrasses a woman, often ruins her life; the child placed in the hospice is without family, without tenderness and will swell the population of prisons, convicts and brothels.

In all this, moreover, is there only a question of filiation and inheritance? What do they do about the heart of a woman, and her dignity, and her happiness? Do they think of what we must suffer from the infidelity, the disdain, the abandonment of our husband?

Do we think that this abandonment, joined to the need to love and to the fatal example given to us, pushes us to repay the love shown to us; and that thus adultery tolerated in the husband produces adultery in the wife?

Adultery of both sexes is a great evil. From the moral point of view, the fault is the same; but from the social and family point of view, from the point of view of the position of the children, it is obviously much more serious committed by the man than by the woman, because the first has all the power to ruin the family, to put trouble and pain in his house with impunity and create an unhappy population, doomed to abandonment, most often to vice.

This is what we are thinking today, we young women who are thinking; and all the interested dithyrambs of men can no longer deceive us.

They say: but often it is not the husband of the adulteress who is adulterous. We answer: society does not care about individualities; it is enough that the adultery of the man has more bitter fruits than that of the woman, so that it is severely and not less severely punished than that of the latter.

They say: it is an unworthy and cruel thing to put pain in the heart of an honest man. We answer: it is an equally unworthy thing to put pain in the heart of an honest woman.

They say: it is theft to force a man to work for children who are not his. We answer: It is a robbery to employ the earnings or the fruit of his wife’s labor to feed children who are strangers to her, and to support the woman who distresses her; it is a robbery to divert one’s own fortune or the fruit of one’s own labor from the house they are to support, to carry them to a woman outside the home.

And you are not only more guilty than we, Gentlemen, because the result of your adultery is worse than the result of ours; but because, posing as leaders and models, you owe us the example.

And you are both iniquitous and stupid to demand from those whom you call your inferiors in reason, in wisdom, in prudence and in justice, that they be more reasonable, wiser, more prudent and more just than you.

This, Madame, is what we think and say.

The Author. Your speech is golden; it is not I who will contradict you; I like to see young people rise up resolutely against prejudices, and protest against them in the name of moral unity.

But here we are, I believe, far from our subject, the legal separation trial. Let us come back to that, please.

The request for separation being accepted, the judge authorizes the woman to leave the marital home; and she will reside in the house designated by this magistrate who fixes the provision of food that the husband will have to provide. Almost a prisoner on parole, she is required to prove her residence in the chosen house, under penalty of being deprived of her pension, and of being declared, even as a plaintiff, inadmissible to continue her prosecution.

The Young Woman. But why this slavery and this threat of a refusal of justice?

The Author. Because the husband, reputed to be the father of the child she may conceive during the trial, must be able to watch over her. As M. de Girardin has so well said, legal paternity is the principal source of the serfdom of the married woman.

During the trial, the husband remains the holder of the wife’s property, whether he is plaintiff or defendant; he has the administration of the children, unless the judge decides otherwise. If, in the case of community, the wife has made an inventory of the furniture, it is the husband who is the guardian.

Finally the separation is pronounced; the woman enters as best she can, by dint of stamped paper, in what remains to her. Do you believe she is free for that? Not at all: the husband always has the right of supervision over her because of the children that may arise, and she cannot do without the authorization of the husband or of the court to dispose of her property, mortgage it, etc. There is broken only the obligation to live together and the community of interests.

The Young Woman. I understand today how the indissolubility of marriage, having only the sad remedy of separation as a palliative, honors concubinage and produces heinous crimes. Can’t certain weak consciences be shipwrecked at the sight of a chain that must last as long as their life, and not be tempted to break it with iron and poison? It is probable that if husbands did not leave their separated wives free, crimes against persons would multiply.

And if one separates young, is it human nature to remain in isolation? Should we be punished all our life for being wrong?

In such cases, what other resource than concubinage, and who would dare to blame it?

And separation is called a cure!

Earlier you gave me a glimpse that the husband can, in certain cases, disavow his wife’s child. I thought there were no bastards in marriage.

The Author. You are wrong. If the husband or his heirs prove that from the three hundredth to the one hundred and eightieth day, that is to say from the tenth or sixth month before the birth of the child, the husband was absent or prevented by some physical accident of being the father, or if the birth has been concealed, the paternity may be disavowed. It may still be for a child born before the one hundred and eightieth day of the marriage, unless the husband had knowledge of the pregnancy, was present at the birth certificate, signed or if the child is declared non-viable.

The Young Woman. How does this disavowal come about?

The Author. The husband or his heirs attack the legitimacy of the child within a determined period, and the court decides according to the evidence given.

The Young Woman. So the honor of the woman and the future of the child are a burnt offering to a question of inheritance?

The Author. Perfectly. As for what you call the honor of the woman, the law, which prohibits the search for paternity,  hardly cares about it, except in the case of kidnapping of the minor mother; but allows the search for maternity, provided that the child proves that they are the same as that of which the woman was born, and that they bring a beginning of proof in writing.

The Young Woman. It seems unlikely to me that we can see motherhood after fifteen or twenty years. On the other hand, if written evidence suffices for the search for maternity, why would it not suffice for that of paternity?

Tell me, is it permissible for the child to search for his mother if she is married?

The Author. Certainly: and this research is forbidden only to adulterous and incestuous children.

The Young Woman. So we can forever disturb the future of a woman by the search for motherhood?

The Author. Yes: but you won’t regret it when you think that a woman’s honor is not not to have children, but to bring them up and guide them in life. Children born out of wedlock have a very unfortunate legal situation; the legislator, imbued with the belief in original sin, makes them responsible for the fault of their parents. Now, Madam, before humanity and before conscience, there are no bastards; therefore there should be none before society. When the woman will have her place there, she will pursue the reform of the laws that bear the imprint of superannuated dogmas; in the meantime, let us fight those that recall the anathema hurled at us as a consequence of the myth of Eve.

X

RÉSUMÉ ET CONSEILS.

LA JEUNE FEMME. Avant d’aller plus loin, récapitulons ce que nous avons dit jusqu’ici.

Devant l’idéal du Droit, nous devons être libres, égales aux hommes; donc nous avons droit comme eux à tous les moyens de développement, droit comme eux à faire de nos facultés l’emploi qui nous convient, droit comme eux à tout ce qui constitue la dignité du citoyen.

Or, dans l’état actuel, la femme est serve, sacrifiée à l’homme;

Elle n’a pas de droits politiques;

Elle est infériorisée dans la cité, bannie de l’exercice des fonctions publiques;

Elle est moins rétribuée que l’homme à égalité de travail;

Dans le mariage, elle est absorbée, humiliée, mise à la merci de son conjoint, dépouillée de ses droit maternels;

94 Dans la famille, elle est mineure; ses droits de tutelle sont inférieurs à ceux de l’homme;

Au point de vue des mœurs, elle est presque abandonnée aux passions de l’autre sexe: elle en porte seule les conséquences.

Jugée faible, inintelligente, incapable, quand il s’agit de droits et de fonctions, elle est, par une contradiction flagrante, réputée forte, intelligente, capable, lorsqu’il s’agit de morale, lorsqu’il s’agit d’être punie quand, fille majeure ou veuve, il est question de se gouverner et de régir sa fortune. Et des gens, dont le cerveau s’est crétinisé dans la vase du moyen âge, en présence de notre situation, osent s’écrier: Les femmes! Mais elles sont libres! Elles sont heureuses!

Que signifient donc les réclamations des plus braves d’entre elles?

Ces Messieurs sont maîtres de notre fortune, de notre dignité, de nos enfants; ils peuvent nous ôter notre nationalité, dissiper notre bien, le produit de notre travail et de notre bonne administration avec des maîtresses; nous torturer sans témoins, nous faire mourir de douleur et de honte; nous conduire sous le canon ou sur le bord d’un marais dont l’air nous tuera; nous contraindre à subir mille affronts, à leur livrer les biens que notre contrat nous avait réservés, soit en nous intimidant, soit en nous menaçant d’éloigner nos enfants; ils ne nous laissent d’emplois que ceux qui les ennuient ou ne leur semblent pas assez lucratifs, et puis, après cela, ils sont étonnés de nos plaintes, de nos protestations, de notre révolte!

L’AUTEUR. Ne vous passionnez pas contre eux: riez-en, Madame; ce sont les mêmes hommes qui veulent être libres; 95 ce sont les mêmes hommes qui blâment les planteurs et trouvent légitimes les réclamations des esclaves; ce sont les mêmes hommes qui ont trouvé fort juste que leurs pères serfs et bourgeois prissent les droits que leur refusaient la noblesse et le clergé. Plaignez leur inintelligence, leur manque de cœur, leur défaut de justice: ils ne comprennent pas qu’ils jouent à l’égard de la femme le rôle des planteurs, des seigneurs et des prêtres.

Quand les femmes le voudront fortement, la loi sera transformée. Toute mère doit d’abord instruire sa fille de la position qui lui est faite dans le mariage; des risques terribles et nombreux qu’elle court dans l’amour.

LA JEUNE FEMME. Un certain nombre d’entre nous, effrayées du servage que subit la femme mariée, ne voulant point passer sous les fourches caudines du mariage, introduisent de plus en plus dans nos mœurs une forme d’union durable et honnête qu’on peut nommer mariage libre; liaison qu’il n’est pas permis de confondre avec ces rapprochements passagers si déshonorants pour les deux sexes.

L’AUTEUR. Beaucoup d’inconvénients sont attachés au mariage libre. D’abord les mœurs ne blâmeront pas l’homme qui abandonnera sa compagne, même après vingt ans d’union, même avec des enfants. Il y a mieux: cette action indigne ne l’empêchera pas de trouver des mères qui n’hésiteront pas à l’accepter pour gendre. D’autre part, la femme, quelle que soit la chasteté de sa conduite, rencontrera constamment sur sa route des collets montés ou d’hypocrites adultères qui lui témoigneront du dédain, qui lui fermeront leur porte, quoiqu’elles l’ouvrent à son conjoint. Souvent elle verra l’homme auquel elle fait le sacrifice de sa réputation oublier de la faire respecter, consentir à fréquenter les personnes chez lesquelles elle n’est pas admise.

Cependant la répugnance pour le mariage légal est si grande chez certaines femmes dignes et réfléchies, qu’elles préfèrent encourir toutes les mauvaises chances que de s’enchaîner. Qu’elles rendent alors leur situation le moins périlleuse possible: elles peuvent y réussir par un contrat d’association qui assure leurs droits dans le travail commun, et garantisse l’avenir des enfants. L’homme les respectera davantage, quand il aura des obligations à remplir envers elles comme associées: S’il refusait de signer un tel contrat, la femme serait une insensée d’accepter sa compagnie, car il serait certain qu’il n’est qu’un égoïste et conserve une arrière-pensée d’exploitation et d’abandon.

LA JEUNE FEMME. Une autre classe de femmes, n’ayant pas moins de répugnance pour la cérémonie légale que les précédentes, mais qui la subissent parce qu’elles craignent l’opinion, n’osent déplaire à leur famille et n’ont pas foi en la constance de l’homme, s’inquiètent comment elles pourraient concilier leur dignité avec la situation que leur fait la loi.

L’AUTEUR. Deux faits identiques, qui se sont passés il y a quelques années aux États-Unis, diront à ces femmes-là ce qu’elles ont à faire.

Miss Lucy Stone et Miss Antoinette Brown, deux femmes du parti de l’émancipation qui parcourent l’Amérique du Nord en faisant des lectures, étaient recherchées par deux frères, les Messieurs Blackwell. En Amérique, comme partout, la loi subordonne la femme mariée. La position était difficile pour les émancipatrices: se marier sous la loi d’infériorité, c’était violer 97 leurs principes; s’unir librement, c’était nuire à leur considération et s’ôter le pouvoir d’agir. Elle s’en tirèrent fort habilement. Chacune d’elles, de concert avec son fiancé, rédigea une protestation contre la loi qui régit le mariage; protestation suivie de conventions par lesquelles les futurs conjoints se reconnaissaient mutuellement égaux et libres, déclarant ne se marier devant le magistrat que par respect pour l’opinion. Puis, après la cérémonie légale, les époux publièrent dans les journaux cet engagement réciproque.

Que les femmes qui ont le sentiment de leur dignité fassent signer et signent un tel acte. Devant la loi, il est nul; mais il ne le sera pas devant la conscience des témoins qui y auront assisté. Si la femme est ce qu’elle doit être, honnête et sérieuse, et que le mari viole ses promesses, il sera réputé un malhonnête homme. Du reste, le respect de sa signature lui sera facilité, si la femme se marie, comme nous le conseillons, sous le régime dotal avec paraphernaux et société d’acquêts, ou sous celui de la séparation de biens.

LA JEUNE FEMME. Ainsi dans le mariage libre, contrat d’association enregistré; dans le mariage légal, protestation devant témoins contre la loi qui subalternise la femme, contrat sous le régime dotal avec paraphernaux ou sous celui de la séparation de biens, tels sont les moyens par lesquels vous jugez que la femme française peut protester contre la loi du mariage actuel, en attendant que le législateur la réforme.

L’AUTEUR. Oui, Madame; si cette forme de protestation est insuffisante, elle n’est pas immorale comme celle qui se produit aujourd’hui par l’adultère, la profanation du mariage devenu un 98 ignoble marché où l’on se vend à une femme pour tant de dot. La mesure que nous proposons aux femmes fera réfléchir le législateur; la forme de protestation qu’on se permet aujourd’hui détruit la famille, les mœurs et la santé publique.

En attendant que les réformes légales soient obtenues, nous ferions bien aussi de venir en aide aux femmes ouvrières, malheureuses en ménage, et qui ne peuvent plaider en séparation parce qu’elles n’ont pas d’argent.

Il est temps d’apprendre aux maris ouvriers qu’on n’est pas maître, comme ils le croient et le disent, de battre sa femme, de la mettre sur la paille avec ses enfants. N’oublions pas, Madame, que, dans tous les rangs, il y a de détestables maris, et que notre œuvre, à nous, est de défendre contre eux leurs femmes, surtout lorsqu’elles manquent des moyens nécessaires pour le faire elles-mêmes convenablement

X

SUMMARY AND RECOMMENDATIONS.

The Young Woman. Before going on, let us go over what we have said thus far.

Before the ideal of Right, we should be free and equal to men; so we have a right, like them, to all the means of development, a right, like them, to use our faculties as it suits us, a right, like them, to everything that constitutes the dignity of the citizen.

Now, in the present state, woman is a serf, sacrificed to man;

She does not have political rights;

She is inferiorized in society, excluded from the exercise of public functions;

She is paid less than man for equal labor;

In marriage, she is absorbed, humiliated, put at the mercy of her spouse, stripped of her maternal rights;

In the family, she is a minor; her rights of guardianship are inferior to those of man;

From the point of view of customs, she is nearly abandoned to the passions of the other sex: she alone bears their consequences.

Judged weak, unintelligent and incapable, when it is a question of rights and functions, she is, by a flagrant contradiction, considered strong, intelligent and capable, when it is a question of morals, when it is a question of being punished when, adult maiden or widow, it is a question of governing herself and ruling her fortune. And some people, whose brain has been cretinized in the sludge of the middle ages, in the presence of our situation, dare to shout: Women! How free they are! How happy!

So what is meant by the claims of the bravest of them?

These gentlemen are the masters of our fortune, of our dignity, of our children; they can take away our nationality, disperse our goods, the product of our labor and of our good administration with mistresses; torture us without witnesses, make us die of sadness and shame; lead us under the cannon or on the edge of a swamp whose air would kill us; compel us to submit to a thousant affronts, to deliver to them the goods that our contract had reserved for us, either by intimidating us, or by threatening to separate us from our children; they only leave us the employments that bore them or do not seem lucrative enough, and then, after that, they are astonished by our complaints, our protests, our revolt!

The Author. Do not inflame yourself against them. Laugh at them, Madame; they are the same men who want to be free; they are the same men who criticize the plantation owners and find the demands of the slaves legitimate; they are the same men who have found it just that their fathers, serfs and bourgeois, took the rights refused to them by the nobility and clergy. Pity their unintelligence, their lack of heart, their error of justice: they do not understand that they enjoy with regard to woman the role of the plantation owners, lords and priests.

When women want it strongly, the law will be transformed. Every mother must first instruct her daughter on the position made for her in marriage, on the terrible and numerous risks that she courts in love.

The Young Woman. A certain number among us, frightened by the slavery that the married woman is subject to, not wanting to pass under the Caudine yoke of marriage, increasingly introduces into our customs a durable and honest form of union that we can name free marriage, a liaison that we cannot confuse with those temporary connections that are so grading for both sexes.

The Author. Many disadvantages are attached to free marriage. First, customs will not blame the man who abandons his companion, even after twenty years of marriage, even with children. There is more: this unworthy action does not prevent him from finding mothers who will not hesitate to accept him for son-in-law. On the other hand, the woman, whatever the chastity of her conduct, constantly meets on her way straight-laced or hypocritical adulterers who demonstrate their disdain, who shut their doors on her, although they open them her to her spouse. Often she will see the man to whom she sacrificed her reputation fail to make her respected, consent to frequent those among whom she is not allowed.

However the repugnance for legal marriage is so great among certain worthy and prudent women that they prefer to risk all the bad luck that follows. Let them make their situation as little perilous as possible: they can succeed by a contract of association that insures their rights in the common labor, and guarantees the future of the children. The man will respect them more when he has obligations to fulfill towards them as associates. If he refused to sign such a contract, the woman would be foolish to accept his company, for it would be certain that he is only selfish and preserves an ulterior motive of exploitation and abandonment.

The Young Woman. Another class of women, having no less aversion to the legal ceremony than the others, but who submit to it because their fear opinion, do not dare to displease their family and have no faith in the constancy of the man, worry how they could reconcile their dignity with the situation that the law creates for them.

The Author. Two identical facts, which occurred some years ago in the United States, would tell those women what they have to do.

Miss Lucy Stone and Miss Antoinette Brown, two women from the party of emancipation who wandered North American making lectures, were sought by two brothers, the Blackwells. In America, as everywhere, the law subordinates the married woman. The position was difficult for the emancipatresses: marry under the law of inferiority, which was to violate their principles; unite freely, which was to harm their reputation and remove their power to act. They got out of it very skillfully. Each of them, in concert with her fiancé, wrote a protest against the law that rules marriage; a protest following from conventions by which the future spouses mutually recognize each other as equal and free, declaring that they would marry before the magistrate only out of respect for opinion. Then, after the legal ceremony, the spouses would publish that mutual engagement in the newspapers.

Let the women who have a sense of their dignity have signed and themselves sign such an act. Before the law, it is nothing, but it would not be nothing before the conscience of the witnesses that have been present. If the woman is what she should be, honest and serious, and the husband violates his promises, he will be considered a dishonest man. Moreover, respect for his signature will be eased for him, if the woman marries, as we advise her, under the dowry system with paraphernalia and goods acquired in common, or under that of separation of goods

The Young Woman. Thus in free marriage, a registered contract of association; in legal marriage, a protest before witnesses against the law that subordinates woman, contract under the dowry system with paraphernaux or under that of the separation of goods, such are the means by which you judge that the French woman can protest against the existing marriage law, while awaiting reform from the legislator.

The Author. Yes, Madame; if that form of protest is insufficient, it is not immoral like that which produces adultery today; the profanation of the marriage becomes an awful market where a woman is sold for so much dowry. The measure that we propose to women will make the legislator think; the form of protest that we allow today destroys the family, customs and public health.

While waiting for legal reforms to be obtained, we would also do well to come to the aid of the working women, unhappily married, who cannot plead for separation because they have no money.

It is time to teach the worker-husbands that they are not masters, as they believe and say,  free to beat their wives, to leave them penniless with their children. Let us not forget, Madame, that, in all ranks, there are detestable husbands, and that our work is to defend their wives against them, especially when they lack the means to properly do it themselves.

TROISIÈME PARTIE

Nature et fonctions de la femme; Amour et mariage; Réformes légales.

PART THREE

Nature and functions of woman; Love and marriage; Legal reforms.

CHAPITRE PREMIER.

NATURE ET FONCTIONS DE LA FEMME.

I

Pour toute conscience de bonne foi, nous croyons avoir suffisamment, quoique sommairement établi, que le droit social est identique pour les deux sexes, parce qu’ils sont d’espèce identique. La question de droit, mise hors de discussion, nous pouvons maintenant rechercher quel usage la femme fera de son droit; en d’autres termes, quelles fonctions elle est apte à remplir d’après l’ensemble de sa nature.

Marquons d’abord la différence profonde qui existe entre le droit et la fonction, puis définissons et divisons cette dernière.

Le Droit est la condition sine qua non du développement et des manifestations de l’être humain: il est absolu, général pour toute l’espèce, parce que les individus qui la composent, doivent légitimement pouvoir se développer et se manifester.

La Fonction est l’emploi des facultés de l’individu en vue d’un but utile à lui-même et aux autres: la fonction est donc une production d’utilité et, en dernière analyse, la manifestation des aptitudes prédominantes chez chacun de nous, soit naturellement, soit par suite de l’éducation et de l’habitude.

La société, ayant des besoins de toute espèce, a des fonctions de toute nature et de portée diverse: on pourrait classer ainsi ces fonctions:

1o Fonctions scientifiques et philosophiques;

2o Fonctions industrielles;

3o Fonctions artistiques;

4o Fonctions d’éducation;

5o Fonctions médicales;

6o Fonctions de sûreté;

7o Fonctions judiciaires;

8o Fonctions d’échange et de circulation;

9o Fonctions administratives et gouvernementales;

10o Fonctions législatives;

11o Fonctions de solidarité ou de bienfaisance sociale et d’institutions préventives.

Cette classification très imparfaite et insuffisante, si nous faisions un traité d’organisme social, étant tout ce qu’il faut par rapport à l’usage que nous devons en faire, nous nous y tiendrons ici.

Les hommes, et les femmes à leur suite, ont jugé convenable jusqu’ici de classer l’homme et la femme séparément; de définir chaque type, et de déduire de cet idéal les fonctions propres à chaque sexe. Ni les uns ni les autres n’ont voulu voir que des faits nombreux démentent leur classification.

Quoi! s’écrient les classificateurs, niez-vous que les sexes ne diffèrent?

Niez-vous que, s’ils diffèrent, ils n’aient des fonctions différentes?

Si notre classification ne vous paraît pas bonne, critiquez-là, rien de mieux; mais pour la remplacer par une meilleure.

Critiquer votre classification, Mesdames et Messieurs, ainsi ferai-je; mais si les éléments me manquent pour en établir une meilleure, pouvez-vous, devez-vous même m’engager à vous en présenter une?

Me croyez-vous un homme pour exiger de moi l’abus de l’à priori, et les procédés par grand écart et à coups de sabre?

Proudhon a raison, murmurent ces Messieurs: la femme est incapable d’abstraire, de généraliser, de se connaître…..

Vraiment, Messieurs, vous pensez que c’est par incapacité que je ne veux pas vous présenter une classification des sexes, une théorie de la nature de la femme?….. Expédions-nous donc pour prouver le contraire: au lieu d’une théorie, je vous en donnerai quatre.

PREMIÈRE ESQUISSE. L’homme et la femme ne forment série que sous le rapport de la reproduction de l’espèce; tous les autres caractères par lesquels on a tenté de les différencier, ne sont que des généralités contredites par une multitude de faits: or, comme une généralité n’est pas une loi, l’on ne peut rien en induire, rien en déduire d’absolu au point de vue de la fonction.

D’autre part, les espèces zoologiques ont leur plus grande différence radicale dans le système nerveux, surtout dans la plus ou moins grande masse et complexité de l’encéphale: or, l’anatomie admet, après expériences nombreuses, que, relativement 104 à la masse totale du corps, le cerveau de la femme égale en volume celui de l’homme; que la composition de tous deux est la même et, selon la Phrénologie, que les organes du cerveau sont les mêmes dans les deux sexes.

Enfin il est de principe en Biologie, que les organes se développent par l’exercice et s’atrophient par le repos continu: or, l’homme et la femme n’exercent pas de la même manière leurs organes encéphaliques; la gymnastique éducationnelle, les mœurs, les préjugés, les habitudes imposées, tendent à développer dans la tête masculine ce qu’on atrophie dans la tête féminine; d’où il résulte que les différences constatées empiriquement ne sont nullement le résultat de la nature, mais celui des causes accidentelles qui les ont produites.

Conclusion: donc les deux sexes, élevés de même, se développeront de même et seront aptes aux mêmes fonctions, excepté en ce qui concerne la reproduction de l’espèce.

Voilà, Messieurs, une théorie de toute pièce, très soutenable au point de vue Anatomo-Biologique, et que je vous défie de prouver fausse: car j’aurais réponse à toutes vos objections.

CHAPTER ONE

NATURE AND FUNCTIONS OF WOMAN

I.

I think that we have sufficiently though summarily proved to all honest inquiries that social right is identical for both sexes since they are identical in species. The question of right being placed beyond discussion, we can now ask what use woman shall make of her right; in other terms, what functions she is qualified to perform in accordance with her whole nature.

Let us first mark the profound difference that exists between right and function, then define and divide the latter.

Right is the condition sine qua non of the development and manifestations of the human being: it is absolute, general for the whole species, because the individuals who compose it should be able lawfully to develop and manifest themselves.

Function is the use of the faculties of the individual with a view to a purpose useful to himself and to others; function is therefore a production of utility and, in conclusion, the manifestation of the aptitudes predominating in each of us, whether naturally, or in consequence of education and habit.

Society, having needs of every kind, has functions of every nature and various scope; these functions may be classified as follows:

  1. Scientific and philosophic functions;
  2. Industrial functions;
  3. Artistic functions;
  4. Educational functions;
  5. Medical functions;
  6. Functions for the preservation of safety;
  7. Judicial functions;
  8. Functions of exchange and circulation;
  9. Administrative and governmental functions;
  10. Legislative functions;
  11. Functions of solidarity or of social benevolence and of institutions for the prevention of crime.

This classification, which would be very imperfect and insufficient, were this a treatise on social organization, being all that is needed for the use that we have to make of it, we shall adhere to it in this place.

Men, and women after them, have deemed proper hitherto to class man and woman separately; to define each type, and to deduce from this ideal the functions suited to each sex. Neither have chosen to see that numerous facts contradict their classification.

What! exclaims the classifiers, do you deny that the sexes differ? Do you deny that, if they differ, they should have different functions?

If our classification does not seem good to you, criticise it, we ask nothing more; but replace it by a better one.

To criticise your classification, ladies and gentlemen, is what I intend to do; but if the elements are wanting to establish a better, can you, ought you even to require me to present you one.

Do you think me a man, that you exact of me abuse of the a priori, and a startling arbitrary course of reasoning. “Proudhon is right,” murmur these gentlemen; “woman is incapable of abstract reasoning, of generalizing, of knowing herself“….

Really, gentlemen, do you think that it is through incapacity that I am unwilling to present to you a classification of the sexes, a theory of the nature of woman?… Let us hasten then to prove the contrary: instead of one theory, we will give you four.

FIRST SKETCH:

Man and woman form a series only with respect to the reproduction of the species: all the other characteristics by which it has been attempted to make a distinction between them are only generalities contradicted by a multitude of facts; now, as a generality is not a law, nothing can be therefore concluded from these, nothing absolute deduced from them in a functional point of view.

On the other hand, the greatest radical difference of zoological species lies in the nervous system, especially in the greater or lesser bulk and complexity of the encephalus; now, Anatomy admits, after numerous experiments, that, in proportion to the whole size of the body, the brain of woman equals in volume that of man; that the composition of both is the same, and Phrenology adds that the organs of the brain are the same in both sexes.

Lastly, it is a biological principle that organs are developed by exercise and atrophied by continued repose; now, man and woman do not exercise their encephalic organs in the same manner; educational training, manners, prejudice, enforced habits tend to develop in the masculine what becomes atrophied in the feminine head; whence it follows that the differences empirically established are by no means the result of Nature, but of the accidental causes by which they have been produced.

Conclusion: the two sexes therefore, when reared alike become developed alike, and are fit for the same functions, except those which concern the reproduction of the species.

Here, gentlemen, is a theory complete in all its parts, tenable in an anatomo-biologic point of view, and which I challenge you to prove false, for I shall find replies to all your objections.

II

DEUXIÈME ESQUISSE. Nous reconnaissons en principe que les sexes forment série sous le rapport physique, intellectuel, moral, conséquemment fonctionnel.

Nous croyons qu’ils doivent se subordonner l’un à l’autre en raison de leur excellence relative; et nous prenons pour pierre de touche de leur valeur respective la destinée de l’espèce.

105 Si nous comparons les sexes entre eux, nous constatons d’une manière générale que l’homme n’est qu’une femme enlaidie sous tous les rapports; nous constatons en second lieu qu’il est bien plus animal que la femme, puisque son système pileux est plus développé et qu’il respire de plus bas; en sorte qu’il est très évidemment un intermédiaire entre la femme et les grandes espèces de singes.

La femme seule renferme et développe le germe humain; elle est créatrice et conservatrice de la race.

Il n’est pas bien sûr que le concours de l’homme soit nécessaire pour l’œuvre de la reproduction; c’est un moyen qu’a choisi la nature; mais la science humaine parviendra, nous l’espérons, à délivrer la femme de cette sujétion insupportable.

L’analogie nous autorise à croire que la femme, seule dépositaire du germe humain, l’est également de tous les germes intellectuels et moraux: d’où il résulte qu’elle est l’inspiratrice de toute science, de toute découverte, de toute justice; la mère de toute vertu. Nos inductions analogiques sont confirmées par les faits: la femme fait usage de son intelligence dans le concret; elle est fine observatrice; l’homme n’est propre qu’à construire des paradoxes et à se perdre dans l’abîme métaphysique: la science n’est sortie des limbes de l’a priori sans confirmation, que depuis l’avènement de la forme de l’esprit féminin dans ce domaine: aussi dirons-nous que les vrais savants sont des esprits féminisés.

Sous le rapport moral, l’homme et la femme diffèrent beaucoup: le premier est dur, brutal, sans délicatesse, dépourvu de sensibilité, de pudeur: ses rapports habituels avec l’autre sexe 106 ont beaucoup de peine à le modifier; la femme est naturellement douce, aimante, sensible, équitable, pudique; c’est à elle que l’homme doit la justice et ses autres vertus, quand il en a: d’où il résulte que c’est vraiment à la femme seule qu’est dû le progrès social: voilà pourquoi chaque pas fait vers la civilisation est marqué par un pas de la femme vers la liberté.

Si nous considérons chacun des sexes dans leur rapport avec la destinée humaine, nous sommes obligés de nous avouer que, si la prédominance de l’homme a eu sa raison d’être dans la nécessité d’ébaucher cette destinée, la prééminence de la femme est assurée sous le règne futur du droit et de la paix.

Il a fallu lutter et combattre pour établir la justice et soumettre la nature à l’humanité; ce devait être le rôle de l’homme qui représente la force musculaire, l’esprit de lutte; mais comme on peut déjà prévoir dans un avenir prochain l’avènement de la paix, la substitution du travail pacifique et des négociations à la guerre, il est clair que la femme devra prendre la direction des affaires humaines auxquelles l’appelleront alors ses facultés mieux adaptées à la fin désormais poursuivie.

La femme a dû se développer socialement et se manifester socialement la dernière, par la même raison que l’espèce humaine est la dernière création de notre globe: l’être le plus parfait apparaît toujours après ceux qui ont servi à le préparer.

Comme il est démontré d’autre part, que, dans l’échelle des organismes divers, l’organe qui se surajoute aux autres pour constituer un changement d’espèce, gouverne ceux que l’individu tient des espèces inférieures, de même la femme, complétement développée dans un corps social organisé pour la paix et le travail pacifique, sera l’organe nouveau qui gouvernera le corps social.

Est-ce à dire que la femme doive opprimer l’homme? Non certes; elle méconnaîtrait les services rendus et faillirait à sa douce nature; mais elle lui fera comprendre que sa gloire est d’obéir, de se subordonner à l’autre sexe, parce qu’il est moins parfait, et que ses qualités ne sont plus nécessaires au bien général.

Vous riez, Messieurs, de cette seconde théorie; vous la trouvez absurde….. C’est vrai: car elle est la contre partie de la femme thétique de M. Proudhon. Passons donc au troisième exercice.

II.

SECOND SKETCH

We admit the principle that the sexes form series in physical, moral, intellectual, consequently functional respects.

We believe that they should become subordinate to each other in proportion to their relative excellence; and we take the destiny of the species as the touchstone of their respective value.

If we compare the sexes with each other, we prove in a general way, that man is merely woman on a coarser scale; we prove in the second place that he is far more animal than woman, since his muscular system is more fully developed and since he respires lower; so that he is most evidently a medium between woman and the higher species of apes.

Woman alone contains and develops the human germ; she is the creator and preserver of the race.

It is not quite certain that the co-operation of man is necessary for the work of reproduction; this is the means chosen by Nature, but human science will succeed, we hope, in delivering woman from this insupportable subjection.

Analogy authorises us to believe that woman, the sole depositary of the human germ, is equally the sole depositary of all the moral and intellectual germs, whence it follows that she is the inspirer of all knowledge, all discoveries, all justice, the mother of all virtue. Our analogous deductions are confirmed by facts; woman employs her intellect in the concrete; she is an acute observer; man is only fit to construct paradoxes and to lose himself in the abyss of metaphysics; science has only emerged from the limbo of à priora without confirmation, since the advent into this domain of the form of the feminine mind; we shall affirm, therefore, that true scholars are feminized minds.

In moral respects, man and woman differ greatly; the former is harsh, rough, without delicacy, devoid of sensibility and modesty; his habitual relations with the other sex modify him only with great difficulty; woman is naturally gentle, loving, feeling, equitable, modest; to her, man owes justice and his other virtues, when he has any; whence it follows that it is really to woman alone that social progress is due; hence it is that every step made towards civilization is marked by an advance of woman towards liberty.

If we consider each of the sexes in their relation to human destiny, we are forced to admit that, if there was reason for the predominance of man in the necessity of hewing out this destiny, the pre-eminence of woman is ensured in the future reign of right and peace.

It was necessary to struggle and fight in order to establish justice and to subject nature to humanity; this belonged of right to man, who represents muscular force, the spirit of conflict; but as we already foresee in the approaching future, the coming of peace, the substitution of pacific labor and negotiations for war, it is clear that woman will take rightfully the direction of human affairs, to which she will be called by her faculties, found better adapted to the end henceforth to be pursued.

Woman should be the last to develop and manifest herself socially, for the same reason that the human species is the last creation of our globe; the perfect being always appears after those that have served to pave the way.

As it is demonstrated, on the other hand, that, in the scale of the various organisms, the organ that is superadded to the others to constitute a change of species, governs those which the individual derives from inferior species, so woman, fully developed in a social body organized for peace and pacific labor, will be the new organ that will govern the social body.

Does this signify that woman should oppress man? By no means; she would thus be ungrateful for the services rendered her, and would trespass against her gentle nature; but she will teach him to comprehend that his glory is to obey, to become subordinate to the other sex, because he is less perfect, and because his qualities are no longer necessary to the general good.

You laugh, gentlemen, at this second theory; you think it absurd…. So it is; for it is the counterpart of the thetic woman of Proudhon. Let us proceed then to the third theory.

III

TROISIÈME ESQUISSE. Toute classification de l’espèce humaine est une pure création subjective, c’est à dire qui n’a de raison d’être que dans la forme donnée à la perception par l’intelligence; la conception même de l’humanité avec l’énumération des caractères qui sont réputés la distinguer des autres espèces, est bouffie de subjectivité.

La vérité est que pas un être humain ne se ressemble; qu’il y a autant d’hommes et de femmes différents que d’hommes et de femmes pour composer l’espèce.

Les classifications, en toutes choses, sont des erreurs de l’esprit, parce que la nature hait l’identité et ne se répète jamais: il n’y a pas deux grains de sable, deux gouttes d’eau, deux feuilles qui se ressemblent; et très probablement le soleil, 108 depuis qu’il existe, n’a pas apparu deux fois identiquement le même à son lever. Et c’est malgré l’évidence de ces vérités, malgré la conviction où nous sommes des illusions des sens, de la débilité de notre intelligence qui ne peut rien connaître de la nature intime des êtres; qui ne saisit que quelques lignes fugitives de leurs caractères personnels; et c’est malgré toutes ces choses que nous osons établir des séries, leur attribuer des caractères que viennent contredire les faits, et violenter, torturer les seuls êtres qui existent, les individus, au nom de cette autre chose qui n’existe que dans notre cerveau malade: le genre, la classe!

Les fruits amers qu’a produits notre manie de classification devraient cependant nous en guérir. N’est-ce pas cette maladie qui, poussant les théocrates, les législateurs à diviser l’humanité en castes, en classes, a causé la plupart des malheurs de notre espèce? N’est-ce pas grâce à ces exécrables divisions que nous avons un passé hideux dont les échos ne renvoient à notre oreille épouvantée que des sanglots, des cris de colère, de révolte, de malédiction, de vengeance, de sinistres bruits d’armes et de chaînes?

N’est-ce pas grâce à elles encore que, sur les pages de notre histoire, toutes maculées de sang et de larmes, et qui exhalent une odeur de charnier, on ne lit que tyrannie, abrutissement, démoralisation?

N’est-ce pas encore grâce à elles que le roi et le sujet, le maître et le serf, le blanc et le nègre, l’homme et la femme se démoralisent par l’oppression, l’injustice, la cruauté d’une part; la ruse, la bassesse, la vengeance de l’autre?

109 Est-ce que le mal et le malheur ne sont pas partout, parce que l’inégalité, fille de classifications insensées, est partout?

Ah! qui nous délivrera donc de notre déraison!

Classons les animaux, les végétaux, les minéraux, si nous voulons! nos erreurs n’ont aucune influence sur eux et ne peuvent les troubler; mais respectons l’espèce humaine qui échapperait à toute classification, lors même que ce procédé serait raisonnable, parce que chaque être humain est mobile, progressif, et diffère bien plus de ses semblables, que l’animal le plus élevé ne diffère des siens.

Laissons donc chacun faire sa propre loi d’autonomie, se manifester selon sa nature, et veillons seulement à ce que le droit soit égal pour tous; à ce que le fort n’opprime pas le faible; à ce que toute fonction soit confiée à celui qui prouve être le plus apte à la remplir: voilà tout ce que nous pouvons, tout ce que nous devons faire, si nous tenons à nous montrer sages et justes.

L’harmonie existe dans la nature, parce que chaque être y suit paisiblement les lois qui régissent son individualité: il en sera de même dans l’humanité, lorsque la raison collective comprendra que l’ordre humain est préétabli dans le concours des facultés individuelles laissées libres dans leurs manifestations; et que c’est retarder l’avènement de l’ordre, de la paix et du bonheur que d’établir un ordre factice, tout de fantaisie: c’est à dire un véritable désordre.

Gardons-nous donc de toute classification des facultés et des fonctions selon les sexes: outre qu’elle serait fausse, elle nous conduirait à la cruauté; car nous opprimerions ceux et 110 celles qui ne seraient ni assez souples pour s’y soumettre, ni assez hypocrites pour le paraître; et nous le ferions sans profit pour la destinée humaine, mais, tout au contraire, à son détriment.

Voilà, Messieurs, une théorie nominaliste; et je vous défie de la renverser par des raisons suffisantes: car j’aurais, comme pour la première, réponse à toutes vos objections.

Arrivons à notre dernière théorie qui est la vôtre pour les majeures et les mineures; mais est le contraire pour les conclusions.

III.

THIRD SKETCH.

Every classification of the human species is a pure subjective creation; that is, one which exists only in the form given to the perception by the intellect; the very conception of humanity with the enumeration of the characteristics which are reputed to distinguish it from the other species, is stamped with subjectivity.

The truth is that not a single human being resembles his neighbor; that there are as many different men and women as there are men and women composing the species.

Classifications, in all things, are illusions of the mind, for nature hates identity and never repeats herself: there are not two grains of sand, not two drops of water, not two leaves alike; and most probably the sun, since the commencement of its existence, has not appeared twice identically the same at its rising. Yet despite the evidence of these truths, despite the conviction which we have attained of the illusion of the senses, of the weakness of our intellect, which can know nothing of the inmost nature of beings; which can only seize upon a few fleeting traces of their personal characteristics; yet despite all these things we dare establish series, attribute to them characteristics which are speedily contradicted by facts, and torture and do violence to the only beings that really exist; namely, individuals, in the name of that other thing which exists only in our sick brain: kind, class!

The bitter fruits that have been produced by our mania for classification ought to cure us of this. Has not this malady, impelling theocratists and legislators to divide humanity into castes and classes, caused most of the calamities of our species? Have we not, thanks to these execrable divisions, a hideous past, the echoes of which bring back to our shrinking ears naught but sobs, cries of anger, rebellion, malediction and vengeance, and sinister clanking of weapons and chains?

Have we not also to thank them that, on the pages of our history, all stained with blood and tears and exhaling an odor of the charnel house, we read nought but tyranny, brutishness and demoralization?

Have we not further to thank them that king and subject, master and serf, white and black, man and woman become demoralized by oppression, injustice and cruelty on one hand; and intrigue, baseness, and vengeance on the other?

Are not wrong and wretchedness found everywhere, because inequality, the offspring of insane classifications, is found everywhere?

Ah! who shall deliver us from our infatuation!

Let us class animals, vegetables, minerals if we will! our errors do not influence and cannot disturb them; but let us respect the human species which will escape all classification, however reasonable the process may be, because every human being is changeable, progressive, and differs far more from his fellows than the most intelligent animal from the rest of his species.

Let us leave each one then to make his own autonomic law and to manifest himself in conformity with his nature, and take care only that right shall be equal for all; that the strong shall not oppress the weak; that each function shall be entrusted to the one individual that is proved the best qualified to perform it; this is all that we can do, all that we should do, if we seek to show ourselves wise and just.

Harmony exists in nature, because each being in it follows peaceably the laws that govern his individuality; it will be the same in humanity, when universal reason shall comprehend that human order is pre-established in the co-operation of individual faculties left free in their manifestations; and that to establish a factitious, wholly imaginary order; that is, true disorder, is to retard the coming of order, peace and happiness.

Let us refrain then from all classification of faculties and functions according to the sexes: besides being false, they will lead us to cruelty; for we shall oppress those, whether men or women, who are neither yielding enough to submit to it nor hypocritical enough to appear to do so; and we shall do this without profit to human destiny, but, on the contrary, to its detriment.

Here, gentlemen, is a nominalistic theory which I challenge you to overthrow by sufficient reasons: for, as in the first, I shall have answers to all your objections.

We now come to our last theory, which is yours in the major and minor terms, but the opposite in the conclusions.

IV

Tous les appareils d’un même organisme se modifient les uns les autres et, par ce fait, les fonctions se modifient mutuellement.

Or l’homme et la femme diffèrent l’un de l’autre par un appareil important.

Donc chacun des deux sexes doit différer l’un de l’autre, non seulement par l’appareil qui les distingue, mais par toutes les modifications qu’amène la présence de cet appareil.

Voilà, Messieurs, mon premier syllogisme: je sais que nous nous n’aurons pas maille à partir là dessus: c’est de la Biologie classique.

Recherchons anatomiquement les différences organiques que la sexualité fait subir à l’homme et à la femme.

Système nerveux. Les nerfs, dit du sentiment, sont plus développés chez la femme que chez l’homme; ceux du mouvement le 111 sont moins; le cervelet est plus développé dans la tête de l’homme que dans celle de la femme; chez celle-ci le diamètre antéro-postérieur du cerveau l’emporte sur le bi-latéral qui est relativement plus grand dans le sexe masculin: on remarque aussi que les organes de l’observation, de la circonspection, de la ruse et de la philogéniture sont plus volumineux dans la tête de la femme que dans celle de l’homme, chez lequel prédominent les organes rationnels, ceux du combat et de la destruction.

Système locomoteur. L’homme est plus grand que la femme, a les os plus compacts, les muscles plus gros et mieux nourris, les tendons plus forts; son thorax a une direction opposée à celui de la femme: dans celui de la femme, la plus grande largeur est entre les épaules, chez l’homme, elle est à la base; le bassin est plus large, plus évasé dans le sexe féminin que chez l’autre.

Systèmes épidermique et cellulaire. L’homme a la peau plus pileuse que la femme; ce qu’on nomme la graisse est moins abondant dans l’organisme masculin que dans le féminin; généralement la peau de l’homme est plus rude et toutes ses formes sont moins arrondies; la femme a les cheveux plus longs, plus soyeux.

Organes splanchniques. La masse cérébrale est relativement la même chez les deux sexes, ainsi que les organes du cerveau, sauf les prédominances que nous avons signalées; le système respiratoire diffère un peu: la femme respire de plus haut que l’homme: chez celui-ci la circulation est plus active, plus énergique.

A ces différences physiques correspondent les différences intellectuelles et morales.

La femme, ayant les nerfs du sentiment plus développés, est plus impressionnable et plus mobile que l’homme.

Étant plus faible et aussi volontaire, elle obtient par l’adresse et la ruse ce qu’elle ne peut obtenir par la force; sa faiblesse lui donne de la timidité, de la circonspection, le besoin de se sentir protégée.

Les travaux qui exigent de la force lui répugnent.

Sa destination maternelle la rend ennemie de la destruction, de la guerre; et son organisation plus délicate lui fait redouter et fuir la lutte. Cette même destination maternelle imprime un cachet particulier à son intelligence: elle aime le concret, et tend toujours à faire passer l’idée dans les faits, à l’incarner, à lui donner une forme arrêtée; son raisonnement est l’intuition ou l’aperception rapide d’un rapport général, d’une vérité que l’homme ne dégage qu’avec beaucoup de peine, à l’aide des échasses logiques.

La femme est meilleure observatrice que l’homme, et pousse plus loin que lui l’induction; elle est en conséquence plus pénétrante, et bien meilleur juge de la valeur morale et intellectuelle de ceux qui l’entourent.

Plus que l’homme, elle a le sentiment du beau, la délicatesse du cœur, l’amour du bien, le respect de la pudeur, la vénération pour tout ce qui est supérieur.

Plus prévoyante que lui, elle a plus d’ordre et d’économie, et surveille les détails administratifs avec une conscience qui va souvent jusqu’à la puérilité.

La femme est adroite, appliquée: elle excelle dans les travaux de goût, et possède de grandes tendances artistiques.

Plus douce, plus tendre, plus patiente que l’homme, elle aime tout ce qui est faible, protége tout ce qui souffre; toute douleur, toute misère met une larme dans ses yeux, tire un soupir de sa poitrine.

Voilà bien la femme, telle que vous la dépeignez, Messieurs.

Puis tous ajoutez:

La vocation de la femme est donc l’amour, la maternité, le ménage, les occupations sédentaires.

Elle est trop faible pour les travaux qui exigent la force et pour ceux de la guerre.

Elle est trop impressionnable et trop sensible, trop bonne, trop douce pour être législateur, juge et juré.

Son goût pour les détails d’intérieur, la vie retirée et les graves fonctions de la maternité indiquent assez qu’elle n’est pas faite pour des emplois publics.

Elle est trop mobile pour cultiver utilement la science; trop faible et trop occupée ailleurs, pour suivre des expériences soutenues.

Son genre de rationalité la rend impropre à l’élaboration des théories; et elle aime trop le concret et les détails, pour s’intéresser sérieusement aux idées générales, ce qui l’éloigne de toutes les hautes fonctions professorales et de celles qui exigent des études sérieuses.

Sa place est donc au foyer pour améliorer l’homme, le soutenir, le soigner, lui procurer les joies de la paternité et remplir l’office d’une bonne ménagère.

Voilà vos conclusions: voici les miennes, en admettant, par hypothèse, ce que j’affirme avec vous de la femme.

IV.

All the different parts of the same organism are modified by each other, and in this manner the functions become mutually modified.

Now, man and woman differ from each other in important organs.

Each of the sexes must therefore differ from the other not only through the organs that distinguish them, but through the modifications produced by the presence of these organs.

This, gentleman, is my first syllogism: I know that we shall not contest this point—it is classical Biology.

Let us investigate anatomically the organic differences to which sexuality subjects man and woman.

Nervous System. The so called nerves of feeling are more fully developed in woman than in man, those of motion are less developed in the former than in the latter; the cerebellum is more fully developed in the head of man than in that of woman; in the latter, the antero-posterior diameter of the brain preponderates over the bi-lateral, which is greater in proportion in the masculine sex: it is also observed that the organs of observation, circumspection, subtleness and philoprogenitiveness are more prominent in the head of woman than in that of man, in which the reasoning organs, with those of combativeness and destructiveness predominate.

Locomotive System. Man is larger than woman, he has more compact bones, and larger and better developed muscles, his thorax is the reverse of that of woman, in which, the greatest breadth is between the shoulders, while, with him, it is at the base; the pelvis is larger and broader in the female than the male sex.

Epidermic and cellular systems. Man has a more hairy skin than woman; what is called fat is less abundant in the masculine than in the feminine organism; in general, the skin of man is rougher, and his form less round; woman has longer and more silky hair. Splanchnic organs. The cerebral mass is the same in proportion in both sexes, as well as the organs of the brain, with the exception of the predominances which we have pointed out; the respiratory systems differ somewhat; woman breaths higher than man; in the latter, the circulation is more active and energetic.

To these physical differences correspond intellectual and moral differences.

Woman, having the nerves of feeling more fully developed, is more impressionable and more mobile than man.

Being weaker and as persistent, she obtains by address and stratagem what she cannot obtain by force; her weakness gives her timidity, circumspection, the necessity of feeling herself protected.

The kinds of labor that require strength are repugnant to her.

Her maternal destiny renders her an enemy of destruction, of war; and her more delicate organization makes her dread and shun contention. This same maternal destination impresses a peculiar stamp on her intellect; she loves the concrete, and is always inclined to transform thought into facts, to incarnate it, to give it a fixed form; her reasoning is intuition or quick perception of a general relation, of a truth that man elucidates only with great difficulty, by the aid of stilted logic.

Woman is a better observer than man, and carries induction farther than he; she is consequently more penetrating, and is a much better judge of the moral and intellectual value of those about her.

She has, more than man, sentiment of the beautiful, delicacy of heart, love of good, respect for modesty, veneration for everything superior.

More provident than he, she has more order and economy, and looks after administrative details with a carefulness which is often carried to puerility.

Woman is adroit, sedulous; she excels in works of taste, and possesses strong artistic tendencies.

Gentler, more tender, more patient than man, she loves everything that is weak, protects everything that suffers; every sorrow, every calamity brings a tear to her eye and draws a sigh from her breast.

This is woman, such as you paint her, gentlemen.

You then add:

The vocation of woman therefore is love, maternity, the household, sedentary occupations.

She is too weak for occupations that demand strength, and for those of war.

She is too impressionable and too feeling, too good, too gentle to be legislator, judge or juror.

Her taste for household details, a retired life, and the grave functions of maternity indicate clearly that she is not made for public employments. She is too variable to cultivate science with profit; too feeble and too much occupied beside to pursue protracted experiments.

Her kind of rationality renders her unsuited to the elaboration of theories; and she is too fond of the concrete and of details to become seriously interested in general ideas; which excludes her from all high professional functions and from those requiring serious study.

Her place is therefore at the fireside to make man better, to sustain him, to care for him, to procure him the joys of paternity, and to fill the place of a good housewife.

Such are your conclusions: here are mine, admitting as a hypothesis, what I affirm with you of woman.

V

1° La femme portant dans la Philosophie et la Science sa finesse d’observation, son amour du concret, corrigera la tendance exagérée de l’homme à l’abstraction, et démontrera la fausseté des théories construites sur l’a priori, sur quelques faits seulement. C’est alors que disparaîtra l’ontologie; que l’on reconnaîtra qu’une hypothèse n’est qu’un point d’interrogation; que la vérité est toujours de nature intelligible, quelqu’inconnue qu’elle puisse être; on ne généralisera que des faits connus, l’on évitera soigneusement d’ériger de simples généralités en lois, et nous aurons ainsi une véritable philosophie, de vraies sciences humaines, parce qu’elles porteront l’empreinte des deux sexes.

2° La femme portant ses facultés propres dans l’industrie, y introduira de plus en plus l’art, la perfection dans les détails. Cultivée dans le sens de ses aptitudes, elle trouvera d’ingénieux moyens d’application des découvertes scientifiques.

3° Patiente, douce, bonne, plus morale que l’homme, elle est éducatrice née de l’enfance, moralisatrice de l’homme fait; la plupart des fonctions éducationnelles lui reviennent de droit; et elle a sa place marquée dans l’enseignement spécial.

4° Par sa vive intuition, sa finesse d’observation, la femme seule peut découvrir la thérapeutique des névroses; son adresse la rendra précieuse dans toutes les opérations chirurgicales délicates. C’est à elle que doit incomber le soin de traiter les affections des femmes et des enfants, parce qu’elle seule est capable de les bien comprendre; elle a sa place marquée dans les 115 hôpitaux, non seulement pour la cure des maladies, mais pour l’exécution et la surveillance des détails d’administration et des soins à donner aux malades.

5° La présence de la femme dans les fonctions judiciaires, comme juré et arbitre, sera pour tous une garantie de véritable justice humaine, c’est à dire d’équité.

La femme seule par sa douceur, sa miséricorde, ses dispositions sympathiques et sa finesse d’observation, peut bien comprendre que, dans toute faute commise, la société a sa part de culpabilité: car elle doit s’organiser plus pour prévenir le mal que pour le punir. Ce point de vue, surtout féminin, transformera le système pénitentiaire et suscitera de nombreuses institutions. C’est alors seulement que tous comprendront que la peine infligée au coupable doit être un moyen de réparation et de régénération; la société ne tuera plus comme quelqu’un de faible qui a peur: elle amendera l’assassin au lieu de l’imiter; elle forcera le voleur à travailler pour restituer ce qu’il a pris; elle ne se croira plus le droit, lorsqu’elle enferme un condamné, de lui ôter sa raison, de le pousser au désespoir, au suicide, par le régime cellulaire; de le priver complétement du mariage, de l’accoupler avec plus corrompu que lui. Connaissant bien sa part de culpabilité, la société réparera les torts de son incurie dans les pénitenciers: elle sera ferme, mais bonne et moralisatrice: elle fera là, l’éducation qu’elle aurait dû faire dehors, et préparera des maisons de travail pour les libérés, afin que le mépris et la peur dont les poursuivent des gens souvent pires qu’eux, ne les poussent pas à la récidive.

La femme, portant, dans le ménage social son esprit d’ordre et d’économie, son amour des détails et son horreur des paperasses et des dépenses folles, réformera l’administration: elle simplifiera tout; supprimera les sinécures, le cumul des emplois, et produira beaucoup avec peu, au lieu de produire, comme l’homme, peu avec beaucoup: la bourse des contribuables ne s’en plaindra pas.

8o Sous l’influence directe de la femme législateur, nous aurons un remaniement de toutes les lois: d’abord et avant tout, nous aurons des moyens préventifs, une éducation obligatoire; puis le code de procédure sera simplifié; du code civil refondu, disparaîtront toutes les lois concernant les enfants naturels et l’inégalité des sexes; les lois sur les mœurs seront plus sévères, le code pénal plus rationnel et plus équitable.

Par les réformes administratives nées de l’instinct économique de la femme, les impôts seront diminués; son horreur du sang et de la guerre réduira de beaucoup l’affreux impôt du sang. Ayant voix délibérative, et sachant, par ses douleurs et son amour, ce que vaut un homme, ce ne sera qu’à bon escient qu’elle votera des levées de citoyens pour ces boucheries qu’on nomme des guerres: elle ne le fera que lorsque le territoire sera menacé, ou qu’il faudra protéger les nationalités opprimées; dans tout autre cas, elle emploira le système de la conciliation.

9o La femme, qui est bien plus économe et bien meilleure analyste que l’homme, sérieusement instruite, aura bientôt reconnu que les nations, comme les individus, diffèrent d’aptitudes, et que le but de ces différences est l’union et la fraternité par l’échange des produits: elle détournera donc son pays de cultiver certaines branches d’industrie dans lesquelles d’autres peuples 117 sont supérieurs et produisent à meilleur compte; elle le guérira de la folle prétention de se suffire à lui-même, et le détournera de sacrifier l’intérêt de la masse des consommateurs à celui de quelques producteurs: ainsi peu à peu tomberont les barrières et les douanes qui séparent les divers organes de l’humanité: il y aura des traités d’échange, et tout le monde y gagnera par le bon marché, et la suppression des dépenses faites pour soutenir une administration douanière, trop souvent vexatoire.

Les qualités et facultés de la femme en font non seulement une éducatrice, mais lui assurent la prépondérance dans toutes les fonctions qui relèvent de la solidarité sociale: elle seule sait consoler, encourager, moraliser doucement, soulager avec délicatesse; elle a le génie de la charité; c’est donc à elle que doivent revenir la surveillance et la direction des hôpitaux, des prisons de femme, l’administration des bureaux de secours, la surveillance des enfants abandonnés, etc. C’est à elle qu’on devra les institutions qui donneront du travail aux ouvriers sans ouvrage, et sauveront les libérés de la paresse et de la récidive.

Voilà, Messieurs, sans sortir des données de votre théorie, la femme placée partout à côté de l’homme, excepté dans les rudes travaux dont les machines vous dispenseront vous-mêmes, et dans les institutions militaires qui disparaîtront un jour selon toute probabilité.

Jusqu’ici les institutions, les lois, les sciences, la philosophie portent surtout l’empreinte masculine: toutes ces choses ne sont humaines qu’à demi; pour qu’elles le deviennent tout à fait, il faut que la femme s’y associe ostensiblement et légalement; conséquemment qu’elle soit cultivée comme vous: la culture ne 118 la rendra pas semblable à vous, ne le craignez pas: la rose et l’œillet croissant dans le même sol, sous le même ciel, sous le même soleil, avec les soins du même jardinier, restent rose et œillet: ils sont d’autant plus beaux que les éléments qu’ils transforment sont plus abondants, et qu’ils sont mieux cultivés: si l’homme et la femme diffèrent, l’éducation semblable ne fera que les différencier davantage, parce que chacun d’eux s’en servira pour développer ce qui lui est particulier.

Dans l’intérêt de toutes choses et de tous, il faut que la femme entre dans tous les emplois; ait sa fonction dans toutes les fonctions: après l’intérêt général de l’humanité, vient celui de la famille: il ne peut passer avant.

Puisque la femme, à l’heure qu’il est, est, en général, mère et ménagère tout en remplissant une foule d’autres fonctions, elle ne le sera pas moins en se chargeant de quelques-unes de plus; et d’ailleurs l’époque où l’on entre dans certaines fonctions importantes est celle où la femme a terminé sa tâche maternelle. Quelques femmes fonctionnaires publics n’empêcheront pas l’immense majorité de leurs compagnes de rester dans la vie privée, pas plus que quelques hommes dans le même cas, n’empêchent la masse des hommes d’y demeurer en général.

V.

1. Woman carrying into Philosophy and Science her subtleness of observation, her love of the concrete, will correct the exaggerated tendency of man for abstract reasoning, and demonstrate the falsity of theories constructed, à priori, on a few facts alone. Then only will ontology disappear, then will it be recognized that a hypothesis is merely an interrogation point; that truth is always intelligible in its nature, however unknown it may be; we shall generalize nothing but known facts, we shall carefully avoid erecting simple generalities into laws, and we shall thus have veritable philosophy, and true human science, because they will bear the imprint of both sexes.

2. Woman carrying her peculiar faculties into the arts and manufactures, will increasingly introduce therein art, perfection in details. Cultivated in the direction of her aptitudes, she will find ingenious methods of application of scientific discoveries.

3. Patient, gentle, good, more moral than man, she is the born educator of childhood, the moralizer of the grown man; the majority of the educational functions revert to her of right, and she has her assigned place in special instruction.

4. By her quick intuition and her acuteness of observation, woman alone can discover the therapeutics of nervous affections; her dexterity will render her valuable in all delicate surgical operations. On her should devolve the care of treating the diseases of women and children, because she alone is capable of fully comprehending them; she has her especial place in hospitals, not only for the cure of disease, but also for the execution and surveillance of the details of management and the care of the patients.

5. The presence of woman in judicial functions, as juror and arbiter, will be a guarantee of veritable human justice to all; that is, of equity.

Woman alone through her gentleness, her mercy, her sympathetic disposition, and her subtleness and observation, can comprehend that society has its share of culpability in every fault committed; for it should be organized to prevent wrong rather than to punish it. This point of view, especially feminine, will transform the penitentiary system and raise up numerous institutions. Then only will the world comprehend that the punishment inflicted on the guilty should be a means of reparation and regeneration; society will no longer slay its prisoners as if weak and fearful: it will amend the assassin instead of imitating him; it will force the thief to work to make restitution of what he has stolen; it will no longer believe that it has the right by imprisoning a criminal to deprive him of his reason, to drive him to despair, to suicide by solitary confinement; to deprive him completely of marriage; to couple him with those more corrupt than himself. Conscious of its own share of culpability, society will repair in penitentiaries the fault of its carelessness: it will be firm, yet kind and moralizing: it will give in them the education which it ought to have given outside, and will prepare work houses for the liberated convicts in order that the contempt and horror often shown toward them by men worse than they may not drive them to a second offence.

7. Woman, carrying into the social household her spirit of order and economy, her love of details and abhorrence of waste and foolish expense, will reform government: she will simplify everything; will suppress sinecures and the accumulation of offices, and will produce much from little instead of, like man, producing little from much: the purse of the tax-payers will not complain of the change.

8. Under the direct influence of woman as legislator, we shall have a reconstruction of all laws; first and before everything, we shall have preventive measures, a compulsory education; then the form of legal proceedings will be simplified, the civil code recast, and all laws concerning illegitimate children and the inequality of the sexes banished from it; the laws concerning morals will be more severe, and the penal code more rational and equitable.

By her administrative reforms born of the economical instinct of woman, taxes will be diminished; her abhorrence of blood and war will greatly reduce the fearful impost of blood-shed. Having a deliberative voice, and knowing, by her griefs and love the value of a man, it will be only from sheer necessity that she will consent to vote bevies of citizens for the shambles called wars: she will do this only when her country is menaced or when it is necessary to protect oppressed nationalities; in all other cases, she will employ the system of conciliation.

9. Woman, being much more economical and a better analyst than man, when thoroughly instructed, will soon perceive that nations, like individuals, differ in aptitudes, and that the end of these differences is union and fraternity through exchange of products: she will therefore deter her country from cultivating certain branches of the acts and manufactures in which other nations excel and which they can produce to better advantage; she will cure it of the foolish pretension of being sufficient unto itself, and will prevent it from sacrificing the interest of the mass of consumers to that of a few producers: thus the barriers and custom duties that separate the different organs of humanity will fall by degrees; there will be treaties of free trade, and all will be gainers by the cheapness of products, and the suppression of the expenses of maintaining a too often annoying department of customs.

The qualities and faculties of woman not only make her an educator, but assure her preponderance in all functions arising from social solidarity; she alone knows how to console, to encourage, to moralize with gentleness, to comfort with delicacy; she has the genius of charity; to her therefore should revert the superintendence and direction of hospitals and prisons for women, the management of charitable institutions, the care of abandoned children, etc. She should create institutions to furnish employment to workmen out of work, and to save liberated convicts from indolence and relapse into crime.

Thus, gentleman, without departing from the data of your theory, you behold woman placed everywhere by the side of man, except in the hard labor from which you yourselves will soon be released by machinery, and in the military institutions which, in all probability, will some day disappear.

Hitherto institutions, laws, sciences, philosophy have chiefly borne the masculine imprint; all of these things are only half human; in order that they may become wholly so, woman must be associated in them ostensibly and lawfully, consequently, she must be cultivated like you; culture will not make her like you, do not fear it; the rose and the carnation growing in the same soil, under the same sky, in the same sunshine, with the cares of the same gardener, remain rose and carnation: they are more beautiful in proportion as they are better cultivated, and as the elements which they absorb are more abundant: if man and woman differ, a similar education will only make them differ still more, because each will employ it in the development of that which is peculiar to himself.

For the interest of all things and people it is necessary that woman should enter all the avocations of life, that she should have her function in all the functions: after the general interest of humanity, comes that of the family; it cannot go before it.

Since woman now is generally mother and housewife while performing at the same time a host of other functions, she will become none the less so in taking upon herself a few more; besides, the time of life at which an individual enters certain important functions is that at which woman has finished her maternal task. A few women acting as public functionaries will not hinder the great majority of their companions from remaining in private life, any more than a few men in the same position hinder the mass of men from continuing there.

VI

Vous admettez enfin une classification, me dites vous, Messieurs; et vous convenez, de plus, qu’il y a des fonctions masculines et des fonctions féminines.

—Vous vous méprenez, Messieurs: vous m’accusiez d’être 119 incapable de vous donner une théorie complète, je vous ai donné l’ébauche de quatre; ébauche qu’il me serait facile d’étendre et de parfaire. Mais je n’admets pas une seule de ces théories dans son ensemble.

—Vous êtes donc éclectique?

—Que les Dieux m’en gardent: j’ai autant de répugnance pour l’éclectisme que pour le nombre trois et l’androgynie.

Je n’admets pas la théorie de l’identité des sexes, parce que je crois avec la Biologie qu’une différence organique essentielle modifie l’être tout entier; qu’ainsi la femme doit différer de l’homme.

Je n’admets pas la théorie de la supériorité d’un sexe ni de l’autre, parce qu’elle est absurde: l’humanité est homme-femme ou femme-homme; on ne sait ce que serait un sexe, s’il n’était pas incessamment modifié par ses rapports avec l’autre, et nous ne les connaissons qu’ainsi modifiés: ce qu’il y a de certain, c’est qu’ils sont ensemble la condition d’être de l’humanité; qu’ils sont également nécessaires, également utiles l’un à l’autre et à la société.

Je n’admets pas ma troisième théorie parce qu’elle est d’un nominalisme outré; s’il est bien vrai que tous les individus des deux sexes diffèrent de l’un à l’autre d’une manière bien autrement notable que ceux des autres espèces, il n’en est pas moins vrai qu’une classification, fondée sur un caractère anatomique constant, est légitime, et que le principe de classification est dans la nature des choses; car si les choses nous apparaissent classées, c’est qu’elles le sont: les lois de l’esprit sont les mêmes que celles de la nature en ce qui touche la connaissance: il faut 120 l’admettre, à moins d’être sceptique ou idéaliste, or je ne suis ni l’un ni l’autre; je ne suis pas non plus réaliste dans l’acception philosophique du mot, car je ne crois pas que l’espèce soit quelque chose en dehors des individus en qui elle se manifeste: elle est en eux et par eux, ce qui revient à dire qu’il y a des individus identiques sous un ou plusieurs rapports, quoique différents sous tous les autres.

Enfin je n’admets pas la quatrième théorie, quoique son principe soit vrai, parce que les faits nombreux qui contredisent les caractères différentiels, ne me permettent pas de croire que ces caractères soient des lois établies par la sexualité.

En effet, il y des cerveaux d’hommes sur des têtes de femme et vice versâ.

Des hommes mobiles, impressionnables; des femmes fermes et insensibles.

Des femmes grandes, fortes, musclées, soulevant un homme comme une plume; des hommes petits, frêles, d’une extrême délicatesse de constitution.

Des femmes qui ont une voix de stentor, des manières rudes; des hommes qui ont la voix douce, des manières gracieuses.

Des femmes qui ont les cheveux courts, raides, sont barbues, ont la peau rude, les formes anguleuses; des hommes qui ont les cheveux longs, soyeux, sont imberbes, gras, replets.

Des femmes qui ont une circulation énergique; des hommes qui en ont une faible et lente.

Des femmes franches, étourdies, hardies; des hommes rusés, dissimulés, timides.

Des femmes violentes, qui aiment la lutte, la guerre, la dispute; 121 qui éprouvent le besoin de tempêter à tout propos; des hommes doux, patients, ayant horreur de la lutte et très poltrons.

Des femmes qui aiment l’abstraction, généralisent et synthétisent beaucoup, qui n’ont d’intuition d’aucune sorte; des hommes intuitifs, fins observateurs, bons analystes, incapables de généraliser…… J’en connais bon nombre.

Des femmes insensibles aux œuvres d’art, qui ne sentent pas le beau; des hommes remplis d’enthousiasme pour l’un et l’autre.

Des femmes immorales, impudiques, sans respect pour rien ni personne; des hommes moraux, chastes, vénérants.

Des femmes dissipatrices, désordonnées; des hommes économes et parcimonieux jusqu’à l’avarice.

Des femmes profondément égoïstes, sèches, disposées à exploiter la faiblesse, la bonté, la sottise ou la misère d’autrui; des hommes pleins de générosité, de mansuétude, prêts à se sacrifier.

Que résulte-t-il de ces faits indéniables? C’est que la loi des différences sexuelles ne se manifeste pas par les caractères généraux qu’on a établis.

C’est que ces caractères peuvent fort bien n’être que le résultat de l’éducation, de la différence des préjugés, de celle des occupations, etc.

C’est que, de ces généralités pouvant être le fruit d’une différence de gymnastique et de milieu, l’on ne peut rien légitimement conclure quant aux fonctions de la femme: ne serait-il pas absurde, en effet, de prétendre qu’une femme organisée pour la philosophie et les sciences, ne peut, ne doit pas s’en occuper 122 parce qu’elle est femme, tandis qu’au homme incapable, mais assez sot et assez vaniteux pour ignorer son incapacité, peut et doit s’en occuper parce qu’il est homme?

Les fonctions appartiennent à ceux qui prouvent leur aptitude et non pas à une abstraction qu’on appelle sexe: car en définitive toute fonction est individuelle dans sa totalité ou dans ses éléments.

VI.

You admit a classification at last, you say, and still more you grant that there are masculine and feminine functions. You are mistaken, gentlemen: you accused me of being incapable of giving you a complete theory, I have given you the outlines of four—outlines which it would be easy for me to extend and perfect. But I do not admit a single one of these theories as a whole.

Are you eclectic, then?

The gods forbid! I have as much repugnance to eclecticism, as to mystic trinitarianism and androgyny.

I do not admit the theory of the identity of the sexes, because I believe with Biology that an essential organic difference modifies the entire being; that therefore woman must differ from man.

I do not admit the theory of the superiority of either sex, because it is absurd; humanity is man-woman or woman-man; we do not know what one sex would be if it were not incessantly modified by its relations with the other, and we know them only as thus modified: What we know to a certainty is that they form together the existing condition of humanity; that they are equally necessary and equally useful to each other and to society.

I do not admit my third theory because it is ultra-nominalism nominalism; if it is really true that all the individuals of both sexes differ among themselves in a far more remarkable manner than those of the other species, it is none the less true that a classification, founded upon a constant anatomical characteristic, is legitimate, and that the principle of classification lies in the nature of things, for if things appear to us classified, it is because they are so; the laws of the mind are the same as those of Nature so far as knowledge is concerned; we must admit this, unless we are sceptics or idealists, and I am neither the one nor the other; neither am I a realist in the philosophic acceptation of the word, for I do not believe that the species is something apart from the individuals in which it is manifested; it is in them and through them; this repeats the affirmation that there are individuals identical in one or several respects, although different in all others.

Lastly, I do not admit the fourth theory, although it may be true in principle, because the numerous facts that contradict the distinguishing characteristics, do not permit me to believe that these characteristics are laws established by sexuality.

In fact, there are brains of men in heads of women, and vice versa.

Men mobile and impressionable; women firm and insensible.

Women large, strong and muscular, lifting a man like a feather; men small, frail, and of extreme delicacy of constitution.

Women with a stentorian voice and abrupt manners; men with a soft voice and graceful manners.

Women with short, harsh hair, bearded, with rough skin and angular figures; men with long, silky hair without beard, round and portly.

Women with an energetic circulation of blood; men in whose veins it courses feebly and slowly.

Women frank, inconsiderate and daring; men strategic, dissembling and timid.

Women violent, loving strife, war and contention, and wont to storm on every occasion; men gentle, patient, dreading strife, and exceedingly timid.

Women loving abstract reasoning, generalizing and synthetizing much, and without intuition of any sort; men intuitive, acute observers, good analysts, incapable of generalizing…. I know many such.

Women insensible to works of art, and without the sentiment of the beautiful; men full of enthusiasm for both.

Women immoral, immodest, respecting nothing or no one; men moral, chaste and reverential.

Women extravagant and disorderly; men economical and parsimonious to avarice.

Women thoroughly selfish, rigid, disposed to take advantage of the weakness, kindness, folly or misery of others; men full of generosity, mansuetude, and self-sacrifice.

What follows from these undeniable facts? that the law of sexual differences is not manifested through the several characteristics which have been laid down.

That these characteristics may be only the result of education, of the difference of prejudices, of that of occupations, etc.

That, as these generalities may be the fruit of the difference of training and surroundings, nothing can be legitimately deduced from them as to the functions of woman; would it not be absurd, in fact, to pretend that a woman who is organized for philosophy and the sciences can not, ought not to occupy herself with them because she is a woman, while a man, who is incapable of them but foolish and vain enough to be ignorant of his incapacity, can and ought to engage in them because he is a man?

Functions belong to those who prove their aptitude for them, and not to an abstraction called sex, for, definitively, every function is individual in its aggregate or in its elements.

VII

Nous avons dit pourquoi nous repoussons les théories que nous avons esquissées; disons pourquoi nous ne donnons ni ne voulons donner une classification des sexes.

Nous ne donnons pas une classification, parce que nous n’en avons ni ne pouvons en avoir une; les éléments manquent pour l’établir. Une induction biologique nous permet d’affirmer qu’elle existe; mais dans le milieu actuel, il est impossible d’en dégager la loi: le véritable cachet féminin ne sera connu qu’après un ou deux siècles d’éducation semblable et de droits égaux: alors point ne sera besoin de faire une classification, car la fonction ira naturellement au fonctionnaire sous un régime d’égalité où les éléments sociaux se classeront d’eux-mêmes.

Mes croyances et mes espérances en ce qui concerne cet avenir, je ne les dirai pas; car je puis être dans l’erreur, puisque je n’ai pas de faits pour contrôler mes intuitions, et tout ce qui est purement utopie a toujours un côté dangereux. D’ailleurs, n’ai-je pas dit qu’eussé-je une classification, je ne la donnerais 123 pas? Pourquoi? Parce qu’on en ferait, comme toujours, un détestable usage, si elle était adoptée.

Jusqu’ici ne s’est-on pas servi de classifications basées sur des caractères qu’on a reconnus purement transitoires plus tard, pour opprimer, déformer et calomnier ceux qu’on reléguait dans les rangs inférieurs?

L’histoire est là pour nous donner ce salutaire enseignement.

La ville pédaille, la gent taillable et corvéable à merci, n’était bonne qu’à battre l’eau des étangs et à se laisser tondre jusqu’au vif: où est-elle aujourd’hui? elle invente, gouverne, légifère et transforme peu à peu notre globe, dévasté par l’espèce supérieure seule capable, en un séjour riant et paisible.

Sur toute classification de l’espèce humaine soit en castes, en classes, en sexes, reposent trois iniquités.

La première est de faire un crime à l’individu rejeté dans la série inférieure, de ne point ressembler au type de convention qu’on s’en est formé, tandis qu’on permet fort bien à l’être, dit supérieur, de ne pas ressembler à son type: c’est ainsi qu’un homme faible, lâche, inintelligent, un modiste, un brodeur, n’en sont pas moins des hommes, tandis qu’une virago, une femme ferme, courageuse, une grande souveraine, une philosophe ne sont pas des femmes, mais des hommes qu’on n’aime pas, et qu’on livre en pâture aux bêtes et aux femmelettes jalouses qui les déchirent.

La seconde iniquité est de se servir du type de convention pour déformer l’être classé dans la série inférieure, pour tuer ses énergies, empêcher son progrès. Alors, pour arriver au but, on organise l’éducation, le milieu social, on invente des préjugés 124 et l’on réussit en général si bien que l’opprimé, qui s’ignore, se croit réellement de nature inférieure, se résigne à ses fers et va jusqu’à s’indigner de la révolte de ceux de sa série qui sont trop énergiques et personnels pour n’avoir pas réagi contre ce que l’imbécillité sociale prétendait faire d’eux.

La troisième iniquité est de se servir de l’état d’abaissement où l’on a réduit l’opprimé pour le calomnier et nier ses droits: on s’écrie: regardez: Voilà le serf! Voilà l’esclave! Voilà le nègre! Voilà l’ouvrier! Voilà la femme! Quels droits voulez-vous reconnaître à ces natures inférieures et débiles? Ils sont incapables de se connaître et de se régir: nous devons donc penser, vouloir et gouverner pour eux.

Eh! non, Messieurs, ce ne sont pas là des hommes et des femmes: ce sont les tristes produits de votre égoïsme, de votre affreux esprit de domination, de votre imbécillité….. S’il y avait des dieux infernaux, je vous y dévouerais sans pitié et de tout mon cœur! Au lieu de calomnier vos semblables pour conserver vos priviléges, donnez leur l’instruction, la liberté; alors seulement vous aurez le droit de vous prononcer sur leur nature: car on ne peut connaître la nature d’une créature humaine que lorsqu’elle se développe en toute liberté dans l’égalité.

J’ai justifié, je crois, ma répugnance à donner une classification des sexes, et par l’impossibilité d’en établir actuellement une raisonnable, et par la crainte bien légitime de l’usage qu’on en ferait.

Mais on m’objectera, non sans raison, qu’il faut une classification pour la pratique sociale.

125 J’y consens de tout mon cœur, puisque j’ai fait toutes mes réserves, et prouvé l’inanité des classifications actuelles.

Comme mon principe est que la fonction doit aller au fonctionnaire qui prouve sa capacité, je dis qu’à l’heure qu’il est, par la différence d’éducation, l’homme et la femme ont des fonctions distinctes; et qu’il faut donner à cette dernière la place qu’en général elle mérite.

J’ajoute que c’est une violation du droit naturel de la femme que de la former en vue des fonctions qu’on lui destine: elle doit, sous tous les rapports, être dans le droit commun: pas plus qu’à l’homme, on ne peut légitimement lui dire: ton sexe ne peut faire cela, ne peut prétendre à cela: si elle le fait et y prétend, c’est que son sexe peut le faire et y prétendre: s’il ne le pouvait, il ne le ferait pas; le premier droit est la liberté, le premier devoir la culture de ses aptitudes, le développement de sa raison, de sa puissance d’utilité: un Dieu dit-il le contraire, ce ne serait pas la conscience, mais ce Dieu qui aurait menti.

Que la femme donc prenne la place qui convient à son développement actuel, mais qu’elle se rappelle sans cesse que cette place n’est point fixe et qu’elle doit tendre à monter toujours, jusqu’au jour où sa nature spéciale se révélant par l’égalité d’éducation, d’instruction, de Droit et de Devoir, elle prendra partout sa place légitime à côté de l’homme et sur la même ligne que lui.

Qu’elle rie de toutes les folles utopies élaborées sur sa nature, ses fonctions déterminées pour l’éternité, et se rappelle qu’elle est, non pas ce que la nature, mais ce que l’esclavage, les préjugés, 126 l’ignorance, l’ont faite: qu’elle se délivre de toutes ces chaînes et ne se laisse plus intimider et abrutir.

Ainsi Messieurs, toute ma pensée sur la nature et les fonctions de la femme peut se résumer dans les quelques propositions suivantes:

Je crois, parce qu’une induction physiologique m’y autorise que, sur le fonds général de l’humanité, commun aux deux sexes, la sexualité imprime un cachet.

En fait, j’ignore; et vous n’en savez pas plus que moi, quels sont les véritables caractères ressortant de la distinction des sexes, et je crois qu’ils ne peuvent se révéler que par la liberté dans l’égalité, la parité d’instruction et d’éducation.

Dans la pratique sociale, les fonctions doivent appartenir à qui peut les remplir: donc la femme doit remplir les fonctions auxquelles elle se montre apte, et l’on doit s’organiser pour que cela ait lieu.

Quelles sont ces fonctions relatives à son degré de développement actuel? Je vous le dirai plus loin, Messieurs.

VII.

We have explained why we reject the theories that we have sketched; we will now explain why we neither give nor wish to give a classification of the sexes.

We do not give a classification, because we neither have nor can have one; the elements for its establishment are lacking. A biological deduction permits us to affirm that such a one exists; but it is impossible to disengage its law in the present surroundings; the veritable feminine stamp will be known only after one or two centuries of like education and equal rights: then there will be no need of a classification, for the function will fall naturally to the proper functionary under a system of equality in which the social elements classify themselves.

My belief and my hopes concerning the future, I shall not confess; for I may be in error, since I have no facts to control my intuitions, and everything that is purely Utopian has always a dangerous side. Besides have I not said that, had I formed a classification, I should not give it? Why not? Because, a detestable use would be made of it, as usual, if it were adopted.

Hitherto, have not men availed themselves of classifications based upon characteristics afterwards recognized as purely imaginary to oppress, distort and calumniate those banished to the inferior ranks?

History is at hand to give us this salutary lesson. Where is now to-day the ville-pedaille, the villains and base-tenants, fit only to drain ditches and to be stripped to the skin? Inventing, governing, making laws for, and gradually transforming our globe, devastated by the superior and only capable species, into a smiling and peaceful domain.

Upon all classification of the human species, whether in castes, in classes, or in sexes, are based three wrongs.

The first is to make it a crime in the individual degraded into the lower series, that he does not resemble the conventional type that has been formed of this series, while the so called superior being is not required to resemble his type; thus a weak, cowardly, unintelligent man, a man milliner or an embroiderer, is none the less a man, while a virago, a firm and courageous woman, a great queen, a woman philosopher are not women, but men whom none love and who are given over as a prey to wild beasts, jealous, effeminate men, to devour.

The second wrong is to take advantage of the conventional type to deform the being classed in the inferior series in order to kill his energies and to hinder his progress. Then, to attain this end, education, social surroundings are organized, prejudices are invented; and so successfully is this done in general that the oppressed, ignorant of himself, believes himself really of an inferior nature, resigns himself to his chains, and is even indignant at the rebellion of those of his series who are too energetic and individual not to react against the part to which social imbecility has condemned them.

The third wrong is to take advantage of the state of debasement to which the oppressed has been reduced, to calumniate him and deny his rights; men exclaim, Look! See the serf! see the slave! see the negro! see the workingman! see woman! What rights would you grant these inferior and feeble natures? They are incapable of knowing and ruling themselves: we must therefore think for them, wish for them, and govern them.

Ah no, gentlemen, these are not men and women; they are the deplorable results of your selfishness, of your frightful spirit of domination, of your imbecility…. If there were infernal gods, I should devote you to them relentlessly with all my heart. Instead of calumniating your fellows that you may preserve your privileges, give them instruction and liberty; then only will you have the right to pass judgment on their nature: for we can only know the nature of a human being when it has become freely developed in equality.

I think that I have justified my repugnance to give a classification of the sexes, both by the impossibility of actually establishing a reasonable one, and by the very legitimate fear of the bad use that would be made of it.

But it will be objected, and not without reason, that a classification is necessary for social practice.

I consent to it with all my heart, since I have reserved my positions, and proved the worthlessness of existing classifications.

As it is my principle that the function should fall to the functionary who proves his capacity, I say that at present, through the difference of education, man and woman have distinct functions; and that we must give to the latter the place that in general she deserves.

I add that it is a violation of the natural right of woman to form her with a view to certain functions to which she is destined; she should in all respects enjoy the rights common to all; it cannot rightfully be said to her any more than to man, “your sex cannot do that, cannot pretend to that;” if it does it and pretends to it, it is because the sex can do it and pretend to it; if it could not, it would not do it; the first right is liberty, the first duty, the culture of one’s aptitudes, the development of his reason and his power of usefulness: if a god should affirm the contrary, not conscience, but the god would speak falsely.

Let woman take the place therefore that is suited to her present development, but let her never cease to remember that this place is not a fixed point, and that she should continually strive to mount upwards until, her peculiar nature revealing itself through equality of education, instruction, right and duty, she takes her rightful place by the side of man and on a level with him.

Let her laugh at all the utopian follies elaborated concerning her nature, her functions determined for eternity, and remember that she is not what nature, but what subjection, prejudice, ignorance has made her; let her escape from all her chains, and no longer permit herself to be intimidated and debased.

Thus, gentlemen, all my ideas on the nature and functions of woman may be summed up in these few propositions:

I believe, because a physiological deduction authorizes me to do so, that general humanity common to both sexes is stamped by sexuality.

In fact, I know not, and you know no better than I, what are the true characteristics arising from the distinction of the sexes, and I believe that they can be revealed only by liberty in equality, parity of instruction and of education.

In social practice, functions should belong to those who can perform them: woman therefore should perform those functions for which she shows herself qualified, and society should become so organized that this may be possible.

What are these functions relative to her degree of present development? I will tell you directly.

CHAPITRE II.
L’AMOUR, SA FONCTION DANS L’HUMANITÉ.

I

Vous dites à l’enfant qui ment: c’est mal de tromper: tu ne voudrais pas qu’on te trompât.

Vous dites à l’enfant qui dérobe: c’est mal de voler: tu ne voudrais pas qu’on te volât.

Vous dites à l’enfant qui abuse de sa force, de son intelligence pour tourmenter son compagnon plus jeune: tu ne voudrais pas qu’on te fît ces choses; tu es un méchant et un lâche.

Voilà de bonnes leçons. Pourquoi donc alors, quand l’enfant est devenu jeune homme, dites-vous: il faut que les jeunes gens jettent la gourme du cœur?

Jeter la gourme du cœur, c’est tromper des jeunes filles, perdre leur avenir, pratiquer l’adultère, entretenir des lorettes, fréquenter le lupanar.

128 Et ce sont des mères, ce sont des femmes, qui consentent ainsi à la profanation de leur sexe!

Ce sont les mêmes qui ont défendu à leurs fils de voler un jouet, qui leur permettent de voler l’honneur et le repos des autres!

Ce sont les mêmes qui ont fait honte à leurs fils du mensonge, qui leur permettent de tromper de pauvres filles!

Ce sont les mêmes qui ont fait à leurs fils un crime d’opprimer plus faibles qu’eux, qui leur permettent d’être oppresseurs et lâches envers les femmes!

Puis elles se plaignent ensuite que leurs fils se comportent mal envers elles; qu’ils se déshonorent et se ruinent;

Qu’ils souhaitent la mort de leurs parents, afin d’enrichir les usuriers auxquels ils ont emprunté pour entretenir le luxe de leurs maîtresses;

Elles se plaignent qu’ils détruisent leur santé et ne donnent à leurs mères que des petits fils étiolés, pour l’existence desquels elles seront dans de continuelles angoisses.

Eh! Mesdames, vous n’avez que ce que vous méritez: portez le poids d’une solidarité que vous ne pouvez fuir. Vous avez autorisé Messieurs vos fils à jeter la gourme du cœur, subissez en les conséquences.

Mais une mère ne peut être la confidente de son fils, dit-on.

Pourquoi cela, Madame, si vous l’avez élevé de manière à ne vous point faire de confidences déshonorantes?

Il n’aurait pas à vous en faire, si vous l’aviez habitué à se vaincre, à respecter toute femme comme sa mère, toute petite fille comme sa sœur; à traiter autrui comme il trouve juste d’être 129 traité; si tous lui aviez bien inculqué qu’il n’y a qu’une morale, à laquelle les deux sexes sont également astreints d’obéir; si vous lui aviez fait honorer, aimer et pratiquer le travail; si vous lui aviez dit que nous vivons pour nous perfectionner, pratiquer la Justice et la Bienveillance, et rendre à l’humanité ce qu’elle fait pour nous en nous protégeant, nous éclairant, nous moralisant, nous entourant de sécurité et de bien-être; qu’enfin notre gloire est de nous soumettre à la grande loi du Devoir.

Si vous l’aviez ainsi élevé, Madame, en surprenant chez votre fils les premiers signes du vif attrait que l’homme éprouve vers l’autre sexe, bien loin d’abandonner aux hasards de l’inexpérience l’éducation de cet instinct, vous feriez ce que vous avez fait pour les autres: vous apprendriez au jeune homme à le soumettre à une sage discipline.

Au lieu de répéter cette parole niaisement atroce: il faut que les jeunes gens jettent la gourme du cœur, vous prendriez affectueusement les mains de votre fils et, les yeux fixés sur les siens, vous lui diriez: Mon enfant, la nature veut qu’une femme t’attire désormais plus que moi, et maintienne ou détruise ce que j’ai si laborieusement élevé: Je n’en murmure pas: il faut que les choses soient ainsi. Mais ma tendresse et mon devoir exigent que je t’éclaire en cette grave circonstance. Dis-moi, si un jeune homme, pour satisfaire l’instinct qui s’éveille en toi maintenant, corrompait ta sœur, sacrifiait sa vie, que penserais-tu de lui? Que ferais-tu?

Le jeune homme, habitué dès l’enfance à pratiquer la Justice, ne manquerait pas de répondre: je penserais qu’il est pervers et lâche… Est-ce qu’on ne le punirait pas, ma Mère?

130 —Non, mon fils, le séducteur n’est pas puni par la loi.

—Eh! bien je le tuerais: car je rentre dans mon droit de justicier, quand la loi n’a pas pourvu.

—Bien, mon enfant. Ainsi tu ne seras à l’égard d’aucune jeune fille ni pervers ni lâche; tu ne mériteras pas de subir l’arrêt que tu as prononcé, c’est à dire d’être tué. Tu respecteras donc toutes les jeunes filles comme tu veux qu’on respecte ta sœur, comme tu voudrais qu’on respectât ta fille.

Autre question: que penserais-tu d’un homme qui m’aurait entraînée à trahir ton père; lui aurait enlevé mon cœur et mes soins; m’aurait détournée des graves devoirs de la maternité? Que penserais-tu de celui qui se conduirait ainsi à l’égard de ta propre compagne?

—Je le jugerais comme l’autre et ne le traiterais pas mieux.

—Bien encore. Ainsi donc tu respecteras toutes les femmes mariées comme tu veux qu’on respecte ta mère et ta femme; et si tu en rencontres quelqu’une pour laquelle tu te sentes de l’inclination, quelqu’autre assez déloyale pour chercher à te plaire, tu les fuiras: car le seul remède contre la passion, c’est la fuite.

Une multitude de femmes, d’abord innocentes, ont été détournées de la droite voie par des hommes qui ne pensent pas comme toi. Aujourd’hui elles se vengent sur ton sexe du mal qu’il leur a fait. Elles corrompent et ruinent les hommes qui, dans leur compagnie, perdent le sens moral, apprennent à rire de ce que tu crois et vénères, compromettent et perdent leur santé. Te sens-tu le triste courage de t’exposer à de semblables risques?

131 Le jeune homme, exercé dès l’enfance à soumettre ses penchants à la Raison et à la Justice, répondra:

—Non, ma mère, je ne ferai pas ce que je ne voudrais pas qu’eût fait ma compagne; je ne veux ni me dégrader moralement, ni perdre ma santé, ni contribuer pour ma part à perpétuer un état de choses qui dégrade le sexe auquel appartiennent ma femme, ma mère, ma sœur et mes filles, si j’ai le bonheur d’en avoir.

Je t’avoue très sincèrement que je prévois en moi une lutte violente; mais grâce à la gymnastique morale à laquelle tu m’as habitué, grâce à l’idéal de destinée que tu m’as donné, que j’ai accepté dans la plénitude de ma Raison et qui me trace mon Devoir, je ne désespère pas de me vaincre.

—Cette victoire te sera moins difficile à obtenir, si tu t’occupes utilement et sérieusement: car alors tu appelleras la vitalité dans les régions supérieures du cerveau. Tu feras sagement d’ajouter à cela beaucoup d’exercice physique; de t’abstenir d’une nourriture trop substantielle, et surtout de boissons excitantes: tu connais les réactions du physique sur le moral. Évite avec soin les lectures licencieuses, les conversations déplacées; donne place dans ton esprit à la vierge qui doit s’unir à toi: pense et agis comme si tu étais en sa présence, cela te gardera et te purifiera. Ce doux idéal te rendra fort contre la tentation, et contribuera beaucoup à te rendre froid auprès des femmes à qui tu ne dois donner aucune place dans ton cœur.

L’amour, mon enfant, est une chose fort grave par ses conséquences; car les êtres qu’il unit se modifient l’un par l’autre: il laisse des traces, quelque peu de durée qu’il ait eue.

132 Son but, c’est le Mariage dont une des fins est la continuité de l’espèce. Or tu connais les effets de la solidarité du sang; il est donc très important que tu ne choisisses pour compagne, qu’une femme dont le caractère, les mœurs, les principes soient d’accord avec les tiens; non seulement pour ton bonheur propre, mais pour l’organisation même de tes enfants, l’unité de leur nature et de leur conduite.

Si la passion ne te laisse pas suffisamment libre, viens à moi: j’y verrai à ta place, et si je te dis: mon fils, cette femme t’abaissera, te fera commettre des fautes; de son fait, tes enfants auront telles mauvaises inclinations; elle n’est pas douée pour les élever en vue de ton idéal qu’elle n’acceptera jamais, parce qu’elle est vaine et égoïste; si je te dis cela, je sais, mon fils, que, quelle que soit ta souffrance, tu renonceras à une femme que tu n’aimerais plus au bout de quelques mois d’union, et que tu préféreras une douleur passagère à une vie de malheur.

 

CHAPTER TWO.

LOVE; ITS FUNCTION IN HUMANITY.

I.

You tell the child that lies, “it is wrong to deceive; you would not wish others to deceive you.”

You tell the child that pilfers, “it is wrong to steal; you would not wish others to steal from you.”

You tell the child that takes advantage of his strength and knowledge to torment his younger companion; “you would not wish others to do these things to you; you are wicked and cowardly.”

These are good lessons. Why then, when the child has become a young man, do you say: Young men must sow their wild oats?

To sow their wild oats is to deceive young girls, to destroy their future, to practice adultery, to keep mistresses, to visit brothels.

Yet mothers, women thus consent to the profanation of their sex!

Those who forbade their child to steal a toy, permit him to steal the honor and repose of human beings!

Those who shamed their son for falsehood, permit him to deceive poor young girls!

Those who made it a crime in their son to oppress those weaker than themselves, permit him to be oppressive and perfidious toward women!

Then they complain later that their sons treat them ill; that they dishonor and ruin themselves;

That they desire the death of their parents, in order to enrich the usurers from whom they have borrowed money to maintain their mistresses in luxury.

They complain that they destroy their health, and give their mothers puny grandchildren, for whose existence they are in continual anxiety.

Ah! ladies, you have only what you deserve; bear the weight of a joint responsibility which you cannot escape. You authorized your sons to sow their wild oats; endure the consequences.

But a mother cannot be the confident of her son, it is said.

Why not, madam, if you have brought him up in such a way as to have no dishonorable confidence to make to you.

He would have none to make, if you had accustomed him to conquer himself, to respect every woman as though she were his mother, every young girl as though she were his sister; to treat others as he would think it right to be treated by them; if you had fully inculcated on him that there is but one system of morality, which both sexes are equally bound to obey; if you had caused him to honor, love and practice labor; if you had told him that we live to improve ourselves, to practise justice and kindness, and to render back to humanity what it does for us in protecting us, enlightening us, rendering us moral, surrounding us with security and comfort; that in fine our glory lies in subjecting ourselves to the great law of Duty.

If you had reared him in this manner, madam, on surprising in your son the first signs of the ardent attraction 250 that man feels toward the other sex, far from abandoning the education of this instinct to the chances of inexperience, you would do for it what you did for the others; you would teach the young man to subject it to a wise discipline.

Instead of repeating the stupidly atrocious phrase; young men must sow their wild oats, you would have taken your son’s hand affectionately in your own, and, looking in his face, would have said: “My child, Nature decrees that a woman should henceforth attract you more strongly than I, and should maintain or destroy what I have so laboriously built up: I do not murmur at this; it must be so. But my affection and duty require me to enlighten you in this grave juncture. Tell me, if a young man, to satisfy the instinct which is now awakening in you, should corrupt your sister, should sacrifice her life, what would you think of him? what would you do?”

The young man, accustomed from childhood to practise Justice, would not fail to reply: “I should think him depraved and cowardly. Would he not be punished?”

“No, my son, the seducer is not punished by the law.”

“Well! I would kill him, for my right of justice reverts to me when the law makes no provision.”

“Right, my child. Then you will be neither depraved nor cowardly with respect to any young girl; you will not deserve the sentence which you have pronounced; namely, death. You will respect all young girls and women as you would wish your sister, your daughter to be respected.

“Another question: what would you think of a man who should persuade me to betray your father; who should rob him of my heart and cares; who should draw 251 me aside from the grave duties of maternity? What would you think of the man who should act thus with respect to your own companion?”

“I would judge him like the former and would treat him no better.”

“Right again. Then you will respect all married women as you would wish your mother and your wife to be respected; and if you should meet any one towards whom you should feel attracted, or who should be disloyal enough to seek to attract you, you will shun her: for flight is the sole remedy for passion.

“A multitude of women, innocent at first, have been turned aside from the right path by men who do not think as you do. They now avenge themselves upon your sex for the evil it has done them. They corrupt and ruin men who, in their company, lose all sense of morality, who learn to laugh at what you believe and venerate, and undermine and destroy their health. Do you feel the deplorable courage to expose yourself to such risks?”

The young man, practised from childhood to subject his inclinations to reason and justice, would reply: “No, mother, I will not do what I would not wish my companion to do; I will neither degrade myself morally, nor destroy my health, nor contribute my share towards perpetuating a state of things which degrades the sex to which belongs my mother, my sister, my wife and my daughters, should I be so happy as to possess them.

“I acknowledge frankly that I foresee a violent struggle with myself, but, thanks to the moral training to which you have accustomed me, thanks to the ideal of destiny which you have given me, which I have accepted in the plenitude of my reason, and which my duty marks out for me, I do not despair of subduing myself.”—”This victory will be less difficult to obtain, if you employ yourself usefully and seriously; for you will thus attract your vitality to the superior regions of the brain. You will do wisely to add to this, much physical exercise; to abstain from too substantial a diet, and especially from stimulating drinks! you know the reaction of the physical upon the moral system. Carefully avoid licentious reading and improper conversation; give a place in your mind to the virgin who will be united to you; think and act as if in her presence; it will guard you and keep you pure. This sweet ideal will strengthen you against temptation, and contribute greatly to render you insensible towards those women who should have no place in your heart.”

“Love, my child, is a thing most serious in its results; for the beings whom it unites become modified by each other; it leaves its traces, however short may be its duration.

“Its end is Marriage, one of the ends of which is the continuity of the species. Now, you know the effects of solidarity of blood; it is most important therefore that you should choose for your companion a woman whose character, morals and principles are in unison with your own; not only for your happiness, but for the organization of your children, the harmony of their nature and conduct.

“If passion does not leave you sufficiently free in your judgment, come to me: I will see for you, and if I say: my son, this woman will debase you, will cause you to commit faults; be sure that your children will have evil propensities; she is not adapted to rear them according to your ideal, which she will never accept, because she is vain and selfish; if I tell you this, I know, my son, that whatever may be your suffering, you will renounce a woman whom you would cease to love after a few months’ union, and will prefer a transient sadness to a life of unhappiness.”

II

Cette même mère qui vient de montrer à son fils pourquoi l’Amour doit être soumis à la Raison, à la Justice; qui vient de lui indiquer ce qu’il doit faire pour en vaincre le côté bestial, s’aperçoit également de l’éveil de cet instinct chez sa fille. Elle s’empare de son attention, gagne sa confiance, en lui révélant ce qui se passe en elle; en lui disant qu’à son âge, elle sentait de même.

—Jusqu’ici, continue-t-elle, tu n’as été qu’une enfant; maintenant commence ta carrière de femme. Tu désires l’affection 133 d’un homme et ton cœur s’émeut à la douce pensée d’être mère. N’en rougis pas, ma fille: c’est légitime, à condition que tes désirs soient soumis à la Raison et à la loi du Devoir.

Bien des piéges vont être tendus sous tes pas; car les hommes de tout âge adressent à une jeune fille mille paroles flatteuses, et l’entourent d’hommages qui la rendent vaine et coquette, si elle a la faiblesse de s’en laisser enivrer. Persuade-toi bien que toutes ces adorations ne s’adressent pas personnellement à toi, mais à ta jeunesse, au brillant de tes yeux, au velouté de ta peau, et que fusses-tu beaucoup meilleure que tu n’es, très supérieure en intelligence, ces mêmes hommes seraient strictement et froidement polis, si tu avais trente ans de plus. Cette pensée, présente à ton esprit, te fera sourire de leur jargon frivole et banal, et te préservera de plusieurs faiblesses, telles que la rivalité de toilette, les petites jalousies, le défaut ridicule de faire la petite fille à cinquante ans.

Ne devant épouser qu’un homme, il te suffit donc d’être aimée d’un seul de la manière que tu le souhaites. Une femme qui se comporte volontairement de manière à capter le cœur de plusieurs hommes, et leur laisse croire qu’ils sont préférés chacun en particulier, est une indigne coquette qui pèche contre la Justice et la Bienveillance: contre la Justice, en ce qu’elle demande un sentiment qu’elle ne paie pas de retour; qu’elle agit à l’égard d’autrui comme elle trouverait inéquitable qu’on agît envers elle; contre la Bienveillance, en ce qu’elle risque de faire souffrir des cœurs sincères, et sacrifie leur repos à une jouissance de vanité: une telle femme, mon enfant, est méprisable: elle est une dangereuse ennemie de son sexe: d’abord parce qu’elle 134 en donne une mauvaise opinion, puis parce qu’elle est l’ennemie du repos des autres femmes: je te sais trop simple, trop vraie, trop digne, pour craindre de te voir tomber dans de pareils écarts.

Tu m’as avoué que ta jeune imagination rêvait un homme. Bien loin de chasser cet idéal, aie-le toujours présent à ton esprit, beaucoup moins sous son aspect physique que sous celui de l’intelligence, de la moralité, du travail. Cette image-là te préservera mieux que tous mes conseils, que toute la surveillance que je pourrais, mais ne voudrai jamais exercer, parce que ce serait indigne de toi et de moi.

N’oublie pas toutefois qu’un idéal est un absolu; que la réalité est toujours défectueuse: ne cherche donc pas dans l’homme auquel tu donneras ton cœur, un idéal réalisé; mais les qualités et facultés qui lui permettront, avec ton aide, de se rapprocher de ce que tu désires le voir. Toi-même es l’idéal d’un homme, non telle que tu es, mais telle qu’il t’aidera à devenir.

J’insiste sur ce point, ma fille, parce que rien n’est plus dangereux que de prétendre trouver l’idéal dans la réalité: cela nous rend trop difficiles, peu indulgents; et si nous avons l’imagination vive et peu de Raison, nous rend malheureux et nous entraîne dans mille écarts.

Tu sais et sens que le but de l’amour, c’est le Mariage: or un de tes devoirs d’amante et d’épouse, est le perfectionnement de celui auquel tu seras liée. Tu seras avec lui dans deux rapports différents: d’abord sa fiancée, puis son épouse. Ta puissance modificatrice, dans le premier cas, s’exercera en raison directe du désir qu’il aura de te plaire et de te mériter; dans le second, 135 en proportion de sa confiance, de son estime et de sa tendresse pour toi. Dans le premier cas, il voudra se modifier; dans le second, il se modifiera sans le savoir.

—Comment, ma mère, est-ce qu’il ne m’aimera pas toujours de même!

—L’amour, ma fille, subit des transformations auxquelles nous devons nous attendre et nous soumettre: au début, c’est une fièvre de l’âme; mais la fièvre est un état qui ne pourrait durer sans nuire à l’ensemble de la vie. Ton mari, tout en t’aimant plus profondément peut-être, t’aimera moins vivement qu’avant le Mariage. Ton amour se transformera, pourquoi le sien ne ferait-il pas de même?

Tu ne saurais imaginer que de désordres sont la suite de l’ignorance des femmes sur ce point, et de la vaine poursuite de l’idéal en amour. Ainsi beaucoup de femmes, croyant que leur mari ne les aime plus, parce qu’il les aime autrement, se détachent de lui, souffrent et trahissent leurs devoirs; d’autres rêvant la perfection dans l’homme aimé, croyant l’y trouver et se désabusant après la fièvre, s’éloignent de lui, l’accusant de les avoir trompées: elles en aiment d’autres avec la même illusion, suivie de la même désillusion, jusqu’à ce qu’arrive la vieillesse qui ne les guérit pas de leur chimère. Enfin il y en a d’autres qui, ne comprenant de l’amour que la première période, cessent d’aimer l’homme qui l’a franchie et courent après un autre amour qui leur apporte la même fièvre: celles-là, tu le comprends, n’ont pas la moindre idée des graves devoirs de la femme dans l’amour.

Ce que je viens de te dire des femmes est également vrai des hommes. Tu éviteras ces écueils, toi, ma fille, qui t’es habituée 136 dès l’enfance à te soumettre à la Raison; qui sais que toute réalité est imparfaite; que l’habitude amortit les sentiments. Tu prendras donc l’homme qui te convient, tel qu’il est, te proposant de l’améliorer, de le rendre heureux; sachant d’avance que son amour se transformera sans s’éteindre, si tu sais si bien t’emparer de sa tendresse, de sa confiance et de son estime, qu’il trouve auprès de toi bon conseil, paix, aide et sécurité.

Tu es trop pure, ma fille, pour prévoir tous les piéges qui te seront tendus. C’est donc à moi d’armer ta jeune prudence: tu trouveras peut-être sur ta route des hommes mariés ou engagés à d’autres femmes qui, selon l’expression consacrée te feront la cour, et te débiteront mille sophismes pour justifier leur conduite.

—Leurs sophismes, ma mère, échouraient contre cette simple réponse: Monsieur, comme je serais désespérée qu’une femme m’enlevât celui que j’aime, que je la mépriserais et la haïrais, tous vos compliments ne pourront me persuader que je doive faire ce que je ne voudrais pas qu’on me fît. Si vous y revenez, je préviens la personne intéressée.

—C’est bien, mon enfant: mais si un jeune homme libre te parlait de tendresse, t’écrivait en secret?

—Ne pourrait-il avoir de bonnes raisons pour en agir ainsi, ma Mère?

—Aucune, mon enfant. Il faut que tu saches qu’aujourd’hui les hommes sont très corrompus; qu’une foule d’entre eux fuient le mariage, voltigent de femme en femme, abusent de notre crédulité, et se servent du langage le plus passionné pour nous jeter dans une voie de honte et de perdition. Or, mon enfant, 137 sache le bien encore, c’est nous qui portons le poids des fautes de l’homme et des nôtres: les promesses verbales et écrites d’un homme ne l’engagent pas. Si, te laissant entraîner, tu devenais mère, l’enfant resterait à ta charge: il n’y aurait plus de mariage pour toi: je ne te parle point de notre douleur et de notre honte, ni des risques terribles auxquels tu exposerais ton frère, qui pourrait périr en punissant le vil séducteur que la loi ne punit pas. Si donc un homme te recherchait en se cachant de nous, c’est que ses intentions sont mauvaises, sois-en sure; c’est qu’il te considère comme un hochet qu’il se propose de briser quand il ne lui plaira plus. Or, ma fille, tu sais que la femme est créée pour être la digne compagne de l’homme, son égale; qu’elle n’est pas née pour lui être sacrifiée comme un objet de plaisir. Bien loin donc de te laisser séduire, profite de l’influence que ta jeunesse et ta grâce te donnent sur les hommes pour les rappeler à leurs devoirs: tu sauveras peut-être ainsi plusieurs femmes; tu donneras de ton sexe une meilleure opinion, et tu prépareras un bon exemple à ta fille en le donnant à tes compagnes, dont plusieurs le suivront afin de partager l’estime qui t’entourera: rappelle-toi toujours qu’aucun de nos actes ne nuit pas qu’à nous-mêmes; mais que nous sommes solidaires; qu’en conséquence, nul ne peut se perdre ni se sauver seul.

Encore un mot, mon enfant. Dans tes incertitudes, n’hésite pas à venir me confier ce qui te trouble: ne dis pas: ma mère est trop raisonnable pour que je lui fasse part de cela. N’est-ce pas en me refaisant enfant pour te comprendre, que j’ai pu remplir ma sainte tâche d’éducatrice? sois persuadée qu’il ne me 138 sera pas plus difficile de me refaire jeune fille pour te comprendre, tout en demeurant mère tendre et expérimentée pour te conseiller.

Tu es libre: je ne suis pas ton censeur, mais ta sœur aînée qui t’aime avec dévouement, et veut ton bonheur par dessus toute chose. Pour me récompenser de mon amour et de mes longs soins, je ne te demande que d’être ta meilleure amie, c’est à dire celle devant laquelle on pense et sent tout haut. Est-ce trop te demander, à toi qui es ma joie et ma couronne?

Voilà, Mesdames, comme la femme majeure travaille à faire l’éducation de l’Amour.

 

II.

The mother who has just shown her son why love should be subjected to Reason and Justice, and has pointed out to him what he should do to subdue its animal phase, perceives also the awakening of this instinct in her daughter. She wins her attention and gains her confidence by revealing to her what is passing within her heart, telling her that, at her age, she felt the same.

“Hitherto,” continues she, “you have been but a child; your career as a woman is now commencing. You desire the affection of a man, and your heart is moved at the sweet thought of becoming a mother. Do not blush, my daughter; it is lawful, on condition that your desires are made subject to Reason and the law of Duty.

“Many snares will be spread before your steps; for men of all ages address to a young girl innumerable flattering speeches, and surround her with homage which renders her vain and coquettish if she has the weakness to suffer herself to be intoxicated thereby. Persuade yourself fully that all this adoration is not addressed to you individually, but to your youth, to the brightness of your eyes, to the freshness of your complexion, and that, were you far better than you are and far superior in intellect, these men would be ceremoniously and frigidly polite, were you thirty years older. This thought present in your mind will make you smile at their frivolous and common-place jargon, and will preserve you from many weaknesses, such as rivalry of dress, petty jealousies, and the ridiculous blunder of playing the young girl at fifty.

“As you can espouse but one man, it is sufficient to be loved by one in the manner that you wish. A woman who comports herself voluntarily so as to captivate the hearts of many men, and leaves each to believe that she prefers him above all, is an unworthy coquette, who sins against Justice and Kindness: against Justice, inasmuch as she demands a sentiment for which she can make no return; as she acts towards others as she would think it unjust that others should act towards her; against Kindness, inasmuch as she risks causing suffering to sincere hearts and sacrificing their repose to a pleasurable impulse of vanity: such a woman, my child, is contemptible; she is a dangerous enemy of her sex; first, because she gives a bad opinion of it; next, because she is an enemy to the repose of other women; I know that you are too ingenuous, too true and too worthy to fear that you will fall into such errors.

“You have acknowledged to me that your young imagination had pictured to itself a man. Far from banishing this ideal, let it be always present to your mind, much less in its physical aspect than in that of intellect, morality and industry. This image will do more to keep you safe than all my counsels, than all the surveillance that I might, but never would exercise over you, because this would be unworthy of us both.

“Do not forget however that an ideal is absolute; that the reality is always defective; do not therefore seek in the man to whom you shall give your heart, a realization of the ideal, but the qualities and faculties which, with your aid, will permit him to approximate to what 255 you wish to see him. You yourself are the ideal of a man, not such as you are, but such as he will aid you to become.

“I dwell upon this point, my daughter, because nothing is more dangerous than to insist on finding the ideal in the reality; this makes us over difficult and lacking in indulgence; and, if we have a lively imagination and little reason, renders us unhappy and involves us in innumerable errors.

You know and feel that the end of love is Marriage; now one of your duties as lover and spouse is the improvement of the one to whom you shall be united. You will stand with him in two different relations! first as his betrothed, afterwards as his wife. Your modifying power will, in the first case, be exercised in a direct proportion to his desire to please and to be worthy of you; in the second, in proportion to his confidence, esteem and affection for you. In the first case, he will wish to modify himself; in the second, he will do so without knowing it.”

“What, mother, will he not always love me the same?”

“Love, my child, undergoes transformations which we should expect and to which we should submit; in the beginning it is a fever of the soul; but fever is a condition which cannot last without destroying life. Your husband, while loving you perhaps more deeply, will love you less ardently than before Marriage. Your love will become transformed, why shall not his be the same?

“You cannot imagine how much trouble results from the ignorance of women on this point, and from the vain pursuit of the ideal in love. Many women, believing that their husband loves them no longer because he loves them in a different manner, become detached from him, suffer, and betray their duties; others, dreaming of perfection in the loved one, fancy that they have found it, and becoming disabused after the fever has past, quit him, accusing him of having deceived them; they love others with the same illusion, followed by the same disenchantment, until age creeps on without curing them of the chimera. Lastly, there are others who, comprehending only the first period of love, cease to love the man who has passed beyond it, and pursue another love which will bring them the same fever; these, as you comprehend, have not the slightest idea of woman’s grave duties in Love.

“What I have just said of women is equally true of men. You will avoid these dangers, my daughter, you who have been accustomed from childhood to submit to reason; who know that all reality is imperfect, that habit weakens sentiment, you will therefore take the man who suits you, as he is, designing to improve him and to render him happy, knowing in advance that his love will change without becoming extinguished, if you succeed in gaining his affection, confidence and esteem, so that he will find in you good counsel, peace, assistance and security. You are too pure, my daughter, to foresee all the snares that will be spread for you. It belongs to me therefore to arm your youthful prudence: You will perhaps encounter men married or betrothed who, according to the common expression, will pay court to you, and will utter innumerable sophisms to justify their conduct.”

“Their sophisms would fall to the ground before the simple answer: Sir, as I should be driven to despair if another woman should rob me of him whom I loved, as I should despise and hate her, all your compliments cannot persuade me that it is right for me to do what I would not that others should do to me. If you return to the subject, I shall inform the person interested.

“Right, my child: but if a young man who was free should speak of love, and urge you to write to him in secret?”

“Might he not have good reason for acting in this manner?”

“None, my child. You must know that men are exceedingly corrupt; that many among them eschew marriage, flit from one woman to another, take advantage of our credulity, and make use of the most impassioned language to lead us in the way of shame and perdition. Now, my child, know besides that we bear the weight of men’s faults as well as of our own; the verbal and written promises of a man bind him to nothing. If, suffering yourself to be led astray, you should become a mother, the child would remain your charge; and you could no longer hope for marriage; I say nothing of our grief and shame, nor of the terrible risks to which you would expose your brother, who might perish in punishing the vile seducer whom the law does not touch. If a man seeks you therefore unknown to us, be sure that it is because his intentions are evil; that he considers you as a toy which he purposes to break when it ceases to amuse him. Now, my daughter, you know that woman is created to be the worthy companion of man; that she is not born to be sacrificed to him as an object of pleasure. Instead therefore of suffering yourself to be seduced, profit by the influence over men which is given you by your beauty and grace, to recall them to their duties: in this manner, you may be the means of saving many women; you will give a favorable opinion of your sex, and will prepare a good example for your daughter by setting one to your companions, many of whom will follow it in order to share in the esteem that will surround you; always remember that our acts not only injure ourselves, but we have a joint responsibility with others, and consequently no one can be lost or saved alone.

“One word more, my child. In your uncertainties, do not hesitate to confide your troubles to me; do not say, My mother is too reasonable to understand me in this. Was it not by becoming a child again in order to comprehend you, that I fulfilled my sacred task of instructor? be persuaded that it will not be more difficult for me to become a young girl again in order to comprehend, while remaining a tender and experienced mother to advise you.

“You are free: I am not your censor, but your elder sister, who loves you with devotion and desires your happiness before all things. As a recompense for my love and my long-continued cares, I only ask to be your best friend; that is, the one in whose presence you will think and speak aloud. Is this asking too much of you, who are my joy and crown.”

This is the way, ladies, in which the woman who has attained majority, strives to educate the world in Love.

III

Jeune homme et jeune fille fréquentent la société. La mère prudente sait qu’on insinue doucement à son fils qu’elle est un collet monté, une radoteuse qui ne connaît rien aux passions; qui ne se doute pas que tout est bon dans la nature et doit être respecté; et qui a si mal lu l’histoire de notre espèce, qu’elle n’a pas su voir que l’humanité a toutes les formes de l’amour: le polygamique et le polyandrique et même… l’ambigu.

Elle sait qu’on lui dit encore que la satisfaction de l’instinct brutal est une nécessité de santé pour l’homme, et que les lupanars sont des lieux d’utilité publique.

Elle sait, enfin, que de jeunes évaporées sans principes solides, font à sa fille de dangereuses confidences.

Il est temps, contre ces doctrines affaiblissantes, et des exemples pernicieux, de donner à ses enfants la philosophie de 139 l’Amour. Selon sa méthode, elle la leur fait formuler elle-même.

Mon fils, dit-elle, quel est le but de l’attraction des molécules minérales les unes vers les autres?

LE FILS. C’est de produire un corps ayant une forme déterminée.

LA MÈRE. Quel est le but de l’attraction de la plante pour la chaleur, la lumière, l’air, les éléments qu’elle absorbe?

LE FILS. La production de son propre corps, le développement de ses organes, de ses propriétés, sa conservation.

LA MÈRE. Et toi, ma fille, sais-tu quel est le but de l’attraction du pistil et des étamines de la plante?

LA FILLE. La production d’un être semblable à ses parents.

La mère. Pourquoi éprouvons-nous, et les animaux éprouvent-ils attrait ou attraction pour certains aliments?

LE FILS. Il est clair que c’est pour être incité à mettre en mouvement les organes qui procurent à l’organisme les éléments propres à produire le sang.

LA MÈRE. Pourquoi les deux sexes d’une même espèce éprouvent-ils attraction l’un vers l’autre?

LA FILLE. Pour la production des petits qui perpétuent l’espèce.

LA MÈRE. Pourquoi les femelles des animaux, et souvent les mâles, éprouvent-ils attrait ou attraction pour soigner les jeunes?

LA FILLE. Afin de les conserver, et de leur donner l’éducation dont ils sont capables pour qu’ils puissent se pourvoir eux-mêmes.

140 LA MÈRE.> Êtes-vous bien sûrs, mes enfants, que les attraits n’aient pas pour but l’attrait même, un plaisir à se procurer?

LE FILS. Le plaisir ne me semble que le moyen de porter l’être à remplir une fonction nécessaire ou utile. Ainsi le but de nos attraits ou attractions scientifiques, artistiques, industrielles, n’est pas le plaisir que nous avons à les satisfaire, mais la production de la science, de l’art, de l’industrie.

LA FILLE. C’est à dire l’augmentation, le progrès de notre intelligence par la connaissance des lois de la nature, afin de modifier cette nature en vue de nos besoins et de nos plaisirs.

LA MÈRE. A quel attrait ou attraction est due la Société?

LE FILS. A notre attrait pour nos semblables.

LA FILLE. Cet attrait est père de la Justice et de la Bonté: il les produit.

LA MÈRE. Voulez-vous généraliser le caractère de l’attrait ou attraction, d’après ce que nous venons de dire?

LE FILS. Le but de toute attraction ou attrait est la production, le progrès, la conservation des êtres.

LA MÈRE. Tous les instincts qui ne sont que des attraits ou attractions, sont-ils bons?

LE FILS. Pour les animaux, soumis à la fatalité, oui, parce qu’ils vont directement au but, sans paraître dévier jamais. Dans notre espèce, ils sont bons en principe, si nous considérons leur fin; mais ils peuvent devenir mauvais par les déviations que leur fait subir notre liberté.

LA MÈRE. A quelle marque pouvons-nous reconnaître que notre instinct est dans sa voie?

LA FILLE. En en comparant l’usage avec le but; en s’assurant 141 que cet usage ne nuit pas à la pratique de la Justice, qu’il ne lèse en nous le droit d’aucune faculté, c’est à dire qu’il ne trouble pas plus notre harmonie individuelle que celle d’autrui; car c’est dans ces conditions seulement qu’il peut concourir à la réalisation de l’idéal social.

LA MÈRE. Très bien. Maintenant appliquez cette doctrine générale à l’amour humain, mes enfants.

LE FILS. Puisque l’amour est une des formes de l’attraction, et que le but général de l’attraction est la production, le progrès, la conservation des êtres et des espèces, il est évident que l’amour humain doit avoir ces caractères. Sa principale fonction me paraît être la reproduction de l’espèce.

LA FILLE. Il me semble, frère, que tu lui fais une part insuffisante, puisque, ce but rempli, deux honnêtes époux ne cessent pas de s’aimer, et que l’on peut s’aimer sans avoir d’enfants.

LA MÈRE. Tu as raison, ma fille; nos facultés étant plus nombreuses, plus développées que celles des animaux, notre amour ne saurait être incomplet comme le leur; il ne saurait non plus être le même dans notre espèce progressive que dans les espèces fatales et improgressives par elles-mêmes. Chez nous, chaque faculté, convenablement employée, aide au perfectionnement de toutes les autres; mal employée, rompt notre harmonie et nous fait descendre: il en est de même de notre amour. Que dis-je, cette passion est surtout celle qui nous fait grandir ou déchoir.

Vous le savez, mes enfants, l’humanité ne s’avance qu’en se formulant un idéal de perfection et en s’efforçant de le réaliser. Chaque passion a son idéal qui se modifie par celui de l’ensemble. A l’origine, l’homme animal donnait pour but à l’amour le plaisir 142 résultant de la satisfaction d’un besoin tout physique: il ne se souciait pas du but le plus évident: la progéniture. Un peu plus tard, l’homme, moins grossier, aima la femme pour sa beauté et sa fécondité: c’est l’âge patriarcal de l’amour. Plus tard encore les races septentrionales transformèrent cet instinct: l’amour se décomposa, si je puis ainsi dire: l’amant eut l’amour de l’âme; la femme fut aimée non seulement pour sa beauté, mais comme inspiratrice de hauts faits: l’époux n’eut que le corps et les enfants furent le fruit du mariage: c’est l’âge chevaleresque de l’amour. Depuis que le travail pacifique s’est organisé et a prévalu dans l’opinion, l’amour est entré dans une nouvelle phase: beaucoup de modernes le considèrent comme initiateur du travail. Les uns regardent l’attrait du plaisir comme jouant le principal rôle dans la production industrielle, et laissent toute liberté à l’attraction, quelque inconstante qu’elle puisse être; d’autres conservent le couple, transforment la femme en mobile d’action: c’est l’amour qu’elle inspire qui excite les efforts du travailleur.

Ce qui est donc acquis jusqu’ici à l’humanité, c’est que l’amour a pour fin la perpétuité de l’espèce, la modification de l’homme par la femme et la production du travail.

Dans un idéal supérieur de Justice, les sexes étant égaux devant le Droit, l’amour aura un but plus élevé: les époux se réuniront parce qu’il y aura conformité de principes, union des cœurs, mariage des intelligences, travail commun: l’amour les unira pour doubler leurs forces, pour les modifier l’un par l’autre: du choc de leur cœur, jailliront des sentiments qu’aucun d’eux n’aurait eus seul; de l’union de leur intelligence, naîtront des 143 pensées qu’aucun d’eux n’aurait eues seul; du concours qu’ils se prêteront dans leur travail commun, sortiront des œuvres qu’aucun d’eux n’aurait accomplies seul, comme de l’union de tout leur être, naîtront des générations nouvelles plus parfaites que les précédentes, parce qu’elles seront le produit d’une harmonie aussi parfaite que possible. Ce ne sera donc que quand la femme prendra sa légitime place, que l’humanité verra l’amour dans toute sa splendeur, et que cette passion, subversive aujourd’hui dans l’inégalité et l’incohérence, deviendra ce qu’elle doit être: un des grands instruments de Progrès.

Nous, mes enfants, qui sommes trop raisonnables pour prendre le moyen par lequel la nature nous porte à remplir ses intentions pour ses intentions mêmes, nous nous garderons bien de croire que l’amour a le plaisir pour but; d’autre part, nous avons trop le respect de l’égalité, pour nous imaginer qu’il n’est fait qu’au profit d’un sexe. Nous resterons fidèles à l’idéal de nos grandes destinées, en définissant l’amour: l’attraction réciproque de l’homme et de la femme dans le but de perpétuer l’espèce, d’améliorer les conjoints l’un par l’autre sous le rapport de l’intelligence et du sentiment et de faire progresser la science, l’art, l’industrie par le travail du couple.

III.

The young girl and young man enter into society. The prudent mother knows that it is gently insinuated to her son that she is a prude, a dotard who knows nothing of the passions; who does not suspect that everything in nature is good, and should be respected; and who has read the history of our species to so little purpose that she has not perceived that humanity has love in all forms: the polygamic and polyandric, and even … the ambiguous.

She knows also, that he is told that the satisfaction of the animal instinct is necessary to the health of man, and that brothels are places of public utility.

She knows, lastly, that young and giddy girls, with lax principles, make dangerous confidences to her daughter.

It is time, in opposition to these lax doctrines and pernicious examples, to give to her children the philosophy of Love. According to her method, she suffers is to elucidate itself.

My son, says she, what is the end of the attraction of mineral molecules towards each other?

SON. The production of a body having a determined form.

MOTHER. What is the end of the attraction of the plant for heat, light, air, the elements which it absorbs?

SON. The production of its own body, the development of its organs, and of its properties, its preservation.

MOTHER. And do you know, my daughter, what is the end of the attraction of the pistil and stamens of the flower.

DAUGHTER. The production of a being resembling its parents.

MOTHER. Why do we as well as the animals experience an inclination or attraction for certain kinds of food?

SON. It is evidently in order to incite to action the organs which procure to the organism the elements adapted to produce blood.

MOTHER. Why do both sexes of the same species experience an attraction towards each other?

DAUGHTER. For the production of young to perpetuate the species.

MOTHER. Why do the females, and often males among animals experience an inclination or attraction to take care of the young?

DAUGHTER. In order to preserve them and to educate them as far as is in their power, that they may be able to provide for themselves.

MOTHER. Are you quite sure, my children, that the end of these attractions is not the attraction itself, the procurement of a pleasure?

SON. The pleasure seems to me only the means of impelling the being to fulfill a necessary or useful function. Thus the end of our scientific, artistic and industrial inclinations or attractions is not the pleasure which we take in their satisfaction, but the production of science, art and industry.

DAUGHTER. That is, the increase and progress of our intellect through the knowledge of the laws of Nature, in order to modify this nature with a view to our wants and pleasures.

MOTHER. To what inclination or attraction is Society due?

SON. To our attraction for our fellow beings.

DAUGHTER. This attraction is the father of Justice and of Goodness: it produces them.

MOTHER. Will you generalize the character of this inclination or attraction in accordance with what we have just said?

SON. The end of all attraction or inclination is the production, progress and preservation of beings.

MOTHER. Are all instincts good which are merely inclinations or attractions?

SON. For animals, which are subject to fatality, they are; because they tend directly to their end, without ever appearing to deviate from it. In our species, they are good in principle, if we regard their end; but they may become evil through the deviation to which our liberty subjects them.

MOTHER. By what token can we know that our instinct has a right tendency?

DAUGHTER. By comparing its use with its end; by assuring ourselves that this use is not prejudicial to the practice of justice, that it does not detract from the right of any of our faculties; that is, that it disturbs neither our individual harmony nor that of others; for it is on these conditions alone that it can coöperate in the realization of the social ideal.

MOTHER. Very well. Now apply this general doctrine to human love, my children.

SON. Since love is one of the forms of attraction, and since the general end of attraction is the production, progress and preservation of beings and species, it is evident that human love should possess these characteristics. Its principal function appears to me to be the reproduction of the species.

DAUGHTER. It seems to me, brother, that this is not enough; since true husbands and wives do not cease to love each other after this end has been fulfilled, and since persons may love without having children.

MOTHER. You are right, my daughter; our faculties being more numerous and more fully developed than those of the animals, our love cannot be incomplete like theirs; it cannot be of the same nature in our progressive 262 species as in those species fatal and unprogressive of themselves. In us, each faculty, properly employed, aids in the improvement of all the rest, wrongly employed, it interrupts our harmony and lowers us; it is the same with our love. Or rather this passion is the one that most of all causes us to grow or to decline.

You know, my children, that humanity advances only by forming itself an ideal and endeavoring to realize it. Every passion has its ideal, which is modified by that of the whole. In the beginning, man, in the animal state, made the end of love the pleasure resulting from the satisfaction of a wholly physical want: he cared nothing for the most evident aim—progeny. A little later, man less gross, loved woman for her beauty and fruitfulness; this was the patriarchal age of love. Later still, the Northern races wrought a change in this instinct; love became decomposed, as it were; the lover possessed the love of the soul; the woman was loved not only for her beauty, but as the inspirer of lofty deeds; the husband was the possessor of the body alone and the children were the fruit of marriage; this was the chivalrous age of love. Since pacific labor has been organized and has gained a place in public opinion, love has entered a new phase; many among the moderns consider it as the initiative of labor. Some regard the attraction of pleasure as playing the chief part in industrial production, and leave full liberty to the attraction, however inconsistent it may be; others preserve the couple, and transform woman into the moving power of action; the love that she inspires excites the efforts of the worker.

The progress hitherto made by humanity is therefore that love has now for its end the perpetuation of the species, the modification of man by woman, and the production of labor.

In a higher ideal of Justice, the sexes being equal in rights, love will have a higher end; the spouses will unite on account of conformity of principles, union of hearts, wedding of intellects, common labor: love will join them to double their strength, to modify them by each other, from the friction of their hearts will be struck out sentiments which neither would have had alone; from the union of their intellects will be born thoughts which neither would have had alone; from the aid that they will lend each other in their common labor will proceed works that neither would have accomplished alone, as from the union of their whole being, will be born new generations more perfect than the preceding because they will be the product of the greatest possible harmony. It will be only when woman shall take her lawful place that humanity will see love in all its splendor, and that this passion, subversive to-day in inequality and incoherence, will become what it should be; one of the great instruments of Progress.

We, my children, who are too rational to mistake the means by which Nature impels us to accomplish her designs for the designs themselves, will take care not to fancy that the end of love is pleasure; on the other hand, we have too much respect for equality to imagine that it is for the benefit of one sex alone. We will remain faithful to the ideal of our lofty destinies, in defining love as the reciprocal attraction of man and woman with the end of perpetuating the species, of improving the partners mutually with respect to intellect and feeling, and of advancing science, art and industry by the labor of the pair.

IV

Des sophistes t’ont dit, mon fils, que tous nos penchants sont dans la nature, qu’ils sont bons et doivent être respectés.

Tu leur as demandé sans doute si le penchant au vol, à l’assassinat, au viol, à l’anthropophagie, qui sont dans la nature, sont 144 de bons penchants et pourquoi, loin de les respecter, la société en punit la manifestation.

Tu leur as démontré, je pense, qu’il n’y a rien de respectable dans l’exagération ou la perversion des penchants.

Tu leur a démontré, je l’espère, que la nature est une fatalité brutale contre laquelle nous sommes tenus de lutter en nous et hors de nous; que notre Justice et notre vertu ne se composent que des conquêtes faites sur elle en nous; comme tout ce qui constitue notre bien-être physique, n’est que le résultat des conquêtes faites sur elle hors de nous.

Ces sophistes t’ont dit que l’amour vient et s’en va sans qu’on sache ni comment, ni pourquoi; qu’on ne peut pas plus lui commander de naître que de durer.

Ceci est vrai, mon fils, du désir brutal de la chair, qui n’est que la passion des brutes et s’éteint par la possession.

Ceci est encore vrai de cette passion complexe qui a son siége dans l’imagination et dans les sens, et finit avec l’illusion toujours peu durable.

Mais cela n’est pas vrai de l’amour proprement dit. Celui-là voit les défauts et les qualités de l’être aimé; seulement il pâlit les premiers et exalte les dernières; et il espère faire cesser peu à peu ce qui le blesse.

Ce sentiment qui remplit le cœur est patient; il craint de s’effacer; il s’entoure de précautions pour demeurer constant; s’il s’éteint, ce n’est pas sans qu’on le sache: car on souffre de cruelles tortures avant de se résoudre à ne plus aimer.

On t’a dit que l’amour est incompressible: sommes-nous donc des êtres de fatalité? Ce sophisme rend l’homme lâche, le 145 déprave: car à quoi bon lutter contre ce que l’on dit invincible, et pourquoi ne pas lui sacrifier les meilleures de nos tendances? Examine, mon fils, la conduite des partisans d’une telle doctrine.

L’idéal humain exige qu’ils ne fassent point à autrui ce qu’ils ne trouveraient pas juste qu’on leur fît; et ils séduisent les filles, les rendent mères, les abandonnent sans se soucier des enfants nés de ces unions; sans se soucier que la jeune mère se suicide, meure de douleur ou se corrompe; sans se soucier que les parents descendent dans la tombe.

Comme d’immondes reptiles, ils se glissent au foyer domestique d’autrui, ravissent à leur ami l’affection de sa femme, et le forcent à travailler pour les enfants de l’adultère.

La femme qui croit à l’amour incompressible manque à ses engagements envers son mari; se fait une vie de ruse; met le désordre et la douleur dans l’intérieur d’autres femmes dont elle brise la vie.

Voilà comment ceux qui pratiquent le sophisme remplissent leur devoir d’être justes, de ne point contrister leurs semblables, de travailler au bonheur, à l’amélioration de ceux qui les entourent, de préserver le faible de l’oppression et du mal. A cette incompressibilité prétendue de l’amour, ils sacrifient la Justice, la bonté, le bonheur, le repos, l’honneur des autres, s’engagent dans une voie de désordres, mettent la dissolution dans la famille et la Société: en un mot, ils offrent en holocauste à l’instinct bestial, le sens moral et la Raison.

On t’a dit encore que tout amour est dans la nature: le polygamique et le polyandrique aussi bien que celui du couple constant.

146 Oui, mon enfant, tout amour est dans la nature humaine, comme y sont tout vice et toute vertu. Mais tu sais qu’il ne suffit pas qu’une chose soit en nous, pour qu’elle soit bien: il faut qu’elle soit conforme à l’idéal de notre destinée, conforme à notre harmonie: elle est mal dans le cas contraire.

L’amour, tel que nous l’avons défini, a besoin de durée et d’égalité; de durée parce qu’on ne se modifie pas en quelques mois; qu’on n’accomplit pas de grandes œuvres en quelques mois; qu’on n’élève pas des enfants en quelques mois: la durée est si bien une aspiration de l’amour, qu’il s’imagine que l’éternité aura peine à lui suffire. Il lui faut l’égalité; le partage lui est odieux: donc il veut un pour une et une pour un. Or, la polygamie et la polyandrie sont la négation de l’égalité, de la dignité dans l’amour.

Considérons dans leurs effets ces deux déviations de l’instinct.

La polygamie orientale inégalise profondément les créatures humaines, transforme la femme en bétail, mutile des millions d’hommes pour garder les harems, déprave le possesseur de femmes par le despotisme et la cruauté; concentre toute sa vitalité sur un seul instinct aux dépens de l’intelligence, de la Raison, de l’activité; d’où il résulte qu’il est perdu pour la science, l’art, l’industrie, la Société selon le Droit; qu’il se soumet sans répugnance au despotisme, et tend passivement le cou au cordon. Là pas d’influence de la femme qu’on soumet a un amoindrissement calculé; qui se déprave d’une manière hideuse aussi bien que l’eunuque son gardien. Ainsi l’inégalité devant l’amour et devant le Droit, l’abandon des arts, des sciences, de l’industrie, l’énervement intellectuel et physique, l’abaissement du sens 147 moral sont les vices inhérents à la polygamie de l’Orient. Tu le vois, nous voilà loin de l’idéal de nos destinées.

Dans notre Occident, la Polygamie de fait produit le bétail du lupanar, des légions de courtisanes qui ruinent les familles. Comme beaucoup de ces femmes ne sont pas saines, elles communiquent à ceux qui les fréquentent d’affreuses maladies qui minent leur tempérament, et préparent ainsi des générations faibles, conséquemment des âmes peu fortes, des intelligences abaissées. J’en appelle à l’épreuve de la conscription: jamais on ne vit tant d’exemptions pour insuffisance de taille, et cependant on est moins exigeant que par le passé: jamais on n’en vit tant par vices de constitution et maladies organiques.

Vicier la génération dans son germe, n’est pas le seul crime de notre polygamie; elle énerve la population qui la pratique; car rien ne porte aux excès, conséquemment à l’affaiblissement, comme le changement de relations. D’autre part nos polygames se transforment en machines à sensation; leur intelligence s’abaisse; ils deviennent hébétés, égoïstes. Regarde, mon fils, ces tristes jeunes gens d’aujourd’hui, étiolés par les vices de leurs pères et les leurs: ils sont railleurs, sans foi, riant des choses les plus saintes, méprisant, non seulement leurs dignes compagnes, les femmes corrompues, mais encore tout le sexe auquel appartiennent leurs mères: regarde-les, ils sont grossiers à faire lever le cœur: plus rien n’attire leur respect: ils jettent la femme en cheveux blancs dans le ruisseau pour garder le haut du pavé; ils rudoient le vieillard, ils font rougir la jeune fille par leurs cyniques discours: la polygamie les a rendus ignobles, et a tué l’urbanité française aussi bien que toute dignité.

148 Ils te diront que les femmes ne valent guère mieux qu’eux. Mais ce résultat devient inévitable dans un pays où les femmes ne sont pas enfermées. La Polyandrie y est la compagne obligée de la Polygamie; car puisque les hommes se croient permis d’avoir plusieurs femmes, pourquoi les femmes se croiraient-elles interdit d’avoir plusieurs hommes?

En somme, mon fils, les résultats de l’amour incompressible, de la Polygamie et de la Polyandrie dans notre Occident sont:

La séduction et la corruption des femmes;

L’adultère, l’abaissement des caractères, l’amoindrissement moral et intellectuel des deux sexes;

L’affaiblissement, l’abâtardissement de la race;

La fausseté, la ruse, la cruauté, les injustices de toutes natures, l’exploitation de la femme par l’homme pour sa beauté; celle de l’homme par la femme pour son argent ou son crédit;

La dissolution et la ruine de la famille;

Chaque année quelques milliers d’enfants naturels, sans compter les grossesses supprimées:

Voilà la valeur des théories mises en pratique.

N’est-ce pas que tout cela est bien conforme à notre idéal de l’amour humain? Bien conforme à notre idéal de la destinée humaine qui exige que nous progressions, et fassions progresser les autres dans le bien; que nous pratiquions la Justice et la Bonté?

Encore un mot, et nous aurons fini.

Quand Rome eut cessé de croire à la chasteté, à la religion du serment; quand elle se vautra dans les mœurs polygamiques 149 et polyandriques; quand elle prit le plaisir pour but, la tyrannie se montra. Rien de plus naturel: l’homme n’enchaîne que celui qui s’est enchaîné lui même sous le joug de l’instinct bestial: celui qui sait se gouverner, n’obéit pas à l’homme: il ne s’incline que devant la loi, lorsqu’elle est l’expression de la Raison.

Rappelle-toi, mon fils, qu’on n’est puissant que par la chasteté: c’est seulement alors qu’on peut produire de grandes choses dans la science, l’art, l’industrie; c’est seulement alors qu’on peut pratiquer la Justice, être digne de la liberté. En dehors de la chasteté, il n’y a que dégradation, injustice, impuissance, esclavage; et toute nation qui l’abandonne tombe des bras du despotisme dans la tombe.

Ne te laisse donc pas ébranler par les sophismes modernes; aie toujours devant ta pensée tes obligations de créature morale et libre, tes devoirs de membre de l’humanité; soumets tout en toi à la Raison, à la Justice, au sentiment de ta dignité et vis en homme, non pas en brute.

IV.

Sophists have told you, my son, that all our inclinations are in Nature; that they are good and should be respected.

You asked them doubtless whether the inclinations to theft, to assassination, to violation, to anthropophagy, which are in Nature, are good, and why, instead of respecting them, society punishes their manifestation.

You demonstrated to them, I hope, that there is nothing commendable in the exaggeration or the perversion of instincts.

You demonstrated to them, I hope, that Nature is brutal fatality against which we are bound to struggle both within and without ourselves; that our Justice and virtue are composed only of conquests made over it in us, as all that constitutes our physical well-being is only the result of conquests made over it outside of us.

These sophists have told you that love comes and goes without our knowing how or wherefore; and that we can no more command it to spring up than to endure.

This is true, my son, of the brutal desires of the flesh, which is the passion of animals alone, and is extinguished by possession.

This is also true of that complex passion which has its seat in the imagination and the senses, and ends with the illusion that is always of short duration.

But it is not true of genuine love; this sees both the faults and the virtues of the loved one; but softens the first and exalts the last, and hopes by degrees to put an end to that which wounds it.

This sentiment which takes possession of the heart, is patient; it bears lest it become effaced, it surrounds itself with precautions in order to remain constant; if it becomes extinct, it is not unconsciously: for we suffer cruel tortures before resolving to cease to love.

You have been told that love is irrepressible; are we then beings of fatality? This sophism renders man cowardly and depraves him; for what is the use of struggling against what we know to be unconquerable, and why not sacrifice to it the best of our tendencies? Examine the conduct of the partisans of such a doctrine.

The human ideal requires that they shall not do to others what they would not think it just that others should do to them; yet they seduce maidens, make them mothers, and abandon them without caring about the children born of these unions; without caring whether the young mother commits suicide, dies of grief, or becomes depraved; without caring whether the parents go down to the grave.

Like deadly reptiles, they glide to the domestic fireside of others, rob their friend of the affection of his wife, and force him to labor for the children of adultery.

The woman who believes in irrepressible love breaks her pledges to her husband; lives a life of deceit; brings trouble and sorrow into the houses of other women, whose lives are blighted by her.

It is in this way that those who practice this sophistry fulfil their duty to be just, not to afflict their fellows, to labor for the happiness and improvement of those about them, to preserve the weak from oppression and wrong. To this pretended irrepressibility of love, they sacrifice Justice, goodness, the happiness, repose and honor of others; lead them into the path of dissipation; bring dissolution into the family and society; in a word, offer up as a sacrifice to animal instinct, moral sense and reason.

You have also been told that every species of love is found in Nature; the polyamic and polygandric, as well as that of the constant pair.

Yes, my child, every species of love is found in Nature, as is every species of vice and every species of virtue. But you know that it is not enough that a thing exists within us to prove it to be good; it must be in conformity with the ideal of our destiny, with our harmony: it is wrong in the opposite case.

Love, such as we have defined it, needs duration and equality; duration, because we do not become modified in a few months; because we do not accomplish great works in a few months; because we do not rear children in a few months; duration is so truly an aspiration of love, that it imagines that eternity will hardly suffice for it. It must have equality; division is hateful to it; it will therefore have a unit for a unit, both male and female. Now polygamy and polyandria are the negation of equality, of dignity in love.

Let us consider the effects of these two deviations of instinct.

Oriental polygamy renders human beings profoundly unequal, transforms women into cattle, mutilates thousands of men to guard the harems, depraves the possessor of women by despotism and cruelty, concentrates all his vitality upon a single instinct at the expense of intellect, reason and activity; whence it follows that he is lost to science, art, industry, society according to right: that he submits without repugnance to despotism, and passively extends his neck to the halter. There, 267 no influence is wielded by woman, who is subjected to designed enervation, who is depraved in as hideous a manner as the eunuch, her keeper. Thus, inequality in love and in right, abandonment of art, science and industry, intellectual and physical enervation, debasement of the moral sense—such are vices inherent to the polygamy of the East. You see that this is far from the ideal of our destinies.

In our West, polygamy de facto produces the cattle of the brothel, legions of courtesans who ruin families. As many of these women are diseased, they infect those who associate with them with fearful maladies which undermine their constitutions, and thus pave the way for puny offspring, consequently, for weak minds and feeble intellects. I appeal for proof to the conscription; never were so many exemptions seen as now on account of under size, although the standard has been lowered, never were so many exemptions seen as now for constitutional imperfections and acquired disease.

To vitiate the generation in its germ is not the only crime of our polygamy; it enervates those who practice it, for nothing leads to excess, consequently to enervation, so much as the change of relations. On the other hand, our polygamists become transformed into machines of sensation; then intellect grows weak; they become stupid and selfish. Look at the pitiable young men of the present time, emaciated by their vices and by those of their sires; scoffers, faithless, jesting at the most sacred things, despising, not only the corrupt women, their worthy companions, but also the whole sex to which their mothers belong; look at them; so gross as to sicken the observer, nothing longer commands their respect; they thrust aside gray haired women from the sidewalk into the gutter; they are impertinent to old men; they put young girls to the blush with their cynical speeches; polygamy has rendered them ignoble, and has destroyed our native urbanity as well as all dignity.

They will tell you that women are but little better than they. But this result becomes inevitable in a country in which women are not kept in seclusion. Polyandria becomes the necessary companion of polygamy; for since men consider themselves at liberty to have more than one woman, why should women consider themselves forbidden to have more than one man?

Finally, my son, the results of irrepressible love, Polygamy and Polyandria in our Western country are:

The seduction and corruption of women;

Adultery, debasement of character; the moral and intellectual enfeebling of both sexes;

The enervation and degeneracy of the race;

Falsehood, deceit, cruelty, injustice of every kind, the use of woman by man for her beauty, that of man by woman for his money or position;

The dissolution and ruin of the family;

Several thousand illegitimate children annually, without counting abortions;

Such is the value of these theories put in practice.

Is this in conformity with our ideal of human love? Is it in conformity with our ideal of human destiny, which requires that we shall progress and cause others to progress in good; that we shall practice Justice and Goodness?

A word more, and we have done.

When Rome had ceased to believe in chastity, in the sacredness of oaths; when she wallowed in polygamic and polyandric customs; when she took pleasure for her end, tyranny appeared. Nothing was more natural: man binds captive those only who have first suffered themselves to be bound under the yoke of bestial instinct: he who knows how to govern himself does not yield obedience to man; he bows only before the law when it is the expression of Reason.

Remember, my son, that we are powerful only through chastity; only thus can we produce great works in science, art and industry; only thus can we practice Justice, be worthy of liberty. Outside of chastity, there is nothing but degradation, injustice, impotence, slavery; and every nation that forsakes it falls from the arms of despotism into the grave.

Do not suffer yourself therefore to be moved by modern sophisms, have always before your thoughts your obligations as a moral and a free being, your duties as a member of humanity; subject all that is within you to Reason, to Justice, to the sentiment of your dignity, and live like a man, not like a brute.

CHAPITRE III.
MARIAGE (DIALOGUE).

I

LA JEUNE FEMME. Nous allons parler du Mariage au point de vue de l’idéal moderne: comment le définirez-vous?

L’AUTEUR. L’amour, sanctionné par la Société.

LA JEUNE FEMME. Considérez-vous le Mariage comme indissoluble?

L’AUTEUR. Devant la loi, non; mais au moment de leur union les époux doivent avoir pleine confiance que le lien ne se dissoudra pas.

Je crois que le Mariage est appelé à devenir indissoluble par la seule volonté des époux; qu’il ne peut l’être que de cette manière.

LA JEUNE FEMME. Quelle part faites-vous à la Société dans le Mariage?

L’AUTEUR. Vous la fixerez vous-même, en vous rappelant nos principes.

152 Si l’homme et la femme sont des êtres libres, dans aucune période de leur vie, ils ne peuvent légalement et valablement perdre leur liberté.

Si l’homme et la femme sont des êtres socialement égaux, dans aucun de leurs rapports, ils ne peuvent légalement, valablement être subordonnés l’un à l’autre.

Si le but constant de l’être humain est de se perfectionner par la liberté et de chercher le bonheur, aucune loi ne peut légitimement, valablement le détourner de cette voie.

Si le but de la Société doit être d’égaliser les individus, elle ne peut, sans forfaire à sa mission, constituer l’inégalité des personnes et des droits.

Si la Société ne peut, sans iniquité, entrer dans le domaine de la liberté individuelle, elle ne peut légitimement, valablement, prescrire des devoirs qui ne relèvent que du for intérieur, et annuler la liberté morale.

Concluez maintenant.

LA JEUNE FEMME. De ces principes il résulte que, dans le Mariage, l’homme et la femme doivent demeurer libres, égaux; que la Société n’a le droit d’intervenir dans leur association que pour les égaliser; qu’elle n’a pas le droit de leur prescrire des devoirs qui ne relèvent que de l’amour ni, conséquemment, d’en punir la violation, qu’elle ne peut, en principe, prononcer ou refuser le divorce, parce, qu’aux époux seuls il appartient de savoir, s’il n’est pas utile pour leur bonheur et leur progrès de se séparer l’un de l’autre.

L’AUTEUR. Bien conclu, Madame; mais si la Société n’a de droit ni sur le corps ni sur l’âme des époux, en tant qu’époux; si 153 elle ne peut, sans abus de pouvoir, s’immiscer dans aucun de leurs rapports intimes, elle a le droit et le devoir d’intervenir dans le Mariage au point de vue des intérêts et au point de vue des enfants.

LA JEUNE FEMME. En effet dans l’union des sexes, il n’y a pas seulement association de deux personnes libres et égales, il y a encore association de capital et de travail; puis, des époux, proviennent des enfants, à l’éducation, à la profession, à la subsistance desquels il faut pourvoir.

L’AUTEUR. Or, la protection générale des intérêts et des jeunes générations incombe de droit à la Société. Aux yeux de la loi, les époux ne doivent être considérés que comme des associés, s’obligeant à employer tel apport et leur travail à telle ou telle chose définie. La Société n’enregistre qu’un contrat d’intérêt dont elle garantit l’exécution, comme celle de tout autre contrat, et dont elle publie la rupture, s’il y a lieu, par la volonté des conjoints: D’autre part, c’est une question de vie et de mort pour la Société que l’éducation des jeunes générations. Les enfants, étant des êtres libres en développement et devant, d’après la direction qu’ils auront reçue, nuire ou être utiles à leurs concitoyens, la Société a le droit de veiller sur eux, d’assurer leur existence matérielle, leur avenir moral, de fixer l’âge du Mariage, de confier les enfants, en cas de séparation, à l’époux le plus digne et, s’ils sont indignes tous deux, de les leur enlever.

LA JEUNE FEMME. Vous allez peut-être un peu loin, Madame; d’une part, les enfants n’appartiennent-ils pas à leurs parents? De l’autre, la société ne peut-elle se tromper sur les meilleurs principes à leur donner?

154 L’AUTEUR.. Les enfants n’appartiennent pas à leurs parents, Madame, parce qu’ils ne sont pas des CHOSES: A ceux qui s’obstineraient à croire qu’ils sont une propriété nous dirions: la Société a le droit d’exproprier pour cause d’utilité publique. Ensuite le droit social sur les enfants se borne, en fait de principes, à ceux de la Morale: La Société n’a pas de droit sur les croyances religieuses qui sont du domaine du for intérieur. Un pouvoir qui enlèverait des enfants à leurs parents parce qu’ils n’ont pas telle foi religieuse, ferait du despotisme et mériterait l’exécration universelle. Que vous disiez: la Société n’a pas le droit d’imposer un dogme aux enfants, vous serez dans le vrai; mais je ne concevrais pas que vous eussiez la pensée de lui interdire le droit de leur enseigner, même contre la volonté des parents, la science qui éclaire, la morale qui purifie: Est-ce que le devoir de la Société n’est pas de faire progresser ses membres, et quelqu’un peut-il avoir le droit de tenir une créature humaine dans l’ignorance et le mal?

LA JEUNE FEMME. Vous avez raison, Madame, et je passe condamnation. Revenons au Mariage. Je vois avec plaisir que vous vous éloignez de l’opinion de plusieurs novateurs modernes qui nient la légitimité de l’intervention sociale dans l’union des sexes.

L’AUTEUR. Si cette union restait sans garantie, qui en souffrirait? Ce ne sont pas les hommes, mais bien les femmes et les enfants.

Personne ne peut obliger un homme à demeurer avec une femme qu’il n’aime plus; mais il faut qu’il soit contraint à remplir ses devoirs à l’égard des enfants nés de son union, à tenir 155 ses engagements d’intérêts: en faisant tort à sa compagne, en échappant aux charges de la paternité, il userait de sa liberté pour nuire à autrui: la société a le droit de ne le pas souffrir.

LA JEUNE FEMME. Ainsi, Madame, vous ne reconnaissez pas à la Société le droit de lier les âmes ni les corps; mais celui d’être garante du contrat de Mariage, et de l’obligation des époux envers les enfants futurs; de les forcer, en cas de séparation, à remplir cette dernière obligation?

L’AUTEUR. Oui, Madame; ainsi, en cas de rupture, la Société n’aurait qu’à constater publiquement les charges des époux, le nombre des enfants, le nom de celui des deux auquel la tutelle en est restée, soit de consentement mutuel, soit d’autorité sociale. En se bornant à ce rôle, la société ferait plus pour empêcher la séparation des époux que tout ce qu’elle a follement imaginé jusqu’ici. Les ex-conjoints seraient libres de se remarier: mais quelle femme voudrait s’unir à un homme chargé de plusieurs enfants, ou qui se serait mal comporté avec sa première compagne? Quel homme consentirait à s’unir à une femme qui se trouverait dans le même cas?

Pensez-vous que la difficulté qu’on éprouverait à contracter un nouveau mariage, ne serait pas un frein à l’inconstance et aux mauvais procédés qui conduisent à une rupture?

LA JEUNE FEMME. Je crois en effet que le mariage, tel que vous le concevez, aurait plus de chances de durée que le nôtre: d’abord parce qu’il est dans notre nature de tenir davantage à ce qu’on peut perdre. Je me suis demandé souvent pourquoi beaucoup d’hommes demeurent fidèles à leur maîtresse et ont envers elle de bons procédés, tandis qu’ils en manquent à l’égard 156 de leur femme et leur sont infidèles; je me suis demandé encore pourquoi beaucoup de couples, longtemps heureux lorsqu’ils étaient librement unis, sont malheureux, souvent obligés de se séparer légalement, lorsqu’ils ont fini par se marier, et je n’ai pu voir d’autres raisons à ces choses que celles-ci: nous tenons à ce que nous savons pouvoir nous échapper. L’homme a plus d’égards pour une femme qui n’est pas sa propriété légale, son inférieure, que pour celle ainsi transformée par la loi. Cependant il faut l’avouer, vos idées, Madame, sembleront excentriques.

L’AUTEUR. Et cependant elles ne sont qu’une application des lois françaises; en effet nos lois n’établissent-elles pas que les conventions ne peuvent avoir pour objet que des choses, non des personnes? Que la Société ne reconnaît pas les vœux et n’en poursuit pas la violation?

Or, la loi du mariage actuel aliène les conjoints l’un à l’autre; la femme appartient à son mari; elle est en sa puissance. Qu’est-ce qu’un tel contrat, sinon la violation du principe qui déclare que toute convention ne peut avoir pour objet les personnes? Serait-il plus permis d’aliéner sa personne par un contrat de Mariage que par un contrat d’esclavage?

Quelques-uns disent qu’il est permis de disposer de sa liberté comme on l’entend, même pour y renoncer. En effet, on peut le faire, comme on peut se donner la mort; mais user de sa liberté pour y renoncer ou se tuer, est beaucoup moins user d’un droit que violer les lois de la nature morale ou physique: ce sont des actes de folie qu’on doit plaindre, mais qu’il n’est pas permis d’ériger en loi.

157 Pourquoi la Société ne reconnaît-elle pas les vœux et n’en poursuit-elle pas la violation, si ce n’est parce qu’elle reconnaît qu’il lui est interdit, à elle, de pénétrer dans le for intérieur? Si ce n’est parce qu’elle n’admet pas qu’un individu puisse aliéner son être moral et intellectuel plus que son corps, et se vouer à l’immobilité lorsque son devoir est, au contraire, de progresser?

Je demande alors si cette même Société n’est pas inconséquente d’exiger des époux des vœux perpétuels, d’exiger de la femme vœu d’obéissance, vœu tacite de livrer sa personne aux désirs de l’époux?

Est-ce que la liberté morale des époux n’est pas aussi respectable que celle des religieuses, des prêtres, des moines?

Est-ce qu’aux yeux de la nature et de la Raison, les individus mariés ont plus le droit d’aliéner leur être moral et intellectuel, leur liberté et leur personne que les gens en religion?

Autre inconséquence de la loi: elle déclare le Mariage une Société; l’acte de mariage est donc un acte de Société: Or, je le demande, dans un seul acte de ce genre, est-il enjoint par la loi à l’un des associés, d’obéir, de se soumettre à une minorité perpétuelle, d’être absorbé? Je ne doute pas que la loi ne déclarât un tel acte nul entre associés libres; pourquoi donc légitime-t-elle une telle monstruosité dans la Société des époux? Reste de barbarie, Madame, si l’on veut bien y réfléchir.

LA JEUNE FEMME. J’espère que, par raison et par nécessité, l’on réformera la loi dans un temps plus ou moins proche: mais ce qui ne sera pas réformé, ce sont les formules du Mariage religieux qui prescrivent aux époux les mêmes vœux que le Code, et soumettent, comme lui, la femme à l’homme.

158 L’AUTEUR. Eh! Que nous importe, Madame, puisque, grâce à la liberté, le Mariage religieux n’est qu’une bénédiction dont on peut se passer. Celles dont le tempérament est d’aller à l’Église, au Temple, à la Synagogue doivent avoir toute liberté de se faire bénir par leurs prêtres respectifs: cela ne regarde pas la Société. Ce qu’il faut, c’est que si, plus tard, leurs vœux ne leur semblent pas valables, l’autorité sociale ne les leur rende pas obligatoires: Elles ont le droit d’être absurdes, mais la Société n’a pas le droit de leur imposer l’absurdité: Son devoir est, au contraire, de les éclairer et de les rendre libres.

MARRIAGE, A DIALOGUE.
I

READER. We are about to speak of Marriage from the stand point of the modern ideal—how do you define it?

AUTHOR. Love, sanctioned by Society.

READER. Do you consider Marriage as indissoluble?

AUTHOR. Before the law, I do not; but at the moment of their union, the spouses should have full confidence that the bond will never be dissolved.

I believe that Marriage becomes indissoluble by the will alone of the spouses; that it can be so only in this manner.

READER. What part do you assign to Society in Marriage?

AUTHOR. You shall fix it yourself after recalling our principles.

If man and woman are free beings at any period of their life, they cannot legally and validly lose their liberty.

If man and woman are beings socially equal in any of their relations, the one cannot legally, validly be subordinated to the other.

If the continual end of the human being is to become perfected through liberty, and to seek happiness, no law can legitimately, validly turn him aside from its pursuit.

If the end of society should be to render individuals equal it cannot, under penalty of forfeiting its mission, constitute inequality of persons and of rights.

If Society cannot without iniquity enter the domain of individual liberty, it cannot lawfully, validly prescribe duties that pertain only to the jurisdiction of the conscience, and annul moral liberty.

Now draw your conclusions.

READER. From these principles, it follows that man and woman should remain free and equal in Marriage; that Society has no right to intervene in their association except to render them equal; that it has no right to prescribe to them duties which proceed only from love, nor consequently to punish their violation, that it cannot in principle grant or refuse divorce, because it belongs to the husband and wife alone to know whether it is useful for their happiness and progress to be separated from each other.

AUTHOR. Your conclusions are right, but if Society has no right over the body or the soul of the husband and wife in their capacity of spouses, if it cannot without abuse of power interfere in any of their intimate relations, it is its right and duty to intervene in Marriage as regards interests and children.

READER. In fact, in the union of the sexes, there is not merely an association of two free and equal persons, but also a partnership of capital and labor; then, from the marriage, children are born for whose education, occupation and subsistence it is necessary to provide.

AUTHOR. Now, the general protection of material interests and of the rising generation devolves of right upon Society. In the sight of the law, the husband and wife ought to be regarded only as partners, engaging to employ a certain share of capital, together with their labor, for a definite purpose. Society takes note only of a contract of interests, the execution of which it guarantees like that of any other contract, and the breach of which it makes public, should it take place by the wish of the parties interested. On the other hand, the education of the rising generation is a question of life and death to Society. The children being free with respect to development, and liable to be useful or injurious to their fellow citizens according to the training which they have received, society has a right to watch over them, to secure their material support, their moral future, to fix the age of marriage, to entrust the children to the more deserving parent in case of separation, and if both are unworthy, to take them away entirely.

READER. Do you not go a little too far; on the one hand, do not children belong to their parents, on the other, may not Society err with respect to the choice of the principles to be instilled in them?

AUTHOR. Children do not belong to their parents because they are not THINGS: to those who obstinately persist in believing them property, we say that Society has the right of dispossession for the public good. Then the social right over children is limited so far as principles are concerned to those of morality. Society has no right over religious beliefs which belong to the domain of spiritual jurisdiction. The power that should take away children from their parents because they were not of a certain religious faith would be guilty of despotism, and would merit universal execration. If you say that Society has no right to impose a dogma upon children, you speak truly; but I cannot conceive how you can entertain the thought of forbidding it the right to teach them, even against the will of their parents, enlightening science, purifying morality. Is it not the duty of society to secure the progress of its members, and can any one have a right to keep a human being in ignorance and evil?

READER. You are right, and I condemn myself. Let us return to Marriage. I see with pleasure that you differ in opinion from a number of modern innovators who deny the lawfulness of social interference in the union of the sexes.

AUTHOR. If the union were without protection, who would suffer by it? Not men, but rather women and children.

No one can compel a man to live with a woman whom he has ceased to love; but he must be constrained to fulfill his duties with respect to the children born of this union, and to keep his business engagements: in wronging his companion and escaping from the burdens of paternity, he takes advantage of his liberty to the detriment of others: Society has a right to prevent this.

READER. So you do not grant to Society the right of binding souls or bodies; but that of guaranteeing the contract of Marriage, and the obligations of the spouses towards their future children; of forcing them, in case of separation, to fulfill this last obligation?

AUTHOR. Yes; thus in case of the rupture of the marriage tie, society has only to state publicly the responsibilities of the spouses, the number of children, and the name of the parent on whom their guardianship devolves, either by mutual consent or by social authority. And in confining itself to this part, Society would do more to prevent the separation of married couples than by all that it has hitherto foolishly invented for the purpose. The parties would be free to marry again; but what woman would be willing to unite herself to a man who was burdened with several children, or who had treated his first companion unkindly? What man would consent to wed a woman in the same position?

Do you not think that the difficulty that would be experienced in contracting a new marriage would be a curb on the inconstancy and bad conduct that lead to a rupture?

READER. I believe indeed that marriage, as you understand it, would have more chances of duration than ours: first, because it is our nature to cling most closely to that which we may lose. I have often asked myself why many men remain faithful to their mistresses and treat them kindly, while they are disrespectful and unfaithful to their wives; I have asked myself also why many couples who had long lived happily together when voluntarily united, were unhappy and often driven to a legal separation when they had finally married; and the only reason that I have been able to find is that we set the most value on that which we know may escape us. Man has more respect for a woman who is not his legal property, his inferior, than for her who is thus transformed by the law. Notwithstanding, it must be acknowledged that your ideas appear eccentric.

AUTHOR. Yet they are nothing more than an application of our laws; indeed, do they not decree that covenants can have things only, not persons for their object. That Society does not recognize vows, and that proceedings cannot be instituted against their violation?

Now the existing law of marriage alienates one of the partners in favor of the other; the wife belongs to the husband; she is in his power. What is such a contract, if not the violation of the principle which affirms that no covenant can be made involving persons? can it be more lawful to alienate one’s person by a contract of slavery?

Some say that we are at liberty to dispose of our freedom as we choose, even though it be to renounce it. Indeed, we may do this, as we may commit suicide, but to make use of our liberty to renounce it or to commit suicide is much less to use aright than to violate the laws of moral or physical nature; these are acts of insanity which we should pity, but which we are not at liberty to erect into a law.

Why does Society refuse to recognize vows and to punish their violation, if not because it admits that it is forbidden to penetrate into the jurisdiction of the conscience? if not because it does not admit that an individual may alienate his moral and intellectual being any more than his body, and devote himself to immobility when it is his duty, on the contrary, to go forward?

I ask then if this same Society is not inconsistent in exacting perpetual vows from the husband and wife, in exacting from the wife a vow of obedience, a tacit vow to deliver up her person to the desires of the husband?

Is not the moral liberty of the spouses as worthy of respect as that of nuns, priests and monks?

Have married persons more right in Nature and Reason, to alienate their moral and intellectual being, their liberty and their person than the celibates of the Church?

Another inconsistency of the law is that it declares Marriage an association; the contract of Marriage is therefore a contract of partnership. Now I ask whether, in a single contract of this kind, it is enjoined by law on one of the partners to obey, to be subjected to a perpetual minority, to be absorbed?

I doubt not that the law would declare such a contract between independent partners void; why then does it legalize such a monstrosity in the partnership of husband and wife? It is a relic of barbarism, as you will see if you reflect on it.

READER. I hope that, through reason and necessity, the law will be reformed sooner or later: but a reformation which will not take place is that of the forms of religious marriage, which prescribe to the spouses the same oaths as the code, and like it, subject the wife to the husband.

AUTHOR. Well, what matters it to us, since, thanks to liberty, the religious marriage is merely a benediction with which we can dispense. Those who have a disposition to go to the Church, the Temple, or the Synagogue should have full liberty to receive the blessing of their respective priests! this does not concern Society. What we need is that, if afterward their vows should not seem to them binding, social authority should not make them obligatory; they have a right to be absurd, but society has no right to impose absurdity on them. Its duty is, on the contrary, to enlighten them, and to render them free.

II

LA JEUNE FEMME. Ceux qui ont subordonné la femme dans le Mariage, s’appuient sur ce que, disent-ils, il faut unité de direction dans la famille, conséquemment une autorité; or évidemment votre théorie ruine cette autorité.

L’AUTEUR. Qu’est ce que l’autorité? Dans la pratique, elle se manifeste par la fonction du gouvernement. Autrefois elle reposait sur deux principes reconnus aujourd’hui radicalement faux: le Droit divin et l’Inégalité. Elle était un Droit pour ceux qui l’exerçaient, qu’ils s’appelassent rois, aristocrates, prêtres, hommes: alors le Peuple, l’Église, la Femme avaient le Devoir d’obéir aux élus de Dieu, à leurs supérieurs par la grâce du droit octroyé d’en haut.

Mais, dans l’opinion moderne, l’autorité n’est plus qu’une fonction déléguée par les intéressés pour exécuter leur volonté.

159 Nous n’avons pas à examiner ici si cette conception moderne s’est incarnée dans les faits; si le principe ancien n’est pas en lutte contre le principe nouveau; si les dépositaires de l’autorité politique et familiale n’ont pas de folles prétentions de droit divin; nous avons seulement à constater ce qu’est devenue la notion de l’autorité dans la pensée et le sentiment actuels.

Que serait l’autorité dans le Mariage, d’après l’opinion moderne, sinon la délégation faite par l’un des époux à l’autre, du gouvernement des affaires et de la famille, sinon une délégation de fonction, non plus un droit?

Et si l’homme et la femme sont, en principe, socialement égaux, si les aptitudes, raison d’être de toute fonction, ne dépendent pas du sexe, de quel droit la Société interviendrait-elle pour donner l’autorité soit à l’homme soit à la femme?

S’il y a besoin d’une autorité dans le ménage, est-ce que les époux ne sauront pas bien en charger celui des deux qui saura le mieux et le plus utilement l’exercer?

Mais, entre conjoints, y a-t-il vraiment place pour l’autorité? Non: il n’y a place que pour la division du travail, la bonne entente sur des intérêts communs. Se consulter, se mettre d’accord, se partager la tâche, rester maître chacun dans son département: voilà ce qu’ont à faire et ce que font généralement les époux.

La loi est si peu dans nos mœurs, que voici ce qui se passe aujourd’hui: beaucoup de dames riches traduisent ainsi deux articles du Code: le mari obéira à sa femme, et la suivra partout où elle jugera convenable d’aller résider ou se promener. Et les maris obéissent, parce qu’on doit ménager une femme bien dotée; 160 parce que ce serait un scandale que de contrarier sa femme; parce qu’on a besoin d’elle, ne pouvant, sans se déshonorer, entretenir une maîtresse.

Les maris des grands centres de population échappent à l’obéissance par l’amour hors du mariage; ils ne commandent pas; Madame est libre.

Parmi les travailleurs de la bourgeoisie et du peuple, il est admis dans la pratique que personne ne commande, et qu’un mari ne doit rien faire sans consulter sa femme et avoir son consentement.

Dans tous les rangs, si quelque mari est assez naïf pour prendre au sérieux son prétendu droit, il est cité comme un méchant homme, un despote intolérable que sa femme peut haïr et tromper en sûreté de conscience; et ce qu’il y a de curieux, c’est que les séparations légales n’ont, la plupart, au fond d’autre motif que l’exercice des droits et prérogatives concédés par la loi à Messieurs les maris.

Je vous le demande maintenant, Madame, à quoi bon maintenir contre la raison et les mœurs, une autorité qui n’existe pas, ou qui passe à l’époux condamné à la subir?

LA JEUNE FEMME. Sur ce point, je suis tout à fait de votre avis; pas une femme de la nouvelle génération ne prend au sérieux les droits du mari. Mais votre théorie n’attaque pas que son autorité; elle attaque aussi l’indissolubilité du Mariage qui, dit-on, est nécessaire à la dignité de ce lien; au bonheur, à l’avenir des enfants, à la moralité de la famille.

L’AUTEUR. Je prétends, au contraire, que ma théorie assure, autant qu’il est humainement possible, la perpétuité et la pureté 161 du Mariage. Aujourd’hui, quand ce lien est serré, les époux, ne craignant plus de se perdre, trouvent, dans cette absence de crainte, le germe d’un refroidissement réciproque; ils peuvent se quereller, manquer de procédés, s’être infidèles; il y aura scandale, séparation légale peut-être; mais ils sont rivés l’un à l’autre: ils ne peuvent se devenir étrangers. Mettez en perspective de ce tableau celui d’un ménage où le lien est dissoluble: tout change; l’époux despote et brutal réprime ses mauvais penchants, parce qu’il sait que sa compagne, qu’il aime après tout, le quitterait, porterait à un autre les soins dont il est comblé, et qu’une femme honorable ne voudrait pas la remplacer.

Le mari, disposé à être infidèle, reste dans le devoir, parce que son abandon, ses outrages éloigneraient sa femme, nuiraient à sa réputation et l’empêcheraient de former un lien honorable.

L’homme blasé n’épouserait plus la dot d’une jeune fille, parce qu’il saurait que, promptement désillusionnée, au lieu de recourir à l’adultère, la jeune femme romprait une union mal assortie.

La femme qui se prévaut de sa dot, de la nécessité où est son mari de lui être fidèle pour le tyranniser, craindrait un divorce qui attirerait sur elle le blâme et la jetterait dans l’isolement.

Une femme acariâtre n’oserait plus faire souffrir son mari, une coquette le tromper ou le désoler; qui les épouserait après une rupture?

Ne voyez-vous pas les mariages libres plus heureux et plus durables que les autres?

N’êtes-vous pas convenue vous-même qu’il suffit souvent, pour 162 que les conjoints se séparent, qu’ils aient été légalement mariés?

J’ai connu pour mon compte une union libre, très heureuse pendant vingt-deux ans, qui se rompit au bout de trois ans de mariage légal par la séparation; j’en ai connu d’autres de moins longue durée que la légalité a contribué à dissoudre au lieu de les éterniser.

On ne saurait croire combien d’époux, en 1848, rentrèrent dans une meilleure voie lorsqu’ils craignirent que la loi du Divorce ne fût votée. Si le Divorce, simple expédient, peut produire de bons résultats, que ne devrait-on pas attendre d’une loi rationnelle!

Il n’y a qu’à réfléchir pour comprendre que la dissolubilité volontaire, sans intervention sociale, rendrait les unions mieux assorties, car l’on aurait intérêt, pour sa propre réputation, de ne se prendre qu’avec la conviction morale de pouvoir se garder; alors seulement il n’y aurait plus d’excuse à l’infidélité; la loyauté entrerait dans les rapports des époux. La loi de la perpétuité a tout faussé, tout corrompu: du côté de la femme, elle favorise, elle nécessite la ruse; du côté de l’homme, elle favorise la brutalité, le despotisme; elle provoque des deux côtés l’adultère, l’empoisonnement, l’assassinat et conduit à ces séparations dont chaque jour augmente le nombre, qui, en donnant un démenti à la nécessité de l’indissolubilité du Mariage, jettent les conjoints dans une situation douloureuse, périlleuse, et traînent à leur suite une foule de désordres.

En effet, si les époux sont séparés jeunes, le concubinage est leur refuge. L’homme, dans cette fausse position, trouve beaucoup de gens qui l’excusent; mais la femme est obligée de se 163 cacher, de trembler à la pensée d’une grossesse et… de la faire disparaître. La séparation légale conduit les époux non seulement au concubinage, à la haine réciproque mais provoque la naissance d’une foule d’enfants dont l’avenir est compromis, perdu par le fait de leur illégitimité.

Que les époux, selon leur droit, soient libres et tout rentrera dans l’ordre, parce que tout se fera dans la lumière et la vérité.

LA JEUNE FEMME. Mais l’avenir des enfants, Madame?

L’AUTEUR. La moralité des enfants est plus assurée sous le régime de la liberté que sous celui de l’indissolubilité, car ils n’assisteraient pas longtemps à ces cruels démêlés, à ces désordres qui, aujourd’hui, les rendent dissimulés, vicieux, leur font prendre en mépris ou en haine l’un de leurs auteurs, quelquefois tous les deux quand ils ne les prennent pas pour modèles: si la vie commune devient impossible aux parents, ce qui sera plus rare sous la loi de liberté, les enfants ne seront pas soumis à la puissance de gens qui violent les lois de la morale reçue: ils verront peut-être ces parents contracter un nouveau lien, comme aujourd’hui, mais ce lien sera honoré de tous.

De ces unions pourront naître des enfants comme aujourd’hui; mais ces enfants, au lieu d’être jetés à l’hospice, partageront avec les premiers la tendresse et l’héritage de leur père ou de leur mère. Les enfants, dits légitimes, perdront en fortune, c’est vrai; mais ils gagneront en bons exemples; beaucoup d’enfants qui sont aujourd’hui dans la catégorie des illégitimes, passeront dans la première et ne seront plus condamnés par l’abandon à mourir jeunes, ou bien à croupir dans l’ignorance, le vice, la misère; à se voir imprimer au front, comme leur faute 164 propre, la faute de leurs parents, par une foule d’imbéciles et de gens sans cœur qui n’ont eux-mêmes de garantie de ce qu’ils nomment leur légitimité, que la présomption que leur accorde la loi.

 

II.

READER. Those who subordinate woman in marriage rest on the assertion that unity of direction, consequently a ruling power, is needed in the family; now, your theory evidently destroys this ruling power.

AUTHOR. What is the ruling power? Practically, it is manifested through the function of government. Formerly, it was based upon two principles, now recognized as radically false: Divine right and inequality. It was the right of those who exercised it to call themselves kings, autocrats, priests, men; it was the duty therefore of the people, the church, woman to obey the elect of God, their superiors by the grace of right delegated from on high.

But in modern opinion, the ruling power is nothing more than a function delegated by the parties interested in order to execute their will.

It is not our business to inquire here whether this modern interpretation has become incarnated in facts; whether the old principle is not still struggling with the new; whether the holders of political and familial authority are not still making insane pretensions to divine right; we have only to show what the notion of the ruling power has become in the present state of thought and feeling.

What will be the ruling power in marriage, in accordance with modern opinion, if not the delegation by one spouse to the other of the management of business and of the family—a delegation of function; no longer a right?

And if man and woman are socially equal in principle, if the aptitudes, upon which all functions are based, are not dependent on sex, by what right does society interfere to give the authority either to the husband or the wife?

If there is need of a ruling power in the household, are not the parties themselves best capable of bestowing it on the one who can best and most usefully exercise it?

But among partners, is there really room for a ruling power? No, there is room only for division of labor, mutual understanding with respect to common interests. To consult each other, to come to an agreement, to divide the tasks, to remain master each of his own department; this is what the spouses should do, and what they do in general.

The law has so little part in our customs that to-day things happen in this wise: many rich women translate two articles of the Code as follows; the husband shall obey his wife, and shall follow her wherever she sees fit to dwell or sojourn. And the husbands obey, because it would not do to offend a wife with a large dowry; because it would make a scandal to thwart their wife; because they need her, being unable, without dishonoring themselves, to keep a mistress.

Husbands in the great centres of population escape obedience through love outside of marriage; they lay no restrictions on their part; Madame is free.

Among the working classes of the citizens and the people, it is practically admitted that neither shall command, and that the husband shall do nothing without consulting his wife and obtaining her consent.

In all classes, if any husband is simple enough to take his pretended right in earnest, he is cited as a bad man, an intolerable despot whom his wife may hate and deceive with a safe conscience; and it is a curious fact that the greater part of the legal separations are for no other cause at the bottom than the exercise of the rights and prerogatives conceded to the husbands by law.

I ask you now, what is the use of maintaining against reason and custom, an authority which does not exist, or which is transferred to the spouse condemned to subjection.

READER. On this point, I am wholly of your opinion; not a single woman of modern times takes the rights of her husband in earnest. But your theory not only attacks his authority; it also wages war against the indissolubility of marriage, which it is affirmed, is necessary to the dignity of this tie; to the happiness and future of the children, to the morality of the family.

AUTHOR. I claim, on the contrary, that my theory secures, as far as is humanly possible, the perpetuity and purity of marriage. At present, when the knot is tied, the spouses, no longer fearing to lose each other, find in the absence of this fear the germ of a mutual coolness; they may quarrel, be discourteous or unfaithful to each other; there will be scandal, a legal separation perhaps, but they are riveted together; they can never become strangers. Contrast with this picture a household in which the bond is dissoluble; all is changed; the despotic or brutal husband represses his evil propensities, because he knows that his companion, whom after all he loves, would quit him and transfer to another the attentions she lavishes on him; and that no honest woman would be willing to take her place.

The husband disposed to be unfaithful would continue in the path of duty, because his abandonment and offences would alienate his wife, blast his reputation, and prevent him from forming an honorable alliance.

The worn out profligate would no longer espouse the dowry of a young girl, because he would know that, promptly disenchanted, the young wife, instead of having recourse to adultery, would break the ill assorted union.

The woman who should take advantage of her dowry, of the necessity of her husband to remain faithful, to tyrannise over him, would fear a divorce which would throw the blame on her and condemn her to a life of solitude.

A shrewish wife would no longer dare to inflict suffering on her husband, or a coquette to deceive or torment him; who would marry them after a separation?

Do you not see that free marriages are happier and more lasting than any others?

Have you not yourself admitted that to separate the parties in these unions, it often suffices to join them legally?

I know myself of a voluntary union that was very happy during twenty-two years, and was dissolved by separation at the end of three years of legal marriage; I have known of many others of a shorter duration which legality contributed to dissolve instead of rendering eternal.

You would hardly believe how many married couples reformed in their treatment of each other in 1848, when they feared that the law of divorce might be accepted. If the simple expedient of divorce has power to produce good results, what may not be expected from a rational law.

We need only to reflect in order to comprehend that voluntary dissolubility, without social intervention, would render unions better assorted, for it would be for one’s interest, for his own reputation, to enter into them only with the moral conviction of being able to preserve them; then only would no excuse be found for 281 infidelity; loyalty would make part of the relations of the spouses. The law of perpetuity has perverted everything, corrupted everything; on the side of the woman, it favors, yes, necessitates stratagem; on the side of the man, it favors brutality and despotism; it provokes on both sides adultery, poisoning and assassination; and leads to those separations which are daily increasing in number, and which, by giving the lie to the indissolubility of marriage, place the partners in a painful and perilous situation, and bring in their train a host of irregularities.

In fact, if the spouses are separated while young, concubinage is their refuge. The man in this false position finds many to excuse him; but the woman is forced to conceal herself, to tremble at the thought of a pregnancy and to make it disappear. Legal separation leads the spouses not only to concubinage, to mutual hatred, but causes the birth of thousands of children whose future is compromised, destroyed by the fact of their illegitimacy. Let the spouses be free in accordance with their right, and all will fall into its proper order, for all will be done openly and truly.

READER. But the future of the children?

AUTHOR. The morality of the children is better insured under the system of liberty than under that of indissolubility, for they will not be witnesses for years of the bitter contention and licentiousness which now render them deceitful and vicious, and inspire them with contempt or hatred for one of the authors of their being, sometimes of both, when they do not take them for models; if life in common becomes impossible to the parents, which will be more rare under the law of liberty, the children will not be subjected to the power of those who violate the law of received morality; they may see these parents contract a new alliance as now, but this alliance will be honored by all.

From these unions children may be born as now, but these children, instead of being cast into the hospital, will share with the first the affection and inheritance of their father or mother. The so-styled legitimate children will lose in fortune, it is true; but they will gain in good examples; many children who are now in the category of the illegitimate will be ranked among the former, and will be no longer condemned by desertion to die young, or else to grovel in ignorance, vice and misery; to see their brow branded with the fault of their parents as of their own by a host of imbeciles and men without heart, who have no other guarantee for what they call their legitimacy than the presumption accorded them by the law.

III

LA JEUNE FEMME. De longtemps encore, peut-être, la Raison collective ne comprendra comme vous la liberté dans l’union des sexes, et l’on se croira le droit, non seulement de lier les intérêts, mais l’âme et le corps des époux.

L’AUTEUR. Autant qu’il peut nous être permis de prévoir, la Société, pour réaliser notre conception, doit fournir préalablement deux étapes: elle doit décréter d’abord le divorce motivé; plus tard, elle décrétera le divorce prononcé à huis-clos, sur la demande des époux ou de l’un d’eux. Nous ne nous occuperons pas de cette dernière forme de rupture du lien conjugal, mais de celle qui est le plus près de nous: le divorce motivé.

Pour vous, jeune femme, quelles seraient les raisons valables d’une demande en divorce?

LA JEUNE FEMME. D’abord celles qui, aujourd’hui, donnent lieu à la séparation de corps et de biens: adultère de la femme, sévices, injures graves, condamnation d’un époux à une peine afflictive on infamante, mauvaise gérance du mari quant aux biens; de plus l’infidélité du mari, qualifiée adultère, l’incompatibilité d’humeur, des vices notables, tels que l’ivrognerie, la passion du jeu, etc.

L’AUTEUR. Très bien; ces motifs suffisent.

165 LA JEUNE FEMME. Pendant l’instance en Divorce, la femme devrait être aussi libre que l’homme. L’enfant qui naîtrait d’elle, après plus de dix mois de séparation, serait réputé naturel, lors même que le divorce ne serait pas prononcé; il porterait son nom et hériterait d’elle comme un de ses enfants légitimes.

L’AUTEUR. Qui administrera les enfants et les biens pendant l’instance?

LA JEUNE FEMME. Le tribunal doit décider qui administrera les enfants d’après les motifs de la demande en Divorce et le témoignage de parents, amis et voisins.

L’AUTEUR. Mais si les époux ne demandent à divorcer que pour incompatibilité d’humeur et sont tous deux honorables?

LA JEUNE FEMME. Ils seront invités à s’entendre pour se partager les enfants, ou les confier à l’un d’eux, ou donner les filles et les garçons tout jeunes à la mère, laissant au père les garçons au dessus de quinze ans. Le tribunal, en outre, nommerait dans la famille maternelle une subrogée tutrice pour les enfants laissés au père; et dans la famille paternelle, un subrogé tuteur pour les enfants demeurés à la mère. Cette subrogée tutelle, toute morale, ne cesserait qu’à la majorité des enfants.

L’AUTEUR. Et dans le cas où les parents seraient également indignes?

LA JEUNE FEMME. Dans ce cas rare, le président, au nom de la Société, leur enlèverait l’administration des enfants et les confierait à la tutelle de l’un des membres d’une famille, mettant la subrogée tutelle dans l’autre.

L’AUTEUR. Très bien; je vois avec plaisir que vous vous êtes 166 guérie de cette fausse croyance que les enfants appartiennent aux parents, et que vous comprenez la haute fonction de la Société comme protectrice des mineurs.

Pendant le procès en divorce, qui aura l’administration des biens?

LA JEUNE FEMME. Si le contrat est fait sous le régime de la séparation de biens, et pour les paraphernaux, il n’y a pas lieu à poser la question: chacun administre ses propres.

Mais je serais assez embarrassée de vous répondre pour le cas de communauté, pour le cas où les fonds sont engagés dans un négoce commun, administrés par un seul des époux. La loi d’aujourd’hui ne me semble pas sauvegarder suffisamment les les intérêts de la femme dans les cas de séparation.

L’AUTEUR. Sans nous embarrasser dans une foule de cas particuliers qui se modifient ou se contredisent, établissons que dans les cas de communauté, l’administration des biens sera enlevée à l’époux si la demande en divorce est fondée sur sa mauvaise gérance, ses habitudes dissipatrices ou sur sa condamnation à une peine afflictive et infamante; que, dans tout autre cas, il sera fait inventaire des biens et de l’état des affaires, et qu’un subrogé tuteur de la famille de l’époux évincé de l’administration sera nommé pour surveiller la gérance de l’époux nommé administrateur qui sera tenu de payer à l’autre une pension alimentaire jusqu’à ce que le Divorce soit prononcé.

LA JEUNE FEMME. Et s’il n’y a aucune fortune, Madame?

L’AUTEUR. Jusqu’à ce que les époux soient étrangers, ils se doivent assistance: le tribunal pourra donc forcer l’époux qui gagne le plus à venir en aide à celui qui gagne le moins.

167 LA JEUNE FEMME. Combien de temps devrait s’écouler entre la déposition de la demande et l’arrêt de divorce?

L’AUTEUR. Une année, afin que les époux aient le temps de réfléchir.

LA JEUNE FEMME. Le divorce est prononcé, chacun des ex-conjoints est rentré dans sa liberté, leur permettrons-nous de se marier à d’autres?

L’AUTEUR. Mais assurément, Madame; que signifierait sans cela notre critique de la séparation?

LA JEUNE FEMME. Quoi! l’époux adultère, brutal, celui qui aurait fait souffrir son conjoint, qui aurait eu tous les torts, jouirait comme l’autre du privilége de pouvoir se remarier? J’avoue que cela me choque.

L’AUTEUR. Parce que vous n’êtes pas suffisamment imbue des doctrines de liberté et du sentiment du Droit: le Mariage est de droit naturel pour tout adulte; la société n’a donc pas le droit de l’interdire ou d’en faire un privilége; d’autre part, dans tout divorce, des deux côtés, il y a des torts ou insuffisance de l’un par rapport à l’autre; celui ou celle qui commet adultère, sera peut-être un modèle de fidélité avec un conjoint qui répondra mieux à son tempérament et à son humeur; celui qui a été brutal, violent, sera peut-être tout autre avec une femme ayant un caractère différent; enfin, répétons-le, interdire le mariage, c’est vouloir le libertinage, et la société n’a pas d’intérêt à se pervertir. Donc les deux ex-conjoints ont le droit de se marier; mais la loi doit veiller à ce que tous soient avertis des charges qui pèsent sur eux par suite de leur premier mariage, et sachent qu’ils sont divorcés. En conséquence, la Société a le droit de 168 publier l’acte de divorce, et d’exiger que les divorcés pourvoient aux besoins de leurs enfants mineurs et que l’acte de divorce, joint à celui qui constate cette obligation, accompagne la publication des bans d’un nouveau mariage: en cela, point d’injustice ni d’abus de pouvoir: car chacun subira la conséquence des actions qu’il a faites en parfaite liberté.

LA JEUNE FEMME. Et l’on ne fixerait pas le nombre de fois qu’un divorcé pourrait se marier?

L’AUTEUR. Pourquoi faire? fixez-vous le nombre de fois que peut se marier un veuf et une veuve?

LA JEUNE FEMME. Mais un libertin, un méchant homme pourrait se marier dix fois et rendre ainsi dix femmes malheureuses…

L’AUTEUR. Que dites-vous là, Madame! Vous croyez sérieusement qu’il y aura une femme assez insensée pour épouser un homme neuf fois divorcé, un homme obligé d’accompagner la publication de ses bans de neuf actes de divorce, de neuf jugements qui le condamnent à payer tant de pension pour sept, huit et plus d’enfants! Vous croyez sérieusement qu’une femme consente à devenir la compagne d’un homme semblable! Cet homme pourrait bien se marier deux fois, mais trois, pensez-vous que ce soit possible?

LA JEUNE FEMME. Vous avez raison, et, en réfléchissant, les mesures que vous indiquez paraîtront peut-être sévères.

L’AUTEUR. Je le sais; mais notre but n’est pas de favoriser le divorce ni les unions subséquentes; c’est, tout au contraire, d’empêcher, autant que possible, l’un par la difficulté de former les autres. Or, pour cela, il n’est pas besoin de gêner la liberté 169 individuelle, mais de la rendre responsable de ses actes, et de la river tellement à la chaîne qu’elle-même s’est forgée, qu’elle ne puisse ni la rejeter, ni la faire porter à d’autres sans qu’ils n’en soient dûment avertis et qu’ils n’y consentent.

III.

READER. It will be long yet, perhaps, before collective Reason comprehends liberty in the union of the sexes as you do, and men will ascribe to themselves the right not only of binding the interests, but the souls and bodies of the spouses.

AUTHOR. As far as we can foresee, Society must necessarily? pass through two stages to realize our opinion; it must first grant divorce for a declared cause; later it will grant divorce decreed in private on the petition of one or both of the spouses. We will not take up this last form of the rupture of the conjugal tie, but that which is nearest us—divorce for a declared cause.

What are the reasons which you would consider valid for a petition for divorce?

READER. First, those which now give rise to separation from bed and board: adultery of the wife, cruelty, grave abuses, condemnation of one of the spouses to punishment affecting the liberty or person, the fraudulent management of the property by the husband; next, infidelity of the husband, qualified adultery, incompatibility of temper, notable vices, such as drunkenness, gaming, etc.

AUTHOR. Very well; these causes suffice.

READER. During the proceedings for divorce, the wife should be as free as the husband. The child that should be born to her after more than ten months’ separation should be reputed natural, even though the divorce had not been pronounced; and should bear her name and inherit from her like one of her legitimate children.

AUTHOR. Who should take custody of the children and the property during the proceedings?

READER. The court should decide who should have the care of the children, in accordance with the causes for the petition for divorce and the testimony of the parents, friends and neighbors.

AUTHOR. But if the spouses ask to be divorced only on account of incompatibility of temper, and are both honorable?

READER. They should be requested to agree mutually either to share the children, or to entrust them to one of the two, or to give the younger children to the mother, leaving the sons over fifteen to the father. The court, besides, should appoint from the family of the mother, a guardian to watch over the conduct of the father towards the children left in his care; and from the family of the father, a similar guardian to the mother and the children remaining with her. This guardianship, which should be strictly moral, should continue till the children had attained majority.

AUTHOR. And in case the parents should be alike unworthy?

READER. In such a case, which would seldom happen, the judge, in behalf of society, should deprive them of the custody of the children, and entrust it to a member of the family of one of the parents, appointing a guardian to watch over his conduct and protect the interests of his ward from the family of the other.

AUTHOR. Very well; I see with pleasure that you are cured of the erroneous belief that the children belong to the parents, and that you comprehend the high function of society as the protector of minors.

During the suit for divorce, who shall have the control of the property?

READER. If the contract has been made under the system of separation of property, and for paraphernalia, there is no need of putting the question; each one will manage his own.

But I am somewhat puzzled how to answer you in case of communion of goods, or in case the capital is embarked in a common business, carried on solely by one of the parties. The present law does not seem to me sufficiently to protect the interests of the wife in case of separation.

AUTHOR. Without entangling ourselves in a host of individual cases which modify or contradict each other, let us provide that in case of communion of goods, the administration of the property shall be taken from the spouse holding it if the petition for divorce be based on his bad management, his dissipated habits, or his condemnation to a penalty affecting his liberty or person; 285 that in all other cases, he shall make an inventory of the property and the condition of the business; and a person shall be appointed from the family of the spouse excluded from the management to watch over the conduct of the spouse to whom it is entrusted, who shall be bound to pay alimony to the other until the divorce shall be decreed.

READER. And if there is no fortune?

AUTHOR. Until the spouses become strangers, they owe assistance to each other: the court should therefore require the spouse that earns the more to aid the other.

READER. How long a time should elapse between the admission of the petition and the judgment of divorce?

AUTHOR. A year, in order that the parties may have time for reflection.

READER. The divorce being granted, and the ex-partners restored to liberty, would you permit them to marry others?

AUTHOR. Most assuredly; else what signifies our arguments against separation?

READER. What! the adulterous and brutal spouse, he who has inflicted suffering on his partner, who has been wholly in the wrong, should enjoy like the other the privilege of marrying again? I confess that this shocks me.

AUTHOR. Because you are not sufficiently imbued with the doctrines of liberty and the sentiment of right. Marriage is the natural right of every adult; society has no right therefore to prohibit it or to make it a privilege; on the other hand, in every divorce, there is wrong or the lack of something on either side with respect to the other; the man or woman who commits adultery may be a model of fidelity to a partner better suited to his or her temperament and disposition; he who has been brutal and violent may be wholly different with a wife possessing a different character; in short, we repeat, to prohibit marriage is to permit libertinism, and it is not the interest of society to pervert itself. Both partners therefore should have a right to marry, but the law should take care that all should be informed of the burdens resting upon them by reason of their first marriage, and know that they are divorced. Consequently, society has a right to publish the bill of divorce, and to require that the parties divorced should provide for the necessities of their minor children, and that the bill of divorce, joined to the one setting forth this obligation, should accompany the publication of the bans of a new marriage; in this, there is neither injustice nor abuse of power; for each one will submit to the consequence of what he has done in perfect freedom.

READER. And would you not fix the number of times that a divorced person might re-marry?

AUTHOR. Why fix it? do you fix the number of times that a widow or widower may marry again?

READER. But a libertine, a bad man might marry ten times, and thus render ten women unhappy.

AUTHOR. What are you talking of! do you seriously believe that there would be a woman insane enough to marry a man nine times divorced, a man obliged to accompany the publication of his bans with nine bills of divorce, with nine judgements compelling him to pay so much yearly for the support of seven, eight or nine children. Do you seriously believe that a woman would consent to become the companion of such a man! 287 This man might indeed marry twice—but three times! do you think that it would be possible?

READER. You are right, and on reflection, the measures which you advocate appear perhaps severe.

AUTHOR. I know it; but our aim is not to favor divorces nor subsequent unions; but, on the contrary, to prevent the former as far as possible by the difficulties of forming the latter. Now for this it is not necessary to restrict the liberty of the individual, but to render him responsible for his acts, and to rivet the chain that he has forged for himself in such a manner that he can neither cast it aside nor lay the burden of it on others unless they are duly warned of it and consent thereto.

IV

LA JEUNE FEMME. La société devrait-elle permettre les unions disproportionnées sous le rapport de l’âge? N’est-ce pas exposer une femme à l’adultère, que de lui faire épouser à dix-sept ou dix-huit ans un homme de trente, quarante et même cinquante ans? Quels rapports de sentiments et de manière de voir peuvent exister alors entre les époux? La femme voit en son mari une sorte de père qu’elle ne peut cependant aimer ni respecter comme un père, et elle reste toute sa vie mineure.

L’AUTEUR. Ces unions sont très fâcheuses pour la femme et pour la génération, et elles seraient pour la plupart évitées, si la loi fixait l’âge du mariage pour les deux sexes à vingt-quatre ou vingt-cinq ans. A dix-sept ans, nous nous marions pour être appelées Madame, pour porter une robe magnifique et une couronne de fleurs d’oranger; certes nous ne le ferions pas à vingt-cinq.

Si la fleur n’est appelée à former son fruit que quand elle est parfaite, il doit en être de même de l’homme et de la femme: or, dans nos climats, l’organisation de l’un et de l’autre n’est complète qu’à l’âge de vingt-quatre ou vingt-cinq ans.

La femme donne plus et fatigue plus dans la grande œuvre de 170 la reproduction; la mettre dans le cas d’être prématurément mère, est donc l’exposer à de plus grands maux.

D’abord on la force à partager entre elle et son fruit les éléments qui sont nécessaires à sa propre nutrition, ce qui affaiblit elle et l’enfant.

On arrête son développement, on altère sa constitution, on la prédispose aux affections utérines, et on l’expose à devenir valétudinaire à l’âge où elle devrait jouir d’une santé vigoureuse.

L’affaiblissement physique entraîne celui du caractère: la femme devient nerveuse, irritable, souvent fantasque; elle n’a pu nourrir ses enfants; elle ne sera pas capable de les élever; elle en fera des poupées, et favorisera le développement des défauts qui, plus tard, devenant des vices, désoleront la famille et la société.

Cette femme, mère avant l’âge, non seulement ne sera pas la compagne sérieuse, la conseillère de son mari qui, étant beaucoup plus âgé qu’elle, s’en amusera comme d’une petite fille, mais toute sa vie elle sera sa pupille et rusera pour faire sa propre volonté.

Ainsi affaiblir la femme sous tous les rapports, abréger sa vie, la mettre en tutelle, préparer des générations étiolées et mal élevées, tels sont les résultats les plus clairs du mariage précoce des femmes.

Il suffirait, pour tenir les femmes dans un servage volontaire et pour organiser le harem parmi nous, de profiter de la permission de la loi qui autorise leur mariage à quinze ans.

Pour qu’une femme ne soit pas esclave, puisse être mère sans dommage pour sa santé, et au profit de la bonne organisation des 171 enfants; pour qu’elle soit une épouse digne et sérieuse, prête à remplir tous ses devoirs, je le répète, il ne faut pas la marier avant vingt-quatre ou vingt-cinq ans; il ne faut pas lui faire épouser un homme plus âgé qu’elle.

LA JEUNE FEMME. Mais on prétend que le mari doit avoir dix ans de plus que la femme, parce que celle-ci vieillit plus vite: qu’il est nécessaire qu’il ait l’expérience de la vie pour apprécier sa femme et la rendre heureuse.

L’AUTEUR. Erreurs et préjugés que tout cela, Madame. La femme ne vieillit plus que l’homme que par le mariage et la maternité prématurés: un homme et une femme bien conservés ne sont pas plus vieux l’un que l’autre au même âge. Seulement la femme consent à vieillir, l’homme y consent beaucoup moins, puisqu’il ne rougit pas, lorsqu’il a les cheveux gris, d’épouser une jeune fille et d’afficher la ridicule prétention d’en être aimé d’amour. Il faut déshabituer les hommes de se croire perpétuellement dans le bel âge de plaire; de s’imaginer qu’ils sont tout aussi agréables à nos yeux quand ils sont vieux ou laids que s’ils étaient des Adonis. Il faut leur redire sans cesse que ce qui est malséant pour nous l’est pour eux; et qu’une vieille femme ne serait pas plus ridicule de rechercher l’amour d’un jeune homme, qu’un vieillard de prétendre à celui d’une jeune femme.

Le mari et la femme doivent être à peu près du même âge; d’abord pour se traiter plus facilement en égaux, puis parce qu’il y a plus d’harmonie dans la manière de sentir et de voir et dans le tempérament, toutes choses très nécessaires à l’organisation des enfants.

Il le faut encore, pour que la femme ne soit pas tentée d’infidélité: 172 vous savez que de désordres naissent des unions disproportionnées sous le rapport de l’âge.

Il faut, dit-on, que l’homme ait vécu; c’est l’opinion des gens qui permettent à leurs fils de jeter la gourme du cœur; qui croient que l’homme peut se vautrer dans la fange des mauvais lieux et qu’il y a deux morales. Or, Madame, nous ne sommes pas de ces gens-là. Vous ne donnerez pas à votre fille un homme qui ait vécu, parce qu’il serait blasé, la pervertirait ou l’exposerait, par la désillusion, à chercher dans un autre ce que ne lui donne pas son mari.

Ce que nous avons dit pour votre fille, nous le dirons pour votre fils: il ne faut pas qu’il épouse une femme plus jeune que lui; car vous ne devez pas plus vouloir une situation désavantageuse pour votre belle-fille que pour votre fille: toutes deux vous sont chères et respectables devant la solidarité du sexe.

LA JEUNE FEMME. J’élèverai mon fils, Madame, de manière à ce qu’il comprenne que la formule du mariage prescrite par le Code n’est qu’un reste de barbarie; que sa femme ne doit obéissance qu’au Devoir; qu’elle est un être libre, son égale; qu’il n’a de droits sur sa personne que ceux qu’elle-même lui accorde. Je lui dirai que l’amour est une plante délicate qu’on doit cultiver pour qu’elle ne meure pas; que le sans-gêne et la malpropreté la flétrissent; qu’il doit donc soigner sa personne, étant marié, comme il le faisait pour être agréable aux yeux de sa fiancée. Je lui dirai: ne demande rien qu’à l’amour de ta femme; rappelle-toi que plus d’un mari a excité la répulsion par la brutalité d’une première nuit de noces. Le mariage, mon fils, est une chose grave et sainte: la pureté en est le plus bel 173 ornement; sache que beaucoup d’hommes ont dû l’adultère de leur femme aux tristes soins qu’ils ont pris de dépraver leur imagination. Bien loin d’user de ton influence sur celle qui sera la moitié de toi-même, pour la rendre docile à tes volontés, pour en faire ton écho, développe en elle la Raison, le caractère: en l’élevant, tu t’amélioreras et te prépareras un conseil et un soutien. Je t’ai marié sous le régime de la séparation de biens afin que ta femme soit armée contre toi, si tu manques à tes principes; et si jamais tu me donnes la douleur d’y manquer, ta femme deviendra doublement ma fille; je serai sa compagne, sa consolatrice, et je te fermerai mes bras et ma maison.

L’AUTEUR. Très bien, Madame, et vous ferez bien d’ajouter: intéresse ta femme à ton travail; fais qu’elle veuille toujours être occupée, parce que le travail est le conservateur de la chasteté.

LA JEUNE FEMME. A ma fille, je dirai: l’ordre social dans lequel nous vivons exige, mon enfant, que tu administres ta maison; c’est une fonction dont notre sexe ne sera relevé que dans un ordre de choses encore loin de nous. N’oublie pas que la prospérité de la famille dépend de l’esprit d’ordre et d’économie de la femme. Ce que ta fortune ou ton travail spécial te dispensent de faire, règle-le et surveille-le. Aujourd’hui, le luxe de la toilette et de l’ameublement dépasse toutes les bornes. Le luxe en soi n’est pas un mal, mais, actuellement, il est un grand mal relatif, parce qu’on n’a pas encore résolu le problème d’augmenter, de varier les produits, sans augmenter en même temps la misère et l’abrutissement des travailleurs. Sois donc simple: 174 cela n’exclut pas l’élégance, mais seulement ces monceaux de soie, de dentelles qui traînent dans la poussière du macadam; mais ces diamants, ces pierres précieuses qui font la fortune de quelques-uns aux dépens de la moralité de beaucoup d’autres, et qui ne sont que des capitaux enfouis, dont la mobilisation ferait grand bien. Ne te laisse pas prendre à ce sophisme: il faut que les honnêtes femmes se parent pour empêcher les hommes de passer leur temps avec les filles de joie. Ne serais-tu pas honteuse de lutter de toilette avec des femmes que tu n’estimes pas; et l’homme qui serait retenu par de semblables moyens, en vaudrait-il la peine?

Je t’ai instruite de ta situation légale comme épouse, mère, et propriétaire; je te marie sous le régime de la séparation de biens pour épargner à ton mari la tentation de se considérer comme ton maître; pour qu’il soit obligé de prendre ton avis, et de voir en toi son associée. Malgré ces précautions, tu seras mineure, puisque la loi le veut ainsi. Mais notre loi n’est pas la Raison: n’oublie jamais que tu es une créature humaine, c’est à dire un être doué, comme ton mari, d’intelligence, de sentiments, de libre arbitre, de volonté; que tu ne dois de soumission qu’à la Raison et à ta conscience; que s’il est de ton devoir de faire des sacrifices à la paix dans les petites choses, et de tolérer les défauts de ton mari, comme il doit tolérer les tiens, il n’est pas moins de ton devoir de résister résolument à un brutal: je le veux!

Tu seras mère, je l’espère; nourris toi-même tes enfants; élève-les dans les principes de Droit et de Devoir que j’ai déposés dans ton intelligence et dans ton cœur, afin d’en faire, non 175 seulement des femmes et des hommes justes, bons, chastes, mais des ouvriers de la grande œuvre du Progrès.

Tu connais la grande Destinée de notre espèce; tu connais tes Droits et tes Devoirs: je n’ai donc pas à te répéter que la femme n’est pas plus faite pour l’homme que celui-ci pour celle-là; qu’en conséquence, la femme ne peut, sans manquer à son devoir, se perdre et s’absorber dans l’homme: car elle doit aimer avec lui ses enfants, la patrie, l’humanité; elle doit plus à ses enfants qu’à lui-même; et, entre l’égoïsme de la famille et les sentiments généraux d’un ordre plus élevé, la femme ne doit pas plus hésiter que l’homme à sacrifier les premiers à la Justice.

L’AUTEUR. On dira, Madame, que vous enseignez bien virilement votre fille.

LA JEUNE FEMME. Puisque de nos jours les hommes jouent de la mandoline, ne faut-il pas que les femmes parlent sérieusement?

Puisque des hommes, au nom de leur naïf égoïsme, prétendent confisquer la femme à leur profit, lui vantent les charmes du gynécée, suppriment ses droits et lui prêchent les douceurs de l’absorption, ne faut-il pas que les femmes réagissent contre ces doctrines soporifiques, et rappellent leurs filles au sentiment de la dignité et de la personnalité?

L’AUTEUR. Je vous approuve de tout mon cœur:

Maintenant que nous sommes d’accord à peu près sur tous les points, nous n’avons plus qu’à nous résumer et à donner l’ébauche des principales réformes nécessaires à opérer pour que la femme soit placée dans une situation plus conforme au Droit et à la Justice.

IV.

READER. Ought society to permit unions disproportioned in age? Is it not to expose a woman to adultery, to marry her at seventeen or eighteen to a man of thirty, forty or even fifty years of age? What harmony of sentiments and views can exist at that time between the spouses? The wife sees in her husband a sort of father, whom notwithstanding she can neither love nor respect like a father, and she remains a minor all her life.

AUTHOR. These unions are very prejudicial to woman and the race, and they would be for the most part averted, if the law should fix the marriageable age at twenty-four or twenty-five for both sexes. At seventeen, we marry to be called Madame, and to wear a bridal dress and a wreath of orange flowers; we certainly should not do this at twenty-five.

If the flower is not called on to form its fruit until it is fully matured, neither should man and woman: now, in our climate the organization of neither is complete until twenty-four or twenty-five.

Woman gives more to the great work of reproduction and wears out faster in it; to render her liable to become a mother prematurely is therefore to expose her to greater sufferings.

In the first place, she is forced to share between herself and her offspring the elements necessary to her own nutrition, which weakens both her and the child.

Her development is checked, her constitution is changed, she becomes predisposed to uterine affections, and runs the risk of becoming an invalid at the age when she ought to enjoy robust health.

The enervation of the body brings with it that of the mind: the woman becomes nervous, irritable, and often capricious; she cannot nurse her children; she will not be capable of rearing them properly, she will make dolls of them, and will favor the development of faults which afterwards becoming vices, will afflict the family and society.

This woman, a mother before her time, not only will never become the thoughtful companion and counsellor of her husband who, being much older than she, will amuse himself with her as with a child, but will be his ward for her whole life, and will have recourse to artifice to have her own way. Thus to weaken woman in every respect, to shorten her life, to put her under guardianship, to prepare the way for puny and badly reared offspring,—such are the most obvious results of her precocious marriage.

To hold women in voluntary subjection and to organize the harem among us, we need only take advantage of the permission of the law authorising their marriage at the age of fifteen.

That woman may not be in subjection; that she may be able to become a mother without detriment to her health and under circumstances favorable to the good organization of her children; that she may be a worthy and earnest wife, prepared to fulfill all her duties, she must not be married, I repeat, before twenty-four or twenty-five; and she must not marry a man older than herself.

READER. But it is claimed that the husband ought to be ten years older than the wife, because the latter grows old faster, and because it is necessary that the husband should have had experience in life in order to appreciate his wife and to render her happy.

AUTHOR. Errors and prejudices all. Woman grows old sooner than man only through premature marriage and maternity; a well preserved man and woman are alike old at the same age. But the woman consents to grow old while the man is much less willing to do so, since he does not blush when gray haired, to marry a young girl, and to set up the ridiculous pretention of being loved by her for love. Men must be broken of the habit of believing themselves perpetually at the age of pleasing; of imagining that they are quite as agreeable to our eyes when they are old and ugly as if they were Adonises. They must be told unceasingly that what is unbecoming in us is equally so in them; and that an old woman would be no more ridiculous in seeking the love of a young man, than an old man in pretending to that of a young girl.

The husband and wife should be nearly of the same age; first, to treat each other more easily as equals; next, because there will be more harmony in their feelings and views, as well as in their temperaments, all things very necessary to the organization of children.

It is necessary besides, in order that the woman may not be tempted to infidelity; you know how many troubles arise from unions disproportioned in age.

The husband must have seen life, it is said; this is the opinion of those who permit their sons to sow their wild oats; who believe that man is at liberty to wallow in the mire of dens of infamy, and that there are two kinds of morality. We do not belong to this class. You would not give your daughter to a man who had seen life, because he would be blasé, because he would pervert her or expose her, through the disenchantment that would follow, to seek in another what she did not find in her husband.

What we have said as regards your daughter applies also to your son; he must not marry a woman younger than himself; for you would no more desire a disadvantageous position for your daughter-in-law than for your daughter; both are dear to you and worthy of respect before the solidarity of sex.

READER. I shall educate my son to comprehend that the form of marriage prescribed by the Code is merely a relic of barbarism, that his wife owes obedience only to Duty, that she is a free being and his equal; and that he has no rights over her person but those which she herself accords to him. I shall tell him that love is a tender plant which must be tended carefully to keep it alive; that it is blighted by unceremoniousness and slovenliness; that he should therefore be as careful of his personal appearance after marriage as he was to be pleasing to the eyes of his betrothed. I shall say to him: ask nothing except from the love of your wife; remember that more than one husband has excited repulsion by the brutality of the wedding night. Marriage, my son, is a grave and holy thing; purity is its choicest jewel; know that many men have owed the adultery of their wife to the deplorable pains that they have taken to deprave her imagination. Far from using your influence over her who will be the half of yourself in order to render her docile to your wishes, and to make her your echo, develop reason and character in her; in elevating her, you will become better, and will prepare for yourself a counsel and stay. I have married you under the system of separation of goods in order that your wife may be protected against you, should you depart from your principles; and should you ever grieve me by straying from them, your wife will became doubly my daughter. I shall be her companion and consoler, and shall close my arms and my doors on you.

AUTHOR. Right, and you will do well to add: interest your wife in your occupation; take care that she is always busy, for labor is the preserver of chastity.

READER. To my daughter I will say: the social order in which we live requires, my child, that you shall superintend your house; the state of Society is still far distant in which our sex will be relieved from this function. Do not forget that the prosperity of the family depends on the spirit of order and economy of the wife. What your fortune or special business exempts you from executing, superintend and direct. Extravagance of dress and furniture now surpasses all bounds. Luxury is not wrong in itself, but in the existing state of things, it is a great relative evil, for we have not yet resolved the problem of increasing and varying products without at the same time increasing the wretchedness and debasement of their producers. Be simple therefore: this does not exclude elegance, but only those piles of silks and laces which trail in the dust of the streets, those diamonds and precious stones which make the fortune of the few at the expense of the morality of the many, and which are only dead capital, the liberation of which would be productive of great good. Do not suffer yourself to be ensnared by the sophism that honest women must adorn themselves to hinder men from passing their time with courtesans. Would you not be ashamed to compete in dress with women whom you do not esteem, and would the man who could be retained by such means be worth the trouble?

I have instructed you in your legal position as wife, mother and property holder; I marry you under the system of separation of goods in order to spare your husband the temptation of regarding himself as your master; in order that he may be obliged to take your advice and to look upon you as his partner. Despite these precautions, you will be a minor, since the law thus decrees. But our law is not Reason: never forget that you are a human being; that is, a being endowed like your husband with intellect, sentiments, free will, and inclination; that you owe submission only to Reason and your conscience; that if it is your duty to make sacrifices to the peace in little things, and to tolerate the faults of your husband as he should tolerate yours, it is none the less your duty resolutely to resist a brutal—I will have it so.

You will be a mother, I hope; nurse your children yourself, rear them in the principles of Right and Duty which I have instilled into your intellect and heart, in order to make of them, not only just, good, chaste men and women, but laborers in the great work of Progress.

You understand the great destiny of our species; you understand your rights and duties; I need not therefore repeat to you that woman is no more made for man than man for woman; that consequently woman cannot, without failing in her duty, become lost and absorbed in man; for with him, she should love her children, her country, humanity; she owes more to her children than she does to him; and if forced to choose between family interests and generous sentiments of a higher order woman should no more hesitate than should man to sacrifice the former to justice.

AUTHOR. It will be said that you instruct your daughter in a very manly way.

READER. Since in our days men play the mandolin, is it not necessary that women should speak seriously? Since men, in the name of their naïve selfishness, claim the right to confiscate woman to their use, to extol to her the charms of the gyneceum, to suppress her rights, and to preach to her the sweets of absorption, must not women re-act against these soporific doctrines, and recall their daughters to the sentiment of dignity and individuality.

AUTHOR. I endorse you with all my heart!

Now that we are nearly agreed on all points, we have only to sum up what we have said, and to give an outline of the principal reforms necessary to be wrought in order that woman my be placed in a position more in conformity with Right and Justice.

CHAPITRE IV.
RÉSUMÉ, RÉFORMES PROPOSÉES.

I

L’AUTEUR. L’identité de Droit étant fondée sur l’identité d’espèce, et la femme étant de la même espèce que l’homme, que doit-elle être devant la dignité civile, dans l’emploi de son activité et le Mariage?

LA JEUNE FEMME. L’égale de l’homme.

L’AUTEUR. Comment sera-t-elle l’égale de l’homme en dignité civile?

LA JEUNE FEMME. Lorsqu’elle sera membre du conseil de famille, aura place au jury et près de tout fonctionnaire civil; sera membre des conseils de Prud’hommes, des tribunaux de commerce; lorsqu’elle sera témoin dans tous les cas où est requis le témoignage de l’homme.

L’AUTEUR. Pourquoi le témoignage de la femme doit-il être admis dans tous les cas où est requis celui de l’homme?

LA JEUNE FEMME. Parce que la femme est aussi croyable que l’homme; qu’elle est, comme lui, une personne civile.

178 L’AUTEUR. Pourquoi doit-elle être membre, comme l’homme, du conseil de famille?

LA JEUNE FEMME. Parce qu’une tante, une parente, une amie ont autant d’intérêt aux choses qui s’y passent qu’un oncle, un parent, un ami;

Parce que la famille est composée de deux sexes et non d’un.

L’AUTEUR. Pourquoi la femme doit-elle avoir sa place au jury?

LA JEUNE FEMME. Parce que le Code la déclarant l’égale de l’homme devant la culpabilité, le délit, le crime et la punition, elle est, par ce fait, déclarée comprendre comme l’homme le mal en autrui;

Parce que le jury étant une garantie pour le coupable, la coupable doit en avoir une semblable;

Parce que, si le criminel est mieux compris par les hommes, la criminelle le sera mieux par les femmes;

Parce que la Société tout entière étant offensée par le crime, il faut que cette Société, composée de deux sexes, soit représentée par les deux pour le juger et le condamner.

Parce qu’enfin, pour ce qui tient à l’appréciation du sens moral, l’élément féminin est d’autant plus nécessaire que les hommes prétendent que notre sexe, en général, est plus moral et plus miséricordieux que le leur.

L’AUTEUR. Pourquoi la femme doit-elle avoir sa place auprès des fonctionnaires civils?

LA JEUNE FEMME. Parce que la Société, représentée par ces fonctionnaires, est composée des deux sexes;

Parce que, dans plusieurs fonctions civiles, même aujourd’hui, il y a un département plus spécial à la femme;

179 Parce que, dans l’acte de célébration du Mariage, par exemple, si la femme n’apparaît pas comme magistrat, non seulement la Société n’est pas suffisamment représentée, mais l’épouse peut se considérer comme livrée au pouvoir d’un homme par tous les hommes du pays.

L’AUTEUR. Pourquoi la femme doit-elle avoir sa place dans les conseils de Prud’hommes et les tribunaux de commerce?

LA JEUNE FEMME. Parce qu’elle est de moitié dans la production industrielle;

Parce qu’elle est de moitié dans le commerce;

Parce qu’elle s’entend aussi bien que l’homme, si ce n’est mieux, aux transactions et aux contrats;

Parce que, dans toute question d’intérêt, elle doit se représenter elle-même.

L’AUTEUR. Comment la femme sera-t-elle l’égale de l’homme dans l’emploi de son activité et de ses autres facultés?

LA JEUNE FEMME. Lorsqu’il y aura pour elle des colléges, des académies, des écoles spéciales et que toutes les carrières lui seront accessibles.

L’AUTEUR. Pourquoi les femmes doivent-elles recevoir la même éducation nationale que les hommes?

LA JEUNE FEMME. Parce qu’elles exercent une immense influence sur les idées, les sentiments et la conduite des hommes, et qu’il est de l’intérêt social que cette influence soit salutaire;

Parce qu’il est de l’intérêt de tous d’agrandir les vues et d’élever les sentiments des femmes pour qu’elles se servent de leur ascendant naturel au profit du Progrès, du vrai, du bien, du beau moral;

180 Parce que la femme a le droit, comme l’homme, de cultiver son intelligence, et d’acquérir les connaissances que donne l’État;

Parce qu’enfin, payant sa part des frais de l’éducation nationale, c’est un vol qu’on lui fait, que de lui interdire d’y participer.

L’AUTEUR. Pourquoi la femme doit-elle être admise dans les académies, les écoles professionnelles?

LA JEUNE FEMME. Parce que la Société, n’ayant le droit de nier aucune aptitude chez aucun de ses membres, n’a conséquemment pas le droit d’empêcher celui qui prétend les posséder de les cultiver, ni de lui fermer les trésors de science et de pratique dont elle dispose;

Parce qu’il y a des femmes nées chimistes, médecins, mathématiciennes, etc.; et que ces femmes ont le droit de trouver dans les institutions sociales les mêmes ressources que les hommes pour la culture de leurs aptitudes;

Parce qu’il y a des professions exercées par les femmes qui ont besoin des enseignements qu’on leur interdit.

L’AUTEUR. Pourquoi toutes les carrières doivent-elles être accessibles aux femmes?

LA JEUNE FEMME. Parce que la femme est une créature libre, dont on n’a le droit ni de contester ni de gêner la vocation;

Parce qu’elle n’entrera pas plus que l’homme dans les carrières que lui interdisent son tempérament, son défaut d’aptitude et de temps; qu’il est donc tout aussi inutile de les lui interdire qu’on ne le fait à certains hommes.

181 L’AUTEUR. Vous n’interdisez pas même les carrières où il faut de la force, où l’on s’expose à des périls?

LA JEUNE FEMME. On n’interdit pas aux femmes d’être charpentiers, couvreurs, et elles ne le sont pas, parce que leur nature s’y oppose; c’est précisément parce que la nature s’y oppose, que je trouverais la Société peu raisonnable de s’en mêler. Ce qui est impossible, on n’a pas besoin de l’interdire et, si ce que l’on a déclaré impossible, se fait, c’est que c’était possible: or la Société n’a pas le droit d’interdire le possible à aucun de ses membres; cela lui parût-il même excentrique, lorsqu’il est question de vocation.

L’AUTEUR. Que chacun remplisse sa fonction privée à ses risques et périls: c’est bien; mais n’y a-t-il pas certaines fonctions publiques qui ne conviennent pas aux femmes?

LA JEUNE FEMME. Nul ne le sait puisqu’on ne les développe pas pour les remplir; et, en fût-il ainsi, l’interdiction serait inutile: le concours ferait justice de prétentions mal fondées.

L’AUTEUR. Comment la femme sera-t-elle l’égale de l’homme dans le mariage?

LA JEUNE FEMME. Quand la personne des époux ne sera pas engagée par le mariage; lorsque les engagements seront réciproques et que la femme ne sera pas traitée en mineure et absorbée par l’homme. Et il faut qu’il en soit ainsi:

Parce qu’il n’est pas licite d’aliéner sa personnalité; qu’une semblable aliénation est immorale et nulle de soi;

Parce que la femme, individu distinct, ne peut être sérieusement absorbée par l’homme, et qu’une loi est absurde quand elle repose sur une fiction et suppose une chose impossible;

182 Parce qu’enfin la femme, devant être l’égale de l’homme devant la Société, ne peut, sous aucun prétexte, perdre cette égalité par suite d’une association plus intime avec lui.

L’AUTEUR. Il y a deux questions dans le Mariage, outre celle de la personne; c’est celle des biens et des enfants. Ne pensez-vous pas que la femme mariée doive être comme la fille majeure maîtresse de ses biens, libre d’exercer toute profession qui lui conviendra, maîtresse de vendre, d’acheter, de donner, de recevoir, de plaider?

LA JEUNE FEMME. L’homme marié ayant tous ces droits, il est évident que la femme mariée doit les posséder sous la loi d’égalité. N’êtes-vous pas de cet avis?

L’AUTEUR. Dans toute association, l’on engage une part de liberté sur certains points convenus. Or les époux sont associés, donc ils ne peuvent être aussi complétement libres que des étrangers à l’égard l’un de l’autre: seulement il faut, répétons-le, que la situation soit la même et les engagements réciproques: Si la femme ne peut ni vendre, ni aliéner, ni donner, ni recevoir, ni ester en jugement sans le consentement du mari, il n’est pas permis au mari de faire ces choses sans le consentement de sa femme; s’il n’est pas permis à la femme d’exercer une profession sans le consentement du mari, il n’est pas permis à celui-ci d’en exercer une sans le consentement de la femme; si la femme ne peut engager la communauté sans le mandat du mari, celui-ci ne peut l’engager sans le mandat de la femme. Je vais plus loin, je n’admettrais pas volontiers que la femme, avant vingt-cinq ans accomplis, donnât à son mari l’autorisation d’aliéner rien de ce qui appartient à l’un des deux: le mari a trop 183 d’influence sur elle pour qu’elle soit réellement libre avant cet âge.

LA JEUNE FEMME. Mais si l’un des deux s’oppose par caprice, ou par de mauvais motifs à ce que l’autre fasse une chose convenable et avantageuse?

L’AUTEUR. Dans les différends qui surviennent entre associés, souvent l’on prend des arbitres: l’arbitre général entre les époux est la Société, représentée par le pouvoir judiciaire; mais nous croyons qu’il serait bon d’établir entre eux un arbitre perpétuel qui aurait un premier degré de juridiction: ce serait le conseil de famille, organisé tout autrement qu’il ne l’est aujourd’hui. Devant ce tribunal intime, mieux à même d’apprécier que tout autre, les époux porteraient, non seulement les différends survenus entre eux touchant les questions d’intérêt, mais ceux qui auraient rapport à l’éducation, à la profession et au mariage des enfants. Ce tribunal statuerait en premier ressort, et bien des scandales seraient évités par ses décisions, dont on pourrait du reste toujours appeler devant le tribunal social.

Je n’ai nul besoin d’ajouter que le droit du père et de la mère sur les enfants est absolument égal; que si le droit de l’un des deux pouvait être contesté, ce ne serait pas celui de la mère qui seule peut dire je sais, je suis certaine que ces enfants sont à moi.

LA JEUNE FEMME. En effet, il est révoltant que la plénitude du droit se trouve du côté de la simple présomption légale, de l’acte de foi, de l’incertitude.

Considérant le mariage comme une association d’égaux, ne penseriez-vous pas qu’il serait utile de marquer cette égalité et 184 la distinction des personnalités dans le nom porté par les époux et leurs enfants?

L’AUTEUR. Certainement, Madame; le jour du mariage, chacun des époux joindrait à son nom celui de son conjoint: cela se fait déjà dans certains cantons de la Suisse et même en France chez quelques particuliers.

Les enfants, jusqu’à leur mariage, devraient porter le double nom de leurs parents; ce jour-là les filles ne garderaient que le nom de la mère et les fils celui du père; ou bien, si l’on veut introduire dans cette question le régime de liberté il serait statué qu’à la majorité, l’enfant choisirait lui-même celui des deux noms qu’il veut porter et transmettre.

CHAPTER FOUR.

SUMMARY OF PROPOSED REFORMS.

I.

AUTHOR. Identity of right being based on identity of species, and woman being of the same species as man, what ought she to be before civil dignity, in the employment of her activity and in marriage?

READER. The equal of man.

AUTHOR. How will she become the equal of man in civil dignity?

READER. When she shall hold a place on the jury and by the side of all civil functionaries; shall be a member of boards of trade and mercantile associations; and shall be a witness in all cases in which the testimony of man is required.

AUTHOR. Why ought the testimony of woman to be admitted in all cases in which that of man is required?

READER. Because woman is as credible as man; because she is, like him, a civil personage.

AUTHOR. Why ought woman to have a place on the jury?

READER. Because the Code declaring her the equal of man as regards culpability, misdemeanor, crime and punishment, she is thus declared capable like him of comprehending wrong in others;

295 Because the jury being a guarantee for the male culprit, the female culprit should have a similar guarantee;

Because if the male criminal is better comprehended by men, the female criminal will be better comprehended by women;

Because society in its aggregate being offended by the crime, it is necessary that this society, composed of two sexes, should be represented by both to judge and to condemn it. Because, lastly, where the moral sense is concerned, the feminine element is the more necessary inasmuch as men claim that our sex is in general more moral and more merciful than their own.

AUTHOR. Why ought woman to hold a place among civil functionaries?

READER. Because society, represented by these functionaries, is composed of two sexes;

Because even now in a number of public functions, there is a department more especially belonging to woman;

Because, in the ceremony of the marriage celebration for instance, if woman does not appear as magistrate, not only is society insufficiently represented, but the wife may regard herself as delivered up to the power of a man by all the men of the country.

AUTHOR. Why ought woman to have her place in boards of trade and mercantile associations?

READER. Because she shares equally in industrial production;

Because she shares equally in commerce;

Because she understands business transactions and contracts as well if not better than man;

Because, in all questions of interests, she should be her own representative.

296 AUTHOR. When will woman become the equal of man in the employment of her activity and of her other faculties?

READER. When she shall have colleges, academies and schools for special instruction, and when all vocations shall be accessible to her.

AUTHOR. Why ought women to receive the same national education as men?

READER. Because they exercise a vast influence over the ideas, sentiments and conduct of men, and because it is for the interest of society that this influence should be salutary;

Because it is for the interest of all to enlarge the views and elevate the sentiments of women, in order that they may use their natural ascendency for the advancement of progress, of truth, of good, of moral beauty;

Because woman has a right, like man, to cultivate her intellect, and to acquire the knowledge bestowed by the state;

Because, lastly, as she pays her part of the expenses of national education, it is robbery to prohibit her from participating in it.

AUTHOR. Why ought woman to be admitted to academies and professional schools?

READER. Because Society, not having a right to deny the existence of any aptitude among its members, has consequently no right to prevent those who claim to possess them from cultivating them, nor to lock up from them the treasures of science and practice which are at its disposal.

Because there are women who are born chemists, physicians, mathematicians, etc., and because these women have a right to find in social institutions the same resources as man for the cultivation of their aptitudes;

297 Because there are professions practised by women who need the instruction that is interdicted them.

AUTHOR. Why ought every field of occupation to be accessible to woman?

READER. Because woman is a free being, whose vocation no one has a right to contest or to restrict;

Because she, no more than man, will enter vocations forbidden her by temperament, lack of aptitude or want of time; and it is therefore quite as unnecessary to interdict them to her as to those men who are unfit to enter them.

AUTHOR. Do you not even interdict to her those vocations in which strength is needed, or which are attended with danger?

READER. Women are not forbidden to be carpenters or tilers, yet they do not become such, because their nature opposes it; it is precisely because nature does oppose it, that I think society unreasonable in meddling with the nature. There is no need to prohibit what is impossible; and if what has been declared impossible is done, it is because it is possible: now society has no right to prohibit what is possible to any of its members; this appears even absurd where vocation is in question.

AUTHOR. Let each one follow his private occupation at his own risk and peril, then; but are there not certain public functions which are not suitable for women?

READER. No one knows this, since they are not open for her admission; and, were it so, the prohibition would be useless: competition would show the falsity of ill-founded pretentions.

AUTHOR. When will woman become the equal of man in marriage?

READER. When the person of the wife is not pledged in marriage; when the engagements are reciprocal, and when the wife is not treated as a minor and absorbed in the husband. And this should be so:

Because it is not allowable to alienate one’s personality, such an alienation, being immoral and void of itself;

Because the wife being a distinct individual, cannot be actually absorbed by the husband, and a law is absurd when it rests on a fiction and supposes an impossibility;

Because, in fine, woman, being the equal of man before Society, cannot, under any pretext, lose this equality by reason of a closer association with him.

AUTHOR. There are two questions in marriage, aside from that of the person—property and children. Do you not think that the married woman ought, like the unmarried woman who has attained majority, to be mistress of her property, to be free to exercise any profession that suits her, and to be at liberty to sell, to buy, to give, to receive, and to institute suits at law?

READER. The married man having all these rights, it is evident that the married woman ought to have them under the law of equality. Are you not of the same opinion?

AUTHOR. In all partnerships, we pledge a portion of our liberty on certain points agreed upon. Now the husband and wife are partners; they cannot therefore be as perfectly free with respect to each other as though they were strangers; but it is necessary, we repeat, that their position should be the same and their pledges mutual. If the wife can neither sell, nor alienate, nor give, nor receive, nor appear in court without the consent of the husband, it is not allowable for the husband to do these things without the consent of the wife; if the wife is not permitted to practise a profession without the consent of the husband, the husband is not at liberty to do so without the consent of the wife; if the wife cannot pledge the common property without authority from the husband, the husband cannot pledge it without the consent of the wife. I go further; I would not willingly permit the wife, before the age of twenty-five, to give her husband authority to alienate anything belonging to one of the two; the husband has too much influence over her for her to be really free before this age.

READER. But what if one of the parties through caprice or evil motives is unwilling that the other should do something that is proper and advantageous?

AUTHOR. Arbiters are frequently chosen in the differences that arise between partners in business; society, represented by the judicial power, is the general arbiter between the husband and wife; still we think that it would be well to establish between them a perpetual arbiter, holding the first degree of jurisdiction: this might be the family council, organized differently from the present. Before this confidential tribunal, better fitted than any other to understand the case, the husband and wife should carry, not only the differences arising between them concerning questions of interests, but those relating to the education, profession and marriage of the children. This tribunal should give the first judgment, and much scandal would be avoided by its decisions, from which besides one could always appeal to the social court.

I need not add that the right of the father and the mother over the children is absolutely equal, and that, if the right of either could be contested, it would not be that of the mother, who alone can say, I know, I am certain that these children are mine.

READER. In fact, it is odious that the plenitude of right should be found on the side of the mere legal presumption, the act of faith, uncertainty.

Regarding marriage as a partnership of equals, do you not think that it would be well to mark this equality and the distinction of personalities in the name borne by the spouses and their children?

AUTHOR. Certainly, on the day of marriage each of the spouses should join his partner’s name to his own; this is done already in certain cantons of Switzerland, and even in France, among a few individuals.

The children should bear the double name of their parents until marriage, when the daughters should keep the mother’s name, and the sons the father’s; or else, if we wish to bring into the question the system of liberty, it might be decreed that, on attaining majority, the child himself should choose which of the two names he would bear and transmit.

II

LA JEUNE FEMME. Maintenant, Madame, revenons, comme vous me l’avez promis, sur le droit politique.

L’AUTEUR. Une nation est une association d’individus libres et égaux, concourant, par leur travail et leurs contributions, au maintien de l’œuvre commune; ils ont le droit incontestable de faire tout ce qui est nécessaire pour que leurs personnes, leurs droits et leurs biens ne soient pas lésés. L’homme a des droits politiques parce qu’il est libre, l’égal de ses co-associés; selon d’autres parce qu’il est producteur et contribuable; or la femme, étant, par identité d’espèce, libre et l’égale de l’homme; étant de fait productrice et contribuable, ayant les mêmes intérêts généraux que l’homme, il est évident qu’elle a les mêmes droits politiques que lui.

185 Voilà les principes, passons à l’application.

Nous avons dit ailleurs qu’il ne suffit pas qu’une chose soit vraie d’une manière absolue, qu’il faut, sous peine de changer le bien en mal, qu’on tienne compte du milieu dans lequel on prétend l’introduire: c’est ce que les hommes oublient beaucoup trop. La vérité pratique dans notre question est qu’il n’est bon de reconnaître le droit politique que dans la mesure où il est réclamé, parce que ceux qui ne le réclament pas sont intellectuellement incapables de s’en servir et que, s’ils l’exercent, c’est, dans la plupart des cas, contre leurs propres intérêts: La prudence exigerait que l’on s’assurât que le possesseur du droit est réellement émancipé, qu’il ne sera pas l’instrument aveugle d’un homme ou d’un parti.

Or, dans l’état actuel, non seulement les femmes ne réclament pas leurs droits politiques, mais elles rient lorsqu’on leur en parle: elles se font l’honneur de se croire ineptes sur ce qui regarde les intérêts généraux: elles se reconnaissent donc incapables.

D’autre part, elles sont mineures civilement, esclaves des préjugés, dépourvues d’instruction générale, soumises pour la plupart à l’influence du mari, de l’amant ou du confesseur, en ce qui concerne la politique; engagées en majorité dans les voies du passé. Si donc elles entraient sans préparation dans la vie politique, ou elles doubleraient les hommes, ou elles feraient reculer l’humanité.

Vous comprenez maintenant, Madame, pourquoi beaucoup de femmes plus capables qu’une infinité d’hommes de concourir aux grands actes politiques, aiment mieux y renoncer que de 186 compromettre la cause du Progrès par l’extension du Droit à toutes les femmes.

LA JEUNE FEMME. Personnellement, je suis de votre avis; mais il faut prévoir et résoudre les objections qui pourront vous être faites par des femmes fort intelligentes: ces femmes là vous diront: songez-y, la négation du Droit est une iniquité, car c’est la négation de l’égalité et de la nature humaine. Il est aussi faux que dangereux de poser en principe la reconnaissance du Droit seulement dans la mesure où il est réclamé; car il est notoire que ce ne sont pas, en général, les esclaves qui songent à réclamer leurs Droits: votre affirmation condamne donc l’émancipation des esclaves, des serfs, et le suffrage universel.

Ce que vous objectez contre le Droit, à l’occasion de l’incapacité des femmes, et du vilain rôle qu’elles joueraient, peut tout aussi bien l’être contre les hommes qui ne sont guère plus émancipés qu’elles; qui sont souvent la doublure de leur femme ou de leur confesseur, ou n’ont d’autre opinion que celle de leur comité électoral.

Dans le Droit, comme en toute chose, il faut un apprentissage: les femmes s’en serviront d’abord mal, puis mieux, puis bien; car c’est beaucoup plus en jouant d’un instrument qu’on apprend à s’en servir, qu’en en apprenant la théorie.

L’exercice du Droit donne de l’élévation, de la dignité, grandit l’individu dans sa propre estime, et lui fait étudier les questions qu’il aurait négligées s’il n’eût dû s’en mêler pour concourir à les résoudre. Voulez-vous donc que les femmes prennent à cœur les intérêts généraux? Donnez-leur le Droit politique.

Voilà, Madame, ce que l’on pourra vous objecter.

187 L’AUTEUR. C’est ce que m’objectaient en 1848 plusieurs femmes éminentes et plusieurs hommes dévoués au triomphe des principes nouveaux.

Je leur répondais alors, et je leur répondrais encore aujourd’hui: Nous serions bien vite d’accord, si notre Société moderne n’était pas le théâtre de la lutte de deux principes diamétralement opposés.

La question n’est pas de décider si le Droit politique appartient à la femme, s’il la développerait, la grandirait, etc.; mais bien de savoir si elle en userait pour faire triompher le principe qui dit à l’humanité: en avant! Ou bien pour faire triompher celui qui lui dit: en arrière!

Quel est le but du Droit politique? Évidemment, c’est d’accomplir un grand Devoir dans le sens du Progrès. Eh bien! n’est-il pas dangereux de l’accorder à ceux qui s’en serviraient contre le but?

Quoi! Vous luttez pour le Droit, afin d’obtenir le triomphe d’une sainte cause, et vous n’éprouveriez aucune hésitation à l’accorder à ceux qui, certainement, se serviraient du Droit pour tuer le Droit!

Vous me reprochez de faire comme les Jésuites qui tiennent beaucoup moins compte de la Justice que de l’utilité. Eh! Messieurs, si vous aviez eu moitié de leur habileté, il y a longtemps que vous auriez réussi. Vous, comme de vrais sauvages, vous vous croiriez déshonorés si vous aviez de la prudence, de l’esprit pratique; si vous vous présentiez au combat autrement que le corps nu: cela peut être très beau, très courageux, mais sensé, c’est autre chose.

188 Je ne commets pas l’iniquité de nier le Droit, puisque je ne le nie pas; seulement je ne veux pas qu’on le revendique, parce qu’il se suiciderait. Je ne pose pas en principe que tout espèce de Droit ne doit être reconnu que dans la mesure où il est réclamé, puisque je ne vous parle que du Droit politique: il y a des droits qui se posent d’eux-mêmes: tels que ceux de vivre, de se développer, de jouir du fruit de son travail, et il est honteux pour une société de ne pas les reconnaître dans toute leur étendue. Mais on ne s’éveille que plus tard au sentiment du Droit civil, et plus tard encore à celui du Droit politique: tenez donc compte de la marche logique de l’humanité, et ne restez pas dans l’absolu.

Je sais que ce que j’objecte à l’endroit de l’incapacité des femmes est tout aussi vrai de celle des hommes; mais est-ce une raison, parce que vous avez reconnu le Droit des masses ignorantes qui ne le réclamaient pas, pour que l’on se montre aussi peu sage à l’égard des femmes qui sont dans la même situation? Je me corrigerai, Messieurs, de ce que vous nommez mon intelligence aristocrate, si je vois vos émancipés politiques comprendre les tendances de la civilisation, et se servir de leur Droit pour faire triompher la liberté et l’égalité, de manière à désespérer les fauteurs du passé. Jusque-là, permettez-moi de garder mon opinion.

Et j’ai gardé mon opinion, Madame; qui est celle-ci: l’exercice du Droit politique n’est un moyen de réforme et de Progrès que si ceux qui en jouissent croient au Progrès, s’inquiètent des réformes: dans des dispositions contraires, le vote ne peut être que l’expression des préjugés, des erreurs, des passions; au lieu 189 d’apprendre, comme on dit, à l’exercer en s’en servant, on l’emploiera tout simplement à se mutiler les doigts.

LA JEUNE FEMME. Ne pourrait-on vous objecter que, d’après votre théorie du Droit, tous étant égaux, personne ne peut s’arroger la fonction de distribuer les droits?

L’AUTEUR. La théorie, c’est l’idéal vers lequel doit tendre la pratique; si l’on n’avait pas cet idéal, on ne saurait en vertu de quels principes se diriger; mais dans la réalité sociale, il y a des majeurs, et des mineurs destinés à devenir majeurs.

Si je disais que les majeurs ont le droit d’accorder ou de refuser le droit aux mineurs, je manquerais essentiellement à mes principes: c’est la loi, expression des consciences les plus avancées, en attendant qu’elle le soit de la conscience de tous, qui prononce sur la majorité politique et en fixe les conditions. Le droit est virtuel en chacun de nous: donc nul n’a le droit de le donner, de l’ôter, de le contester: il se reconnaît quand on est en état de l’exercer et qu’on le revendique; et l’on prouve que l’on est en état de l’exercer, quand on satisfait aux conditions fixées par la loi.

LA JEUNE FEMME. Quelles seraient, d’après vous, ces conditions pour la jouissance du Droit politique?

L’AUTEUR. Vingt-cinq ans d’âge et un certificat qui atteste qu’on sait lire, écrire, calculer; qu’on possède élémentairement l’histoire et la géographie de son pays; de plus, une bonne théorie du Droit et du Devoir et de la destinée de l’humanité sur cette terre. L’assimilation d’un petit volume suffirait, comme vous le voyez, pour que tout homme et toute femme de vingt-cinq ans et sains d’esprit, pussent jouir de leurs droits politiques, après 190 avoir subi une initiation par la jouissance des droits civils. Mais, je vous le demande, que peuvent faire du Droit politique ceux qui confondent la liberté avec la licence, qui savent à peine ce que c’est qu’un Droit et un Devoir et sont même incapables d’écrire leur bulletin! Les hommes ont leurs droits, qu’ils les gardent: un droit reconnu ne se retranche pas; qu’ils se rendent aptes à les exercer. Quant aux femmes, qu’elles s’émancipent d’abord civilement et qu’elles s’instruisent: leur tour viendra.

LA JEUNE FEMME. Il est bien important, Madame, que les hommes comprennent que vous ne niez pas, mais que vous ajournez seulement les droits politiques de notre sexe.

L’AUTEUR. Soyez tranquille; ils ne s’y tromperont pas, ils ne prendront pas un conseil dicté par la prudence pour un aveu d’infériorité et une démission.

II.

READER. Now, let us take up the political right.

AUTHOR. A nation is an association of free and equal individuals, co-operating, by their labor and contributions, to the maintenance of the common work; they have an incontestible right to do whatever is necessary to protect their persons, their rights and their property from injury. Man has political rights because he is free and the equal of his co-partners; according to others, because he is a producer and a tax-payer; now, woman being, through identity of species, free and the equal of man; being in point of fact, a producer and a tax-payer; and having the same general instincts as man, 301 it is evident that she has the same political rights as he. Such are the principles, let us proceed to the application.

We have said elsewhere, that it is not enough that a thing should be true in an absolute sense; it is necessary under penalty of transforming good into evil, to take into account the surroundings into which we seek to introduce it; this men too often forget, the practical truth in our question is that it is profitable to recognize political rights only to the extent to which it is demanded, because those who do not demand it are intellectually incapable of making use of it, and because if they should exercise it, in a majority of cases, it would be against their own interests; Prudence exacts that we should be sure that the possessor of a right is really emancipated, and that he will not be the blind tool of a man or a party.

Now, in the existing state of affairs, women not only do not demand their political rights, but laugh at those who address them on the subject; they pride themselves on being thought unfit for that which regards general interests; they recognize themselves therefore as incapable.

On the other hand, they are minors civilly, slaves of prejudice, deprived of general education, submissive for the most part to the influence of their husbands, lovers or confessors, clinging as a majority to the ways of the past. If therefore they should enter without preparation into political life, they would either duplicate men or cause humanity to retrograde.

You comprehend now why many women who are more capable than an infinite number of men of coöperating in great political acts, choose rather to renounce them than to compromise the cause of progress by the extension of political right to all women.

READER. Personally, I am of your opinion; but it is necessary to foresee and to refute the objections that may be made to you by very intelligent women; these women will say, Reflect, the negation of right is iniquitous, for it is the negation of equality and of human nature. It is as false as dangerous to lay down the principle of the recognition of right only to the extent in which it is claimed; for it is notorious that slaves are not the ones in general to demand their own rights; your affirmation therefore condemns the emancipation of slaves and serfs, and universal suffrage.

The objection that you raise against the right on account of the incapacity of women and the low use which they would make of it, might apply quite as well to men who are scarcely more fully emancipated than they; who are often the duplicate of their wife or confessor, or who have no other opinion than that of their electoral committee.

In right, as in everything else, an apprenticeship is necessary: woman will make use of it at first badly, then better, then well; for we learn to play on an instrument much more quickly by using it than by learning its theory.

The exercise of right gives elevation and dignity, elevates the individual in his own esteem, and causes him to study questions which he would have neglected had he not been obliged to examine them in order to concur in and resolve them. Do you wish women to take to heart matters of general interest? Then give them political right.

These objections, may be raised against you.

AUTHOR. They were raised against me in 1848 by a number of eminent women, and by many men devoted to the triumph of the new principles.

I answered them then and I answer them again to-day: We should speedily agree, if our modern society were not the scene of conflict between two diametrically opposite principles.

The question is not to decide whether political right belongs to woman, whether she would develop it, enlarge it, etc., but rather whether she would use it to ensure the triumph of the principle that says to humanity, Advance! or of that which gives as the word of command, Retreat!

What is the end of political right? Evidently, to accomplish a great duty in the direction of progress. Well, is it not dangerous to accord it to those who would employ it against this end?

What! you struggle for right, in order to obtain the triumph of a holy cause, yet feel no hesitation in according it to those who would certainly make use of right to kill right!

You reproach me for acting like the Jesuits, who value justice much less than expediency. Well, gentlemen, if you had had half their ability, you would have been successful long ago. Like true savages, you would think yourselves dishonored by possessing prudence and practical sense, by offering yourselves to battle otherwise than with naked bodies; this may be very fine, very courageous—but as to being sensible, that is another thing.

I am not guilty of the crime of denying right, since I do not deny it; I only desire that it shall not be demanded since this would be suicidal, I do not lay down 304 the principle that every kind of right should be recognized only to the extent in which it is claimed, since I speak to you of political rights alone; there are rights which make their own demand, such as those of living, of development, of enjoyment, of the fruit of one’s labor, and it is shameful for society not to recognize them to their full extent. But we awaken later to the sentiment of civil right, and still later to that of political right; take the logical advance of humanity into account therefore and do not remain in the absolute.

I know that my objection on the score of the incapacity of women is quite as applicable to that of men; but is it a reason, because you have admitted the right of the ignorant masses of men who had not demanded it, to show yourselves equally unwise with respect to women who are in the same position? I will correct myself, gentlemen, of what you term my aristocratic spirit, when I see your political freedmen comprehending the tendencies of civilization, and making use of their right to drive the abettors of the past to despair by promoting the triumph of liberty and equality. Until then, permit me to keep my opinion.

And I have kept my opinion, which is this: the exercise of political right is a means of reform and progress, only if those who enjoy it believe in progress and are anxious for reforms: in the opposite case, the popular vote can be nothing but the expression of prejudices, errors and passions—instead of learning to exercise it through the use of it, as it is urged, they employ it simply to cut their own fingers.

READER. May it not be objected that, in accordance with your theory of right, all being equal, no one can arrogate to himself the function of distributing rights?

AUTHOR. Theory is the ideal towards which practice should tend; if we had not this ideal, we could not know by what principle to guide ourselves; but in social reality, there are individuals who have attained majority, and others who, being minors, are destined to attain it.

If I should assert that those who have attained majority can rightfully accord or refuse right to the minors, I should depart essentially from my principles; it is by the law, which is the expression of the conscience of those most advanced, while waiting till it shall be the conscience of all, that political majority is decreed and that its conditions are established. The right is virtual in each of us; no one therefore has the right to give it, to take it away, or to contest it; it is recognized when we are in a condition to exercise and to demand it; and we prove that we are in a condition to exercise it when we satisfy the conditions fixed by the law.

READER. What should be these conditions for the enjoyment of political right, in your opinion?

AUTHOR. Twenty-five years of age; and a certificate attesting that the individual knows how to read, write and reckon, that he possesses an elementary knowledge of the history and geography of his country; together with a correct theory with respect to Right and Duty, and the destiny of humanity upon earth. The knowledge of a small volume would be sufficient, as you see, to enable every man and woman, twenty-five years of age and healthy in mind, to enjoy political rights, after having been subjected to an initiation by the enjoyment of civil rights. But, I ask you, what could those do with political right who confound liberty with license, who scarcely know the meaning of the words 306 Right and Duty, and who are even incapable of writing their own vote! Men have their rights, let them keep them! a right once admitted cannot be taken away: let them render themselves fit to exercise them. As to women, let them first emancipate themselves civilly and become educated: their turn will come.

READER. It is very important that men should comprehend that you do not deny, but merely postpone the political rights of our sex.

AUTHOR. Be easy; they will comprehend it rightly; they will not mistake counsel dictated by prudence for an acknowledgement of inferiority and a resignation of functions.

III

LA JEUNE FEMME. Voudriez-vous maintenant formuler les réformes légales que nous devons demander successivement.

L’AUTEUR. En ce qui concerne la vie civile nous devons demander:

Que l’étrangère puisse se faire naturaliser française autrement que par le mariage.

Que la femme ne perde pas sa nationalité par le même sacrement civil.

Que la femme soit admise à signer, comme témoin, les actes de l’état civil et tous ceux qui lui ont été interdits jusqu’ici.

Vous savez que déjà, en dérogation à la loi, les sages-femmes 191 signent les actes de naissance des enfants naturels non reconnus, et que, dans certains actes de notoriété, rédigés par le juge de paix, le témoignage des femmes est admis.

Nous demanderons que les industrielles, les négociantes fassent partie des conseils de Prud’hommes, et plus tard des tribunaux de commerce; que dans tout jugement criminel, les femmes aient place au jury; qu’aux femmes soient confiées l’administration et la surveillance des hôpitaux, des prisons de femmes, des bureaux de charité.

Que, dans chaque commune, soit nommée une mairesse pour surveiller les écoles de filles, les crèches et les nourrices.

Vous savez, Madame, que déjà, toujours en dérogation à la loi, des femmes remplissent des emplois publics, puisque le professorat et l’inspection des écoles de filles et des crèches et asiles, fondés par les communes, leur sont confiés et que d’autres femmes ont des bureaux de poste, de papier timbré, etc.

LA JEUNE FEMME. Voilà pour le Droit civil en général; quelles réformes demanderons-nous en ce qui concerne la femme mariée?

L’AUTEUR. Nous demanderons que le domicile conjugal soit celui qu’habitent ensemble les époux, non plus l’homme seul.

Que l’on supprime les articles qui prescrivent à la femme d’obéir à son mari et de le suivre partout où il juge à propos de résider.

Que l’interdiction de vendre, hypothéquer, recevoir, donner, plaider, etc., sans le consentement du mari ou de la justice, soit étendue à l’homme relativement à la femme.

Que le mariage sous le régime de la séparation de biens devienne le droit public de la France.

192 LA JEUNE FEMME. Quelles réformes demanderez-vous quant au conseil de famille et à la tutelle?

L’AUTEUR. Nous demanderons que le conseil de famille soit composé de vingt personnes: dix hommes et dix femmes, parents, alliés, amis, choisis par les époux.

Que les attributions de ce conseil, présidé par le juge de paix, soient déterminées de manière à ce qu’il décide en premier ressort les différends survenus entre les époux quant aux enfants, aux biens, à la tutelle, etc.

Nous demanderons que toute femme puisse être nommée tutrice et subrogée tutrice.

Que la tutelle de l’époux interdit soit déférée toujours par le conseil de famille.

Que la femme puisse nommer, comme l’homme, un tuteur définitif et un conseil de tutelle à son mari survivant.

Que les époux puissent nommer, de leur vivant, en cas de prédécès, le père un subrogé tuteur de sa famille, la mère une subrogée tutrice de la sienne, afin que les enfants soient toujours sous l’influence des deux sexes.

Que la subrogée tutelle, en l’absence d’une volonté manifestée, appartienne de droit à un membre de la famille du défunt, du même sexe que lui.

Qu’en cas de second mariage, si l’enfant est lésé ou malheureux, le subrogé tuteur ou la subrogée tutrice puisse se le faire adjuger par le conseil de famille, sauf recours du tuteur à la justice.

Qu’en cas de mort du père et de la mère, la tutelle appartienne de droit à l’ascendant le plus proche, et la subrogée tutelle à l’ascendante la plus proche de l’autre ligne.

193 S’il y a concurrence entre les deux lignes, que le conseil de famille choisisse le tuteur dans l’une et le subrogé tuteur dans l’autre et dans le sexe différent.

Que les devoirs de tutelle et de subrogée tutelle comprennent, non seulement les intérêts matériels, mais aussi les intérêts moraux et intellectuels des pupilles.

Que le père tuteur perde de droit la tutelle des enfants s’il se remarie sans se l’être fait préalablement continuer par le conseil de famille.

Qu’enfin l’état organise une Société de tutelle pour les enfants délaissés, de manière à ce que les garçons soient sous le patronage des hommes et les filles sous celui des femmes: cette société serait un grand conseil de famille.

LA JEUNE FEMME. J’aime mieux votre conception que celle de la loi, non seulement parce que la femme y est l’égale de l’homme, mais parce que les pupilles seront mieux protégés: j’ai connu des hommes qui ont fait interdire leur femme, exaltée par leurs mauvais traitements, afin de rester maîtres de leurs biens; d’autre part, vous savez que d’enfants sont malheureux et lésés par le second mariage de leur père! Une marâtre a tout pouvoir pour faire souffrir les pauvres petits.

Mais vous n’avez pas parlé, Madame, de l’autorité des parents sur leurs enfants.

L’AUTEUR. même: l’expression autorité paternelle est incomplète; la véritable serait autorité parentale. Sur ce chapitre, nous demanderons que, s’il y a dissidence entre le père et la mère au sujet des enfants, le conseil de famille décide en premier ressort.

194 Que le père et la mère ne puissent faire enfermer l’enfant qu’étant d’accord tous deux.

Que le père tuteur et la mère tutrice ne puissent avoir recours à cette mesure qu’avec le concours du subrogé tuteur ou de la subrogée tutrice, ou, en cas de dissidence, avec l’approbation du conseil de famille; sauf toujours le recours à la justice.

Que la majorité d’âge du mariage soit fixée à vingt-cinq ans pour les deux sexes, et que les actes respectueux soient supprimés.

LA JEUNE FEMME. biens et celle de corps qui entraîne l’autre, soient supprimées?

L’AUTEUR. Mais nous demanderons que la divorce soit rétabli.

Qu’on puisse divorcer pour adultère de l’un des époux, sévices, injure grave, condamnation à une peine afflictive et infamante, vices notables, incompatibilité d’humeur, consentement mutuel.

Que, pendant le procès en séparation de corps ou en Divorce, l’administration des enfants soit confiée à l’époux le plus digne et que, si tous deux sont indignes, il soit nommé un tuteur et un subrogé tuteur de sexes différents.

Que si tous deux sont dignes, ils s’arrangent à l’amiable devant le conseil de famille.

Que les époux mariés sous le régime dotal ou celui de la séparation de biens régissent leurs biens propres.

Que, si la demande a pour motif la mauvaise gérance des biens communs, l’administration en soit enlevée à l’époux, pour être confiée à la femme.

195 Que, si la demande a pour motif la condamnation à une peine infamante, l’autre époux reste administrateur.

Que, dans tout autre cas, il soit fait inventaire, et que l’époux le plus utile soit nommé conservateur sous la surveillance d’un ou deux membres de la famille de l’autre époux, avec obligation de lui fournir une provision alimentaire.

Que l’arrêt prononçant le divorce ou la séparation porte le nombre, le nom et l’âge des enfants issus du mariage; la somme annuelle que chaque époux est tenu de fournir pour leur entretien et leur éducation.

Que cet arrêt énonce à qui les enfants sont confiés soit de consentement mutuel, soit d’autorité familiale ou judiciaire.

Qu’il soit affiché au tribunal civil, au tribunal de commerce, à la porte de la mairie et inséré dans les principaux journaux du département.

Que cet acte accompagne la publication des bans d’un mariage subséquent sous des peines très graves.

LA JEUNE FEMME. Ces mesures sont sévères: s’il est facile de divorcer, il ne sera pas facile de se marier ensuite.

L’AUTEUR. empêcher le divorce par la difficulté de se marier ensuite, qu’en y mettant des restrictions: dans le premier cas, l’empêchement vient des entraves qu’on s’est créé soi-même: on s’est fait son sort; dans le second la liberté individuelle est atteinte par l’autorité sociale: ce qui est un abus de pouvoir.

LA JEUNE FEMME. Abordons les réformes légales concernant les mœurs.

L’AUTEUR. 196 si elle n’est pas remplie, soit punie d’une amende et de dommages-intérêts.

Que tout homme, qu’une fille mère pourra prouver par témoins ou par lettres, devoir être le père de son enfant, soit soumis aux charges de la paternité.

Que la recherche de la paternité soit autorisée comme celle de la maternité.

Que la séduction d’une fille de moins de vingt-cinq ans soit sévèrement punie.

Qu’une fille ne puisse être enregistrée au bureau des mœurs qu’après vingt-cinq ans accomplis, et qu’elle soit mise en correction avant cet âge, si elle se livre à la prostitution.

Que toute femme de mauvaises mœurs soit punie de la prison et de l’amende, si elle a reçu un homme au dessous de vingt-cinq ans, et que la peine soit terrible si elle n’est pas saine.

LA JEUNE FEMME. On dira que la paternité ne peut être prouvée, Madame.

L’AUTEUR. attribué à l’enfant naturel ne soit pas le vrai père: mais ce qui doit être établi par des preuves, c’est qu’il s’est mis dans le cas d’être réputé tel; c’est la probabilité de la paternité dans le mariage, étendue à la paternité hors du mariage. Tant pis pour les hommes qui s’y laisseront prendre: c’est une honte que d’attacher l’impunité au plus désordonné, au plus subversif des penchants égoïstes: il faut que les femmes ne supportent plus seules la charge des enfants naturels et ne soient plus tentées de les abandonner.

197 LA JEUNE FEMME. Mais s’il est établi qu’un homme marié s’est mis dans le cas d’être père hors du ménage?

L’AUTEUR. punition pour lui et sa complice. Quant à l’enfant, l’homme doit en subir la charge de concert avec la mère.

LA JEUNE FEMME. Voilà des lois bien draconiennes!

L’AUTEUR. nous enserre âme et corps; que si nous ne réagissons pas énergiquement contre elle par la sévérité des lois, par la réforme de l’éducation et le réveil de l’idéal, notre société ne sera bientôt plus qu’un immense lupanar?

LA JEUNE FEMME. Hélas! Ce n’est que trop vrai.

L’AUTEUR. réforme rationnelle de l’éducation nationale, mais encore que les lycées soient doublés pour les filles.

Que tous les établissements de haut enseignement dépendant de l’État, leur soient ouverts comme aux garçons.

Qu’elles soient admises à recevoir les mêmes grades universitaires, les mêmes diplômes de capacité que les hommes.

Que toutes les carrières s’ouvrent devant elles comme devant les hommes;

Afin que relevées dans l’opinion par l’égalité, leur activité ne soit plus rétribuée d’une manière dérisoire; qu’elles puissent vivre de leur travail et que la misère, le découragement, le suicide ne terminent plus leur vie, quand elles ne choisissent pas le triste rôle d’éléments de démoralisation.

III.

READER. Will you now state the legal reforms which we should demand successively.

AUTHOR. So far as civil life is concerned, we should ask:

That a woman who is a foreigner may be able to become naturalized in a country otherwise than by marriage.

That woman shall not lose her nationality by the same sacrament.

That woman be admitted to sign, as a witness, all certificates of social condition, with all others that have been hitherto interdicted to her.

You know that already, in derogation of the law, midwives sign certificates of birth of unacknowledged natural children, and that, in certain notarial documents, drawn up by justices of the peace, to attest to a fact in the absence of written evidence, the testimony of women is admitted.

We demand that tradeswomen and merchant women shall form a part of the boards of trade; that in every criminal trial, women shall be placed on the jury: that to women shall be entrusted the management and superintendence of hospitals, prisons for women, and charitable associations.

That in every district, a woman shall be appointed to superintend girls’ schools, infant asylums, and nurses.

You know that women are already filling public employments in derogation of the law, since the teaching and inspection of girls’ schools, and other asylums, are entrusted to them, and since women keep post-offices, stamp offices, etc.

READER. This regards civil Right in general; what reforms shall we demand concerning married women?

AUTHOR. That the conjugal abode shall be that which is inhabited by the husband and wife together, no longer by the man alone.

That the articles shall be suppressed which command the wife to obey her husband, and to follow him wherever he sees fit to reside.

That the prohibition to sell, mortgage, receive, give, appear in law, etc., without the consent of the husband or court, shall be extended to the husband as far as to the wife.

That marriage under the system of separation of goods shall become the public law.

READER. What reforms do you demand with respect to the family council and guardianship?

AUTHOR. We demand that the family council shall be composed of twenty persons; ten men and ten women, parents, relatives and friends, chosen by the spouses.

That the powers of this council, presided over by the justice of the peace, shall be so determined that it shall give the first judgment in differences arising between the spouses as to children, property, guardianship, etc.

We demand that every woman may be qualified to be appointed guardian or to watch over the conduct of the guardian towards the ward.

That the guardianship of the spouse interdicted shall be always confessed by the family council.

That the wife like the husband, may name a definitive guardian and a council of guardianship for her surviving spouse.

That the spouses may name during their lifetime, the father, a male inspecting guardian from his family, the mother, a female inspecting guardian from hers, that in case of pre-decease, the children may be always under the influence of both sexes.

That this superior guardianship, in the absence of any expressed desire, belongs of right to a member of the family of the defunct, who must be of the same sex.

That in case of a second marriage, if the child is maltreated or unhappy, the inspecting guardian, whether male or female, can have it adjudged to him by the family council, without excluding the appeal of the guardian to the courts.

That in case of the death of the father or mother, the guardianship belongs of right to the nearest ancestor, and the inspecting guardianship to the nearest ancestor of the other line.

If there be competition between the two lines, the family councils shall choose the guardian from one family and the inspecting guardian from the other, and of opposite sex.

That the duties of guardianship and inspecting guardianship shall comprehend, not only the material, but also the moral and intellectual interests of the wards.

That the father who is guardian, shall lose the right of guardianship over the children if he re-marries without first having had it continued to him by the family council.

That lastly, the State shall so organize a board of guardianship for abandoned children that the boys shall be under the superintendence of the men and the girls under that of the women; this board will form a great family council.

READER. I like your system better than that of the law, not only because woman is the equal of man therein, but because wards will be better protected by it; I have known men to cause their wives, over-excited by their ill treatment, to be placed under interdict, in order to remain masters of their property; on the other hand, you know how many children are wronged or made unhappy by the second marriage of their father. A step-mother has full power to inflict suffering on the little unfortunates.

But you have said nothing of the authority of parents over their children.

AUTHOR. The authority of the parents over the children is the same; the expression, paternal authority, is incomplete; the true phrase would be parental authority. On this head, we demand that if there be dissension between the father and mother with regard to the children, the family council shall decide in the first instance.

That neither the father nor the mother shall have power to shut up the child unless both are agreed.

That the father or the mother acting as guardian shall not have power to have recourse to this measure except with the concurrence of the inspecting guardian, or, in case of difference, with the approbation of the family council, always reserving the right of appeal to the court.

That the marriageable age shall be fixed at twenty-five for both sexes.

READER. Shall we demand the suppression of separation from bed and board?

AUTHOR. No; but we must demand that divorce shall be established.

That divorce may be obtained for the adultery of one of the parties, cruelty, grave abuses, condemnation to punishment affecting the liberty or person, notorious vices, incompatibility of temper, mutual consent.

That, during the suit for separation or for divorce, the guardianship of the children shall be given to the most deserving parent; and that, if both are alike unworthy, a guardian and inspecting guardian of different sexes shall be appointed.

That, if both are deserving, they shall settle it amicably between themselves before the family council.

That parties married under the dotal system or under that of the separation of goods, shall have control of their own property.

That if the petition for divorce be on account of the bad management of the common property, the administration shall be taken away from the husband and entrusted to the wife.

That if the petition be on account of the condemnation of one of the parties to punishment affecting the liberty or person, the other shall remain administrator.

That, in all other cases, an inventory shall be made and the spouse best fitted to the task be appointed guardian under the surveillance of one or two members of the family of the other spouse, with the obligation of furnishing estovers to the other.

That the decree granting the divorce or separation shall bear the number, name and age of the children born of the marriage, together with the annual sum that each party is bound to furnish for their maintenance and education.

That this decree shall state to whose custody the children are entrusted, whether by natural consent or by familial or judicial authority.

That it shall be placarded publicly in the courts, and inserted in the leading journals of the vicinity.

That this instrument shall accompany the publication of the bans of a subsequent marriage, under pain of heavy penalties.

READER. These measures are severe; if it would be easy to become divorced, it would not be easy to marry afterwards.

AUTHOR. I do not deny it; but it is better to prevent divorce by the difficulty of marrying afterwards, than by placing restrictions upon it; in the first case, the difficulty comes from the fetters which the individual has forged for himself; he makes his own destiny; in the second, individual liberty is infringed upon by social authority, which is an abuse of power.

READER. Let us enter upon the legal reforms concerning morals.

AUTHOR. We demand that every promise of marriage which is not fulfilled shall be punished with a fine and damages.

That every man whom an unmarried mother can prove by witnesses or letters, to be the father of her child, shall be subject to the burdens of paternity.

That the investigation of paternity shall be authorized like that of maternity.

That the seduction of an unmarried woman under twenty-five shall be severely punished.

That no unmarried woman can be registered among the public women before twenty-five years old, and that she shall be put into the house of correction if she abandons herself to prostitution before this age.

That every abandoned woman who receives a man under twenty-five years of age shall be punished with fine and imprisonment, and that the penalty shall be terrible if she is diseased.

READER. It will be said that paternity cannot be proved.

AUTHOR. I do not deny that it may be possible that the father attributed to the natural child will not be the true one; but it will be necessary to establish by proofs that he has rendered himself liable to be reputed such: it is the probability of paternity in marriage extended to paternity out of marriage. So much the worse for men who suffer themselves to be caught! it is shameful to attach impunity to the most disorderly and subversive of selfish desires; women must no longer bear alone the burden of natural children, and no longer be tempted to abandon them.

READER. But what if it be proved that a married man has rendered himself liable to become a father outside his household.

AUTHOR. This should be first a case of divorce; next, of punishment for him and his accomplice. As to the child, the man should bear the charge of it in concert with the mother.

READER. These are indeed Draconian laws!

AUTHOR. Do you not see that corruption is shutting us in, body and soul; and that if we do not create a vigorous reaction against it by the severity of the laws, the reform of education, and the awakening of the ideal, our society will be, ere long, only an immense brothel?

READER. Alas! it is but too true.

AUTHOR. Let us demand then, not only a rational reform of the national education, but also that the number of lyceums shall be doubled for girls.

That all the institutions of higher instruction dependent on the state shall be open to them as to boys.

That they shall be admitted to receive the same university degrees, and the same diplomas of capacity as men.

That every field of occupation shall be opened to them as to men;

So that, elevated in public opinion by equality, their activity shall no longer be nominally compensated; that they may live by their labor, and that want, discouragement and suicide may no longer terminate their life when they do not make choice of the sad part of elements of demoralization.

QUATRIÈME PARTIE

Œuvres de l’époque transitoire; Apostolat de la Femme; Profession de foi; Éducation rationnelle.

CHAPITRE I.
APPEL AUX FEMMES, APOSTOLAT, PROFESSION DE FOI, ETC.

PART FOUR.

Works of the transitional era; Apostolate of Woman; Profession of faith; Rational education.

CHAPTER I.

APPEAL TO WOMEN, APOSTOLATE, PROFESSION OF FAITH, ETC.

I
APPEL AUX FEMMES.

Femmes de Progrès, c’est à vous que j’adresse la dernière partie de ce livre. Prêtez l’oreille à mes paroles au nom du bien général, au nom de vos filles et de vos fils.

Vous dites: les mœurs se corrompent; les lois, en ce qui concerne notre sexe, ont besoin d’une réforme.

C’est vrai: mais pensez-vous que constater le mal, suffise pour le guérir?

Vous dites: tant que la femme sera mineure dans la Cité, l’État, le Mariage, elle le sera dans l’atelier social, elle sera forcée de vivre de l’homme: c’est à dire de l’avilir en s’abaissant elle-même.

C’est vrai: mais croyez-vous que, constater ces choses, suffise pour remédier à notre abaissement?

Vous dites: l’éducation que reçoivent les deux sexes est déplorable au point de vue de la destinée de l’humanité.

202 C’est vrai: mais croyez-vous qu’affirmer cela, suffise pour améliorer, transformer les méthodes d’éducation?

Est-ce que les paroles, les plaintes, les protestations peuvent changer quelque chose?

Ce n’est pas se lamenter qu’il faut: c’est agir.

Ce n’est pas seulement demander justice et réforme qu’il faut: c’est travailler soi-même à la réforme, c’est prouver par ses œuvres qu’on est digne d’obtenir justice; c’est prendre résolument la place contestée; en un mot, c’est avoir de l’intelligence, du courage et de l’activité.

Sur qui donc auriez-vous le droit de compter, si vous vous abandonnez vous-mêmes?

Est-ce sur les hommes? Votre incurie, votre silence ont en partie découragé ceux qui soutenaient votre Droit: c’est à peine s’ils vous défendent contre ceux qui, pour vous opprimer, appellent à leur aide toutes les ignorances, tous les despotismes, tous les égoïsmes, tous les paradoxes qu’ils méprisent eux-mêmes lorsqu’il s’agit de leur sexe.

L’on vous insulte, l’on vous outrage, l’on vous nie ou l’on vous plaint, afin de vous asservir, et c’est à peine si vous vous en indignez!

Quand donc aurez-vous honte du rôle auquel on vous condamne?

Quand donc répondrez-vous à l’appel que des hommes intelligents et généreux vous ont fait?

Quand donc cesserez-vous d’être des photographies masculines, et vous déciderez-vous à compléter la Révélation de l’humanité, en faisant enfin entendre le Verbe de la Femme dans la Religion, la Justice, la Politique et la Science?

203 Que faire? Dites-vous.

Que faire, Mesdames? Eh! Ce que font des femmes de foi. Regardez celles qui ont donné leur âme à un dogme; elles s’organisent, enseignent, écrivent, agissent sur leur milieu et sur les jeunes générations, afin de faire triompher la foi qui a l’adhésion de leur conscience. Pourquoi n’en faites-vous pas autant?

Vos rivales écrivent des livres tout empreints de surnaturalisme et de morale individualiste, pourquoi n’en écrivez-vous pas qui portent le cachet du rationalisme, de la Morale solidaire et d’une sainte foi au Progrès?

Vos rivales fondent des maisons d’éducation, forment des professeurs, afin de s’emparer des générations nouvelles au profit de leurs dogmes et de leurs pratiques, pourquoi n’en faites-vous pas autant au profit des idées nouvelles?

Vos rivales organisent des ateliers, pourquoi ne les imitez-vous pas?

Est-ce que ce qui leur est licite, ne vous le serait pas?

Est-ce qu’un gouvernement qui dit relever des principes de 89 et est issu du droit Révolutionnaire, pourrait avoir la pensée d’entraver les héritières directes des principes posés par 89, tandis qu’il laisserait agir librement celles qui leur sont plus ou moins hostiles? Aucune de vous n’admet une telle possibilité, n’est-ce pas?

Que faire!

Vous avez à fonder un journal pour soutenir vos réclamations.

Vous avez à constituer un comité encyclopédique, qui rédige 204 une suite de traités sur les principales branches des connaissances humaines, afin d’éclairer les femmes et le peuple.

Vous avez à fonder un Institut polytechnique pour les femmes.

Vous avez à aider vos sœurs ouvrières à s’organiser en ateliers d’après des principes économiques plus équitables que ceux d’aujourd’hui.

Vous avez à faciliter le retour au bien des femmes égarées qui vous demanderont aide et conseil.

Vous avez à travailler de toutes vos forces à la réforme des méthodes d’éducation.

Et, en présence d’une tâche si complexe, vous demandez: que faire?

Ah! si vous avez du cœur et du courage, femmes majeures, levez-vous!

Levez-vous! Et que les plus intelligentes, les plus instruites et celles qui ont du temps et de la liberté constituent l’Apostolat de la Femme.

Qu’autour de cet Apostolat, se rangent toutes les femmes de Progrès, afin que chacune serve la cause commune selon ses moyens.

Et rappelez-vous, rappelez-vous surtout que l’Union fait la force.

I.
APPEAL TO WOMEN.

Progressive women, to you, I address my last words, Listen in the name of the general good, in the name of your sons and your daughters.

You say: the manners of our time are corrupt; the laws concerning our sex need reform.

It is true; but do you think that to verify the evil suffices to cure it?

You say: so long as woman shall be a minor in the city, the state and marriage, she will be so in social labor; she will be forced to be supported by man; that is to debase him while humbling herself.

It is true; but do you believe that to verify these things suffices to remedy our abasement?

You say: the education that both sexes receive is deplorable in view of the destiny of humanity.

It is true; but do you believe that to affirm this suffices to improve, to transform the method of education?

Will words, complaints and protestations have power to change any of these things?

It is not to lament over them that is needed; it is to act.

It is not merely to demand justice and reform that is needed; it is to labor ourselves for reform; it is to prove by our works that we are worthy to obtain justice; it is to take possession resolutely of the contested place; it is, in a word, to have intellect, courage and activity.

Upon whom then will you have a right to count, if you abandon yourselves?

Upon men? Your carelessness and silence have in part discouraged those who maintained your right; it is much if they defend you against those who, to oppress you, call to their aid every species of ignorance, every species of despotism, every selfish passion, all the paradoxes which they despise when their own sex is in question.

You are insulted, you are outraged, you are denied or you are blamed in order that you may be reduced to subjection, and it is much if your indignation is roused thereby!

When will you be ashamed of the part to which you are condemned?

When will you respond to the appeal that generous and intelligent men have made to you?

When will you cease to be masculine photographs, and resolve to complete the revolution of humanity by finally making the word of woman heard in Religion, in Justice, in Politics and in Science?

What are we to do, you say?

What are you to do, ladies? Well! what is done by women believing. Look at those who have given their soul to a dogma; they form organizations, teach, write, act on their surroundings and on the rising generation in order to secure the triumph of the faith that has the support of their conscience. Why do not you do as much as they?

Your rivals write books stamped with supernaturalism and individualistic morality, why do you not write those that bear the stamp of rationalism, of solidary morality and of a holy faith in Progress?

Your rivals found educational institutions and train up professors in order to gain over the new generation to their dogmas and their practices, why do not you do as much for the benefit of the new ideas?

Your rivals organize industrial associations, why do not you imitate them?

Would not what is lawful to them be so to you.

Could a government which professes to revive the principles of ’89, and which is the offspring of Revolutionary right, entertain the thought of fettering the direct heirs of the principles laid down by ’89, while leaving those free to act who are more or less their enemies? Can any one of you admit such a possibility?

What are we to do?

You are to establish a journal to maintain your claims.

You are to appoint an encyclopedic committee to draw up a series of treatises on the principal branches of human knowledge for the enlightenment of women and the people.

You are to found a Polytechnic Institute for women.

You are to aid your sisters of the laboring classes to organize themselves in trades associations on economical principles more equitable than those of the present time.

You are to facilitate the return to virtue of the lost women who ask you for aid and counsel.

You are to labor with all your might for the reform of educational methods.

Yet, in the face of a task so complicated, you ask: what are we to do?

Ah, ye women who have attained majority, arise, if ye have heart and courage!

Arise, and let those among you who are the most intelligent, the most instructed, and who have the most time and liberty constitute an Apostleship of women.

Around this Apostleship, let all the women of Progress be ranged, that each one may serve the common cause according to her means.

And remember, remember above all things, that Union is strength.

II
PROFESSION DE FOI.

L’union fait la force, oui; mais à condition qu’elle soit fondée sur des principes communs, non sur le dévouement à une ou plusieurs personnes. Car les personnes passent et peuvent changer: les principes restent.

205 Donc votre noyau de cristallisation, Mesdames, doit être moins l’Apostolat que les principes qu’il professe, que son Credo, sa profession de foi; car il lui en faut une pour rallier les intelligences et les cœurs, et les diriger vers un but unique.

Permettez-moi, Mesdames, d’essayer ici l’ébauche de ce Credo, que nous diviserons en six titres et vingt quatre articles.

1o LOI DE L’HUMANITÉ.

1o La loi de l’humanité est le Progrès.

2o Nous nommons Progrès le développement de l’individu et de l’espèce en vue de la réalisation d’un idéal de Justice et de bonheur, idéal de moins en moins imparfait et qui est le produit des facultés humaines.

3o La loi de Progrès n’est pas purement fatale, comme les lois du monde; elle se combine avec notre loi propre ou libre-arbitre; d’où il résulte que l’humanité peut, pendant un certain temps, comme l’individu, demeurer stationnaire et même rétrograder.

2o INDIVIDU, SA LOI, SES MOBILES.

4o Chacun de nous est un ensemble de facultés destinées à former une harmonie sous la présidence de la Raison ou principe d’ordre.

5o La Raison reconnaît à chacune des facultés le droit de s’exercer en vue du bien de l’ensemble, et dans la mesure du droit égal posé par les autres facultés.

206 6o Chacun de nous a pour aiguillon de ses actes le désir du bien-être et du bonheur, et doit se proposer pour fin le triomphe de notre liberté sur ce que les lois générales de l’univers ont de blessant pour notre organisme; et, dans l’ordre moral, le triomphe sur la tendance incessante de nos instincts égoïstes à se sacrifier les instincts plus élevés de la Justice et de la Sociabilité.

7o La destinée de l’individu s’accomplit par le développement de ses facultés, le travail, la Liberté dans l’Égalité.

3o BIEN ET MAL PHYSIQUES.

8o La souffrance n’est qu’un désaccord mis en nous ou par notre faute, ou par celle d’un mauvais milieu, ou par la solidarité du sang. C’est un produit de notre insuffisance, de nos erreurs ou de celles de nos prédécesseurs dans la vie.

9o La souffrance et le mal sont des stimulants au Progrès, par la lutte qu’on soutient pour en guérir et en garantir soi et ses successeurs: si l’on ne souffrait pas, l’on ne progresserait pas, parce que rien ne tiendrait en éveil et en action l’intelligence et les autres facultés.

10o Se résigner à la souffrance qu’on peut éviter sans commettre le mal moral, c’est affaiblir son être; c’est un mal, une erreur ou une lâcheté.

11o S’imposer des souffrances, excepté celles que nécessite la lutte contre l’exagération des penchants, est un acte de folie qui tend à désharmoniser notre être, et le rend impropre à remplir sa fonction dans l’humanité.

207
4o MAL MORAL ET BIEN MORAL.

12o Le mal et le bien, dans le sens moral, ne sont pas des substances, des êtres en soi, mais l’expression de rapports jugés vrais au faux entre l’acte de notre libre-arbitre et l’idéal du bien posé par la conscience.

13o L’âme d’une nation, c’est le Bien et le Juste: ce qui est prouvé par ces deux faits: chute des civilisations et des empires par l’affaiblissement du sens moral; décadence, par ce seul fait, malgré le progrès littéraire, artistique, scientifique et industriel.

14o L’affaiblissement du sens moral est le résultat de l’absence d’un idéal élevé du Bien et de la Justice, et produit la prédominance croissante des facultés égoïstes sur les facultés sociales.

15o La lutte est en nous par la constitution même de notre être, parce qu’il y a antagonisme entre les instincts qui tendent à notre satisfaction propre, et ceux qui nous relient à nos semblables; parce que, d’autre part, les premiers nous sont donnés dans toute leur âpre vigueur, tandis que les autres ne nous sont donnés qu’en germe pour que nous ayons la gloire de nous élever nous-mêmes de l’animalité à l’Humanité. De ces faits, il résulte que la vertu, c’est à dire l’exercice du libre-arbitre et de la force morale contre les empiètements des facultés égoïstes, est et sera toujours nécessaire pour les maintenir dans leurs limites légitimes, et les empêcher d’opprimer les facultés supérieures.

208 5o HUMANITÉ, SA DESTINÉE.

16o L’humanité est une. Les races et nations qui la composent n’en sont que les organes ou éléments d’organe, et elles ont leur tâche spéciale. L’idéal moderne est de les relier dans une intime solidarité, comme sont reliés entre eux les organes d’un même corps.

17o L’humanité est elle-même l’auteur de son Progrès, de sa Justice, de son idéal qu’elle perfectionne à mesure qu’elle devient plus sensible, plus rationnelle et comprend mieux l’univers, ses lois et elle-même.

18o L’étude attentive de l’histoire de notre espèce nous montre que la destinée collective de l’Humanité est de s’élever au dessus de l’animalité, en cultivant les facultés qui lui sont spéciales, et de créer en même temps les arts, les sciences, l’industrie, la Société, afin d’assurer de plus en plus et à un nombre toujours plus grand, la liberté, les moyens de se perfectionner et le bien-être.

19o L’histoire nous dit encore que le Progrès est en raison du degré de liberté, du nombre des libres et de la pratique de l’Égalité. D’où il résulte que la Liberté individuelle dans l’Égalité sociale est un droit imprescriptible, le seul moyen de donner à chaque individu puissance d’accomplir sa destinée qui est un élément de la destinée collective: Voilà pourquoi la France depuis 89 se propose pour idéal le triomphe de la Liberté et de l’Égalité.

209 6o ÉGALITÉ DES SEXES.

20o Les deux sexes, étant d’espèce identique, sont, devant la Justice, et doivent être devant la loi et la Société, parfaitement égaux en Droit.

21o Le couple est une Société formée par l’Amour; une association de deux êtres distincts et égaux, qui ne sauraient s’absorber, devenir un seul être, un androgyne.

22o La femme n’a pas à réclamer ses droits en tant que femme, mais uniquement comme personne humaine et membre du corps social.

23o La femme doit protester en tant qu’épouse, personne humaine et citoyenne contre les lois qui la subordonnent, et revendiquer ses droits jusqu’à ce qu’on les ait reconnus.

24o Ce que quelques-uns ont nommé l’émancipation de la femme dans l’Amour, est son esclavage, la perte de la civilisation, la dégénérescence physique et morale de l’espèce. La femme, tristement émancipée de cette manière, bien loin d’être libre, est l’esclave de ses instincts, et l’esclave des passions de l’homme.


Quelqu’incomplète et imparfaite que soit cette profession de foi provisoire, si vous vous groupiez autour d’elle, Mesdames, vous redonneriez un idéal à votre sexe qui se corrompt et conduit l’autre à l’abîme.

Vous imprimeriez à l’éducation un cachet de Justice, d’unité, de rationalité qu’elle n’a jamais eu jusqu’ici.

210 Vous agrandiriez et transformeriez la Morale.

Pénétrées d’une vive foi en la solidarité humaine, vous travailleriez sérieusement à la réforme des mœurs.

Au lieu de mépriser les égarés des deux sexes, vous emploieriez tout pour les remettre dans la droite voie: car pas un de nous ne peut se croire innocent, tant qu’il y a des coupables.

Vous moraliseriez le travail et les travailleuses.

En un mot, vous prouveriez par vos œuvres, que vous êtes dignes de jouir des droits que vous revendiquez; et vous fermeriez la bouche à ces insipides babillards qui déblatèrent en vers et en prose contre l’activité de la femme, la capacité de la femme, la science de la femme, la rationalité et l’esprit pratique de la femme.

Mille ans de dénégations ne valent pas contre eux, croyez-moi, Mesdames, cinq années bien remplies de travaux utiles et de dévouement actif.

 

II

PROFESSION OF FAITH.

Yes, union is strength; but on the condition that it is founded on common principles, not on devotion to one or several persons. For persons pas and can change: principles remain.

Thus our nucleus of crystallization, ladies, should be less the Apostolate than the principles that it professes, its Credo, its profession of faith; for such a profession is needed to rally hearts and minds, and direct them towards a single goal.

Allow me, ladies, to attempt here a sketch of that Credo, which we will divide in to six headings and twenty-four articles.

l. the law of humanity.

1) The law of humanity is Progress.

2) What we call Progress is the development of the individual and the species in preparation for the realization of an ideal of Justice and happiness, a less and less imperfect ideal, which is the product of the human faculties.

3) The law of Progress is not purely inevitably, like the laws of the world; it combines with our own law, our free will; so it happens that humanity can, for a certain time, like the individual, remain stationary or even retrogress.

II. the individual, its law, its motives.

4) Each of us in an ensemble of faculties destined to form a harmony under the direction of the Reason or principle of order.

5) Reason recognizes for each of the faculties the right of exercise, with an eye to the good of the ensemble, and so far as [allowed by] the equal rights presented by the other faculties.

6) Each of us has for incentive of their acts the desire for well-being and happiness, and must propose to itself as an aim the triumph of our liberty over everything in the general laws of the which is harmful to our organism; and, in the moral order, the triumph over the constant tendency of our selfish instincts to sacrifice the higher instincts of Justice and Sociability.

7) The destiny of the individual is fulfilled by the development of its faculties, labor, and Liberty in Equality.

III. physical good and evil.

8) Suffering is nothing but a discord put in us by our own error, by a bad environment, or by the solidarity of the blood. It is a product of our inadequacy, of our errors, or of those of our predecessors in life.

9) Suffering and evil are stimulants to Progress, by the struggle that one maintains in order to cure them and to safeguard oneself and one successors against it: if we did not suffer, we would not progress, because nothing keeps the intelligence and other faculties in wakefulness and action.

10) To resign ourselves to suffering without committing moral evil, is to weaken our being; it is an evil, an error, or a cowardice.

11) To impose suffering on ourselves, except those necessitated by the struggle against the exaggeration of the penchants, it is an act of folly which tend to disharmonize our being, and render it unfit to fulfill its function in humanity.

IV. moral evil and more good.

12) Evil and good, in the moral sense, are not substances, beings in themselves, but the expression of relations, judged true or false, between the act of our free will and the ideal of good posed by the conscience.

13) The soul of a nation is the Good and the Just: what is proven by these two facts: the fall of civilizations and empires by the weakening of the moral sense; decadence, from this single fact, despite literary, artistic, scientific and industrial progress.

14) The weakening of the moral sense is the result of the absence of a higher ideal of the Good and Justice, and produces the growing predominance of the selfish faculties over the social faculties.

15) The struggle is within in us, as a result of the very constitution of our being, because there is an antagonism between the instincts which tend towards our own satisfaction, and those which connect us with our fellows; because, on the other hand, the first are given to us in all their harsh vigor, while the others are only given in germ, so that we have the glory of raising ourselves from animality to Humanity. From these facts, it results that virtue, the exercise of free will and morale strength against the encroachments of the selfish faculties, is and will always be necessary to keep them within their legitimate limits, and to prevent them from oppressing the higher faculties.

V. humanity, its destiny.

16) Humanity is one. The races and nations which make it up are only its organs or elements of organs, and they have their special tasks. The modern ideal is to connect them in a intimate solidarity, as the organs in a single body are connected.

17) Humanity is the author of its own Progress, its Justice, and it ideal, which it perfects to the extent that it becomes more aware, more rational and better understands the universe, its laws, and itself.

18) The attentive study of the history of our species shows us that the collective destiny of Humanity is to raise itself above animality, by cultivating the faculties which are special to it, and at the same time to create arts, sciences, industry, and Society, in order to assure more and more, and to an always greater number, liberty, the means of improvement and well-being.

19) The history also tells us that Progress is the consequence of the degree of liberty, the number of the free, and the practice of Equality. From this it results that individual Liberty in social Equality is an imprescriptible right, the sole means of giving to each individual the power to accomplish their destiny which is an element of the collective destiny: That is why, since 1789, France proposed as ideal the triumph of Liberty and Equality.

VI. equality of the sexes.

20) The two sexes, being of the same species, are, before Justice, and should be, before law and Society, perfectly equal in Right.

21) The couple is a Society formed by Love; an association of two distinct and equal beings, which cannot absorb one another, to become one single being, an androgyne.

22) The woman does not claim her rights only as a woman, but only as a human person and member of the social body.

23) The woman must protest, as wife, human being and citizen, against the laws that subordinate her, and demand her rights until they have been recognized.

24) What some call the emancipation of the woman in Love, is her slavery, the ruin of civilization, the physical and moral degeneration of the species. The woman, sadly emancipated in this manner, very far from being free, is the slave of her instincts, and the slave of the passions of the man.

However incomplete and imperfect this provisional profession of faith may be, if you gather yourselves around it, ladies, you will restore an ideal to your sex which will subvert the other and drive it into the abyss.

You will impress on education a seal of Justice, unity, and rationality that it has never had before.

You will magnify and transform Morals.

Imbued with a lively faith in human solidarity, you will work earnestly at the reform of social mores.

Instead of disdaining the lost souls of both sexes, you will use every resource to put them back on the right road: for not one of us can think themselves innocent, as long as there are the guilty among us.

You will moralize work and the workers.

In short, you will prove by your works that you are worthy of enjoying the rights you claim; and you will shut the mouths of those insipid babblers who raid in verse and prose against the activity women, the capacity of women, the science of women, the rationality and practical spirit of women.

A thousand years of denials, ladies, are not worth five years filled with useful labors and active dedication.

III

COMITÉ ENCYCLOPÉDIQUE.

Revenons, Mesdames, sur quelques-unes des œuvres collectives que je vous ai signalées, et parlons tout d’abord du Comité Encyclopédique.

Le but de ce Comité devrait être de vulgariser les connaissances acquises jusqu’ici par l’Humanité, en se conformant à la doctrine générale esquissée dans le paragraphe précédent.

Le Comité se composerait d’un nombre illimité de femmes, cultivant chacune quelque spécialité artistique, scientifique, littéraire; elles se classeraient en autant de sections qu’il y aurait de branches de connaissances à traiter, et les membres de chaque section s’entendraient entre elles pour se diviser le travail.

Les membres du Comité ne perdraient pas de vue que leurs ouvrages s’adressent à la classe des lecteurs peu ou point instruits; que, conséquemment, elles doivent se préserver du style scientifique, s’exprimer simplement, méthodiquement, et ne pas laisser sans définition très claire les termes techniques dont elles seraient parfois obligées de se servir.

Le travail individuel achevé, devrait venir celui de la section qui l’examinerait quant au fond; puis celui du Comité réuni qui n’aurait à s’occuper que de la clarté, dont il pourrait mieux juger que les spécialités, trop habituées au langage de la science qu’elles cultivent pour s’apercevoir suffisamment quand il ne peut être compris de tous.

Outre ce rôle de public d’épreuve, le Comité devrait veiller scrupuleusement à ce que l’auteur respecte les principes généraux qui sont la base de la profession de foi. Ainsi par exemple, un auteur qui traiterait de la formation de notre globe et des manifestations successives de la vie sur la planète, ne devrait pas s’écarter de la méthode rationnelle, et ne pourrait, en conséquence, présenter un créateur posant les assises de la terre et soufflant la vie dans des narines quelconques. Un auteur qui traiterait d’histoire universelle, n’aurait pas à subordonner les grands faits de l’humanité à la venue et à la mission d’un homme, comme l’a fait Bossuet; mais à faire ressortir la loi de Progrès, à tout subordonner au développement de la Justice et des facultés qui nous sont spéciales. Le Comité devrait bien comprendre qu’il n’est pas là pour continuer le passé, pour expliquer les faits par l’inconnu, mais pour préparer l’avenir, et expliquer les faits par les lois qui n’en sont que la généralisation.

L’ouvrage, approuvé par le Comité, serait livré à l’impression et porterait en tête du titre: Comité des femmes du Progrès; et, au dessous du titre, le nom de l’auteur ou des auteurs.

En s’organisant et travaillant de cette manière, en livrant au meilleur compte possible leurs traités, les femmes, en peu d’années, auraient fait une encyclopédie populaire qui réformerait la Raison, développerait le sens moral du peuple et de leur sexe, vulgariserait, ferait aimer les principes du monde moderne que le monde ancien tâche d’étouffer. En agissant ainsi, les femmes instruites feraient plus pour le Progrès, plus contre les révolutions sanglantes, les désordres qui les accompagnent et les réactions qui les terminent, que toutes les mesures de répression qui sont si fort du goût masculin et dont le résultat infaillible est une nouvelle tempête.

Outre l’avantage immense de rendre possible une encyclopédie rationnelle et populaire à bon marché, le Comité offrirait à ses membres le moyen de s’instruire. Bien peu d’entre nous ont des connaissances générales suffisantes, quelque fortes d’ailleurs que nous soyons sur une spécialité: notre éducation a été si défectueuse! Dans le sein du Comité, chacune agrandirait sa propre sphère en agrandissant celle de ses compagnes: les travaux particuliers en vaudraient mieux, parce que toutes les connaissances se tiennent. Ainsi en se dévouant à l’éducation nationale, les membres du Comité compléteraient la leur.

III 


ENCYCLOPEDIC COMMITTEE.

Let us return, ladies, to some of the collective works that I mentioned to you, and let’s talk first of all about the Encyclopedic Committee.

The purpose of this Committee should be to popularize the knowledge acquired so far by Humanity, by conforming to the general doctrine outlined in the preceding paragraph.

The Committee would be composed of an unlimited number of women, each cultivating some artistic, scientific or literary specialty; they would be classified into as many sections as there were branches of knowledge to be treated, and the members of each section would agree among themselves to divide the work.

The members of the Committee would not lose sight of the fact that their works were addressed to the class of readers with little or no education; that, consequently, they must preserve scientific style, express themselves simply, methodically, and not leave without very clear definition the technical terms that they would sometimes be obliged to use.

The completed individual work should come from the section that would examine it in substance; then that of the assembled Committee which would only have to concern itself with clarity, of which it could judge better than the specialties, too accustomed to the language of the science they cultivate to be sufficiently aware when it cannot be understood by all.

In addition to this role of test audience, the Committee should scrupulously ensure that the author respects the general principles that are the basis of the profession of faith. Thus, for example, an author who would deal with the formation of our globe and the successive manifestations of life on the planet, should not deviate from the rational method, and could not, consequently, present a creator laying the foundations of the earth and breathing life into any nostrils. An author dealing with universal history would not have to subordinate the great facts of humanity to the arrival and mission of a man, as Bossuet did; but to bring out the law of Progress, to subordinate everything to the development of Justice and the faculties that are special to us. The Committee should clearly understand that it is not there to continue the past, to explain the facts by the unknown, but to prepare the future, and to explain the facts by the laws that are only their generalization.

The work, approved by the Committee, would be delivered to the printer and would carry at the head the title: Committee of the Women of Progress; and, below the title, the name of the author or authors.

By organizing themselves and working in this way, by delivering their treatises as cheaply as possible, women, in a few years, would have made a popular encyclopedia that would reform Reason, develop the moral sense of the people and their sex, would popularize, would make beloved the principles of the modern world that the ancient world tries to stifle. By acting thus, educated women would do more for Progress, more against bloody revolutions, the disorders which accompany them and the reactions that terminate them, than all the measures of repression that are so strongly of masculine taste and whose infallible result is a new storm.

Besides the immense advantage of making possible a rational and popular encyclopaedia at low cost, the Committee would offer its members the means of instructing themselves. Very few of us have sufficient general knowledge, however strong we may be in a speciality: our education has been so defective! In the bosom of the Committee, each would enlarge her own sphere by enlarging that of her companions: individual labors would be better for it, because all knowledge is connected. Thus, by devoting themselves to national education, the members of the Committee would complete their own.

IV

INSTITUT.

Nous réclamons le doublement des lycées, des écoles spéciales: mais la routine est si tenace, les préjugés si grands, qu’il se passera bien du temps, peut-être, avant qu’on ait fait droit à nos légitimes réclamations; il faut donc nous passer des hommes jusqu’à ce qu’ils aient honte de leur injustice et de leur déraison.

Comment nous y prendrons-nous en ce qui touche l’instruction?

Nous n’avons qu’une chose à faire; c’est de fonder un Institut polytechnique pour cultiver les vocations dites exceptionnelles, et former des institutrices d’après les principes modernes.

A cette proposition, plusieurs objections sont faites. Pourquoi, dira-t-on, cultiver chez les femmes des spécialités qui ne peuvent être des professions pour elles? Vous les exposez à des déboires, à des souffrances. Nous pourrions répondre: épouse d’un astronome, la mathématicienne partagera ses travaux; La chimiste, épouse d’un chimiste, lui aidera; épouse d’un manufacturier, elle lui rendra de grands services.

La physicienne, la mécanicienne, la femme médecin, etc., épouseront de préférence le physicien, le mécanicien, le médecin, et le travail commun donnera des résultats supérieurs.

Nous pourrions encore répondre que la femme dispensée du travail par la richesse ou l’aisance, a toujours du temps de reste; 214 qu’il est plus sain pour elle de l’employer à la culture d’une science ou d’un art, qu’à courir les magasins, à faire des visites oiseuses, à s’occuper de chiffons ou, pour se préserver des bâillements, à filer quelqu’intrigue avec un amant qui ne l’amuse guère.

Voilà ce que nous pourrions répondre, si nous étions purement utilitaires, mais comme avant l’utilité est le Droit, nous disons:

Les femmes qui ont des vocations, dites exceptionnelles, ont le droit de les cultiver comme les hommes.

Si elles ne se préparaient pas à prendre leur place, si elles ne sentaient pas vivement qu’elles ont le droit de la prendre, si elles ne souffraient pas de leur injuste exclusion, cette place, elles ne l’auraient jamais.

Il faut donc qu’elles souffrent et s’indignent: c’est de là que sortira la reconnaissance de leur Droit.

D’ailleurs la jeune Amérique est là: nous aurons le moyen d’y trouver de l’emploi pour les vocations exceptionnelles. Ce ne sera pas la première fois que la France aura forcé ses enfants à mettre leur intelligence et leur industrie au service d’autres pays.

D’autres nous disent: Ne trouvez-vous donc pas les institutrices suffisamment instruites, que vous voulez en former par d’autres méthodes? Nous répondons: leur instruction est morcelée, incomplète, littéraire, si l’on veut, mais dépourvue de toute philosophie, de tout point de vue général; on leur inculque une foule de notions fausses et contradictoires; elles n’ont pas la fermeté de refuser d’enseigner ce qu’elles ne croient pas, et ménagent des préjugés, qu’au fond du cœur, elles ne partagent point.

L’élève de l’Institut serait, au contraire, une rationaliste, une progressiste, solidement imbue de l’Idéal qu’on lui aurait fait vérifier par l’étude de l’histoire, des religions et des lois; elle ne dirait que ce qu’elle penserait; ne ferait pratiquer que ce qu’elle croirait et pratiquerait elle-même. Digne, morale, vraie, autant par principe que par habitude, méthodiquement et philosophiquement instruite, sentant l’importance de la vie, la gravité de son rôle, portant dans tous ses rapports l’idée du Droit et du Devoir, la fille de l’Institut saurait partout remplir la tâche que lui imposent ses aptitudes et son titre de membre de l’humanité.

Ce ne serait pas elle, à la vérité, qui dirait langoureusement et sottement à son mari: toi, rien que toi, toujours toi; mon enfant c’est encore toi; car on lui aurait appris que c’est manquer à ce qu’on se doit, que de s’absorber dans un être toujours faible, souvent vicieux et despote; que ce serait manquer à son devoir envers l’humanité, que de mettre une affection particulière au dessus des affections générales, et de se disposer ainsi à sacrifier la justice et l’univers à un sentiment égoïste.

A l’instruction solide et méthodique, nécessaire à l’institutrice, l’élève de l’Institut joindrait les connaissances anatomiques, physiologiques et hygiéniques si nécessaires à ceux qui dirigent l’éducation, et la meilleure méthode d’enseignement, celle de Frœbel modifiée, par exemple.

Pense-t-on que des institutrices ainsi formées, manqueraient d’occupation? Je ne le crois pas.

Sur toute la surface de l’Europe, des familles dévouées à l’idée nouvelle, aujourd’hui assez embarrassées pour donner une institutrice à leurs enfants, ne manqueraient pas d’en demander une à l’Institut.

La supériorité de connaissances et de méthode engagerait, d’autre part, une foule de gens à préférer les élèves de l’Institut pour les leçons particulières.

Enfin, les élèves de la maison mère fonderaient en France et à l’étranger des pensions qui ne seraient, par l’esprit et l’enseignement, que des succursales de l’Institut; pensions dans lesquelles les parents qui partagent notre foi ne manqueraient pas de placer leurs filles; tandis que les parents qui n’ont aucun principe arrêté, et qui forment la grande majorité, y enverraient les leurs à cause de la variété des connaissances, et de la solidité des principes qu’elles y puiseraient.

Toutes ces enfants de l’Institut et leurs élèves formeraient bientôt une pépinière de réformatrices qui régénéreraient la famille, et prépareraient la transformation pacifique de la Société, l’extension du Droit et le progrès de la Justice.

On demande qui formerait le corps enseignant de l’Institut. Nous répondons: autant que possible, des membres du Comité encyclopédique: car ce qui est important, c’est l’unité de Doctrine.

On dit encore: mais y aura-t-il assez de femmes capables pour remplir cette double tâche? Nous répondons de nouveau: oui; car en toute branche des connaissances, sont, parmi nous, des spécialistes distinguées: que toutes ces femmes veuillent, et les choses s’organiseront promptement.

IV

INSTITUTE.

We demand the doubling of the secondary schools, of the special schools: but the routine is so tenacious, the prejudices so great, that it will be a long time, perhaps, before we are granted our legitimate demands; we must therefore do without men until they are ashamed of their injustice and unreason.

How are we going to do it in terms of training?

We only have one thing to do; it is to found a polytechnic institute to cultivate the so-called exceptional vocations, and to train teachers according to modern principles.

Several objections are made to this proposition. Why, it will be said, cultivate in women specialties that cannot be professions for them? You expose them to setbacks, to suffering. We could answer: wife of an astronomer, the mathematician will share her work; The chemist, wife of a chemist, will help him; wife of a manufacturer, she will be of great service to him.

The physicist, the mechanic, the woman doctor, etc., will preferably marry the physicist, the mechanic, the doctor, and joint work will give superior results.

We could still answer that the woman, exempted from work by wealth or ease, always has time to spare; that it is healthier for her to employ her in the cultivation of a science or an art, than in shopping, making idle visits, taking care of rags or, to preserve herself yawning, spinning some intrigue with a lover who hardly amuses her.

This is what we could answer, if we were purely utilitarian, but as before utility is the Right, we say:

Women who have so-called exceptional vocations have the right to cultivate them like men.

If they did not prepare to take their place, if they did not feel keenly that they have the right to take it, if they did not suffer from their unjust exclusion, this place they would never have.

They must therefore suffer and be indignant: it is from this that recognition of their rights will come.

Besides, young America is there: we will have the means of finding employment there for exceptional vocations. It will not be the first time that France has forced its children to put their intelligence and their industry at the service of other countries.

Others tell us: Don’t you find the teachers sufficiently educated that you want to train by other methods? We answer: their instruction is fragmented, incomplete, literary, if you will, but devoid of any philosophy, of any general point of view; they are inculcated with a host of false and contradictory notions; they do not have the firmness to refuse to teach what they do not believe and harbor prejudices that, deep in their hearts, they do not share.

The student of the Institute would, on the contrary, be a rationalist, a progressive, solidly imbued with the Ideal which she would have been made to verify by the study of history, religions and laws; she would only say what she thought; would practice only what she herself believed and practiced. Dignified, moral, true, as much by principle as by habit, methodically and philosophically educated, feeling the importance of life, the gravity of her role, carrying in all its relations the idea of Right and Duty, the daughter of the Institute would everywhere be able to fulfill the task imposed on her by her aptitudes and her title as a member of humanity.

It would not be she, in truth, who would say languorously and foolishly to her husband: you, only you, always you; my child it is still you; for she would have been taught that it is failing in what one should, to become absorbed in a being who is always weak, often vicious and despotic; that it would be failing in one’s duty towards humanity, to place a particular affection above the general affections, and to dispose oneself thus to sacrifice justice and the universe to a selfish feeling.

To the solid and methodical instruction, necessary for the teacher, the pupil of the Institute would join the anatomical, physiological and hygienic knowledge so necessary to those who direct education, and the best method of teaching, that of Frœbel modified, for example.

Do we think that teachers trained in this way would lack employment? I do not believe that.

On the whole surface of Europe, families devoted to the new idea, today embarrassed enough to give a teacher to their children, would not fail to ask for one from the Institute.

The superiority of knowledge and method would induce, on the other hand, a crowd of people to prefer the pupils of the Institute for private lessons.

Finally, the pupils of the mother house would found in France and abroad pensions that would be, in spirit and teaching, only branches of the Institute; pensions in which parents who share our faith would not fail to place their daughters; while the parents who have no settled principle, and who form the great majority, would send theirs there because of the variety of knowledge and the solidity of the principles that they would draw from it.

All these children of the Institute and their pupils would soon form a nursery of reformers who would regenerate the family, and prepare the peaceful transformation of society, the extension of law and the progress of justice.

It is asked who would form the teaching body of the Institute. We answer: as much as possible, members of the Encyclopedic Committee: because what is important is the unity of Doctrine.

We still say: but will there be enough capable women to fulfill this double task? We answer again: yes; for in every branch of knowledge, there are distinguished specialists among us: let all these women wish it, and things will be organized promptly.

V

JOURNAL.

Depuis quelque temps, dans les rangs des femmes avancées se fait sentir le besoin d’une feuille périodique, non seulement pour soutenir la cause de leur Droit et travailler à la réforme des mœurs et de l’éducation, mais pour créer une critique et une littérature nouvelles, et trouver le placement d’articles sérieux que les journaux masculins, même dirigés par des hommes de Progrès, repoussent de leurs colonnes, dans lesquelles ils admettent les travaux souvent médiocres de gens qui ne sont pas dans le courant de la Réforme.

Nous n’apprécierons pas cette conduite de quelques-uns de ceux qui se disent nos frères: mais puisque beaucoup d’entr’eux nous refusent l’hospitalité, au lieu de nous en lamenter et de nous en étonner, bâtissons-nous une maison qui soit à nous.

Pour rendre des services et réussir, le journal ne devrait arborer le drapeau d’aucune secte sociale, et devrait éliminer les questions politiques et religieuses proprement dites: car il ne saurait descendre dans l’arène des passions de sectes et de partis sans nuire à la cause qu’il défendrait.

La rédaction devrait être pénétrée de cette vérité: que la bonne foi, l’honneur, le dévouement se rencontrent sous toutes les bannières; que l’habitude, l’éducation, les relations de famille nous classent bien plus que notre volonté. C’est en se tenant à ce point de vue élevé, qu’il lui serait possible de rester juste, équitable, et même indulgente envers les personnes, tout en combattant les doctrines erronées.

Le journal devrait être le drapeau d’une nouvelle École fondée, non plus sur le Mysticisme ou la Métaphysique, mais sur la Raison qui déduit nos Droits et nos Devoirs de nos facultés, de nos besoins, de nos rapports.

L’œuvre de ce journal serait de modifier l’opinion par la critique rationnelle des lois, des institutions, des mœurs qui oppriment la femme;

De poursuivre, par voie de pétition, les réformes mûres dans les esprits;

De signaler les faits de misère et de corruption fruits de l’ignorance, de l’oisiveté et de la situation précaire des femmes;

D’intéresser les particuliers et le gouvernement à des mesures spéciales propres à diminuer l’ignorance et la misère;

D’élaborer les méthodes d’éducation au point de vue moderne;

De critiquer les œuvres d’art et de littérature, non pas seulement au point de vue de la forme, car l’art pour l’art est une niaiserie; mais au point de vue du fond et de la portée morale;

De rendre compte des ouvrages sérieux;

De mettre la science à la portée de tous;

De travailler à l’élaboration de la morale solidaire;

Enfin, de soutenir la polémique que soulèveraient ses doctrines, en mesurant ses coups sur ceux des adversaires; car il le faut dans notre spirituel pays de France, où l’on a toujours raison quand on est battant, toujours tort quand on est battu.

Que celles qui me lisent y réfléchissent: si elles veulent sincèrement le triomphe de leur cause, la réforme pacifique de la Société, il faut qu’elles deviennent une puissance; et elles ne le seront que par un organe périodique de publicité. Un livre, quelque bon et fort qu’il puisse être, ne produit qu’une impression fugitive sur le public: mais une feuille qui vient à époques rapprochées et à jour fixe frapper les mêmes cordes du cerveau, leur fait contracter l’habitude de vibrer d’une certaine manière: ce qui, une première fois, semble étrange, quelquefois inadmissible, finit par paraître très admissible et très normal quand on s’y est accoutumé. Une cause est gagnée quand l’opinion est pour elle: or cette opinion, en ce qui concerne notre droit, c’est à nous de la former et, je le répète, c’est beaucoup moins par des livres que par un journal que nous y parviendrons.

V

JOURNAL.

For some time now, in the ranks of advanced women, the need has been felt for a periodical, not only to support the cause of their rights and to work for the reform of morals and education, but to create a criticism and a new literature, and to find the placement of earnest articles that the male papers, even run by men of Progress, reject from their columns, in which they admit the often mediocre works of people who are not in the current of the Reform.

We will not assess this behavior of some of those who call themselves our brothers: but since many of them refuse us hospitality, instead of complaining and being surprised, let us build ourselves a house that is our own.

To render service and succeed, the newspaper should not raise the flag of any social sect, and should eliminate political and religious questions properly so called: for it cannot descend into the arena of the passions of sects and parties without harming the cause it would defend.

The editorial staff should be imbued with this truth: let good faith, honor, devotion meet under all banners; let habit, education, family relations classify us much more than our will. It is by holding to this lofty point of view, that it would be possible for it to remain just, equitable, and even lenient towards the people, while combating erroneous doctrines.

The newspaper should be the flag of a new School founded, no longer on Mysticism or Metaphysics, but on Reason, which deduces our Rights and our Duties from our faculties, our needs and our relationships.

The work of this journal would be to modify public opinion by rational criticism of the laws, institutions and customs that oppress women;

To pursue, by way of petition, the reforms ripe in minds;

To point out the facts of misery and corruption resulting from ignorance, idleness and the precarious situation of women;

To interest individuals and the government in special measures designed to diminish ignorance and misery;

To work out the methods of education from the modern point of view;

To criticize works of art and literature, not only from the point of view of form, because art for art’s sake is nonsense, but from the point of view of substance and moral import;

To report on serious works;

To put science within everyone’s reach;

To work for the elaboration of moral solidarity;

Finally, to support the controversy that its doctrines would raise, by measuring its blows against those of his adversaries; because it is necessary in our spiritual country of France, where one is always right when one is beating, always wrong when one is beaten.

Let those who read this think about it: if they sincerely want the triumph of their cause, the peaceful reform of society, they must become a power; and they will be so only by a periodical organ of publicity. A book, however good and strong it may be, produces only a fleeting impression on the public: but a sheet that comes at short intervals and on a fixed day strikes the same chords of the brain, makes them contract the habit of vibrating in a certain way: what at first seems strange, sometimes inadmissible, ends up seeming very acceptable and very normal when you get used to it. A cause is won when the opinion is for it: now this opinion, as far as our rights are concerned, it is up to us to form it and, I repeat, it is much less by books than by a newspaper that we will succeed.

VI

ATELIERS.

Une question était à l’ordre du jour en 1848; elle est toujours palpitante au fond des choses: c’est le Droit au travail, dont se sont raillés une foule de gens à courte vue, parce qu’ils n’ont pas compris que le Droit au travail est celui de vivre, dont ne peut être éliminé celui qui est né; parce qu’ils n’ont pas compris que le Droit au travail est le droit à la dignité, à la vertu; que c’est la Justice entrant dans le domaine de l’activité 220 et de l’échange; c’est à dire la Justice entrant dans sa quatrième phase pour constituer le Droit industriel.

Nous n’avons point à nous arrêter sur cette grave et brûlante question qui n’est pas près d’être résolue; seulement nous voudrions que les femmes de progrès s’occupassent d’organiser des ateliers d’après les principes de l’association, de manière à ce que le salaire des travailleuses augmentât: tout le monde sait que cela se peut.

Ce qui se peut encore, c’est de fonder des ateliers d’apprentissage où les jeunes filles seraient préservées de la corruption qui les atteint dans les ateliers dépendant de l’industrie privée: à ce sujet nous pourrions faire de bien tristes révélations.

Ce qui se peut, enfin, c’est de faire voter aux associées de ces ateliers un règlement qui expulse toute femme de mœurs condamnables, comme sont éliminés d’une association d’hommes actuellement existante, ceux qui se sont enivrés trois fois.

L’Apostolat ne pourrait-il encore organiser ce qui l’est parmi des ouvrières Américaines, des associations de chasteté?

C’est dans ces ateliers de travailleuses et d’apprenties, c’est dans ces associations de femmes, que l’Apostolat pourrait le mieux rappeler l’ouvrière au sentiment de sa valeur, de sa dignité, la relever à ses propres yeux, lui parler de ses devoirs de femme, de mère et d’épouse, lui révéler nos grandes destinées, lui inculquer la meilleure méthode d’élever ses enfants, la rendre enfin un instrument de salut social.

Ah! Ce ne sont pas les travailleuses, Mesdames, qu’on trouve jalouses des supériorités qui se rencontrent dans leur sexe. Comme elles en sont fières, au contraire; comme elles les 221 aiment, quand elles sentent qu’elles en sont aimées, estimées; qu’on ne désire rien tant que de les éclairer, de les instruire. Comme l’apôtre de leur sexe les verrait, la figure souriante, attacher leurs regards attentifs sur elle, lorsqu’elle leur dirait: mes bonnes amies, voilà la droite voie; celle que vous devez suivre pour respecter en vous le noble caractère de l’humanité. Travailleuses de la pensée, travailleuses des bras, nous sommes toutes utiles à l’accomplissement de l’œuvre commune. Par vous seules, femmes du peuple, la France peut être régénérée et sauvée, si vous savez comprendre et remplir vos grandes fonctions de mères et d’épouses. Instruisez doucement et fraternellement vos enfants et vos maris comme je vous instruis moi-même; répétez-leur sans cesse que les Droits sont la condition de l’accomplissement des devoirs; que le Devoir est leur raison d’être, leur justification. Jusqu’ici les révolutionnaires ont parlé des droits, et ont laissé les devoirs dans l’ombre; c’est à vous, femmes, à rétablir l’harmonie; car le Droit seul c’est la licence, l’oppression; le Devoir seul c’est la servitude. Apprenez à tout ce qui vous entoure que l’on ne doit pas sacrifier la patrie à la famille, pas plus que la dignité personnelle et la Justice au bien-être. C’est en agissant comme je vous le conseille, que vous vous montrerez dignes de nos braves grands pères qui combattaient nu pieds et sans pain pour la défense du sol national et de la Liberté.

Femmes de la bourgeoisie, entendez-moi bien, c’est en aimant vos sœurs du peuple et le peuple lui-même d’un amour de mère, c’est en vous dévouant à les éclairer, à les moraliser, c’est en vous élevant au dessus des passions masculines qui divisent, et non pas en les partageant et, ce qui est plus odieux, en les excitant, que vous rapprocherez les cœurs et fusionnerez les intérêts; que vous travaillerez à faire de la France, la véritable Grande Nation, digne de servir d’exemple à l’Univers.

VI

WORKSHOPS.

A question was on the agenda in 1848; it is always thrilling at the bottom of things: it is the Right to work, at which a crowd of short-sighted people have laughed, because they have not understood that the Right to work is the right to live, which cannot be suppressed in anyone who is born; because they have not understood that the Right to work is the right to dignity, to virtue; that it is Justice entering the field of activity and exchange; that is to say Justice entering its fourth phase to constitute Industrial Right.

We need not dwell on this serious and burning question, which is not about to be resolved; only we would like the women of progress to occupy themselves with organizing workshops according to the principles of association, so that the wages of the workers increased: everyone knows that it is possible.

What is also possible is to found apprenticeship workshops where young girls would be preserved from the corruption that affects them in workshops dependent on private industry: on this subject we could make very sad revelations.

What can be done, finally, is to make the associates of these workshops vote for a regulation that expels any woman of reprehensible morals, just as those who have been drunk three times are eliminated from a presently existing men’s association.

Couldn’t the Apostolate also organize what is organized among American workers, associations of chastity?

It is in these workshops of workers and apprentices, it is in these associations of women, that the Apostolate could best recall the worker to the feeling of her value, of her dignity, to raise her up in her own eyes, speak to her of her duties as a woman, mother and wife, reveal to her our great destinies, inculcate in her the best method of raising her children, finally make her an instrument of social salvation.

Ah! It is not the working women, ladies, who are found jealous of the superiorities found in their sex. How proud they are of they, on the contrary; as they love them, when they feel that they are loved, esteemed by them; that we desire nothing so much as to enlighten them, to instruct them. As the apostle of their sex would see them, with smiling faces, fixing their attentive eyes on her, when she said to them: my good friends, this is the straight path; the one you must follow to respect within you the noble character of humanity. Workers of thought, workers of arms, we are all useful for the accomplishment of the common work. By you alone, women of the people, France can be regenerated and saved, if you know how to understand and fulfill your great functions as mothers and wives. Gently and fraternally instruct your children and your husbands as I instruct you myself; keep telling them that Rights are the condition of the fulfillment of duties; that Duty is their reason for being, their justification. So far revolutionaries have spoken of rights, and left duties in the shadows; it is up to you, women, to restore harmony; for right alone is license, oppression; Duty alone is servitude. Teach all around you that one should not sacrifice homeland to family, nor personal dignity and justice to well-being. It is by acting as I advise you, that you will show yourselves worthy of our brave grandfathers who fought barefoot and without bread for the defense of the national soil and of Liberty.

Women of the bourgeoisie, hear me well, it is by loving your sisters of the people and the people themselves with a mother’s love, it is by devoting yourselves to enlightening them, to moralizing them, it is by rising above divisive masculine passions, and not by sharing them and, what is more odious, by exciting them, that you will bring hearts closer and fuse interests; that you will work to make France the true Great Nation, worthy of serving as an example to the Universe.

CHAPITRE II.

ÉDUCATION RATIONNELLE; LETTRES A UNE INSTITUTRICE.

I

Nous sommes convenues, Madame, que l’éducation privée est toujours défectueuse, parce que l’enfant, ne vivant pas dans la société de ses égaux, ne s’habitue pas à la vie sociale, et qu’il s’imprègne de tous les préjugés de la famille.

Nous sommes convenues encore que la fonction d’éducateur, requérant des facultés spéciales, ne peut pas être remplie par tous les pères et toutes les mères; ce qui conduit encore à la nécessité de l’éducation collective.

Vous voulez fonder, dites-vous, une maison modèle et vous me demandez mes conseils. Je vous les donnerai bien volontiers; mais vous tâcherez de me comprendre à demi-mots; car je ne puis vous donner ici que des indications très générales.

Nous définirons l’Éducation: l’art de développer l’être humain en vue de sa destinée particulière, mise en harmonie avec la destinée collective de notre espèce.

Vous et vos collaboratrices devez donc vous être formé l’Idéal de cette destinée, et avoir en elle foi complète.

En outre, vous et vos collaboratrices devez connaître la nature humaine en général, et vous faire une idée nette de celle de chacune de vos élèves.

Enfin, il faut que vous possédiez une bonne méthode, c’est à dire une méthode rationnelle de direction.

Parmi les définitions qui ont été données de notre nature, se trouvent celles-ci:

L’homme est un composé d’esprit et de matière;

L’homme est une intelligence servie par des organes;

L’homme est sensation—sentiment—connaissance;

L’homme est une liberté organisée.

Mais ni vous ni moi ne savons ce que c’est que la matière, ce que c’est que l’esprit ou l’âme, où finit l’un où commence l’autre; ces définitions, fussent-elles vraies, ne nous peuvent servir à rien.

La troisième est incomplète, puisqu’elle néglige le libre arbitre, la meilleure arme de l’éducateur.

La quatrième, qui est de P. J. Proudhon, flatterait assez notre penchant; mais nous sommes bien obligées de nous dire qu’elle n’est pas exacte, puisqu’une partie de notre vie se passe dans la fatalité de l’instinct.

Vous vous rappelez que nous avons défini l’être humain: un ensemble de facultés destinées à s’harmoniser par la liberté sous la présidence de la Raison; mais cette définition a besoin d’être développée par l’éducateur; c’est à dire qu’il doit bien connaître nos divers groupes de facultés, l’âge de leur prépondérance, leur antagonisme, etc.

Il doit considérer chacun de nous comme une synthèse 225 vivante, où l’organe et la fonction sont inséparablement unis; tellement dépendants l’un de l’autre, qu’on ne peut opprimer, exalter l’un, sans opprimer, exalter l’autre; qu’en un mot toute manifestation de ce qu’on nomme l’âme, se révèle comme fonction d’une partie de notre corps, conséquemment que, cultiver le corps, c’est cultiver l’âme et réciproquement.

Ceci bien entendu, vous devez avoir toujours présent à la pensée que la vie n’est pas un être en soi, qu’elle est le produit d’un rapport: ainsi il n’y aurait pas de vie végétative au cerveau, si cet organe n’était excité par la présence du sang, s’il n’était pas mis en contact, en rapport avec lui; il n’y aurait point d’images dans le cerveau, s’il n’était mis en rapport, par les sens, avec les corps qui les occasionnent, pas plus qu’il n’y aurait vie de l’estomac, s’il n’était mis en rapport avec le bol alimentaire.

De ces observations, vous devez conclure qu’il suffit, pour développer un organe et le rendre fort et vivant, de l’exposer, dans une juste mesure et graduellement, à l’action de ses excitants propres: que tout organe grandit vitalement par la lutte et s’étiole par le repos.

L’exercice soutenu d’un organe quelconque, outre qu’il le développe, le rend plus fort, plus vivant, produit l’habitude. L’habitude qui, vous le savez, modifie profondément notre être, nous imprime un cachet particulier, nous rend indifférentes, agréables, nécessaires mêmes, des impressions et des choses d’abord désagréables ou nuisibles; nous rend facile ce que nous croyions impossible; nous fait, en un mot, une seconde nature, transmissible par la génération.

Toutes ces lois physiologiques sont vos armes: c’est à vous de savoir convenablement les employer.

Il y a en nous deux domaines: celui de l’instinct et celui du libre arbitre: le premier, qui est le plus étendu, comprend nos impulsions simples et involontaires.

Ces impulsions sont aveugles, et se divisent en plusieurs groupes: celles qui sont les premières éveillées, se rapportent à la conservation de nous-mêmes: l’enfant est un égoïsme organisé. Vient ensuite le groupe des impulsions sociales qui nous relient à nos semblables; puis les impulsions conservatrices de l’espèce qui s’éveillent dans la jeunesse, et entrent en lutte contre les facultés sociales.

Avec ces groupes qui se rapportent à notre conservation individuelle, à celle de l’espèce et de la société, il y en a d’autres qui nous mettent en rapport avec la nature pour la connaître et la modifier: telles sont les facultés intellectuelles, scientifiques, artistiques, industrielles, la tendance à l’idéal, etc.

Toutes ces impulsions ont pour ministre la volonté, qu’il faut bien se garder de confondre avec le libre-arbitre, ou faculté de choisir, entre deux incitations contemporaines, celle à laquelle on obéira de préférence.

Une division et une analyse philosophique de nos facultés, de l’influence que chacune d’elles exerce sur toutes les autres, ne saurait trouver place dans ces indications générales; nous dirons seulement que vous devez donner une grande force, par un exercice continuel, aux instincts sociaux et à la Raison qui juge de la vérité des rapports, afin que les facultés égoïstes et celles de la conservation de l’espèce demeurent dans leurs limites légitimes: car elles sont naturellement plus nombreuses et plus fortes que celles qui nous relient à nos semblables.

Dans l’idéal qui doit avoir la foi de vos élèves, l’humanité est son œuvre propre: ce qu’elle a produit et produira de bien est et sera le résultat du développement de ses facultés, du triomphe de sa volonté, de sa Raison, de sa liberté sur les fatalités naturelles. Un tel idéal vous oblige, non seulement à cultiver la Raison de vos élèves, mais encore à respecter en elles la liberté, la volonté, l’instinct de lutte: vous persuadant bien que les êtres de volonté faible ne sont bons qu’à porter des fers et ne peuvent être vertueux.

Pour se respecter et, par suite, respecter autrui, il faut se sentir libre et digne; donc vous ne devez pas amoindrir dans vos élèves le sentiment de leur valeur et de leur dignité.

Tous nos progrès étant dus à la culture de notre intelligence, de notre Raison et de notre Sensibilité, vos soins doivent tendre à les développer chez vos élèves; à les habituer à ne rien croire de ce qui contredit la science; car tout serait perdu si vous placiez en elles la contradiction.

La régularité et la justesse de nos fonctions dépendant du bon état de nos organes, vous devez prendre tous les moyens pour que la santé de vos élèves soit solide, vigoureuse. Une santé faible fait autant d’esclaves que le défaut de volonté ou de dignité, ou que la prédominance des instincts égoïstes.

Nous voilà donc bien loin déjà de la méthode ancienne, puisque vous ne devez ni humilier, ni frapper vos élèves, ni briser leur volonté, ni leur ordonner de croire, ni les punir en 228 nuisant à leur santé, ni leur tolérer la soumission au mal physique ou moral qu’elles peuvent empêcher.

Ces généralités dites, arrêtons-nous sur l’éducation physique.

CHAPTER II.

RATIONAL EDUCATION; LETTERS TO A TEACHER.

I

We are agreed, Madam, that private education is always defective, because the child, not living in the society of their equals, does not get used to social life, and they become impregnated with all family prejudices.

We are also agreed that the function of educator, requiring special faculties, cannot be fulfilled by all fathers and all mothers; which again leads to the necessity of collective education.

You want to found, you say, a model house and you ask me for my advice. I will gladly give them to you, but you will try to read between the lines, for I can only give you very general indications here.

We will define Education: the art of developing the human being with a view to their particular destiny, brought into harmony with the collective destiny of our species.

You and your collaborators must therefore have formed for yourselves the Ideal of this destiny, and have complete faith in it.

In addition, you and your collaborators must know human nature in general, and have a clear idea of that of each of your students.

Finally, you must have a good method, that is to say a rational method of direction.

Among the definitions that have been given of our nature are these:

Man is a compound of spirit and matter;

Man is an intelligence served by organs;

Man is sensation—sentiment—knowledge;

Man is organized liberty.

But neither you nor I know what matter is, what spirit or soul is, where one ends where the other begins; these definitions, were they true, can be of no use to us.

The third is incomplete, since it neglects free will, the educator’s best weapon.

The fourth, which is by P.-J. Proudhon, would sufficiently flatter our inclinations; but we are indeed obliged to tell ourselves that it is not exact, since part of our life passes in the fatality of instinct.

You remember that we defined the human being: a set of faculties destined to harmonize through liberty under the presidency of Reason; but this definition needs to be developed by the educator; that is to say, they must be well acquainted with our various groups of faculties, the age of their preponderance, their antagonism, etc.

They must consider each of us as a living synthesis, where the organ and the function are inseparably united; so dependent on each other, that one cannot oppress or exalt one, without oppressing, exalting the other; that in a word, any manifestation of what is called the soul is revealed as a function of a part of our body, consequently that to cultivate the body is to cultivate the soul and vice versa.

This, of course, you must always bear in mind: that life is not a being in itself, that it is the product of a relation. Thus there would be no vegetative life in the brain, if this organ was only excited by the presence of the blood, if it was not put in contact, in relation to it; there would be no images in the brain, if it were not put in relation, by the senses, with the bodies that occasion them, any more than there would be life in the stomach, if it was not related to the alimentary bolus.

From these observations, you must conclude that it suffices, in order to develop an organ and make it strong and alive, to expose it, in a just measure and gradually, to the action of its own stimulants: that every organ grows vitally by struggle and withers with rest.

Sustained exercise of any organ, besides developing it, makes it stronger, more alive, and produces habit. The habit that, as you know, profoundly modifies our being, impresses us with a particular stamp, makes for us indifferent, agreeable, even necessary, impressions and things at first disagreeable or harmful; makes easy for us what we thought impossible; creates in us, in short, a second nature, transmitted by generation.

All these physiological laws are your weapons: it is up to you to know how to use them properly.

There are two domains within us: that of instinct and that of free will: the first, which is the most extensive, includes our simple and involuntary impulses.

These impulses are blind, and are divided into several groups: those that are the first awakened relate to the preservation of ourselves: the child is an organized egoism. Next comes the group of social impulses that connect us to our fellow men; then the conservative impulses of the species which awaken in youth, and enter into conflict with the social faculties.

Along with these groups that relate to our individual conservation, to that of the species and of society, there are others that put us in contact with nature in order to know it and modify it: such are the intellectual, scientific, artistic and industrial faculties, the tendency towards the ideal, etc.

All these impulses have for minister the will, which it is necessary to take care not to confuse with the free will, or faculty to choose, between two contemporary encouragements, that to which one will obey by preference.

A division and a philosophical analysis of our faculties, of the influence that each of them exercises on all the others, could not find place in these general indications; we will only say that you must give a great force, by a continual exercise, to the social instincts and to the Reason that judges the truth of the relations, so that the selfish faculties and those of the conservation of the species remain within their legitimate limits: because they are naturally more numerous and stronger than those that bind us to our fellow men.

In the ideal that should have the faith of your pupils, humanity is its own work: what good it has produced and will produce is and will be the result of the development of its faculties, of the triumph of its will, of its Reason, of its liberty over natural fatalities. Such an ideal obliges you, not only to cultivate the Reason of your pupils, but also to respect in them the liberty, the will, the instinct for struggle: persuading you well that beings of weak will are only good for carrying irons and cannot be virtuous.

To respect oneself and, consequently, to respect others, one must feel free and worthy; therefore you must not lessen in your pupils the feeling of their worth and their dignity.

All our progress being due to the cultivation of our Intelligence, our Reason and our Sensibility, your care must tend to develop them in your pupils; to accustom them to believe nothing that contradicts science; for all would be lost if you placed the contradiction in them.

The regularity and correctness of our functions depending on the good condition of our organs, you must take all means to ensure that the health of your pupils is solid and vigorous. Weak health makes as many slaves as want of will or dignity, or the predominance of selfish instincts.

So here we are already very far from the old method, since you must neither humiliate, nor strike your pupils, nor break their will, nor order them to believe, nor punish them by injuries to their health, nor tolerate their submission to physical or moral evil that they can prevent.

These generalities said, let us dwell on physical education.

II

L’éducation commence dès le berceau; je vous conseille donc d’avoir un établissement préparatoire annexe pour les enfants de six mois à cinq ans. Vous les feriez diriger et surveiller par des jeunes filles préalablement instruites de la méthode de Frœbel un peu modifiée.

Loin de soustraire ces jeunes enfants à l’influence du froid, de la chaleur, etc., accoutumez-les graduellement à les subir, le premier surtout.

Tous les jours, à moins de contre-indications qui ne peuvent être que temporaires, l’enfant doit prendre un bain d’eau froide de quelques minutes, puis être promené à l’air quand il ne pleut pas.

Jamais il ne doit être tenu dans une salle chauffée au poêle.

Aussitôt qu’il peut s’asseoir, vous le ferez mettre sur une couverture et le laisserez se rouler, essayer ses forces.

Vous recommanderez aux mères de s’abstenir d’emmailloter leurs enfants; d’avoir le soin de leur laisser les membres et la poitrine libres, la tête nue ou très légèrement couverte; de tourner leur petit lit de manière à ce qu’ils aient la lumière directement en face si elle est peu vive, et directement opposée si elle l’est beaucoup, afin d’éviter le strabisme, la fatigue des yeux ou leur différence de force; vous leur recommanderez aussi de les 229 coucher plus longtemps sur le côté gauche que sur le droit, parce que l’enfant fort jeune a le foie très développé.

Quand l’enfant marchera seul, vous prescrirez qu’on lui laisse prendre tout le mouvement qu’il lui plaira, en le soumettant, par l’imitation, à certains mouvements réglés, afin de développer et d’égaliser la force de ses muscles, et de le préparer à une gymnastique sérieuse à laquelle vous soumettrez toutes vos élèves de cinq à seize ou dix-sept ans.

Aux exercices gymnastiques, vous ajouterez la natation et des promenades auxquelles vous donnerez toujours un but utile.

Je vous recommande d’éviter la flanelle sur la peau, les vêtements trop chauds; point de corsets; que vos élèves soient vêtues de pantalons, de tuniques flottantes, retenues à la taille par une ceinture quand elles sortiront, et d’un chapeau rond contre la pluie et le soleil. Ne les harcelez pas des éternels: prends garde, tu vas prendre froid, tu vas te mouiller, tu vas gagner un coup de soleil, tu vas déchirer ou salir ta robe, ton pantalon: laissez-les libres et acquérir de l’expérience à leurs dépens; il n’y a que celle-là dont on profite.

Vous n’aurez pas non plus la maladresse de leur interdire de grimper aux arbres, de franchir les fossés, de lutter ensemble, sous prétexte que ce sont des exercices masculins: jamais ne dites à vos enfants: une fille ne doit pas faire cela: c’est bon pour un garçon. Quelles bonnes raisons auriez-vous à lui en donner? l’usage n’est pas une réponse convaincante pour une rationaliste.

Accoutumez vos enfants à l’ordre et à la propreté, car on transporte le goût de l’ordre physique dans les choses morales 230 et intellectuelles. Et, comme vous voulez qu’elles sachent que chacun est tenu de subir les conséquences de ses propres actes, et n’a le droit de compter que sur soi pour réparer ses fautes et sa maladresse; que, devant la Justice, personne ne nous doit rien pour rien; que c’est un acte de pure bonté que de rendre un service sans compensation, habituez-les de bonne heure à se suffire selon leurs forces, à nettoyer elles-mêmes les taches qu’elles se font, à raccommoder leur linge puis, peu à peu, à faire leur lit, à nettoyer leur chambre, leurs vêtements, leurs chaussures, à aider par escouades aux travaux de la cuisine, de la buanderie, etc.

Déclarez aux mères qui vous confient l’éducation de leurs filles, que vous les élevez de manière à ce qu’elles ne servent aucun homme: que, de retour dans leur famille, elles ne rendront à leurs frères aucun service sans équivalent, parce qu’elles se considéreront comme leurs égales.

Les enfants sont exigeants, despotes, parce qu’ils ne comprennent pas la Justice. Vous devez donc vous attendre à voir les plus jeunes de vos filles exiger des grandes et des domestiques les services qu’elles ne peuvent se rendre, et se montrer insolentes et colères lorsqu’on refusera. Ne vous épuisez pas à faire de la morale: demandez-leur tranquillement ce qu’elles donnent en échange des services qu’elles demandent. Rien, seront-elles forcées de vous répondre.

Eh! bien, leur direz-vous, vous n’avez donc rien à exiger. Vous êtes faibles, bien à plaindre de ne pouvoir vous suffire, d’avoir besoin des gens qui n’ont nul besoin de vous: tout ce que l’on fait pour vous est donc pure bonté; or, mes chères enfants, ne trouveriez-vous pas que ce serait une sotte manière de vous rendre bonnes pour les autres, que de s’y prendre à votre égard comme vous vous y prenez à l’égard de telles et telles? Rendriez-vous un service que vous ne devez pas, à celles qui l’exigeraient insolemment? Elles seront bien forcées de vous répondre que non. Alors, leur direz-vous, demandez ce service comme vous trouveriez juste qu’on vous le demandât.

Quelque jeune que soit une enfant, ne cédez jamais à ses caprices et à ses exigeances: rappelez-vous qu’un enfant n’est fort que de la faiblesse de ceux qui l’entourent: il ne pleure ni ne crie à crédit. Toutefois que votre résistance soit calme; ne grondez pas, n’élevez pas la voix, n’essayez pas d’intimider l’enfant: il faut qu’il cède à la nécessité ou à la raison, non pas à la peur qui affaiblit l’âme.

Disons quelques mots du régime alimentaire. Les jeunes mères qui porteront leurs enfants à votre maison annexe, vous demanderont souvent des conseils sur ce point: dites-leur que toute mère doit nourrir son enfant, à moins qu’il ne soit constaté qu’elle est trop faible ou atteinte d’une affection organique; qu’après le lait de la mère, celui qui convient le mieux, est celui d’une autre femme ayant à peu près le même âge, la même carnation, la même couleur d’yeux et de cheveux; mais, qu’en général, si elles ne sont pas bien sûres de la nourrice, il vaut mieux élever l’enfant au biberon: le meilleur lait pour cet usage serait celui de la jument; mais comme il est difficile de se le procurer, il faut avoir celui de la même vache: le lait de chèvre rend les enfants vifs, capricieux, mobiles: il faut l’éviter. Peu à peu l’on ajoute à cette nourriture de la panade faite avec de la croûte de pain desséchée au four. En général l’alimentation doit être réglée sur la dentition: plus celle-ci est difficile et tardive, moins la nourriture doit être substantielle, et plus l’allaitement doit se prolonger.

Quand l’enfant mange seul, comme il faut éviter la prédominance de l’instinct nutritif qui pousse à l’égoïsme et empêche la culture d’un idéal élevé, la nourriture doit être simple: le lait, les œufs, les légumes, les fruits cuits ou bien mûrs et le pain à discrétion: telle doit être la base de l’alimentation de l’enfant; la viande doit être donnée en très petite quantité et toujours bien cuite: un régime de viandes presque crues, rend dur et arrogant. Je vous recommande par dessus tout d’éviter pour vos élèves, le thé, le café, les liqueurs, les épices et le vin pur. Rappelez-vous que les excitants sont souvent le germe des terribles habitudes qui tuent l’enfance. Vous éviterez aussi avec soin les bonbons et les pâtisseries qui gâtent l’estomac, et vous ne promettrez jamais ces choses en récompense, pas plus que vous ne donnerez du pain sec comme punition. Vos enfants sont des êtres humains que vous devez conduire par l’honneur non par les papilles nerveuses de la langue.

Revenons aux qualités morales.

II

Education begins from the cradle; I therefore advise you to have an annexed preparatory establishment for children from six months to five years. You would have them directed and supervised by young girls previously instructed in the slightly modified Frœbel method.

Far from removing these young children from the influence of cold, heat, etc., accustom them gradually to submit to them, especially the first.

Every day, unless there are contraindications, which can only be temporary, the child must take a bath in cold water for a few minutes, then be walked outside when it is not raining.

They should never be held in a room heated by a stove.

As soon as they can sit up, you will have them put on a blanket and let them roll over, trying their strengths.

You will recommend to mothers to abstain from swaddling their children; to take care to leave their limbs and chest free, their heads bare or very lightly covered; to turn their little bed so that they have the light directly facing them if it is not very bright, and directly opposite if it is very bright, in order to avoid strabismus, eye fatigue or difference in strength; you will also recommend them to sleep longer on the left side than on the right, because the very young child has a very developed liver.

When the child walks alone, you will prescribe that that be allowed to make all the movement that they please, subjecting them, by imitation, to certain regulated movements, in order to develop and equalize the force of their muscles, and to prepare them for the serious gymnastics to which you will subject all your pupils from five to sixteen or seventeen years of age.

To gymnastic exercises you will add swimming and walks to which you will always give a useful aim.

I recommend that you avoid flannel on the skin, too warm clothes; no corsets; that your pupils are dressed in trousers, flowing tunics, held at the waist by a belt when they go out, and a round hat against the rain and the sun. Don’t harass them with clichés: be careful, you’ll catch cold, you’ll get wet, you’ll get sunburned, you’ll tear or dirty your dress, your pants. Leave them free to gain experience at their own costs; there is only that which we take advantage of.

Nor will you make the blunder of forbidding them to climb trees, to cross ditches, to struggle together, under the pretext that these are masculine exercises: never tell your children: a girl must not do this, but it is good for a boy. What good reasons would you have to give them? Usage is not a convincing answer for a rationalist.

Accustom your children to order and cleanliness, for the taste for physical order is transferred into moral and intellectual things. And, as you want them to know that everyone is bound to suffer the consequences of their own acts, and has the right to rely only on themselves to repair their faults and their clumsiness; that, before Justice, no one owes us anything for nothing; that it is an act of pure kindness to render a service without compensation, accustom them early to self-sufficiency according to their strength, to clean the stains they make themselves, to mend their linen and then, little by little, to make their bed, to clean their room, their clothes, their shoes, to help in squads with the work of the kitchen, the laundry, etc.

Declare to the mothers who entrust you with the education of their daughters that you bring them up in such a way that they serve no man; that, when they return to their families, they will render their brothers no service without equal, because they will consider themselves as their equals.

Children are demanding, despots, because they don’t understand justice. You must therefore expect to see the youngest of your daughters demanding from the elders and the servants the services that they cannot perform, and showing themselves insolent and angry when refused. Do not wear yourself out with morality: calmly ask them what they give in exchange for the services they ask for. Nothing, they will be forced to answer you.

Well, you will tell them, you have nothing to demand. You are weak, much to be pitied for not being able to suffice for yourselves, for needing people who have no need of you: everything that is done for you is therefore pure kindness; for, my dear children, wouldn’t you think it would be a foolish way to make yourself good for others, to go about yourselves as you go about about such and such? Would you render a service that you do not owe to those who would insolently demand it? They will be forced to answer no. So, you will say to them, ask for this service as you would think it fair to be asked of you.

However young a child may be, never give in to their whims and demands: remember that a child is only strong from the weakness of those around them: they neither weep nor cry on credit. However let your resistance be calm; do not scold, do not raise your voice, do not try to intimidate the child: they must yield to necessity or to reason, not to fear, which weakens the soul.

Let us say a few words about the diet. The young mothers who will bring their children to your annex house will often ask you for advice on this point: tell them that every mother must feed her child, unless it is found that she is too weak or affected by an organic condition; that after the mother’s milk, the most suitable is that of another woman of approximately the same age, the same complexion, the same color of eyes and hair; but, that in general, if they are not very sure of the nurse, it is better to raise the child with a bottle: the best milk for this use would be that of the mare; but as it is difficult to obtain it, it is necessary to have that of the same cow: goat’s milk makes the children lively, capricious, mobile: it must be avoided. with oven-dried bread crust. In general, the diet should be adjusted to teething: the more difficult and later it is, the less substantial the food should be, and the longer breastfeeding should be prolonged.

When the child eats alone, since it is necessary to avoid the predominance of the nutritive instinct which leads to selfishness and prevents the cultivation of a lofty ideal, the food must be simple: milk, eggs, vegetables, cooked or very ripe fruit and bread at will: this must be the basis of the child’s diet; the meat must be given in very small quantities and always well cooked: a diet of almost raw meats makes one hard and arrogant. Above all, I recommend that you avoid tea, coffee, liqueurs, spices and pure wine for your pupils. Remember that stimulants are often the seed of terrible habits that kill childhood. You will also carefully avoid sweets and pastries that spoil the stomach, and you will never promise these things as a reward, nor will you give dry bread as a punishment. Your children are human beings whom you must lead by honor not by the nerve buds of the tongue.

Let us return to moral qualities.

III

L’enfant est naturellement voleur parce qu’il est égoïste, et ne comprend pas la Justice;

Il est naturellement menteur parce qu’il sait ce qui déplaît, veut le faire pour se contenter, mais ne veut pas être grondé et puni;

Il est naturellement colère parce qu’il s’aime, et s’irrite qu’on résiste à ce qui lui plaît;

Faible, il est rusé, fort il frappe sans pitié; rarement il est généreux parce qu’il ne sent que lui-même;

En général, il est très tendre au mal et se lamente pour la moindre chose;

Selon son degré de force, il est tyran ou lâche et sournois.

Mais il a l’imagination vive, la mémoire bonne, un trésor de foi inépuisable, une admirable logique, l’instinct d’imitation, et la divination des sentiments qu’éprouvent pour lui ceux qui l’entourent.

Défendez, sous peine de renvoi immédiat, à vos collaboratrices et à vos domestiques de dire à vos élèves des contes de sorciers, de revenants, de loups-garous, de croquemitaine: il vaudrait mieux qu’elles fissent mille fautes, que d’être retenues d’en faire une seule par la crainte d’une de ces absurdités; que jamais les contes de fée ne trouvent d’accès dans votre maison: cela fausse l’esprit: que rien n’entre dans la pensée de vos élèves qui ne puisse y demeurer; ne les trompez jamais: s’il n’est pas possible de satisfaire à une question, il vaut mieux leur dire qu’elles ne sont pas en état de comprendre la réponse.

Vos enfants étant observatrices et imitatrices, vous veillerez à ce que rien de ce qu’elles verront et entendront ne puisse être imité: vos exemples vaudront toujours mieux que des leçons.

Agissez de manière à ce que vos enfants sentent que vous les aimez, afin qu’elles vous aiment et aient pleine confiance en vous; mais en même temps qu’elles soient convaincues de votre Raison et de votre fermeté.

Rappelez-vous surtout que, lorsqu’elles sont jeunes, vous ne les corrigerez qu’en en appelant à leur égoïsme.

A celles qui sont voleuses, point de morale; prenez-leur la chose qu’elles préfèrent. Quand elles s’en lamenteront, dites-leur simplement: pourquoi avez-vous fait à votre compagne ce que vous êtes désolées qu’on vous ait fait? Rendez ce que vous avez pris et dites à celle que vous avez lésée: je suis fâchée de t’avoir fait ce que je ne voudrais pas que tu me fisses. Si vous récidivez, vous aurez la honte de rester à la maison, tandis que vos compagnes viendront avec moi faire une promenade pour s’instruire sur telle chose: la voleuse mérite d’être ignorante.

A celles qui sont menteuses, point de morale; prenez l’air sérieux; et quand elles vous disent quelque chose: je ne sais si cela est vrai, répondrez-vous; comment voulez-vous que je croie quelqu’un qui a été assez lâche pour ne pas dire la vérité. La menteuse témoignera de la honte et du chagrin, vous promettra de ne plus recommencer: alors revenez franchement à elle et ne lui reparlez plus de sa faute que pour lui dire: tu n’avais pas songé que mentir accuse de la crainte, que la crainte est une lâcheté, que tu ne devais pas mentir aux autres, parce que tu ne voudrais pas qu’on te mentît; je suis sûre que, maintenant que tu as réfléchi, tu ne commettras pas cette vilaine action.

Si votre élève est colère et frappe, exigez que la personne frappée le lui rende, afin qu’elle sache ce que c’est; puis enfermez-la dans une chambre sans dire un mot. Lorsqu’elle sera revenue au calme, dites-lui tranquillement qu’elle s’est fait passer pour folle, a excité la pitié, donné un mauvais exemple et offensé quelqu’un; qu’il ne lui sera permis de rentrer au milieu 235 des autres que lorsqu’elle aura fait ses excuses à la personne qu’elle a offensée, et dit à ses compagnes: je suis fâchée d’avoir fait ce que je n’aurais pas voulu qu’on me fît, et d’avoir donné un exemple que j’aurais trouvé mauvais qu’on me donnât. Si l’enfant est volontaire, obstinée, demandez-lui pourquoi elle veut ou ne veut pas faire telle chose: elle vous le dira. Démontrez-lui qu’elle se trompe et pourquoi elle se trompe, faites l’en convenir et dites-lui doucement: qu’il n’y a rien de mieux que de renoncer à vouloir une chose que, par erreur, on a d’abord voulue; rien de faible et de déraisonnable, comme de persister à vouloir ce qu’on ne croit pas le mieux; que, du reste, elle est libre, mais que vous éprouverez du chagrin, vous qui l’aimez, si elle préfère son orgueil à votre appréciation.

Si elle frappe plus faible qu’elle, immédiatement rendez-le lui; et quand elle pleurera, ajoutez: moi qui représente la Justice, je t’ai punie sans colère, pour te faire rentrer en toi-même et t’exciter à comprendre qu’on est une lâche de frapper qui ne peut se défendre; présente tes excuses et ne fais pas à plus faible que toi, le mal que tu ne voudrais pas que plus fort te fît.

Dans votre établissement annexe, recommandez aux surveillantes de ne pas laisser la jeune enfant frapper l’objet contre lequel elle s’est heurtée et, si elle le fait, de l’appeler petite sotte et de ne pas faire attention à ses pleurs, à moins qu’elle ne se soit blessée, auquel cas on devrait la soigner sans la plaindre.

Recommandez-leur pareillement de ne pas permettre que les enfants tourmentent les animaux que vous aurez, pour cultiver leur sympathie envers tout ce qui vit.

236 Si une élève est lâche, se laisse battre, faites-lui en une grande honte; obligez-la à se défendre vigoureusement; car il faut qu’elle s’habitue à se croire aussi respectable que les autres, à résister à l’oppression, à défendre plus faible qu’elle; il n’y a de tyrans que parce qu’il y a des majorités de lâches.

Si l’élève est malade, soignez-la tranquillement: ne la plaignez pas et, quand elle pourra raisonner, demandez-lui si ses plaintes la guériront, et pourquoi elle risque d’ennuyer les autres sans profit pour elle.

Ne souffrez jamais qu’une élève vous fasse un rapport secret; mais exigez que les élèves s’avertissent mutuellement; punissez les grandes qui ne le font pas, et prescrivez que l’on amène devant vous celle, qui plusieurs fois, aura commis une action blâmable, et que celles qui l’ont avertie soient ses accusatrices. Chassez sans miséricorde de votre établissement l’élève qui aura exposé sa classe à se faire punir pour sa faute non avouée: car cela révèle un caractère orgueilleux, injuste et poltron.

Vos élèves, par l’amour d’elles-mêmes, arriveront de la sorte à pratiquer et à comprendre la Justice, à sentir qu’elles n’ont droit à rien attendre d’autrui quand elles ne donnent rien en échange: c’est encore à leur égoïsme que vous devez vous adresser pour les rendre sensibles et bonnes. Elles savent qu’en leur rendant des soins et des services pour lesquels elles ne donnent rien, on use de bonté non de Justice à leur égard; faites-leur comprendre que le moyen de s’acquitter, est de se montrer polies envers ceux et celles qui ont été bons pour elles, de leur rendre tous les services qu’elles pourront, et d’agir à l’égard des faibles comme les forts ont agi envers elles.

Il n’y a qu’un seul cas où tous soyez autorisée à les faire jeûner; c’est quand elles ont préféré employer leur argent en dépenses frivoles, qu’à le donner aux pauvres qui leur demandaient l’aumône. Alors faites-leur sentir dans leur chair la souffrance de leurs semblables. C’est en s’habituant à se sentir en autrui qu’on devient bon: la sensibilité et la bonté ne sont que l’extension de l’égoïsme, qui devient d’autant plus prépondérant à la circonférence qu’il l’est moins à son centre ou personnalité.

Je ne saurais trop insister, Madame, sur le chapitre de la toilette: votre devoir est de faire comprendre aux mères que vous ne voulez pas que vos élèves soient des poupées de luxe, parce que vous voulez en faire des femmes sérieuses, éteindre, autant qu’il est en vous, les germes de vanité qui sont dans l’enfant bien vêtu, et les germes de haine, d’envie, de révolte que la vue de ces enfants développe dans l’âme des filles du pauvre. Dites à ces mères étourdies que quand vous leur rendrez leurs filles, elles préféreront se parer avec simplicité et consacrer le surplus à vêtir une pauvre travailleuse sans ouvrage, que de l’exciter à se pervertir par la vue de ses dentelles et de ses vingt mètres de soie.

En habituant vos enfants à se servir elles-mêmes et à échanger leurs services, vous les avez accoutumées à l’égalité; vous leur avez fait pressentir que la société est fondée sur l’échange des services, et que toutes les fonctions utiles sont honorables. Ne perdez jamais de vue une seule occasion de faire ressortir cette dernière vérité, en leur démontrant quand elles seront en âge, que les fonctions les plus élevées ont pour base celles qui le paraissent le moins, et ne sont rendues possibles que par l’existence de ces dernières: ainsi, leur direz-vous, si les domestiques n’employaient pas leur temps comme ils le font, je n’aurais pas celui de vous élever. Que serait-ce si j’étais obligée de bâtir ma maison, de fabriquer mes meubles, de tisser, de tailler, de coudre mes vêtements, mon linge? Vous le voyez, mes enfants, toute fonction utile est honorable et nécessaire pour l’accomplissement des autres; nous devons donc égard et respect à tous ceux qui en remplissent, quelque humbles qu’elles soient. Rappelez-vous qu’on ne vaut dans la société que par le travail, puisque la société est basée sur le travail: notre devoir est donc de nous mettre en état de remplir une fonction utile à nous et aux autres, et qui donne lieu à l’échange des services.

Vous ne permettrez pas, Madame, que vos élèves renoncent jamais à faire une chose possible qui n’est pas au dessus de leurs forces, ni qu’elles se soumettent à ce qu’elles peuvent éviter: rappelez-vous que la résignation au mal physique et moral dont on peut triompher, n’est pas sagesse, mais lâcheté; que cette résignation là est l’ennemie du Progrès et l’auxiliaire de la tyrannie.

Je n’ai nul besoin de vous rappeler que vous devez ménager beaucoup la dignité de vos élèves et ne leur faire de réprimandes publiques que dans des cas rares et exceptionnels. Presque toujours, pour ne pas dire toujours, prenez à part l’élève qui a fait une faute, et demandez-lui avec calme et bonté pourquoi elle a commis un acte répréhensible; dites-lui qu’elle s’imagine avoir eu raison; que vous êtes prête à l’entendre; forcez-la, par une suite d’interrogations mises à sa portée, à convenir de son tort et à trouver le moyen de le réparer. S’il est 239 question d’un défaut habituel, ajoutez: que ce défaut la rendra malheureuse et fera souffrir ceux qu’elle aime le plus; que si elle le veut, elle peut s’en corriger, que vous l’estimez assez pour savoir qu’elle le voudra et qu’elle en aura la force; que vous l’y aiderez en la prévenant et en la dirigeant; qu’enfin vous êtes prête à vous charger de cette tâche parce que vous l’aimez de tout votre cœur, et que vous désirez vivement qu’elle soit estimée et chérie de tous. Vous verrez alors comme ce brave petit être, relevé dans sa propre estime, laissé libre dans sa volonté, vous aimant et ayant confiance en vous, fera tous ses efforts pour obtenir votre approbation.

Si elle retombe, ne la grondez pas, plaignez-la et dites-lui doucement: courage, ma fille, moi-même j’avais tel défaut; quand j’eus pris la résolution de m’en corriger, j’y retombai vingt-cinq fois le premier mois, vingt le second, quinze le troisième et ainsi toujours en diminuant jusqu’à ce que j’en fusse guérie. Fais de même et tu vaincras: car tout est possible, dans le domaine moral, à la toute puissance de la volonté.

III

The child is naturally a thief because they are selfish, and do not understand Justice;

They are naturally a liar because they know what displeases, wants to do it in order to be satisfied, but does not want to be scolded and punished;

They are naturally angry because they love themselves, and are irritated when people resist what pleases them;

Weak, they are cunning; strong, they strike mercilessly; they are rarely generous because they feel only themselves;

In general, they are very tender towards evil and lament the slightest thing;

Depending on their degree of strength, they are a tyrant or cowardly and devious.

But they have a lively imagination, a good memory, an inexhaustible treasure of faith, an admirable logic, the instinct of imitation, and the divination of the feelings felt for them by those around them.

Prohibit, on pain of immediate dismissal, your collaborators and your servants from telling your students tales of wizards, ghosts, werewolves, bogeymen: it would be better for them to make a thousand mistakes than to be restrained from doing one for fear of one of these absurdities; let fairy tales never find access to your house: this falsifies the mind: let nothing enter the thoughts of your pupils that cannot remain there; never deceive them: if it is not possible to satisfy a question, it is better to tell them that they are in no condition to understand the answer.

Your children being observers and imitators, you will ensure that nothing they see and hear cannot be imitated: your examples will always be worth more than lessons.

Act in such a way that your children feel that you love them, so that they love you and have full confidence in you; but at the same time that they are convinced of your Reason and your firmness.

Above all, remember that when they are young, you will only correct them by appealing to their selfishness.

To those who are thieves, no morality; take their favorite thing. When they lament it, just tell them: why did you do to your partner what you’re sorry they did to you? Give back what you took and tell the one you wronged: I’m sorry to have done to you what I wouldn’t want you to do to me. If you do it again, you will be ashamed to stay at home, while your companions come with me for a walk to learn about such and such a thing: the thief deserves to be ignorant.

To those who are liars, no morality; look serious; and when they tell you something, you will answer: I don’t know if it’s true; how do you expect me to believe someone who was cowardly enough not to tell the truth. The liar will bear witness to shame and grief, will promise you not to do it again: then come back to them frankly and speak to them again of their fault only to tell them: you had not thought that lying accuses of fear, that fear is cowardice, that you should not lie to others, because you would not want them to lie to you; I’m sure now that you’ve thought it over, you won’t do that nasty thing.

If your pupil is angry and hits, demand that the person hit hits them back, so that they know what it is; then lock them in a room without saying a word. When they have calmed down, quietly tell them that they made themselves look crazy, aroused pity, set a bad example and offended someone; that they will be allowed to enter the midst of others only when they have apologized to the person they have offended, and said to their companions: I am sorry to have done what I would not have wanted them to do to me, and to to have given an example that I would have found bad if anyone had given it to me. If the child is willful, stubborn, ask them why they want or don’t want to do such a thing: they will tell you. Demonstrate to them that they are wrong and why they are wrong, make them admit it and tell them gently that there is nothing better than giving up wanting something that, by mistake, we have initially wanted; nothing weak and unreasonable, like persisting in wanting what one does not believe is best; that, moreover, they are free, but that you will experience grief, you who love them, if they prefer their pride to your estimation.

If they hit on weaker than them, immediately hit them back; and when they cry, add: I who represent Justice, I have punished you without anger, to make you return to yourself and excite you to understand that one is a coward to strike those who cannot defend themselves; present your excuses and do not do to those weaker than you, the evil that you would not like the stronger to do to you.

In your secondary establishment, advise the supervisors not to let the young child hit the object they have run into and, if they do, to call them a little silly and to ignore their crying, unless they have hurt themselves, in which case we should treat them without pity.

Advise them likewise not to allow children to torment the animals you have, in order to cultivate their sympathy with all living things.

If a student is a coward, allows themselves to be beaten, put them to great shame; compel them to defend themselves vigorously; for hey must accustom themselves to believing themselves as respectable as the others, to resisting oppression, to defending those weaker than themselves; there are tyrants only because there are majorities of cowards.

If the student is ill, take care of them quietly: do not pity them and, when they can reason, ask them if their complaints will cure them, and why they risk annoying others without profit for themselves.

Never allow a student to make a secret report to you; but require the pupils to warn each other; punish the great ones who do not do it, and prescribe that you bring before you the one who several times has committed a blameworthy action, and that those who warned them be their accusers. Chase without mercy from your establishment the student who has exposed their class to being punished for their unacknowledged fault: because this reveals a proud, unjust and cowardly character.

Your students, through love of themselves, will come to practice and understand Justice, to feel that they have no right to expect anything from others when they give nothing in return: It is still to their selfishness that you must address yourself to make them sensitive and good. They know that by rendering to them care and services for which they give nothing, one uses kindness not Justice towards them; make them understand that the way to acquitting themselves is to be polite to those who have been good to them, to render them all the services they can, and to act towards the weak as the strong acted towards them.

There is only one case where all are permitted to make them fast; it is when they preferred to employ their money in frivolous expenses, than to give it to the poor who asked them for alms. So make them feel in their flesh the suffering of their fellows. It is by getting used to feeling oneself in others that one becomes good: sensitivity and kindness are only the extension of selfishness, which becomes all the more preponderant in the circumference as it is less in the center or personality.

I cannot stress enough, Madam, on the chapter of the toilet: your duty is to make mothers understand that you do not want your pupils to be luxury dolls, because you want to make them serious women, extinguish, as much as it is in you, the germs of vanity that are in the well-dressed child, and the germs of hatred, of envy, of revolt which the sight of these children develops in the soul of the daughters of the poor. Tell these thoughtless mothers that when you return their daughters to them, they will prefer to adorn themselves with simplicity and devote the surplus to clothing a poor working woman without work, than to incite her to pervert herself by the sight of her laces and her twenty meters of silk.

By accustoming your children to serving themselves and to exchanging their services, you have accustomed them to equality; you made them feel that society is based on the exchange of services, and that all useful functions are honorable. Never lose sight of a single opportunity to bring out this last truth, by showing them when they are of age, that the highest functions have for their basis those that seem least, and are only made possible by the existence of these last: thus, you will say to them, if the servants did not use their time as they do, I would not have time to bring you up. What would it be like if I had to build my house, make my furniture, weave, tailor, sew my clothes, my linen? You see, my children, any useful function is honorable and necessary for the fulfillment of others; we therefore owe consideration and respect to all those who fulfill them, however humble they may be. Remember that we are worth nothing in society except through labor, since society is based on labor: our duty is therefore to put ourselves in a position to fulfill a function that is useful to us and to others, and which gives rise to the exchange of services.

You will not allow, Madam, your pupils to ever give up doing a possible thing that is not beyond their strength, nor that they submit to what they can avoid: remember that resignation to physical and moral evil, over which one can triumph, is not wisdom, but cowardice; that this resignation is the enemy of Progress and the auxiliary of tyranny.

I do not need to remind you that you must spare the dignity of your pupils very much and only reprimand them publicly in rare and exceptional cases. Almost always, if not always, take the student who has made a mistake aside and ask her calmly and kindly why she has committed a wrongdoing; tell her she thinks she was right; that you are ready to hear it; force her, by a series of questions placed within its reach, to recognize her fault and to find the means of repairing it. If it is a question of a habitual defect, add: that this defect will make her unhappy and will cause those she loves most to suffer; that if she wants to, she can correct herself, that you esteem her enough to know that she will want it and that she will have the strength to do so; that you will help her by warning and directing her; that finally you are ready to undertake this task because you love her with all your heart, and sincerely desire that she be esteemed and cherished by all. You will then see how this brave little being, raised in her own esteem, left free in her will, loving you and having confidence in you, will make every effort to obtain your approval.

If she falls back, don’t scold her, pity her and tell her gently: courage, my daughter, I myself had such a defect; when I had made the resolution to correct myself, I fell back into it twenty-five times the first month, twenty the second, fifteen the third and thus always decreasing until I was cured of it. Do the same and you will win: for everything is possible, in the moral domain, with the omnipotence of the will.

IV

Une habitude que vous devez faire prendre de bonne heure à vos élèves, c’est de faire tous les soirs leur examen de conscience: rien n’aide à la correction de soi-même comme cette sage pratique. Aussitôt donc qu’elles auront cinq ou six ans, vous ou vos collaboratrices les prendrez à part avant de les coucher et on leur dira: Voyons ce que nous avons fait de bien et de mal aujourd’hui. Vous leur rappellerez alors une à une leurs fautes sans les leur reprocher, ajoutant à chacune: cela n’est pas bien parce que nous avons fait ce que nous ne voudrions pas qui nous fût fait. Avez-vous réparé cela autant que vous l’avez pu? Avez-vous fait vos excuses?

Et comme il ne faut pas que l’enfant évite seulement le mal, mais encore qu’elle fasse le bien, vous ajouterez: nous aurions dû donner un sou à ce pauvre, parce que, si nous étions malheureux, nous voudrions qu’on nous donnât; nous aurions dû défendre telle petite compagne que nous avons laissé battre, parce que nous voudrions qu’on nous défendît, etc., etc. Demain nous ferons telle réparation qui nous est possible et veillerons mieux sur nous.

Quand l’élève pourra faire seule son examen et aura la conscience assez ferme pour ne pas se faire d’illusions, ne lui dites que ce mot, quand elle commet une faute: je te renvoie ce soir devant ta conscience.

Habituez surtout votre élève à respecter son juge interne, à ne pas se croire permis de penser et de faire ce qu’elle n’oserait avouer. Votre principale tâche, sous le rapport moral, est de lui faire sentir que, si son imperfection doit la rendre modeste et indulgente, son devoir est de s’améliorer, et de croire en sa force et en l’efficacité de sa volonté.

Remarquez, Madame, que je vous parle de modestie, non pas d’humilité; la modestie consiste à ne pas s’exagérer sa valeur et sa puissance d’action; l’humilité est un sentiment vil qui porte à s’abaisser, à se méconnaître, à se mettre au dessous de tous et à souffrir de tous; or rien n’est plus opposé à notre idéal que ce vice qui favorise la paresse, la lâcheté, est une négation de la 241 justice, de l’ordre et de la solidarité, une préparation à la tyrannie, et est le fond du caractère de l’esclave: garantissez avec soin vos élèves de cette débilité morale.

Jusqu’ici l’élève, n’étant qu’une égoïste, vous avez dû prendre pour mesure de ses actes envers les autres, l’amour qu’elle se porte à elle-même et lui donner pour critère cette maxime: fais ou ne fais pas ce que tu voudrais ou ne voudrais pas qu’on te fît. Elle ne s’est pas aperçue, qu’en défendant plus faible qu’elle, par exemple, si elle faisait en un point ce qu’elle voudrait qu’on fît pour elle afin de n’être point accablée, d’un autre côté, en frappant celle qui frappe, elle lui fait ce qu’elle ne voudrait pas qu’on lui fît. Il est temps que vous réformiez ce que les maximes basées sur l’égoïsme ont de faux, en le transformant ainsi: fais à autrui ce que tu trouverais juste et équitable qu’on te fît; ne lui fais pas ce que tu trouverais injuste et inéquitable qui te fût fait. Sans cette transformation des maximes primitives, vos élèves ne comprendraient pas que la société se permît d’être justicière, ni qu’aucun de nous eût le droit et le devoir de l’être, quand la société n’est pas présente ou n’a pas pourvu.

Or, remarquez, Madame, que notre conception de la société exige impérieusement la modification que je vous indique. Les formules tirées de l’amour de soi étaient bonnes quand le pouvoir était cru délégué d’en haut, et la justice émanée de Dieu, dont le roi et le prêtre étaient les ministres: alors tout redressement appartenait à Dieu et à ceux qu’il avait commis à cet effet. Mais aujourd’hui nous savons que toute justice émane de nous, et que la société qui n’est que la collection organisée des individus qui 242 la composent, ne saurait avoir d’autre Morale ni d’autres droits que les leurs.

Si donc la vieille Morale disait: à Dieu et à ses lieutenants appartient le droit de justice; quant à vous, individus, aimez vos ennemis; lorsqu’on vous soufflette sur une joue, tendez l’autre; lorsqu’on vous enlève votre tunique, donnez encore votre manteau; vous ne sauriez trop vous abaisser, trop souffrir des autres; laissez la justice à Dieu et, par votre humiliation, frayez-vous une route vers le ciel; si dis-je la vieille Morale dit cela, vous, prêtresse de la Morale nouvelle, sortie de l’idéal nouveau, vous êtes au contraire tenue de dire à vos élèves: tant que vous ne connaissez pas la loi Morale, vous n’êtes ni bonnes ni méchantes; quand vous la connaissez, par votre libre choix, vous pouvez être l’un ou l’autre. En vous est la force nécessaire pour triompher de l’exagération de vos instincts. Vous êtes les égales de tous; cherchez à vous bien connaître, afin de remplir, s’il se peut, la fonction à laquelle vous appellent vos facultés; ne souffrez pas, si cela vous est possible, qu’une incapacité vous supplante: vous vous le devez à vous-mêmes et au corps social. Créatures progressives, ne tentez pas de justifier vos fautes par votre faiblesse, car vous êtes obligées de vous améliorer et d’améliorer les autres. Votre devoir étant d’empêcher le mal en vous et hors de vous, vous ne devez ni commettre ni souffrir l’injustice et la méchanceté, car vous êtes responsables, non seulement du mal que vous faites et du bien que vous négligez d’accomplir, mais encore des vices d’autrui et du mal qui en résulte, si, pouvant les corriger ou les contenir, vous ne l’avez pas fait.

Et pour que cette morale ne rende pas vos élèves dures, peu indulgentes, orgueilleuses, habituez-les à compter et à peser leurs défauts, à connaître leurs imperfections, à ne pas se montrer plus sévères envers autrui qu’elles ne le sont pour elles-mêmes; à tolérer des défauts qui ne causent pas un mal réel, comme elles trouvent bon qu’on tolère les leurs: à se bien persuader, qu’en maintes circonstances, on nous blesse bien plus par étourderie que de propos délibéré, et qu’il serait absurde de nous en fâcher, puisqu’il est notoire que souvent nous en avons fait autant; qu’enfin, il n’y a pas de défaut plus insupportable que la susceptibilité, parce qu’elle met à la torture ceux qui nous entourent, empêche l’épanchement, et qu’un caractère méticuleux perd ses amis les meilleurs, car il n’y a pas de société possible avec un buisson d’épines.

Faites-leur bien comprendre que, ne pas tolérer le mal en autrui, ne signifie pas s’ériger en censeurs et professeurs de Morale, mais ne pas consentir pour soi et les autres à devenir victime d’une injustice ou d’un défaut capital.

Ainsi élevées, vos élèves, dès l’âge de douze ans, sauront, par leur pratique journalière, en se rendant les services d’ordre et de propreté, que tout travail utile est honorable.

En échangeant leurs services, elles ont appris que la société est basée sur le travail et l’échange;

En recevant et rendant des services gratuits, elles ont appris la bonté;

En défendant contre leurs compagnes leur dignité, leurs droits et ceux des faibles, elles ont appris la justice et la solidarité;

En triomphant des obstacles que vous avez su mesurer à leurs forces, elles ont appris qu’on ne doit jamais se résigner au mal qu’on peut supprimer ou diminuer;

En luttant contre leurs défauts, en triomphant de plusieurs, elles ont appris qu’elles sont des êtres progressifs, et que la volonté est toute puissante;

Par votre calme, votre impartialité, votre justice, votre équité, votre indulgence, elles ont pris une haute idée du pouvoir social que vous représentez auprès d’elles: elles savent qu’il doit éclairer, moraliser, punir selon l’intention et dans le but de faire réfléchir, d’améliorer;

Elles ne possèdent que trois axiomes: fais aux autres ce que tu voudrais qui te fut fait dans les limites de la justice et de l’équité;

Ne fais pas aux autres ce que tu ne trouverais ni juste ni équitable qu’ils te fissent;

Ne souffre pas des autres, ni contre les autres, ce qui n’est ni juste ni équitable;

Mais ces axiomes sont dans leur pratique: c’est l’âme de leur vie, le criterium de l’examen de conscience qu’elles font chaque soir.

Ce ne sont pas, à la vérité, de profondes théoriciennes que vos élèves; mais ce sont de bonnes et sincères praticiennes, plus fortes en Sociologie et en Morale que tous nos phraseurs: elles sont prêtes à faire de leur pratique une doctrine.

IV

A habit that you must instill in your pupils early is to make their examination of conscience every evening: nothing aids in self-correction like this wise practice. So as soon as they are five or six years old, you or your collaborators will take them aside before putting them to bed and they will be told: Let’s see what good and bad we have done today. You will then remind them one by one of their faults without reproaching them, adding to each: that is not good because we have done what we would not want done to us. Did you fix this as much as you could? Have you made your apologies?

And since the child must not only avoid evil, but also do good, you will add: we should have given this poor man a penny, because, if we were unfortunate, we would like would someone to give us; we should have defended such a little companion that we have allowed to be beaten, because we would like to be defended, etc., etc. Tomorrow we will do whatever repairs we can and will watch over ourselves better.

When the pupil can take her exam alone and has a conscience firm enough not to have any illusions, only say this word to her when she makes a mistake: I send you back to your conscience this evening.

Above all, accustom your pupil to respecting her internal judge, not to believe that she is allowed to think and do what she would not dare to confess. Your main moral task is to make her feel that, if her imperfection should make her modest and indulgent, her duty is to improve herself, and to believe in her strength and the efficacy of her will.

Notice, Madame, that I speak to you of modesty, not of humility; modesty consists in not exaggerating one’s value and one’s power of action; humility is a vile sentiment that leads to lowering oneself, to misunderstanding oneself, to putting oneself below all and to suffering from all; nothing is more opposed to our ideal than this vice that favors laziness, cowardice, is a negation of justice, order and solidarity, a preparation for tyranny, and is the bottom of the slave character: carefully guard your pupils against this moral debility.

So far, the student being only an egoist, you have had to take as a measure of her actions towards others, the love she has for herself and give her as a criterion this maxim: do or don’t do what you want or don’t want what to do to you. She did not realize that, by defending those weaker than herself, for example, if she was doing in one respect what she would like us to do for her so as not to be overwhelmed, in another side, by hitting the one who hits, she does to her what she would not want them to do to her. It is time for you to reform what is wrong in maxims based on selfishness, by transforming them thus: do unto others what you would find just and equitable to be done to you; do not do to them what you would find unfair and inequitable if it was done to you. Without this transformation of primitive maxims, your students would not understand that society allowed itself to be a justice-bringer, nor that any of us had the right and the duty to be one, when society is not present or has not provided.

Now, notice, Madame, that our conception of society imperiously demands the modification that I am indicating to you. The formulas drawn from self-love were good when power was believed to be delegated from above, and justice emanated from God, whose ministers the king and the priest were: then all redress belonged to God and to those whom he had committed for this purpose. But today we know that all justice emanates from us, and that society, which is only the organized collection of individuals who compose it, can have no other Morals nor other rights than theirs.

If then the old morality said: to God and to his lieutenants belongs the right of justice; as for you, individuals, love your enemies; when you are slapped on one cheek, turn the other; when they take away your tunic, give your cloak as well; you cannot humble yourself too much, suffer too much from others; leave justice to God and, by your humiliation, make your way to heaven; if I say the old Morality says that, you, priestess of the new Morality, emerging from the new ideal, you are on the contrary required to say to your pupils: as long as you do not know the Moral law, you are not neither good nor bad; when you know it, by your free choice, you can be one or the other. Within you is the strength necessary to triumph over the exaggeration of your instincts. You are the equals of all; seek to know yourself well, in order to fulfill, if possible, the function to which your faculties call you; do not suffer, if it is possible for you, that an incapacity supplants you: you owe it to yourselves and to the social body. Progressive creatures, do not attempt to justify your faults with your weakness, for you are bound to improve yourself and others. Your duty being to prevent evil within and outside you, you must neither commit nor suffer injustice and wickedness, for you are responsible, not only for the evil you do and for the good you neglect to do, but also for the vices of others and for the evil that results therefrom, if, being able to correct or contain them, you have not done so.

And so that this morality does not make your students hard, little indulgent, proud, accustom them to counting and weighing their faults, to knowing their imperfections, not to be more severe towards others than they are towards themselves; to tolerate faults that do not cause real harm, just as they find it good to have theirs tolerated; to convince themselves that in many it would be absurd to get angry about it, since it is common knowledge that we have often done the same; that, finally, there is no fault more intolerable than sensitivity, because it tortures those around us, prevents outpouring, and because a meticulous character loses their best friends, for no society is possible with a thorn bush.

Make them understand that not tolerating evil in others does not mean setting themselves up as censors and professors of morality, but not consenting for oneself and others to become the victim of an injustice or a capital defect.

Brought up in this way, your pupils, from the age of twelve, will know, by their daily practice, by rendering themselves the services of order and cleanliness, that all useful labor is honorable.

By exchanging their services, they have learned that society is based on labor and exchange;

By receiving and rendering free services, they have learned kindness;

By defending against their companions their dignity, their rights and those of the weak, they have learned justice and solidarity;

By overcoming the obstacles that you have been able to measure against their strengths, they have learned that we must never resign ourselves to evil that we can suppress or diminish;

By struggling against their faults, by triumphing over several, they have learned that they are progressive beings, and that the will is all-powerful;

Through your calm, your impartiality, your justice, your fairness, your indulgence, they have taken on a lofty idea of the social power that you represent to them: they know that it must enlighten, moralize, punish according to the intention and with the purpose of making people think, of improving;

They have only three axioms: do to others what you would have done to you within the limits of justice and equity;

Do not do to others what you would find neither just nor fair for them to do to you;

Do not suffer from others, nor against others, that which is neither just nor fair;

But these axioms are in their practice: it is the soul of their life, the criterion of the examination of conscience which they make each evening.

Your pupils are not, in truth, profound theoreticians; but they are good and sincere practitioners, stronger in Sociology and Morality than all our phrasemongers: they are ready to make their practice a doctrine.

CHAPITRE III.
ÉDUCATION RATIONNELLE (SUITE).

V

L’enfant abstrait et généralise plus que nous, mais pas de la même manière, parce qu’il ne comprend que le concret: sa généralisation exagérée le dispose à confondre les espèces et à mal voir les individus. Pour qu’il ne soit pas toute sa vie dans l’à peu près, il faut mettre tous ses soins à développer en lui l’esprit d’analyse, combiné sans cesse avec la comparaison.

A peine l’enfant meut-il les bras avec intention, qu’il veut tout voir et tout toucher; c’est alors que vous feriez bien de l’amuser méthodiquement avec les jouets de Frœbel, de manière à ce qu’il applique à chaque chose tous les sens qui y sont applicables. Arrête-t-il ses yeux sur autre chose? Suivez la même méthode. Regarde-t-il une rose, par exemple? dites-lui, en lui montrant chaque détail: rose—tige—feuilles vertes—épines qui piquent; et en la portant à ses narines: elle sent bon. Ayez soin, autant que vous le pouvez, pour faire ressortir l’analyse, de 246 mettre immédiatement après quelque chose d’opposé; ainsi à l’odeur de la rose opposez celle du souci; à la forme de la boule, opposez celle du cube.

Quand l’enfant parlera, ne lui laissez pas prendre l’habitude d’appeler un cheval dada, un chien toutou, des friandises nanan; mais accoutumez-le à nommer chaque chose par son nom, et prenez grand soin de lui faire décrire l’objet dont il vous parle pour la première fois: s’il vous parle d’une chèvre, par exemple, aidez-le à vous dire qu’elle a un corps, un cou, une tête et quatre pattes, des poils de telle couleur, de gros yeux, une barbe et des cornes; qu’elle marchait ou grimpait, ou broutait l’herbe; qu’elle baissait la tête et présentait les cornes quand on l’approchait; qu’elle ne sentait pas bon; que son poil était doux ou rude, etc. En habituant ainsi l’enfant à l’analyse, il acquerra, de ce qu’il voit, des idées nettes; établira des groupes par comparaison, et ne sera disposé de sa vie à se contenter d’expressions vagues, de notions mal définies, vice intellectuel de la plupart d’entre nous.

L’enfant, avons-nous dit, ne comprend que le concret; c’est donc un contre-sens que de meubler sa mémoire de mots qui représentent des notions abstraites ou des sentiments qu’il ne peut éprouver: rien n’est affligeant comme de le voir transformé en oiseau jaseur, récitant une fable de La Fontaine, une page d’histoire ou de grammaire.

Dans votre maison annexe ou établissement préparatoire, vos élèves ont appris en jouant à lire, écrire, calculer et un peu dessiner; aussitôt qu’elles sont avec vous, il faut, peu à peu, leur faire comprendre que le travail n’est pas un jeu, mais un devoir. 247 Permettez-moi, Madame, d’insister ici sur l’ordre et la succession des études, autant que sur la méthode d’enseignement.

L’histoire, la littérature doivent n’être un objet spécial d’étude qu’assez tard; il faut que la Raison et le goût soient développés avant d’y songer; j’en dis autant de la Philosophie théorique. Mais toute l’éducation doit être une philosophie pratique: l’élève doit être philosophe sans le savoir, comme elle est moraliste sans le savoir: et ses grandes études historiques doivent être jalonnées sans qu’elle s’en doute.

Soyez assez bonne, Madame, pour me suivre avec attention dans les indications sommaires que je vais vous donner, afin d’éclaircir ma pensée.

Votre élève doit savoir sa langue: il faut donc qu’elle apprenne la grammaire, la syntaxe, l’orthographe. Au lieu de commencer, avec elle, par la grammaire particulière, ainsi que le fait tout le monde, commencez par la grammaire générale ou philosophique et l’analyse logique; dites à l’élève: tout mot qui représente une personne ou une chose est un nom; tout mot qui représente une qualité est un adjectif; tout mot qui représente l’existence simultanée d’un nom et d’une qualité est un verbe; tout mot qui marque les rapports de situation, direction, cause, etc., est une préposition, le sujet est l’objet de la qualité; le régime est ce qui est sous la dépendance de la qualité. Montrez de nombreux exemples de ces mots; faites soigneusement distinguer une proposition principale d’une incidente, une proposition directe d’une inverse; faites mettre chaque mot à sa place logique, retrouver le verbe être dans toutes les combinaisons.

Pour apprendre l’orthographe d’usage, il suffit que l’élève connaisse les variations du temps et du genre, et lise chaque page des dictées qu’elle fera, jusqu’à ce qu’elle soit à peu près sûre de l’écrire sans faute sous la dictée: car la dictée n’est pas pour apprendre l’orthographe, mais pour s’assurer qu’on la retient, et signaler les mots que l’on a besoin d’écrire dix ou quinze fois, jusqu’à ce qu’on n’y laisse plus de fautes.

Quand votre élève est forte en grammaire générale, en analyse logique et en orthographe d’usage, passez à la grammaire particulière; divisez le nom en Nom et prénom; l’adjectif en Adjectif, participe, adverbe, article, etc.; donnez sur chaque chose les plus grands détails; exigez des analyses grammaticales raisonnées, et faites faire de nombreux exercices de syntaxe.

Pour l’Arithmétique, expliquez bien les principes; exigez que les élèves rendent compte de tous les détails de leurs opérations; de l’arithmétique passez à l’algèbre, puis à la Géométrie, dont elles ont pris le goût avec les jouets de Frœbel.

Chaque semaine, conduisez vos élèves une fois au cabinet zoologique; une autre, dans les galeries minéralogiques; une autre, enfin, au jardin botanique.

Excitez leur curiosité, leur attention, de manière à ce que chacune retienne bien une chose. De retour, faites-les dessiner ce qu’elles ont vu, puis donnez à chacune, tout haut, le nom du pays natal de l’animal, de la plante, du minéral qu’elle a remarqué; les mœurs de l’un, les usages auxquels sont employés les autres dans l’industrie, la médecine, etc. Nommez les acclimateurs, les inventeurs, afin que les élèves sentent le progrès en toutes choses. Profitez de ces leçons pour donner l’esquisse de 249 la géographie naturelle et politique du pays, et engagez l’élève à en faire la carte, à relater tout ce que vous lui en avez dit, à rechercher et à décrire tous les animaux, toutes les plantes, tous les minéraux de ce pays.

Comme à chaque instant vous êtes obligée de dire à l’élève: cet animal, cette plante sont de tel ordre, de telle famille, elle sera désireuse d’apprendre la classification des sciences qu’elle étudie, ce qui abrégera beaucoup votre tâche, et vous donnera occasion de faire observer que les classifications ne sont que des méthodes artificielles, créées par l’esprit humain, à cause de son insuffisance; qu’elles ne tiennent compte que de certains points de ressemblance, et négligent les différences souvent très nombreuses; qu’en conséquence, elles ne représentent pas la nature, mais certains rapports généraux découverts par nous.

A celles qui ont franchi ces premières études et les continuent sur planche, vous ferez voir des expériences de chimie, de physique et des machines.

Les explications que vous donnerez sur les cas particuliers, vous conduiront à parler des lois et des classifications de ces sciences, et la curiosité des élèves, l’intérêt que vous aurez excité, feront le reste. N’oubliez jamais de prendre la science à son début, d’en montrer le progrès, d’en nommer les inventeurs et ceux qui l’ont perfectionnée, augmentée; car il faut que l’élève sente et voie le progrès partout.

Profitez des belles nuits pour faire connaître à vos enfants le nom des constellations. Devant le magique spectacle d’un ciel calme et étoilé, donnez-leur vos leçons d’astronomie, la théorie de la formation des globes, et les lois de la mécanique céleste: 250 tout naturellement cela les conduira à vous interroger sur le nôtre et ses vicissitudes; sur les créations successives de la planète, manifestes dans les couches géologiques qu’elles ont étudiées. Dites-leur la théorie des savants sur toutes ces choses, et montrez-leur les créations terrestres s’élevant du minéral à nous par une série de transformations progressives, de manière à se présenter comme nos ébauches, comme notre espèce arrêtée à divers points de son développement. Elles verront alors que nous sommes la synthèse de notre planète, et qu’il n’y a pas moins progrès dans les œuvres de la nature que dans les nôtres.

Pour compléter les études précédentes, vous aurez soin de donner à vos élèves des notions d’anatomie comparée sur squelette et sur planche et, en même temps, des notions de physiologie, terminant le tout par un cours d’hygiène. Ici, comme dans les études précédentes, vous leur ferez toucher du doigt le progrès dans la série des espèces, dans le développement individuel, et dans celui de la science que nous avons de ces choses: vous signalerez à leur reconnaissance les savants qui ont découvert et classé les faits, et élaboré les théories qui mettent en évidence les lois.

CHAPTER III.

RATIONAL EDUCATION (CONTINUED).

V

The child abstracts and generalizes more than we do, but not in the same way, because they only understand the concrete: their exaggerated generalization disposes them to confuse species and misunderstand individuals. So that they are not all of their life in approximation, all their care must be taken to develop in them the spirit of analysis, constantly combined with comparison.

No sooner does the child move their arms intentionally than they want to see and touch everything; it is then that you would do well to amuse them methodically with Frœbel’s toys, so that they will apply to each thing all the meanings that are applicable to it. Do they fix their eyes on something else? Follow the same method. Are they looking at a rose, for example? Tell them, showing them every detail: rose—stem—green leaves—stinging thorns; and bringing it to their nostrils: it smells good. Take care, as much as you can, to bring out the analysis, to put immediately after something opposite; thus to the odor of the rose oppose that of marigold; to the shape of the ball, oppose that of the cube.

When the child speaks, do not let them get into the habit of calling a horse dada, a dog doggie, treats nanan; but accustom them to naming each thing by its name, and take great care to make him describe the object of which they speak to you for the first time: if they speak to you of a goat, for example, help them to to say that it has a body, a neck, a head and four legs, hair of such a color, large eyes, a beard and horns; whether it walked or climbed, or browsed the grass; that it lowered its head and presented its horns when approached; that it didn’t smell good; whether its hair was soft or rough, etc. By thus accustoming the child to analysis, they will acquire clear ideas from what they see; they will establish groups by comparison, and will not be disposed in their life to content themselves with vague expressions, the intellectual vice of so many of us.

The child, we have said, understands only the concrete; it is therefore senseless to fill their memory with words that represent abstract notions or feelings that they cannot experience: nothing is so distressing as to see them transformed into a chattering bird, reciting a fable by La Fontaine, a page of history or grammar.

In your annex house or preparatory establishment, your pupils learned by playing at reading, writing, calculating and drawing a little; as soon as they are with you, you must, little by little, make them understand that labor is not a game, but a duty. Allow me, Madam, to insist here on the order and the succession of the studies, as much as on the method of teaching.

History, literature should not be a special object of study until quite late; Reason and taste must be developed before thinking about them; I say the same of theoretical philosophy. But all education must be a practical philosophy: the pupil must be a philosopher without knowing it, as she is a moralist without knowing it: and her great historical studies must be marked out without her suspecting it.

Be good enough, Madam, to follow me with attention in the summary indications that I am going to give you, in order to clarify my thoughts.

Your student must know her language: she must therefore learn grammar, syntax, spelling. Instead of beginning, with it, with particular grammar, as everyone else does, begin with general or philosophical grammar and logical analysis; tell the student: any word that represents a person or thing is a noun; any word that represents a quality is an adjective; any word that represents the simultaneous existence of a noun and a quality is a verb; any word that marks the relations of situation, direction, cause, etc., is a preposition, the subject is the object of the quality; the regime is what is dependent on the quality. Show many examples of these words; carefully distinguish a main proposition from an incidental one, a direct proposition from an inverse; put each word in its logical place, find the verb to be in all combinations.

To learn the usual spelling, it is enough for the student to know the variations of tense and gender, and to read each page of the dictations she will do, until she is more or less sure of the spelling without fail under dictation: because dictation is not to learn spelling, but to make sure that we remember it, and to point out the words that we need to write ten or fifteen times, until no more faults are left.

When your student is strong in general grammar, logical analysis and common spelling, move on to specific grammar; divide the name into Surname and first name; the adjective into Adjective, participle, adverb, article, etc.; provide regarding each thing the greatest details; require reasoned grammatical analysis, and do many syntax exercises.

For Arithmetic, explain the principles well; require students to account for all the details of their operations; from arithmetic pass to algebra, then to geometry, for which they acquired a taste with Frœbel’s toys.

One week, take your students to the zoo once; another, to the mineralogical galleries; another, finally, to the botanical garden.

Excite their curiosity, their attention, so that each retains one thing. On their return, have them draw what they have seen, then give each one, aloud, the name of the native country of the animal, of the plant, of the mineral that they have noticed; the customs of one, the uses to which the others are employed in industry, medicine, etc. Name the acclimators, the inventors, so that the pupils feel the progress in all things. Take advantage of these lessons to give an outline of the natural and political geography of the country, and encourage the pupil to make a map of it, to relate everything you have told her about it, to find and describe all the animals, all the plants, all the minerals of this country .

As at every moment you are obliged to say to the student: this animal, this plant are of such order, of such family, she will be eager to learn the classification of the sciences she is studying, which will greatly shorten your task, and will give you occasion to point out that the classifications are only artificial methods, created by the human mind, because of its insufficiency; that they only take into account certain points of resemblance, and neglect the often very numerous differences; that consequently they do not represent nature, but certain general relations discovered by us.

To those who have passed these first studies and continue them on board, you will show experiments in chemistry, physics and machines.

The explanations you give in particular cases will lead you to talk about the laws and classifications of these sciences, and the curiosity of the students, the interest you have aroused, will do the rest. Never forget to take science at its beginning, to show its progress, to name its inventors and those who have perfected it, augmented it; for the pupil must feel and see the progress everywhere.

Take advantage of the beautiful nights to introduce your children to the names of the constellations. In front of the magical spectacle of a calm and starry sky, give them your lessons in astronomy, the theory of the formation of globes, and the laws of celestial mechanics: quite naturally this will lead them to question you about ours and its vicissitudes; on the successive creations of the planet, manifest in the geological strata they have studied. Tell them the theory of the learned on all these things, and show them the terrestrial creations rising from the mineral to us by a series of progressive transformations, so as to present themselves as our outlines, as our species stopped at various points of His development. They will then see that we are the synthesis of our planet, and that there is no less progress in the works of nature than in ours.

To complete the preceding studies, you will take care to give your pupils notions of comparative anatomy on the skeleton and on the board and, at the same time, notions of physiology, ending the whole with a course in hygiene. Here, as in the preceding studies, you will point out to them the progress in the series of species, in individual development, and in that of the science that we have of these things: you will point out for their recognition the scholars who have discovered and classified the facts, and worked out the theories that bring out the laws.

VI

L’élève sait que les classifications ne sont que des méthodes artificielles: elle a pu s’en assurer en voyant les différences qu’elles négligent, et par les variations et modifications qu’elles ont subies. Vous n’avez pas négligé les remarques à cet égard pour lui faire observer qu’elles sont le produit de nos facultés: nous observons les phénomènes concrets, lui avez-vous dit; nous les comparons et, par là, nous en constatons les ressemblances et les différences; par notre faculté d’abstraire, nous détachons les similitudes individuelles, et nous en formons une sorte d’être de raison qu’on appelle une espèce, un groupe, une famille, etc.; mais en réalité, dans la nature, il n’y a que des individus plus ou moins dissemblants ou ressemblants: les abstractions ne sont pas des choses.

Vous avez eu bien soin aussi de l’empêcher de se créer des idoles scientifiques, et de se méprendre sur la portée du langage de la science. Ainsi vous lui avez démontré que toute idée générale et abstraite n’a de réalité que dans les faits: que, par exemple, la couleur bleue n’existe pas en dehors des objets qui ont cette coloration, pas plus que la pensée en dehors des cerveaux qui pensent, et les lois en dehors des individus d’où on les a abstraites. Vous lui avez bien dit qu’une idée abstraite ou générale n’exprime qu’une qualité des choses; que lorsque l’on dit, par exemple: par la loi d’attraction, les corps tendent vers le centre de la terre, cela ne signifie pas qu’il y a, en dehors des corps, quelque chose qu’on nomme loi d’attraction, mais seulement que tous les corps ont une qualité faisant partie d’eux-mêmes, qui les fait se diriger vers le centre du globe, lequel centre a la propriété de les attirer; qu’en conséquence dire: voilà la loi de telle série, cela signifie: tous les êtres de telle série ont telle qualité active. Personnifier une abstraction, en faire un être à part pour la commodité du langage, c’est bien: mais il ne faut pas s’y laisser tromper.

Voulant faire de votre élève une créature rationnelle, vous lui avez démontré que le seul objet de notre connaissance est ce que nous pouvons observer, soit en nous soit hors de nous; que cet objet de l’observation externe ou interne, ne nous est connu que parce qu’il apparaît, c’est à dire est un phénomène ou bien une loi des phénomènes; vous lui avez fait soigneusement distinguer les phénomènes physiques, ou d’observation externe, d’avec les phénomènes intellectuels et moraux, ou d’observation interne.

A mesure que sa raison se développera, vous lui ferez découvrir à elle-même que rien de ce qui occupe notre pensée n’est simple; que tout, au contraire, est une synthèse. Pour les phénomènes physiques, rien ne lui paraîtra plus évident, puisqu’il n’y en a pas un qui ne soit une réunion de qualités; pour nos phénomènes internes, cela ne lui sera pas plus difficile, parce qu’elle ne sera pas imbue d’idées métaphysiques: en effet, en se repliant sur elle-même pour s’examiner, elle conviendra que l’idée des corps se représente comme une synthèse; que la plus simple des idées abstraites qui se rapportent à eux, se compose au moins de deux termes: ainsi elle ne peut songer à une couleur, sans songer en même temps à une portion d’étendue qui la supporte. Quant aux facultés intellectuelles et morales, elle avouera qu’elles n’existent pas hors d’une synthèse. Qu’est-ce, en effet, que l’imagination en dehors des images qui la manifestent? La mémoire sans les choses qui la remplissent? L’amour ou la haine sans un moi aimant ou haïssant, et la chose aimée ou haïe? Qu’est-ce même que ce moi sans la suite des phénomènes de mémoire qui le constituent?

Votre élève, habituée à l’analyse, à la réflexion, au raisonnement, vous dira sans doute: dans tous les phénomènes, il y a deux aspects: la fixité et la mobilité ou le devenir. Je suis bien la même personne du berceau jusqu’à la tombe, et cependant je sais bien que, pas une minute je ne suis la même; que je me modifie incessamment dans mon corps et dans mes facultés. Il me paraît en être de même, à des degrés différents, pour tout ce que je connais. Qu’est-ce que cette chose fixe qui fait l’unité individuelle des êtres, leur identité et que je ne puis saisir?

Répondez sans hésiter, Madame: tu me poses la question qui tourmente le plus les esprits élevés depuis l’origine de notre espèce; et à laquelle on ne peut répondre qu’à l’aide d’hypothèses invérifiables. Tu le sais, notre Raison n’est faite que pour connaître les phénomènes et leurs lois, non pour connaître l’essence des choses ni les causes premières qui ne sont pas du domaine de la science.

De ce que nous ne pouvons connaître le côté fixe des phénomènes, s’ensuit-il que nous devions le nier? Ce serait absurde: puisque cette fixité est un phénomène perçu par la Raison.

Nous est-il interdit de former une hypothèse sur cette chose dont la nature se dérobe à la connaissance? Non; mais prends garde! Rappelle-toi qu’une hypothèse ne peut être tout au plus qu’une probabilité. N’oublie pas non plus que la Raison et la Science te démontrent que tout est composé, conséquemment étendu, divisible, limité, en relation; que la diversité est la condition de l’unité, et qu’un être est d’autant plus parfait qu’il est plus composé. D’autre part, ton sentiment te dit que les lois qui régissent l’ensemble des choses ne se contredisent pas; que les lois qui régissent ta pensée sont identiques à celles de l’univers: tu ne peux donc accepter ou créer une hypothèse fondée sur le simple, l’inétendu, l’indivisible, l’absolu, l’infini. Ces mots n’ont aucun sens pour la pensée, et sont contradictoires à la Raison et à la Science. Il serait absurde, tu dois le comprendre, de prétendre les justifier, en alléguant l’existence d’un ordre de choses régi par des lois opposées à celles de la Raison et de l’univers. Qui a vu cet ordre de choses? Qui oserait prétendre, sans preuves possibles, que cet univers, que nous croyons un, est contradictoire à lui-même?

C’est en dirigeant ainsi vos élèves, Madame, en les préservant avec soin de la maladie métaphysique, que vous les préserverez en même temps des vices intellectuels en si grande vogue aujourd’hui. Ce ne seront pas elles qui prendront des lois pour des êtres en soi; discuteront gravement sur les causes premières et les essences, comme si elles avaient reçu leurs confidences intimes; généraliseront des faits exceptionnels; rangeront sous une loi des phénomènes qui n’y sont pas soumis; nieront des faits bien observés, sous prétexte qu’ils ne rentrent pas dans le cadre des lois connues; tireront d’un fait des conséquences qu’il ne contient pas; introduiront la classification dans ce qui ne saurait la comporter; établiront de fausses séries; bâtiront des hypothèses sur des pointes d’aiguille. Non, elles considéreront toute théorie scientifique comme une solution provisoire, un point d’interrogation, et toute hypothèse ou théorie contradictoire à la Raison et aux faits prouvés, n’attirera que leur dédain.

Vos élèves observent bien, raisonnent bien, ont une idée générale et précise des sciences naturelles, de la Physique, de la Chimie, de l’Anatomie, de la Physiologie, de l’hygiène; elles savent leur langue, ont de bonnes notions d’Astronomie, de Mathématiques; peuvent classer un animal, une plante, un minéral et connaissent sommairement la géographie et l’histoire des peuples des contrées dont elles ont étudié les produits: elles ont la Philosophie, la Morale et la Sociologie pratiques; elles croient à la loi du Progrès; elles savent ce qu’est l’humanité, ce qu’elles lui doivent, car vous leur avez dit: si c’est la nature qui a créé ces animaux, c’est le génie et le travail de notre espèce qui les ont domptés;

Si c’est la nature qui a créé toute ces substances solides, c’est le génie et le travail de notre espèce qui les ont transformés en édifices, et en maisons pour nous abriter;

Si c’est la nature qui fournit le marbre et la pierre, c’est le génie et le travail de notre espèce qui en font des statues, des ornements, des objets d’utilité;

Si c’est la nature qui a créé le lin, le chanvre, si c’est elle qui fournit les matériaux dont on extrait les couleurs, c’est le génie et le travail humains qui les transforment en vêtements, en riches peintures;

Si c’est la nature qui donne les métaux, c’est le génie et le travail humain qui les épurent, les façonnent, et en font des remplaçants de nos forces musculaires, des aides infatigables, des ornements;

Si c’est la nature qui a créé nos facultés, c’est notre génie et notre travail qui les ont développées, de plus en plus perfectionnées, et créé par elles, l’art, la science, l’industrie, la Société, la Justice progressive.

Vous le voyez, mes enfants, nous sommes plus grands que la nature: car nous avons puissance de la dompter, de la façonner: notre arme, contre elle, c’est le travail: c’est lui qui fait notre puissance et notre gloire, et nous rend dignes d’occuper une place dans l’humanité.

Vous le voyez encore, chacun de nous reçoit tout de l’espèce: la vie, nous la devons à nos parents;

Notre nourriture, nous la devons aux cultivateurs, à ceux qui font leurs instruments de travail;

Nos vêtements, nous les devons aux nombreux ouvriers qui fournissent les matières premières, les filent, les tissent, les teignent, les taillent, les cousent;

Notre abri, nous le devons à ceux qui extraient la pierre, la chaux, le fer, le plâtre; préparent la brique, coulent le verre, coupent le bois; à tous ceux qui peignent, tapissent, décorent et meublent nos demeures, pour qu’elles nous soient commodes;

Notre science, nous la devons à ceux qui ont assemblé ces collections, rempli ces musées, planté ces jardins, inventé ces machines, fait ces classifications, ces méthodes que nous admirons; à ceux qui ont réfléchi sur les faits, trouvé leurs lois, et leurs applications dans l’industrie et l’art;

Notre sécurité, la possibilité de jouir en paix du fruit de nos labeurs, de ne pas être dépouillés, opprimés, tués par plus forts que nous, nous les devons encore an génie de l’humanité qui a tiré de lui-même et formulé les principes de Justice et d’équité.

Tout ce que nous sommes, nous le devons donc à notre espèce qui a pensé et travaillé, pense et travaille pour nous; notre devoir est donc, au point de vue de la Justice, de rendre, autant 257 qu’il est en nous, à l’humanité ce qu’elle a fait et fait pour nous, en travaillant à son profit et au nôtre.

Ainsi préparées, Madame, vos élèves sont en état d’étudier avec fruit l’histoire de leur espèce.

VI

The pupil knows that the classifications are only artificial methods: she has been able to ascertain this by seeing the differences that they neglect, and the variations and modifications that they have undergone. You have not neglected the remarks in this regard to make her observe that they are the product of our faculties: we observe concrete phenomena, you told her; we compare them and, in this way, we establish their resemblances and their differences; by our faculty of abstraction, we detach individual similarities, and we form from them a sort of being of reason which is called a species, a group, a family, etc.; but in reality, in nature, there are only more or less dissimilar or resembling individuals: abstractions are not things.

You also took great care to prevent her from creating scientific idols for herself, and from mistaking the scope of the language of science. Thus you have shown her that any general and abstract idea has reality only in facts: that, for example, the color blue does not exist outside of objects that have this coloration, any more than thought outside of brains that think, and the laws apart from the individuals from which they have been abstracted. You have told her that an abstract or general idea expresses only one quality of things; that when we say, for example: by the law of attraction, bodies tend towards the center of the earth, this does not mean that there is, outside of bodies, something called the law of attraction, but only that all bodies have a quality forming part of themselves, which makes them move towards the center of the globe, which center has the property of attracting them; that consequently to say: here is the law of such a series, that means: all the beings of such a series have such an active quality. To personify an abstraction, to make it a being apart for the convenience of language, is good: but we must not let ourselves be deceived by it.

Wishing to make your pupil a rational creature, you have shown her that the only object of our knowledge is what we can observe, either within us or outside of us; that this object of external or internal observation is known to us only because it appears, that is to say is a phenomenon or else a law of phenomena; you have made her carefully distinguish physical phenomena, or external observation, from intellectual and moral phenomena, or internal observation.

As her reason develops, you will make her discover for herself that nothing that occupies our thought is simple; that everything, on the contrary, is a synthesis. As for physical phenomena, nothing will seem more evident to her, since there is not one that is not a union of qualities; for our internal phenomena, it will not be more difficult for her, because sge will not be imbued with metaphysical ideas: indeed, by withdrawing into herself to examine herself, she will agree that the idea of bodies is represented as a synthesis; that the simplest of the abstract ideas which relate to them, is composed of at least two terms: thus she cannot think of a color, without thinking at the same time of a portion of extension that supports it. As for the intellectual and moral faculties, she will admit that they do not exist outside of a synthesis. What, in fact, is the imagination apart from the images that manifest it? Memory without the things that fill it? Love or hate without a loving or hating self, and the thing loved or hated? What is this ego even without the series of phenomena of memory that constitute it?

Your student, accustomed to analysis, reflection, reasoning, will no doubt tell you: in all phenomena, there are two aspects: fixity and mobility or becoming. I am the same person from the cradle to the grave, and yet I know very well that not for a minute am I the same; that I am incessantly modifying myself in my body and in my faculties. It seems to me to be the same, to varying degrees, for everything I know. What is this fixed thing that constitutes the individual unity of beings, their identity and which I cannot grasp?

Answer without hesitation, Madame: you ask me the question that most torments high minds since the origin of our species; and which can only be answered with the help of unverifiable hypotheses. As you know, our Reason is only made to know phenomena and their laws, not to know the essence of things nor the first causes that are not in the domain of science.

From the fact that we cannot know the fixed side of phenomena, does it follow that we must deny it? It would be absurd: since this fixity is a phenomenon perceived by Reason.

Are we forbidden to form a hypothesis on this thing whose nature eludes knowledge? No; but take care! Remember that a hypothesis can only be a probability. Do not forget either that Reason and Science demonstrate to you that everything is composite, consequently extended, divisible, limited, in relation; that diversity is the condition of unity, and that a being is as much more perfect as it is more composite. On the other hand, your feeling tells you that the laws that govern all things do not contradict each other; that the laws that govern your thought are identical to those of the universe: you cannot therefore accept or create a hypothesis based on the simple, the unextended, the indivisible, the absolute, the infinite. These words have no meaning for thought, and are contradictory to Reason and Science. It would be absurd, you must understand, to claim to justify them, by alleging the existence of an order of things governed by laws opposed to those of Reason and the universe. Who has seen this order of things? Who would dare claim, without possible proof, that this universe, which we believe to be one, is contradictory to itself?

It is by directing your pupils in this way, Madame, by carefully preserving them from metaphysical illness, that you will at the same time preserve them from the intellectual vices so much in vogue today. They will not be the ones who will take laws for beings in themselves; who will seriously discuss first causes and essences, as if they had received their intimate confidences; who will generalize exceptional facts; who will place under a law phenomena that are not subject to it; who will deny well-observed facts, on the pretext that they do not come within the scope of known laws; who will draw from a fact consequences that it does not contain; who will introduce classification into what cannot include it; who will establish false series; who will build hypotheses on needlepoints. No, they will consider every scientific theory as a provisional solution, a question mark, and every hypothesis or theory contradictory to Reason and to the proven facts will attract their disdain.

Your pupils observe well, reason well, have a general and precise idea of the natural sciences, Physics, Chemistry, Anatomy, Physiology, Hygiene; they know their language, have good notions of Astronomy and Mathematics; can classify an animal, a plant, a mineral and have a basic knowledge of the geography and history of the peoples of the countries whose products they have studied: they have practical Philosophy, Morals and Sociology; they believe in the law of Progress; they know what humanity is, what they owe it, because you have told them: if it is nature that created these animals, it is the genius and the work of our species that have tamed them;

If it is nature that has created all these solid substances, it is the genius and the work of our species which have transformed them into buildings, and into houses to shelter us;

If it is nature that furnishes marble and stone, it is the genius and the work of our species which make statues, ornaments, useful objects of them;

If it is nature that created flax, hemp, if it is nature that provides the materials from which the colors are extracted, it is human genius and labor that transform them into clothes, into rich paintings;

If it is nature that gives metals, it is human genius and labor that purifies them, fashion them, and make them substitutes for our muscular forces, indefatigable aids, ornaments;

If it is nature which has created our faculties, it is our genius and our labor that have developed them, more and more perfected, and created by them, art, science, industry, society, Progressive Justice.

You see, my children, we are greater than nature: for we have the power to tame it, to shape it: our weapon, against it, it is labor: it is nature that makes our power and our glory, and makes us worthy to occupy a place in humanity.

You see again, each of us receives everything from the species: life, we owe it to our parents;

Our food, we owe it to the farmers, to those who make their tools;

Our clothes, we owe them to the many workers who provide the raw materials, spin them, weave them, dye them, cut them, sew them;

Our shelter, we owe it to those who extract stone, lime, iron, plaster; prepare brick, cast glass, cut wood; to all those who paint, upholster, decorate and furnish our dwellings, so that they may be convenient to us;

Our science, we owe it to those who assembled these collections, filled these museums, planted these gardens, invented these machines, made these classifications, these methods that we admire; to those who have reflected on the facts, found their laws, and their applications in industry and art;

Our security, the possibility of enjoying in peace the fruit of our labors, of not being despoiled, oppressed, killed by those stronger than us, we still owe them to the genius of humanity that drew from itself and formulated the principles of justice and equity.

Everything that we are, therefore, we owe to our species, which has thought and worked, thinks and works for us; our duty is therefore, from the point of view of Justice, to render, as much as it is in us, to humanity what it has done and is doing for us, working for its benefit and ours.

Thus prepared, madam, your pupils are in a condition to study fruitfully the history of their species.

VII

Nous voici, Madame, sur un terrain neuf et mouvant: celui de l’Histoire dont la science n’est pas faite encore.

Vous avez montré en tout la loi de Progrès; il faut lui donner une éclatante confirmation dans l’enseignement de l’histoire.

Montrez d’abord notre espèce placée, à son origine, sur un globe inculte, tourmenté par les volcans et les inondations; plus malheureuse que les autres, parce qu’elle est plus sensible et plus désarmée; ayant de grands besoins et de faibles moyens; des passions égoïstes très fortes, des facultés supérieures à peine ébauchées; afin que vos élèves comprennent ce qu’il a dû falloir de temps à l’humanité pour apprendre à cultiver la terre, à se construire des habitations, à tirer parti des forces naturelles qui la tuaient auparavant, à s’organiser en diverses sociétés, à créer les sciences, les arts, l’industrie, et à tout modifier en se modifiant elle-même. Elles comprendront alors que l’espèce a dû franchir bien des obstacles pour arriver où elle en est; qu’elle a dû souvent s’égarer; que le mouvement progressif, ne pouvant se faire que d’ensemble pour chaque nation, il est impossible d’y procéder par grand écart, c’est à dire de franchir les époques ou nuances intermédiaires entre la situation intellectuelle et morale où se trouvent les masses, et l’idéal posé par les natures plus élevées; faites-leur bien comprendre alors que notre devoir n’est pas de réaliser l’idéal entier dans les faits sociaux, mais de travailler à nous en rapprocher de quelques pas, et d’élever nos successeurs de manière à ce qu’ils s’en rapprochent encore plus que nous.

Comme toute science se compose de faits reliés par une loi, vous devez donner à vos élèves la loi de l’Histoire: cette loi est le développement de la Morale sous l’influence de la Philosophie, de la Religion, des Sciences, des Arts et de l’Industrie.

Vous considérerez donc chaque peuple comme un organe Moral de l’humanité, et vous le montrerez descendant plus ou moins vite dans la tombe, lorsqu’il renonce à la Morale ou qu’il ne progresse plus.

Vous comprenez que, dans un tel plan, ne peuvent entrer des fables, des détails puérils, des masses de faits entassés pêle mêle sans méthode, sans critique, sans moralité générale, sans loi; que toutes ces choses ne sont pas plus l’Histoire, que des plantes non classées ne sont la Botanique.

Il m’est impossible, vous le concevez, de vous tracer un plan d’Histoire: cela nous conduirait trop loin: mais un simple exemple vous fera comprendre mon idée: il s’agit pour l’élève d’étudier l’histoire de France et d’Angleterre, par exemple. Or la loi de la première est, au point de vue de la Justice, le développement de l’unité dans la Justice ou de l’Égalité, comme la loi de l’histoire d’Angleterre est, sous le même rapport, le développement de la diversité dans la Justice ou de la liberté individuelle. Ces deux lois posées, vous divisez chaque histoire en autant de périodes qu’il est nécessaire pour la démonstration de la loi; ayant le soin de les trancher assez pour que chacune ait un aspect propre; groupant autour de l’idée principale la philosophie, la religion, les sciences, les arts, etc., en notant avec le plus grand soin le rôle de ces éléments pour ou contre le Progrès: la vie des personnages ne doit valoir que comme preuve vivante et le fait des vérités avancées par vous. Chaque période se compose d’éléments Critiques, Conservateurs, Réformateurs et Indifférents qui se trouvent représentés par des doctrines et des hommes, du conflit et du mélange desquels sort l’ordre ascendant ou descendant de la période suivante qui donne naissance aux quatre éléments précités, mais transformés.

Deux observations sont ici nécessaires: Vous ne devez pas représenter les doctrines et les hommes comme exclusivement bons ou mauvais, conservateurs ou novateurs, etc., mais comme principalement une de ces choses.

La seconde observation est que l’élève doit s’habituer à juger la valeur morale d’un événement ou d’un personnage sur la doctrine morale de l’époque où s’est passé l’un et a vécu l’autre: l’équité est un devoir envers les morts aussi bien qu’envers les vivants. Comme le Progrès s’accélère, avant trois cents ans d’ici, nos descendants pourront juger bien immorales, bien injustes, certaines lois et opinions dont nous nous enorgueillissons aujourd’hui; soyons donc équitables envers le passé, afin que l’avenir ne nous soit pas trop sévère.

Espérons, Madame, qu’une section du Comité encyclopédique vous donnera, sur l’Histoire, une suite de traités qui vous épargneront le travail philosophique que vous seriez obligée de faire.

Un mot sur le rôle de la Philosophie et de la Religion. La première doit être représentée à vos élèves comme fille surtout de la Raison, et ayant un rôle principalement critique; la seconde est surtout fille du sentiment religieux, et joue principalement le rôle d’élément conservateur.

Vous représenterez à vos élèves le sentiment religieux comme inhérent à la nature humaine; comme une aspiration indéfinie à nous relier avec l’univers et nos semblables; comme une disposition à sentir qu’il y a des rapports entre nous et les lois dont nous voyons les résultats, sans que nous puissions en atteindre les causes. Vous marquerez avec soin les diverses transformations de ce sentiment sous l’influence du développement intellectuel et moral, jusqu’au moment où l’humanité, arrivant à la conception de sa propre loi, la loi morale, à la nécessité de l’accord qui doit exister entre la Vertu et le bonheur, fournit sa dernière étape sentimentale, en ajoutant à la croyance en la Divinité celle en l’Immortalité de la conscience individuelle, Immortalité qui, selon la belle expression de M. Charles Renouvier, est le droit au Progrès.

Insistez beaucoup pour faire comprendre à vos élèves que le sentiment religieux ne saurait être une loi de notre être sans en être une de l’univers. Sans régir des rapports dont un des termes, quoiqu’inconnu, n’en existe pas moins; que la Divinité et l’Immortalité ne sauraient être les objets de la foi humaine, sans avoir une réalité objective, parce que la voix de la nature ne trompe jamais; et séparez le sentiment religieux d’avec les religions.

Les Religions, dites-leur, sont construites avec la science et la 261 moralité des époques où elles apparaissent: elles donnent les formules et les représentations des objets du sentiment religieux: le philosophe pur croit en la Divinité, mais il ne la définit pas; il croit presque toujours en l’immortalité du Moi, mais il ne cherche pas à se figurer ce qu’elle sera: il pense seulement qu’au delà de la tombe, se trouvera la sanction des actes moraux: le philosophe de notre époque, faisant un pas de plus, pensera que, dans notre transformation, il y aura progrès.

Le croyant se fait une idée précise de Dieu, de la nature de ce qui persiste en nous, de ce que nous ferons dans l’existence qui suivra celle-ci, des peines et des récompenses, etc.

Le philosophe trouve dans sa foi sentimentale, indéfinie, l’appui, mais non la source et la raison du Droit et du Devoir; pour le croyant, jusqu’ici, la morale n’a d’autre source que la Religion; s’il cessait de croire à celle-ci, l’autre n’aurait plus de base.

Le vice de toute religion positive, jusqu’à nos jours, a été d’immobiliser l’humanité; le service qu’elles ont rendu, a été de vulgariser certaines notions parmi les masses. Elles sont toutes, pendant un certain temps, le soutien des principes moraux les plus avancés. Mais comme elles se prétendent immuables et que l’humanité progresse, arrive l’instant où elles sont dépassées en Rationalité, en Science et en Moralité: il faut alors qu’elles disparaissent, sans quoi l’humanité mourrait: Toujours la lutte contre elles est rude et longue, et elle ne cesse que quand un idéal religieux nouveau s’est emparé des majorités: car les religions ne cèdent la place qu’aux religions, non aux philosophies. Un tel changement est toujours précédé d’un changement de principes, autant que d’un progrès dans les doctrines morales: jamais Rome et la Grèce n’eussent accepté le Dieu, roi unique, si d’abord elles n’eussent accepté l’unité du pouvoir dans les mains d’un César: car les nations ont une tendance invincible à modeler leur gouvernement et leurs lois sur leurs conceptions religieuses, et vice versâ: il résulte de cela, qu’un pays qui change de principes et de lois, tend invinciblement à changer de Religion.

Voilà, Madame, l’enseignement que vos élèves doivent retirer de l’étude des religions: car c’est surtout par l’étude des religions et des philosophies, qu’elles peuvent connaître le génie des peuples.

N’oubliez pas de leur faire faire la critique rationnelle des Philosophies, à mesure que vous leur présenterez l’ensemble de chaque doctrine. Qu’elles admirent les hommes de génie, à la bonne heure; qu’elles respectent Platon et Spinosa, Aristote et Hegel, Descartes et Leibniz, rien de mieux; mais montrez-leur en quoi ils ont fait fausse route; car vos enfants ne doivent pas plus avoir de fétiches parmi les hommes que parmi les choses: elles doivent rester elles-mêmes, et n’être le daguerréotype de personne.

Dans le cours de vos études historiques, vous ne négligerez pas non plus de vous arrêter suffisamment sur les doctrines économiques et sociales, les différentes formes politiques et les lois, et le rapport de ces choses, avec la justice.

Dans ces études, vos élèves doivent trouver leur critère dans la Doctrine que vous leur avez inculquée touchant les destinées humaines, et la théorie des Droits et des Devoirs.

Vous me direz, Madame, que le plan que je viens d’ébaucher sur votre demande, exige un ensemble de connaissances que vous ne possédez pas. Je le sais: aussi vous conseillé-je de vous entourer de collaboratrices qui aient une ou deux spécialités: mais votre devoir est d’assister aux leçons, et de veiller à ce que jamais on ne s’éloigne de la direction rationnelle.

Vous serez peut-être obligée, au début, d’employer quelques professeurs de l’autre sexe; mais vous rechercherez celles d’entre vos enfants qui ont des vocations spéciales; vous les cultiverez et au bout de quelques années, votre établissement n’aura que des professeurs femmes.

Le genre d’éducation que je vous propose d’appliquer, Madame, fera de vos élèves des femmes simples, fortes, vigoureuses, sérieuses et raisonneuses, plus instruites que la plupart des hommes instruits d’aujourd’hui; elles seront en état de réformer la famille, de faire transformer les lois qui subalternisent leur sexe.

Elles prouveront, par leurs œuvres, ce qui est la meilleure et la plus sûre des preuves, que la rationalité est égale chez les deux sexes; que la chose doit être ainsi pour qu’ils soient socialement égaux. Le Sentiment et la Raison n’égalisent pas les êtres, parce que le premier doit être dirigé, contenu, réformé par la seconde. En conséquence ceux qui prétendent que, chez l’homme, prédomine la Raison et chez la femme le Sentiment, bien loin d’égaliser les sexes par l’équivalence, doivent continuer à subordonner la femme à l’homme. La Raison étant en toute créature humaine ce qui juge de la vérité des rapports, ce qui établit l’ordre, si l’homme en était doué plus que la femme, il serait 264 réellement son chef, ce que vos élèves n’admettront jamais, parce qu’elles se sauront, comme beaucoup de femmes se savent déjà, la preuve vivante du contraire, et qu’elles jugeront fausse une théorie contredite par les faits.

VII

Here we are, Madam, on new and shifting ground: that of History, of which the science is not yet made.

You have shown in everything the law of Progress; it must be given a striking confirmation in the teaching of history.

First show our species placed, at its origin, on an uncultivated globe, tormented by volcanoes and inundations; more unhappy than the others, because it is more sensitive and more helpless; having great needs and little means; very strong selfish passions, superior faculties scarcely sketched out; so that your students understand how long it must have taken for humanity to learn to cultivate the land, to build dwellings, to take advantage of the natural forces that killed them before, to organize themselves into various societies, to create the sciences, the arts, industry, and to modify everything by modifying itself. They will then understand that the species had to overcome many obstacles to arrive where it is; that it must have often lost its way; that the progressive movement, being able to be done only as a whole for each nation, it is impossible to proceed with it by great leaps, that is to say to cross the era or intermediate nuances between the intellectual and moral situation of the masses, and the ideal set by the higher natures; make them clearly understand that our duty is not to realize the entire ideal in social facts, but to work to bring us a few steps closer to it, and to raise our successors in such a way that they will come closer than us.

As all science consists of facts connected by a law, you must give your students the law of History: this law is the development of Morality under the influence of Philosophy, Religion, Science, the Arts and Industry.

You will therefore consider each people as a Moral organ of humanity, and you will show it descending more or less quickly into the grave, when it renounces Morality or when it no longer progresses.

You understand that, in such a plan, there cannot enter fables, puerile details, masses of facts heaped up pell-mell without method, without criticism, without general morality, without law; that all these things are no more History than unclassified plants are Botany.

It is impossible for me, you can imagine, to draw up a history plan for you: that would take us too long: but a simple example will make you understand my idea: it is a question for the student of studying the history of France and England, for example. Now the law of the first is, from the point of view of Justice, the development of unity in Justice or Equality, as the law of English history is, in the same respect, the development diversity in Justice or individual liberty. These two laws laid down, you divide each story into as many periods as is necessary for the demonstration of the law; having taken care to slice them enough so that each one has a clean aspect; grouping around the main idea philosophy, religion, science, the arts, etc., noting with the greatest care the role of these elements for or against Progress: the life of the characters should only be valued as living proof and the fact of the truths advanced by you. Each period is composed of Critical, Conservative, Reforming and Indifferent elements that are represented by doctrines and men, from the conflict and mixture of which comes the ascending or descending order of the following period which gives rise to the four aforementioned elements, but transformed.

Two observations are necessary here: You must not represent doctrines and men as exclusively good or bad, conservative or innovative, etc., but as mainly one of these things.

The second observation is that the student must get used to judging the moral value of an event or a character on the basis of the moral doctrine of the time when one happened and the other lived: equity is a duty towards the dead as well as towards the living. As Progress accelerates, before three hundred years from now, our descendants will be able to judge as very immoral, very unjust, certain laws and opinions on which we pride ourselves today; let us therefore be fair to the past, so that the future will not be too harsh on us.

Let us hope, Madam, that a section of the Encyclopaedic Committee will give you, on History, a series of treatises that will spare you the philosophical work that you would be obliged to do.

A word on the role of Philosophy and Religion. The first must be represented to your pupils as the daughter above all of Reason, and having a principally critical role; the second is above all the daughter of religious feeling, and plays principally the role of a conservative element.

You will represent to your pupils the religious sentiment as inherent in human nature; as an indefinite aspiration to connect ourselves with the universe and our fellow human beings; as a disposition to feel that there are relations between us and the laws of which we see the results, without our being able to reach the causes. You will carefully mark the various transformations of this feeling under the influence of intellectual and moral development, until the moment when humanity, arriving at the conception of its own law, the moral law, at the necessity of the agreement that must exist between Virtue and Happiness, furnishes its last sentimental stage, by adding to the belief in the Divinity a belief in the Immortality of the individual conscience, an Immortality that, according to the beautiful expression of M. Charles Renouvier, is the right to Progress.

Insist a great deal on making your pupils understand that religious feeling cannot be a law of our being without being one of the universe. Without governing relations of which one of the terms, although unknown, nonetheless exists; that Divinity and Immortality cannot be the objects of human faith without having an objective reality, because the voice of nature never deceives; and separate the religious feeling from the religions.

Religions, tell them, are built with the science and morality of the times in which they appear: they give the formulas and the representations of the objects of the religious feeling: the pure philosopher believes in the Divinity, but he does not define it; he almost always believes in the immortality of the Self, but he does not try to imagine what it will be: he only thinks that beyond the grave will be found the sanction of moral acts: the philosopher of our time, taking a further step, will think that, in our transformation, there will be progress.

The believer has a precise idea of God, of the nature of what persists in us, of what we will do in the existence that will follow this one, of the penalties and rewards, etc.

The philosopher finds in his sentimental, indefinite faith, the support, but not the source and the reason for Right and Duty; for the believer, until now, morality has no other source than religion; if he ceased to believe in the latter, the former would no longer have a basis.

The vice of all positive religion, up to our days, has been to immobilize humanity; the service they have rendered has been to popularize certain notions among the masses. They are all, for a time, the support of the most advanced moral principles. But as they claim to be immutable and as humanity progresses, the moment arrives when they are exceeded in Rationality, Science and Morality: they must then disappear, otherwise humanity would die: Always the fight against them is rough and long, and it ceases only when a new religious ideal has taken hold of the majorities: for religions only give way to religions, not to philosophies. Such a change is always preceded by a change of principles, as much as of progress in moral doctrines: Rome and Greece would never have accepted the God, unique king, if they had not first accepted the unity of power in the hands of one Caesar: because the nations have an invincible tendency to model their government and their laws on their religious conceptions, and vice versa: it results from this, that a country that changes principles and laws, tends inevitably to change Religion.

This, Madame, is the lesson that your students should draw from the study of religions: for it is above all through the study of religions and philosophies that they can know the genius of peoples.

Don’t forget to make them make a rational critique of the Philosophies, as you present to them the whole of each doctrine. Let them admire men of genius, well and good; that they respect Plato and Spinosa, Aristotle and Hegel, Descartes and Leibniz, nothing better; but show them where they have gone wrong; for your children must no more have fetishes among men than among things: they must remain themselves, and be no one’s daguerreotype.

In the course of your historical studies, you will also not neglect to dwell sufficiently on economic and social doctrines, the different political forms and laws, and the relation of these things to justice.

In these studies, your pupils must find their criterion in the Doctrine that you have instilled in them concerning human destinies, and the theory of Rights and Duties.

You will tell me, Madam, that the plan that I have just outlined at your request requires a body of knowledge that you do not possess. I know it: I also advise you to surround yourself with collaborators who have one or two specialties: but your duty is to attend the lessons, and to take care that they never deviate from the rational direction.

You may at first have to employ a few teachers of the opposite sex; but you will seek out those of your children who have special vocations; you will cultivate them and after a few years your establishment will have only female professors.

The kind of education that I propose to apply to you, Madame, will make your pupils simple, strong, vigorous, serious and reasoning women, better educated than most of the educated men of today; they will be in a position to reform the family, to transform the laws that subordinate their sex.

They will prove by their works, which is the best and surest proof, that rationality is equal in both sexes; that it must be so for them to be socially equal. Sentiment and Reason do not equalize beings, because the first must be directed, contained, reformed by the second. Consequently those who claim that, in man, Reason predominates and in woman Sentiment, far from equalizing the sexes by equivalence, must continue to subordinate woman to man. Reason being in every human creature that which judges the truth of relationships, which establishes order, if man were endowed with it more than woman, he would be really its chief, which your pupils will never admit, because they will know, as many women know themselves already, the living proof of the contrary, and because they will judge false a theory contradicted by the facts.

VIII

Toutes les religions, dites positives et naturelles, étant des créations de la conscience humaine, vous me demanderez sans doute, Madame, s’il vous est permis d’en inculquer une à vos élèves; s’il est même possible qu’elles y croient lorsqu’elles seront rationnellement élevées.

Il n’y a que les esprits sans portée, les cœurs sans chaleur qui ne se posent pas d’hypothèse sur l’Univers, la Divinité, l’Immortalité individuelle, l’accord de la Justice et du bonheur, etc., etc. Or, vos élèves ne seront pas de ce nombre: cette hypothèse, origine d’une religion positive, elles se la poseront et la résoudront, si vous ne la posez et ne la résolvez pour elles.

La femme est trop vivante, elle qui donne la vie, et vos enfants auront une trop forte personnalité, pour croire à l’anéantissement de leur être.

Vous leur aurez appris que toute tendance existe en vue d’une fin; elles sentiront et comprendront qu’en elles se trouvent une foule d’aptitudes et de besoins qu’une seule vie ne peut développer et satisfaire: elles en induiront une vie future, que leur vif sentiment de la justice ne leur permettra pas de concevoir autrement que comme la conséquence logique de l’emploi de celle-ci.

Anti substantialistes et anti réalistes par éducation, elles ne croiront qu’aux individus; les phénomènes seront pour elles les seules choses en soi; les espèces qui n’existent que dans et par les individus, seront soupçonnées de n’être que des étapes progressives, des manifestations, des formes de la loi de Progrès inhérente à tout ce qui est. De ces inductions, sortira la négation de la mort qui ne sera plus pour vos enfants qu’une transformation plus profonde de l’individu, du principe ou loi d’unité de chaque être.

Vos élèves sauront que si la justice est la loi de la conscience morale, c’est qu’elle est une loi de l’univers; que si cette même conscience regarde la félicité comme une conséquence obligée de la justice, c’est qu’il est dans la nature des choses que cette harmonie existe: or, comme l’étude de l’Histoire et l’expérience leur prouveront que cette harmonie n’existe pas sur cette terre, elles en induiront qu’elle doit exister ailleurs.

Ces inductions et beaucoup d’autres dont nous n’avons pas à parler ici, parce que nous ne traitons pas de dogmes, étant légitimes pour une conscience droite, conduiront vos enfants à se formuler une croyance; c’est pour cela que j’estime que vous pouvez sans scrupule en déposer une dans leurs jeunes cœurs.

Quant à votre crainte de voir la religion ébranlée dans l’esprit de vos élèves par la certitude qu’elles auront plus tard que toute religion positive est un produit de la conscience, vous n’avez pas à vous en préoccuper, si vous avez pris le soin de mettre l’hypothèse religieuse en accord parfait avec la science, la morale et la raison. Nous n’avons nul besoin d’une Révélation divine pour croire

Est-ce que le savant ne croit pas à sa théorie? Vos élèves d’ailleurs, ne sauront-elles pas que la base de toute certitude est dans la foi? Est-ce que, pour acquérir des connaissances, nous ne devons pas, préalablement, faire acte de foi envers l’existence des corps extérieurs, la constance des lois qui régissent les choses, l’existence de nos facultés et la valeur positive de leur appréciation? Vos élèves ne savent-elles pas que, même ces choses admises sans preuve, tout repose, pour l’avenir sur la probabilité? Qui pourrait prouver que le soleil se lèvera demain, que le fer ne deviendra pas mou comme du coton, que ce qui était nourriture hier ne sera pas poison demain? Personne ni rien, sinon notre foi que l’univers et les lois qui régissent les choses demeurent, sont persistants? La raison de vos élèves ne saurait être ni révoltée, ni effrayée d’avoir la foi pour couronnement puisqu’elle l’a pour base. Être suspendus entre deux abîmes de foi, ne nous épouvante pas: ce qui nous fait reculer, c’est de trouver la contradiction sur le terrain où les deux abîmes se rencontrent: c’est cette contradiction que vous devez éviter par dessus toutes choses.

Donnez donc de bonne heure une religion positive à vos enfants, mais entendez-le bien, une religion qui ne soit que l’épanouissement poétique de tous vos enseignements.

Vous leur aurez démontré que tout est limité, composé, relatif; que le degré de perfection des êtres est en raison de leur complication; vous ne pourriez donc, sans contradiction, leur représenter la Divinité comme simple, infinie, absolue.

L’étude de la Biologie leur aura prouvé que, si elles sont supérieures aux animaux, c’est parce qu’elles sont plus composées qu’eux et ont un plus grand nombre de facultés; vous ne pourriez donc, sans contradiction, leur enseigner que ce qui persistera en elles sera d’autant plus parfait qu’il sera plus simple.

Toutes leurs études leur auront démontré que l’humanité progressive, s’est élevée et s’élève incessamment de l’animalité et du mal vers l’humanité et le bien; qu’elle est l’auteur de sa justice, de sa vertu, aussi bien que de ses sciences, de ses arts, de son industrie, vous ne pourriez leur enseigner, sans contradiction, que cette humanité est déchue, incapable de rien par elle-même et reçoit d’en haut la Justice.

Elles sauront qu’avec la pratique du bien, notre tâche ici bas est la culture du globe, les créations scientifiques, industrielles et artistiques; le perfectionnement de la société et des lois, afin de créer, pour tous, la plus grande somme de bien-être et de liberté, vous ne pourriez donc leur enseigner, sans contradiction, que la terre est une vallée de larmes dont elles doivent se détourner avec horreur; que le monde ou la société est haïssable; qu’il faut le mépriser et le fuir, et que la science, qui est le certain, doit être subordonnée au dogme, qui n’est que l’hypothèse.

Elles seront convaincues que le travail est notre gloire; que c’est par lui que nous remplissons notre destinée, et que nous nous rendons semblables aux puissances qui régissent l’univers; que plus l’être est parfait, plus il travaille; vous ne pourriez donc, sans contradiction, leur enseigner que le travail est un châtiment, une marque de dégradation.

Elles seront assez développées sous le rapport de la Justice, pour savoir que toute faute est personnelle, que toute punition a pour but l’amendement du coupable, et doit être proportionnée à l’intention et à la gravité du délit; vous ne pourriez donc, sans contradiction, leur représenter la Divinité vouant la race humaine au malheur et au crime pour le péché d’un seul; sévissant dans un but de vengeance, non d’amélioration, condamnant la créature punie à vouloir éternellement le mal, ce qui équivaut, dans le législateur tout puissant, à l’amour du mal.

Elles sauront que le bien et le mal moral sont des faits de liberté et que chacun doit, logiquement, subir les conséquences de ses actes pour qu’il y ait Justice; vous ne pourriez donc, sans contradiction, leur enseigner que, quelles que soient leurs œuvres, elles sont prédestinées par la volonté divine, à un bonheur ou à un malheur éternel.

Elles seront persuadées que nous sommes solidaires, que nul ne saurait pécher sans que la société ne soit en partie coupable, conséquemment en partie responsable; que toute faute est à la fois individuelle et sociale; que nous sommes liés comme les organes d’un même corps; vous ne pourriez donc, sans les démoraliser et contredire tous vos enseignements, leur dire qu’on peut se sauver seul, et que, si elles sont sauvées, elles auront du bonheur à voir souffrir à leurs semblables des supplices atroces et sans fin.

Dans ce qu’elles voient, savent, connaissent, elles constateront la loi de progrès, c’est à dire de mouvement ascendant; la récompense des efforts de la nature et de l’humanité dans un accroissement de puissance et de travail; vous ne pourriez donc, sans contradiction, leur proposer pour idéal de récompense future la contemplation, le repos, la diminution de leurs énergies.

269 Elles sauront que la base du Droit est la liberté et l’égalité, elles aimeront et pratiqueront cette doctrine; vous ne pourriez donc, sans contradiction, leur représenter le monde futur comme une royauté despotique avec une hiérarchie de sujets.

Songez sérieusement à ce que je viens de vous dire, Madame; car votre responsabilité est des plus graves: il ne vous est permis, sous aucun prétexte, de contribuer à mettre la contradiction et le désordre dans la société, en les mettant dans l’intelligence et le cœur de vos élèves. Il faut que tout, en elles, converge vers un même but: donnez-leur donc une Religion qui, bien qu’au dessus de la Raison, ne lui soit pas contradictoire; qui, bien que n’étant la source d’aucun Droit ni d’aucun Devoir, appuie cependant l’un et l’autre.

Quelle que soit la vivacité de leur foi, vos élèves seront tolérantes et préservées de la folie mystique, car une nuance raisonnable de doute planera sur leur croyance: elles se diront sagement: je crois, mais je ne sais pas; et l’humanité a déjà passé par tant d’hypothèses! Les autres consciences individuelles ont, comme moi, l’aspiration religieuse, la croyance en l’immortalité personnelle; nous varions sur les détails; absolument parlant, qui se trompe? Tous nous croyons avoir raison; vivons donc en paix jusqu’à la démonstration de l’erreur par les faits; ou, si nous discutons, que ce soit en frères.

Vos élèves seront assez imbues de l’idéal social moderne, pour comprendre que la Religion est une manifestation individuelle, non une manifestation sociale; que l’État, qui représente la collectivité, ne peut légitimement s’inféoder à une secte quelconque; qu’en un mot, l’État ne doit pas avoir une religion positive, afin qu’aucune conscience ne soit opprimée.

Elles croiront assez à l’égalité et à la dignité humaines pour repousser tout sacerdoce organisé; on enseigne une science, non pas une hypothèse: on propose celle-ci, et jamais aucun prêtre ne se contenterait de ce sage et modeste rôle: c’est l’instituteur qui dirige l’enfant; l’adulte doit se diriger lui-même.

Donnez, Madame, donnez à vos enfants une religion qui les soutienne dans la sainte lutte de la vertu et du dévouement; une religion qui élève leur esprit et leur cœur, et exalte leur courage. Si l’on peut légitimement hésiter à s’offrir en holocauste, lorsque la mort apparaît comme le néant de la conscience, tous les dévouements sont possibles lorsqu’on se considère comme un des rouages de l’Ordre de Justice, et qu’on ne voit dans la mort qu’une transformation, un agrandissement du moi humain.

Que vos enfants trouvent dans une religion admise par leur raison et leur sentiment, un port assuré contre les tempêtes de l’âme; dans leurs frères divins des amis, des témoins de leurs victoires, une pensée fortifiante: celle de ne pas travailler sans témoin au bien général, si elles sont méconnues de leurs contemporains. Oh! croyez-le, elles seront meilleures, plus dévouées, plus grandes, si elles sont bien persuadées qu’ayant servi dans leur vie présente l’Ordre de Justice et de Bonté, elles seront reçues vivantes dans son sein pour continuer à le servir encore, et y trouver l’harmonie de la Justice et du Bonheur.

VIII

All religions, so-called positive and natural, being creations of the human conscience, you will no doubt ask me, Madame, if you are permitted to inculcate one in your pupils; if it is even possible that they will believe in it when they are rationally brought up.

There are only minds without scope, hearts without warmth that do not make assumptions about the Universe, Divinity, individual Immortality, the agreement of Justice and happiness, etc., etc. Now, your pupils will not be of this number: this hypothesis, the origin of a positive religion, they will pose and resolve it, if you do not pose it and resolve it for them.

The woman is too alive, she who gives life, and your children will have too strong a personality, to believe in the annihilation of their being.

You will have taught them that every tendency exists in view of an end; they will feel and understand that within them there are a host of aptitudes and needs that a single life cannot develop and satisfy: they will infer a future life, which their keen sense of justice will not allow them to conceive otherwise than as the logical consequence of the use of this one.

Anti-substantialists and anti-realists by education, they will only believe in individuals; phenomena will be for them the only things in themselves; the species which exist only in and by individuals, will be suspected of being only progressive stages, manifestations, forms of the law of Progress inherent in all that is. From these inferences will come the negation of death, which will be nothing more for your children than a more profound transformation of the individual, of the principle or law of unity of each being.

Your pupils will know that if justice is the law of moral conscience, it is because it is a law of the universe; that if this same conscience regards happiness as an obligatory consequence of justice, it is because it is in the nature of things that this harmony exists: now, as the study of History and experience will prove to them that this harmony does not exist on this earth, they will infer that it must exist elsewhere.

These inductions and many others of which we must not speak here, because we are not dealing with dogmas, being legitimate for an upright conscience, will lead your children to formulate a belief; that is why I think you can without scruple deposit one in their young hearts.

As for your fear of seeing religion shaken in the minds of your pupils by the certainty that they will later have that all positive religion is a product of consciousness, you need not worry about that, if you have taken the care of putting the religious hypothesis in perfect harmony with science, morality and reason. We don’t need divine revelation to believe.

Doesn’t the scientist believe his theory? Besides, won’t your pupils know that the basis of all certainty is in faith? In order to acquire knowledge, must we not first make an act of faith in the existence of external bodies, the constancy of the laws that govern things, the existence of our faculties and the positive value of their appreciation? Don’t your pupils know that, even these things admitted without proof, everything rests, for the future, on probability? Who could prove that the sun will rise tomorrow, that iron will not become soft as cotton, that what was food yesterday will not be poison tomorrow? Nobody and nothing, except our faith that the universe and the laws that govern things remain, are persistent. The reason of your pupils cannot be either revolted or frightened at having faith as its crowning glory since it has it as its basis. To be suspended between two abysses of faith does not frighten us: what makes us recoil is to find the contradiction on the ground where the two abysses meet: it is this contradiction that you must avoid above all things.

So give your children a positive religion early on, but hear it well, a religion that is only the poetic blossoming of all your teachings.

You will have demonstrated to them that everything is limited, compound, relative; that the degree of perfection of beings is due to their complication; you could not therefore, without contradiction, represent the Divinity to them as simple, infinite, absolute.

The study of Biology will have proved to them that, if they are superior to animals, it is because they are more composite than them and have a greater number of faculties; you could not therefore, without contradiction, teach them that what will persist in them will be all the more perfect as it is simpler.

All their studies will have demonstrated to them that progressive humanity has risen and rises incessantly from animality and evil towards humanity and good; that it is the author of its justice, of its virtue, as well as of its sciences, of its arts, of its industry. You could not teach them, without contradiction, that this humanity is fallen, incapable of anything by itself and receives justice from above.

They will know that with the practice of good, our task here below is the culture of the globe, scientific, industrial and artistic creation; the improvement of society and of the laws, in order to create, for all, the greatest sum of well-being and liberty. You could not therefore teach them, without contradiction, that the earth is a vale of tears from which they must turn away with horror; that the world or society is hateful; that it must be despised and shunned, and that science, which is certain, must be subordinated to dogma, which is only hypothesis.

They will be convinced that labor is our glory; that it is through it that we fulfill our destiny, and that we make ourselves similar to the powers that govern the universe; that the more perfect the being, the more it labors; you could not therefore, without contradiction, teach them that labor is a punishment, a mark of degradation.

They will be sufficiently developed in relation to Justice, to know that all fault is personal, that all punishment is intended to amend the offender, and must be proportionate to the intent and gravity of the offence; you could not therefore, without contradiction, represent to them the Divinity dooming the human race to misfortune and to crime for the sin of one alone; raging with an aim of revenge, not of improvement, condemning the punished creature to eternally will evil, which is equivalent, in the all-powerful legislator, to the love of evil.

They will know that moral good and evil are facts of liberty and that everyone must, logically, suffer the consequences of their actions for there to be Justice; you could not therefore, without contradiction, teach them that, whatever their works, they are predestined by the divine will, to eternal happiness or unhappiness.

They will be persuaded that we are united, that no one can sin without society being partly guilty, consequently partly responsible; that all fault is both individual and social; that we are linked like the organs of the same body; you could not therefore, without demoralizing them and contradicting all your teachings, tell them that one can save oneself alone, and that, if they are saved, they will have happiness in seeing their fellow men suffer atrocious and endless tortures.

In what they see, know, understand, they will observe the law of progress, that is to say of upward movement; the reward of the efforts of nature and of humanity in an increase of power and labor; you could not therefore, without contradiction, propose to them as the ideal of future reward contemplation, rest, the diminution of their energies.

They will know that the basis of Right is liberty and equality, they will love and practice this doctrine; you could not, therefore, without contradiction, represent to them the future world as a despotic royalty with a hierarchy of subjects.

Consider seriously what I have just told you, Madame; for your responsibility is one of the most serious: you are not permitted, under any pretext, to contribute to putting contradiction and disorder in society, by putting them in the intelligence and the heart of your pupils. It is necessary that everything, in them, converges towards the same goal: give them then a Religion that, although above Reason, is not contradictory to it; which, although not the source of any Right or Duty, nevertheless supports both.

However strong their faith, your pupils will be tolerant and preserved from mystical madness, for a reasonable shade of doubt will hover over their belief. They will wisely say to themselves: I believe, but I do not know; and humanity has already gone through so many hypotheses! The other individual consciousnesses have, like me, religious aspiration, the belief in personal immortality; we vary on details. Absolutely speaking, who is wrong? We all believe we are right; let us therefore live in peace until the demonstration of the error by the facts; or, if we argue, let it be as brothers.

Your pupils will be imbued enough with the modern social ideal to understand that Religion is an individual manifestation, not a social manifestation; that the State, which represents the collectivity, cannot legitimately subjugate itself to any sect whatsoever; that in a word, the State should not have a positive religion, so that no conscience is oppressed.

They will believe enough in human equality and dignity to reject any organized priesthood; a science is taught, not a hypothesis: this is proposed, and no priest would ever be satisfied with this wise and modest role: it is the teacher who directs the child; the adult must direct himself.

Give, Madame, give your children a religion that sustains them in the holy struggle of virtue and devotion; a religion that uplifts their minds and hearts, and exalts their courage. If one can legitimately hesitate to offer oneself in holocaust, when death appears as the nothingness of consciousness, all devotion is possible when one considers oneself as one of the cogs of the Order of Justice, and one sees in death only a transformation, an enlargement of the human self.

May your children find in a religion accepted by their reason and their sentiment, an assured harbor against the tempests of the soul; in their divine brothers friends, witnesses of their victories, a fortifying thought: that of not working without witnesses for the general good, if they are unknown to their contemporaries. Oh! Believe it, they will be better, more devoted, greater, if they are convinced that having served in their present life the Order of Justice and Goodness, they will be received alive into its bosom to continue to serve it again, and find there the harmony of Justice and Happiness.

CHAPITRE IX.

RÉSUMÉ ET CONCLUSION.

Sur quelques points du globe, un certain nombre de femmes protestent contre les lois qui placent leur sexe en minorité, en demandent l’abrogation ou la réforme, et revendiquent leur légitime part de droit humain.

Des esprits futiles et sans portée rient de ce mouvement qui commence et ira grandissant sans cesse.

Des esprits sérieux, mais retenus dans les liens des vieux préjugés, s’en effraient et s’en étonnent; en cherchent naïvement la raison où ils ne peuvent la trouver, et conçoivent la gigantesque espérance d’arrêter court le mouvement émancipateur.

Une fois pour toutes, il faut les détourner de ce labeur ingrat, en leur faisant toucher du doigt les réalités.

La domination de l’homme sur la femme, et la minorité civile de celle-ci avaient leur prétexte quasi légitime lorsque la femme, maintenue dans l’ignorance, était réellement inférieure à l’homme en intelligence, en caractère, en activité;

Lorsqu’elle n’avait et ne se croyait pour fonction que la maternité et les soins du ménage;

Lorsqu’elle trouvait un soutien légitime qui l’aimait, la protégeait;

Lorsque, inférieure par l’éducation elle se croyait aussi de nature inférieure, et considérait comme son devoir envers Dieu l’obéissance à son mari.

Les choses étaient-elles bien ainsi? Je n’en discuterai pas: préfère le passé qui veut; moi j’aime mieux l’avenir où je vois l’amour complet dans l’égalité, la fusion des âmes, la confiance entière et réciproque, l’effort commun pour une œuvre commune, l’union sainte, pure, entière jusqu’au tombeau qui ne sera pour le survivant qu’un berceau d’immortalité.

Il n’est question ni de ce que nous préférons, ni de ce que nous rêvons les uns ou les autres: mais seulement de ce qui peut être, d’après l’état des esprits et des choses: c’est folie que de vouloir ramener le monde en arrière: la sagesse consiste à régler sa marche en avant.

Pourquoi la femme revendique-t-elle son droit à la liberté et à l’égalité?

C’est d’abord parce que, beaucoup plus instruite que par le passé, elle sent mieux sa dignité et les droits de sa personnalité. C’est parce que les leçons et l’exemple des hommes l’ont éloignée de la foi complète au dogme ancien, qu’elle n’accepte plus que sous bénéfice d’inventaire; c’est à dire en repoussant ce qui heurte ses sentiments nouveaux. Elle sent trop ce qu’elle vaut 273 aujourd’hui, pour se croire inférieure à l’homme et tenue de lui obéir: elle ne croit pas plus au droit divin de l’autre sexe sur elle, que ce sexe ne croit au droit divin du prince et du prêtre sur les peuples.

Sous l’influence du principe d’Émancipation générale, posé par la Révolution française, la femme, mêlée à toutes les luttes comme actrice ou martyr; comme mère, épouse, amante, fille, sœur, s’est modifiée profondément dans ses sentiments et ses pensées: il eût été absurde qu’elle voulût la liberté et l’égalité pour les hommes, parce qu’ils sont des créatures humaines, sans élever son cœur, et sans rêver son affranchissement propre, puisqu’elle aussi est une créature humaine: l’esprit révolutionnaire a rendu la femme indépendante: il faut en prendre son parti.

La femme n’étant plus enfermée dans les soins du ménage et des enfants, mais, au contraire, prenant une part toujours croissante à la production de la richesse nationale et individuelle, il est évident qu’elle a besoin de liberté et d’indépendance, et qu’elle doit avoir, dans la famille et les affaires une tout autre place que par le passé: elle le sent et le sait, il faut encore en prendre son parti, et lui faire cette place: le bon sens et la justice l’exigent.

La femme ne pouvant plus se marier sans une dot ou une profession, ne peut plus considérer le mariage comme son état naturel; elle est de plus en plus mise dans la nécessité triste ou heureuse de se suffire à elle-même, de se considérer, non plus comme le complément de l’homme, mais comme un être parfaitement distinct.

Cette situation faite à la femme exige donc de profondes réformes légales et sociales: elle le sait ou le sent: il faut encore en prendre son parti, et travailler à ces réformes, sous peine de voir la civilisation moderne périr par la minorité de la femme, comme la civilisation ancienne a péri par l’esclavage.

L’homme n’aime plus la femme: il cherche en elle un complément obligé de dot, un associé commode, un moyen de se procurer quelques sensations ou distractions, une servante, une garde malade non rétribuée; la femme ne l’ignore pas; et, à son tour, elle n’aime plus l’homme; cette désolante situation des sexes en face l’un de l’autre, exige que la femme soit délivrée de la tutelle de l’homme qui la heurte, l’irrite, la ruine trop souvent; qui se sert durement de droits sans fondement dans la nature des choses: droits qu’elle ne veut plus subir parce qu’elle est trop intelligente aujourd’hui; et parce qu’elle aime beaucoup moins son conjoint dont elle se sait n’être plus suffisamment aimée.

L’on n’ignore pas ce qu’est devenu le mariage, et quel usage une infinité d’hommes font des privilèges qu’ils ont comme chefs de la communauté. Par leurs passions, leurs vices, leur incurie, ils désolent souvent leur femme et compromettent leur avenir et celui de leurs enfants. La femme commence à ne plus vouloir de cette situation humiliante et dangereuse: elle murmure, elle s’insurge dans son cœur, et beaucoup de jeunes femmes déjà préfèrent renoncer à l’union légale que de subir les conséquences du mariage actuel: que peut faire la société pour parer à ce danger, sinon réformer le mariage?

Ainsi la femme ne veut plus être mineure parce qu’elle ne l’est plus devant l’intelligence;

Parce qu’elle ne l’est plus devant la production;

Parce que la situation qui lui est faite exige son égalité avec l’homme.

Et nous disons, et nous répétons qu’il faut en prendre son parti et opérer progressivement des réformes, si l’on ne veut que la civilisation périsse.

Pour que le mouvement dont on s’étonne ne se produisît pas, il ne fallait pas cultiver l’esprit de la femme;

Il ne fallait pas lui donner une large et lourde part dans le travail;

Il ne fallait pas permettre que l’homme pût se vendre à la femme pour une dot, ou que celle-ci fût son égale ou sa supérieure en utilité dans le travail du couple;

Il ne fallait pas proclamer l’égalité de Droit pour tout être humain;

Il ne fallait pas ruiner dans le cœur de la femme la doctrine qui divinise l’autorité et la subordination.

Mais puisqu’on a fait, laissé faire et laissé passer, il faut subir les conséquences de la situation présente, et ne pas blâmer la femme lorsqu’elle témoigne avoir profité des leçons qu’on lui donne; on ne peut plus ressusciter le passé, ni rendre à la femme ses naïves croyances, ses niaises soumissions, son ignorance et son existence cachée: on l’a développée pour la liberté et l’égalité, qu’on lui donne donc l’une et l’autre; car elle ne formera des hommes libres qu’à la condition d’être libre elle-même.

Dans l’ouvrage que vous terminez, lecteur, je n’ai posé et soutenu qu’une thèse: celle de l’égalité de Droit pour les deux sexes; je n’avais donc pas à me préoccuper des fonctions de la femme, c’est à dire de l’usage que, par suite de sa nature particulière, si elle en a une, elle sera librement conduite à faire de son droit.

Je me serais même interdit de répondre à cette simple question: Y a-t-il dans la Société des fonctions masculines et des fonctions féminines? Si, par une inconcevable aberration, certaines gens n’eussent fait des fonctions qu’ils attribuent à la femme, des causes d’infériorité devant le Droit.

J’ai dû dire alors: ne confondons pas le droit et la fonction: le Droit est la condition, la faculté générale et absolue; la Fonction est la manifestation des aptitudes individuelles qui sont limitées: personne n’a la puissance d’user de tous ses droits, et chacun en use selon sa nature propre, et les circonstances dans lesquelles il se trouve: il se peut que les femmes n’aient pas aptitude pour une foule de fonctions; que la maternité et les soins de l’intérieur pour lesquels la majorité d’entre elles sont formées aujourd’hui, les empêchent d’entrer dans une foule de carrières: cela ne signifie rien quant à la question de Droit: elles ne sont pas plus obligées d’être autres qu’elles ne sont, que l’immense majorité des hommes ne se trouve obligée d’user de tous ses droits. Si, comme on le croit, la femme n’est pas apte à remplir certaines fonctions privées ou publiques, ou qu’elle n’en ait pas le temps, on n’a nul besoin de les lui interdire; si, au contraire, on lui croit l’aptitude et le temps, en l’empêchant de se manifester, on commet une iniquité, un acte d’odieuse tyrannie: le droit est absolu, il ne se scinde pas, il est un: quand il se différencie, ce n’est plus le Droit, c’est le privilége, c’est à dire l’injustice.

Toutefois, pour qu’on ne m’accuse pas d’éluder ou de tourner les questions, parce que je ne puis ou ne veux pas les résoudre, j’ai déclaré nettement ma pensée et j’ai dit: en principe, je n’admets pas que, devant le Droit, on puisse légitimement classer les fonctions en masculines et féminines, quoique j’admette qu’elles se classent dans la pratique selon le degré de développement des sexes et leurs aptitudes actuelles.

Je ne puis admettre en principe une classification devant le Droit, parce que cela supposerait qu’on a trouvé la loi permanente des caractères qui distinguent radicalement les sexes;

Parce que cela supposerait que les sexes sont immobiles, improgressifs.

Or les théories qui établissent une classification, sont loin de révéler la loi, puisqu’elles sont contredites par une multitude innombrable de faits. Et si leur caractère empirique suffit pour les rejeter, que sera-ce, si l’on considère les tristes conséquences qu’elles entraînent!

Elles faussent l’éducation, détruisent la spontanéité du sexe jugé inférieur;

Elles conduisent à l’oppression de la minorité vigoureuse qui ne s’est pas soumise a l’étiolement calculé;

Elles font établir le privilége dans le Droit;

Elles empêchent l’humanité de se développer librement, et la privent de la moitié de ses forces.

Elles conduisent à calomnier la nature et à nier la valeur de ceux qu’on a comprimés, refoulés, auxquels on a donné une nature factice.

Ces motifs sont assez graves pour que nous repoussions toutes les théories, toutes les classifications en vogue, et pour que nous ne nous permettions pas la fantaisie d’en essayer une, qui ne serait pas meilleure que celles des autres, puisque les éléments nous manquent, et ne peuvent être donnés que par le libre développement des deux sexes dans l’égalité.

Non pas, je l’ai dit, que je nie la différence fonctionnelle des sexes: non: une induction légitime m’autorise à croire que la différence sexuelle modifie tout l’être, conséquemment le jeu des facultés: c’est pour cela que la femme doit être partout et, à côté de l’homme: car je ne cesserai de le répéter: tout ce qui est de l’humanité n’aura réellement ce caractère, que lorsqu’il sera frappé de l’empreinte des deux sexes: si, pour procréer un être humain, les deux sont nécessaires, pour mettre au monde une loi viable, un jugement vraiment équitable, il faut l’homme et la femme. Tout existe dans l’humanité par les deux sexes; si tout est imparfait, c’est parce que l’influence de la femme est indirecte; il faut qu’elle devienne directe pour hâter le Progrès.

Repoussant en principe toute classification devant le Droit, et laissant à la Liberté et à l’Égalité la tâche de manifester les véritables caractères différentiels des deux moitiés de l’humanité, je n’ai pas dû m’arrêter sur la prétendue mission, sur la prétendue vocation propre à chaque sexe, ni discuter la valeur des affirmations suivantes et autres semblables:

La femme est gardienne des sentiments, de la morale;

La vocation de la femme est de plaire à l’homme et de s’en faire aimer;

La femme est une religion; c’est une pureté; etc., etc.

Cela nous aurait menée trop loin de définir d’abord les termes, puis de faire comprendre l’inanité et le danger de semblables idées.

Disons seulement en passant que la première affirmation est dangereuse en ce qu’elle conduit à juger plus sévèrement la femme que l’homme au point de vue de la morale, conséquemment porte à maintenir les fausses appréciations que nous avons combattues dans le chapitre de l’Amour et du Mariage: quand un seul sexe est réputé gardien des mœurs, les mœurs se corrompent: car l’un ne pèche pas sans l’autre.

D’autre part c’est une triste idée que de prétendre que la vocation de la femme est de plaire a l’homme et de s’en faire aimer: c’est avec cette morale là que l’on fait de la femme un être futile, rusé; qu’on la prépare à l’adultère quand elle est malheureuse en ménage; au libertinage quand elle est pauvre: la vocation de la femme est d’être un être social, digne, utile et moral, une épouse sage et bonne, une mère tendre, attentive, éclairée capable de faire des citoyens et des citoyennes honorables: sa vocation ne diffère pas en général de celle de l’homme qui, lui aussi, doit être un époux sage et bon, un père tendre ne donnant à ses enfants que de sages exemples et de bonnes leçons, tout en remplissant lui-même sa tâche de citoyen et de producteur. Si la femme doit plaire à l’homme et s’en faire aimer, l’homme doit également plaire à la femme et s’en faire 280 aimer: à cette condition seule, remplie des deux parts, est le bonheur et l’harmonie du ménage.

CHAPTER IX.

SUMMARY AND CONCLUSION.

On some points of the globe, a certain number of women are protesting against laws that place their sex in the minority, demanding their repeal or reform, and claiming their legitimate share of human rights.

Futile and meaningless spirits laugh at this movement that is beginning and will grow constantly.

Serious minds, but bound in the bonds of old prejudices, are frightened and astonished; naively seek the reason where they cannot find it, and conceive the gigantic hope of stopping the emancipatory movement short.

Once and for all, we must turn them away from this thankless work, by making them feel the realities.

The domination of man over woman, and the latter’s civil minority, had their quasi-legitimate pretext when the woman, maintained in the ignorance, was really inferior to the man in intelligence, in character, in activity;

When she had, and believed her function to be, only maternity and the care of the household;

When she found a legitimate support who loved her, protected her;

When, inferior by education, she also believed herself to be of an inferior nature, and considered obedience to her husband to be her duty to God.

Were things good like this? I will not discuss it: whoever wishes can prefer the past; I prefer the future where I see complete love in equality, the fusion of souls, complete and reciprocal confidence, the common effort for a common work, the holy, pure, complete union until the tomb, which will be for the survivor only a cradle of immortality.

It is not a question of what we prefer, nor of what we each dream of: but only of what can be, according to the state of minds and things: it is madness to want to carry the world backwards: wisdom consists in regulating its forward march.

Why do women claim their right to liberty and equality?

It is first of all because, much better educated than in the past, woman better feels her dignity and the rights of her personality. It is because the lessons and the example of men have distanced her from complete faith in the old dogma, which she no longer accepts except under the benefit of an inventory; that is to say by pushing back what offends her new feelings. She feels too much what she is worth today, to believe itself inferior to man and bound to obey him: she no more believes in the divine right of the other sex over her, than this sex believes in the divine right of the prince and the priest over the peoples.

Under the influence of the principle of General Emancipation, posed by the French Revolution, women, involved in all struggles as actors or martyrs; as mother, wife, lover, daughter, sister, have changed profoundly in their feelings and their thoughts: it would have been absurd for them to want freedom and equality for men, because they are human creatures, without raising their heart, and without dreaming of their own emancipation, since they too are human creatures: the revolutionary spirit has made woman independent: we must take her side of it.

Since woman is no longer confined to the care of the household and children, but is, on the contrary, taking an ever-increasing part in the production of national and individual wealth, it is obvious that she needs freedom and independence, and that she must have, in the family and business, a completely different place than in the past: she feels it and knows it. We still have to take her side, and give her this place: common sense and justice require it.

The woman, no longer able to marry without a dowry or a profession, can no longer consider marriage as her natural state; she is more and more placed in the sad or happy necessity of being self-sufficient, of considering herself no longer as the complement of man, but as a perfectly distinct being.

This situation imposed on women therefore demands profound legal and social reforms: she knows it or feels it: it is still necessary to take her side of it, and work for these reforms, under penalty of seeing modern civilization perish by the minority of the population. woman, as ancient civilization perished through slavery.

The man no longer loves the woman: he seeks in her an obligatory complement to his dowry, a convenient partner, a means of procuring some sensations or distractions, a servant, an unpaid nurse; the woman is not unaware and, in her turn, she no longer loves the man; this distressing situation of the sexes facing each other demands that the woman be delivered from the tutelage of the man who offends her, irritates her, too often ruins her; who makes harsh use of rights without foundation in the nature of things: rights that she no longer wants to submit to because she is too intelligent today; and because she loves her spouse much less, whom she knows she no longer loves enough.

We are not unaware of what has become of marriage, and what use an infinity of men make of the privileges they have as heads of the community. By their passions, their vices, their negligence, they often distress their wives and compromise their future and that of their children. The woman begins to no longer want this humiliating and dangerous situation: she murmurs, she rebels in her heart, and many young women already prefer to give up the legal union rather than to suffer the consequences of the current marriage. What can be done society to ward off this danger, if not reform marriage?

Thus the woman no longer wants to be a minor because she is no longer so in intelligence;

Because she is no longer so in production;

Because the situation made for her demands her equality with man.

And we say, and we repeat that we must take her side and carry out reforms gradually, if we do not want civilization to perish.

In order for the astonishing movement not to occur, it was necessary to not cultivate the mind of the woman;

It was necessary not to give her a large and heavy part in the labor;

It was necessary to not allow that the man could be sold to the woman for a dowry, or that this one was his equal or his superior in usefulness in the work of the couple;

It was necessary to not proclaim the equality of Right of all human beings;

It was necessary to not destroy in the heart of woman the doctrine which deifies authority and subordination.

But since we have done all that, laissez faire and laissez passer, we must suffer the consequences of the present situation, and not blame the woman when she testifies to having profited from the lessons given to her; we can no longer resuscitate the past, nor give back to woman her naive beliefs, her silly submissions, her ignorance and her hidden existence: we have developed her for liberty and equality, so let us give her both one and the other; for she will form free men only on the condition of being free itself.

In the work that you are finishing, reader, I have put forward and defended only one thesis: that of equal rights for the two sexes; I therefore did not have to concern myself with the functions of woman, that is to say with the use that, in consequence of her particular nature, if she has one, she will be freely led to make of her right.

I would even have refrained from answering this simple question: Are there masculine and feminine functions in society? If, by an inconceivable aberration, certain people had not made the functions that they attribute to women causes of inferiority before the law.

I had to say then: let us not confuse right and function: Right is the condition, the general and absolute faculty; Function is the manifestation of individual aptitudes that are limited: no one has the power to use all their rights, and each uses them according to their own nature and the circumstances in which they finds themselves: it may be that women are not fit for a host of functions; motherhood and the care of the interior for which the majority of them are trained today, prevent them from entering a host of careers: this means nothing as to the question of Right: they are not any more obliged to be other than they are, than the immense majority of men find themselves obliged to use all their rights. If, as we believe, the woman is not fit to fulfill certain private or public functions, or that she does not have the time to do so, there is no need to prohibit her from doing so; if, on the contrary, we believe she has the aptitude and the time, by preventing her from manifesting herself, we are committing an iniquity, an act of odious tyranny: the right is absolute, it cannot be divided, it is one: when it is differentiated, it is no longer Right, it is privilege, that is to say injustice.

However, so that I will not be accused of evading or deflecting questions, because I cannot or do not want to resolve them, I stated my thoughts clearly and said: in principle, I do not admit that, before Right, one can legitimately classify the functions into masculine and feminine, although I admit that they are classified in practice according to the degree of development of the sexes and their actual aptitudes.

I cannot admit in principle a classification before Right, because that would suppose that one has found the permanent law of the characters that radically distinguish the sexes;

Because that would suppose that the sexes are immobile, unprogressive.

Now the theories that establish a classification are far from revealing the law, since they are contradicted by an innumerable multitude of facts. And if their empirical character suffices to reject them, what will it be, if we consider the sad consequences they entail!

They falsify education, destroy the spontaneity of the sex considered inferior;

They lead to the oppression of the vigorous minority who have not submitted to calculated etiolation;

They establish the privilege in the Right;

They prevent humanity from developing freely, and deprive it of half of its forces.

They lead to s;andering nature and denying the value of those which one compressed, repressed, to which one gave a factitious nature.

These motives are serious enough for us to reject all the theories, all the classifications in vogue, and for us not to allow ourselves the fancy of trying one, which would not be better than those of the others, since we lack the elements, which can only be given by the free development of both sexes in equality.

Not, as I have said, that I deny the functional difference of the sexes: no: a legitimate induction authorizes me to believe that sexual difference modifies the whole being,