E. Armand, “Pour faire réfléchir” (Le Libertaire, 1922-1925)

Between October 1922 and March 1925, E. Armand contributed a series articles to Le Libertaire under the title “Pour faire réfléchir,” and these articles were among those drawn upon for the 1926 collection Fleurs de solitude et Points de repère. This title — which indicates food for thought — appeared in a number of the anarchist periodicals with which Armand was affiliated. Often it topped a quotation from published works, often of historical significance. Early in the run of l’en dehors, it marked a series of brief reflections by “Gabriel.” In La Voix libertaire it was the name of a column by Lucien Barbedette, similar in content to Armand’s “Points de repère.” In Le Libertaire, it was very similar in content to the “Points de repère,” to the point of being interchangeable at some points, but it tended, in general, to focus more on scientific matters.

I have included a small number of articles that appeared in Le Libertaire under other titles, but seem to be related.


Pour faire réfléchir

Dans la rubrique « Journaux et Revues d’avant-garde » Le Liseur polémique avec Paul Bergeron concernant Emile Cottin.. Paul Bergeron explique, entre autres, dans le dernier numéro des Vagabonds, que lorsqu’on s’est occupé « consciencieusement » de mon cas, ma libération n’a guère tardé.

Il est bon de remettre les choses au point Comment ai-je obtenu ma mise en liberté ? parce que ceux qui se sont occupés de moi ont réussi à faire prévaloir ce point de vue — d’ordre essentiellement juridique, c’est entendu — qu’ayant été assimilé à un militaire lorsque j’avais été condamné par le conseil de guerre, il était de toute équité que cette assimilation se poursuivît quand il s’agissait d une mesure générale de libération comme la suspension de peine. Il n’y avait aucune raison de m’exclure de celle mesure. C’était, somme toute, une répétition de l’affaire Branquet.

Le succès de ces démarches s’est traduit par un gain de six mois de liberté Tant mieux pour moi. Il s’agit maintenant de savoir si j’ai clé diminué du fait de la réussite de l’intervention de mes amis.

Nullement. Personne ne m’a réclamé un engagement de renoncer à une propagande, antiautoritaire quelle quelle elle fût. Je n’ai fait aucune promesse de m’abstenir de critiquer, de combattra d’attaquer l’Etat —bourgeois ou prolétarien — de dénoncer la domination ou l’exploitation Au contraire. J’ai toujours fait savoir qu’aussitôt rendu à la liberté, et dès que je me retrouverais en état de le faire, je reprendrais activité contre les manifestations du voir, peu importe qui l’exerce et au fi ce de qui il soit exercé — la ploutocratie occidentale ou la commissarocratie orientale.

Je n’ai pas plus été diminué que le camarade qui, victime d’un accident du. travail, a recours è certains formalités légales pour obtenir l’indemnité de rigueur. Ou que les camarades qui écrivent au Libertaire en s’astreignant à la formalité légale du gérant. Ou, pour prendre un * exempte parmi tant d’autres, et citer un camarade, que j’estime profondément, pas plus que ne l’a été Alexander Berkman du fait des démarches réitérées de ses amis et avocats, tantôt à la commission des grâces (Pardon Board), tantôt aux cours de justice supérieures pour obtenir sous motif d’inconstitutionnalité de sa condamnation, la révision de son procès (voir Prison Memoirs of an Anarchist).

Personne ici n’est diminué, parce que ni les formalités légales consenties, ni les démarches tentées n’impliquent reniement des opinions ou renoncement à la propagande.

Il faut s’entendre. Plus de démarches, mais alors plus d’avocats, plus de réponses au juges, quels qu’ils soient, devant lesquels on comparait. Inutilité des Comités de Défense Sociale dont les brochures mentionnent « que tout camarade arrêté doit immédiatement faire connaître au juge d’instruction l’avocat qu’il a choisi et ne répondre qu’en présence de ce dernier ». Et je ne comprends plus l’intervention de Me Oscar Bloch pour sauver la tète de Cottin ?

D’ailleurs, qu’on ne s’y trompe pas, agitation dans la rue, meetings immenses, tant qu’on voudra — on n’obtient ta libération d’un camarade que grâce à une mesure de clémence, à un acte légal, un décret émanant de l’exécutif. Aucun détenu n’est mis en liberté sans une décision de l’autorité supérieure dont il relève.

Décidément non, la place d’un anarchiste – individualiste ou communiste — n’est pas plus en prison qu’à la caserne, etc. a prison est un enfer, elle constitue un régime dégradant, avilissant ou l’on poursuit sous toutes ses formes et de toutes s façons l’annihilation de l’initiative individuelle, l’abolition de la dignité personnelle. Non. on ne peut pas se faire, sans ‘ sentir » repris » au dedans de soi-même, l’idée que, des années et des années, un tirade végète et s’étiole dans un atelier dont les parois suent le désespoir, ou dans ne cellule, vestibule de la tuberculose eu e la folie. Il est de bonne, d’élémentaire camaraderie d’essayer de tirer de prison les camarades qui y languissent, par tous les moyens n’impliquant pas reniement de leurs opinions, abstention de leur propagande. Il ne faut pas que Gaston Rolland, canne Morand, Emile Cottin, « crèvent » à prison, delà ferait trop plaisir à ceux ui les ont enfermés. Iî faut qu’ils vivent t qu’ils donnent toute l’activité dont leur énergie les rend encore capables. Et c’est ne responsabilité qu’il me parait impossible de prendre — quand on le peut. — de se refuser à accomplir une démarche ou ne série de démarches qui peuvent avoir comme résultat d’arracher un des nôtres à la déchéance physique ou intellectuelle, à la mort.

E. ARMAND.

N. B. — La parution de L’en dehors se trouve retardée au 15 novembre par suite de circonstances indépendantes de ma volonté.

  • E. Armand, “Pour faire réflechir,” Le Libertaire 2e série, 4 no. 197 (4 Octobre 1922): 3.

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Pour faire réfléchir

LA POLÉMIQUE

Lorsque la bête du troupeau — tireur à la ligne ou simple tête de bétail — fait de la polémique, c’est toujours à la vie privée de son adversaire d’idées qu’elle s’en prend. Et c’est compréhensible, la question d’idées passant après le reste. La bête du troupeau ramasse les commérages, recueille les on-dit, dépouille les rapports de police, et, à l’aide de ce fatras de renseignements truqués ou mensongers, constitue ses dossiers. La bête du troupeau exulte lorsqu’elle a pu établir les secrets et les détails de l’existence de son antagoniste, provoquant le scandale et les glapissements de ses congénères. Nous exclurons soigneusement de nos polémiques la vie privée de celui dont nous discutons les doctrines, les opinions, l’activité publique. Sa vie privée ne nous regarde pas. Ses gestes quotidiens ne sauraient nous intéresser. Pour qu’ils puissent retenir notre attention, il serait nécessaire qu’ils eussent un retentissement sur le développement et l’épanouissement de notre vie propre. Ou encore que le ou les intéressés nous demandassent d’intervenir, ce que nous ne ferons qu’avec la plus extrême circonspection. Nous estimons que nous occuper des affaires d’autrui, c’est commettre à son égard le plus grave des empiétements. Et ce n’est pas pour être inconséquents nous-mêmes que nous le réclamons des autres. Donc, notre polémique personnelle — lorsqu’il s’agit d’un écrivain, d’un propagandiste, d’un militant, et c’est cette polémique-là à laquelle je fais allusion — portera sur son activité publique, ses écrits, ses discours, les œuvres pour lesquelles il sollicite l’attention, la sympathie ou le concours du public. En d’autres termes, pour ardente, vigoureuse et irréductible qu’elle soit, la polémique individualiste ne peut porter que sur la partie de sa vie que l’individu livre à l’extérieur : la faire passer sur la portion d’existence qu’il entend conserver devers soi est un non-sens et un acte de violence.

LA CAMARADERIE

A force de se retrouver entre sympathiques à des idées semblables, entre co-partageants d’opinions similaires, de se rencontrer dans les réunions, dans les petites causeries de groupes, aux promenades dans les banlieues des villes importantes, de se retrouver dans les bons et les mauvais jours, dans les temps d’épreuve et aux heures d’allégresse, une affection d’un genre tout spécial finit par vous lier les uns aux autres. Une affection qui ne comporte ni obligations, ni règles, mais qui fait qu’on se sent prêt à rendre à ceux qu’on rencontre dans ces circonstances tous les services qu’il vous est possible de rendre. Une affection qui vous fait, tout naturellement, éprouver de la joie lorsque vous voyez le rayonnement de la satisfaction illuminer leur visage, et ressentir de la tristesse quand vous les apercevez la mine défaite et abattue. Une affection qui vous fait déplorer leur absence, regretter de ne point les voir là, souffrir de les savoir empêchés d’être en votre compagnie. C’est cette forme spéciale de l’amitié basée sur la communion d’idées que nous appelons « camaraderie ».

LE BLUFF MORALISTE

Les moralistes affirment qu’en fin de compte l’injustice est punie, que finalement l’injuste rencontre la ruine et qu’un jour vient, tôt ou tard, où l’inique reçoit un châtiment mérité. En réalité, les grands exploiteurs, les grands propriétaires finissent le plus souvent leurs jours sans connaître aucun des soucis qui hantent la vieillesse des dominés et des exploités. Il arrive que quelques-uns d’entre eux succombent dans la lutte qu’ils ont entreprise pour conquérir, amplifier leur situation, mais c’est un « accident de travail » qui n’est pas plus extraordinaire que la chute d’un couvreur tombant d’un toit, ou la mort d’un officier tué par le projectile lancé par l’ennemi.

LA RÉALITÉ DE L’INFINI

Prétendre que la possibilité pour l’esprit humain de concevoir l’infini constitue une présomption en faveur de l’infini (ou de l’immortalité de l’âme) revient à dire que la possibilité pour l’esprit humain de concevoir que la lune est habitée par des hommes à deux têtes, de dix mètres de haut, constitue une présomption en faveur de l’habitabilité de la lune.

Qu’est-ce que l’infini ? Une succession jamais interrompue de faits, d’actes, de moments, de lieux dont on ne peut imaginer qu’ils aient eu un commencement, dont on ne saurait prévoir qu’ils aient une an ou une limitation. Quels exemples concrets, quelles images pourraient rendre appréhensible à la compréhension humaine l’idée de l’infini ? Des sous qu’on entasserait par piles de cent à raison de cinq cents piles par jour et dont un million de journées de comptage n’arriverait pas à effleurer le nombre. Des pierres qu’on jetterait dans un abîme, qui auraient beau tomber durant des milliers et des milliers de siècles sans atteindre jamais le fond. Un boulet lancé à raison de cent kilomètres à l’heure et qui, au bout d’un milliard d’heures, ne serait, relativement, pas plus près du but, qu’au moment où il a quitté la gueule du canon.

Ces diverses images sont le produit du fonctionnement cérébral, la résultante de l’association, de la combinaison des idées qui s’y forment. Elles n’ont pas plus de réalité que les épisodes d’un roman, les scènes d’un drame. Les Balzac, les Alexandre Dumas, les Victor Hugo, les Zola ont imaginé des situations, inventé des successions d’événements, forgé des dénouements d’une valeur de conception égale aux idées d’infini et d’immortalité de l’âme.

Que l’être humain, harassé par les épreuves de la vie et la trouvant trop courte encore, tourmenté par son impuissance à connaître, hanté par le souci d’une justice réparatrice s’exerçant puisqu’elle est ignorée, par delà la tombe — que l’être humain, fini, borné, angoissé, ait cherché dans l’idée de l’infini une sorte d’ivresse consolatrice à laquelle il a recours quand l’existence se fait plus pénible, c’est très explicable, très compréhensible. L’idée de l’infini, de l’immortalité de l’âme persiste en l’esprit humain au même titre que chez le buveur le souvenir de quelque breuvage enivrant, abrutisseur ou générateur de rêves. Mais cette constatation ne constitue aucune preuve, aucune présomption d’aucun genre en faveur de la réalité de l’infini ou de l’immortalité de l’âme.

E. Armand.

  • E. Armand, “Pour faire réflechir,” Le Libertaire 3e série, 29 no. 1 (24 Décembre 1923): 1.

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Pour faire réfléchir

L’âge de la Terre.

Un ignore exactement quel est l’âge de la terre. Les chiffres varient selon que l’on a affaire aux chimistes, aux géologues et aux géodésiens.

Les chimistes se basent sur la quantité de chlorure de podium (sel) qui se trouve dans les océans et qui atteindrait six milliards de tonnes. D’après eux, la salure de la mer proviendrait du sel qui a été charrié par les cours d’eau qui s’y jettent, ce qui semble assez curieux. Connaissant approximativement la quantité de sel portée chaque année dans la mer par les fleuves, ils ont divisé le tonnage ci-dessus par cette quantité. Ils sont arrivés ainsi à un chiffre de 90 à 100 millions d’années.

Les géologues s’adressent, eux, à la sédimentation, c’est-à-dire aux couches géologiques qui, dans le fond des mers, s’étagent les unes au-dessus des autres, sédimentations constituées par l’apport des particules du matière provenant du lit des fleuves, de la démolition des rivages, des débris d’organismes vivants. Un calcule qu’il faut de 1.000 à 10.000 ans pour former une couche géologique d’un mètre d’épaisseur. Il aurait fallu de 180 à 600 millions d’années pour la formation du dépôt de toutes les loches stratifiées.

Un savant américain a calculé que pour être formés les terrains primitifs avaient exigé 540 millions d’années, les terrains secondaires 180 millions et les terrains tertiaires 65 millions, au total : 785 millions d’années. Si on ajoute autant, de temps aux terrains archéens cristallisés, il faut reporter la sédimentation des mers primitives et probablement l’origine de la vie à plus de 15 millions de siècles.

Quant aux temps qui ont précédé la vie, au moment où la terre s’est détachée de la nébuleuse solaire et a commencé à se condenser, il lait compter, d’après les astronomes, par centaines de millions d’années.

Combien puérils, devant de tels nombres, apparaissent les chiffres fournis par les Genèses des diverses religions, particulièrement par la Bible.

La croissance du cerveau et le ralentissement de la longueur du corps au cours de la journée.

Dans un article très substantiel et fort documenté, le douleur Devaux montre que c’est à cause de la prolongation de la période de l’allaitement que l’homme doit son développement cérébral. Il est le seul mammifère wiki, comparativement, demeure si longtemps incapable de pourvoir à sa subsistance. C’est pourquoi, par rapport aux anthropoïdes (gorille, orange, chimpanzé), l’homme est très inférieur pour ce qui concerne les fonctions de reproduction.

D’après ce savant, il ne faut pas forcer le petit de l’homme a manger, à marcher, ù agir trop tôt. C’est absolument néfaste pour l’avenir intellectuel du jeune être en formation. Plus tôt, en effet, l’enfant manifeste une vie cérébrale active et plus tôt les cellules nerveuses de son cerveau se différencient et sont mises conséquemment dans l’impossibilité de se multiplier. Il n’y a pas lieu du tout de se féliciter de voir un enfant doué de précocité. C’est le signe de l’arrêt du développement cérébral.

C’est pendant l’allaitement que se bâtissent les fondements de l’intelligence future. La croissance prodigieuse du cerveau humain durant les premiers mois de la naissance est duc à son manque d’activité. Le petit enfant, en effet, a des yeux qui voient, mais ne regardent pas, des oreilles qui entendent, mais n’écoutent point ; il a à peine conscience qu’il existe, il ne se meut pus, il ne peut que s’agiter défilement sur place, il ne sait que fêter. Pendant cette longue période, il peut faire provision, accumuler de nombreuses cellules nerveuses. Dès que l’enfant se met à agir volontairement, à vivre cérébralement, sou cerveau ne croît plus ou presque.

Parler de l’accroissement prodigieux du cerveau pendant les premiers mois de la vie n’est pas trop dire. Le cerveau de l’adulte pèse normalement de 1.300 à 1.400 grammes. A la naissance, le poids du cerveau est de 371 grammes pour les garçons et 361 grammes pour les filles ; au bout d’un an, il est de 967 grammes et 893 grammes respectivement ; à 3 ans, il est de 1,100 grammes, poids moyen.

Voilà des indications qui montrent combien ont raison ceux qui veulent reculer pour les enfants l’âge d’apprendre.

Un des récents comptes rendus de la Société de Biologie contient une communication intéressante sur le raccourcissement de la longueur du corps au cours de la journée. Le corps de l’homme se raccourcit progressivement du lever au coucher du soleil et recouvre sa longueur normale au cours de la nuit. La diminution n’atteint pas deux centimètres et demi, n’est pas influencée par le poids et diminue de façon constante à mesure qu’on s’avance en âge, le dos devenant plus rigide.

La reproduction des anguilles.

La Grande Revue du mois d’août 1924 contient une étude qui est un véritable chapitre de roman scientifique sur la façon dont s’opère la reproduction des anguilles. Quatre siècles avant l’ère vulgaire, Aristote se demandait où et comment naissent les anguilles. Il n’y a guère que deux ou trois lustres qu’on à pu donner une réponse satisfaisante. Après une patiente recherche, on a découvert que d’Angleterre, des côtes des pays Scandinaves, du Portugal. d’Espagne, de France, de Belgique, de Suisse, d’Italie, de Grèce, de l’Afrique Occidentale, jusqu’au Sénégal, les anguilles, quand elles ont atteint leur septième année, abandonnent fleuves, rivières, lacs, étangs, pour se rendre en un lieu situé par 50° de longitude et 30° de latitude à la lisière orientale do la zone des Sargasses, non loin des lies Bermudes. La ponte a lieu au printemps, par une température de 20 degrés. Epuisées patio voyage, les anguilles meurent sur place, après avoir donné naissance à des milliards de larves.

Au cours de ce voyage, il se produit une curieuse transformation anatomique el fort suggestive ; des deux côtés de la tête, leurs nageoires s’allongent en ailerons : leurs yeux, normalement haut placés vers le front, s’écartent l’un de l’autre vers les côtés et se transforment en yeux énormes, analogues à ceux que possèdent les animaux marins destinés à vivre à de grandes profondeurs.

La ponte, ai-je dit, a lieu au printemps. Quand les jeunes ont atteint 25 millimètres, is commencent à sortir de la région des Sargasses. L’été suivant, ils ont le double de longueur et se trouvent à peu près au milieu de l’Atlantique. Au troisième été, longs de 75 millimètres, on les trouve au large de l’Irlande, des Féroé, de la Manche, au-dessus du socle continental de l’Europe. Au moment où la larve marine atteint sa quatrième année, elle se transforme en civelle, en poisson d’eau douce de 6 centimètres de longueur ,et la voilà qui s’engage dans la Manche, la mer du Nord, la Baltique, la Méditerranée, et c’est la montée dans tous les cours d’eau disponibles.

En route, cela va sans dire, il s’est perdu des millions et des millions d’individus. Les mâles restent sur les côtes et demeurent toujours de petite taille.

Pourquoi l’anguille se rend-elle dans la mer des Sargasses pour opérer sa ponte ? Sa migration est instinctive. Il s’élevait jadis un continent sur l’emplacement de l’Atlantique actuel, lequel est descendu sous les eaux par saccades durant toute l’époque tertiaire ; ses derniers vestiges — sa côte orientale — existaient encore quand se sont constituées les premières civilisations européennes. L’anguille est un poisson dont l’Europe et l’Amérique (à noter que l’anguille américaine compte sept vertèbres de moins) ont hérité de l’Atlantide. Quand cc continent s’affaissa, l’anguille dut aller chercher toujours plus loin à l’ouest et à l’est l’eau douce nécessaire à sa transformation complète, sans toutefois perdre l’habitude de revenir, pour la reproduction, sur le territoire où avaient coutume de se rassembler ses ancêtres.

Ces observations montrent quelle énergie est contenue dans cet instinct qui conduit un poisson d’eau douce à accomplir un trajet de 6.000 kilomètres pour rejoindre les fonds marins qui lui servirent primitivement d’habitat.

Ces observations démontrent aussi que les légendes relatives à l’existence de l’Atlantide — dont Platon s’était fait l’écho — reposent sur la réalité. Rares sont d’ailleurs les légendes, bien rares qui n’ont pas un fond de vérité.

D’une autre télégraphie sans fil.

Il est hors de doute que dans l’antiquité on a connu des méthodes do communiquer à distance et rapidement les événements qu’il y avait intérêt à faire connaître.

On peut se rendre compte du procédé employé par cc qui se fait actuellement au Sud-Afrique. Un missionnaire anglican, le révérend Ridont, exposait récemment le système qu’on emploie au Natal pour communiquer à de grandes distances, dans les temps de paix, les ordres du chef en temps de guerre, les nouvelles des victoires ou des défaites.

Chaque village possède un télégraphiste qui détient un tambour formé d’une calebasse sèche sur laquelle est tendue une peau de chevreau spécialement préparée. Il suffit d’v frapper pour que le son produit s’entende à huit, douze kilomètres à la ronde. Quand besoin est, le préposé fait émettre à son instrument des sons qui varient en durée et que séparent des intervalles plus ou moins longs, selon ce qu’on veut leur faire signifier. Les autres télégraphistes qui se trouvent dans le rayon d’audition recueillent ces sons et les reproduisent à leur tour. En très peu de temps, ils sont transmis aux extrémités du pays.

Durant la guerre anglo-hoer, les nouvelles étaient transmises avec autant d’exactitude et avec plus de rapidité que par le télégraphe électrique.

Ridont a pu se rendre compte que par cc système on peut communiquer jusqu’à une distance de 1.500 kilomètres et “des centaines do localités étaient simultanément atteintes. Toutes les tribus africaines, vont des moyens analogues de communiquer à longue distance.

On voit qu’il y a fort à redire sur l’infériorité dont les « civilisés » houent si gratuitement les « sauvages ».

E. ARMAND.

  • E. Armand, “Pour faire réfléchir,” Le Libertaire 3e série, 30 no. 274 (17 Septembre 1924): 2.

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Pour faire réfléchir

La mort du docteur RUTGERS.

J’apprends la mort du Dr. Rutgers qui fut l’un des pionniers du mouvement néo-malthusien aux Pays-Bus et qui était parvenu à gagner pour le néo-malthusianisme une situation à peu près indéracinable. Le Dr. Rutgers considérait la problème de la procréation volontaire comme essentiellement pratique et auquel n’avaient rien a voir les professeurs et les ecclésiastiques. La propagande de renseignements et d’informations passait pour lui au second plan. Aussi sa principale activité consista-t-elle en la création de cliniques qui, des grands centres, rayonnèrent un peu partout. Dans ces cliniques, on forma des sages-femmes et des infirmières qui s’imprégnèrent des principes hygiéniques, et eugéniques du néo-malthusianisme ; puis les consultations et les procédés contre-conceptionnels furent mis à la portée du tous pour un prix des plus modiques. Il convient d’ajouter que le Dr. Rutgers était parvenu à faire reconnaître son œuvre comme d’utilité publique.

Rutgers avait été envoyé par son père à l’Université pour y étudier la théologie. A 24 ans, il fut même choisi comme pasteur dans un petit village Il s’aperçut bientôt que ce n’était pas sa vocation. Il retourna donc à l’Université, mais pour y étudier la médecine. De ces études théologiques, il avait gardé une haine bien marquée contre les doctrines de St. Augustin et de St. Paul concernant l’ascétisme et le dualisme du corps et de l’âme.

Les recherches que le Dr. Rutgers avait faites dans le domaine biologique l’avaient amené à se rendre compte et à reconnaitre que, dans le plan de la nature, l’amour et l’attraction sexuelle jouent un rôle prépondérant comme facteurs d’évolution de l’espèce. Il avait exposé toutes ses vues à ce sujet dans un. ouvrage magistral: DAS SEXUALLEBEN IN SEINER BIOLOGISCHEN BEDEUTUNG (la vie sexuelle dans sa signification biologique) paru à Dresde, en 1922. Rutgers considérait comme criminel qu’on considérât le sexualisme comme impur ou qu’on n’en discutât point.

Combien faut-il de mots pour s’exprimer ?

A deux ans pour faire connaître ce dont il a besoin et extérioriser su pensée, l’enfant emploie une cinquantaine de mots. L’homme inculte, dans le même but, se sert de oOO à mille termes. Dans ses fables, où ont puisé tous les fatalistes y compris le bon La Fontaine, Phèdre a usé de mille vocables.

Au moyen de 5.462 mois, la Bible (l’ancien Testament) raconte à sa façon la création du monde, l’expulsion de l’homme du Paradis terrestre, le déluge universel, le sauvetage de Noé et de sa famille, lesquels donnèrent souche à toutes sortes d’hommes et de femmes méchants et cruels dont les crimes et les abominations ne se comptent pas.

Homère s’est servi de 5.600 mots, y compris les noms d’individus et les noms géographiques, pour faire l’Iliade de tous les maux résultant de la colère d’Achille ; les discussions entre Jupiter et Junon, les entr’égorgements de Grecs et de Troyens à cause d’Hélène, belle comme une déesse, pour no s’arrêter qu’aux funérailles d’Hector, le dompteur de chevaux. Le même vocabulaire lui a servi pour raconter l’Odyssée d’Ulysse, captif de la nymphe Calypso, Vhisnoire des Cyclopes anthropophages ; celles d’Eole maître des vents, de Circé la magicienne qui change les hommes en bêtes, de la descente de son héros aux enfers, des sirènes aux séductions desquelles, heureux mortel, il échappe, de Charibde et de Scylla qu’il évite également, des poursuivants de Pénélope qui dévorent ses bœufs et ses moutons, en attendant d’être égorgés.

Pour écrire l’Iliade et l’Odyssée il n’a donc fallu à Homère que 5.600 mots. Pour décrire les souffrances ou les joies de l’Enfer, du Purgatoire et du Paradis il faudra à Dante 7.000 mots, Milton en exigera 8.000 pour dicter à sa ville son Paradis Perdu. Shakespeare aura besoin de 15.000 mots pour venir à bout de ses tragédies et avec 12.009 mots Goethe écrira toutes ses œuvres.

Le vocabulaire latin classique contient 25.000 mots.

Un des meilleurs vocabulaires qui existent, celui de Webster, contenait 80.000 mots dans son édition de 1861. Son édition de 1910 en contient 400.00.

On a calculé qu’un homme cultivé a besoin, pour s’exprimer, de 10.000 mots environ.

Le premier système de langue internationale qui ait eu quelque succès, le Volapük avait un vocabulaire de 1.709 mots. Le vocabulaire de l’Espéranto nombrait en 1887 : 921 mots ; en 1905 : 2.629 mots ; les vocabulaires antérieures en contiennent davantage. L’Idiom Neutral, en 1803, se présente avec un vocabulaire de 4.500 mots et l’Ido, en 1908, en accuse 5.376.

En 1890 Lip Tay montre qu’il existe un vocabulaire de 8000 mots commun à cinq cent millions d’hommes, Par exemple, il existe 1.100 mots communs se terminant en-ion (ou ione), 445 mots se terminant en-or (eur, ore) 340 mots se terminant en-al (ale). En 1915 G Peano, de l’Académia Interlingua établit un vocabulaire de 14.000 termes communs au latin, à l’italien, au français, à l’anglais et l’allemand.

La vérité sur la Civilisation. Un journal allemand, Die Tribune, revient sur le martyre d’un nègre qui fut supplicié dans le sud des Etats-Unis, non loin du Mississipi, et sur lequel la presse des environs est plusieurs fois revenue. Ce malheureux, a raconté, en 1918, The Chatanooga Times, fut attaché à un arbre et brûlé tout vif à l’aide d’une barre de fer chauffée à blanc à un feu allumé tout proche ; tout attaché qu’il était, il essayait d’écarter l’instrument de torture avec ses mains, mais sans y parvenir, comme de juste. Pour corser le supplice, des hommes masqués qui se trouvaient là arrosèrent les plaies avec de l’essence enflammée. En vain, le torturé réclamait qu’on l’achevât d’un coup de feu ; la foule ne répondait à ses supplications que par des railleries et des ricanements.

The Memphis Press du 22 mai 1919 a mentionné que 15.000 hommes, femmes ou enfants assistaient à ce supplice. Lorsque l’homme qui tenait l’essence allumée la versa sur le corps du misérable, il s’éleva j un cri de joie de toute cette masse à la vue de la flamme qui montait. Deux hommes s’approchant du corps pantelant et saignant liai coupèrent les oreilles, un troisième essaya de lui couper un talon. The Vicksburg Evening Post a raconté que les dames de la meilleure société accompagnaient le cortège qui menait l’infortuné nègre à son horrible trépas. Quand son corps tomba sur le sol, la corde qui Je tenait au poteau étant en partie consumée, il y eut une ruée vers ce qui restait de cette corde, une ruée et un combat, et ceux-là s’estimèrent heureux qui purent en emmener chez, aux une parcelle, à titre de « souvenir ».

Croit-on sérieusement que tant que subsistera une mentalité pareille, la paix pourra régner entre les peuples, l’harmonie entre les hommes être autre chose qu’un rêve ?

La Bataille contre la théorie de l’évolution.

La théorie de l’évolution subit de durs assauts. Deux savants : Et. tabard, professeur à la Sorbonne, et L. Vialleton, professeur à Montpellier, lui ont porté récemment de nouveaux et terribles coups, le premier au point de vue physiologique, le second au point de vue anatomique.

Selon le premier, il n’y a pas de concordance nécessaire et identique entre la forme et les conditions du milieu ; il n’y a pas de convergences ni de préadaptation, ni de procédés de défense et la sélection ne s’exerce pas dans le sens darwinien, puisque des êtres survivent chez lesquels les modifications ont été désavantageuses et même franchement nuisibles. La mutation elle-même est indifférente, elle ne donne ni avantage ni désavantage. Et les exemples d’abonder. Le homard par exemple est un marcheur, alors qu’il vit dans un milieu que aurait dû faire de lui un nageur. Il y a des criquets se nourrissant de la même manière, les uns pourvus et les autres dépourvus d’ailes. Les larves des cigales ont les mômes pattes ravisseuses que celles de la mante et, cependant, elles ne sont pas carnassières ; les régules, qui sont carnassières comme les mantes et prennent les mouches comme les mantes saisissent leur proie, ne possèdent cependant pas de pattes ravisseuses. Il y a des animaux non mimétiques qui vivent à côté d’animaux mimant et qui ont les mômes ennemis. Il existe d’autres animaux aveugles que les cavernicoles. Les poissons nageurs affectent des formes qui vont de la sphère au cylindre, en passant par la forme lancéolée ou discoïdale. La digestion chez le serpent paraît mal comprise : il ne mastique ni ne broie sa proie, mais l’avale : or, elle ne peut être attaquée par les sucs digestifs qu’une fois la putréfaction quelque peu avancée ; ce mode de digestion est fort dangereux, car il détermine chez l’opticien une torpeur pendant laquelle il est incapable de se défendre. La précocité des amandiers est extrêmement nuisible à l’espèce, etc., etc.

Les premières phases embryonnaires ne sont que des ébauches, sans valeur fonctionnelle, qui ne sauraient être rattachées à aucune forme inférieure quelconque ; la chorée dorsale d’un embryon de mammifère ne rappelle aucunement celle de l’amphioxus ou des poissons primitifs. L’orientation des membres, leur analogie sont signes d’adaptation physiologique, répondant à un certain plan d’organisation, mais on n’en saurait rien déduire quant à des relations de descendance entre les espèces qui les présentent, etc.

Il se peut que Darwin, Lamark et leurs successeurs n’aient pas réussi, dans leurs théories transformistes, à discerner les facteurs réels qui orientent et expliquent révolution. Cela n’a rien à faire avec la théorie de l’évolution elle-même. Il appartiendra à d’autres savants, mieux outillés, mieux documentés, de découvrir les procédés dont la nature s’est servie pour régler la succession des êtres à la surface de la planète.

Un dernier mot.

Je ne veux point revenir sur le « Drame d’Etre Deux », mais on se souvient que Mme Aurel avait été présentée ici comme » libertaire ». Or, dans le dernier numéro de « La Mouette » on peut lire que ladite dame de lettres exigeait l’insertion d’une sienne réponse à une critique de son livre « selon la loi récente, en même place et mêmes caractères ». Dieu ou le Diable nous gardent de « libertaires» de cette trempe, vraiment.

E. ARMAND.

  • E. Armand, “Pour faire réfléchir,” Le Libertaire 3e série, 30 no. 301 (14 Octobre 1924): 2.

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La surpopulation du monde

Les esprits simples croient que la grande saignée de 1911-1918 a dépeuplé le monde. Ce n’est pas vrai.

Le monde est menacé de surpopulation ; le nombre de ceux qui l’habitent croît à un taux formidable. Et cela est dû aux méthodes employées pour enrayer la mortalité infantile d’abord aux procédés hygiéniques et médicaux utilises pour venir à bout des épidémies qui décimaient autrefois l’Europe.

ions lièvres malignes, la typhoïde, le typhus, la salaria sont en Europe occidentale. cause d’un taux de décès soixante-treize fois moins élevé qu’aux Indes, où il n’existe aucune raison climatérique spéciale qui explique leurs ravages. Il y a cent ans, d’ailleurs, ces épidémies dévastaient l’Europe.

La peste bucolique, le choléra, la fièvre jaune cèdent devant les mesures de prophylaxie.

La petite vérole, la diphtérie, les fièvres intermittentes font de moins en moins de victimes.

Le succès des mesures prises pour enrayer la mortalité infantile a été tel que nos ancêtres l’auraient qualifié de magique II y a actuellement vingt-cinq villes américaines où on parvient à sauver dix-neuf enfants au-dessous d’un an sur vingt. Dans les grandes villes de la Nouvelle-Zélande on arrive à en conserver vingt-six sur vingt-sept .Qu’on compare ces résultats avec le taux de la mortalité infantile il y a vingt ans, il y a dix ans.

En Russie, en Hongrie, un quart des enfants succombaient avant d’avoir atteint la première année.

En 1913 encore, au Chili, la mortalité des enfants au-dessous d’un an variait de 33 à 47 pour cent.

En 1910. dans une province très peu info de l’intérieur de la Chine, 75 a 85 pour cent des enfants mouraient avant deux ans.

On évalue à un milliard sept cents millions d’individus la population actuelle du globe, ce qui est le double de l’estimation acceptée comme officielle il y a quatre-vingt-douze ans (1832). Dans la période 1906-1911, la population du monde s’est augmentée de 1 1/16 par an (cela selon des calculs dignes de foi) ce qui n’avait jamais eu lieu au cours de l’histoire de l’espèce humaine. Si l’accroissement de la population se maintient à un taux semblable, d’ici 60 ans, c’est-à-dire en 1983, elle aura doublé. Dans 100 ans le monde comptera plus de trois fois (3 1/16) sur la population qu’il nombre actuellement. Dans deux siècles, dix fois plus d’habitants se presseront sur la planète et si l’on n’y met bon ordre, ces dix-sept milliards d’humains s’empoisonneront les uns les autres. Si toutefois ils trouvent à se nourrir.

« Au Moyen-Age (exposait récemment le doyen Inge devant la Commission britannique du « taux des naissances) » le faux de la natalité était de 45 pour mille et le taux de la mortalité de 45. Au cours du siècle dernier, ce taux médiéval de 45 a été ramené à 14 : si le taux de la natalité se maintient à 40, son taux normal actuel, la population du globe atteindra dans 120 ans 27 milliards d’individus, c’est-à-dire dix fois autant que la planète en peut vraisemblablement nourrir.

En 1700 l’Europe nombrait 80.000.000 d’habitants. De 1700 à 1800 ce chiffre doubla.

Les cinquante dernières années ont vu se produire un accroissement de la population sans précédent dans révolution historique. D’après Austin, de 1772 à 1872, l’augmentation de la population était de 16 pour cent par chaque période de vingt ans. Elle s’est plus rapidement, accrue depuis lors :

De 1872 à 1892 à raison de 20 %.

De 1892 à 1912 à raison de 26 %

En 1916 la population de l’Europe était évaluée à 465.000.000 d’habitants.

A ce chiffre, il convient d’ajouter les émigrants. On calcule que depuis l’année 1800, il en est parti 185.000.000 dans les deux Amériques, en Afrique, en Australie. La population de l’Europe a triplé depuis 1816, soit donc en un siècle.

Prenons comme exemple l’Angleterre et le Pays de Galles, pays moyen où la natalité ne s’accroît pas à un taux exagéré. Sa population qui était de 9 millions au début du 19e siècle, se chiffrait par 32 millions d’habitants au commencement du 20e siècle. Trois fois et demi plus en cent ans !

Dans les pays extra européens on pénètre l’administration hygiénique et les conceptions médicales des Européens, de stationnaire qu’il était, le chiffre de la population se met à monter dans des proportions considérables.

On peut citer comme exemple le nord de l’Amérique, l’Egypte, les Indes. Le cas le plus typique est celui de l’île de Java, sans grandes villes, où il n’y a a pour ainsi dire pas une goutte de sang européen dans les veines de la population.

En 1800 Java comptait 4.000.000 d’habitants.

En 1905 Java en comptait 30 millions.

Le taux actuel de l’augmentation des naissances dans les îles de la Sonde compense largement toutes les pertes constatées ailleurs.

Un autre exemple, c’est lie de Porto-Rico. Après vingt ans d’occupation américaine, sa population s’est accrue de 36 pour cent.

Il suffit qu’un état indépendant adopte l’hygiène européenne pour que sa population se mette de suite à croître. Pendant deux siècles, le Japon resta à peu près stationnaire. En 1871, il comptait 33.000.000 d’habitants, devenus 54 millions en 1914. Taux moyen de l’accroissement : 3/4 de million chaque année.

Là où les méthodes européennes sont appliquées, on rencontre l’hostilité de la population, elle ne varie guère ; exemples : la Chine, l’Afrique centrale, la Perse, l’intérieur de l’Arabie.

L’abaissement du taux de la natalité constaté parmi les peuples civilisés a fait jeter les hauts cris aux repopulateurs professionnels. Mais ils ont passé sous silence que cet abaissement est compensé par une diminution correspondante du taux de fa mortalité infantile et de l’augmentation de la moyenne de la vie. Quatorze nations européennes possèdent des statistiques dignes de foi: hors de l’Europe, il y a également des statistiques sérieuses.

Eh! bien, en comparant les deux demi-décades 1881-85 et 1906-1910, on constate que le taux de la mortalité s’est abaissé de :

Un cinquième pour : la Norvège, la Suède, la Finlande, l’Ecosse.

Un quart pour : l’Autriche, la Belgique, le Danemark. l’Angleterre, la Hongrie, l’Italie, l’Espagne, la Suisse.

Un tiers pour : l’Autriche, la Bulgarie, la Hollande.

Les services d’hygiène britanniques constatent que dans les territoires où ils exercent leur contrôle :

Le taux de la mortalité était en 1920 de 17,6 pour mille en 1921 (la guerre terminée), il n’était plus que de 11,7 pour mille, soit une diminution du tiers en vingt-et-un ans.

II n’y a plus de vallées de Mississippi, d’Australie, d’Argentine, de Canada à civiliser.

La superficie des terrains réellement défrichasses est réduite de jour en jour. Et cependant, comme l’expliquait le professeur américain East, les cultivateurs doivent mettre chaque année en valeur ; ensemenceront, culture, récolte), environ seize millions d’hectares.

Voilà des chiffres qu’il ferait bon d’opposer aux adversaires légaux ou moraux de la limitation ou restriction volontaire des naissances. La guerre, même, étant inopérante, nous serions curieux de savoir quel remède les gens de mœurs honnêtes proposent pour enrayer le péril croissant et toujours plus éminent de la surpopulation de la planète.

E. ARMAND.

  • E. Armand, “Le surpopulation du monde,” Le Libertaire 3e série, 30 no. 312 (25 Octobre 1924): 1.

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Pour faire réfléchir

par E. ARMAND

L’importance des ferments dans la nourriture humaine.

L’auteur de « Contre un Fléau », le Dr Gauducheau. a fait récemment à la Société de Médecine pratique et du Génie sanitaire un exposé où il a développé l’importance du rôle des ferments dans la nourriture humaine et l’entretien de la vie. On sait que c’est dans les aliments fermentés (pain ou vin) que l’homme puise les 3/4 de sa ration journalière. Depuis fort longtemps l’homme cherche à se servir pour son plus grand avantage des fermentations les plus usuelles : levures, moisissures, bactéries bienfaisantes dont l’activité aussi formidable que discrète transforme des masses énormes de produits alimentaires. Ces agents de la fermentation sont les auxiliaires directs de la vie.

Le Dr Gauducheau cherche en ce moment à appliquer la technique de la fermentation a des produits jusqu’ici abandonnés ou jetés au rebut : le sang des abattoirs, par exemple. Ce sang recueilli simplement, selon la méthode traditionnelle de la charcuterie, est additionné d’un peu de vinaigre et de surie, puis ensemencé au moyen d’une culture pure de levure alcoolique ordinaire, enfin porté à la température optima. On laisse tranquillement la fermentation s’accomplir. La transformation achevée, il en résulte un produit d’une saveur spéciale, que ceux qui y ont goûté trouveraient agréable, et se conservant assez, bien. Aucun chauffage n’intervenant, les protéines, les diastases, les vitamines et autres substances thermolabiles qui peuvent se trouver dans le nouveau produit n’éprouvent aucun dommage. Bref, le sang ainsi traité donne un « vin » agréable a boire, une substance nutritive de premier ordre.

On a donné de ce produit à de jeunes rats à raison du vingtième de leur ration journalière ; ils se développent deux^ ou trois lois plus vite que les sujets qui n en reçoivent point. Cela lait songer à l’aliment des Dieux dans « Place aux Géants » de Wells. Toute médaille a son revers et malheureusement ce « vin de sang » a le sien : il accélère le développement du cancer. Il est inutilisable pour les cancéreux.

Le Dr Gauducheau est un spécialiste de l’utilisation pratique des fermentations. Son nom figure dans « Le bulletin de l’Association avicole » concernant une expérience faite sur deux poulets nourris : le premier, au riz et à l’eau ; le second, au riz additionné de lait purement ensemencé par lv ferment lactique. L’expérience se poursuivit quatre jours, puis les volatiles lurent sacrifiés. tandis que le premier exhalait cette odeur désagréable qui est la caractéristique des viscères des volailles, chez le poulet traité au ferment lactique, celte odeur n’existait plus ou était très atténuée. Après la cuisson, même résultat : la viande du poulet nourri au ferment lactique perd son goût sui generis.

Metchinikoff avait déjà appelé l’attention sur le ferment lactique qu’il considérait comme un grand purificateur de l’estomac. On ne saurait discuter la valeur hygiénique du lait préalablement caillé à l’aide du ferment lactique.

Il est indiscutable que les microbes de la fermentation rendent plus facile le travail digestif. Voila pourquoi le pain, le vin, le fromage, le gibier faisandé, etc., sont si rapidement assimilés. Il y a une autre raison, aussi instinctive, qui fait rechercher à l’homme les aliments fermentés. La cuisson détruit force vitamines et autres produits utiles, ce qui diminue de beaucoup la valeur nutritive de certains de nos aliments. Or. dans les aliments fermentés, on retrouve des substances qui compensent par leur présence, paraît-il celles qu’à détruites la cuisson. L’important, c’est que les substances fermentées le soient sous l’influence de flores bactériennes bien sélectionnées et cultivées à l’état de pureté. Et c’est ce que le mercantilisme actuel ne permet pas.

La Légalomanie aux Etats-Unis

Aux Etats-Unis, en 1923, le Congrès a adopté 300 nouvelles lois fédérales, c’est-à-dire valables pour tout le territoire de la grande république nord-américaine. Dans le même laps de temps, 43 des Etats qui la composent ont promulgué 15.000 lois nouvelles. Quant aux villes, cités et comtés (arrondissements) ils ont pris ou édicté 200.000 mesures, réglementations, arrêtés divers

Nos Sirey et nos Dalloz font pâle figure auprès des six cent cinquante volumes nécessaires pour l’interprétation de la législation que constituent les arrêts de la Cour suprême, les lois fédérales et celles en vigueur dans les différents Etats de la république étoilée.

Le « Prolétarisme » chez les Romains.

Le « prolétarise » n’est pas nouveau et spécial aux temps modernes. Rome par temple a connu la vie chère, les trusts, les syndicats. Il y eut même des empereurs qui entreprirent de lutter contre la vie chère et ; purent réussir. Dans un ouvrage très documenté sur le Prolétariat de la Rome Antique, le professeur Frank Post Abbott a anti é que vers l’an 300 de l’ère vulgaire, i charpentier romain gagnait du 9e au 15e du salaire actuel, alors que les prix du arc, du boeuf, du moulons, du jambon étaient que le 1/3 de ce qu’ils coûtent aujourd’hui. Le bec, le seigle, l’orge coûtent plus cher que la viande. Le prix du besson était presque le même qu’aujourd’hui. Quant au beurre et aux œufs, leurs prix comparés avec ceux d’aujourd’hui sont dans le rapport de 1 à 3 et de 1 à 6. En venant donc le salaire du charpentier code moyenne (le manoeuvre gagnait moitié ! son salaire, le briqueter, le maçon, le rageront avaient une paie égale ; le salaire : l’ouvrier constructeur de navire était plus élevé et c’était le peintre qui gagnait le us on se demande comment un ouvrier buvait vivre, lui et sa famille.

Dioclétien ne put parvenir à ce que baisât le coût de la vie. En vain menaça-t-il j la peine de mort quiconque vendrait au-dessus des prix fixés par un édit impérial ; les fermiers n’apportèrent plus rien sur le marché et les autres marchands non plus ; après la mise à mort d un certain nombre de vendeurs récalcitrants, on dut rapporter idiot. Un des hommes les plus intelligents » l’antiquité, i’empereur Julien (l’apostat) essaya également de taxer le prix du blé à Antioche : les détenteurs de grains les enfoncent. Julien fit venir du blé d’Egypte et d’ailleurs : la spéculation réussit à s en emparer.

La Rome antique a connu les « trusts ». Il y avait des lois punissant les combinaisons capitalistes formées en vue d’attenter à lu liberté du commerce ; on s’en servit pour mettre fin à l’accaparement de l’huile d’olive et des grains.

Les travailleurs étaient aussi bien organisés que les capitalistes. A Rome seulement, on comptai 80 syndicats ou « guildes » comprenant des ouvriers qualifiés ou non, et qui englobaient tous les corps de métier, des portefaix aux orfèvres. Ces guindes ressemblaient aux syndicats modernes en ce sens qu’ils groupaient des ouvriers de même métier, mais ils différaient quant à leur objet et des associations ouvrières contemporaines et des guindes du Moyen Age. Les guildes romaines n’ont jamais cherché à obtenir un relèvement des salaires ou à limiter le nombre des heures de travail (la journée de travail dans le monde antique était plus longue que la nôtre) ou encore à améliorer la situation sociale de leurs composants. Les ouvriers romains s’associaient par sociabilité pure, parce qu’ils éprouvaient le besoin d’être réunis, de trouver de l’aide, de la sympathie dans les diverses circonstances du leur vie de prolétaires, de rendre leur existence plus complète, plus ample, plus féconde. Tout leur budget était absorbé par les secours, les lûtes, les banquets, les funérailles. Un ne s’explique pas bien pourquoi ces associations corporatives (certaines d’elles étaient très puissantes et très influentes) n’ont jamais cherché à améliorer le sort misérable de l’ouvrier de ces temps-là. Effet du travail à domicile ou en atelier très restreint ? Effet de la religion ? ou de l’esclavage ? L’esclavage à Rome a toujours été en décroissant, mais, en cas d’urgence, l’employeur pouvait toujours avoir recours à cette main-d’œuvre qui ne pouvait se refuser. Quoiqu’il en soit, les syndicats de Rome n’avaient aucune tendance économique ou politique, ils ressortissaient du compagnonnage et du mutualisme.

Qui se ressemble s’assemble.

Le fameux Soukhomlinoff, l’ex-ministre de la guerre tsariste en 1914, qui envoya par dizaines de milliers de pauvres moujiks armés de bâtons et de baïonnettes se faire hacher, égorger comme bétail à la boucherie, par les armées germaniques pourvues de tous les engins de guerre imaginables — le général Soukhomlinoff vient de publier ses mémoires à Berlin. Il nous apprend que durant les quelques jours qui s’écoulèrent du 24 au 28 juillet 1914, Poincaré, Sazonoff et le grand duc Nicolas décidèrent la guerre et. se concertèrent pour paralyser coûte que coûte toute tentative pacifique. De cela, qui en doute ? Mais Soukhomlinoff nous apprend aussi que trois de ses anciens collaborateurs, le général Broussiloff, Baltieski et Dobrorolski ont donné leur appui au nouveau gouvernement de Moscou… Soukhonlino, bien entendu, se défend de considérer comme ses amis les hommes qui entouraient Lénine, mais il a quand même l’espoir qu’ils conduiront le peuple russe vers un but certain et une puissance nouvelle. Et si ses anciens camarades se sont ralliés au bolchevisme, c’est qu’ils sont convaincus que la Russie se trouve dans la voie d’une complète renaissance nationale. Au fait entre les procédés de l’ancien ministre de Nicolas II et la manière des massacres de Cronstadt, il y a trop de points de contact pour qu’ils n’arrivent pas à s’entendre…

De l’Ethique Anarchiste.

P. M. m’ayant interpellé ici même, je me permettrai de lui rappeler que le mot Anarchisme est synonyme de conception impliquant négation ou absence de gouvernement, d’Etat, de pouvoir autoritaire ou coercitif. Le vocable Anarchisme signifie cela et rien d’autre, n’en déplaise aux coupeurs de cheveux en trente-six, individualistes comme communistes ou universalistes. Un milieu anarchiste c’est un milieu qui se régit sans intervention étatise gouvernementale — donc sans intervention légalitaire extérieure à lui-même.

Une éthique anarchiste — et ceci s’adresse toujours aux universitaires, communistes et individualistes — une éthique anarchiste se conçoit en dehors de tout appel ou recours ou allusion à une technique ou pratiqua obligatoire, coercitive, légale. Se diminuer — anarchiquement parlant — c’est vouloir que la façon de se comporter d’une individualité, d’un groupe, d’une association soit obligatoire pour tous les groupes, associations ou individualités anarchistes. Etre libéré, c’est avoir renoncé une fois pour toutes a cette idée spécifiquement antianarchiste qu’une méthode ou une façon de se conduire doive forcément et fatalement convenir à tous les tempéraments anarchistes — tempéraments individuels, tempéraments collectifs quant aux modalités et aux expériences de l’éthique anarchiste, à ses détails, ils varient d’individu à individu, de milieu à milieu, d’association à association, cela va de soi.

Exemple concret : J’estime que c’est autant agir en mauvais camarade de ne pas rembourser l’argent qui vous a été prêté par un anarchiste que de manquer une causerie qu’on s’était engagé à faire (sauf cas de force majeure ou préavis en temps opportun, bien entendu). Il est clair que je me sens beaucoup plus en affinités avec les copains qui pensent que la promesse fuite à un camarade se tient et s’accomplit qu’avec ceux qui pensent autrement. Ce détail d’étrique, par exemple, peut devenir une norme volontaire pour tout un ensemble anarchiste.

E. ARMAND.

  • E. Armand, “Pour faire réfléchir,” Le Libertaire 3e série, 30 no. 323 (6 Novembre 1924): 2.

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Pour faire réfléchir

Les grandes longueurs d’onde et la guérison du cancer.

On sait qu’on essaye de guérir le cancer ii l’aide des rayons X, dont les méfaits ne sont plus ù compter, qu’on demande plutôt aux radiologies Infroit, Vaillant, Bergondé, etc.

Les rayons X, en somme, sont de véritables rayons super-ultra-violets que la nature a pris soin d’écarter des organismes vivants (absorption de l’atmosphere, absorption du milieu cristallin de l’œil, réaction de l’épiderme, tant leur action est à redouter sur les êtres sains). Ce sont des ondulations électromagnétiques — comme tous les rayons lumineux visibles et invisibles, d’ailleurs — à excessivement courtes longueurs.

Un savant spécialisé dans la question, M. Lakhowski, expose que tout ce qui vit omet et reçoit des ondes : à preuve la chaleur rayonnante qu’émet le corps humain cl la nécessité où il se trouve de x ivre au soleil, sinon à sa lumière. M. Lukhowski ne s’arrête pas là. Selon lui, tous les corps vivants émettent et reçoivent des vides beaucoup plus longues que celles de la chaleur et de lu lumière, des ondes taxi approcheraient de la dimension des ondes hertziennes dont on fait usage en T. S. F. M.

Lakhowski émet ces hypothèses : que l’onde émise par les moucherons est perçue par les chauves-souris, que l’onde émise dans la mer par plusieurs poissons de Norvège est perçue par certains campagnols (rat des champs), amateurs de ces poissons et à certaines époques (c est ce qui explique le phénomène bien connu de l’exode de ces rats vers la mer en ligne droite). Si cette hypothèse est exacte, ce sont des ondes de plusieurs centimètres de i élagueur (et non d’un millionième d’un millimètre comme celle des rayons X) qui constitueraient l’onde vraiment spécifique de la vie.

L’application thérapeutique des hypo- polisses” de M. Lakhowski consisterait a moisir le rythme de ces ondes. Ceci fait, il ne resterait plus qu’à le diriger, à le rétablir quand il tendrait à faiblir. La conséquence est qu’au traitement par les rayons X il convient de substituer celui par ondes hertziennes de 50 centimètres à 2 mètres. En effet, toujours d’après ce savant, on n’obtiendra jamais la guérison d’un tissu malade, la disparition d’un cancer par une « brûlure » de ce tissu au moyen des rayons X. Plus on enlèvera de tissu cancéreux, plus il en renaîtra : le tissu sain ne demande qu’à devenir cancéreux à son tour, parce que l’origine du mal est un défaut, un manque, une « déficience » du rythme de la vie des cellules ; qu’on renforce, par contre, le rythme naturel des cellules saines, rééquilibrées, elles auront vite fait d’éliminer les cellules malades : !e cancer tombera en poussière, la tumeur se « nécrosera ».

Le Bulletin de la Société de Biologie du 15 août dernier contient le récit d’une expérience faite par un chirurgien bien pneu, M. Gosset, et de ses assistants, MM. Gutman et Magrou. qui. à l’aide d’un procédé classique, avaient provoqué un cancer sur un végétal, une sorte de géranium : la tumeur était devenue énorme. Ils ont soumis la plante à des radiations de deux mètres de longueur d’onde ; seize jours durant, ils lui ont administré deux séances de trois heures chacune, à vingt-quatre heures d’intervalle. Ce temps écoulé, la nécrose du tissu cancéreux commença à se manifester ; quelques séances supplémentaires et le tissu malade se mil à disparaître, il finit par ne laisser qu’une cicatrice parfaitement saine.

Il ne s’agit que d’un végétal, bien entendu : cela n’empêche que ce soit la première guérison indéniable d’un cancer qui ait jamais été obtenue.

Le caractère toxique des menstrues.

Nombre de religions antiques insistaient sur l’impureté de la femme durant son indisposition mensuelle. Comme beaucoup de prescriptions religieuses de l’antiquité, cette insistance relevait de l’hygiène plus encore que du mysticisme.

On peut lire, pour appuyer cette opinion, la constatation rapportée par un récent numéro du Journal of Pharmacology, que le sérum sanguin, les globules du sang, la salive, la sueur, le lait d’une femme en période menstruelle renferment un poison, la « ménotoxine ». qui agit particulièrement sur les plantes et leur croissance et fait faner rapidement les fleurs coupées. Ce poison est produit par l’ovaire et se rapproche de l’oxycholestérine.

L’oxycholestérine est une matière grasse contenue dans les calculs militaires et qu’on trouve aussi dans la substance cérébrale : il en existe également dans un grand nombre de végétaux : pois, lentilles, huile d’olive, etc. L’acide oxycholestérique = C 26 H 42 0 5.

On n’a pu encore découvrir jusqu’ici la raison d’être ou l’utilité de ce poison, mais l’influence nocive de la sécrétion menstruelle est bien connue dans les milieux populaires. C’est ainsi qu’en Belgique, pendant la période des règles, il est d’usage que les femmes ne salent pas le beurre, ne fassent pas de conserves de légumes ou de confitures, ne placent même pas les œufs dans une solution qui en assure la conservation. Et il n’y a pas qu’en Flandre ou qu’en Wallonie qu’on prend tirs précautions de ce genre.

L’hérédité de l’endogamie.

Dans un livre récent traitant de l’hérédité, M. Guyenot, professeur ù Genève, donne un avis motivé sur la croyance populaire relative à l’action néfaste de la consanguinité. Contrairement à cette croyance, la parenté des progénitures est une excellente condition pour le maintien de la pureté de la race ; elle n’a pas d’effet fâcheux sur l’individu. Ce n’est qu’au vas de tare héréditaire que l’union entre consanguins peut conduire à la résurgence de la maladie qui restait cachée.

Le préjugé de l’inceste est un préjugé à détruire, comme tant d’autres en matière sexuelle. Les Grecs et les Perses, pour ne citer que ces peuples-là, n’étaient nullement inférieurs aux peuples chrétiens parce qu’ils autorisaient légalement les rapports sexuels entre frères et sœurs. Ils étaient plus naturels, voilà tout.

L’utilisation des hautes marées des côtes bretonnes.

Comment se fait-il que la hauteur des marées, qui ne devraient mathématiquement s’élever qu’à 60 centimètres (hauteur qu’elles ont en plein large, à SainteHélène ou à Tahiti, par exemple, atteignent 5 à 7 mètres quand elles pénètrent dans les ports de la côte de l’Atlantique, de Saint-Jean-du-Luz à Brest. pour monter à 12, 15 mètres en baie du Mont Saint-Michel ou même à 21 mètres, comme dans la baie de Fundy (rive américaine de la Nouvelle-Ecosse) ? Cela tient à ce que l’onde-marée, lorsqu’elle atteint le flot continental, ne trouve plus à s’y exercer que sur une épaisseur d’eau considérablement réduite, mais très vite amenée, par frottement sur le fond, à lui opposer une résistance croissante. De ce conflit résulte une perte de vitesse compensée par une surélévation correspondante du niveau de l’eau.

C’est ainsi que dans la Manche, du fait des amas de ruines granitiques cl d’écueils qui encombrent son chemin au long de la côte bretonne, la perte de vitesse et la surélévation s’exagèrent. A Lorient, la hauteur moyenne de la marée est de 5 mètres ; elle est de G m. 42 à Brest. 8 m. 22 à Roscoff, 9 mètres à Boulogne, 11 mètres à Saint-Malo, 12 m. 50 au Mont Saint-Michel.

Ce phénomène a fait naturellement choisir la côte normano-bretonne pour la construction d’une usine d’essai maréo-motrice. Le point choisi est l’estuaire de l’Aber Wrac’h. à proximité et en aval du petit port de Paluden, non loin de Plouguerneau. Au point choisi, l’estuaire de l’Aber Wrac’h est large de plus de 150 mètres et la durée de la marée moyenne est de neuf heures; théoriquement, elle devrait fournir une force de 6.200 chevaux, qui équivaudra dans la pratique a logos3.200 chevaux (production annuelle prévue : 11 millions de kilowatts-heure).

Cette station d’essai coûtera 22 millions à installer. On aurait pu choisir la baie du Mont-Saint-Michel dont les 300 kilomètres carrés de superficie représentent six millions en moyenne de chevaux-vapeur, force supérieure h celle que peut fournir le Niagara. Ou encore la baie de la Rance, avec ses 800 mètres de large, où la marée advenue représente une force théorique de 300.000 chevaux, dans la pratique 70100.000 chevaux. La baie du Mont-SaintMichel ,a une tendance à s’ensabler et les frais à faire seraient énormes ; rien que pour aménager la haie de la Rance, il aurait fallu des centaines de millions.

L’alcool comme aliment.

Que l’alcool soit un aliment, personne n’en doute : où la difficulté commence, c’est quand il s’agit de vérifier si c’est un aussi mauvais aliment que le prétendent et l’affirment les doctrinaires de l’antialcoolisme. En effet, il est très difficile d’obtenir des sectaires de l’antialcoolisme qu’ils fassent entendre les deux sons de cloche. Du moins, c’est notre avis. Et c’est pourquoi, à mon avis encore, leur propagande n’est pas absolument scientifique. Ainsi. R. Pictet, un des collaborateurs de l’Année Biologique, a soumis des cobayes (cochons d’Inde) aux vapeurs d’alcool, trois heures par jour, pendant quinze mois. Résultat ; accroissement en poids supérieur à la normale, surtout durant les six premiers mois ; la fécondité des cobayes ainsi « alcoolisés » est plutôt supérieure à la normale ; les petits naissent vigoureux et présentent un poids plus élevé que les petits d’autres animaux non soumis au traitement. La descendance des cobayes ainsi alcoolisés n’est pas soumise à l’action de l’alcool et cependant l’influence « favorisant » de cette substance continue à se manifester par une forte accélération de croissance par rapport à la descendance d’autres de leurs congénères du même âge et élevés en même temps qu’eux. Voilà des faits qu’il importe de ne pas « tenir sous le boisseau ».

L’hérédité de la mémoire.

Le célèbre physiologiste russe Pavlov, de Leningrad, a fait clics curieuses expériences portant sur l’hérédité de la mémoire. Voici en quoi elles consistent : des souris blanches sont dressées à venir chercher en un endroit donné des aliments toutes les fois que retentit une sonnerie électrique ; trois cents expériences environ sont nécessaires pour qu’elles répondent à l’appel. La deuxième génération (c’est-à-dire les petits des souris ainsi éduquées) ne demande plus qu’une centaine do leçons ; une trentaine suffisent à la troisième génération. Pavlov pense qu’avec le temps il obtiendra des souris qui répondent ù la sonnerie dès la première leçon. Le poussin ne se jetai! pas à picorer dès son sortir de l’œuf ?

Ces expériences sont très intéressantes pour l’étude de la genèse des instincts, qui ne seraient que des phénomènes de mémoire, des rappels d’association d’idées devenues héréditaires. Mais alors, comment expliquer que l’enfant contemporain n’apprenne pas à lire et ù écrire plus rapidement que jadis ?

E. ARMAND.

  • E. Armand, “Pour faire réfléchir,” Le Libertaire 3e série, 30 no. 338 (21 Novembre 1924): 2.

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Pour faire réfléchir

L’ultra-microscope.

A en croire la théorie élémentaire des appareils d’optique, il est toujours possible d’augmenter le grossissement des appareils en proportion de la diminution des dimensions des objets. Dans la pratique, cette théorie ne se vérifie pas par suite du phénomène de la « diffraction ». c est-à-dire de l’infléchissement de la lumière quand elle rase les contours des corps, ce qui les fait d’autant plus déformés qu’ils ont une moindre dimension.

La puissance de résolution des microscopes un devient considérablement diminuée. Lorsqu’un objet est un peu plus petit que la longueur d’onde qui l’éclaire, il devient impossible de distinguer sa forme, et sa grandeur apparente n’est plus conforme à ses dimensions réelles. Si ses dimensions sont encore plus faibles, il devient invisible même avec les meilleurs microscopes. Dans la pratique, il est impossible de distinguer les objet aune grandeur inférieure à 4/10 de micron (4 dix millièmes de millimètre).

Naturellement, on peut reculer la limite de visibilité microscopique en employant de la lumière d’une longueur d’onde de plus en plus courte. Pour y parvenir, on a instruit des appareils utilisant les rayons ultraviolets. En dehors du fait que leur emploi est dangereux, ces rayons sont invisibles : il faut recourir à la photographie pour apercevoir les images. C’est peu pratique.

Pour apercevoir les objets inférieurs à 4 dix-millièmes de millimètre, on a recours à l’ultra-microscope, basé sur ce fait que l’œil peut apercevoir des objets beaucoup trop éloignés pour qu’on puisse distinguer leur forme, les étoiles, par exemple.

Pour appliquer cette observation, il suffira d’éclairer les objets présentés au microscope par une source lumineuse artificielle d’une grande puissance, en orientant les rayons dans une direction telle qu’ils ne puissent pénétrer directement dans l’objectif de l’instrument. C’est ce qu’arrivant à réaliser les appareils Siedentopf et Zsigmondy, Cotton et Mouton, Zeiss, Stassnié, Nachet.

On peut reculer maintenant la limite de nuisance de visibilité microscopique au triple, au quadruple de ce qu’elle était, obtenir des grossissements de 4,500 à 6,000 fois. C’est grâce à l’ultra-microscope qu’on a pu étudier le mouvement brownien dans les suspensions très fines, le déplacement des granules des substances colloïdales par le courant electrique, suivre le phénomène de la peptonisation, de la coagulation des substances, etc. Il y a cependant bien des détails qui échappent encore à l’œil dans le domaine du phénomène colloïdal.

Le bon vieux temps.

Sous le titre l’Envers du Grand Siècle M. Félix Gaiffe, s’appuyant sur des documents, a montre quelle misère se cachait sous la splendeur extérieure de la cour du Grand Roi. Que des néo-royalistes puissent arriver à faire croire que sous le règne des Bourbons la vie ait été plus heureuse, en moyenne, que de nos jours, cela prouve tout signalement que la bêtise humaine n’a pas de limites. La vie dans la seconde partie du Moyen Age et jusque sous Richelieu a été bien supérieure, au point de vue du bien-être, à la vie sous Louis XIV.

Le duc de Lesdiguieres, gouverneur de Dauphiné écrivant à Colbert en 1675, […]mande « que la plupart des habitants de ladite province n’ont vécu pendant l’hiver que de pain, de glands et de racines et que présentement on les voit manger l’herbe des prés et l’écorce des arbres… »

Henri d’Aguesseau et Antoine Lefevre d Orniesson visitent les provinces en 1687, en qualité de commissaires royaux. Voici quelques phrases de leur rapport :

« On ne voit presque plus dans les petites villes et à la campagne de jeux ni de divertissements, tout y languit ; tout y est triste , parce que la joie et le plaisir ne se trouvent suc dans l’abondance et à peine a-t-on le nécessaire… il n’y a plus de laboureurs aisés. Autrefois ils étaient montés et fournis de tout ce qui était nécessaire pour l’exploitation des fermes… Aujourd’hui, il n’v a plus que de pauvres métayers qui n’ont rien… Les paysans vivent de pain fait avec du blé noir ; d’autres qui n’ont même pas du blé noir, vivent de racines de fougères bouillies avec de la farine d’orge ou d’avoine et du sel… Dans leurs maisons, l’on voit une misère extrême. On les trouve couchés sur la paille. point d’habits que ceux qu’ils portent. qui sont fort méchants ; point de meubles. point de provisions pour la vie…

En 1692 l’intendant du Limousin, M. Bouville. écrit au contrôleur général : « J’ai trouvé plus de 70.000 personnes (dans la province) de tous âges et des deux sexes, lui se trouvent réduites à mendier leur pain avant le mois de mars, vivant dès à présent d’un reste de châtaignes à demi pourries, qui seront consommées dans le noirs prochain au plus tard. »

En 1693, l’intendant Bonchu fournit des détails analogues sur les provinces de Tarentaise et de Maurienne où depuis 1690, la plus grande partie des habitants ont n vécu de coquilles de noix moulues, dans lesquelles les plus aisés ne mêlent qu’un dixième ou environ de farine d’orge ou l’avoine. »

Dans sa dîme royale, Vauban, qui oubliait sa part de responsabilité dans cet état de choses, Vauban, que sa franchise fera tomber en disgrâce, écrit : « J’ai fort bien remarqué que dans ces derniers temps, grès dé la dixième partie du peuple est femme à la mendicité et mendie effectivement ; que, des neuf autres parties, il y en a cinq qui ne sont pas en état de faire l’aumône à celle-là, parce qu’eux-mêmes sont réduits, à peu de chose près, à cette malheureuse condition. »

« Hier, — raconte Madame (la sœur du Roi) — on m’a conté une lamentable histoire d’une pauvre femme qui, au marché, vola un pain dans une boulangerie. Le boulanger. lui. courut après, elle se mit à pleurer et dit : « Si l’on savait ma misère, on ne me reprendrait pas ce pain ; j’ai trois petits enfants tout nus, sans feu ni pain, ils ment pour en avoir, je n’ai pu l’endurer, voilà pourquoi je l’ai pris » Le commissaire devant lequel on I avait menée, lui répondit : « Faites bien attention à ce que vous dites, car je vais vous accompagner chez vous. » Et il y alla. En entrant dans la chambre, il vit trois petits enfants tout nus, assis dans un coin, s’enveloppant de vieilles loques ; ils tremblaient de froid, comme on tremble quand on a la fièvre. Il demanda à l’aîné : « Où est votre père ? » « Derrière la porte », dit l’enfant. Le commissaire voulut voir ce que l’homme faisait là derrière. De désespoir, il s’était pendu. »

Ceci se passait en 1709, année de froid terrible. En 1913, la situation ne s’était pas améliorée. L’intendant d’Angers écrit que sa province est « dans une misère effroyable à cause de la disette des blés. La moitié des gens de la campagne manquent de pain ; il en est déjà mort un grand nombre de faim. Plusieurs gentilshommes quittent leur maison parce qu’ils sont assiégés d’une multitude de pauvres qu’ils ne peuvent soulager, faute de blé ».

Extérieurement, la gloire, l’éclat, Saint Germain, Marly, Versailles, Louis XIV, saluant les servantes sur les marches du Palais… A l’intérieur, la misère, la famine, les miliciens se mutilant pour ne pas partir… Mais au fait, n’est-ce pas là, au fond, l’état de choses où voudraient nous ramener les vieilles douairières ?

Mussolini évolutionniste et anticlérical.

Mussolini, on le sait, a fait reclouer le crucifie dans les écoles de l’Etat italien. Il est curieux, à la lueur de cet .acte, de relire certain article qu’il écrivit dans l’Universita Popolare n° 20-21 (1913).sous le titre : «Dieu n’existe pas », et qui se terminait ainsi :

« Nous pensons que l’Univers, loin d’être l’œuvre du dieu théologique et clérical, n’est que la manifestation de la matière unique, éternelle, indestructible, qui n’a jamais eu de commencement, qui n’aura jamais de fin. La matière possède des « modes » par lesquels elle se reflète dans les « grandes villes » de l’me humaine, des « modes » qui se transforment, évoluent, émigrent do forme en forme toujours plus choisie. Dans cet immense et continu progrès de dissolution, rien ne se crée, rien ne se détruit… La vie, donc, la vie. signification universelle, n’est qu’une combustion éternelle d’énergie éternellement nouvelle. L’Univers s’explique comme mouvement de forces. Tous les phénomènes étudiés par la physique (chaleur, lumière, son, électricité) se peuvent ramener aujourd’hui à la vibration plus ou moins intense de la matière. Celle-ci est dominée par des lois éternelles et immuables qui ne connaissent ni morale ni bienveillance, qui ne répondent pas aux plaintes et aux prières de l’homme, mais qui rejettent sur lui son destin. Ces lois gouvernent tout : des moindres phénomènes aux plus complexes, de l’apparition d’une comète à l’éclosion d’une fleur. Contre elles l’homme ne peut rien. Il peut arriver à les connaître, à s’en servir, mais il ne peut en arrêter l’action bienfaisante ou malfaisante. Qui pourrait empêcher la précipitation de vapeur aqueuse qui produit la rosée ? Qui pourrait arrêter la terre dans ses onze mouvements simultanés ? Qui pourrait s’opposer au flux de la marée ou empêcher la lumière du soleil ?

« L’évolution domine les « modes » de la matière. Par elle, de la « cellule incolore » qui représente le premier moment de la vie animale, on arrive, par des transformations successives, jusqu’à sa plus haute expression : l’homme. »

Voilà ce que pensait en 1913, le dictateur, l’oppresseur dont la poitrine se parc aujourd’hui du collier de l’Annonciade.

Et ce n’est pas qu’en Italie où sévit l’obscurantisme. Dans combien d’Etats de l’ Amérique du Nord, les prohibitionnistes et autres gentlemen, révérends et laïques, n’ont-ils pas réussi à évincer des écoles les livres à tendance darwinisme. En Californie, réfractaire jusqu’ici à la vague d’enseignement clérical, les partis de régression ne cherchent-ils pas à éliminer des écoles 50 livres de lecture où il est question des phénomènes purement biologiques ?

La vaccination locale.

On croyait autrefois que la résistance d’un organisme à une espèce microbienne était la propriété de l’organisme dans son ensemble.

Les remarquables travaux du professeur Besredka, de l’Institut Pasteur ont considérablement modifié ce point de vue. Chez les êtres hautement différenciés, dans les conflits entre le virus et l’organisme, intervient un facteur d’une excessive importance : la cellule réception elle fait tous les frais de l’infection, c’est vrai, mais elle participe également à la défense dans ce notables et vives proportions.

Cette notion comporte une conception de l’immunité tout autre que celle qui a cours en général. La vaccinothérapie doit être basée sur la vaccination de l’organe ou du tissu atteint.

Dans la pratique a été réalisée par voie buccale la lutte contre les états typhoïdiques, fièvre typhoïde, paratyphoïde au moyen des entéro-vaccins, bili-vaccins, etc.

Par les pansements vaccinaux locaux on a traité fronces, anthrax, ostéites, panaris, pleurésies, péritoines, infections perfonérales.

Pour les injections de substance vaccinique par voie intradermique, plus il y a de points d’injection, plus la vaccination est nette. Plus les points d injection sont multipliés, plus l’immunité conférée est solide. L’intégralité de l’immunité est en rapport avec la surface de peau immunisée. C est par centaines qu’on cite les guérisons des affections de la peau, des muqueuses, du tissu osseux.

Le Dr Beresdka conclut que la vaccination rationnelle doit être basée non sur la production d’anticorps, mais sur la vaccination spéciale de l’organe ou du tissu atteint.

On trouvera dans le bulletin (mars-avril 1924) de l’Institut Pasteur des détails techniques où nous ne pouvons entrer ici, mais co que nous pouvons dire, c’est que des travaux exposés, il résulte une notion vraiment nouvelle, celle de l’autonomie des organes, appelée non seulement h un grand retentissement dans le domaine de la thérapeutique, mais encore dans la sphère de la philosophie, car elle constitue une confirmation de la thèse anarchiste, à laquelle on reproche, mais à fort de manquer de base absolument scientifique.

E. ARMAND.

  • E. Armand, “Pour faire réfléchir,” Le Libertaire 3e série, 30 no. 350 (3 Décembre 1924): 2.

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Surpopulation du monde et limitation des naissances

Au dernier Congrès international du « Contrôle des naissances », à Londres, certaines statistiques, certains exposés ont été fournis qui sont intéressants à connaître pour ceux que le problème de la surpopulation du monde préoccupe.

D’abord ceci : dans la période relativement prospère qui a précédé 1914, la production alimentaire du monde ne dépassait pas dix pour mille d’augmentation annuelle. Et c’est même là un chiffre exagéré obtenu en calculant l’excès des naissances sur les décès qui, en réalité, ne dépassait pus cinq pour mille, bon an, mal an. Dire que dans les périodes antérieures à 1914, la misère avait disparu, c’est faire la partie belle aux optimistes. En prenant donc ce chiffre de dix pour mille, on tient compte du coulage, du gaspillage, des erreurs d’estimation.

Depuis la guerre, la production alimentaire du globe a diminue dans de sensibles proportions. Un peut objecter que c’est puriment accidentel. Ce qui ne l’est pas, c’est la raréfaction des nitrates et des sulfates dans les terres arables. William Crookes avait déjà annoncé que la production alimentaire mondiale était en état de décroissance. Le remède, c’est la « renitratation » de la terre. On axât fabriquer du nitrate au moyen du œstrogène (ou azote) de l’atmosphère ; mais c’est un procédé fort coûteux et dont on ignore les conséquences dernières, s’il étau mené sur une vaste échelle. Dans le « Times » du 6 janvier 1924, le (professeur Henry-E. Armstrong a également annoncé la diminution graduelle de la production alimentaire à la suite du manque de phosphates ; il a cité de vastes étendues de territoires qu’on peut désormais considérer comme à peu près stériles ; parmi ceux-ci : les fameux terrains à blé au Canada, aujourd’hui pratiquement inerties, les phosphates du sol étant en voie d’épuisement.

Le taux moyen de la natalité mondiale est actuellement de 56 pour mille, il dépasse encore ce célèbre taux de 28.5 pour mille qui lut longtemps celui de la Norvège et qui avait attire l’attention des économistes. Autrefois, en Norvège, on ne permettait pas aux hommes de se marier avant qu’ils sussent accompli leur service militaire. De plus, les paysans ne se mariaient guère avant que leurs parents fussent morts ou qu’ils se trouvassent en situation d’exploiter une ferme leur appartenant en propre. C’était un pays de mariages tardifs, et ce taux du 28.5 par mille était extraordinairement bas jour la période précédant 1877, moment ou se posa sérieusement la question de la restriction des naissances.

Un pouvait donc considérer la Norvège comme un pays de « restriction morale (moral restraint) …

On sait la remarquable évolution du clergé catholique anglo-saxon sur la question de la limitation des naissances, opposée jadis à toute abstention des rapports sexuels dans le mariage ; l’église catholique admet aujourd’hui la restriction morale. Depuis que Mgr Browne a déclaré admissible, sous certaines conditions, l’abstention des rapports sexuels en dehors du « tempus agenesus » (la période intermenstruelle, qui commence quelques jours après les règles et s’achève quelques jours avant), les RR. PP. Degen et Mahoney ont déclaré explicitement et publiquement que l’église catholique considère cette abstention comme de la restriction morale. Les catholiques romains anglo-saxons, surtout en Angleterre, ne font plus guère opposition qu’aux moyens préventionnels chimiques et mécaniques et à l’organisme.

Or, l’expérience prouve que même pratiqué sur une grande échelle, ce procédé de « restriction morale » (l’abstention des rapports sexuels en dehors de la période intermenstruelle) est si incertain qu’elle ne ramènerait guère le taux de la natalité au-dessous de 28.5 pour mille.

Ce taux de 28.5 pour mille, étant admise une mortalité moyenne de 10 pour mille, implique un excès de 18 pour mille, soit 8 pour mille au-dessus de ce que peut fournir la production alimentaire mondiale.

Donc, lorsque le taux de la natalité dépasse mondialement 10 pour mille, son augmentation implique fatalement privation, sous-alimentation, misère physiologique.

Dans « The Birth Control Review » de décembre, Mme E. Gertrude Beasley raconte ses impressions d’une visite en Russie soviétique. Un sait que l’avortement est légal dans ce pays et a été pratiqué sur une vaste échelle. Ce qu’il y a de plus intéressant dans ce récit, c’est le compte vendu des interviews de la voyageuse avec deux des leaders féminins de Moscou. Mme Victoria Tzetlin, présidente de la section féminine du Parti Communiste du district de Moscou, déclare que les moyens préventifs sont inconnus aux ouvrières et aux paysannes russes ; chaque hôpital compte un médecin préposé aux avortements et y a recours toute femme qui le désire. « Les communistes marxistes ne croient pus à la théorie malthusienne de la limitation de Ja population ; l’avortement a été permis à titre temporaire,, comme une mesure consécutive à la guerre; quand les temps seront meilleurs, les hommes et les femmes retourneront à l’ordre naturel. » Mme E. Gertrude Beasley fit remarquer qu’il y avait des gens qui faisaient l’amour par plaisir et non pour désir de procréer. Quelle est la solution communiste? La réponse de Victoria Tzetlin, c’est qu’en régime communiste, les menus sont heureuses de procréer. Les hommes et les femmes peuvent avoir autant de femmes et de maris qu’ils veulent, mais l’homme est responsable des enfants qu’il engendré. Tout membre du Parti Communiste qui devient perle de pms d’enduits qu’il ne peut entretenir est puni. Mais que deviennent les enfants durant le temps que dure la punition du père ? Pas de réponse.

Mme Smidovitch, présidente de la section féminine du Parti communiste, émet un son de cloche différent. Le fuit de l’autorisation de l’avortement montre que le Parti communiste accepte la théorie malthusienne de la limitation des naissances. Lu roi, scion elle, ne permet pas qu’une femme ou qu’un nomme ait plus d’un mari ou d’une femme à la lois, les personnes « immorales » sont punies. Hommes et femmes se séparent librement et prennent des compagnons successifs. Les avortements sont nuisibles à la salé féminine, mais mieux vaut cela encore que mettre au monde des enfants dans un pays comme la Russie, où lu vie est si dure ! La question des moyens préventifs est affaire privée.

« J’aurais cru m’entretenir avec la prête silence de quelque Société d’assistance « aux femmes des Etats-Unis », fait remarquer Mme E. Gertrude Beasley.

Alexandra Kollontaï, ambassadrice des Soviets en Norvège, reconnaît que le problème de l’émancipation féminine ne fait que de se poser en Russie. Kollontaï est une femme que le sujet de la liberté de la maternité a préoccupé ; elle en a discuté, elle en a écrit (son œuvre principale : « Maternité », a été publiée en russe en 1915). Elle est membre de la « Société britannique de psychologie sexuelle », dont le président est Havelock Ellis. Elle se propose de placer sous peu la question de Ja limitation familiale par les moyens scientifiques devant le public et le Parti communiste russes.

E. ARMAND.

  • E. Armand, “Surpopulation du monde et limitation des naissances,” Le Libertaire 3e série, 30 no. 362 (15 Décembre 1924): 2.

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Pour faire réfléchir.

Science et Religion.

Il ne se passe pas de jour sans que quelque découverte archéologique vienne saper une fois de plus la tradition biblico-chrétienne relative à la date de la création du monde. A la suite de fouilles et de recherches opérées sur les bords de i’Indus, en des points distants de plus de cinq cents kilomètres l’un de l’autre, des savants indous vitement de déterminer que cinq mille ans avant l’ère vulgaire, il existait parmi les peuples du Sind et du Pendjab une civilisation qu’on peut considérer comme l’ancêtre de celles qui se sont développées plus tard en Mésopotamie : sibérienne, assyrienne, babylonienne. Ces peuples riverains de I’Indus avaient atteint un degré de culture avancée, possédaient une écriture pictographique, bâtissaient de solides maisons en brique cuite, élevaient des temples mas sis, distribuaient l’eau dans les cités au moyen de conduits soigneusement construits et recouverts de dalles de marbre, etc., etc. Du tout ce qui a été ramené au jour, il semble que leur sens artistique et leur habileté de navigateurs aient atteint une grande extension.

Comme contraste à ces découvertes qui ruinent la chronologie biblique, on a peine à lire une étude très documentée de M. A Chaboscau, parce dans le « Mercure de France » du 1er janvier, où il nous monter* les Bretons, nominalement catholiques pratiquant encore le culte du leu ou du soleil et celui des arbres. Ou des superstitions curieuses comme celle dont est l’objet le menhir de Kervéatou ou Plouarzel qui offre sur chacune de ses faces et à un mètre du sol, une bosse de 30 centimètres de diamètre. Les nouveaux mariés, à la nuit tombante, viennent ouvrir leurs vêtements autant qu’il est nécessaire pour que chacun d’eux se frotte le ventre contre l’une des bosses ; après quoi le mari est certain que sa femme lui donnera surtout des garçons et l’épouse est assurée de porter la culotte… Le gui est encore une plante magique qui a le don de guérir la fièvre et de douer de force physique…

En parlant de menhir, il est inutile d’aller jusqu’en Bretagne pour en rencontrer , dans les bois de Clamart-Meudon on en trouve quelques-uns, deux notamment, associés étroitement au culte des arbres ; il est vrai qu’ils ne valent pas les alignements de Karnak.

Partout, d’ailleurs, un rencontre des survivances curieuses qu’on penserait ensevelies avec les croyances des hommes préhistoriques. Un érudit anglais, T. XV Thomson, a fait paraître récemment un mémoire sur « les Coutumes de la Mort ci des Funérailles chez les Tsiganes (Bohémiens) anglais ». Eh bien, on retrouve dans cette étude des traditions vieilles de centaines de siècles peut-être ; par exemple cette habitude d’enterrer avec le cadavre ou dans un trou peu éloigné de sa tombe, des objets lui ayant appartenu : marteau, violon, couteau et fourchette, lasse, etc- ; ou d’adopter le rouge comme couleur de deuil, ou encore l’usage des libations. Eu plein XXe siècle, ils croient à la présence do l’âme du défunt dans sa demeure (en l’espèce sa roulotte) ; d’où la célébration de certains rites pour empêcher l’âme de sortir de ce lieu et de se promener parmi les vivants, l’accomplissement de certaines cérémonies ayant pour objet d’apaiser l’ombre et de l’empêcher de luire du mal Alexandra David n’a-t-elle pas retrouvé récemment chez les Thibétains le rite du bouc émissaire que le grand prêtre des Hébreux chargeait de toutes les iniquités des enfants d’Israël et envoyait dans le désert ? A cette différence près que ce n’est pas un houe, mais mi homme, un pauvre hère qui, alléché par le profit qu’il en tire, accepte déjouer le rôle de « Lut Gy Gyalpo », c’est-à-dire de porter sur sa tête, avec les fautes et les souillures de toute une nation, le fardeau plus terrible encore de l’animosité des démons de mille espèces dont le Thibet se croit infesté.

Voilà en présence de quelles mentalités retardataires se trouve quiconque veut essuyer de faire luire dans les cerveaux la lueur de la raison.

La Réflexothérapie.

Qu’est-ce que la réflexothérapie à laquelle le docteur Leprince vient du consacrer tout un traité ? Tout simplement la science de guérir les maladies par les réflexes, science basée, somme tou le, sur cette affirmation de Cuvier, vieille d’un siècle, que « le système nerveux est tout familial, les autres systèmes (musculaire, vasculaire, etc.) ne sont la que pour le servir ». Il ressort de ce traite que si on parvenait à dresser la carte des points de lu peau où une piqûre provoque un réflexe, on pourrait aboutir à la guérison de la ma radie dont souffre l’organisme atteint. Réveillés par les excitations produites par ces piqûres, les centres nerveux transmettraient aux points mis en péril par la maladie des sortes d’injonctions destinées a rétablir la situation compromise.

Or, paraît-il, il est possible d’établir cette carte. Entre les nerfs à fleur de peau, pour ainsi dire — les centres nerveux profonds — le bulbe racinien, sommet de la moelle épinière qui centralise tous les réflexes, un peu à la façon d’un central téléphonique — il existe une relation certaine. Tous les physiologistes connaissent d’ailleurs les rapports nerveux qui relient le lobe de l’oreille au nerf sciatique, l’œil au cœur, l’œil au larynx. La région la plus féconde en réflexes étant, bien entendu, la colonne vertébrale.

Le professeur Abram, de San Francisco, qui s’est spécialisé dans la question, a cons ta té des effets surprenants des réflexes obtenus par percussion des différentes vertèbres. Ainsi, en percutant plusieurs fois par jour la quatrième vertèbre d’un malade, il est arrivé à réduire un anévrisme de l’aorte. L’asthme, la pneumonie, la toux, la tuberculose même, ont été l’objet de traitements qui consistaient à se servir de la colonne vertébrale comme des touches d’un clavier. Citons un exemple de l’effet des réflexes qui nous sera fourni par l’humble rhume de cerveau qui se gagne souvent en musant au soleil d’hiver ; il suffit d’ru froid aux pieds pour déterminer un frisson et un éternuement annonce que le système nerveux a perdu son équilibre, rupture dont profitent les microbes du coryza, et comment ! Eh bien, un bain de pieds très chaud pris à temps constituera un réflexe contraire et bienfaisant qui pourra enrayer l’évolution du rhume.

Un autre exemple, c’est l’application d’une clé dans le dos d’un enfant qui saigne du nez, remède de bonne femme s’il s’en fût ! Il est scientifique que si on applique un objet froid sur la septième vertèbre cervicale, entre les omoplates, on provoquera un réflexe occasionnant une contraction vasculaire du réseau sanguin, laquelle suffira fréquemment à maîtriser le saignement de nez.

E. ARMAND.

  • E. Armand, “Pour faire réfléchir: Science et réligion ; La réflexothérapie,” Le Libertaire 3e série, 31 no. 383 (5 Janvier 1925): 2.

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Pour faire réfléchir

Le droit maternel en Afrique.

Le grand nombre de peuplades de l’Afrique reconnaissent à la femme un droit maternel très étendu. Sur la côté de Guinée, parmi les peuplades du Congo meridional, chez les Herrero et les Ila du Sud de l’Afrique, parmi les maintes tribus de l’Est et du Nord-Est africains non seulement les enfants sont considérés comme appartenant à la mère sans que le géniteur puisse y prétendre de quelque façon que ce soit, mais le fait qu’elle est mère procure à la femme des droits particuliers. Un professeur de l’Iniversite d’Oxford, R. S. Rothay, étudie soigneusement la question dans un livre qu’il consacre aux Achantis. Chez ce peuple, la notion du droit maternel se base sur cette conviction que la mère seule transmet son sang à l’enfant ; ils en ont tiré toute une conception d’organisation sociale (difficile à comprendre pour l’Européen), où l’influence féminine est prépondérante. La mère ne compte jamais pour la soutenir et la protéger sur son ou ses maris, ni même sur le chef de la tribu. Dans toutes les circonstances elle a derrière elle pour l’appuyer sa descendance. Aucun groupe d’hommes n’oserait maltraiter une mère. La famille d’une femme se compose de ses enfants et de leur progéniture, ses maris ne peuvent hériter d’elle sa mort, les biens de la mère restent dans la famille féminine qui pratique parfois le communisme jusqu’à ce qu’elle soit éteinte : les hommes n’héritent que des hommes ou de ce qui leur revient du côté maternal, jamais de leurs épouses.

La terre qui vit.

La sol de la planète frémit continuellement, l’ère des plissements géologiques n’es pas close. Ceci on le savait déjà, mais on ignorait dans quelle mesure. N’y a-t-il pas quelque chose d’effarant à apprendre qu’annuellement 80.000 séismes (secousses de la croûte terrestre) sont perceptibles actuellement par l’homme. La sone immergée de la planète — les mers, les océans — les plus instable que la zone émergée — les continents, les iles — : 74 0/0 des ébranlements ont leur centre en mer. Ces plissements de l’écorce terrestre sont localisés dans les grandes zones de moindre résistance de la sphère appelées géosynclinaux, zones relativement étroites et qui se groupant suivant deux grands cercles couchés l’un sur l’autre : le cercle circumpacifique et le cercle méditerranéen.

Les dernières recherches des sismologues mettent fin à cette croyance qu’une longue période de cohue succéderait à un tremblement de terre catastrophique en cas l’ébranlement nouveaux, il n’existe aucun parallélisme entre la marche du phénomène actuel et la façon dont s’est comportée la secousse précédente. Dans l’état présent de la question, aucune précision n’est scientifiquement possible quant à la succession, la périodicité ou l’intensité des secousses sismiques. Toute ce qui a été énoncée à ce sujet est pure hypothèse. Voilà qui n’est pas rassurant !

Bourrage des crânes.

Dans l’Humanité du 31 décembre, un certain Bourmistrov, correspondant ouvrier, raconte à sa façon l’histoire d’une usine d’Etat où il travaille. Il finit son récit par ces lignes :

« La jeunesse est toujours en mouvement ; ses tâches sont grandes : édifier un vie nouvelle, de nouvelles mœurs, créer de nouveaux rapports.

« En entrant au club, on voit le directeur et le manœuvre, le contremaitre et l’apprenti, tous autour de la même table, réunis dans le même cercle où ils apprennent à comprendre Lénine, à vivre et à lutter selon Lénine. Tous sont étroitement unis dans la même œuvre, tous ont le même but : élever l’Etoile Toute du léninisme comme un phare au-dessus de toute l’Europe, au-dessus du monde entier. »

Appeler ça une vie nouvelle, de nouvelles mœurs, de nouveaux rapports, c’est exagéré. Le camarade Bourmistrov abuse vraiment de la perméabilité mentale des lecteurs du journal des masses. J’ai sous les yeux un paroissien de la Jeunesse où un retrouve des expressions absolument semblables à celles dont il se sert. Il n’y a qu’à remplacer « Lénine » par le « Sacré-Cœur de Jésus » et « léninisme » par « église ». On découvrira sans peine que ces litanies sont déjà vieilles de nombreux siècles. Ce correspondant ouvrier est un plagiaire et son « nous nous efforçons de changer cela » un bourrage de crânes. Ce n’est pas un novateur, mais un démarquer, tout simplement. Quelle tournure d’esprit !

E. Armand.

  • E. Armand, “Pour faire réfléchir: Le droit maternel en Afrique ; La terre qui vit ; Bourrage des crânes,” Le Libertaire 3e série, 31 no. 384 (6 Janvier 1925): 2.

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Pour faire réfléchir

ACTUALITES ASTRONOMIQUES

Depuis les grands astronomes du siècle dernier — Herschell, Kelvin, Newcomb — depuis même d’autres plus récents, quoi qu’aussi célèbres — Eddington, Nordmann, Flammarion — que les cieux ont changé d’aspect ! Par exemple, les dimensions de la voie lactée : elle est dix fois plus vaste que les savants suscités surtout- les premiers, se le figuraient. On admet maintenant que ce n’est plus 30.000 années qu’il faudrait à un rayon de lumière pour traverser ce formidable tourbillon d’astres : mais 300.000 ans. Or, on sait qu’un rayon de lumière accomplit 30.000 kilomètres à la seconde.

Le voie lactée n’est pas immobile : tout parait indiquer qu’elle s’avance dans la direction du Capricorne, à une vitesse de 650 kilomètres à la seconde.

Qu’est notre terre, que dis-je ? notre pauvre petit système solaire dans les milliards d’astres qui composent cette nébuleuse formidable ? Moins qu’un atome. L’amas d’étoiles de la voie lactée qui paraît le plus éloigné de nous, l’amas 7006 du Dauphin, se trouverait éloigné de nous doe 220.000 années de lumière. Un germe parti de notre planète mettrait plus do six millions de siècles pour y arriver !

On considère actuellement la voie lactée, comme une spirale à deux tours dont le centre serait placé dans la Croix du Sud, une spirale à deux tours dont les replis contiendraient des milliards de systèmes solaires, à toutes les étapes de leur évolution. Mais la voie lactée est loin, fort loin do contenir tous les astres du ciel, comme quelques sismographes continuent encore à l’écrire. Elle est en tout et pour tout l’une des neuf cent mille nébuleuses spirales quo vient de recenser Curtis. grâce au puissant télescope de l’observatoire de Lick, en Californie.

A remarquer qu’avec des instruments encore plus puissants on pourrait multiplier ce chiffre vraiment formidable.

Ces univers stellaires, non seulement analogues à la voie lactée, mais souvent beaucoup plus grandes qu’elle, se trouvent à des distances presque incommensurables. Par l’étude de leurs étoiles variables, l’astronome Shapley. évalué leur lance h huit ou dix millions d’années-lumière et ces chiffres sont encore au-dessous de la vérité : les récentes études spectrales de leur lumière indiquent un fort déplacement de leurs longueurs d’onde vers le rouge. S’il s’agit là d’une application des théories d’Einstein et non d’un accident d’optique, res distances seraient dépassées de beaucoup.

Que sont auprès de tout cela et les hommes et nos querelles de chapelles et les luttes des partis politiques et les guerres que se font, sur le dos de leurs administrés, les conducteurs de troupeaux humains pour assoit- ou conquérir l’hégémonie économique ou autre, oui, qu’est tout cela auprès de l’immensité cosmique ?

UN PRECURSEUR DE LA THEORIE DE L’EVOLUTION

Il y a cinq siècles que le Rabbin Albo, un Israélite de l’Aragon, écrivait dans son ouvrage « Ikkarim » (Les Premiers Principes) les lignes suivantes (elles datent de 1425) :

« Lorsque nous réfléchissons aux formes diverses des racines qui comprennent les organismes vivants nous découvrons que toutes se dirigent vers une forme parfaite en évoluant par degrés, c’est-à-dire, que chaque règne dans l’échelle du progrès, est toujours plus parfait que celui qui l’a immédiatement précédé, comme si la substance s’efforçait constamment d’évoluer de la forme imparfaite à la forme plus parfaite progressant graduellement jusqu’à ce que la forme la plus parfaite soit atteinte. La substance est d’abord élémentaire, de cet état, clic passe à l’état minéral, avec la matière inorganique comme noyau ; de la même manière, elle passe du végéta à l’animal et de la brute à l’homme. Ici, d’évolution et à un point mort. La loi qui veut que les ordres inférieurs passent aux supérieurs s’appliquent même aux organisme les plus inférieurs; là aussi, les moins développés précèdent toujours les organismes plus complètement.

« La même loi qui fait de l’obtention d’une forme définie en chaque espèce, le but de 1évolution s’applique aux divers ordres considérés comme un tout et cela jusqu’à ce que soit atteint le dessein voulu : l’état d’homme… car l’homme est le but de tous les êtres inférieurs. Nous trouvons une preuve de cette constante évolution de la substance du plus bas au plus élevé dans les organismes qui se trouvent exactement sur la frontière qui sépare un règne de l’autre ; par exemple, le corail qui se trouve sur la limite qui sépare le minéral du végétal; encore l’éponge qui se trouve sur la limite qui sépare le végétal de l’animal. L’homme donc, qui forme le but de toute évolution puisqu’il renferme en lui l’agrégat de toutes les formes intérieures qui le précèdent, l’homme est le plus parfait de tous. »

Voilà qui n’est pas mal raisonné pour un homme antérieur de plusieurs siècles aux connaissances et aux moyens d’investigations scientifiques des Lamarck, Darwin, Wendel, De Vries, Correns et Tchemack pour ne citer que ceux-là.

UNE THESE NOUVELLE

Nouvelle est peut-être un peu exagéré, pour mieux dire émancipatrice des préjugés en la matière. Le « Progrès médical » du 10 janvier contient une étude très substantielle de Raymond Hamet sur la masturbation, d’où il ressort que malgré l’opinion courante « l’onanisme n’a pas les conséquences terribles qu’on lui attribue si communément » (Camus). Aux points de vue de ses effets sur l’appareil uro-génital « il est absolument semblable à ceux du coït (Urlowski) ». La masturbation est infiniment moins dangereuse que le coït interrompu », « l’ébranlement nerveux est plus grand par l’emploi de la femme (W. Erb) ». La fatigue musculaire est beaucoup plus grande dans le coït que dans la masturbation ». (Hammond). « La masturbation pratiquée même avec excès aux environs de la puberté n’a généralement aucune influence sur le développement des organes génitaux ». Bref, conclut l’auteur de cet article excessivement documenté « si cette perversion est regrettable au point de vue social, elle semble n’avoir aucun inconvénient pour l’individu ».

Il parait que toutes les préventions médicales contre la masturbation (les préventions populaires sont d’origine religieuses) proviennent d’un livre intitulé « Onania » qu’un charlatan anglais publia au début du XVIIIe siècle. Dans ce livre, sans aucun caractère scientifique, l’auteur charge la masturbation de tous les forfaits, simplement pour vendre une drogue qui devait complètement guérir de cette habitude ceux qui en ferait l’emplette. De nombreux auteurs se contentèrent un siècle durant de copier servilement le charlatan en question. Ce ne fut qu’en 1872, avec Christian, qu’on commença à réexaminer toute la question.

UN ANTIMILITARISTE DU XVe SIECLE

Voici comment le chroniqueur allemand Sébastian Frank, s’exprime sur le compte des soldats de son temps — en l’espèce les lansquenets :

« En l’année 1495, au temps de l’empereur Maximilien, apparurent les lansquenets, gens inutiles à qui que ce soit. Ce sont des êtres damnés, perdus, dont le métier est de sabrer, transpercer, voler, incendier, égorger, jouer, curer, s’enivrer, forniquer, faire sciemment des veuves et des orphelins — pour ensuite se réjouir du malheur du peuple, se nourrir du dommage fait à autrui. A l’intérieur comme à l’extérieur, ils font la guerre aux paysans, vagabondant, écorchant, pillant. Non “seulement à tous, mais à eux-mêmes inutiles, je ne puis trouver aucune apparence d’excuse à ceux qui ne voient pas en eux le fléau et la peste du monde. On doit non seulement les nourrir à ne rien faire comme des soigneurs. mais les recevoir magnifiquement, qu’ils fassent la guerre ou non, et cela aux frais d’autrui, eux qui font pleurer tout le monde. Le dernier des ouvriers quitte son tabouret ou sa charrue et le voilà parti en guerre, le monde n’est plus pour lui désormais qu’un lieu de promenade qu’il parcourt en oisif. Et à cet homme-là personne n’aurait attaché la moindre importance. Que la guerre éclate, sur mille, il n’en est pas un qui soit coûtent de sa suède, mais comme je l’ai dit assassiner. brûler, piller est leur métier et passetemps ordinaire. Qui se montre le moins scrupuleux et le plus débridé est le meilleur lansquenet ; celui-là fera son chemin et est digne d’être promu à la double solde : le pire chez eux est le meilleur ; qui ne sait ni égorger ni faire le bourreau ne vaut rien. Les voilà revenus au pays avec le prix du sang et les dépouilles des pauvres : ils raccrochent d’autres gens qu’ils débauchent de leur travail, et ils se promènent en titubant dans les rues, au grand scandale des habitants, bons à rien d’autre qu’à fréquenter les cabarets. Et ces gens ont le sens tellement tordu qu’aucune méchanceté ne leur fait honte. Ils veulent jouir d’une bonne réputation et, tout en se conduisant à l’encontre des chrétiens, veulent qu’on les considère comme de bons chrétiens. Etant donné toute cette paresse, tout ce luxe, toute cette débauche, tout cet inutile métier, rien d’tonnant à ce que tout soit cher et qu’il n’y ait plus d’argent dans le pays. Tout le pain est chez ces sauterelles qui ne cultivent pas, mais se contentent de dévorer les moissons. »

Pour avoir été brossé il y a quatre cent cinquante ans, le tableau est encore bien actuel, bien vivant.

E. ARMAND.

  • E. Armand, “Pour faire réfléchir: Actualités astronomiques ; Un précurseur de la théorie de l’évolution; Une thèse nouvelle ; Un antimilitariste du XVe siècle,” Le Libertaire 3e série, 31 no. 417 (8 Février 1925): 3.

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Pour faire réfléchir

Alimentation et Anarchisme.

Que-faut-il manger ? Chacun se présente avec son système, sa formule. Il faut s’abstenir de viande, dit l’un ; de vin, dit l’autre ; de lait, affirme un troisième. Le salut est dans la viande crue. Non ! dans les légumes. Proscrivez les œufs, abominez les farineux, ne consommez que des fruits — cuits, non crus. Le frugivorisme, voilà la bonne, la saine alimentation. — Que non ! les fruits ne contiennent pas toutes les vitamines, il faut avoir recours aux légumes verts et aux racines. Hippocrate contredit Galien et Guelpa infirme Metchnikof.

Rosny aîné cite une très vieille personne de sa famille qui n’a jamais suivi aucun régime — la bienheureuse ! — et qui porte allègrement ses quatre-vingt-dix-sept ans ; or, elle ne mange jamais que des aliments cuits. Le docteur Pinard, qui a dépassé quatre-vingts ans, a toujours à portée de sa main et son calé et sa pipe. Voltaire… Mais n’en jetons plus.

Un de nos amis, qui connaît bien les Indes, expose que dans ce pays il y a des millions de végétariens et végétariens très stricts, ce qui n’empêche pas qu’y existe la classe très méprisée et très exploitée des parias. Quantité de rajahs et autres seigneurs de la péninsule hindoustanique ne toucheraient pour rien au monde à de la viande, ce qui ne les empêche pas d’exploiter sans merci ni humanité leurs semblables en « nécrophobie », le joli mot !

Ah ! voilà la sagesse !

Ce n’est pas l’abstention de tel ou tel breuvage, la préférence donnée à tel ou tel régime, qui fait l’anarchiste. C’est qu’il n’exerce pas l’autorité, d’abord, qu’il fasse tous ses efforts pour ne pas la subir, ensuite.

Tout le reste, à mon sens, cet secondaire et comment !

Vers la fabrication de la vie ?

J’ai reçu il y a quelques jours le compte rendu d’une communication faite à l’Académie dei Lincei, à Rome, par le docteur de Herrera, dont on connaît les remarquables travaux biogénétiques.

Cette communication renferme des microphotographies qui ne laissent pas d’être troublantes pour ceux qui ne connaissent pas bien les recherches du savant mexicain . Il ne s’agit rien moins que de « préparés » qui offrent à s’y méprendre l’aspect de tissus nerveux : les éléments multipolaires. avec leurs divers fragments, sont parfaitement imités ; on remarque même des dendrites très fines et très ressemblantes.

Ces composés remarquables sont obtenus par un mélange d’alcool absolu, de polars caustique et de laitres. On y ajoute de la silice gélatineuse préparée en mêlant de l’alcool à de la silicate potassium et les lavages successifs qui en résultent. La solution est alors comprimée étroitement entre deux plaques de verre. On traite ensuite le tout par la chaleur émanant d’un fourneau électrique.

Le docteur de Herrera pense qu’il s’agit là d’une gelée alcoolique politique de consistance protoplasmique.

Au bout de quelques jours, les neurones ne se produisent plus. Ils prennent l’aspect de parenchyme à cellules avec inclusion concentrique. On dirait des grains d’amidon. C’est la silice en solution qui a augmenté.

On toit que la combustion de fragments du cerveau indique la présence de silice et que la potasse existe partout dans les organismes.

Ces structures obtenues par le traitement de substances minérales associées à des substances organiques — et qui imitent si exactement les structures naturelles — constituent-elles des jalons vers le résultat tant désiré : la création de la matière vivable dans les laboratoires ? C’est ce qu’il est malgré tout encore prématuré de conclure.

L influence païenne sur le christianisme.

On nie aujourd’hui que le Christ historique ait jamais existé ; quelques-uns vont même jusqu’à dire que le christianisme n’est qu’une adaptation, une transformation, une transposition du paganisme. De récents travaux, des recherches nouvelles, semblent indiquer que le caractère païen du catholicisme ou de l’église grecque — pour citer des exemples — est dû aux demi-chrétiens, eux indécis des premiers siècles, qui flottaient entre le culte de Mollira, celui d’Isis ou encore d’Appolon ou de Zeus, et le christianisme. Et de ces hésitants, il y en avait en grand nombre. De 381 à 396. le code théodosicn signale six ordonnances d’une sévérité croissante contre ceux qui avaient profané le baptême et trahi la foi chrétienne.

Cette foi chrétienne n’avait nullement conquis le monde gréco-romain. Bien au contraire, demi-chrétiens, indécis, renégats, se chiffraient par millions. Il y eu même des apostasies en masse, comme celle des Bvthiniens : toute une province de l’Asie-Mineure abjura la foi. Des hommes de valeur reconnurent soufre trompés en se croyant chrétien : tels Julien, l’empereur, et cet évêque de Troie qui se convertit en cachette au culte du soleil !

Il n’y eût pas que des indécis, des hésitants. des renégats, mais il existait un grand nombre de christianisâmes, véritables religions se concurrençant les unes les autres. De ces dernières, jugées en haut lieu dangereuses pour la foi, on fit des « hérésies ». Les chefs du christianisme d’alors trouvèrent préférable de composer avec les croyances ou les superstitions païennes. Accepter la manière de penser et d’agir rituellement en usage chez les païens ne portait pas ombrage, ne touchait pas nu dogme, somme toute.

Ainsi aujourd’hui le bolchevisme compose avec l’orthodoxie grecque, tandis qu’il ne tolère aucune diffusion de systèmes philosophiques ou d’activités sociales qui minent son pouvoir. Les popes sont bien moins dangereux que les anarchistes pour le groupe qui détient, à Moscou, la puissance politique.

La lutte contre le froid.

Comment a-t-on froid et comment n’arrive-t-on plus à compenser la déperdition de chaleur qui se fait dans le milieu ambiant ?

Par le contact de la peau avec des objets froids, avec des vêtements refroidis par l’air de l’environnement par un séjour entre des murs glacés, par le contact avec l’air froid.

Comment combattre le froid ?

Non pas par des vêtements épais et lourds, mais en protégeant l’organisme contre l’atmosphère froide, en immobilisant autour du corps la couche d’air chauffée à son contact.

Le docteur Herricart affirme que le meilleur moyen d’y parvenir c’est la multiplication des sous-vêtements habituels, faits d’étoffes minces, légères, qui ne gênent en rien les allures : doubles caleçons, doubles paires de chaussettes, doubles gilets de peau aux tissus difficilement perméables à l’air.

Le papier est un excellent protecteur. S’entourer les pieds de papier, s’envelopper la poitrine d’un journal, couvrir son lit do papier d’emballage : préservatifs bienfaisants et peu coûteux évitant la déperdition de la chaleur.

Quels tissus choisir pour les sous-vêtements ? Sous-vêtements en coton doublés par des sous-vêtements de laine ou de flanelle. Le coton se laisse en effet imprégner par la transpiration. La laine et la flanelle ne se laissent pas mouiller.

Ne pas faire usage de sous-vêtements trop collants. Une circulation insuffisante est par elle-même productrice du froid.

E. ARMAND.

  • E. Armand, “Pour faire réfléchir: Alimentation et anarchisme ; Vers la fabrication de la vie ? ; L’influence païenne sur le christianisme ; La lutte contre le froid,” Le Libertaire 3e série, 31 no. 433 (23 Février 1925): 3.

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Pour faire réfléchir

La fin de la planète

Des « adventistes » des Etats-Unis — les adventistes sont une des nombreuses sectes religieuses florissant sur le territoire de la grande république sœur (!) — ont annonce pour la fin de février la disparition de ce monde. Il parait qu’un certain nombre de ces sectaires ont distribué leurs biens aux pauvres. D’autres se sont surtout préoccupés de mettre leur âme en règle avec Dieu. On prétend qu’une troisième partie s’est occupée exclusivement de passer joyeusement le peu de jours qui. a les en croire, leur restaient à vivre sur ce globe de misères.

Las plus qu’en l’an mil, pas plus qu’à l’une des dates fixées par ceux oui ont pâli sur les apocalypses bibliques, la fin du monde ne s’est produite à la date escomptée.

J’ai sous les yeux un livre datant de 1794 et imprimé à New-York. Il contient .304 pages grand in-8° de dissertations, en texte compact, sur le livre de Daniel et l’Apocalypse de Jean. Après des computations sans nombre, l’auteur fixe pour l’an 1890 le second Avènement du Christ et pour 1960 le commencement du Millenium. Un certain Lowman, lui, se basent sur des calculs non moins solidement établis fixé pour 2016 le retour du Christ. Je prophétise à mon tour que l’hypothétique fils de Marie ne reviendra pas plus en 2016 qu’il n’est revenu en 1890.

Est-ce à dire que la vie ne s’éteindra jamais sur la terre ?

Que si, mais élans quelques milliards d’années d ici, très probablement.

On sait que les étoiles qui composent la vie lactée comprennent des étoiles géantes et des étoiles naines. Les étoiles géantes sont celles qui en sorti à leur début : elles commentent par être de couleur rouge (sur deux mille étoiles, on en compte une de cette couleur), elles passent ensuite par le jaune, le bleu, le blanc et afleignent un maximum de tempérai are de 25.000 degrés. Elles se refroidissent alors peu à peu. en repassent par tous les stades de température du début : minuscules étoiles rougeâtres, elles finissent par s’éteindre dans le néant glacial originel.

Le plus grand soleil connu et mesuré est l’étoile Antares, qui appartient à la constellation du Scorpion : il est un million de fois plus gros que noire soleil. C’est une sphère de matière incandescente de 640 millions de kilomètres de diamètre, dont le température est de 3.300 degrés, la moitié de la température actuelle du soleil.

Betelgeuse, du la constellation d’Orion, possède un diamètre 230 fois plus grand que celui du soleil, soit 344 millions de kilomètres de diamètre.

Sirius, lui, n’a que six fois le volume du soleil. C’est un astre nain.

Notre soleil est également une étoile naine. Il a été une étoile géante, mais redescend la courbe… Comme je l’écrivais plus haut, c’est une affaire de quelques milliards d’années. Bien entendu, toute trace de vie aura disparu de la terre quand l’astre du jour s’éteindra définitivement et roulera, morceau de matière inerte, dans les solitudes glacées de l’immensité cosmique.

E. ARMAND.

  • E. Armand, “Pour faire réfléchir: La fin de la planète,” Le Libertaire 3e série, 31 no. 448 (10 Mars 1925): 2.

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Le phénomène de l’Ionisation

On parle beaucoup. dans les livres et journaux scientifiques, d’électrons, a ionisation, et. Il n’est peut être pas inutile d’indiquer ici ce qu’on entend aujourd’hui par ces expressions ;

On admet unanimement que les corps sont composés d’atomes. L’atome possède une structure bien définie, ii consiste en un noyau chargé d’électricité positive autour duquel gravitent des particules extrêmement ténues, chargées d’électricité négative, qu’on1 appelle Elections. L’atome est un système me solaire en miniature.

Le noyau constitue, la partie vraiment permanente de l’atome et on ne le rencontre endommagé ou rompu qu’en de très rares circonstances. Les électrons, au contraire, vont, viennent, passent d’un atome à un autre etc. Telle est du moins, la version officielle de la physique contemporaine.

Le phénomène d’abandon d’un atome par un électron. s’appelle Ionisation. Un dit d’un atome qui a perdu l’un des électrons qui devraient normalement graviter autour de son noyau qu’il est Ionisé.

L’ionisation peut avoir lieu de nombreuse manières.

La lumière émanant d’un corps dont les atomes sont ionisés diffère notablement de celle rayonnée par les corps chauds. Quand il s’agit d’un corps chaud, on peut dire que l’émission lumineuse dépend uniquement de la température et non de la nature du corps : si on élève cette température, on augmente la quantité de lumière et, en rhume temps, on altère sa qualité où, si l’on veut, ses caractéristiques. Un changement dans la nature des corps ne modifie rien.

Au contraire, les caractéristiques de la lumière émanant d’un atome ionisé dépendent exclusivement de la nature de l’atome ; elles demeurent identiques si les atomes présents sont en plus ou moins grand nombre et quelle que suit la quantité de lumière émise : mais elles varient totalement si l’atome est changé. A ce point que de la nature de la lumière émise pendant l’ionisation, on peut déduire la nature de l’atome lui-même- : l’une caractérise l’autre. Cette méthode d’analyse est la spectroscope. Si dans l’obscurité la lumière qu’on veut analyser est projetée sur une surface plane, à travers un prisme, son image, son spectre comme disent les physiciens ne se présente pas comme une bande formée de nuances successives, comme c’est le cas pour l’arc-en-ciel, par exemple, mais elle offre une série de raies séparées, dont les positions caractérisent nettement le corps émetteur.

La lumière blanche, la lumière émise par le soleil, celle a laquelle nos yeux sont le plus accoutumé, donne toujours un spectre continu. Aucune lumière émanant d’atomes simplement ionisés ne peut être réellement blanche. Elle le peut paraître si ses raies caractéristiques sont plus ou moins uniformément espacées au-delà du spectre, mais en général cette lumière est nettement colorée.

Nous ne pouvons naturellement entrer dans des considérations ou détails scientifiques qui n’ont pas leur place ici, mais le phénomène de l’ionisation permet de connaître la nature des corps ores éloignés, puisque cette nature dépend de la lumière qu’ils irradient. Ainsi, nous savons que les étoiles rouges géantes ont une très faible densité (200.000 fois moindre que celle du soleil) et que l’oxyde de titane et le calcium dominent sur Antarès, par exemple.

E ARMAND.

  • E. Armand, “La phénomène de l’Ionisation,” Le Libertaire 3e série, 31 no. 449 (11 Mars 1925): 2.

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Pour faire réfléchir

Dans mon étude sur « l’esclavage et la force motrice animale », dont les derniers lignes ont été échoppées, soit dit en passant, je faisais remarquer combien les livres scolaires sont insuffisants et indocumentés, quand on considère le peu de placé qu’ils consacrent à des inventions pratiques qui ont déterminé bien plus l’évolution de l’humanité que telle grande bataille ou telle révolution politique !

On enseigne généralement que le primitif était un u anima! religieux ». C est inexact. Les sociétés tout à fait primitives ignoraient la religion : elles pratiquaient la magie. Avant d’essayer de se concilier la bonne humeur et les bonnes grâces des grandes forces de la nature, les hommes ont voulu les contraindre et les plier à leur volonté et à leur caprice, comme ils faisaient pour les animaux ; le sorcier prétendit avoir le pouvoir d’asservir la force à son gré. selon son commandement cristallisé en de certains rites, mais il le fit sans aucune étude préparatoire, sans connaître la façon dont les énergies naturelles se comportaient pour oeuvrer au sein de la matière ou d’une portion donnée de la substance.

Le sorcier échoua, il ne put remplir ses promesses et l’on perdit confiance en lui. Les primitifs se demandèrent alors s’il n’existait pas des êtres plus puissants que les sorciers, pouvant commander aux fortes de la nature. Ces « surhommes » il les créa à son image, les toua de la volonté dont il se croyait doué, lui l’homme qui avait dompté les animaux sauvages. Il entreprit de se les rendre favorables par la prière et les sacrifices. Le prêtre remplaça le sorcier.

Le prêtre échoua lui aussi les u surhommes ». les dieux n’ sauçant pas les demandes des hommes. On eut recours à lu’ science, qui est un retour 1 la conception première de la magie. La science est parvenue jusqu’à un certain point à domestiquer les forces de la nature, mais non plus par empirisme, par « conjuration ». sur l’ordre irréfléchi des refilées cérébraux. Pour tourner à l’avantage de l’homme les énergie< s naturelles ou réduire à son minimum leurs effets fâcheux, la science soumet à une étude patiente, exacte et minutieuse les phénomènes devant lesquels elle se trouve.Elle n’ignore pas qu’elles sont aveugles et inexorables les forces qu’il lai faut vaincre ou assujettir, mais elle procède avec circonspection et rationnellement.

Notre méthode scientifique actuelle est-elle définitive ? Dans l’état actuel des choses, tout ce que l’on peut dire est que la vérité scientifique du moment est l’hypothèse la plus féconde, la plus adéquate au plus grand nombre de faits connus, observés. La vérité scientifique actuelle peut se trouver erronée demain. Une autre théorie intellectuelle, une autre méthode explicative peut survenir dont nous ne soupçonnons même pas l’économie.

Et qui ne méditerait pas sur La conclusion où en est arrivé James Frazer qui a consigné dans son Rameau d’or les résultats de quarante ans de recherches à travers les légendes, les croyances, les superstitions, les symboles, les rites magiques ou religieux* des primitifs, des sauvages, des civilisés :

« En dernière analyse, écrit-il, la magie, la religion et la science ne sont que trois théories de- la pensée. De même que la science a supplanté ses prédécesseurs, elle pourra être délogée plus tard par quelque hypothèse plus satisfaisante, peut-être par quelque manière radicalement différente d’envisager les phénomènes, de percevoir les ombres qui défilent sur l’écran. Le progrès de nos connaissances est une marche indéfinie vers un but qui sans cesse recule devant nous. Ne nous plaignons pas de cette poursuive sans espoir. De grandes choses en procéderont, même si nous ne sommes pas ici bas pour en jouir.Des astres nous lumineux viendront éclairer la route de quelque pèlerin de l’avenir, de quelque grand Ulysse des royaumes de la pensée…

« Peut-être, un jour, les rêves de la magie seront-ils les réalités tangibles de la science? Mais une ombre noire barre l’arrière-plan de cette réjouissante perspective. Car, si vaste que soit l’accroissement de science et de puissance que l’avenir réserve à l’homme, celui-ci ne peut guère espérer résister à la marée des grandes forces silencieuses, mais inexorables, qui semblent travailler à la destruction de cet univers sidéral au milieu duquel notre globe n’est qu’un grain de poussière, un minuscule atome ».

E. Armand.

  • E. Armand, “Pour faire réfléchir,” Le Libertaire 3e série, 31 no. 463 (24 Mars 1925): 2.

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