E. Armand: Supplements and Broadsides

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There were a large number of supplements, broadsides and advertising materials produced in the course of E. Armand’s various periodical publishing ventures and the existing bibliographies, perhaps understandably, incomplete and sometimes confusing with regard to these items. The first group of documents listed here come from early in Armand’s career and relate to l’Ère Nouvelle. Most can be found in the digitized archives of the IISH. [Charles Hotz papers, folder 183]

There are several more known supplements to l’Ère Nouvelle, which I will add as I can confirm their particulars. And then I can begin on the considerably more complicated job of sifting through the material published for l’en dehors.


L’Ère Nouvelle


Notre programme (c. 1901)

[IISH note: “Ere nouvelle, no. 8 — décembre 1901]

NOTRE PROGRAMME (1)

I

Chrétiens et prolétaires. nous avons longtemps déploré l’absence d’une feuille de propagande populaire qui tout en faisant une part équitable à nos revendications et à nos aspirations sociales et libertaires, ne les séparât pas de notre foi et de notre ardent désir d’y amener les autres.

C’est dans le but de combler cette lacune que l’Ere Nouvelle fut fondée, s’affranchissant des l’origine, de tout lien confessionnel ou politique.

II

Disciples de Jésus, le Charpentier de Nazareth, nous croyons en l’Evangile qu’il vint apporter à l’humanité, non point un Evangile tronqué, falsifié, défiguré, amoindri par les compromissions avec les puissants de ce monde ou les dogmatiques des Facultés, mais un évangile intégral ; puissance d’émancipation spirituelle, morale, sociale ; l’Evangile du Salut, du Bien et de la Justice, bloc indivisible, tout inséparable.

Chrétiens Messianistes, nous sommes de ceux qui attendent impatiemment l’apparition de la terre régénérée dont parlent les prophètes, « terre nouvelle où règnera la justice », humanité transformée où les uns ne seront pas sacrifiés aux autres, où nulle inégalité abusive, nul privilège, nulle oppression ne pourra se faire jour, économie bienheureuse qui ignorera conséquemment :

L’exploitation de l’homme par l’homme quelle forme qu’elle revête.

2° Le paupérisme quelque prétexte qu’on invoque pour légitimer son existence.

3° L’aumône, en tant qu’adjuvant du système capitaliste, soupape de sûreté de la richesse spoliatrice, masque de la philanthropie mercantile, grande faiseuse de làches résignés, de paresseux et d’hypocrites.

4° Le militarisme et la guerre, autrement dit l’homicide et le brigandage scientifiquement et légalement organisés.

5° Un petit nombre de familles ayant tout le confort désirable : appartement spacieux, bien aérés, luxueusement meublés, vêtements en abondance, nourriture copieuse et saine ; tandis que la multitude mal vêtue, s’entasse en d’étroits logements, malsains et privés d’air, ne mangeant pas à sa faim et se nourrit souvent de produits avariés.

6° Une minorité possédant ou gagnant de grosses sommes, se trouvant de ce fait à l’abri du besoin et faisant souvent étalage d’un luxe insolent tandis que la majorité, à la merci qu’elle est du capital, végète, gagne péniblement sa subsistance, n’a aucune sécurité du lendemain et voit sans cesse suspendu sur elle la menace du chômage et les poignantes privations qui en sont la conséquence forcée

7° Les instruments de production aux mains de quelques-uns, tandis que la classe ouvrière sans laquelle leur valeur ou leur utilité serait nulle, doit renoncer au légitime espoir de les voir devenir siens.

8° Le cléricalisme, autrement dit l’esprit de fanatisme de superstitieux, d’intolérance ou d’oppression.

9° Les distinctions de races, de peuple, de sexes et les abus monstrueux qui en découlent.

IlI

L’Evangile tout entier, dans son esprit, s’élève contre ces abus et ces iniquités. Nous en avons la preuve, non seulement dans le sermon sur la Montagne, l’Epître de Jacques, cent passages probants, mais encore dans l’organisation toute communiste des chrétiens de Jérusalem qui, dix-huit siècles avant les Babœuf, les Cabet, les Proudhon, les Fourier, les Louis Blanc, etc. etc., réalisèrent la formule célèbre : De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins.

D’ailleurs, sans se prévaloir de cette antique tentative il suffit que Celui qui n’eut pas un lieu où reposer sa tête ait donné ce commandement: « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » pour en déduire logiquement le non sens du tien et du mien dans une société régénérée par son Esprit.

Voilà pour l’Evangile social ; nous tendons donc une main fraternelle à tous ceux qui sans partager notre foi et nos conceptions religieuses poursuivent, comme nous et parallèlement à notre activité, l’émancipation intégrale de l’humanité.

IV

Le côté social de l’Evangile ne saurait nous faire négliger sa puissance d’émancipation morale. Jamais des débauchés, des joueurs, des buveurs, ne sauraient prétendre à leur affranchissement social ou économique. Prêts à tout immoler à la passion qui les domine, incapable de tout effort viril, chair à exploitation, ils constituent l’obstacle le plus puissant à la délivrance du prolétariat.

Aussi combattons-nous et de toutes nos forces l’alcoolisme, la débauche et la pornographie, les jeux d’argent et les jeux barbares ; enfin tout ce qui dégrade et avilit l’homme, tout ce qui entrave son évolution altruiste, en un mot tout ce qui fait obstacle à l’avènement de la Cité Future.

Notre tâche serait incomplète si nous n’accordions toute sa place à l’Evangile, en tant que puissance d’émancipation spirituelle. Pas d’économie sociale, sans éthique, sans bases morales. Pas de morale sans base spirituelle. Nous constatons l’existence du mal, cause autant que résultat de l’inique état social que nous subissons Disciples du Christ Rédempteur, le Socialiste Parfait, nous croyons qu’il a paru pour anéantir les causes et les résultats de ce Mal unique obstacle à l’établissement du«Royaume des Cieux » de la Cité de l’Avenir. En nous révélant le Salut personnel, la Vie éternelle, l’Amour-Vrai, — le Christ ressuscité nous, a fourni le moyen de vaincre l’Égoïsme, de réaliser la parfaite justice,

V

Indépendante de tout parti, de toute secte et de toute église, l’Ere Nouvelle n’a aucune raison de taire la Vérité. Ceux qui la rédigent sont d’humbles disciples de l’Évangile, s’efforçant d’imiter leur Maitre, le Crucifié du Calvaire.

Notre foi et notre bonne foi sont nos uniques titres, y compris notre intense conviction que le mode d’évangélisation laïque que préconise l’Ere Nouvelle est le seul qui puisse atteindre effectivement les foules. Dieu fasse que nos efforts contribuent à la venue de cette re nouvelle qu’appelle de tous ses vœux l’humanité qui souffre, qui pense et qui hésite (2).

La Commission d’initiative.

(1) Ce programme avait déjà paru dans le premier numéro de l’Ére Nouvelle. Depuis le nombre de nos abonnés s’est accru dans des proportions considérables et il ne nous reste plus d’exemplaires de ce numéro. Nous avons cru bien faire en le publiant à nouveau et nous en profitons pour le tirer à part. C’est autour de ce programme que se rallieront tous les chrétiens qui désirent nous aider dans notre œuvre, c’est de lui que s’inspireront les groupements qui se rattacheront à notre activité, c’est en le respectant que ceux qui ne partagent pas toutes nos convictions lutteront avec nous là main dans la main pour amener la Cité de Justice.

(2) Un groupe indépendant vient d’être constitué à Paris sur ces bases, il a choisi comme secrétaire notre camarade et collaboratrice : Mlle Marre Kugel.

Béthune, imp. Delcroix-Roland


  • Supplement permanent à « l’Ère Nouvelle » — Group international de L’Ère Nouvelle: Déclaration des adhérents—Conceptions communes—But du groupement. — Manifeste de “L’Ère Nouvelle” Organe des chrétiens socialistes-communistes et libertaires. [no date; single-sided sheet]

SUPPLÉMENT PERMANÉNT A « L’ÈRE NOUVELLE »

GROUPE INTERNATIONAL
L’Ere Nouvelle

Déclarations des adhérents — Conceptions communes — But du groupement.

1. Le groupement L’Ère Nouvelle se compose de camarades adhérant, d’une façon générale, au Manifeste ci-contre.

2. Bien que créé par des chrétiens socialistes-communistes et libertaires, ce groupement admet les camarades ne partageant pas les convictions religieuses ou la philosophie spiritualiste de ses initiateurs, pourvu cependant qu’ils reconnaissent la nécessité d’une régénération individuelle.

3. Peut donc faire partie de ce groupement ga se reconnaît conscient, régénéré, né de nouveau, selon le point de vue où il se place, et, de ce fait, nie l’autorité, quelle forme qu’elle revête.

4. Sans prendre aucun engagement, les camarades adhérant au groupement se déclarent unis Mort non les uns aux autres par les conceptions suivantes :

5. Au point de vue social, ils déclarent poursuivre l’établissement d’une économie nouvelle basée sur la Libre entente et le travail en commun, que résume assez clairement la formule bien connue : « De chacun selon ses forces (ou sa production), à chacun selon ses besoins (ou sa consommation) ».

Du fait de leur adhésion, ils déclarent combattre le régime social actuel, ses injustices et ses iniquités.

6. Au point de vue moral, ils reconnaissent la nécessité d’une morale individuelle basée sur le respect le plus absolu de la liberté d’autrui, condition indispensable au plein exercice de la leur. La formule « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » leur semble assez intégrale pour nier, en son nom, l’utilité des dogmes oppresseurs, des morales conventionnelles, des réglementations abstraites, — l’amour du prochain excluant la loi.

7. Dès maintenant et dans la société actuelle, les camarades adhérents se reconnaissent assez développés :

a) pour ne pas se livrer à la violence sur leurs semblables ou à la cruauté sur un être quelconque, la question de légitime défense étant résolue par chacun selon sa conscience ;

b) pour réagir personnellement sur les passions bestiales et les appétits contre-nature comme l’alcoolisme, la débauche, les jeux d’argent et les jeux barbares, etc. ;

c) pour bannir de toutes les circonstances de leur vie quotidienne le mensonge, l’hypocrisie, la mauvaise foi, la déloyauté, etc.

8. Au point de vue spirituel, chaque camarade chrétien ou spiritualiste adhère sans renoncer à aucune de ses conceptions particulières sur la nature ou l’existence de Dieu, — sur la vie, la personne, l’œuvre de Jésus de Nazareth, — sur la doctrine du salut individuel ou social, — sur l’inspiration ou l’authenticité des livres qui composent le recueil biblique, —sur l’immortalité
de l’âme ou la survivance de l’esprit, etc., etc.

Il se reconnait assez développé pour admettre chez son frère une interprétation qui soit différente de la sienne. En adhérant, comme chrétien, au groupement, il déclare d’ailleurs s’attacher à l’esprit qui vivifie et non pas à Ia lettre qui tue.

9. Dans leurs rapports les uns avec les autres, les camarades adhérents se reconnaissent assez développés pour agir en individualités conscientes; sans parler de la bonne volonté, des services à se rendre mutuellement, de la tolérance, de la solidarité dans les circonstances bonnes ou mauvaises de la vie, ils s’interdisent de juger les actes d’aucun d’entre eux. Ils ne se demandent réciproquement que de procéder ouvertement, d’être conséquents avec leurs déclarations publiques et d’agir selon leur conscience.

10. Le but de ce groupement est une tentative de réalisation en petit et entre êtres conscients, — attachés à des philosophies différentes maïs poursuivant un but d’émancipation commun — de cette cité d’Harmonie dont les prophètes, les voyants, les émancipateurs de tous les temps ont prévu et annoncé l’avènement.

11. Il n’y a point de cotisation fixe. Ceux des adhérents qui le désirent soutiennent, selon qu’ils l’entendent, L’’Ere Nouvelle, revue d’émancipation intégrale rédigée par des disciples du Christ, laquelle expose, développe, propage, discute les idées énoncées dans le Manifeste ci-contre.

12. Il suffit, pour adhérer, de découper selon le pointillé le talon ci-dessous et de l’adresser sous enveloppe ouverte affranchie à 5 centimes, à 4

La Rédaction de « L’ÈRE NOUVELLE »
17, rue St-Séverin, 17, PARIS (Ve)


[subscription form]


MANIFESTE DE ‘ L’ÉRE NOUVELLE,

Organe des chrétiens socialistes-communistes et libertaires

I

Disciples et continuateurs de Jésus, le charpentier de Nazareth, nous nous réclamons de l’Evangile — la Bonne Nouvelle; non point un Evangile tronqué, défiguré, amoindri par les compromissions avec les puissants de ce monde, les Eglises ou les dogmatiques des Facultés, les erreurs des mystiques ou les falsifications des interpolateurs, mais en un évangile intégral: doctrine d’émancipation sociale, morale et spirituelle ; l’Evangile de la Régénération individuelle, de l’Amour et de la Justice. :

Cet Evangile, ramené à ses sources, nous enseigne que l’œuvre du Christ a consisté non à proclamer de dogme, à établir de religion, à fonder d’église mais à proposer une société future, un « monde à venir » : le Royaume de Dieu, qui n’est pas le Paradis imaginé par les glosateurs infidèles, endormeurs du prolétariat de tous les temps, mais cette Humanité renouvelée, annoncée par tous les prophètes, tous les voyants et tous les émancipateurs: La Terre Nouvelle où la Justice habitera, Economie si différente de la nôtre qu’elle ignorera

La souffrance inutile et évitable, physique où morale.— laquelle ne se réalisera que le jour où des cerveaux aura disparu le dernier des mille préjugés ou conceptions oppressives qui sont à la base de la société actuelle, entr’autres

L’autorité de l’ait ou de droit — sous quel aspect qu’elle se présente ;

La propriété sous sa forme actuelle, par suite l’exploitation de l’homme par l’homme et les injustices qui en découlent :

Le patronat, le salariat, l’intérêt ou la rente, le paupérisme et son corollaire la misère, matérielle et morale, l’aumône, soupape de sûreté de la richesse spoliatrice, masque de la philanthropie mercantile, grande faiseuse de lâches résignés, de paresseux et d’hypocrites; la prostitution, etc.

La détention des instruments de production-par quelques parasites ou intermédiaires au détriment de la classe laborieuse, donc productrice.

Les haines individuelles ou collectives, les distinctions de peuples, de races, de sexes, de classes, par conséquent :

Les patries, les frontières, le militarisme, les armées permanentes, etc.

Les conceptions injustes, surannées, autoritaires du mariage, de la famille, des positions sociales, etc.

Le cléricalisme, autrement dit l’esprit de fanatisme, de superstition, d’intolérance ou d’oppression, etc., etc.

II

Disciples et continuateurs du Christ, le Communiste-Libertaire idéal, nous reconnaissons que l’Evangile, dans son esprit, s’élève contre ces abus et ces iniquités, À preuve le sermon sur la Montagne, l’Epître de Jacques, les passages dont foisonnent les écrits composant le Nouveau Testament, plus encore l’organisation communiste des judéo-chrétiens de Jérusalem qui, dix-huit siècles avant les Baboeuf, les Cabet, les Fourier, les Proudhon, les Louis Blanc, etc., etc., mirent en pratique la formule célèbre : De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins.

Il suffit que le Prolétaire sublime qui n’eut pas un lieu où reposer sa tête ait proposé cette autre formule : « Ta aimeras ton prochain come toi-même » pour en déduire logiquement le non sens du tien et du mien dans une société imprégnée de son esprit.

Nous estimons qu’on ne peut se proclamer le disciple ou le continuateur du charpentier galiléen sans être communiste.

Nous nous sentons donc les camarades de tous ceux qui, sans partager nos conceptions chrétiennes spiritualistes, poursuivent comme nous et avec nous l’établissement de la cité d’Harmonie où, libres, tous les êtres humains jouiront de la pleine justice, de la satisfaction de tous leurs soins normaux : physiques et intellectuels.

III

Le côté social de nos aspirations ne saurait nous faire négliger l’émancipation morale sans laquelle leur réalisation est impossible, Jamais des débauchés, des joueurs, des buveurs, par exemple, ne pourront prétendre à leur affranchissement social ou économique. Prêts à tout immoler à la passion qui les domine, incapables de tout effort viril, chair à exploitation, ils constituent l’obstacle le plus puissant à la libération du prolétariat.

Aussi combattons-nous et de toutes nos forces l’alcoolisme, la débauche et la pornographie, les jeux d’argent et les jeux barbares ; enfin, tout ce qui dégrade et avilit l’homme, tout ce qui entrave son évolution altruiste, tout ce qui fait obstacle à l’avènement de la Cité Future, individuelle et collective.

La société actuelle se base sur l’hypocrisie, le mensonge, les compromissions, l’acceptation de situations fausses, la crainte du qu’en dira-t-on, le souci de sa réputation, la frayeur du ridicule. A cette conception égoïste des rapports sociaux, nous opposons la déclaration du Christ: « que votre oui soit oui, que votre non soit non». A la loi écrite, arbitraire, à la morale conventionnelle nous opposons la loi intérieure, la morale personnelle qui, se souciant peu d’être comprise ou approuvée, ne se préoccupe que d’être d’accord avec la Conscience et la Nature.

IV

Au point de vue spirituel, nous admettons l’Evangile, dans son essence, comme la voie par excellence de l’émancipation spirituelle. Après nous avoir enseigné qu’il ne peut se fonder d’économie sociale sans éthique, sans bases morales, — autrement dit de renouvellement total sans rénovation des unités, — il nous fait constater l’existence de l’Egoïsme, du Mal, cause autant que résultat du milieu où nous nous développons. Disciples du Christ Initiateur, Révélateur, Sauveur, nous considérons que pratiquées dans leur esprit sa doctrine et sa morale aboutissent forcément à l’avènement de la Cité de Justice ou d’Altruisme pratique.

Ainsi donc, en nous révélant :

1° Le salut personnel ou.la nouvelle naissance — autrement dit la régénération intérieure ;

2° La volonté de Dieu le Père — concrétisation de la Force d’émancipation universelle — dont les manifestations évidentes sont, hors nous et en nous, la nature en évolution et la conscience en formation ;

3° La Vie éternelle par l’assimilation à son esprit ou l’Amour du prochain

Jésus de Nazareth nous à indiqué le moyen de triompher de l’Egoïsme régresseur et d’établir — en nous et parmi autrui —une ère de liberté réelle.

Mais nous regardons comme nos frères quiconque lutte pour la venue d’un état de choses meilleur, quelques différentes des nôtres que soient ses conceptions spiritualistes.

V

Disciples et continuateurs de Jésus de Nazareth, le Révolutionnaire incorruptible, nous déclarons n’avoir aucune confiance dans les programmes des partis politiques, ils ont fait leur temps : On ne met pas de vin nouveau dans de vieilles outres. IL ne peut plus être question de replâtrer le vieil édifice lézardé et branlant qu’est cette société pétrie d’inégalités, d’injustices et de préjugés, mais d’édifier un bâtiment nouveau où seront ignorés les maux qui rendent celui-ci inhabitable.

Indépendants done de tout parti, de toute secte, de toute église, nous nous efforçons simplement, — à l’exemple du Crucifié du Calvaire et de tous ceux qui, se réclamant de lui ou non, ont voulu amener la fraternité sur la terre, sans autre mobile que l’amour désintéressé, — de contribuer à la venue de cette Ere nouvelle qu’appelle de tous ses vœux l’humanité qui souffre, qui pense et qui hésite.

L’Ere Nouvelle


  • Supplement à l’Ère Nouvelle — Programme de L’Ère Nouvelle: Manifeste des Chrétiens Socialistes, Communistes et Libertaires. — [Letter to l’Aurore by E. Armand] [n.d., single-sided sheet]

 


  • Feuillets de propagande émancipatrice, No. 4 — L’Idéal libertaire et sa réalisation, par E. Armand, de l’Ere Nouvelle. — Aux travailleurs, par Léon Tolstoï. [4p]
Feuillets de propagande émancipatrice, N° 4

L’idéal libertaire et sa réalisation

par E. ARMAND de l’Ere Nouvelle

L’autorité a fait son temps ; sous quelle forme qu’elle se présente : dogmes, lois, conventions, morales, — que ce soit au point de vue éducatif, économique, intellectuel, le système autoritaire perd de plus en-plus du terrain. Représentant du passé, son éclat se ternit graduellement à mesure que se lève la brillante aurore de l’avenir ; et même considéré à la lueur des idées courantes, l’idéal autoritaire apparaît décidément comme une conception digne des temps barbares, ou comme le symbole par excellence de l’oppression. Qui va lui succéder ? Sera-ce l’idéal libertaire ?

* * * *

Qu’est-ce que l’idéal libertaire ? — Tel que je le conçois, rien de ‘plus ni de moins qu’une société dont tous les membres se développeraient intégralement selon les tendances de leur nature, sans qu’aucune imposât à autrui ses propres conceptions économiques, intellectuelles ou morales — un milieu où lé dogme et le préjugé seraient inconnus — un monde où l’expérience individuelle et l’observation collective serviraient de seul procédé éducatif et de base unique à la libre entente entre les hommes. :

En deux mots, toujours selon moi, l’idéal libertaire ou anarchique — les deux termes sont équivalents — est celui d’un groupement d’où serait bannie l’autorité sous tous ses aspects.

C’est le sens primitif, original du substantif « anarchie > ou du qualificatif « libertaire ».

* * * *

La réalisation de l’idéal libertaire n’implique donc pas l’adoption générale d’une théorie métaphysique ou philosophique quelconque. Il sous-entend, bien au contraire, que chaque membre du milieu futur sera à même de choisir soi-même la conception philosophique qui s’accorde le mieux avec sa constitution cérébrale ou son tempérament. L’« anarchiste » ou le « libertaire » n’est donc pas plus anti-idéaliste ou anti-spiritualiste ou anti-scientifique qu’il n’est anti-matérialiste ou anti-sentimental, par exemple.

Il n’est que l’adversaire conscient de toute conception qui ne repose pas sur le libre choix individuel et dont l’origine est un enseignement imposé par l’Etat ou l’Eglise, ou une autorité quelconque. Il est, en un mot, anti-clérical et libre-penseur par excellence.

* * * *

La réalisation de l’idéal libertaire n’implique pas non plus la soumission de tous les membres des sociétés à venir à un régime économique déterminé. Là encore intervient la question des caractères, des tempéraments. Si on peut souhaiter que tout le monde soit appelé un jour à vivre pratiquement l’idéal communiste-libertaire, qui est le mien, il ne s’ensuit pas que tous les hommes soient actuellement ou prochainement préparés à y trouver leur félicité ou l’accomplissement de leurs désirs. Rien ne prouve qu’en l’état actuel des mentalités, tel ou tel régime comme le coopératisme, le collectivisme, ou le communisme autoritaire, par exemple, ne réponde pas davantage au stade d’évolution de la plupart des êtres humains. Tout ce que le libertaire peut demander ou exiger des sociétés actuelles ou de celles à venir, c’est qu’elles lui laissent la possibilité de faire l’essai loyal de ses conceptions économiques ou morales à son heure et avec les camarades de son choix, — qu’elles lui permettent, en un mot, de vivre librement son idéal. Aux autres de déterminer leur voie d’après les résultats de leur propre expérience.

* * * *

La réalisation de l’idéal libertaire ne saurait exiger non plus une conception morale collective. La société qu’il prévoit ne connaîtra pas, socialement, d’autre immoralité que la violence et, individuellement, que le déséquilibrement, en ce sens que tout penchant deviendra nuisible dès qu’il empêchera l’homme de se développer normalement, — intellectuellement et physiquement, — et qu’il le conduira à faire tort à sa propre liberté en l’amenant à attenter à celle d’autrui, conséquence inévitable. Aussi, déjà dans la vie actuelle, le « libertaire » vivra-t-il le plus possible en dehors des conventions morales établies, démontrant que le mépris qu’il ressent à leur égard ne saurait, dans la pratique, amoindrir son activité, son utilité, son amour pour autrui.

* * * *

La réalisation de l’idéal libertaire n’implique pas non plus la contrainte ou la violence sous aucune forme, ce qu’il importe de ne pas confondre avec la « légitime défense ».

N’est pas libertaire quiconque essaye d’imposer sa façon de voir à autrui, — que ce soit de la voix, de la plume ou du geste. La contrainte ou la violence ne sont que l’affirmation tangible de l’autorité, et qui s’en sert est tout simplement un autoritaire.

Sans rechercher les applaudissements — sans appeler non plus les persécutions inutiles — le libertaire expose, propose, discute son idéal avec d’autant plus de chaleur qu’il le vit intérieurement. Il se fait tuer pour le vivre, il ne l’impose jamais (1).

* * * *

La réalisation de l’idéal libertaire n’est donc pas inévitablement liée au succès d’une révolution sanglante accomplie par des bandes enregimentées, conduites par des chefs avoués ou non, — séduites par l’appât grossier d’améliorations purement matérielles, — fanatisées par l’annonce de la bonne nouvelle du Milieu-Providence, où par suite de la seule transformation des conditions économiques toute l’humanité serait heureuse. Il dépend exclusivement de la formation d’individualités conscientes, réellement décidées à vivre librement sans autres limites que la liberté de vivre d’autrui. aimant leur prochain comme elles-mêmes, — substituant au déterminisme aveugle des majorités, l’exemple expérimental de l’effort individuel, à l’association forcée, le groupement par affinités, par sympathie, — car l’homme ne vit pas de pain seulement. :

Individualités montrant déjà dans la société actuelle ce que peuvent accomplir le travail libre et l’entente en commun, par la formation de groupes d’éducation et de solidarité fraternels, de coopératives, de production et de consommation de tous genres, de Milieux Libres de toutes sortes, de sociétés ignorant le « tien » et le « mien » d’autant plus assurés de la réussite qu’ils se composeront d’éléments décidés et préparés (2).

L’idéal libertaire, encore suivant moi, ne saurait donc être celui d’une Société uniformément réglée sur un modèle préconçu de régime moral, économique, ou intellectuel. Il ignore au fond, les bases économiques de la vie des groupements de l’avenir. Aussi, nous qui désirons voir s’établir le plus rapidement possible et de tous côtés des milieux communistes, puisque l’abolition de l’exploitation de l’homme par l’homme nous paraît être le corollaire logique de la cessation de la domination de l’homme sur l’homme, — aussi, dis-je, ne songeons-nous pas à formuler une doctrine libertaire ou anarchiste ; à établir un dogme, à proclamer une vérité ; nous nous préoccupons beaucoup plus de susciter des êtres conscients, respectueux de la liberté de penser et d’agir d’autrui ; tolérants enfin parce qu’indomptablement résolus à ne point céder un pouce de leur liberté et du résultat de leurs efforts.

—————

(1) Innombrables sont d’ailleurs, les formes d’activité, variant selon les personnes. On pourrait classer parmi les plus révolutionnairement et les plus profondément éducatives, celles qui consistent à refuser le service militaire, le paiement de l’impôt, du loyer, la culture du sol ou le travail salarié pour autrui, etc. Mais tous ces mouvements de grève collective ou générale exigeraient. pour réussir des actions individuelles fortement conscientes et se produisant simultanément ; ceux qui les osent isolément en sont d’autant plus héroïques.

(2) Comme formule de groupement économique, nous citerons volontiers celle adoptée par les coopérateurs-communistes hollandais ; elle paraît définir à peu près les bases possibles des Milieux Libres susceptibles d’être créés actuellement.

« Nous voulons former une association de producteurs et de camarades, travaillant en terrain libre, — sans nous opprimer ni nous faire tort l’un l’autre, — à nous assurer notre subsistance et à développer notre vie dans le sens le plus élevé.

« Se joint à nous quiconque se sent réellement disposé à ne pas vivre aux dépens d’autrui et reconnait en son pouvoir de participer à la production commune. Nous ne réclamons rien d’autre de nos adhérents.

« Mais quiconque n’est pas disposé à faire, de tout cœur, abstraction de ses droits lorsqu’ils empêchent ceux d’autrui de s’affirmer, ne saurait être des nôtres, à moins de nous tromper et de se tromper lui-même ».

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Pour la vente et la propagande, s’adresser aux bureaux de l’Ere Nouvelle, 68, rue François-Miron, Paris (4e), franco, le cent : O fr. 95 ; les 50 : O fr. 50; les 25 : O fr. 25. L’Ere Nouvelle est une revue libertaire traitant d’émancipation intégrale, d’idéalisme pratique et de communisme appliqué. Elle paraît mensuellement si possible, Elle centralise les nouvelles relatives aux Milieux Libres de tous pays et préconise l’union des libres-conscients de toutes les tendances philosophiques sur le terrain de la morale individuelle et de la sociologie expérimentale. Programme : Plus d’autorité de l’homme sur l’homme — plus d’exploitation de l’homme par l’homme. Abonnements : 1 fr, 50 (Extérieur 2 fr.). Le numéro 20 cent.

Aux Travailleurs

Les travailleurs sont asservis par le gouvernement, parles riches, mais que sont donc ces hommes qui composent le gouvernement et les classes riches ? Que sont-ils ? Des hercules dont chacun peut vaincre des dizaines et des centaines de travailleurs ? Ou bien sont-ils très nombreux et y a-t-il peu de travailleurs? Ou ces hommes, les gouvernants et les riches, sont-ils les seuls qui puissent faire tout ce qui est nécessaire et produire tout ce dont vivent les hommes ? Ni l’un ni l’autre, ces hommes ne sont pas des hercules mais au contraire des êtres dégénérés et impuissants. Non seulement, ces hommes ne sont pas très nombreux, mais ils sont des centaines de fois moins nombreux que les ouvriers, et tout ce de quoi vivent les hommes n’est pas fait par eux, mais par ces ouvriers et eux ne savent ni ne veulent rien faire, ils dévorent seulement les produits du travail des ouvriers. Alors, pourquoi donc ce petit groupe d’hommes faibles, oisifs, qui ne savent ni ne veulent rien faire, dominent-ils des millions de travailleurs ? Il n’y a qu’une réponse. C’est que les ouvriers se guident dans. la vie par les mêmes règles et lois qui guident leurs oppresseurs. Si les ouvriers travaillent et ne profitent pas autant des travaux des pauvres et des faibles que les gouvernants et les riches qui ne travaillent point, ce n’est pas parce qu’ils trouvent cela mauvais mais parce qu’ils ne peuvent et ne savent le faire comme le font les gouvernants et les riches plus habitués et plus retors que les autres. Les gouvernants et les riches dominent les ouvriers seulement parce que ceux-ci désirent aussi et de la même façon dominer leurs frères les travailleurs.

Par la même raison — la même façon de comprendre la vie — les ouvriers ne peuvent se révolter comme il le faudrait contre leurs oppresseurs.Si pénible que soit pour un ouvrier l’oppression qu’il supporte des gouvernants et des riches, il sait en son âme que lui-même agirait de la même façon, — et peut-être agit-il ainsi, dans une faible mesure, envers ses frères. Les ouvriers s’unissent par le désir de s’asservir l’un l’autre et c’est pourquoi il est facile aux hommes habitués qui ont accaparé la force et le pouvoir de les asservir. Si les ouvriers n’étaient pas les mêmes oppresseurs que les gouvernants et les riches qui ne se soucient que de profiter des misères de leur prochain pour établir leur bien-être, mais s’ils vivaient fraternellement en pensant les uns aux autres et en s’entr’aidant, personne ne pourrait les asservir.

Léon TOLSTOI.


  • Ce qu’est réellement l’Ère Nouvelle et le mouvement qu’elle représente

  • Supplément permanent à l’Ère Nouvelle, revue mensuelle — Franches explications, par E. Armand, de l’Ère Nouvelle: Comment puis-je à la fois Chrétien et Libertaire ?

Supplément permanent à l’ÈRE NOUVELLE, revue mensuelle – 1 fr. 50 le cent, franco U. P.U

FRANCHES EXPLICATIONS,

par E. Armand, de l’ERE NOUVELLE

Comment puis-je être

à la fois

CHRÉTIEN & LIBERTAIRE ?

Nombre de personnes n’ayant pu encore admettre qu’il puisse exister, à côté de libertaires « matérialistes », des libertaires « spiritualistes » ou « chrétiens ».J’ai pensé quelques lignes d’explications nécessaires à ce sujet.

1. Je crois à peine avoir besoin d’insister sur les motifs qui m’ont poussé à me déclarer libertaire. Niant l’autorité de l’homme sur l’homme (et son corollaire : l’exploitation de l’homme par l’homme), je ne reconnais et ne pratique d’autre morale que celle de la liberté— individuelle, intégrale absolue — où qu’elle aboutisse.Je n’y pose d’autre limite que la liberté d’autrui. Je n’entends la soumettre qu’à un critère unique : celui de ma pensée, de ma raison, en un mot de ma conscience.

2. Je vais essayer maintenant d’expliquer brièvement pourquoi je me qualifie de « chrétien », de disciple du Christ. Je ne suis pas né chrétien. Je le suis devenu. On naît catholique, protestant, grec orthodoxe, etc.; on ne saurait naître chrétien, on le devient. En ce qui me concerne, c’est en pleine connaissance de cause qu’à la fleur de la jeunesse, sans y être préparé par la moindre éducation « religieuse », j’ai choisi d’être un des disciples de Jésus de Nazareth. Et cela à la suite du contact de ma conscience avec la personnalité de Jésus telle qu’elle se dégage des récits évangéliques, une fois ceux-ci dépouillés des additions subséquentes et des légendes de source païenne ou autre dont les théologiens ont fait ultérieurement des dogmes (1).

3. Jésus de Nazareth a fait impression sur ma conscience. Après treize ans, cette impression qui donna à ma vie une orientation nouvelle, demeure aussi nette, aussi intense, aussi sensible qu’au moment où elle se produisit.

Ainsi donc, « être chrétien », en ce qui me concerne personnellement, ce n’est ni avoir adhéré à telle ou telle doctrine ou morale religieuse — admettre l’authenticité de tel texte contraire au bon sens ou partager même les conceptions théologiques prêtées au Christ — « être chrétien » (pour moi) c’est s’assimiler la conscience de Jésus de Nazareth, c’est le revivre lui-même dans évolution actuelle de sa pensée.

4. Jésus de Nazareth n’est (pour moi encore) ni le membre d’une Trinité incompréhensible, ni un faiseur de miracles inexplicables, ni une sorte d’illuminé mystique. C’est le type de l’Emancipateur intégral qui fait marcher de pair l’évolution morale et l’évolution sociale, en pratiquant ce qu’il prêche. C’est le Parfait dont Paul disait qu’il n’avait point connu le péché — l’imperfection — et qui ne s’en montre que plus tendre et plus bienveillant à l’égard des imparfaits et des vaincus de la vie, tout en leur proposant comme but la perfection.

C’est le Révolté conscient, l’Incorruptible que rien ne détourne de sa voie, ni les acclamations populaires, ni les perspectives de revers, ni la menace des lois. C’est l’Homme par excellence, le Fils de l’Homme, qui parle à la conscience humaine, qui connaît si bien les faiblesses et les misères des autres hommes, ses frères, qu’il ne veut ni désespérer, ni qu’on désespère de l’un d’eux. C’est l’idéal vécu de la Libre Conscience qui, aux prescriptions, aux textes, oppose toujours et sans cesse la loi intérieure. C’est l’Homme de l’’Avenir et jamais du passé. « Le sabbat est fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat. » « Que les morts enterrent leurs morts. » « On ne met pas de vin nouveau dans de vieilles outres. » C’est

l’adversaire des prêtres, « ces hommes à longues robes qui, sous prétexte de prières, ravagent les maisons des veuves », celui des pharisiens et des moralistes de decorum auxquels il rappelle que ce n’est pas « le dehors, mais le dedans de la coupe qu’il faut nettoyer », celui des hypocrites et sa prétendue résignation ne l’empêche pas de chasser à coups de fouet les marchands du temple. C’est l’adversaire irréconciliable des charlatans, des superstitieux, des fétichistes qui, de tout temps, ont voulu localiser Dieu dans un temple et trafiquer des miracles, « Il vient une heure et elle est déjà venue où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité. »

Il foule aux pieds morale de convention et respect humain, car il accueille dans son entourage Madeleine la prostituée, absout la femme adultère, et fait ses amis des péagers et des gens de mauvaise vie; s’agit-il de confondre les cléricaux, c’est d’un hérétique, d’un hors la loi dont il se sert comme héros d’une de ses plus belles paraboles : celle du bon Samaritain.

Egalitaire, il enseigne à ses disciples que parmi eux il n’est « ni premiers, ni derniers ».Libertaire, il rappelle que «l’esprit souffle où il veut» et recommande de n’appeler personne “Maître”. — Il ne fonde pas de secte, ne crée ni parti, ni église, n’établit ni doctrine, ni philosophie, ni religion : ses disciples se reconnaissent à ce qu’ils “ s’aiment les uns les autres ?.

Rénovateur intégral, il indique le gage du succès des Sociétés à venir. « Nul ne verra le Royaume des Cieux sil n’est né de nouveau. » Et ce Royaume des Cieux est si peu un paradis et si bien la Cité de Bonheur que larmes de souffrances, faim et soif de justice, aspirations intenses, exploitations, douleurs, misères de toute sorte y seront calmés, apaisés, inconnus.

5. Et tout cela, Jésus ne se contente pas de le prêcher, il le vit, et s’efforce de le faire vivre à d’autres. Tout mécompris, raillé, persécuté qu’il soit, il persévère, — par amour, — sans l’espérance d’une récompense. d’une approbation, d’un succès, — jusqu’à la mort, jusqu’au supplice.

Voilà simplement exprimé l’Idéal que je souhaite, que j’essaie de vivre, — l’Idéal qui évolue et se développe dans l’intimité de ma conscience, — l’Idéal que plusieurs ont vécu, vivent et vivront les uns partiellement, les autres plus ou moins entièrement, l’Idéal dont j’ai trouvé le germe dans les récits évangéliques, puisque je ne connais le Christ que par eux.

6. Plusieurs assurent pouvoir se passer d’un idéal; d’autres ont rencontré, l’avouant ou non, en Confucius, en Bouddha, en Epictète, en Platon, en Socrate, en Mahomet, en Spinoza, en Fourier, en Bakounine, — qui sais-je encore ? — un idéal, un exemple, un guide, correspondant parfaitement à leurs sentiments, à leur tempérament, à leur mentalité et qu’ils aiment à citer. Les ai-je jamais blâmés de s’efforcer de réaliser leur idéal? Qu’ils me laissent donc tenter de vivre le mien!

Je ne réclame d’eux autre chose que nous réunir et sur le terrain des revendications humanitaires et économiques, et pour la mise en pratique, dans la liberté absolue, de nos communes aspirations de liberté, de justice et d’amour.

Certains « chrétiens » de leur côté, se sont formé du Christ une idée plus dogmatique, plus moralement ou religieusement bourgeoise. Oublient-ils qu’en nous excommuniant, ils cessent d’être les disciples du Tolérant s’il en fut qui comptait comme siens tous ceux qui n’étaient pas contre lui ?

(1) C’est la seule conception purement chrétienne. Paul s’écrie Christ est ma vie, comme Jésus s’est écrié le Père et Moi ne faisons qu’un. Il s’agit d’une expérience de conscience, nulle part d’un dogme.

Les enseignements des prophètes d’Israël, les déclarations du Christ aboutissent logiquement à des conséquences libertaires et économiques communes aux initiateurs, aux voyants de tous les temps, de toutes les écoles. De même nos ancêtres chrétiens-communistes, les chrétiens libertaires actuels dans tous les pays, aboutissent individuellement — tout comme moi au communisme libertaire.

Lire à ce sujet la Fin du Christ Légendaire (essai de Christianisme libertaire) par E. Armand et Marie Kugel. en vente aux bureaux de l’Ere Nouvelle, Revue d’Emancipation intégrale, rédigee par des disciples du Christ, 17, rue Saint. Séverin, Paris (Ve), où l’on trouve aussi les Déclarations du Groupe International l & Ere Nouvelle».

Mes disciples se reconnaissent à ce qu’ils s’aiment les uns les autres (JÉSUS DE NAZARETH).

La reconnaissance des lois est le signe d’une ignorance crasse (Léon TOLSTOI).

Nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons lés frères (L JEAN 3/15).

Société de l’Imprimerie de « La Loire Républicains »
Rue de la Bourse, 26, SAINT-ETIENNE


  • Un Libertaire Chrétien, “L’idéal libertaire,” n. d.

L’IDÉAL LIBERTAIRE

Etrange époque que la nôtre où de tous côtés nous entendons parler avec enthousiasme de Liberté et où cependant le Veau d’Or n’a jamais régné plus puissamment sur les Humains. Hélas ! n’est-ce pas en se grisant de ce mot que les esclaves saluaient les Rois et les Empereurs qui s’imposaient à leur ignorance ? :

— Mais, répondent nos démocrates, la grande Révolution de 1789 n’a-t-elle pas affranchi le Peuple français et ses effets bienfaisants ne se sont-ils pas étendus sur tous les autres peuples ? Aujourd’hui, par le Suffrage Universel, nous sommes libres d’établir le système social que nous jugeons le plus conforme à la Justice et nos institutions sont le reflet de la volonté populaire. Les travailleurs qui, avant l’acte libérateur de nos pères, agonisaient sous le servage ne sont-ils pas libres d’effectuer leur labeur pour le patron qu’ils veulent et en vertu d’un contrat librement consenti de part et d’autre ? Le législateur, sous l’impulsion du Peuple Souverain, ne travaille-t-il pas sans cesse à améliorer les conditions du travail ? Et cette grande évolution sociale n’est-elle pas consacrée par la devise républicaine inscrite orgueilleusement sur le fronton des monuments qui abritent nos libres institutions : Liberté, Egalité, Fraternité !

A ces sophismes les Libertaires opposent la Vérité.

Cette grande Révolution dont ils se réclament et dont ils nous enjoignent de reconnaître les bienfaits, à qui a-t-elle réellement profité? L’impeccable Histoire nous répond : A une seule classe, à la Bourgeoisie.

Pendant que le Peuple donnait sans compter son sang pour abolir la Monarchie à l’intérieur et repousser à l’extérieur la coalition des esclaves étrangers, que faisait ce tiers-état qui prétendait vouloir délivrer la Nation de ses chaînes ? Eh bien! ces valets rebelles s’enrichissaient des dépouilles de leurs maîtres ! Les bourgeois au pouvoir mettaient en vente ” biens des émigrés et leurs complices les acquéraient pour presque rien; ils prélevaient de lourds impôts sous prétexte de défense nationale, se faisant ainsi de colossales fortunes. Leurs querelles, leurs rivalités, leurs luttes fratricides à la suite desquelles ils ont péri sur l’échafaud en font foi. A eux les grasses fonctions et les honneurs; au peuple l’esclavage et la misère !

A peine le peuple eût-il brisé la chaîne du Servage que la Bourgeoisie lui forgea celle du Salariat dont elle resserra si fortement les chaînons qu’aujourd’hui, après 115 ans, il y est encore captif. La Constituante et la Convention complétèrent cette œuvre infâme en votant la loi Chapelier qui interdisait aux travailleurs de se coaliser contre lé Patronat !

Quant à ce Suffrage Universel qui, soi-disant, nous rend maîtres de nos destinées, n’est-il pas lui aussi la proie du Capital? Est-il possible aux travailleurs de voter selon leur conscience et leurs intérêts? Non, les récentes élections le prouvent surabondamment : Marseille, Nevers, Le Havre, etc., en sont de frappants exemples. Partout, c’est sous l’œil du Patronat que le Travail se rend au scrutin. Lorsque par hasard, comme à Brest, les électeurs font preuve d’indépendance, les plus cruelles représailles leur font durement expier cet acte libre.

Et ces fameuses lois ouvrières ! Loi de dix heures, Suppression des Bureaux de placement, Loi sur les Syndicats, sur le Droit de Grève, etc., etc., ne sont-elles pas constamment violées par le Patronat et lorsque les travailleurs en réclament la stricte application la Bourgeoisie ne les fait-elle pas assommer par sa police et son armée?

La Liberté pour la classe ouvrière n’est autre que celle de crever de faim.

L’Egalité c’est la Richesse et la Misère.

La Fraternité c’est la Guerre et la Grève! C’est la haine, la jalousie et le vol !

O Démocrates ! O vils imposteurs, voici votre œuvre !

Et toi, Peuple martyr, resteras-tu éternellement sous le joug”? Te nourriras-tu toujours de ces vaines promesses ? Quitte un moment l’atelier, l’usine, la charrue et porte tes regards vers l’horizon social :

Vois ces hardis pionniers qui manient d’une main sûre la pioche avec laquelle ils sapent le vieil édifice social. Ils construisent la route qui les mènera vers le Bonheur et l’Harmonie.

Ce sont les Libertaires.

Là-bas, dans la sombre Russie, ce sont les Doukhobores, ces vaillants paysans végétariens qui, fidèles à la doctrine du Christ, se refusent à prendre les armes contre leurs semblables. Leur maître, ce Tsar maudit, ce tigre altéré de sang, les emprisonne, les torture, les plonge dans le gouffre sibérien, mais tout cela en vain, les martyrs restent calmes et rien ne peut leur faire prendre une arme fratricide. Alors, fou de rage, il fait dresser les potences. Mais la perspective de la mort mème n’a pu leur faire changer de résolution ! Surpris d’une si grande énergie et d’une si forte volonté, las et accablé de tant de crimes inutiles le Tsar fait un geste d’impuissance : il les chasse de son empire.

Maintenant, au Canada, avec l’aide du grand Tolstoi, ils vivent en Communisme.

C’est également dans cette partie du Nouveau-Monde, qu’est la Colonie de Burley qui possède forêt, scierie et jetée, et, dans l’Amérique du Sud, c’est un grand nombre de colonies semblables.

Plus près de nous, en Hollande, ce sont les Colonies de Niew-Niedorp, Blaricum.

Et enfin, ici, sur ton sol, les Colonies de Vaux et d’Aiglemont.

Cette courageuse élite produit et consomme de chacun selon ses forces à chacun selon ses besoins. Pour eux le travail est un besoin physique qu’ils veulent satisfaire librement. Aussi il leur est une distraction dont le fruit, la production, se consomme dans l’harmonie des besoins de chacun. Puisses-tu savoir mettre en pratique de si beaux exemples et faire tienne leur fière devise : Tous pour Un, Un pour Tous !

Vive l’Harmonie d’Etres Libres et Conscients, dégagés de toutes chaînes autoritaires !

Un Libertaire Chrétien.

L’ÈRE NOUVELLE, 68, rue François-Miron(Paris, IV-), revue mensuelle, 2 fr. par an, le numéro 0,25, donnant tous les renseignements sur la marche de tous les Milieux libres de la terre.


Supplément spécial à l’ERE NOUVELLE, no. 29 et 30 — Un mot personnel, [par] E. Armand


  • Arrêtez la mort ! Appel aux Travailleurs des Portes / Stop Death! Appeal to the workers of the ports (October, 1904)

ARRÊTEZ LA MORT !

Appel aux Travailleurs des Ports

Citoyens,

Vous n’ignorez pas que le tzar vient de d panes: ordre a l’escadre de la Baltique de se rendre sur les lieux de la guerre.

Qu’est-ce done que cette escadre et quel est son but ? C’est LA MORT qui marche vers l’Extrême-Orient, sur l’ordre du tzar, pour les intérêts des cupides capitalistes et sur la bénédiction divine des popes pour aller massacrer vos frères travailleurs japonais.

Camarades, ne restez pas indifférents devant la perspective de ces nouveaux massacres. Abstenez-vous de coopérer a cette triste besogne en refusant d’embarquer aussi bien que de débarquer le charbon et les autres marchandises nécessaires à l’affrètement de ces navires.

Agissez de même a l’égard de toute. flotte russe et japonaise, et ainsi LA MORT qu’elles portent sera arrêtée.

N’hésitez pas, car devant les carnages journaliers qui se produisent en Extrême-Orient, il faut en finir le plus tot possible avec cette criminelle boucherie humaine.

Parti ouvrier socialiste « Égalitaires » de Dijon : Nogarède, Thiolain.

Socialistes révolutionnaires de Dijon : Leloup, Urbain Petit, Gervais.

Libertaires de Dijon : Fage, Gremeret, Monod.

Anarchiste-chrétien, russe : Ivan Trégouboff.

Groupe d’entente libertaire et revue « Ere Nouvelle » de Paris : E. Armand, Marie Kugel, Chauvelot-Gardet.

Octobre 1904.
Dijon et Paris.

NOTA. — Prière de reproduire, traduire et propager cet Appel par les journaux et les feuilles spéciales. Pour communiquer avec nous s’adresser : I. Trégouboff, 8, rue Toullier, Paris (Ve).

STOP DEATH!

Appeal to the workers of the ports

Citizens,

You are not ignorant of the fact that the czar has just given orders to the Baltique squadron to go to the seats of war.

What is, then, this squadron and what is its aim? It is DEATH who is marching towards the Extreme East at the command of the czar, in the interest of covetous capitalists and under the divine benediction of the clergy to go to massacre your fellow-workers of Japan.

Comrades, do not remain indifférent at the prospect of these new massacres. Abstain from co-operating in this sad business by refusing to embark as well as to unlade the coal and the other goods necessary in the freighting of these vessels.

Act in the same way with regard to any fleet, Russian or Japanese, and thus the DEATH which they carry will be stopped.

Do not hesitate, because, in consideration of the daily carnage which takes place in the Extreme East, it is necessary to stop as soon as possible this criminel human butchery.

« Egalitaire » Society of Socialist-workmen of Dijon : Nogarede, Thiolain.

Revolutionary Socialists of Dijon : Leloup, Urbain Petit, Gervais.

Libertaires of Dijon : Fage, Gremeret, Monod.

Anarchist-christian (Russian) : Ivan Tregouboff.

Group of libertaires and Review « l’Ere Nouvelle » of Paris : E. Armand, Marie Kugel, Chauvelot-Gardet.

October 1904.
Dijon and Paris.

NOTE. — You are requested to reproduce, translate and propogate this Appeal by the newspapers and by leaflets. To communicate with us address : I. Tregouboff, 8, rue Toullier, Paris (Ve).


Première circulaire aux lecteurs de l’Ere Nouvelle: Le Cas d’Armand (2 Janvier 1908)

  • Henry Vanberger, “Le Cas Armand”
  • E. Armand, “De la Vie Intérieure” [excerpt from “Qu’est-ce qu’un Anarchiste”]
  • E. Armand, “Demain” [verse]
  • Marcel Desprès, “Coupable ou Capable ?”
  • E. Armand, “Le Travail” [verse]

Hors du troupeau


  • [Letter explaining name change to Hors du troupeau, dated 1911]

[Add advertising broadsides for Hors du troupeau and Les Réfractaires.]


Les Réfractaires


  • Les Réfractaires, bi-mensuel en formation

  • La verité sur les Anarchistes Individualistes [“1913”]

ORIGINAL

TRANSLATION


L’en dehors


L’Individualiste /L’Individualisto


  • L’en dehors no. 73 bis (No. hors commerce) (Janvier-Février 1926)

  • “Ceux qui veux ni dieux ni maitres, les inadaptés, les inassouvis, les indomptés lisent l’en dehors” [advertisement]

  • Margarite Desprès (et al.), “D’un femme aux femmes et filles de syndicalistes, révolutionnaires, communistes et anarchistes [“Janvier, 1928”]

  • “Ce que sont, ce que veulent dire et comment fonctionnent nos associations,” l’En dehors, Hors série: Supplément au no. 135 (fin Mai 1928)

  • Supplément permanente à l’en dehors — Les amis de « l’en dehors » : formules d’adhésion  / Li amicos del « en dehors » : formulos de adhesion

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