Sylvain Maréchal, “Corrective to the Revolution” (1793)

[ A translation in progress. ]

[Sylvain Maréchal: Pastoral Simplicity and Patriarchal Government (author page)]

CORRECTIF

A LA

REVOLUTION

CORRECTIVE

TO THE

REVOLUTION


Tous nos malheurs sont dûs la Société:
L’homme perdit ses droite à la félicité,
Du moment qu’il osa, d’une main criminelle ;
Substituer un code à la voix paternelle.

Sylvain Maréchale.

All our misfortunes are due to Society:
Man lost his right to happiness,
At the moment when he dared, with a criminal hand;
To substitute a code for the paternal voice.

Sylvain Maréchal.


CORRECTIF A LA RÉVOLUTION.

—–

A PARIS,

Chez les Directeurs de l’Imprimerie du Cercle Social rue du Théâtre-français.

1793,

L’an II de la République.

CORRECTIVE TO THE REVOLUTION.

—–

PARIS

Chez les Directeurs de l’Imprimerie du Cercle Social rue du Théâtre-français.

1793

Year II of the Republic.


SUJET DE L’OUVRAGE.

Examiner si une famille doit être mieux gouvernée et plus heureuse sous l’œil d’un père, que des milliers de familles sous le sceptre d’un seul homme ou les faisceaux de plusieurs.

SUBJECT OF THE WORK.

To examine whether a family should be happier and better governed under the eye of a father, than thousands of families under the scepter of one man alone or the fasces of several.


CORRECTIF A LA RÉVOLUTION.

No. I.

Trois sortes de despotisme pèsent tour-à-tour sur la tête des hommes rassemblés en société :

  • Le despotisme d’un seul,
  • Celui de plusieurs,
  • Celui de tous.

Le premier de ces trois jougs est le moins difficile à briser ; il ne faut que le vouloir : la fin tragique de César à Rome, de Charles Ier à Londres, de Louis XVI à Paris, en est la preuve.

Le despotisme de plusieurs n’est point inattaquable. Le peuple ne peut-il pas bien mettre un sénat la raison ? Le despotisme de tous place la société dans un état de violence, de déchirement qui ne peut durer, et reporte la nation vers le despotisme d’un seul ou celui de plusieurs.

La liberté ne se trouve dans aucun de ces trois modes. Elle fuit les grands concours d’hommes. Elle habite plus volontiers au sein d’une famille isolée, régie par le plus âgé. Dans tout autre gouvernement, elle ne fait que passer.

Nous parlerons donc du gouvernement patriarchal.

CORRECTIVE TO THE REVOLUTION.

No. I.

Three sorts of despotism weigh in turn on the heads of men gathered in society:

  • The despotism of one alone,
  • That of several,
  • That of all.

The first of these three yokes is the least difficult to break; one need only to wish it: the tragic end of Caesar in Rome, Charles I in London and Louis XVI in Paris are the proofs.

The despotism of several is not unassailable. Cannot the people set a senate straight? The despotism places society in a state of violence and division that cannot endure, and turns the nation back towards the despotism of one or that of several.

Liberty is not found in any of these three modes. It flees the great concourse of men. It lives most willingly in the heart of an isolated family, ruled over by the eldest. In every other government, it only passes.

We will speak then of patriarchal government.

II. Eh ! comment la société civile pouvoit-elle tourner au profit des hommes ? Son origine étoit impure. Le premier ambitieux fut sans doute son fondateur. Ce fut sans doute un homme isolé, enfant du crime et sans parens, qui le premier attroupa quelques-uns de ses semblables, se mit à leur tête, et qui sevré des caresses de la nature, voulut s’en dédommager par les bassesses de la servitude.

II. Well! How could civil society be made to profit men? Its origin was impure. The first ambitious man was undoubtedly its founder. He was doubtles an isolated man, a child of crime and without parents, who first gathered some of his fellows, placed himself at their head, and who, cut off from the caresses of nature, wanted to compensate himself for it through the base acts of servitude.

III. Quel est-il celui-là qui, le premier, fut assez imprudent pour conseiller aux hommes ses semblables de se réunir en société ? N’auroit-il pas dû pressenti qu’en voulant étendre les liens de l’homme, il les relâchoit. Il n’avoit donc pas réfléchi qu’un bon patriote seroit nécessairement l’ennemi de sa famille ; qu’un bon père de famille seroit par cela même un mauvais citoyen ?

III. Who was it who was first imprudent enough to advise his fellow men to gather together society? Shouldn’t he have foreseen that in wishing to extend the links among men, he  would untie them? Hadn’t he considered then that a good patriot would necessarily be the enemy of of family; that a good father would be, by that fact alone, a bad citizen?

IV. Un fleuve est bien différent de lui-même, quand on compare sa source à son embouchure. Ce filet d’eau limpide qui roule, avec un doux murmure, sur un sable épuré, est loin de ressembler à ce fleuve rapide et profond dont les flots entraînent avec eux tout ce qu’ils rencontrent, et vont se perdre avec fracas dans le gouffre de l’Océan.

Image exacte de la société !

Elle commença par un ménage heureux et paisible, vivant sous les loix simples de la nature. Il y a une grande distance de cette famille réunie sous un toit commode, au milieu d’une campagne riante, à ces empires vastes dont les habitans, étrangers l’un à l’autre, se poussent, se heurtent en tout sens, et ne sont contenus que par le frein d’un code sévère.

IV. A river is very different from itself, when we compare its source to its mouth. This trickle of limpid water that rolls, with a soft murmur, over fine sand, hardly resembles the swift, deep river whose floods carry with them all that they encounter, and which will be lost with a crash in the gulf of the ocean. 

An exact image of society!

It begins with a happy, peaceful household, living under the simple laws of nature. There is a great distance from that family, gathered under a cozy roof in the middle of a pleasant countryside, to these vast empires whose inhabitants, strangers to one another, jostle and collide with one another wherever they turn, and are only contained by the curb of a severe code.

V. La première société de toutes fut vraisemblablement celle d’une mère et de son enfant. La rencontre du père et de la mère ne peut être regardée que comme une société commencée, qui ne dura guère plus que le moment de la co-habitation. Mais l’association de la mère et de son enfant dut être prolongée au moins jusqu’à l’instant que l’enfant put se passer de sa mère ; et c’est là, ce semble, l’état de nature, l’état sauvage, qui ne dut pas tarder à faire place au siècle pastoral ; chez les nations les moins civilisées du monde, on trouva ces deux gradations établies, mais la première moins fréquemment que la seconde ; c’est donc à l’amour maternel qu’on est redevable de l’invention ou de l’origine de la société : source pure d’où cependant il s’est écoulé tant d’abus et d’excès !

V. The first society of all was in all likelihood that of a mother and her child. The encounter of the father and the mother can only be regarded as a society in its beginnings, which would hardly last for more than the moment of co-habitation. But the association of the mother and her child must be prolonged at least until the moment when the child can do without their mother; and that is, it seems, the state of nature, the savage state, which was not slow in giving way to the pastoral century; among the least civilized nations of the world, we find these two gradations established, but the first less frequently than the second; it is thus to maternal love that we are indebted for the invention or the origin of society: a pure source from which has flowed, however, so much abuse and excess!

VI. L’homme est né dans la société, et il y demeure, dit Montesquieu.

N’en déplaise la mémoire de ce beau génie, l’homme n’est pas plus né dans la société, que pour la société ; et la plupart n’y demeurent que comme des prisonniers dans un cachot.

L’homme est né dans sa famille, et il devroit y vivre, et y mourir, sans porter ses vues plus loin, sans étendre son horizon au-delà du toit paternel.

Si un père et une mère n’incorporoient pas leur enfant dans la société, il mourroit sans en soupçonner l’existence, et sans avoir besoin de la connoitre. J’en excepte le moment où il doit se choisir une compagne.

VI. Man is born in society, said Montesquieu, and there he remains.

With all due respect to that fine genius, man is no more born in society than for society; and the majority remain there only like prisoners in a dungeon.

Man is born in his family, and he should live there, and die there, without carrying his vistas farther, without extending his horizon beyond the paternal roof.

If a father and mother did not incorporate their child into society, the child would die without suspecting its existence, and without needing to know it, with the exception of the moment when they must choose a companion.

VII. L’homme nouveau-né n’a besoin que de son père et de sa mère : encore, pourroit-il à la rigueur se passer du mari de sa mère. L’enfant homme n’a besoin que d’une compagne. L’homme vieillard n’a besoin que de ses enfans. Qu’on ajoute un ami, pour les besoins de l’âme ; et l’homme peut très-bien se passer de tout le reste de ses semblables. Que lui offriroit de plus une plus grande société que celle au sein de laquelle il est né, au sein de laquelle il peut vivre et doit mourir heureux ? Dans son foyer domestique, il peut goûter tout autant de plaisir que sa nature en comporte. Lui étoit-il nécessaire de combiner avec tant d’art et de peine une association plus nombreuse ? Que nous en est-il revenu ? en vivons-nous plus contens et plus long-tems ? Hélas bien an contraire.

VII. The newborn man only needs his mother and his father: what is more, he could, in a pinch, do without his mother’s husband. As a child, the man only has need of a companion. The old man only needs his children. Let us add a friend, for the needs of the soul; and man can very well do without the rest of his fellows. What would be offered to him by a society larger than the one into which he was born, in the heart of which he can live and die happily? In his own household, he could taste as many pleasures as his nature entails. Was it necessary for him to work out, with so much art and trouble, a larger association? What is in it for us? Will we live longer or more happily? Alas, just the contrary.

VIII. On lit avec douleur dans l’histoire que le gouvernement le plus doux, le plus naturel, le plus digne de l’homme, donna naissance au gouvernement le plus absurde et le plus révoltant. Rien de plus raisonnable qu’une famille obéisse à son chef. Plusieurs familles s’étant réunies ne trouvèrent rien de plus propos que de conserver cette hiérarchie si simple. Qui auroit cru alors qu’une cause aussi innocente, aussi légitime, auroit eu des suites aussi funestes, aussi illégales ? On auroit du cependant prévoir qu’autre chose est de gouverner sa propre famille, ou de régir tout un peuple qui n’est attaché à son chef que par des liens factices. Un père, en frappant ses enfans, se frapperoit lui-même. Le sceptre d’un roi enclin au pouvoir arbitraire, ne tombe que sur des étrangers.

VIII. We read with sadness in history that the gentlest, most natural government, that most worthy of man, gave rise to the most absurd and most revolting of governments. Nothing is more reasonable than that a family should obey its head. Several families, being assembled, will find nothing more appropriate than to preserve that very simple hierarchy. Who then would have thought that such an innocent, such a legitimate cause would have had such dreadful, such illegitimate consequences? One should have foreseen, however, that it is one thing to govern one’s own family and another to rule an entire nation, which is attached to its head only by artificial links. A father, striking his children, strikes himself. The scepter of a king is inclined to arbitrary power and only falls on strangers.

IX. Quelqu’un a dit:

Ouvrez les fastes de l’univers, remontez à l’origine du monde social. Toutes les nations dont vous lirez l’histoire ont commencé par un homme nu qui avoit faim avant tout.

Cela n’est pas exact, et il seroit difficile, pour ne pas dire impossible, de prouver cette assertion par des monumens, ou par aucune tradition. L’homme nu qui avoit faim avant tout n’a pu être rencontré ainsi que par accident. L’homme vient au monde nu ; mais il a les bras et le sein de sa mère pour le réchauffer et le nourrir. Avant et pour que cet homme descendit des entrailles de sa mère, il a fallu que sa mère ne restât pas toujours seule au monde. La naissance de l’homme nu qui a faim avant tout, et qui, dit-on, sert de commencement à la société suppose une société antérieure à sa conception :

IX. Someone has said:

Open the registers of the universe and go back to the origins of the social world. All the nations whose histories you read have begun with a naked man who was, above all else, hungry.

That is not exact, and it would be difficult, not to say impossible, to prove that assertion by monuments or by any tradition. So the naked man who was, above all else, hungry could only be encountered by accident. Man comes into the world naked; but he has the arms and the breast of his mother to warm and nourish him. Before and in order for that man to come out from the womb of his mother, it is necessary that his mother has not always remained alone in the world. The birth of the nake man, who is hungry above and who, it is said, serves as the beginning of society, supposes a society prior to his conception :

X. A quelqu’époque éloignée de l’histoire qu’on veuille remonter, dans quelque région inhabitée qu’on pénètre, on ne trouvera jamais les hommes errans, seul-à-seul, dans les bois, et ne se donnant aucun soin pour se procurer des alimens. On ne peut pas recontrer un homme absolument isolé, vivant seul. Enfant, on le rencontre avec son père et sa mère ; plus grand avec ses frères, ses sœurs ou sa compagne. Dans l’âge mûr, il porte ses enfans dans ses bras ; dans sa vieillesse, il s’appuie à son tour sur eux : jamais on n’a trouvé d’homme seul, comme un être tout-à-coup jeté du ciel en terre. Jamais on ne vit d’homme surgir de terre, comme ces plantes fongeuses qui naissent du soir au matin. L’homme n’est pas un seul instant de sa vie seul. L’homme de la nature existe, ou peut exister ; l’homme sauvage est un être de raison.

X. In whatever distant era of history you should wish to return to, in whatever uninhabited region you penetrate, you will never find the men wandering, one-on-one, in the woods, and taking no pains to obtain food. You cannot encounter an absolutely isolated man, living alone. As a child, we find him with his father and mother; whe older, with his brothers, sisters or companion. In mature age, he carries his children in his arms; in old age, he leans on them in turn: never have we found man alone, like a being suddenly cast from the heavens to the earth. Never have we seen man emerge from the earth, like those spongy plants that sprout up overnight. Man is not, for a single instant of his life, alone. The man of nature exists, or can exist; the savage man is a figment of the imagination.

XI. Le sauvage n’est pas encore l’homme. Le citadin n’est plus l’homme.

Le père de famille, vivant avec ses enfans, dans sa maison, au milieu d’un domaine pas plus grand qu’il ne faut pour nourrir lui et les siens, voilà l’homme par excellence.

Le sauvage est l’homme informe.

Le citadin est l’homme déformé.

L’homme simple, l’homme champêtre, celui qui tient le juste milieu entre le cannibale brute et le pharisien poli ; voilà l’homme de la nature.

Il semble que Moise ait saisi ce point juste : il ne place pas Adam dans une forêt épaisse ; il ne le place pas non plus dans les murs d’une cité toute faite; il le met, avec sa compagne dans le jardin d’Eden.

On remarquera encore qu’il ne donne pas à l’innocent Abel l’honneur de la civilisation ; il attribue au fratricide Caïn l’invention des villes et des arts meurtriers.

XI. The savage is not yet a man. The city dweller is no longer a man.

The father of the family, living with his children, in his house, in the midst of a domaine no larger than he needs to feed himself and his own, that is man par excellence.

The savage is man unformed.

The city-dweller is man deformed.

The simple man, the rustic man, the one who occupies the happy medium between the cannibal brute and the polite Pharisee; that is the man of nature.

It seems that Moses grasped this legitimate point: he did not place Adam in a dense forest; nor did he place him within the walls of a city already built; he put him, with his companion, in the garden of Eden.

We also not that he did not give the innocent Abel the honor of civilization; he attributed the invention of cities and of the murderous arts to the fratricide Caïn.

XII. Newton a observé dans la nature deux agens qui font l’âme et toute l’économie de son système : la force centrifuge, et la force centripète. Ces deux mobiles contraires d’impulsion et de répulsion sont tellement en équilibre, qu’il en résulte l’harmonie admirable qui règne dans le monde.

On pourroit appliquer ce principe à la politique. L’homme est né tout-à-la-fois doué de liberté et de sociabilité. Les législateurs profonds ont cru pouvoir mettre en jeu tout-à-la-fois ces deux ressorts rivaux du cœur humain ; mais il ne leur a pas été aussi facile de faire régner entr’eux le même équilibre qu’entre la force centrifuge et la force centripète. Il falloit trouver une balance d’une grande justesse pour peser les droits de l’homme avec ses devoirs, et pour ne point laisser emporter le poids des uns par le poids des autres. Malheureusement on a trop souvent sacrifié les droits aux devoirs. La nature avoit trouvé un biais. L’homme, sans compromettre les droits de sa liberté, et sans se soustraire aux devoirs de la sociabilité, concouroit à ce double but, en obéissant à son père, et pas à d’autres. Il en fit même d’abord la douce expérience. Malheureusement, il ne s’en tint pas là : l’instinct lui auroit cependant suffi pour cela ; mais il voulut user de la raison avant sa maturité ; et le flambeau qui lui avoit été donné pour éclairer la routine de l’instinct, devint bientôt entre ses mains une torche incendiaire. Tout fut perdu, sitôt que l’homme consentit à obéir à d’autres qu’à son père. Les deux ressorts d’impulsion et de répulsion qui étoient tendus en lui, ces deux espèces de forces centrifuge et centripète, réagirent l’un contre l’autre ; et de cette dissonance, de cette rivalité, il en résulta tous les désordres de la société civile.

XIII. Ce qui se passa à l’époque où les peuples arrêtèrent une forme de gouvernement, n’est pas un préjugé eu faveur de la légitimité du pacte social. Le berceau de toutes les nations a été souillé de crimes. On le voit entouré, ou d’usurpateurs cruels, ou d’hommes lâchers. Les uns se vendent ou se donnent; les autres achètent ou subjuguent : ou bien encore, des fourbes adroits, par un tour de gobelet digne des charlatans font lever au ciel les yeux de leurs semblables, pour, pendant ce tems, les dépouiller en ce bas monde, ou leur préparer des entraves et des piéges.

Les refontes de gouvernemens sont susceptibles des mêmes abus et des mêmes excès que leur première fondation.

XIV. Il faut opter : on ne peut être à la fois bon citoyen et bon père de famille, par la raison qu’on ne peut être à la fois en deux endroits différens, et qu’on ne sauroit partager son tems entre les affaires du dehors et celles du dedans, sans qu’elles n’en souffrent toutes. Un père qui préfère les caresses de ses enfans aux promesses de ses protecteurs, n’ira ni vite ni loin dans le chemin de la fortune. On ne peut servir deux maitres à la fois : ou la nature, ou la société ! il faut opter.

XV. L’homme a épuisé toutes les formes possibles de gouvernement. Il seroit tems qu’il revint au point d’où il est parti. Il a dû voir qu’il n’a jamais été plus heureux, que quand, renfermé dans le sein de sa famille, il ne connoissoit d’autre maître que son père, d’autres loix que les ordres paternels, d’autre culte que la piété filiale. Il a dû éprouver qu’il n’a jamais eu de sauve-garde plus sûre que la main d’un père qui l’aime par instinct et par devoir, par besoin et par penchant. Il seroit tems que l’homme se retirât de la foule pour vivre chez lui et avec lui : persuadé que si un chef de famille a quelque peine à gouverner un certain nombre d’enfans qu’il aime, un roi on un sénat ne doit pas avoir moins de peine à gouverner des millions d’individus disposés à méconnoitre les droits de leurs semblables sur eux. Le comble de l’éloge pour un gouvernement est de le dire paternel ; mais quel immense intervalle restera-t-il toujours entre la patrie et une mère ?

XII. Newton observed in nature two agents that constitute the soul and the whole economy of his system: the centrifugal force and the centripetal force. These two contrary causes of impulse and repulsion are so balanced that the admirable harmony that reigns in the world is the result.

This principle could be applied to politics. Man was born endowed with freedom and sociability all at once. Deep-thinking legislators have thought they could bring into play these two rival springs of the human heart all at once; but it was not so easy for them to make the same balance prevail between them as between the centrifugal force and the centripetal force. It was necessary to find a scale of great accuracy to weigh the rights of man with his duties, and not to allow the weight of one to be carried away by the weight of the others. Unfortunately, we have too often sacrificed rights to duties. Nature had found a bias. Man, without compromising the rights of his freedom, and without escaping the duties of sociability, contributes to this double end, by obeying his father, and not others. At first he even had the pleasant experience of it. Unfortunately, he did not stop there: instinct would have sufficed him for that; but he wanted to use reason before his maturity; and the torch that had been given to him to light up the routine of instinct soon became an incendiary torch in his hands. All was lost as soon as man consented to obey anyone other than his father. The two springs of impulsion and repulsion which were stretched in him, these two kinds of centrifugal and centripetal forces reacted against each other; and from this dissonance, from this rivalry, resulted all the disorders of civil society.

XIII. What happened at the time when the peoples decided on a form of government is not a prejudice in favor of the legitimacy of the social pact. The cradle of all nations has been stained with crime. We see it surrounded, either by cruel usurpers or by cowardly men. Some are sold or given away; the others buy or subjugate: or else again, skilful tricksters, by a sleight of hand worthy of charlatans, raise the eyes of their fellows to heaven, in order, during this time, to rob them in this lower world, or to prepare for them shackles and snares.

The reformations of governments are susceptible to the same abuses and the same excesses as their first foundation.

XIV. You have to choose: you can’t be both a good citizen and a good family man, because you can’t be in two different places at the same time, and you can’t divide your time between external and internal affairs, without all of them suffering for it. A father who prefers the caresses of his children to the promises of his protectors will go neither quickly nor far in the path of fortune. You cannot serve two masters at the same time. Either nature or society! You have to choose.

XV. Man has exhausted all possible forms of government. It would be time for him to return to the point from which he started. He must have seen that he was never happier than when, shut up in the bosom of his family, he knew no other master than his father, no other laws than the paternal orders, no other worship than filial piety. He must have experienced that he has never had a safer safeguard than the hand of a father who loves him by instinct and by duty, by need and by inclination. It would be time for man to withdraw from the crowd to live at home and by himself: convinced that if a head of a family has some difficulty in governing a certain number of children whom he loves, a king or a senate should have no less difficulty in governing millions of individuals disposed to disregard the rights of their fellows over them. The height of praise for a government is to call it paternal; but what immense gap will always remain between the fatherland and a mother?

XVI. J’aime à croire qu’il y a une règle générale pour tous les habitans de la terre et que la raison doit la leur dicter à tous. Si l’on admet ce principe il faut en conclure que des mille et une formes de gouvernemens que les hommes ont imaginées sur les différens points du globe il ne doit y en avoir au plus qu’une seule adoptée par la raison à moins de convenir que cette règle générale n’est pas encore trouvée ou a été perdue. Je sais que chaque peuple dira de son code politique ce qu’il dit de son code religieux le mien seul est bon et hors de lui point de salut. Mais comme tous les hommes ne peuvent avoir raison à la fois s’ils sont tous d’un avis contraire et si la raison est une, il s’ensuit qu’ils se trompent tous, hors un. Dans, ce conflit, qui. sera notre arbitre ? L’expérience Comparons de bonnet les premiers tems de chaque nation et les tems postérieurs. Les hommes étoient-ils plus heureux et plus sages sous les patriarches ou pères de famille, que sous des rois ou des sénateurs ? Mais dira-t-on ce qui est bon pour une petite peuplade ne peut plus l’être et devient insuffisant pour une grande nation florissante. A la bonne heure. Eh bien renoncez donc à la manie des grandes associations, pour être heureux rassemblés en petit nombre.

XVII. L’homme n’est point né pour la société civile et n’est point destiné à y. vivre puisque la société civile n’est point l’œuvre de la nature. Ce qui sort des mains de la nature a un caractère moins équivoque. Le système planetaire varie-t-il comme le système social ? n’est-ce pas le même pour les cinq zones du globe ? En peut-on dire autant du système social dans les quatre parties du monde ? Le même soleil se lève pour la Turquie et la France le même gouvernement a-t-il lieu pour l’une et pour l’autre ?

TRANSLATION

XVIII. Si la simplicité est le caractère distinctif des opérations de la nature; si la nature se sert toujours de la voie la plus courte pour arriver à ses fins si elle n’aime pas, a multiplier les êtres sans nécessité et s’il est prouvé par une ancienne tradition appuyée elle-même de faits que les hommes vivoient tout aussi heureux, tout aussi bons que leur espèce le comporte, sous le régime patriarchal ; on a droit d’en conclure que la nature n’a point fait naître l’homme pour une société plus grande et plus compliquée que celle de sa famille.

Le gouvernement civil est un rouage trop peu simple pour être avoué par la nature. La nature est plus économe de moyens; elle marche avec un attirail moins embarrassant elle construit l’édifice de son système, elle le conserve et le répare à moins de frais. D’après ses plans tout va de soi même il n’y a point de crises point d’efforts. On ne craint pas de révolutions. Une paisible uniformité lui semble préférable ces secousses qui ébranlent les états politiques et jusque? même à ses volcans, tout est soumis à une loi de graduation, à une échelle invariable et juste sur laquelle les hommes devroient sans cesse mesurer leurs projets et leurs action.
Quoi qu’en disent les habitans des villes l’homme n’est point né pour une société plus vaste et plus compliquée que celle de ses proches. C’est la seule constitution naturelle et la portée de l’esprit humain. L’homme en entrant au monde la trouve toute formée toute prête à le recevoir et à l’adopter. Il n’a point de traités à passer pour y être admis et pour y demeurer, elle n’exige ni garantie publique, ni sermens particuliers.

En un mot, l’homme est né pour être enfant et père là nature ne l’a point fait citoyen.

TRANSLATION

XIX. Quelqu’un a fait ce calcul

Sur 20 hommes,

2 sont estimables;

3 sont méprisables

15 seroient à plaindre..

Ce calcul a, été fait an sein de la société telle qu’elle est.

Au sein de la société telle qu’elle devroit être, c’est-à-dire, sous lorgne des mœurs patriarcales

Sur 20 hommes

  • 2 seroient bons et malheureux
  • 3 seroient excusables
  • 15 seroient lieurcux et bons.

XX. On dit que l’homme est foible, tant qu’il est isolé les hommes (ajoute-t-on) ne sont forts que quand ils sont réunis.

Entendons-nous. Un homme seul ne peut se suffire. Point de doute à cela. Mais afin qu’il soit aussi fort qu’il en a besoin pour vivre heureux est-il donc nécessaire qu’il s’entoure et s’étaie de plusieurs milliers d’hommes ? Un homme n’a besoin que d’un second individu pour être tout ce qu’il faut qu’il soit c’est-à-dire pour jouir de tous ses droits et pour, s’acquitter de tous ses devoirs.

Plusieurs étrangers réunis forment coterie ; beaucoup d’étrangers réunis font cohue ; un grand nombre d’étrangers réunis font foule. Un million d’hommes ramassés en un tas et gravitant les uns sur les autres font une mêlée de laquelle il n’y a que le plus fort ou le plus traître qui puisse se tirer sain et sauf.

L’assemblage des parens d’une seule famille forme la seule société convenable à l’homme.

TRANSLATION

XXI. Il fut un tems où, par une tendresse mal-entendue on recevoit l’enfant nouveau-né au sortir du ventre de sa mère dans des langes étroits qui lui serroient les membres en genoient tous les mouvemens s’opposoient aux développemens de la nature et souvent en altéroient les belles formes.

Ce tems n’existe plus pour les enfans mais il existe encore pour les hommes. La société est vraiment un maillot qui pour quelques accidens dont il préserve, fait contracter mille imperfections,… etc.

XXII. La société civile est pour les habitans de la terre ce que sont les gluaux pour les habitans des airs. Les hommes libres sont venus s’y placer en foule et tous les mouvemens qu’ils s’y donnent ne font que les empêtrer davantage. Les gouvernemens sont les oiseleurs perfides qui guettent leur proie et en font curée à mesure qu’ils la prennent au piége. Quelques-uns des pauvres captifs ont beau battre de l’aile, ils sont enfoncés trop avant il faut qu’ils y attendent la mort. D’autres plus insoucians se font tellement à la perte de leur liberté, qu’on les entend chanter en attendant le couteau qu’on aiguise pour les égorger. Il est des oiseleurs qui, par une politique raffinée semblent ménager leurs captifs ils les choyent leur donnent eux-mêmes la becquée, les engraissent et les provoquent à l’amour dans l’espérance que les pères un jour dresseront leurs petits au même esclavage. Quand viendra-t-il un oiseleur humain et généreux qui fera fondre la glue perfide et donnera la volée à tous les malheureux qui s’y sont laissés prendre.

XXIII. La société ressemble au sallon de peinture où les artistes de la métropole d’un grand empire étalent leurs productions en tout genre. Aucun des tableaux qui y sont exposés n’ayant été peint pour la place qu’il y occupe, il s’ensuit qu’il y perd presque toujours et il est impossible d’en porter un jugement. Un tableau médiocre, avantageusement suspendu peut enlever les suffrages dus et refusés un autre tableau supérieur mais mal placé. Tous les différens objets de cette collection se nuisent réciproquement se repoussent tour-à-tour font confusion et ne peuvent être portés à leur juste valeur.

Il en va de même de la société les membres qui la composent pressés les uns contre les autres et classés selon le hasard ou la nécessité des circonstances, ne paroissent pas ce qu’ils sont en effet. Leurs vertus sont étouffées ou méconnues; leurs vices sont masqués ou palliés d’où il résulte un cahos dans lequel on voudroit en vain fixer le bonheur qui naît de l’harmonie.

TRANSLATION

XXIV. Les vertus civiques sont loin d’être autant de vertus morales. Par exemple :

Peu de vices, je dirois presque peu de crimes ont fait plus de tort à l’humanité que l’amour de la patrie dont on a fait une vertu héroïque. L’amour de la patrie est pour le genre humain ce que l’amour exclusif de soi-même est pour chaque individu. Or on sait les maux dont l’égoïsme est la source.

L’amour de la patrie n’est point dans la nature. Il n’est point naturel qu’une mère se réjouisse de la perte de son fils mort en disputant un pouce de terrein. La sévérité de Manlius est un héroïsme atroce.

Les vertus patriotiques sont si peu des vertus qu’il faut être hors de soi pour en être capable elles ne soutiennent pas le sang-froid de la raison. Les héros ont presque toujours la fièvre le pouls du sage est réglé.

Les vertus privées sont les seules vertus réelles elles nous appartiennent toutes entières. Personne n’en peut rien revendiquer. Rappeller les hommes la vie domestique, c’est donc les rappeller à l’état de perfection.

XXV. Dans l’héritage de mes pères, il est un petit bois qui ombrage le châtel où je suis né. Je l’élague tous les ans après en avoir fait l’examen. Les branches sèches servent à réchauffer mon foyer les jeunes pousses, je les conserve. Je fais choix des plus beaux brins pour en construire mes instrumens aratoires ou mes meubles domestiques et je mets à profit jusqu’à leur difformité.

Je fais dans mon petit domaine ce que devraient faire les gouvernemens et ce qu’ils ne font pas. Que de fois ils portent impitoyablement la cognée sur des tiges vigoureuses et saines qui leur fourniroient de nombreux élèves Ce n’est pas toujours le bois mort qui sert chauffer vient un tems où la grande forêt s’épuise alors le propriétaire avide n’y trouve plus d’ombre, plus de bois de construction, plus de vieilles souches pour l’hiver.

XXVI. L’inégalité des dons de l’esprit et du corps étoit déjà plus qu’il n’en falloit pour lier les hommes entr’eux par une chaîne de besoins réciproques. Tout fut perdu, quand les hommes imaginèrent l’inégalité de fortune et de condition et ce fut la société qui le leur conseilla. Ils n’y eussent jamais pensé, si chacun fût resté chez soi, sous le toit de ses pères. La nature avoit indiqué des distinctions suffisantes pour jeter de l’intérêt sur la scène de la vie et pour donner plus de jeu aux acteurs. L’homme civilisé voulut ajouter an plan de la nature. La nature avoit fait des grands et des petits, des forts et des foibles la politique se crut en droit de la corriger ou de créer aussi des grands et des petits des forts et des foibles mais presque toujours en raison inverse de la nature. D’après cela, tout dut aller de travers ce fut un choc perpétuel un conflit général. Les victimes de la société en appellèrent à la nature les êtres disgraciés par, la nature en appellèrent à la société, la confusion prit la place de l’ordre, et avec le tems tout alla de mal en pis.

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XXVII. Les chapitres de chanoines avoient des statuts plus sages que les loix de la plupart des monarchies ; chaque semaine, à-tour-de-rôle l’un d’entr’eux étoit chargé des offices et du régime intérieur de leur église. Le trône au contraire est toujours occupé par la même personne tant qu’elle vit sans que les fatigues qu’elle doit y essuyer deviennent une raison suffisante pour lui donner un adjoint. Un royaume doit être cependant tout autrement difficile à gouverner qu’un chapitre.

XXVIII. Il n’est point d’âge où l’homme doive refuser son tribut d’obéissance à son père mais il est un tems où un père ne peut exiger ce tribut comme une dette. Si cet axiome de morale est vrai comment l’homme n’a-t-il pas réfléchi que puisqu’il est un âge où ses parens môme ne peuvent exiger son obéissance il est inouï qu’il se fasse un devoir d’obéir à d’autres ordres qu’à ceux de son père. O honte les intérêts de la politique ont eu le pas sur ceux du sang on a préféré les chaînes sociales aux nœuds de la famille. O honte il s’est trouvé des circonstances où la société civile s’est crue en droit de ravir à la nature ses privilèges les plus saints et les plus doux. O honte ! on a vu l’homme fléchir le genou aux pieds de l’homme ; et courber à peine sa tête en la présence de son père.

XXIX. L’homme en famille est raisonnable

Les hommes en société deviennent raisonneurs

L’homme en famille vit paisible;

Les hommes en société sont querelleurs L’homme en famille conserve ses vertus naturelles

Les hommes en société n’en ont que de factices.

XXX. Le genre humain est une vaste communauté d’aveugles parmi lesquels on distingue quelques frères-voyans ; mais ceux-ci, mal-venus des autres, n’occupent pas les premières places.

XXXI. On s’extasie sur les heureux effets de la civilisation les peuples policés ne parlent qu’avec pitié des nations barbares qui vivent sans aucune forme de gouvernement sans loix sans culte sans talens sans luxe. Mais le récit détaillé du combat des gladiateurs ne suffit-il pas aux yeux de l’homme sensible pour ternir le brillant coloris du tableau qu’on fait ordinairement du siècle d’Auguste…. Ce spectacle seul détruit tout l’enchantement, et fait regretter aux sages le gland de nos premiers pères.

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Quand on voit de nos jours encore les Suisses mettre leur sang à prix, et professer pour un vil salaire le métier de tuer des hommes : hélas ! on ne sauroit trop gémir sur les suites de cette civilisation laquelle devoit faire de tous les habitans de la terre une seule famille laquelle au contraire dénature l’esprit des peuples au point de métamorphoser des pasteurs montagnardes en loups mercenaires de la plaine. Quelle nation même encore au moment où j’écris auroit plus beau jeu que les Suisses de réaliser les moeurs patriarchales. Tout les invite, an sein de leurs montagnes à mener une vie innocente et paisible. Hélas ! la civilisation de leurs voisins a malheureusement gagné jusque eux et depuis des siècles, la nation qui devroit être la plus douce est devenue un peuple féroce de sang-froid ; des bergers qui devroient avoir horreur et Être avares du sang de leurs agneaux ne sont plus depuis des siècles que des bouchers familiarisés avec le meurtre et prodigues du sang des hommes.

Cette réflexion accable.

XXXII.

Heureux…………………………….
Qui demeure chez lui comme en son élément.

J’aime ce vers de Racan., si naturel, si bien senti. Il exprime une vérité première, long-tems effacée de la mémoire des hommes. Oui sans doute le toit natal, la maison paternelle est pour l’homme ce que l’eau est pour le poisson, l’air pour les oiseaux, la terre pour les reptiles. Les animaux, hors de leur élément respectif, languissent et meurent. L’homme aussi dégénère et se corrompt hors de chez lui ; par-tout ailleurs il ne doit que passer. Pour être heureux et pour se conserver bon il faut qu’il demeure chez lui, c’est-à-dire au sein de sa familles et non dans le tourbillon des cités.

Quand donc les hommes apprécieront-ils toute la justesse et toute l’importance du vers de Racan

Heureux…………………………….
Qui demeure chez lui comme en son élément.

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XXXV. Apologue. La main que l’homme appelle sa droite, pinça un jour fortement la main que l’homme appelle sa gauche. Celle-ci, sensible si cette injure, souffleta l’homme témoin de l’outrage, en lui disant

Toi seul es cause de la discorde qui règne entre ma sœur et moi. La nature nous lit jumelles et de la même substance. Nous sommes toutes deux de chair et d’os, et nous comptons chacune autant de doigts. Mais du moment que l’homme s’avisa de détruire J’égalité parfaite qui régnoit entre nous; du moment, qu’il lui prit fantaisie d’étàblir une distinction entre nous deux le bon accord fut détruit et celle de nous deux exercée par lui de préférence se crut plus que sa semblable. Heureux les hommes s’ils ne se conduisoient pas entr’eux comme ils en agissent avec leurs mains

XXXVI. Le serment lait la base de la société. S’il est le ciment qui lie toutes les parties de cet édifice qu’on juge de la solidité et de l’agrément d’un édifice for dû sur la défiance. Les sermens civils et religieux ne sont que des liens de précaution, pour assujettir des contractans suspectes de mauvaise-foi. Il faut définir la société une réunion forcée d’hommes qui se défient les uns des autres ne vivent ensemble qu’après s’être mis eu garde les uns contre les autres.

XXXVII. En blâmant l’homme qui s’est mis en société je ne prétends pas lui conseiller de se faire sauvage ou chartreux. Un bon chartreux est un ours. Un vrai sauvage est un loup. L’homme social dégénère bientôt en singe malicieux.

Il n’y a qu’un fils un père et un époux borné à sa famille, qui soit un homme, véritablement digne de ce nom.

XXXVIII. Il est naturel à l’homme de vivre dans la société de ses parens et de ses amis il n’est pas naturel à l’homme de vivre dans la société de plusieurs milliers de ses semblables réunis. Une grande association n’est point du tout nécessaire à l’homme il peut s’en passer. La nature a dit aux hommes : Croissez et multipliez. Elle n’a pas ajouté : rassemblez-vous en tas. La grande société n’entre pour rien dans les vues de la nature. En un mot la société civile n’est pas l’ouvrage de la nature. Le mariage est de droit naturel l’autorité paternelle la subordination filiale sont de droit naturel mais la forme monarchique républicaine ou mixte est l’œuvre de l’homme corrompu et raisonneur. La nature ne s’en méle point elle livre la société à son mauvais sort elle ne fait rien pour la société elle fait tout pour l’homme isolé ou qui veut se doubler; mais non pour les hommes en foule. Un homme ne doit voir que son semblable dans chacun des autres hommes et ce lien est suffisant et plus convenable sans doute que la qualification forcée et factice de concitoyen, de compatriote etc.

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XXXIX. Qu’un voyageur sensible et philosophe doit être chagrin et révolté, après avoir terminé son tour du globe ! Que d’objets attristans ont frappé ses regards ! En tous lieux, il a vu creuser des fossés, élever des murailles, tendre des chaînes de fer, dresser des gibets, bâtir des arsenaux et des casernes. Il lui a fallu, comme à un esclave, courber sa tête sous le joug d’odieuses barrières placées aux limites de l’empire. Des hôtelleries peu sûres, où l’hospitalité est dégénérée eh trafic honteux, ont dû lui faire douter si les hommes sont tous frères. Hélas ! la surface du globe lui a semblé un camp ennemi où l’on n’ose faire un pas sans craindre de fouler une victime ou de rencontrer un bourreau. En tous lieux un appareil menaçant de guerre suppose que la terre n’est couverte que de brigands. L’homme ferme sa porte à l’homme et met toute son industrie à imaginer des instrumens de sûreté et de défense. Il fait plus. Les animaux les plus humains il les rend complices dé sa criminelle défiance. Il. apprend au gardien de sa maison à poursuivre par ses aboiemens, l’être qu’il eût mieux aimé caresser.

Tout cela n’est point l’ouvrage de l’homme rendu à lui-même au sein de sa famille c’est le produit des hommes réunis en société. Encore un trait si tel est l’aspect de ce globe en tems de paix, quelles couleurs assez noires pour le peindre, lors que le flambeau de la discorde y secoue ses étincelles dévorantes !

XL. L’entrée d’une ville a quelque chose de grand qui en impose : ces larges routes bordées de maisons élevées et aboutissant à des places publiques ornées de statues; ces dômes qui dominent les autres édifices; le concours des habitans le bruit des chars, le hennissement des chevaux cette foule d’objets variés entassés dans un désordre apparent… Cette scène mouvante acquiert encore un bien plus haut degré d’intérêt quand le voyageur réfléchit que tout ce qu’il voit est l’ouvrage de la main de l’homme. Ces masses énormes de bâtimens, sont des monumens de son travail et de sa patience. L’intérieur des villes est véritablement l’empire de l’industrie. L’homme s’y montre aussi grand en proportion, que la nature observée du sommet des montagnes. Les villes sont autant de conquêtes que l’homme a faites sur la nature. Hors de ses murs, l’homme doit tout. à la nature dans l’enceinte des villes il ne doit rien qu’à lui-même. Mais que l’homme paie cher ce nui le rend si vain! Semblable au captif qu’on obligeroit à se bâtir sa propre prison l’homme a enfanté des prodiges; il a fait tout pour sa gloire il n’a rien fait encore pour son bonheur. Ses villes sont pour lui des cachots dorés. Que de gémissemens sous ces riches lambris! Que de malheureux habitent ces cités constantes ce sont comme autant de pièges où les hommes viennent se prendre après le savoir tendus eux-mêmes.

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XLI. Il ne faut point juger de l’état florissant des grandes villes et des agrémens de la société, d’après les promenades et les spectacles publics. Ces lieux fréquentés par des oisifs offrent au premier coup-d’œil l’aspect du’ bonheur. C’est le peuple des grandes cités qu’il faut observer dans les marchés, ou dans les fauxbourgs; c’est dans les sales repaires de la classe nombreuse des indigens qu’il est bon de prendre des informations sur les avantages de la réunion des hommes en société c’est en sortant du boudoir d’une danseuse des jardins d’un histrion qu’il faut aller visiter le reste des citadins gisant sur des grabats vermoulus, agonisans dans les hôpitaux, s’arrachant un morceau de pain rebut des laquais, expirant sous les fardeaux, et disputant aux botes de somme les travaux les plus vils et les plus rudes. Que l’on compare l’abrutissement des trois quarts des habitans d’une ville avec la politesse froide du reste etc. et qu’on ose prononcer après si la sociabilité est un bienfait pour les hommes.

XLII. On vante les douceurs et les avantages de la société civile. Mais qui est-ce qui en jouit? ce n’est assurément pas le plus grand nombre. Et cependant, ce n’est pas pour le petit nombre que la société a dû être établie. Ce ne sont pas ceux qui dressent les tables qui s’y asseyent; ce ne sont pas ceux qui apprêtent les mets qui les mangent. Ce que le peuple boit et mange il l’eût trouvé aussi bien et mieux dans l’état de nature. Il se nourrit de pain noir et de fruits gâtés ; il s’abreuve d’un vin falsifié et mal sain il achète assez cher les restes qui tombent de la table.des riches et de leurs valets l’ouvrière honnête et pudibonde est trop heureuse de se repaître de lu desserte d’une courtisanne sans pudeur, etc.

Je conçois que le dixième d’une nation vante les agrémens et les bienfaits de la société civile mais elle ne remplit pas, ce semble tout à fait son but en ne s’occupant que du dixième de ses membres. Le sang ne porte pas seulement la vie à la tête, et aux parties qu’on est convenu d’appeller nobles il remplit les canaux des membres inférieurs et des plus petites extrémités. L’orteil en reçoit sa part.

Le corps politique devroit peut-être se modeler davantage sur le corps humain.

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XLIII. Si l’on entassoit dans le même plat les différens mets qui couvrent une table servie avec ordre et délicatesse on feroit un tout détestable et- capable de donner des nausées.

Il est pourtant vrai de dire que la société ressemble au vase qui renfermeroit,. pêle-mêle, tout-plein de mets, exquis, si on va eût goûté séparément.

Les législateurs et fondateurs de nation. ont été des chefs d’office de mauvais goût et de peu de jugement qui ont préféré la quantité à la qualité et qui n’ont présenté à leurs convives qu’un salmi propre à soulever le cœur.

XLIV. C’est au registre des grefs civils et criminels, qu’il faut renvoyer les apologistes de la société. C’est au tribunal de la police d’une ville qu’il faut assister pour prendre une juste idée de la sociabilité. Si les hommes publics étudioient le cœur humain s’ils étoient tant soit peu observateurs qui plus qu’eux sentiroit la nécessité, d’une refonte ? Mais le premier effet d’une refonte seroit de rendre leur magistrature inutile et ils ne sont pas encore assez près d’être sages, pour sentir combien une magistrature domestique les dédommageront de leurs fonctions publiques devenues oiseuses.

XLV. Vade ad formicam.

Lés fourmis, dont le nombre égale celui, des grains de poussière ou elles vivent vivent heureuses, pourvoient tous leurs besoins prévoient les tems fâcheux et cependant ou ne leur connoît pas de code. Elles n’élisent point un roi ou des magistrats. Elles suivent tout bonnement l’instinct droit de la nature. Elles croissent, pullulent, élèvent leur progéniture et meurent sans avoir connu les maux de l’anarchie ou du despotisme. Elles ne redoutent que le pied du voyageur qui les écrase, ou qui bouleverse leurs habitations. C’est un malheur nécessaire mais elles n’ont garde d’y ajouter des peines volontaires, et les embarras d’une société politique, qui en surpassent tant les jouissances.

Vade ad formicam.

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XLVI. Allons prendre leçon des oiseaux. On a beau dorer leur cage la remplir d’une nourriture saine et délicate qu’on entr’ouvre un moment la. porte de leur geôle l’amour de l’indépendance leur fait oublier tout le reste. Ils emportent sur leurs ailes, et les bienfaits qu’ils ont reçus, et les baisers qu’on leur a prodigués. ne retrouveront pas dans les bois les commodités de la ville; mais loin de regretter les douceurs de la société Ia liberté dans un désert leur tiendra lieu de tout. Dans les tems fâcheux de l’hiver, on les verra peut-être venir chercher leur subsistance sur le seuil même de leur prison mais il faudra être bien adroit pour. les captiver une seconde fois.

Le peuple se laisse prendre à des piéges plus grossiers et il est plus docile quand il est pris. L’habitude de porter des chaînes en allége pour lui le poids ; la raison, même lui rend familier ce à quoi l’instinct seul des animaux ne sauroit les apprivoiser. Le peuple pour se distraire et se consoler, aime à s’entourer de compagnons d’esclavage mais il a beau faire jamais l’homme ne communiquera aux autres animaux son apathie pour l’indépendance..

Cette observation a l’air d’un paradoxe, en ce moment que le fanatisme de la liberté- paroît porté à son comble. Ah puisse -je me tromper L. mais j’en reviendrai toujours à dire que Ia liberté est un irait sauvage. Nous sommes trop éclairés trop civilisés trop polis, pour nous contenter du gland-de nos premiers pères.

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EXPOSITION

DES DROITS ET DES DEVOIRS

DE L’HOMME.

Naître c’est commencer d’être sous, telle ou telle forme.

Mourir c’est cesser d’être sous une forme donnée.

Naître et mourir, sont deux opérations de la nature pour ainsi dire, étrangères à l’homme :

Vivre, exprime l’exercice de ses rapports avec tout ce qui existe plus ou moins près de lui.

Il est des rapports généraux entre tous les individus qui composent la nature d’où naît cette Harmonie universelle qui lie le tout en rendant ses parties effet et cause l’une de l’autre.

Il est des rapports moins vagues entre les individus de la même espèce ce qui produit, parmi les hommes, le sentiment qu’ils nomment Humanité.

Il est des rapports directs entre les individus dé la même famille ; et c’est ce que nous appelons soins paternels, piété filiale, tendresse fraternelle.

Il est enfin des rapports plus intimes entre deux individus qui se rapprochent pour ne faire qu’un ; ce sont l’amour conjugal et l’amitié.

Harmonie universelle.

Humanité,

Soins paternels,

Piété filiale,

Tendresse fraternelle,

Amour conjugal,

Amitié.

Voilà les éléments de la vie de l’Homme.

Quand il a exercé les droits, quand il a rempli les devoirs refermés dans ces éléments, l’homme a vécu tout autant, tout aussi bien qu’il pouvoit vivre, Tout ce qu’on ajouteront ce élémens, seroit dangereux ou superflu.

La raison et le cœur de l’Homme n’en comporte pas davantage.

L’Homme est tout ce qu’il peut, tout ce qu’il doit être, quand il n’a point contrarié les plans de la nature dans l’harmonie universelle ;

Quand il a exercé l’humanité envers ses semblables ;

Quand il a rendu un culte d’attachement et de reconnoissance à ceux qui l’ont fait naître ;

Quand il a fraternisé avec ceux nés du même sang que lui ;

Quand il a chéri et protégé sa femme ;

Quand il a élevé ses enfans avec soins ;

Enfin quand il a mis le complément à toutes ses facultés en s’identifiant avec un ami.

Pour vivre, il n’est pas nécessaire aux hommes de se rassembler par milliers, d’imaginer un code, de bâtir des Villes, etc.

Sans sortir de la maison paternelle l’homme trouve dans sa famille tout ce qu’il lui faut pour bien vivre.

Il ne doit donc y avoir d’autres distinctions parmi les hommes que celles du sexe,

de l’âge

et de la famille.

La distinction l’âge nécessite l’obéissance des enfants à leur père, et la souveraineté du père sur ses enfans non-mariés.

La distinction des familles empêche les hommes de vivre pêle-mêle, et en forme de petits groupes unis chacun par les liens du même sang et distribués également sur tous les points du globe.

Bien de moins compliqué que cet état naturel de l’espèce humaine il dent le juste milieu entre l’état sauvage et l’état civil; entre, l’homme à son ébauche, et l’homme dégénéré déjà.

L’homme n’est donc destiné qu’à être époux,

père,

fils,

frère,

ami.

Qu’ont dé commun avec les devoirs et les droits attachés à ces noms, les rapports factices, désignés sous les titres injurieux ou bizarres, d’

Maître et Valet,

Représenté et representant,

Etranger et citoyen,

Riche et pauvre, etc.

Voici, en dernière toute analyse, toute l’économie de la vie humaine ; en trois mots, voici la grande charte du genre humain.

Enfant………. Piété filiale.

Epoux………. Amour conjugal.

Père………… Soins paternels.

Tous nos devoirs, tous nos plaisirs, tous nos droits sont renfermés dans ces trois mots.

La morale le culte la législation, tout ce qui constitue l’homme en tout tems, en tous lieux, sont dans ces trois mots.

Il n’y a rien en deça, rien au-delà. On a tout dit, quand on a prononcé ces trois mots ; on a tout fait quand on en a rempli le sens. Tout ce qui a été imaginé, en outre, ne vaut pas la peine qu’on y prenne garde.

On ne naît que pour passer successivement dans ces trois états on a vécu aussi heureux, on meurt aussi satisfait qu’il est possible, quand on s’est bien acquitté de ces trois emplois.

On part toujou là, et il faut toujours en revenir là. Nous n’avons point d’autre destination : ce sont là les trois fins de l’homme.

Otez l’homme de cette trible sphère, il devient au-dessous de| lui-même, au-dessous de tout ; il n’est bon que pour ces trois choses, exclusivement à tout.

Qu’il sorte de là; étranger à tout, il trouve tout étrange et ne fait rien de louable, rien de profitable. L’homme n’est véritablement lui, que sous un de ces trois points de vue. L’homme n’a reçu d’intelligence et d’organisation que ce qu’il lui en faut pour cela. Malheur a lui, s’il méconnoit assez ses forces pour former d’autres prétentions.

La nature lui a tracé cette espèce de’ triangle d’où il ne sort pas impunément:

« Sois, lui dit-elle, Bon Fils,

Bon Epoux,

Bon Père ;

et je me charge du reste. Tant que tu ne seras que cela; je serai avec toi. Mais je t’en avertis; je t’abandonnerai à tes propres forces, si tu portes tes vues hors de ces trois lignes, proportionnées à ton individu : du moment que tu les auras franchies, le crime et le malheur t’attendent au-delà.

FIN


EXPOSITION

OF THE RIGHTS AND DUTIES

OF MAN.

To be born is to begin to be in one form or another.

To die is to cease to be in a given form.

To be born and to die are two operations of nature that are, so to speak, foreign to man:

To live is to show [exprimer] the exercise of his relations with everything that exists more or less near to him.

It is general relations between all the individuals who make up nature from which is born that Universal Harmony which links the whole by making the parts effects and causes of one another.

It is less vague relations between individuals of the same species that produce, among men, the sentiment that we call Humanity.

It is direct directs between the individuals of the same family; and it is what we call paternal care, filial piety, fraternal tenderness.

Finally, it is more intimate relations between two individuals who come together to make themselves one; it is conjugal love and friendship.

Universal Harmony.

Humanity,

Paternal care,

Filial piety,

Fraternal tenderness,

Conjugal love,

Friendship.

These are the elements of the life of Man.

When he has exercised the rights, when he has fulfilled the duties contained in these elements, man has lived as much, and also as well as he could live. Anything that we would add to these elements would be dangerous or superfluous.

La raison et le cœur de l’Homme n’en comporte pas davantage.

Man is all that he can be, all that he must be, when he has not contrarié the plans of nature in universal harmony;

When he exercised humanity towards his fellows;

When he rendered a worship of attachment and gratitude to those who gave birth to him;

When he fellowshipped with those born of the same blood as him;

When he cherished and protected his wife;

When he nurtured his children with care;

Finally when he has complemented all his faculties by identifying himself with a friend.

To live, it is not necessary for men to gather by the thousands, to imagine a code, to build cities, etc.

Without leaving the paternal house, the man finds in his family everything he needs to live well.

There should therefore be no other distinctions among men than those of sex,

of age

and family.

The distinction of age necessitates the obedience of children to their father, and the sovereignty of the father over his unmarried children.

The distinction of families prevents men from living pell-mell, and in the form of small groups, each united by the ties of the same blood and distributed equally over all the points of the globe.

Much less complicated than this natural state of the human species, it strikes the just mean between the savage state and the civil state; between, the man at his sketch, and the man already degenerated.

Man is therefore destined only to be a husband,

father,

son,

brother,

friend.

What do the duties and rights attached to these names have in common with the factitious relations, designated by insulting or bizarre titles, of Master and Valet, Represented and representing, Foreigner and citizen, Rich and poor, etc. Here, in the final analysis, is the whole economy of human life; in three words, here is the great charter of the human race. Child………. Filial piety. Husband………. Marital love. Father…………Paternal care. All our duties, all our pleasures, all our rights are contained in these three words. Morality worship legislation, everything that constitutes man at all times, in all places, are in these three words. There is nothing below, nothing beyond. We said it all, when we said those three words; we have done everything when we have fulfilled its meaning. Everything that has been imagined, moreover, is not worth noting. We are born only to pass successively through these three states, we have lived as happy, we die as satisfied as possible, when we have acquitted ourselves well of these three functions. We always start there, and we always have to come back. We have no other destination: these are the three ends of man. Remove man from this tri-sphere, he becomes below| himself, above all; it is only good for these three things, exclusively for everything. Let him get out of there; a stranger to everything, he finds everything strange and does nothing laudable, nothing profitable. Man is truly himself only from one of these three points of view. Man has only received enough intelligence and organization for that. Woe to him if he misunderstands his strength enough to form other pretensions. Nature has drawn for him this kind of triangle from which he does not come out with impunity: “Be,” she said to him, “Good Son, Good Husband, Good father; and I take care of the rest. As long as you are only that; I will be with you. But I warn you; I will leave you to your own strength, if you carry your views beyond these three lines, proportioned to your individuality: the moment you have crossed them, crime and misfortune await you beyond.

THE END.

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About Shawn P. Wilbur 2627 Articles
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