Francis Vergas, “My Anarchism” (1913)

Mon Anarchisme

J’aime la liberté, l’indépendance ; je veux agir selon ma fantaisie, à ma guise; m’insoucier du sifflet de l’usine comme des reproches du contremaitre ; me libérer de la crainte de ne pas satisfaire aux exigences d’un patron comme du souci d’être mal servi par des employés; ne connaître ni le ton arrogant du maître ni la mine obséquieuse du valet; ne me courber devant personne, car je suis orgueilleux, fier et ne connait rien qui me soit supérieur. Ni m’associer avec des esclaves en vue de leur exploitation: il me faudrait compter avec leur force, discuter le contrat, les surveiller pour qu’ils produisent à mon gré. Les esclaves sont une chaîne, un tourment, un souci que je ne puis supporter. Je veux être libre.

Je ne veux obéir ni commander à qui que ce soit; et, comme on se sert de mots pour définir les pensées, les idées, les sensations, je cherche celui qui définit mon tempérament. De même que celui qui est riche en sang est dit: « sanguin », — de même que celui qui vibre et s’émeut dans la contemplation de la nature, ou éprouve le besoin d’exprimer ses sentiments, ses impressions au moyen de couleurs, de sons et de mots se dénomme « artiste », — moi, je définis mon état d’être, mon tempérament par le vocable anarchiste, autrement dit: « négateur d’autorité.»

Qu’est pour moi ce qualificatif d’anarchiste ? Un programme? Que non. Toujours, je suivrai ma fantaisie; mes actions concourront constamment à ma jouissance. J’ai vu dans le mot , « anarchie » un terme me définissant, non un règlement auquel je doive conformer mes actes. Je n’ai pas à m’informer si tel geste ou telle attitude est anarchiste; seul, savoir si j’en tirerai soit profit soit plaisir m’intéresse. Mon acte sera forcément anarchiste, puisque subir l’autorité m’est une souffrance et l’exercer une gêne.

Francis Vergas.

My Anarchism

I love liberty, independence. I want to act as I please, according to my fancy; to care nothing for the factory whistle and the foreman’s rebukes; to free myself from the fear of not satisfying the demands of a boss and from the worry of being ill served by employees; to know neither the arrogant tone of the master nor the obsequious look of the servant; to bow before no one, for I am proud and recognize nothing superior to myself. I do not wish to associate with slave with the intent of exploiting them: I would have to account for their strength, discuss the contract and watch over them so that they produce as I wish. Slaves are a chain, a torment, a concern that I cannot bear. I want to be free.

I don’t want to obey or to command anyone; and, as we use words to define thoughts, ideas and sensations, I seek the one that defines my temperament. Just as one who is rich in blood is called “sanguine,” — as one who is thrilled and moved by the contemplation of nature, or feels the need to express their sentiments and impressions by means of colors, sounds and words is caled an “artiste,” — I define my own state of being, my temperament by the term “anarchist,” which means “one who denies authority.”

What does the term anarchism signify for me? A program? Not at all. Always, I will follow my fancy; my actions will constantly contribute to my enjoyment. I have seen in the term “anarchism” a term that defines me, not a rule to which my acts must conform. I do not ask if a given act or attitude is anarchist; I am only interested in knowing if I will draw some profit or pleasure from it. My act will necessarily be anarchist, since for me submission to authority is suffering and exercising it is a bother.

Francis Vergas.

Francis Vergas, “Mon Anarchisme,” Les Réfractaires 4-5-6 (fin-Février-Mars 1913): 23.

[Working translation by Shawn P. Wilbur]

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