Joseph Déjacque, Short prose works from “Le Libertaire” (1858)

Le Libertaire 1 no. 1 (June 9, 1858)

Le Libertaire (1274 words)(signed)

Beaucoup d’appelés et peu de venus (943 words)

Le Père Enfantin et le Père Félix (136 words)

Bourgeois contre Bourgeois (193 words)

Un nouveau livre de J. P. Proudhon.

Nous voudrions pouvoir parler à nos lecteurs du dernier livre de Proudhon : De la Justice dans la Révolution et dans l’Eglise. Malheureusement, nous n’en connaissons que le titre et les quelques lignes de la dédicace publiée par la Revue de l’Ouest. Si quelqu’un avait un exemplaire de cet ouvrage en sa possession et qu’il voulût nous faire un plaisir, ce serait de nous en faire cadeau ou tout au moins de nous le prêter.

Nous profitons de l’occasion pour avouer à nos amis ceci : c’est que, de même que le citoyen Flocon de provisoire mémoire, nous avons bien, il est vrai, une pipe ou deux par devers nous, mais fort peu de livres sur les futurs rayons de notre bibliothèque. Aussi accepterions-nous volontiers tous ceux qu’on pourrait nous offrir, un dictionnaire français entre autres, fut ce même le plus complet et le meilleur, un Lachâtre par exemple.

A new book by P.-J. Proudhon.

We wish we could speak to our readers about the latest book by Proudhon: De la Justice dans la Révolution et dans l’Eglise. Unfortunately, we know only its title and the few lines from the dedication published by the Revue de l’Ouest. If someone had a copy of that work in their possession and if they wanted to do us a good turn, they would make a gift of it or at least loan it to us.

We take this opportunity to confess to our friends that, like Citizen Flocon of provisoire memory, we do have, it is true, a pipe or two for ourselves, but very few books on the futurs shelves of our library. So we would willingly accept all those offered, a French dictionary among others, provided it was the best and most complete, a Lachâtre for example.

Conflit à la Nouvelle-Orléans (567 words)


Le Libertaire 1 no. 2 (June 28, 1858)

Juin 48 ! (1841 words)

L’Echo des Bourgeois (1843 words)

Le 10e Anniversaire (2096 words)

Un blessé du 14 janvier (126 words)

Analyse du Livre de Proudhon, éditée par les tribunaux de France (1154 words)

Tremblement de têtes en Europe (274 words)


Le Libertaire 1 no. 3 (July 16, 1858)

La Nouvelle-Orléans

Hautes-Œuvres Bourgeoises

Un bon exemple

Le 4 juillet.

Les fêtes nationales sont le signe par lequel se révèle le caractère des peuples. Quelle honte pour la république américaine que la manière dont elle célèbre le 4 Juillet.

Des mascarades soldatesques et des orgies de tavernes, des fusées et des pétards, du bruit et de la fumée, des hommes-gamins et des gamins-vieillards : voilà tout ce qu’elle sait exhiber pour glorifier le jour anniversaire de la déclaration de son indépendance.

Oh ! la grande république que la république américaine ! Oui,… si la grandeur consiste dans l’étendue du territoire…

The 4th of July.

The national celebrations are the sign that reveals the character of the nations. What a shame for the American republic is the manner in which is celebrates the 4th of July.

Rowdy masquerades and tavern orgies, rockets and firecrackers, noise and smoke, men like children and children like old men: that is all that it knows how to display in order to glorify the anniversary of its declaration of its independence.

Oh! What a great republic is the American republic! Yes,… if the greatness is a matter of the extent of the territory…


Le Libertaire 1 no. 4 (August 2, 1858)

Le Scandale.

Nous vivons une époque de décadence. Le monde n’est peuplé que de cadavres ambulants. Tout ce qui se meut, se meut avec lenteur. Une souveraine indolence pèse sur les nations et sur les individus. Cependant, en regardant profondément dans ce charnier humain, on aperçoit la vie souterraine qui s’agite, pullule, et s’aventure parfois à la surface. Notre siècle est un siècle de transition ; sous son apparente inertie s’opère une immense transformation. Ce n’est pas encore la mort entière du vieil ordre social, et déjà c’est le commencement du nouveau. L’opération, pour être latente n’en est pas moins réelle. Gouvernement, propriété, famille, religion, tout ce qui composait l’organisme des sociétés civilisées se détraque et tombe en pourriture. Il n’y a plus de morale ; la morale du passé n’a plus de sève, celle de l’avenir n’est encore qu’un germe. Ce qui pour l’un est le bien, pour l’autre c’est le mal. La justice n’a d’autre critérium que la force ; le succès légitime tous les crimes. La pensée comme le corps se prostituent dans le commerce des intérêts mercantiles. Il n’y a plus de joies possibles, si ce n’est les joies de la brute. La dignité, l’amitié, l’amour, sont bannis de nos mœurs, gisent séparés l’un de l’autre, ou périssent strangulés sitôt qu’ils veulent se faire jour à travers cette société officiellement bourgeoise. Il n’y a plus ni grâce ni beauté dans ce monde, ni naïf sourire ni délicat baiser. Le sentiment de l’art est remplacé par le goût de l’ignoble et du grotesque. La société, dans sa décrépitude, a recours à de sanglantes flagellations pour surexciter sa vieille carcasse et se donner parfois encore d’affreux semblants de virilité. L’atonie, la gangrène ont émoussé toutes ses facultés pour le travail comme pour le plaisir. Elle ne peut plus jouir de rien. Pour elle, le travail est une peine et le plaisir un travail. Elle ne sait ni ce qu’elle veut ni ce qu’elle ne veut pas. Tout lui pèse ; elle trébuche et s’affaisse dans toutes les débauches et toutes les lâchetés. Elle voudrait sortir de cet horrible cauchemar, secouer ce fardeau de dégradation qui l’étouffe ; elle a hâte de se réveiller ; elle sait qu’elle n’a qu’à ne dresser sur ses pieds pour anéantir cette oppression, et elle est tellement énervée qu’elle n’a pas la force de se relever, pas le courage de vaincre son engourdissement. Et cependant l’idée fermente en elle, et l’illumine intérieurement dans son sommeil, en attendant qu’elle soit assez puissante pour lui faire ouvrir les yeux et rayonner par sa prunelle. Un pan de sa vie, sa robe charnelle, est pris dans le sépulcre du passé ; un autre pan, son esprit flotte au vent de l’avenir.

C’est à nous, révolutionnaires, lambeaux de l’humanité que le souffle du progrès soulève, haillons sociaux que la lumière colore de ses feux pourpres, et qu’elle arbore au-dessus des civilisés comme un épouvantail ou un drapeau, – épouvantail pour ceux qui veulent rester stationnaires, drapeau pour ceux qui veulent s’élancer en avant, – c’est à nous d’activer l’œuvre de décomposition, à nous d’essayer de déceler la pierre qui retient l’Humanité dans l’immobilisme, à nous de lui frayer les voies de l’universelle régénération.

Deux manières d’agir se présentent à celui qui veut se faire le propagateur des idées nouvelles. L’une, c’est la discussion calme, scientifique, qui sans rien abdiquer des principes, les expose, et les commente avec une exquise courtoisie, avec une ferme modération. Ce procédé consiste à infiltrer goutte à goutte la vérité dans les intelligences déjà préparées, intelligences d’élite, encore en proie à l’erreur, mais animées de bonne volonté. Missionnaires de la Liberté, prédicateurs au regard souriant, à la voix caressante, (mais non pas hypocrite,) ils versent avec le miel de leur parole la conviction dans le cœur de ceux qui les écoutent ; ils initient à la connaissance du vrai ceux qui en ont le sentiment. L’autre, c’est la discussion acerbe, bien que scientifique aussi, mais qui, campée dans les principes comme dans une cotte de mailles, s’arme du Scandale comme d’une hache pour frapper à coups redoublés sur les crânes bardés de préjugés, et les forcer à s’agiter sous leur épaisse enveloppe. Pour ceux-là, il n’y a pas de paroles assez acérées, pas d’expressions assez tranchantes pour faire voler en éclats toutes ces ignorances d’acier trempé, cette pesante et sombre armure qui aveugle et assourdit les lourdes masses populaires. Tout leur est bon – le dard aigu et l’huile bouillante – pour faire tressaillir jusque dans leur for intérieur et sous leur écaille de tortue ces intelligences apathiques, et faire résonner, en les déchirant, ces fibres qui ne résonnent pas. Circulateurs agressifs, damnés et damnateurs errants, ils marchent, sanglants et saignants, le sarcasme aux lèvres, l’idée au front, la torche au poing, à travers les haines et les huées, à l’accomplissement de leur fatale tâche ; ils convertissent comme l’esprit de l’enfer convertit : par la morsure et par le feu.

Les deux manières de procéder sont bonnes et utiles, selon le genre[s] d’auditeurs que l’on rencontre sur sa route. Il en faut des uns et il en faut des autres. C’est pour les uns et pour les autres une affaire de tempérament, une question de condition dans la société actuelle. On peut même alternativement être l’un et l’autre, selon la disposition d’esprit ou le milieu dans lequel on se trouve. Les uns comme les autres, s’ils ne bronchent pas dans les principes, s’ils restent fermes dans la liberté, sont les agents provocateurs de la Révolution. Seulement, dans nos sociétés civilisées, c’est le petit nombre qui est disposé à écouter, c’est le grand nombre qui fait la sourde oreille, et c’est par le Scandale qu’on lui perce le tympan.

Comment d’ailleurs, ne pas employer des mots forgés avec la langue du mépris pour pénétrer dans ce fumier du monde où se pavanent, comme des champignons vénéneux, les rondes et plates faces de l’ignominieuse bourgeoisie. Peut-on employer autre chose que les dents d’une fourche pour parler à ces végétations de matières légales ? Est-ce que tout cela a le sentiment ? est-ce que tout cela a la pensée ? Un homme de cœur peut-il vivre dans une pareille société ? Cela s’appelle-t-il vivre que de traîner ses jours parmi cette cohue immonde ? Est-ce ma faute à moi, est-ce notre faute à nous, qui avons au cœur la poésie de l’avenir, si la nature nous a donné des fibres pour aimer, une intelligence pour le bien, de l’enthousiasme pour le beau, et si nous ne rencontrons à chaque pas que des difformités intellectuelles et morales ? Est-ce notre faute à nous si dans pareille société nous ne trouvons à dépenser que de la haine, si nous ne pouvons nous y repaître que de dégoûts ?

O Scandale ! furie vengeresse, sois toujours ma compagne tant que ce monde sera le vieux monde, tant que l’obésité et l’obscénité bourgeoises s’épanouiront sur le velours de l’exploitation, tant que la servilité et la crétinité ouvrières ramperont dans l’ornière et sous le licou du capital !

Oui, il en faut comme moi, il en faut comme nous – les maudits, les rebelles – pour marcher inflexibles – dans la direction du progrès, pour remuer les blocs inertes, affronter les avalanches de cailloux et aplanir le chemin à ceux qui ont le même but, mais qui font la propagande avec des formes moins irritantes, de la polémique avec des épithètes plus pacifiques.

Scandale, furie vengeresse, à toi ma plume et ma lèvre !

C’est par toi que la honte entre dans le cœur de l’homme. C’est par toi que son esprit s’éveille à la lumière. C’est par toi que le méchant tremble, c’est par toi que le bon espère.

S’il y a encore, ou plutôt s’il y a déjà quelque pudeur dans le monde, Scandale, furie vengeresse, grande redresseuse des mœurs, c’est à toi qu’on le doit.

C’est toi qui force les ennemis de l’idée nouvelle de servir cette idée en la critiquant. Tout ce qui parle de socialisme, en bien ou en mal, propage le socialisme en propageant son nom. Tôt ou tard la vérité se dégage de la contre-vérité, elle a raison à la longue de ses détracteurs. Le mutisme seul lui est nuisible, et c’est toi, Scandale, qui impose la parole aux muets et, bon gré mal gré, les contraint à se faire les héraults de ce qu’ils persécutent.

Scandale, autorité anarchique, tu es plus puissante que toutes les autorités du monde officiel. Les rois et les bourgeois, les empereurs et leurs sujets ne peuvent que mettre le baillon de la mort sur la bouche des hommes ; toi, voix stridente, fibre électrique, tu fais parler même les bornes !

O Scandale ! grand éducateur des sourds et muets, souffle révolutionnaire, déité satanique, déploie tes a[î]les et vibre sur le monde ; fais jaillir l’idée de tous ces cerveaux de granit, comme les sons sibyllins du fond des grottes.

Scandale, tu es l’orgue qui fait que les fronts des civilisés se prosternent dans leur opprobre et que leur pensée s’élève jusqu’aux sphères de l’harmonie future.

Mugis et tonne encore, tempête provocatrice. L’éclat de tes mugissements est un hymne salutaire.

A toi ma plume et ma lèvre, Scandale !

Scandal.

We live in an era of decadence. The world is peopled only with walking corpses. Everything that moves, moves slowly. A sovereign indolence weighs on nations and individuals alike. However, looking deeply into this human charnel house, we glimpse the subterranean life that stirs, swarms and sometimes ventures to the surface. Our century is a century of transition; under its visible inertia an immense transformation is taking place. This is not yet the complete death of the old social order, but it is already the beginning of the new. The operation, although it is latent, is nonetheless real. Government, property, family, religion, everything that makes up the organism of the civilized societies breaks down and begins to rot. There are no more morals; the morals of the past no longer have any sap; those of the future are still only a sprout. What is good for the one, is evil for the other. Justice has no criterion other than force; success legitimates all crimes. Mind and body are prostituted in the commerce of mercantile interests. Pleasures are no longer possible, if they are not the pleasures of the brute. Dignity, friendship, and love are banished from our mores, lie separated from one another, or perish, strangled, as soon as they want to dawn across this officially bourgeois society. There is no more grace or beauty in this world, no naïve smile or delicate kiss. The feeling for art is replaced by the taste for the disgusting and grotesque. Society, in its decrepitude, resorts to bloody flagellations to over-stimulate its old carcass and sometimes still give itself some dreadful semblance of virility. Atony and gangrene have blunted all its capacities for labor, as well as for pleasure. It can no longer enjoy anything. For it, work is a punishment and pleasure a labor. It does not know what it wants or what it does not want. Everything weighs on it; it stumbles and sinks in all sorts of depravity and cowardice. It wants to escape from that horrible nightmare, to shake off the burden of degradation that suffocates it; it looks forward to waking up; it knows that it only has to stand up on its feet to destroy that oppression, and it is so drained that it does not have the strength to rise, or the courage to conquer its numbness. And yet the idea ferments in it, and enlightens it internally in its sleep, until it is powerful enough to make it open its eyes and shine from its pupils. One side of its life, its robe of flesh, is left in the sepulcher of the past; the other side, its mind or spirit, floats on the winds of the future.

It is up to us, revolutionaries, tatters of humanity whom the breath of progress lifts, social rags that the light of understanding colors with its purple fires, and that it displays above the Civilized like a scarecrow or a flag,—a scarecrow for those who want to remain stationary, and a flag for those who want to press forward,–it is up to us to stimulate the work of decomposition, up to us to try to indicate the stone that holds Humanity in immobility, up to us to open the paths of universal regeneration.

Two manners of acting present themselves to those who want to become propagators of new ideas. One is calm, scientific discussion, without renouncing anything of principles, to report them, and comment on them with a fine courtesy and firm restraint. This process consists of injecting truth drop by drop into minds that are already prepared, elite intelligences, still beset by error, but animated by good will. Missionaries of Liberty, preachers with smiling faces and caressing voices, (but not hypocrites,) with the honey of their words they pour conviction into the hearts of those who listen to them; they initiate into the knowledge of truth those who have a feeling for it. The other is bitter argument, although scientific as well, but which, standing firm in the principles as in a coat of mail, arms itself with Scandal as with an axe, to strike redoubled blows on the skulls of the prejudiced, and force them to move under their thick covering. For those, there are no words blistering enough, no expressions cutting enough to shatter all these ignorances of hardened steel, that that dark and weighty armor that blinds and deafens the dull masses of the people. All is good to them–the sharp sting and the boiling oil—in order to make these apathetic minds tremble to their heart of hearts, under their tortoise shells, and to make resonate, by tearing at them, these fibers which do not ring out. Aggressive circulators, wandering damned and damnators, they march, bloodthirsty and bleeding, sarcasm on the lips, the idea before them, torch in the hand, across hatreds and hisses, to the accomplishment of their fateful task; they convert as the spirit of hell converts: by bite and fire.

The two approaches are good and useful, depending on the sorts of listeners we encounter along our way. Some require one, and some require the other. For both, it is a matter of temperament, a question of their condition in the current society. They can even be alternately applied, according to the disposition of the mind or the environment in which we find ourselves. Both, if they do not back down from the principles, if they cling firmly to liberty, are agents provocateurs [in the sense of inciting agents] of the Revolution. However, in our civilized societies, it is the smallest number who are disposed to listen. The greatest number turn a deaf ear, and it is by Scandal that one pierces the eardrum.

How, anyway, not to employ words forged with the tongue of scorn to penetrate into this manure of the world where strut, like some like some poisonous mushrooms, the round, flat faces of the ignominious bourgeoisie. Can one employ anything but the teeth of a pitchfork to speak to these vegetations of legal matters? Does all of that feel? Does all of that think? Can a man with a heart live in such a society? Is he called to live only to drag along his days among that filthy rabble? Is it my fault, it is our fault, who have in our heart the poetry of the future, if nature has given us some disposition to love, an intelligence of the good, enthusiasm for the beautiful, and if we encounter at every step only intellectual and moral deformities? Is it our fault if in such a society we only find hate to dispense, if there we can only revel in disgust?

O Scandal! Vengeful fury, be my companion as long as the world remains the old world, as long as bourgeois obesity and obscenity ripen on the velour of exploitation, as long as servility and idiocy of the workers will grovel in the rut and under the halter of capital!

Yes, there must be some like me, like us–the cursed, the rebels–to march unbending–in the direction of progress, to move the inert blocks, to face the avalanches of stones and smooth the way for those who have the same goal, but who make the propaganda in less irritating forms, who engage in polemics with more peaceful epithets.

Scandal, avenging fury, to you my pen and my lips!

It is through you that shame enters the hearts of men. It is through you that their minds awaken to enlightenment. It is through you that the wicked tremble, and through you that the good hope.

If there is still, or rather if there is already some modesty in the world, Scandal, avenging fury, great redresser of morals, it is to you that it is owed.

It is you that forces enemiesof the new idea to serve this idea by criticizing it. All who speak of socialism, for good or evil, spread socialism by spreading its name. Sooner or later truth emerges from untruth, it gets the better of its detractors in the long run. Only silence is harmful, and it is you, Scandal, who imposes speech on the mute and, whether they like it or not, forces them to make themselves heralds of that which they persecute.

Scandal, anarchic authority, you are more powerful than all the authorities of the official world. The kings and the bourgeois, the emperors and their subjects can only put the gag of death on the mouths of men; you, voice strident, fiber electric, you make even the stones speak!

O Scandal! Great educator of the deaf and mute, revolutionary breath, satanic deity, spread your wings and vibrate over the world; bring forth the idea from all these skulls of granite, like the sibylline sounds from the depths of the grottos.

Scandal, you are the organ that makes the Civilized bow down their heads in their shame, and that their thought raises up the spheres of future harmony.

Bellow and rumble still, provocative storm. Your thunder-bursts are a salutary anthem.

My pen and my lips are yours, Scandal!

La Jacquerie

Martyrologe


Le Libertaire 1 no. 5 (August 31, 1858)

Le Câble transatlantique (549 words)

La Liberté de la Presse sur la Sellette

Le Socle de Pasquin (2449 words)


Le Libertaire 1 no. 6 (September 21, 1858)

L’échange.

« Soyez donc franchement, entièrement anarchiste, et non pas quart d’anarchiste, huitième d’anarchiste, seizième d’anarchiste, comme on est quart, huitième, seizième d’agent de change. Poussez jusqu’à l’abolition du contrat, l’abolition non-seulement du glaive et du capital, mais de la propriété et de l’autorité sous toutes formes. Arrivez-en à la communauté-anarchique, c’est-à-dire l’état social où chacun serait libre de produire et de consommer à volonté et selon sa fantaisie sans avoir de contrôle à exercer ou à subir de qui que ce soit ou sur qui que ce soit, où la balance entre la production et la consommation s’établirait naturellement, non plus par la détention préventive et arbitraire aux mains des uns ou des autres, mais par la libre circulation des forces et des besoins de chacun. Les flots humains n’ont que faire de vos digues ; laissez passer les libres marées : chaque jour ne les ramènent-elles pas à leur niveau ! »

(De l’Etre-Humain, Lettre à P.J. Proudhon.)

L’échange, comme toute chose, peut-être considéré sous trois aspects : le passé, le présent, l’avenir.

Dans le passé, ceux qui rassemblèrent dans un bazar les produits épars de l’industrie et de l’agriculture, les marchands qui étalèrent sous un portique ce qu’ils appelèrent leurs marchandises, firent alors, dans une certaine mesure, de l’échange. Aujourd’hui, nous appelons cela du commerce, c’est-à-dire du parasitisme, et nous avons raison. Car si, relativement à l’état des lieux et des esprits, ils ont été de quelque utilité dans leur temps, dans le nôtre ceux qui tiennent boutique n’ont plus les mêmes prétextes à faire valoir pour continuer à subsister aux dépens du producteur et du consommateur. Le commerçant est purement et simplement un voleur légal. Dans un quartier de ville, par exemple, où un unique bazar serait suffisant, et où quelques centaines d’employés pourraient facilement faire le service, il existe peut-être mille boutiques et six ou dix mille patrons ou commis. Autant il est d’intermédiaires en plus des quelques centaines rigoureusement nécessaires au besoin de l’échange, autant par conséquent il est de parasites, autant de voleurs. Et maintenant, si l’on considère combien ces boutiques ont coûté de travaux, combien de bras et de matériaux ont ainsi été détournés de leur véritable destination, qu’on juge de la somme de production journellement gaspillée pour satisfaire aux appétits de cette bourgeoisie rapace et pédantesque, caste de monopoleurs et de mercenaires destinés par l’enseignement collégial et la tradition paternelle à la noble mission de vendeurs, enfants de troupe civils, exercés dès le biberon au maniement des écus, à l’amour des rapines. Le commerce ne se discute pas : c’est le pillage organisé ; il détrousse légalement et celui qui produit et celui qui consomme.

Le boutiquier en gros, en demi-gros, en détail n’est pas le seul intermédiaire entre le producteur et le consommateur. Cette triple usure ne s’attache à ses flancs qu’en dernière resucée.

Le producteur qui n’a pas en sa possession l’instrument de travail (et c’est le plus grand nombre, pour ne pas dire l’universalité), ce producteur est de plus exploité par un autre genre de parasites — l’industriel — c’est-à-dire le chef de fabrique et son personnel de commis, sans parler du banquier et du sous-banquier, nourris par le fabricant, et par conséquent nourris par l’ouvrier, puisque rien de productif ne se fait que par ses nains, et que tout ce qui se fait par ses mains passe sous la coupe du patron. En échange de l’instrument de travail l’ouvrier livre donc au maître tout son travail et en reçoit un salaire ; c’est-à-dire qu’il donne à manger au maître une pomme pour que le maître lui en abandonne les pépins. Singulière compensation ! échange dérisoire ! Il en est de même pour le paysan envers le fermier, pour le prolétaire envers le propriétaire. Les prolétaires ont construit la maison, maçons, charpentiers, couvreurs, menuisiers, serruriers, peintres, sans parler des carriers, des bûcherons, des mineurs, fondeurs et forgerons, des potiers et des verriers, tous ceux qui manipulent la terre, le sable, la pierre, le bois et le fer y ont travaillé ; c’est eux qui l’ont faite cette maison, depuis les fondations jusqu’aux combles. Eh ! bien, pour y loger, et dans les mansardes même, il faut encore qu’ils paient un odieux tribut trimestriel, le loyer, au bienheureux oisif qui la détient. Tous ces propriétaires, ces fermiers, ces chefs de fabrique et tout leur personnel de commis, leurs supérieurs, les banquiers, et les bureaucraties budgétaires, tout cela c’est autant de nuées de sauterelles qui s’abattent sur la moisson de l’ouvrier des villes et des campagnes, et dévorent son blé en herbe, son pain avant qu’il ne soit cuit. Voleurs ! voleurs ! voleurs !

Et cependant tous ces vampires sont dans la légalité, tous ces filous sont des honnêtes gens ? Fiez-vous donc aux qualifications officielles !

Tel est l’échange, comme l’entendent les réacteurs, autrement dit le commerce, ou autrement l’exploitation, ou autrement encore le vol. C’est l’échange dans sa civilisation, dans sa barbarie, dans sa sauvagerie primitive, l’échange dans son arbitraire originel, l’échange de droit divin, le commerce dans son despotisme absolu.

Au temps présent, — ce qui ne veut pas dire en fait, puisque le commerce, l’exploitation, le vol ont toujours force légale, mais en idée, — l’échange se comprend différemment.

L’inutilité du patron et du boutiquier une fois reconnue, l’on s’est dit : tout ce qui est inutile est nuisible, et ce qui est nuisible doit être supprimé ; il faut que l’intermédiaire disparaisse. Le parasitisme, comme le figuier stérile, est condamné par les masses à être jeté au brasier révolutionnaire pour y être détruit. “Ce qui ne produit pas est indigne de vivre”. L’idée de justice, allant grandissant dans l’opinion publique, a formulé ainsi l’échange : le droit à la possession de l’instrument de travail, c’est-à-dire la gratuité du crédit ; et le droit à la possession des fruits de son travail, c’est-à-dire la démocratisation de la propriété, le commerce universel et direct, — formule de transition sociale qui dans l’ordre politique correspond à celle-ci : le droit à l’instrument gouvernemental, c’est-à-dire la démocratisation du gouvernement, la législation universelle et directe.

Le commerce et le gouvernement ainsi compris, — le commerce, échange direct, le gouvernement, législation directe — cette organisation transitoire qui conserve la tradition du passé, tout en laissant la parole à l’initiation de l’avenir, aussitôt qu’on pourra la mettre en application, c’est dire aussitôt qu’on le voudra, la société qui aujourd’hui s’étiole dans la misère et l’esclavage, entre des fagots de verges et des piles d’écus, la société entrera immédiatement dans une phase ascendante de richesse et de liberté. L’empreinte du préjugé autoritaire, la macule du propriétarisme et de la légalité s’effacera peu à peu de la cervelle humaine ; l’exercice intellectuel et moral développera dans l’individu le sentiment anarchiste ; l’exercice industriel et législatif développera dans la société le sentiment de la communauté sociale, de la liberté individuelle.

En commençant cet article, je ne voulais parler que de l’échange, et j’ai été amené à parler aussi du gouvernement. C’est ce que je ne pouvais moins faire. En effet, si le contrat est la loi entre les travailleurs, la loi est le contrat entre les habitants. Une administration nationale ou départementale ou communale ne doit pas plus faire la loi qu’une administration agricole ou industrielle ne doit faire le contrat. C’est à tous les travailleurs d’un groupe qu’il appartient de contracter entre eux et en dehors d’eux, comme c’est à tous les habitants d’une commune ou d’une nation qu’il appartient de légiférer. L’administration agrico-industrielle ou communale ou nationale n’a pas à commander, mais à obéir. L’administration, c’est le commis ; le groupe de travailleurs ou d’habitants, c’est le maître ; et le maître n’a-t-il pas toujours le droit de casser aux gages et de congédier sur l’heure l’agent qui remplit mal ses fonctions ?

Sans doute le droit conventionnel, le contrat, la loi, même universellement et directement exercés, ne sont pas le droit naturel, la justice. C’est un compromis entre l’anarchie et l’autorité, et tout ce qui n’est pas complètement la justice est l’injustice. L’échange direct, cette réforme inaugurée dans les idées populaires par Proudhon, est encore du juste-milieu, c’est une adjonction de capacités, l’élargissement du cens commercial, tandis que ce n’est pas seulement le renversement du commerce absolu qu’il nous faut, c’est aussi le renversement du commerce constitutionnel ou contrationnel ; c’est, en fait de circulation productive et consommative, la déclaration des droits individuels de l’être HUMAIN, et la proclamation de la CHOSE publique, c’est-à-dire la liberté de production et de consommation à tout individu dans l’unité et l’universalité du capital.

Néanmoins, un changement pareil à celui que produirait l’échange-direct serait une grande amélioration sociale vers laquelle aujourd’hui doivent tendre tous les travailleurs. Tous leurs efforts doivent être dirigés vers ce point, et on y arrivera avant peu, je l’espère. Mais enfin, ce point n’est pas le but, ce progrès n’est pas la justice, ce n’est qu’une étape sur la route du mieux, un pas de fait dans la direction du juste. On peut s’y ra[ff]raichir et s’y délasser un moment ; il y aurait péril à s’y endormir. En révolution il faut doubler et tripler les étapes, il faut gagner du terrain sur l’ennemi, si l’on veut échapper à ses poursuites et le dépister. Le point le plus éloigné du passé en passant par le présent, c’est le point qu’il faut tenter d’atteindre. Sortant du commerce pour entrer dans l’échange-direct, il faut pousser jusqu’à l’échange-naturel, négation de la propriété ; comme sortant de l’autorité gouvernementale pour entrer dans la législation-directe, il faut pousser jusqu’à l’anarchie, négation de la légalité.

Par échange-naturel j’entends la liberté illimitée de toute production et de toute consommation ; l’abolition de tout signe de propriété agricole, industrielle, artistique ou scientifique ; la destruction de tout accaparement individuel des produits du travail ; la démonarchisation et la démonétisation du capital manuel et intellectuel aussi bien que du capital instrumental, commercial et monumental. Tout capital particulier est usuraire, c’est une entrave à la circulation ; et tout ce qui entrave la circulation entrave la production et la consommation. Tout cela est à détruire, et le signe représentatif est de ce nombre : il constitue l’arbitraire aussi bien dans l’échange que dans le gouvernement.

Dans la mécanique, on procède presque toujours du simple au composé, et ensuite du composé au simple. Un homme découvre le levier, instrument simple et doué d’une certaine puissance. D’autres viennent qui s’en emparent, et en font à leur tour un appareil plus compliqué, ils y ajoutent rouages et engrenages, et ils en décuplent ainsi la force. Cependant, des frottements continuels ont lieu qui nuisent à la marche de ce mécanisme. On le surcharge d’autres rouages et d’autres engrenages ; on obtient en apparence des résultats plus satisfaisants, mais toujours bien imparfaits, et surtout bien peu en rapport avec les peines et les travaux dépensés pour l’améliorer. Vient alors un autre ingénieur, dégagé de l’esprit de routine et ayant en tête l’idée d’un nouveau moteur ; l’expérience lui a démontré qu’un vieux mécanisme surchargé de complications ne se répare pas ; qu’on le remplace en le simplifiant : et après avoir jeté bas cette chose informe, qui traînait de l’aile sur le bord d’un fossé que n’alimentait plus suffisamment le flot épuisé dans sa source, — il reconstruit sur des plans entièrement neufs une machine considérablement simplifiée, mue par la vapeur ou l’électricité, et qui cette fois fonctionne sans déperdition de force et produit au centuple de ce que produisait le vieil appareil.

Il en est de même pour l’organisme social. Le commerce primitif a été le levier, instrument simple et naïf de la circulation ; la production et la consommation en ont reçu un commencement d’activité. Aujourd’hui, vieux mécanisme qui fait honte au progrès, il a, entre ses engrenages de métal, assez et trop broyé de travailleurs dont il a exprimé les sueurs et le sang et les larmes. D’innombrables modifications, toutes plus compliquées et plus monstrueuses les unes que les autres, y ont été apportées ; et cependant il ne vaut pas au prolétaire la millième partie de ce qu’il lui coûte. C’est quelque chose de ruineux pour le producteur comme pour le consommateur.

L’échange-direct, la possession par le travailleur des produits de son travail, changerait certainement la face des choses et accélérerait dans des proportions considérables le mouvement de production et de consommation, et augmenterait ainsi la somme de bien-être individuel et social. Mais des froissements sans nombre auraient encore lieu, la circulation ne serait toujours pas libre, et sans la liberté de circulation il n’y a pas de liberté de production, pas de liberté de consommation.

Encore une fois ce serait un progrès, ce n’est pas la justice. Une évolution n’est pas une révolution.

D’abord, en principe, le travailleur a-t-il droit au produit de son travail ?

Je n’hésite pas à répondre : non ! bien que je sache que multitude d’ouvriers vont se récrier.

Voyons, prolétaires, criez, criez tant que vous voudrez, mais après écoutez-moi :

Non, ce n’est pas au produit de son travail que le travailleur a droit : c’est à la satisfaction de ses besoins, que[l]que soit la nature de ses besoins.

Avoir la possession du produit de son travail ce n’est pas avoir la possession de ce qui nous est propre, c’est avoir la propriété d’un produit fait par nos mains, et qui peut n’être propre qu’aux autres et nullement à nous. Toute propriété n’est-elle pas un vol ?

Par exemple, celui-ci est tailleur, je suppose, ou cordonnier. Il a produit plusieurs habits ou plusieurs paires de souliers. Il ne peut les consommer tous à la fois. Peut-être, d’ailleurs, ne sont-ils ni à sa taille ni selon son goût. Evidemment il ne les a faits que parce que c’est son métier de les faire, et en vue de les échanger contre d’autres produits dont il éprouve le besoin ; et ainsi de tous les travailleurs. Ces habits ou ces souliers ne sont donc pas sa possession puisqu’ils ne lui sont d’aucun usage personnel ; mais c’est une propriété, une valeur qu’il accapare et dont il dispose selon son bon plaisir, qu’il peut à la rigueur anéantir s’il lui plait, et dont il peut tout au moins user et mésuser à son gré ; c’est dans tous les cas, une arme pour attenter à la propriété des autres, dans cette lutte des intérêts divisés et antagonistes où chacun est livré à toutes les chances et à tous les hasards de la guerre.

Au surplus, ce travailleur est-il bien fondé, en droit et en justice, à se déclarer le seul producteur du travail accompli par ses mains ? Est-ce qu’il crée quelque chose de rien ? est-ce qu’il est une personnalité omnipotente ? est-ce qu’il possède le savoir manuel et intellectuel de toute éternité ? Est-ce que son art et métier est inné en lui ? Ouvrier, est-il sorti tout outillé du ventre de sa mère ? est-il uniquement le fils de ses œuvres ? n’est-il pas un peu l’œuvre de ses aïeux, l’œuvre de ses contemporains ? Tous ceux qui lui ont montré à manier l’aiguille et les ciseaux, l’alène et le tranchet, qui l’ont initié d’apprentissage en apprentissage au degré d’habil[i]té qu’il a atteint, n’ont-ils pas aussi quelque droit à une part de son produit ? Les innovations successives des générations antérieures ne sont-elles pas aussi pour quelque chose dans cette production qu’il a faite ? Ne doit-il rien à la génération présente ? ne doit-il rien à la génération future ? Et est-ce donc justice à lui de cumuler ainsi dans sa main les titres de tous ces travaux accumulés et de s’en approprier exclusivement les bénéfices ?

Si l’on admet le principe de la propriété du produit pour le travailleur (et, qu’on ne s’y trompe pas, c’est bien une propriété, et non une possession, comme je viens de le démontrer), la propriété devient, il est vrai, plus accessible à chacun, sans pour cela être plus assurée à tous. La propriété c’est l’inégalité, et l’inégalité c’est le privilège, c’est la servitude. Selon que tel produit sera plus ou moins demandé, tel producteur sera plus ou moins lésé, plus ou moins avantagé. La propriété de l’un ne peut s’agrandir qu’au détriment de la propriété de l’autre, la propriété nécessite des exploiteurs et des exploités. Avec la propriété du produit du travail, la propriété démocratisée, ce ne sera plus l’exploitation du grand nombre par le plus petit, comme avec la propriété du travail par le capital, la propriété monarchisée ; mais ce sera encore l’exploitation du plus petit nombre par le plus grand. Ce sera toujours l’iniquité, la division des intérêts, la concurrence ennemie, avec des désastres pour les uns et des succès pour les autres. Sans doute ces revers et ces triomphes, n’auront rien de comparable aux misères et aux fortunes scandaleuses qui insultent de nos jours au progrès social. Cependant, le sein de l’humanité sera encore déchiré par des luttes fratricides qui, pour être moins terribles, n’en seront pas moins préjudiciables au bien-être particulier, au bien-être général.

La propriété, c’est non-seulement l’inégalité, c’est aussi l’immoralité. Tel producteur favorisé par une spécialité lucrative pourra, dans sa prospérité, s’autoriser de son gain quotidien pour détourner de son travail une femme (s’il est un homme), ou un homme (s’il est une femme), et lui inoculer dans les veines le virus de la paresse, le germe contagieux de la dégradation physique et morale, résultats de la prostitution. Tous les vices, toutes les dépravations, toutes les exhalaisons pestilentielles sont contenues dans ce substantif hiéroglyphique, coffret qui n’est qu’un cercueil, momie des civilisations lointaines, et qui n’est arrivé jusqu’à nos jours que portée par des flots de commerce, par des siècles d’usure, — la PROPRIÉTÉ !

N’acceptons donc l’échange-direct, comme la législation directe, que sous bénéfice d’inventaire, c’est-à-dire que comme un instrument de transition, comme un maillon entre le passé et l’avenir. C’est une question à poser, c’est une opération à accomplir ; mais que cette opération soit comme la soudure d’un c[a]ble transprésent dont un bout touche au continent des vieux abus, mais dont l’autre bout se déroule vers un nouveau monde, le monde de la libre harmonie.

La Liberté est la Liberté : soyons-en les prophètes, nous tous qui en sommes les voyants. Le jour où l’on aura compris que l’organisme social ne doit pas être modifié en le surchargeant de complications, mais en le simplifiant ; le jour où il ne s’agira plus de démolir une chose pour la remplacer par son semblable, en la dénommant et en la multipliant, ce jour-là on aura détruit de fond en comble le vieux mécanisme autoritaire et propriétaire et reconnu l’insuffisance et la nuisibilité du contrat individuel comme du contrat social. Alors le gouvernement naturel et l’échange naturel, — le gouvernement naturel, c’est-à-dire le gouvernement de l’individu par l’individu, de soi-même par soi-même, l’individualisme universel, le moi-humain se mouvant librement dans le tout-humanité ; et l’échange naturel, c’est-à-dire l’individu échangeant de soi-même à soi-même, étant tout à la fois producteur et consommateur, co-ouvrier et co-héritier du capital social, la liberté humaine, la liberté infiniment divisible, dans la communauté des biens, dans l’indivisible propriété ; — alors, dis-je, le gouvernement naturel, l’échange naturel, organisme mu par l’attraction et la solidarité s’élèvera majestueux et bienfaisant au sein de l’humanité régénérée. Alors aussi le gouvernement autoritaire et propriétaire, l’échange autoritaire et propriétaire, machination surchargée d’intermédiaires et de signes représentatifs, croulera solitaire et abandonnée dans le cours tari de l’antique arbitraire.

Périssent donc bientôt toutes les institutions babyl[ô]niennes, leurs rouages et leurs engrenages contre nature, et que sur leurs ruines trône à jamais l’universelle et fraternelle solidarisation des intérêts individuels, la société selon la nature !

Hommes du temps présent, il faut choisir. Non-seulement il est immoral et lâche de rester neutre, c’est avilissant, mais encore il y a péril. Il faut absolument prendre parti pour ou contre les deux grands, les deux exclusifs principes qui se disputent le monde. Il y va de votre salut. Ou le progrès ou la rétrogradation ! ou l’autocratie ou l’anarchie ! — A une société radicalement mauvaise, il faut des solutions radicales : aux grands maux les grands remèdes !

Choisissez donc :
— La propriété, c’est la négation de la liberté.
— La liberté, c’est la négation de la propriété.
— Esclavage social et propriété individuelle, c’est ce qu’affirme l’autorité.
— Liberté individuelle et propriété sociale, telle est l’affirmation de l’anarchie.

Hommes du progrès, martyrisés de l’autorité, affirmons l’anarchie !

Exchange.

“Be then frankly an entire anarchist and not a quarter anarchist, an eighth anarchist, or one-sixteenth anarchist, as one is a one-fourth, one-eighth or one-sixteenth partner in trade. Go beyond the abolition of contract to the abolition not only of the sword and of capital, but also of property and of authority in all its forms. Then you will have arrived at the anarchist community; that is to say, the social state where each one is free to produce or consume according to his will or his fancy without controlling, or being controlled by any other person whatever; where the balance of production and consumption is established naturally, no longer by the restrictive laws and arbitrary force of others, but in the free exercise of industry prompted by the needs and desires of each individual. The sea of humanity needs no dikes. Give its tides full sweep and each day they will find their level.”

(The Human Being, Letter to P.-J. Proudhon.)

Exchange, like all things, can be considered from three perspectives: the past, the present, and the future.

In the past, those who would gather the scattered products of industry and agriculture in a bazaar, the merchants who would spread under a portico what they called their merchandise, would thus engage, to a certain degree, in exchange. Today, we call this commerce, which is to say parasitism, and we are right to do so. For if, relative to the state of places and minds, they had been of some use in their time, in our own time those who keep shops have not the same excuses for continuing to live at the expense of the producers and consumers. The trader is purely and simply a legal thief. In a district of the city, for example, where just one bazaar would be sufficient, and where a few hundred employees could easily provide the service, there exist perhaps a thousand shops and six thousand, or even ten thousand, owners or clerks. To the extent that there are more intermediaries than those hundreds strictly necessary to meet the needs of exchange, there are parasites, thieves. And now, if we consider how much labor these shops have cost, how much manpower and materials have thus been diverted from their true destination, let us judge the quantity of production squandered daily to satisfy the appetites of that rapacious and pedantic bourgeoisie, a caste of monopolists and mercenaries destined by collegiate education and paternal tradition for the noble mission of salesman, civil service brats, practiced from infancy in the handling of coins, raised with a love of plunder. The character of commerce is not debatable: it is organized pillage. It legally robs both those who produce and those who consume.

The shopkeeper—at wholesale, wholesale to the public, or retail—is not the only intermediary between the producer and consumer. That triple usury only fastens itself to their flanks in the last instance.

The producer who does not have in their possession the instruments of labor (and that is the majority, if not the totality), is also exploited by another sort of parasite—the industrialist—the head of the factory and his clerical staff, to say nothing of the banker and his assistants, fed by the manufacturer, and consequently fed by the worker, since nothing productive is done except by the worker’s hands, and since everything done by those hands passes under control of the owner. In exchange for the instruments of labor the workers delivers their labor to the master and receive a wage from him. They give the master an apple to eat, so that the master will leave them the seeds. What a curious compensation! What a laughable exchange! It is the same for the peasant with regard to the landlord, for the proletarian with regard to the proprietor. The proletarians have built the house; the masons, carpenters, roofers, joiners, locksmiths, painters, to say nothing of the quarry-workers, lumberjacks, miners, foundry workers and smiths, potters and glass-blowers, all those who work the earth, the sand and stone, the wood and iron have labored there. It is they who have made the house, from the foundations to the roof’s peak. Well! To live there, even in the attic, they still must pay an odious, quarterly tribute, house-rent, to the fortunate lazy-bones who holds the property. All these proprietors, these landlords, these factory bosses and their clerical personnel, their superiors, the bankers, and the budgetary bureaucracies, all these are so many swarms of locusts who swoop down on the harvest of the towns and the countryside, and devour the wheat while it is green, the bread before it is cooked. Thieves! Thieves! Thieves!

And yet all these vampires are within the law, these rogues are honest people! Will you rely then on official qualifications?

Such is exchange, as the reactionaries understand it, otherwise known as commerce, or exploitation, or theft. It is exchange in civilization, in its barbarity, in its primitive savagery, exchange in its original arbitrariness, exchange by divine right, commerce in its absolute despotism.

At the present time,—not in fact, since commerce, exploitation, and theft always have legal force, but as an idea,—exchange is understood differently.

The uselessness of the owner and shopkeeper once recognized, we say to ourselves: everything that is useless is dangerous, and what is dangerous should be suppressed; the intermediary must disappear. Parasitism, like the barren fig tree, is condemned by the masses to be cast in the revolutionary inferno to be destroyed. “That which does not produce is unworthy of life.” The idea of justice, growing more prominent in public opinion, has expressed exchange thus: the right to the possession of the instruments of labor, that is, to free credit; and the right to the possession of the fruits of their labor, that is the democratization of property, universal and direct commerce,—a formula for social transition which in the political order corresponds to this: the right to the instruments of government, that is, democratization of government, universal and direct legislation.

Commerce and government thus understood,—commerce, as direct exchange, and government, as direct legislation—is a transitory organization which preserves the tradition of the past, while letting the future begin to speak. As soon as we could apply this organization, that is, as soon as we want it, our society, which declines today in misery and slavery, amidst bundles of sticks and piles of coins, will immediately enter into an ascending phase of wealth and liberty. The mark of authoritarian prejudice, the stain of propertarianism and legalism will be little by little wiped from the human brain; intellectual and moral exercise will develop the anarchist sentiment in the individual; industrial and legislative exercise will develop the sentiments of social community and individual liberty in society.

In beginning this article, I only wanted to speak of exchange, and I have been led to also speak of government. It was the least that I could do. Indeed, if contract is the law between the laborers, law is the contract between the people. A national or departmental or communal administration should no more make laws than an agricultural or industrial administration should make contracts. It is the business of all the laborers in the group to contract among themselves and with others, as legislation is a matter for all the inhabitants of a commune or nation. The administration, whether agrico-industrial, or communal, or national, does not command, but obeys. The administration is the delegate; the group of laborers or inhabitants is the master—and doesn’t the master always have the right to stop the wages and immediately dismiss the agent who fulfills their functions poorly?

Without doubt, conventional right, contract and law, even universally and directly exercised, is not natural right, or justice. It is a compromise between anarchy and authority, and everything that is not completely just is injustice. Direct exchange, that reform introduced into popular thought by Proudhon, is still a halfway measure. It is an addition of capacities, the diversification of the commercial census. However, we require not only the absolute overthrow of commerce that we require, but also the overthrow of constitutional or contractual commerce. We require, with regard to productive and consumptive circulation, the declaration of the individual rights of the human being, and the proclamation of the commonwealth, the res publica, that is, the freedom of production and consumption accorded to every individual with regard to the unity and universality of capital.

Nonetheless, a change similar to that which direct-exchange would produce would be a great social improvement, towards which all laborers should strive today. All their efforts should be directed towards this point, and we will arrive there before long, I hope. But in the end, that point is not the goal, that progress is not justice. It is only a stage on the best route, a step made in the direction of justice. We can relax and refresh ourselves there for a moment; but it would be dangerous to sleep there. In revolution it is necessary to double or triple the stages; we must gain ground on the enemy, if we want to escape their pursuit and instead track them down. The point farthest from the past, passing through the present, that is the point that we must try to reach. Abandoning commerce to enter into direct-exchange, we must push all the way to natural-exchange, the negation of property; moving from governmental authority to direct legislation, we must push all the way to anarchy, the negation of legalism.

By natural exchange I mean the unlimited liberty of all production and all consumption; the abolition of every sign of property, whether agricultural, industrial, artistic or scientific; the destruction of all individual monopolization of the products of labor; the demonarchization and demonetization of manual and intellectual capital, as well as instrumental, commercial and monumental capital. Every individual capital is usurious. It is a hindrance to circulation; and everything that hinders circulation hinders production and consumption. All of that is to be destroyed, and the representative sign as well: it accounts for the arbitrariness in exchange, as well as in government.

In mechanics, we almost always proceed from the simple to the composite, and then from the composite to the simple. One man discovers the lever, a simple instrument, endowed with a certain power. Others come who take hold of it, and in their turn make of it a more complicated device. They add wheels and gears, and they increase its power tenfold. However, continual frictions occur which are detrimental to the operation of this mechanism. One overloads it with other wheels and gears; one obtains results that appear more satisfactory, but always very imperfect, and above all small in relation to the care and labors spent on the improvement. Then there comes another engineer, free from the spirit of routine and having in his head the idea for a new motor; experiment has shown to him that an old mechanism overloaded with complications will not be repaired; that it must be replaced by simplifying it; and having cast down this malformed thing,—which drags along its blade on the edge of a ditch whose flow, exhausted at its source, no longer feeds it sufficiently,—he reconstructs on entirely new plans a considerably simplified machine, driven by steam or electricity, which functions this time without loss of force and produces a hundred times what was produced by the old apparatus.

It is the same for the social organism. Primitive commerce has been the lever, the simple and artless instrument of circulation; production and consumption have received an initial impetus. Today, it is an old mechanism which disgraces progress, which has, between its gears of metal, ground up enough (more than enough) of the laborers, of whose sweat and blood and tears it is the expression. Innumerable modifications, each more complicated and more monstrous than the others, have been supplied; and still it isn’t worth a thousandth part of what it has cost the proletarian. This is ruinous for the producer as well as for the consumer.

Direct-exchange, the possession by the laborer of the products of his labor, will certainly change the face of things and accelerate in considerable proportion the movement of production and consumption, and thus it will increase the amount of individual and social well-being. But numberless upsets will still take place, and circulation will not always be free, and without the liberty of circulation there is no liberty of production, no liberty of consumption.

Once more there will be progress, but not justice. An evolution is not a revolution.

In principle, should the laborers have the produce of their labor?

I do not hesitate to say: No! although I know that a multitude of workers will cry out.

Look, proletarians, cry out, shout as much as you like, but then listen to me:

No, it is not the product of their labors to which the workers have a right. It is the satisfaction of their needs, whatever the nature of those needs.

To have the possession of the product of our labor is not to have possession of that which is proper to us, it is to have property in a product made by our hands, and which could be proper to others and not to us. And isn’t all property theft?

For example, suppose there is a tailor, or a cobbler. He has produced several garments or several pairs of shoes. He cannot consume them all at once. Perhaps, moreover, they are not in his size or to his taste. Obviously he has only made them because it is his occupation to do so, and with an eye to exchanging them for other products for which he feels the need; and so it is with all the workers. Those garments or shoes are thus not his possessions, as he has no personal use for them; but they are property, a value that he hoards and which he can dispose of at his own good pleasure, that he can destroy if it pleases him, and which he can at least use or misuse as he wishes; it is, in any case, a weapon for attacking the property of others, in that struggle of divided and antagonistic interests where each is delivered up to all the chances and all the hazards of war.

In addition, is this laborer well justified, in terms of right and justice, in declaring himself the sole producer of the labor accomplished by his hands? Has he created something from nothing? Is he omnipotent? Does he possess the manual and intellectual learning of all eternity? Is his art and craft innate to him? Did the worker come fully equipped from his mother’s womb? Is he a self-made man, the son of his own works? Isn’t he in part the work of his forebears, and the work of his contemporaries? All those who have shown him how to handle the needle and the scissors, the knife and awl, who have initiated him from apprenticeship to apprenticeship, to the degree of skill that he has attained, don’t all these have some right to a part of his product? Haven’t the successive innovations of previous generations also played some part in his production? Does he owe nothing to the present generation? Does he owe nothing to future generations? Is it justice to combine thus in his hands the titles of all these accumulated labors, and to appropriate their profits exclusively to him?

If one admits the principle of property in the product for the laborer (and, make no mistake, it really is a property, and not a possession, as I have just demonstrated), property becomes, it is true, more accessible to each, without being for that better assured to all. Property is inequality, and inequality is privilege; it is servitude. As any product will be more or less in demand, its producer will be more or less harmed, more or less profited. The property of one can only increase to the detriment of the property of the other, property necessitates exploiters and exploited. With the property of the product of labor, property democratized, there will no longer be the exploitation of the great number by the smallest minority, as with property of labor by capital, property monarchized; but there will still be exploitation of the smaller number by the larger. There will always be iniquity, divided interests, hostile competition, with disasters for some and success for the others. Without doubt these reversals and triumphs will not be at all comparable to the miseries and scandalous fortunes which insult social progress in our time. However, the heart of humanity will still be torn by fratricidal struggles which, for being less terrible, will not be less detrimental to individual well-being, to well-being in general.

Property is not only inequality, it is also immorality. Some producer favored with a lucrative specialty could, in their prosperity, use their daily earnings as an excuse to distract from their work a woman (if he is a man), or a man (if she is a woman), and infect them with the virus of idleness, the contagious germ of physical and moral degradation, the result of prostitution. All the vices, all the depravations, all the pestilential exhalations are contained in that substantive hieroglyphic, a case that is only a coffin, a mummy from ancient civilizations, which has arrived in our time carried by the tides of commerce, by centuries of usury,—property!

Thus let us accept direct-exchange, like direct legislation, only conditionally, as an instrument of transition, as a link between the past and the future. It is a question to present, an operation to accomplish; but let that operation be like the welding of a transpresent cable with one end touching the continent of the old abuses, but whose other end unwinds towards a new world, the world of free harmony.

Liberty is Liberty: let us be its prophets, all of us who are visionaries. On the day when we will understand that the social organism must not be modified by overloading it with complications, but by simplifying it; the day when it will no longer be a question of demolishing on thing in order to replace it by its fellow, by denominating and multiplying it, on that day we will have destroyed, from top to bottom, the old authoritarian and propertarian mechanism, and recognized the insufficiency and harmfulness of individual contract as well as the social contract. Natural government and natural exchange,—natural government, which is the government of individuals by individuals, of themselves by themselves, universal individualism, the human self [moi-humain] moving freely in the humanitary whole [tout-humanité]; and natural exchange, which is individuals exchanging of themselves with themselves, being at once producers and consumers, co-workers and co-inheritors of social capital, human liberty, infinitely divisible liberty, in the community of goods, in indivisible property. On that day, I say, of natural government and natural exchange, an organism driven by attraction and solidarity will rise up, majestic and beneficent, in the heart of regenerated humanity. And authoritarian and propertarian government, authoritarian and propertarian exchange, machineries overburdened with intermediaries and representative signs, will collapse, solitary and abandoned, in the dried-up course of the flood of ancient arbitrariness.

So let all these Babylonian institutions perish quickly, with their unnatural wheels and gears, and on their ruins let the universal and fraternal solidarization of individual interests, society according to nature, be enthroned forever!

People of the present, it is necessary to choose. Not only is it immoral and cowardly to remain neutral, it is degrading, but still there is peril. It is absolutely necessary to takes sides for or against the two great, exclusive principles that the world debates. Your salvation is at stake. Either progress or devolution! Autocracy or anarchy!—For a radically flawed society, radical solutions are required: for large evils, grand remedies!

Choose then:

—Property is the negation of liberty.
—Liberty is the negation of property.
—Social slavery and individual property, this is what authority affirms.
—Individual liberty and social property, that is the affirmation of anarchy.

People of progress, martyred by authority, choose anarchy!

Arnaud Bataille


Le Libertaire 1 no. 7 (October 25, 1858)

A moi! (732 words)

La République comme la voulaient nos pères (1015 words)

La Révolution reniée par les révolutionnaires

Lettre aux Mandarins de France

Les Communistes-Monarchistes

Mazzini et le Socialisme


Le Libertaire 1 no. 8 (November 20, 1858)

Le Circulus dans l’Universalité—I

Chêne et Roseau

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