Han Ryner, “What is the Individual?” (1919)

Ce qu’est l’individu

L’individu est un être complexe, indéfinissable. Or, seul l’individu possède quelque chose qui puisse être appelé sans trop de mensonge l’existence. Donc, comme le savaient déjà les philosophes cyniques, rien de réel, rien de concret n’est définissable.

Les nécessités de la pensée, de la parole, de la science, de l’action nous ploient à faire comme s’il y avait du définissable. Consentons en souriant à l’inévitable.

Mais n’oublions jamais longtemps que nulle parole ne saurait nous dire le fond d’un être, même mon propre fond et que nulle pensée, quelque bonne volonté et quelque sympathie qui l’animent, ne pénétrera le fond d’un autre. Nos plus belles, nos plus fortes, nos plus pénétrantes vérités se glorifient, modestement, d’êtres des mensonges moindres.

Plus je m’efforce de saisir le concret, plus mes formules deviennent complexes et hésitantes, plus je m’irrite de ne les pouvoir faire assez souples et mouvantes. Quand je prononce des mots absolus, je sais que je parle dans l’abstrait et que je parle du vide.

Han Ryner

What is the Individual?

The individual is a complex, indefinable being. Now, only the individual possesses something that can be called, without too much falsehood, existence. Thus, as the cynical philosophers knew already, nothing real, nothing concrete is definable.

The necessities of thought, of speech, of science and of action force us to act as if they were definable. Let us agree to smile at the inevitable.

But let us never forget for long that no speak to us of the core of a being, even my own core, and that no thought, whatever goodwill and sympathy might animate it, will penetrate to the core of another. Our most beautiful, our strongest, our most penetrating truths exult, modestly, in the least false of beings.

The more I strive to grasp the concrete, the more complex and hesitant my formulas become, the more I am irritated at not being about to make them supple and mobile enough. When I speak works that are absolute, I know that I speak in the abstract and that my words are empty.

Han Ryner

La Mêlée no. 29 (1 août 1919).

Working Translation by Shawn P. Wilbur

About Shawn P. Wilbur 2296 Articles
Independent scholar, translator and archivist.