E. Armand in “L’Universel” (1900-1901)

L’Universel (1900-1901)

  • E. A., “La lutte suprème,” L’Universel 2 no. 2 (Juin 1900): 4. [verse]
  • E. Armand, “L’homme de péché,” L’Universel 2 no. 5 (Septembre 1900): 2.
  • E. Armand, “Affaires de Chine et de chez vous!,” L’Universel 2 no. 6 (Octobre 1900): 1.
  • “Polyglottisme” L’Universel 2 no. 6 (Octobre 1900): 4. [Ad for Armand’s translations]
  • E. Armand, “Une joie! Un regret! Un acte!,” L’Universel 2 no. 7 (Novembre 1900): 2.
  • E. A., “Vive la paix,” L’Universel 2 no. 8 (Décembre 1900): 1.
  • E. Armand, “Il vous est né,” L’Universel 2 no. 8 (Décembre 1900): 1.
  • E. Armand, “L’Éternel est avec nous,” L’Universel 2 no. 8 (Décembre 1900): 3.
  • E. A., “Noël!,” L’Universel 2 no. 8 (Décembre 1900): 4. [verse]
  • E. Armand, “Sus au monstre: Alcool—c’est l’ennemi,” L’Universel 3 no. 1 (Janvier 1901): 4.
  • E. Armand, “Sur la route,” L’Universel 3 no. 2 (Février 1901): 3.
  • “Échos,” L’Universel 3 no. 3 (Mars 1901): 2.
  • “Union évangélique de Paris,” L’Universel 3 no. 3 (Mars 1901): 3.
  • E. Armand, “L’empoisonneur,” L’Universel 3 no. 3 (Mars 1901): 3.
  • E. Armand, “Sorts et viens,” L’Universel 3 no. 4 (Avril 1901): 1.

 

LA LUTTE SUPRÊME

1. Debout ! les vaillants, les sincères,
Debout les soldats de la Croix !
Dieux réclame des volontaires,
Qui veut obéir à sa voix ?
Le monde meurt sans espérance !
Des milliers, tout autour de nous,
Périssent dans l’indifférence.
Il faut les sauver… tous débout !

C’est la lutte suprême,
Serrons-nous ! Haut les cœurs
Dieu conduit Lui-même,
Il nous rendra vainqueurs.

2. Trop longtemps de la crainte esclaves,
Dupes d’erreurs, de préjugés
Le cœurs liés par mille entraves,
On nous a vus muets, figés.
Mais le temps vole… Assez de doute !
L’appel divin est trop pressant,
Le clairon sonne… allons, en route !
Prenons nos places dans le rang !

3. Trop longtemps, du fond des abîmes
Sont montés des cris de douleur ;
Du noir péché, trop de victimes
Ignorent qu’il est un Sauveur !
Comme un troupeau, la multitude
Glisse vers un terrible sort !
A nous la tâche noble et rude :
Il faut l’arracher à la mort.

4. Debout, c’est la lutte suprême !
Qui le veut peut être soldat,
Pourvu qu’on soit vrai, que l’on aime,
On peut prendre part au combat
Le pauvre, l’ignorant, le sage,
L’homme, la femme au bien l’enfant,
Peuvent délivrer le message :
Le salut par le précieux sang !

E. A.

TRANSLATION

Affaires de Chine et de chez vous !

Les troupes continuent à affluer vers l’Extrème-Orient, non point cette fois-ci pour empêcher la répétition des massacres et rétablie l’ordre, mais pour contenir les ambitions mutuelles et s’observer jalousement l’un l’autre.

Our le résultat final, au nom de l’Évangile de paix sans doute, sera, n’en doutez pas,
un agrandissement des « sphères d’influences » concédées à chaque pays, et de l’Europe partiront des fournées de missionnaires donc le beau rôle consistera à annoncer la Parole de Dieu sous la protection des canons.

C’est bien là, en effet, co que visent certains missionnaires, surtout les missionnaires catholiques. Ils veulent pouvoir convertir les infidèles en toute sécurité sans dédaigner eu même temps de se mêler des affaires intérieures du pays, ce qui étonnerait de la part d’apôtres, si nous ne savions le goût de Rome pour ces conquêtes politico-papistes.

Sans nul doute, Rome obtiendra ce qu’elle désire. Nos soldats protégeront, spectacle étrange, les disciples de celui dont le Royaume ne fut point de ce monde et qui a joyeusement, librement donné sa vie pour le prouver !

En ce qui mo concerne, je me demandé s’il ne so trouvera pas des hommes où des femmes assez courageux pour se lever et aller prêcher l’Évangile aux Européens résidant en Chine.

Que ceux qui sourient à la lecture de ces dernières lignes lisent un article qui a paru dans lé Christian, journal évangélique anglais très répandu, sous lo titre de « Comment les étrangers traitent les Chinois » (1). Achat de marchandises sans les payer, par exemple; mauvais traitements exercés, et sans aucune cause, comme celui-ci : un Chinois âgé traversant une ra de Shanghaï se voit asséner en plein visage un coup de fouet de la part d’un jeune Européen conduisant un dog cart. Rien de plus commun, ajoute l’auteur de cet article, que de voir frapper ou renverser les Chinois qui se servent des trottoirs réservés aux Européens ! Tout comme les Turcs agissent, à Smyrne, à l’égard des Arméniens.

« J’ai vécu vingt ans à Londres, dit l’écrivain qui signe VERITAS, parmi les pauvres, et je n’ai jamais vu quoi que ce soit qui puisse être comparé au traitement cruel et brutal dont les Chinois sont l’objet de la part des étrangers! Ex l’on s’étonne que ceux-ci soient haïs où que le Chinois se venge dès qu’il en trouva l’occasion.

Réflexions d’autant plus justes que ce n’est pas qu’en Chine que de pareils faits se passent. Il me vient justement à l’esprit un passage de l’opuscule si intéressant, si vibrant « De la Patrie Terrestre à la Patrie Céleste » où fou M. Paul Minaut raconte certains faits dont il fut témoin au cours de sa traversée de Marseille à Diégo-Suarez et qui prouvent bien qu’en nombre de cas l’indigèni est « moralement supérieur » au civilisé » (pages 24, 25, etc.).

Voilà pourquoi l’institution d’œuvres d’évangélisation parmi les blancs résidant en Chine me parait indispensable si l’on veut éviter lé renouvellement des scènes de vengeance qu’on a vu se produire. récemment. Comment voulez-vous qu’un Chinois comprenne l’oeuvre d’un missionnaire catholique où protestant lorsqu’il voit les Occidentaux agir d’une façon aussi inhumaine à son égard. Sans compter que ceux-ci sont parfois d’excellents membres d’église. Il ne manque plus que l’arrivée d’un corps de troupes européennes pour transformer l’évangile universel eu éternel en une doctrine occidentale, une importation étrangère et détestable.

Retirons-en, amis lecteurs, une leçon pratique. La civilisation ne tient pas lieu de transformation intérieure. Le civilisé, dès qu’il se trouve parmi des êtres qu’il sent ou qu’il imagine inférieurs à lui, redevient incontinent oppresseur, lâche, cruel, barbare. Civilisation, politesse, bonnes façons, mœurs honnêtes, ne sont qu’an vernis, un simple vernis qui recouvré un naturel de péché et d’égoïsme. C’est ce naturel-là qui a besoin d’être changé, transformé, et il l’est — non par l’acceptation intellectuelle d’une doctrine ou d’une religion — mais par introduction, dans l’âme, d’un facteur nouveau… le salut, la vie, l’esprit de Jésus-Christ. On cesse alors d’être esclave d’en has de la civilisation, pour devenir libre citoyen d’en haut, du monde spirituel. On échange le vernis de la mondanité pour le bon teint de la vie éternelle.

La possédez-vous ?

E. Armand.

Nota. — Les Missions protestantes françaises n’ont point de stations en Chine.

(1) The Christian, September 6, 1900.

TRANSLATION

L’HOMME DE PÉCHÉ

L’homme entra au cabaret, la casquette rejetée en arrière, la mine fière. Un bonjour au tenancier, un signe de la main à deux ou trois amis qu’il rejoint, et voilà l’homme at- tablé, un jeu de cartes à la main.

Les minutes s’écoulent. Le tenancier apporte toujours de nouveaux litres sur la table où les parties se succèdent avec une animation croissante. Une discussion s’élève : «Ta as triché, dit quelqu’un d’une voix avinée ». Une autre voix aussi avinée, sinon plus, répond par un juron. Les menaces, les cris, les blasphèmes, s’entrecroisent. Le patron s’interpose, et comme il a la poigne solide, l’un après l’autre les joueurs quittent l’estaminet.

L’homme est un joueur.

Est-ce un effet de l’air frais? Mais l’homme ne semble guère d’aplomb sur ses jambes. Il chancelle, il titube, on dirait qu’il va tomber ; non, le voilà droit de nouveau. Droit pour quelques secondes, car le manège recommence. Oh! comblé, il chante; une mélodie rauque s’échappe des lèvres du pauvre hère, réveillant les échos endormis.

Est-ce bien une créature humaine que cet être à la démarche plus que zigzagante, le corps secoué de hoquets, les lèvres mouillées d’écume, bavant, la bouche vomissant le juron, l’insulte et la niaiserie.

L’homme est un ivrogne.

L’homme poursuit son chemin…

Il croise une de ces pauvres créatures — tristes victimes d’un état social défectueux — qui fout commerce de leur corps. Quel dialogue peut bien s’échanger entre ces deux échantillons dégradés de la créature humaine ? quel marché peut bien se conclure
entre ces-* * * * deux suppots de l’enfer : l’ivrogne et là prostituée. Je l’ignore, mais ce que je sais, c’est qu’au bout de quelques instants, l’homme suit la femme et ils disparaissent bus deux dans une ruelle obscure.

C’est que l’homme est aussi un débauché.

Et dans une pauvre mansarde, sans nul doute, il y a quelqu’un qui souffre, quelqu’un qui pleure, quelqu’un qui se désespère, tandis que l’aiguille du cadran tourne. C’est peut-être une mère, une épouse, ce sont peut-être quelques enfants au visage amaigri, aux vêtements en, lambeaux, qui attendent depuis des heures le père qui les a oubliés sous l’empire des fumées alcooliques.

Cet homme, vous et moi nous l’avons souvent rencontré. Il est légion. Peut-être même un exemplaire de cette feuille lui tombera-t-il sous les yeux: Oh ! qu’il sache que rien autre que le salut de Dieu, le sang du Christ versé pour nos péchés, ne peut le délivrer de sa passion. Ni les bonnes résolutions, ni les réglementations, ni les regrets, l’intervention divine seule, la soumission complète à l’esprit de Dieu peuvent seules délivrer du péché, car l’homme qui nous occupe dans ces quelques lignes n’est rien d’autre qu’un pécheur.

E. Armand.

TRANSLATION

POLYGLOTTISME

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UNE JOIE ! UN REGRET ! UN ACTE !

J’ai eu la joie, le privilège devrais-je dire, d’assister à quelques séances du Congrès de la Paix, qui, ent terminant la série des assises internationales qui se sont succédées depuis six mois à Paris, les a résumées autant que synthésées.

Je m’y suis intéressé comme chrétien, car je n’aurai eu garde d’oublier le programme rédigé dans les cieux et transmis à la terre par les anges qui vinrent annoncer aux bergers éblouis la naissance du Rédempteur :

Paix et bonne volonté parmi les hommes.

Ek ces deux expressions de la: volonté divine, définition et explication: de la. venue du Christ parmi nous, nous les avons vu se réaliser aux cours dé ce Congrès. Hommes et femmes de toutes races, de toutes opinions, de toutes croyances se sont unis, mus par une pensée suprême auprès de laquelle les divergences personnelles les plus accentuées paraissaient un fétu de paille. Nous y avons vu les questions les plus irritantes être soulevées, celles les plus propres à diviser les esprits et à émouvoir les cœurs. Nous les avons vu donner lieu à des débats passionnés, mais malgré tout, la paix et la bonne volonté n’ont cessé de régner. Pour une fois, protestants et catholiques, libre-penseurs, francs-maçons, pasteurs, curés, laïques, ont ensemble attaqué la main dans la main, ce péché qui ronge le cœur de, notre civilisation dite chrétienne, triste punition d’un monde déchu : LA GUERRE.

Mais à l’issue de cette assemblée de pacifiques, un regret s’est emparé de nous, qui a jeté comme un voile sur le ciel bleu qui emplissait nos âmes. Un regret qui me poursuit, me hante et qui deviendrait un: remords si je n’en soulageais pas mou cœur, un regret d’ailleurs qu’ont dû partage nombre de nos frères.

Nous aurions désiré la tenue d’un Congrès international d’évangélisation, la convocation d’une assemblée où les hommes expérimentés de tous les pays seraient venus nous raconter le résultat d’années passées au service du Dieu vivant et de l’humanité pécheresse. Une assemblée de prophètes et de prophétesses accourus des quatre: coins de ce pauvre globe, discutant dans l’esprit d’en haut, le moyen le plus rapide, le plus efficace pour arracher au plus vite notre planète au joug du Démon, pour hâter l’avènement du règne de justice, de bonté et d’amour.

Comme nous l’aurions salué avec joie cette réunion d’apôtres, égaux par la souffrance, par le dévouement, par le sacrifice. Egaux et nous insistons sur ce terme, car il n’aurait pu être question de la suprématie de telle église ou de telle organisation, modelées hiérarchiquement et s’attribuant un but supérieur à telles autres, sans guère de titres réels que la passion dé gouverner. Egaux répétons-nous, et de cette assemblée aurait jailli une flamme d’amour qui aurait fini par embraser l’univers.

Certes, le temps presse. La marée monte, monte, notre manque dé diligence laisse à chaque moment engloutir quelque malheureuse âme privée de lumière. J’écris ces lignes au retour d’une course dans: une des grosses agglomérations populaires de la banlieue parisienne, c’est le cœur serré que je pense à ce que j’ai vu et entendu. Les ténèbres sont profondes, la misère morale et matérielle aussi, avouons-le franchement, est immense. Les vices, les haines inexplicables, les penchants irrésistibles mènent à l’abime des milliers et des milliers de créatures, et, ils se comptent, ceux qui se jettent en travers de leur route, agitant devant leurs yeux le signal du péril.

L’heure n’est plus de tergiverser. Il faut agir. Le but ne sera jamais atteint par la formation de sociétés ou d’associations sans consistance, à l’activité vague, incertaine, redoutant comme le feu toute initiative compromettante. Il faut aller, comme l’a ordonné Jésus, et c’est en réponse son ordre que nous nous-lançons à Paris, laissant derrière nous:le passé, brûlant tous les! ponts qui-pourraient encore nous retenir à Ia rive.

C’est parce que nous sentons qu’il faut aller que nous nous sommes décidés à entreprendre l’œuvre dont il est question d’autre part dans l’Universel, petite messagère de bonne nouvelle qui va accomplir dans la capitale la tâche qu’elle a remplie au Havre et ailleurs. Nous nous jetons dans la mêlée sans autre ressource que la foi en Dieu, la foi au triomphe de la vérité. D’autres suivront, je le crois, et bientôt nous serons un groupe de camarades, annonçant, sans fard et sans contrainte, l’évangile éternel, l’évangile de la pureté et dé la solidarité dans l’amour, l’évangile du droit, du bon, du beau, l’évangile qui donne, qui transformé, qui relève et dont la victoire amènera le règne de In Paix et de la Bonne volonté parmi les hommes. Nous ne demandons pas autre chose.

E. ARMAND

27, avenue Reille (Paris, XIVe)

TRANSLATION

VIVE LA PAIX

Paris tout entier est sur les boulevards ; la haie vivante qui s’étend de la gare de Lyon à l’Opéra, attend haletante, le passage du vieillard, représentant d’une nation, d’une race qui défend son individualité avec une opiniâtreté vraiment remarquable. Il y a dans l’air comme un frisson d’enthousiasme… Un escadron passe comme un éclair, encadrant un landeau… la vision ne dure qu’un instant et mille cris de « Vive Krüger, vivent les Boërs » ont déjà fait écho à mille autres exclamations qu’ont emporté la seconde précédente.

Une autre vision passe devant mes yeux… Je vois les cadavres gisant sans sépulture sur le versant de Spion-Kop ou emportés par les flots de la Tugela et du Vaal.

J’entends les pleurs des mères, des épouses, des fiancées du côté des vainqueurs comme de celui des vaincus. J’aperçois la fumée qui s’élève des fermes incendiées, les familles sans pain, sans gîte, les enfants, orphelins s’enfuyant on ne sait où, devenant on ne sait quoi.

Partout c’est le sang qui coule, la flamme qui dévore, la misère qui ruine, la maladie qui ravage…

C’est la guerre, en un mot ! Jusqu’à quand, Seigneur !

Jusqu’à quand, chrétiens ? Et je m’écrie :

Vive la Paix quand même !

E. A.

Long Live Peace!

All of Paris lines the boulevards; the living hedge that extends from Gare-de-Lyon to the Opéra awaits, breathlessly, the passage of the old man, representative of a nation, of a race that defends its individuality with a truly remarkable stubbornness. It is as if the air itself tingles with enthusiasm… A squadron passes in a flash, surrounding a carriage… the vision lasts for just an instant and a thousand shouts of “Long live Kruger! Long live the Boers!” have already echoed the thousand other exclamations that the preceding second swept away.

Another vision passes before my eyes… I see the corpses lying unburied on the slopes of Spion Kop or carried by the flood of the Tugela and the Vaal.

I hear the weeping of mothers, of wives, of fiancées on the side of the victors as well as the vanquished. I see the smoke that rises from the burned-out farms, the families without bread, without shelter, the children, orphans fleeing who knows where, becoming who knows what.

Everywhere there is the blood that flows, the flame that devours, the poverty that ruins, the sickness that ravages…

There is war, in a word! How much longer, Lord?

How much longer, Christians? And I shout:

Long live Peace all the same!

E. A.

Il vous est né

Il vous est né un Sauveur qui est le Christ.
(St. Luc, II, 11)

I

Il fait nuit. Dans un champ de la Palestine dorment quelques bergers, des humbles de ce monde, des travailleurs dont l’unique ressource consiste dans le salaire quotidien péniblement gagné et que, cette nuit-là, le labeur commun a réunis. Ils dorment tandis que leurs troupeaux broutent le sol desséché de cette terre d’Orient. Quel soulagement après une journée de travail de pouvoir se livrer à un sommeil réparateur, que vient embellir des rêves, rêves d’un avenir meilleur, où l’injustice ne règnera plus, où on ignorera les différences sociales, où les plaintes et les pleurs ne seront même plus un souvenir.

Et voici que l’atmosphère s’illumine. Et voici qu’une musique harmonieuse, aux accents si doux, si mélodieux, si célestes qu’ils émeuvent l’âme jusqu’en ses fibres les plus intimes, retentit dans les airs. C’est le rêve qui se poursuit sans doute. Quelques voix s’élèvent, des voix comme on n’entend point ici-bas, des voix… plutôt un torrent d’harmonie.

Ce n’est pas un songe. C’est la réalité inattendue, inouïe… Les bergers s’éveillent en sursaut, mais éblouis par tant de lumière leurs yeux se referment bientôt. Surpris autant qu’effrayés, ignorant encore le message qui leur est annoncé, ils reculent, ils chancellent, ils tombent à genoux.

II

Rassurez-vous, bergers, les êtres purs et radieux qui viennent vous réveiller n’ont pas pour mission de vous épouvanter. Ce sont des messagers de paix, de salut. De paix, parce qu’il n’est pas de salut sans la paix. De salut, parc qu’il n’ai pas de paix sans le salut. Le salut, c’est la paix établie dans le cœur déchiré jusqu’alors par la bataille jamais interrompue des passions viles et des has appétits, c’est la voix.de Dieu planant sur ce champ de bataille qu’est une âme livrée au choc des mille manifestations de péché. C’est là ce qu’ils sont venus vous annoncer, pauvres travailleurs. Le Messie de vos rêves est apparu. Il est né, le Libérateur du monde. Il est né dans une étable, parce qu’il n’y avait point de place pour lui à l’hôtellerie. Il est né, le Sauveur, le Christ, Jésus, le compagnon des pauvres, l’ami des gens de mauvaise vie. Il est né et le ciel est en fête, car sa venue n’a-telle pas eu pour objet de rapprocher l’homme de Dieu en rapprochant Dieu de l’homme, en rétablissant la paix entre le Créateur et la créature.

III

Il est né… et il nait encore, après vingt siècles, dans tout cœur qui veut bien s’éveiller. Vous les avez rencontré comme moi ceux qui dorment, dans toutes les classes de la Société : le travailleur absorbé par ses dures occupations, l’homme d’affaires. entrainé par le flot toujours montant des entreprises que suscite la concurrence, le savant étourdi par l’avalanche des découvertes de l’esprit humain, Mais ce n’est pas seulement à l’atelier, à l’usine, au bureau où dans un laboratoire que j’ai aperçu ceux qui dorment. Je les ai vus au cabaret, attablés devant une bouteille et laissant s’écouler les heures précieuses en s’alcoolisant. affreusement. Je les ai vu entrer dans les maisons de débauche, ou bien encore se plonger dans Ia lecture d’ouvrages immoraux ou de romans insipides. Je les ai vus dans quelque café-concert se délectant de la récitation de couplets bravant aussi bien le bon sens que l’honnêteté. Je les ai même vus pénétrer dans les églises on dans les temples, feignant de venir adorer un Dieu dont ils n’ont jamais mis en pratique le moindre enseignement.

IV

Et ils dorment, non sans que de temps en temps un rêve, une aspiration, vienne troubler leur sommeil. Ils attendent, eux aussi, le Messie. Ils ont comme une sorte d’intuition qu’il doit exister quelque part un Libérateur, une terre nouvelle, une terre de pureté, un port assuré. Et parfois ils cherchent de gauche, de droite, la solution du mystère. Ils s’imaginent l’avoir trouvé… hélas ! ce n’était qu’un mirage, qu’une conception de cet esprit de l’homme qui ne saurait apporter ni la paix ni le calme.

Ils dorment, comme les pâtres de Bethléem, tandis qu’à côté d’eux; les disciples du Christ Rédempteur, les rachetés, les âmes amenées à la vie font retentir les échos de leurs cantiques, de leurs témoignages, de leurs actions de grâce. Ils sont plongés dans Les ténèbres et la lumière brille, éclatante, éblouissante. Ils pleurent et le remède est à leur portée. Ils meurent quand la vie, la vie éternelle est à leur disposition.

Perdus quand ils pourraient être sauvés, mourant quand ils pourraient vivre, puisqu’Il est né pour leur assurer la vie.

Une merveilleuse aurore
Eclaire humanité…
Chant d’amour, résonne encore !
Ebranle l’immensité !
Aux âmes sans espérance,
Aux cœurs pliant sous le faix
Annonce la délivrance.
Accents de grâce et de paix.

Des cieux, adieux abîmes.
On entend descendre un chant
Cantique aux accords sublimes,
Hymne d’amour triomphant.
Espoir pour vous, pauvres pécheurs
Dieu vient à vous, séchez vos pleurs
À son amour, ouvrez vos coeurs,
Un Sauveur vous est né.

(C’est pour vous, lecteurs, cela; est-Il né pour vous ?

E. Armand.

TRANSLATION

L’Éternel est avec nous

Dieu nous est témoin que nous avons commencé notre œuvre de salut et de relèvement social à Paris, sans avoir, pour ainsi dire, un centime en caisse. Notre seule ressource était dans la foi et dans l’appel que nous avions clairement entendu de nous consacrer au service du Maître. Je tiens à appuyer sur ce point de départ, car il s’agissait, commençant une œuvre sur cette base, de résoudre les trois points suivants :

1° Etait-il possible d’établir une œuvre d’évangélisation indépendante, de colportage, de courses à domicile, de tournées dans les cafés et les lieux de plaisir, sans salaire, sans subside régulier, sans aucune autre ressource matérielle que les abonnements et la vente d’une feuille comme l’Universel ?

2° Etait-il possible de grouper un certain nombre d’amis chrétiens comprenant ce travail de francs-tireurs, à l’extrême-gauche de l’évangélisation officielle et prêts à la soutenir par leurs prières et leurs sympathies pratiques se manifestant sous la forme, d’abonnements ?

3° Etait-il possible de trouver les occasions d’évangéliser de la façon que nous venons de décrire ?

Seul, ce troisième point était résolu, car des centaines d’hommes et de femmes ne suffiraient pas à la tâche immense qui s’offre à quiconque veut l’entreprendre dans cette agglomération de trois millions d’habitants. Nous avons été encouragés sous ce rapport, car nous avons pu faire de nombreuses visites qui nous ont prouvé l’utilité d’un travail pareil. Citerai-je cet alcoolique de la Plaine-St-Denis, qui avant qu’on lui eut parlé tempérance où christianisme, nous déclara avoir consommé vingt-sept absinthes dans la journée et avec lequel il nous a été possible de prier avant de partir. Cet homme n’avait jamais entendu parler d’un Sauveur personnel, et il ignorait l’existence de salles d’évangélisation. Je cite ce cas, et je pourrais multiplier les exemples de personnes qui, à Paris, n’ont jamais entendu parler ni de l’Evangile ni de la morale chrétienne.

Quant au second point, nous pouvons répondre oui. De chers frères ont compris notre œuvre, ils ont admis qu’il y avait place pour une mission de salut agressive, — une mission de tempérance, de moralité, de paix, — une mission consistant à aller atteindre les victimes du péché chez elles. Des pasteurs appartenant aux différentes dénominations : réformés, luthériens, méthodistes, baptistes, nous ont encouragé, un dévoué pasteur d’une église baptiste de la rive gauche a même consenti à nous autoriser à prendre des abonnements et à vendre l’Universel dans son église. Cela suffit pour montrer l’appui que nous avons rencontré.

A côté de cela, il y a les découragements, les déceptions inévitables. Nombre de chrétiens sont encore loin d’être d’accord avec nous sur la question de la paix. Dans nos visites de maison en maison, On ne nous reçoit pas toujours avec… comment dirais-je… amabilité. Mais nous nous attendions à tout cela. Nous ne nous dissimulions pas les difficultés et nous n’ignorons pas que les épines parsèment le sentier de quiconque veut servir Dieu sans regarder aux hommes.

Nous ne savons encore quand nous pourrons avoir une salle. Ü’est à nos amis de résoudre cette question. Nous avons du travail pour le moment, au-delà de ce que nous pouvons faire… travail béni, travail divin. Si nous regardions à nous-mêmes, notre faiblesse et notre impuissance nous écraseraient, mais de même qu’un bon ouvrier sait se servir d’instruments défectueux, nous savons aussi que Dieu emploie merveilleusement au triomphe de sa cause ses plus indignes serviteurs.

E. ARMAND.

TRANSLATION

Noël !

Des quatre coins de la terre
S’élèvent, assourdissants,
Des clameurs, des bruits de guerre ;
Echos de combats sanglants.…
La frontière c’est l’abime ;
Entre peuples, l’on se hait…
Satan guette sa victime…
Pitié, pitié, Dieu de paix !

Alléluia ! Alléluia ! un Sauveur nous est né
L’Oint du Seigneur, le Rédempteur, le Fils nous est donné !
Au plus haut des cieux ! Gloire soit à Dieu !
Paix dans les cœurs ! le Sauveur nous est né.

O paix, c’est toi qu’à ce monde,
Annonça le divin chœur
Lorsque, dans la nuit profonde,
Apparut le Rédempteur.
Amour, Paix parmi tes hommes
Car il vous naît un Sauveur,
Et, partout, frères nous sommes
Quand Il règne en notre cœur !

Paix sur ce champ de bataille
Qu’est tout cœur sans le salut !
Que nul humain ne défaille!
Pour nous aider vit Jésus !
Pécheur, c’est Lui qui pardonne,
Il met l’âme en liberté,
Il ne repousse personne,
Il aime l’humanité !

E. A.

TRANSLATION

SUS AU MONSTRE

l’Alcool — c’est l’’Ennemi

L’alcool a eu enfin les honneurs d’une séance de la Chambre, mais c’est pour s’y entendre dénoncé avec véhémence par un député qui a fait cette fois, du bon socialisme, l’honorable M. Vaillant.

« Eh quoi, s’est-il écrié du haut de cette tribune où on n’entend pas toujours hélas ! des paroles aussi sensées, on interdit la vente de l’arsenic et des poisons. Pourquoi ne pas interdire la vente des poisons, plus pernicieux, qui, comme l’absinthe et les essences, ne sont pas seulement des poisons congestivants, mais des poisons épileptisants et qui, d’un homme calme et sain, font un meurtrier ou un fou ? Il importe de prendre une décision pour le salut de la nation. »

En dépit de l’opposition de nombreux représentants (?) de la nation, qu’épouvante la colère de leurs grands électeurs les marchands de vins, la Chambre a adopté l’amendement, présenté par M. Vaillant, lequel reconnaît au gouvernement le droit, sur avis de l’Académie de Médecine, d’interdire la vente de l’absinthe et autres apéritifs dangereux.

Nous ignorons quelle sanction effective suivra le vote de cet amendement, mais à une période de « beuveries » comme celle que nous traversons, nous sentons qu’il est de notre devoir, une fois de plus, d’attirer l’attention de nos lecteurs sur quelques faits toujours bon à signaler et à retenir.

Tels sont par exemple ceux consignés dans un récent rapport da docteur Lucien Jacquet, médecin des hôpitaux de Paris, sur lAlcoolisme dans les hôpitaux parisiens.

L’Alcool, pourvoyeur de l’hôpital

« Dans l’ensemble, dit le docteur Jacquet, notre étude a porté sur 4,744 malades répartis en 23 services : Ces divers services font partie des hôpitaux situés aux points les plus divers de Paris. Ils peuvent donc être considérés comme représentant, au point de vue morbide, l’ensemble de la population parisienne.

« Parmi nos 4,744 malades, nous comptons : 3,416 consultants; 1.328 hospitalisés. Sur les 3,416 consultants, 795 alcoolisés et alcooliques, soit 23,27 pour 100 ; sur Les 1,228 hospitalisés, 610 alcoolisés et alcooliques, soit 45,93 pour 100. Et déjà l’écart de ces deux pourcentages est significatif.
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Le Déchet Social

« Notre collègue Triboulet a poussé très à fond dans sa statistique personnelle, l’étude de cette classe de malades. Je ne puis malheureusement reproduire le détail de son étude; je me borne à ces deux mentions d’importance :

« 1° C’est entre vingt et quarante ans que se place le maximum d’alcoolisme, c’est-à-dire à l’âge où socialement, par la reproduction, les êtres sont utiles — ou nuisibles — à la communauté ;

« 2° Sur l’ensemble des 820 malades hommes examinés par lui, notre collègue en considère 123 comme alcooliques à un fort degré soit 15 pour 100, constituant un « déche social absolu, un lot d’épaves ».

Alcool et la Pthisie

« Parmi nos 5,744 malades, nous comptons 252 phitisiques ayant atteint la période de l’ulcère du poumon. Et parmi les 252 phtisiques, nous en trouvons IRD, soit 71,42 pour 100 qui étaient alcooliques avant les premiers symptômes de la mal

« Il faut rapprocher ces chiffres de ceux qui vous ont été cités déjà par Coustan (de Montpellier), par nos collègues Rendu, Barbier, par moi-même, d’où ressortait une proportion de 88 à 90 alcooliques pour 100 phtisiques ; et répéter la pittoresque formule de Hayem : « La phtisie se prend sur le zinc. »

Alcool et le Cancer

« Le cancer, pendant la période 1890-1892, a fait périr, en Angleterre, 12,087 sujets mâles, âgés de vingt-cinq à soixante-cinq ans

« Or, la table V nous montre que la série des professions où la mortalité cancéreuse est forte, c’est-à-dire au-dessus du chiffre moyen, est à peu près la même que celle où la mortalité par alcoolisme est élevée ; tandis que, d’autre part, la mortalité basse par cancer correspond, dans l’ensemble, à la mortalité basse par alcoolisme,

L’Alcool et les Médecins du Finistère

Ces lignes sont graves, émanant de la plume du praticien qu’est le D’ Jacquet ; elles viennent d’être soulignées par le manifeste des docteurs du Finistère, remarquable avertissement adressé à leurs compatriotes par une compagnie d’hommes qui savent plus que d’autres ce dont il est question. (Parmi les soixante-huit signatures figurent les sommités du service sanitaire de la marine.) En voici quelques extraits :

« L’alcool, sous toutes ses formes, est un poison.

« L’alcool ne soutient ni ne réchauffe, c’est un excitant dangereux qui dégrade tous les organes, les affaiblit et les rend incapables de résister aux maladies, mêmes légères.

« L’usage habituel de l’alcool, même à doses modérées, peut conduire à l’alcoolisme.

« L’alcoolisme attaque le buveur non-seulement dans sa personne, mais encore dans sa paternité ; la plus grande partie des enfants d’alcooliques sont atteints d’épilepsie, (haut-mal) hystérie.

« L’usage habituel des apéritifs et particulièrement de l’absinthe est la cause de l’affaiblissement progressif de la santé (même chez les personnes qui ne se sont jamais enivrées), conduit à une vieillesse prématurée et abrège l’existence.

« L’usage habituel des apéritifs et de l’alcool, même à des doses non enivrantes, facilite l’invasion do la tuberculose et de la phtisie pulmonaire.

« L’alcool remplit d’aliénés les services publics.

« L’alcool est la cause de plus de la moitié des crimes et délits contre les personnes.

« L’alcool remplit de criminels les prisons et les établissements pénitentiaires.

« L’alcoolisme atteint le pays dans sa grandeur morale : il obscurcit les consciences en même temps qu’il diminue nos forces.

Le manifeste se termine ainsi :

« Nous adressons à nos compatriotes les plus chaleureux, les plus pressants, les plus patriotiques exhortations, les suppliant, s’ils veulent que la France et que leurs fils puissent encore être français, de se garder de l’alcool et des apéritifs comme le plus dangereux de ses ennemis.

Le Remède

Montrer le mal c’est bien, indiquer le remède serait mieux.

Nous ne saurions varier, quant à nous, sur ce point. Notre expérience est unique. Si nous pouvons nous abstenir, même au milieu du travail le plus rude, de liqueurs fortes, ou même simplement fermentées, ce n’est point grâce à nos propres forces. Pécheurs par nature, enclins au mal, victimes par hérédité de passions ataviques, rien en nous ne nous prédispose à demeurer vainqueurs de cet ennemi implacable qu’est l’alcool. Il nous a donc fallu recourir à une puissance extérieure, extra-humaine, à la grâce divine. L’Evangile cite la tempérance comme un des fruits de l’Esprit, non comme un résultat de la sagesse humaine ou de la volonté du cerveau. Nous avons fait l’expérience qu’en effet la possession de l’esprit divin, — la prière, — la foi au Christ, le vainqueur du péché, nous rendait capables d’être abstinents ou tempérants, nous permettait de tenir nos engagements, bien plus encore, nous donnait la force de passer sans boire une goutte de vin les années de notre vie.

Ce serait un crime de notre part de garder pour nous le remède qui nous a guéris : la grâce de Dieu, la foi en Jésus-Christ, l’abandon à son Esprit.

E. ARMAND.

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Sur la route

Le moment est venu, je crois, de faire une halte rapide sur la roule et de jeter un regard d’ensemble sur l’activité que le Seigneur nous a permis de déployer ces derniers mois, bénis entre tous parce que nous avons senti sa présence, divine. De telles haltes sont parfois nécessaires, elles nous permettent de reprendre haleine, puis de nous élancer avec plus d’ardeur que jamais dans cette aréne enflammée qu’est ce pauvre monde de souffrance et de péché, monde sans Dieu, sans Sauveur et sans Espérance.

Vous n’ignorez pas quelles difficultés nous avions à rencontrer. L’introduction d’un journal nouveau alors que les feuilles religieuses surabondent! Que de fois les prophètes de mauvais auguré ne nous ont-ils pas assuré que nous ne réussirions pas, que nous échouerions certainement. Puis, il y avait la mauvaise volonté évidente ou cachée de ceux qui craignaient que nous fissions concurrence à telle on telle œuvre déjà existante, comme s’il n’y avait pas assez de place dans cette agglomération de trois millions d’âmes pour que chacun put ÿ travailler à son aise alors qu’il s’y sent appelé.

Qu’ils se rassurent, ces amis ; l’Universel et l’Union Evangélique Française n’ont nullement l’intention de faire concurrence à aucune œuvre d’évangélisation. L’un et l’autre se sont placés sous la protection des chrétiens militants de toutes les églises qui pensent qu’il est grand temps de nous affirmer comme les disciples du Christ spirituel, parce qu’il est la vie éternelle, du Christ moral, parce qu’il sauve du péché, du Christ social, parce qu’il intervient dans tous les actes de notre vie quotidienne.

Eh bien! ces braves pessimistes en ont été pour leurs frais d’imagination. En dépit de la difficulté des commencements, voici que les dizaines se sont ajoutées aux dizaines d’abonnés et que c’est à plusieurs centaines que s’élève aujourd’hui le nombre de ceux qui lisent régulièrement notre petite feuille.

Ce n’est certes pas sans avoir eu à envisager les difficultés matérielles qui subsistent encore, que ce résultat a été obtenu, mais il en valait la peine. Est-ce qu’autrement je vous aurais connu, mes bien-aimés frères et sœurs, vous qui m’avez reçu avec tant de chaleur et de fraternité. Vous ne savez pas, quelques-uns d’entre vous, jusqu’à quel point, dans certains moments sombres que nous avons dû traverser, une cordiale poignée de main, une parole de sympathie de votre part, m’ont rendu le courage et la foi en la réussite finale de notre entreprise.

De sorte qu’au fond cette victoire, si victoire il y a, est votre victoire ; n’avons-nous pas prié ensemble pour que Dieu couronne de succès nos faibles efforts ? C’est vous tous ensemble, que Dieu a exaucés, ce n’est donc pas l’œuvre d’un seal, c’est notre œuvre à tous, mes frères, notre œuvre de salut et de régénération morale et sociale.

Comment pourrais-je oublier, par exemple, l’accueil de M. Philémon Vincent et des membres de l’église de l’Avenue du Maine ! À un certain moment où nous avions fort besoin de journaux à distribuer gratuitement, Dieu n’a-t-il pas permis qu’un concours de circonstances mit au cœur de M. le pasteur Samuel Goot de nous prendre cent journaux plusieurs semaines de suite. M. le pasteur Foulquier ne vient-il pas de mettre à notre disposition en semaine la salle de Bilancourt. Et que de braves parmi les pasteurs, parmi les laïques, parmi ceux même qu’on prétend « hors du Royaume », nous pourrions citer et dont le souvenir seul nous rappelle une joie, une bénédiction.

J’aurais voulu tous vous visiter depuis le nouvel an, cela m’a été impossible. Et comme l’Universel pénètre aussi bien dans les familles pauvres, que dans les familles riches, j’ai un souhait qui convient pour tous, le voici : Puisse le monde, en cet an de grâce 1901, reconnaître que vous êtes les disciples de Jésus-Christ en ce que vous avez de l’amour les uns pour les autres. Et cela dans tonte l’acception du terme, car c’est ce témoignage-là et nul autre que les gens du dehors réclament de vous.

J’attire votre attention sur l’appel publié plus haut. Nous n’avons pas plus de ressources qu’au début. Ou ce que nous faisons vous intéresse et vous nous le prouverez en nous aidant ; ou cela ne vous intéresse pas et notre appel ne s’adresse pas à vous.

Nous plaçons les intérêts spirituels, moraux et sociaux de ce quartier de Paris devant la conscience chrétienne, et au nom de Celui qui nous a envoyé nous lui demandons si elle est prête à soutenir pratiquement ceux qui veulent suivre Jésus-Christ, comme il y a vingt siècles, Pierre, Jean, Jacques, Paul, et les autres de l’Eglise apostolique l’ont suivi

Que répondra-t-elle ?

E. Armand.

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Échos

Notre frère E. Armand nous fait savoir que l’appel publié dans notre dernier numéro a déjà produit des résultats. Plusieurs pasteurs ont bien voulu figurer en tête de la liste de la souscription organisée en faveur de l’ouverture de la salle dont il s’agit, et la réunion de la somme nécessaire n’est plus qu’une question de temps.

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Union évangélique de Paris

M. E. Armand, Evangéliste, Secrétaire-correspondant de L’Universe, reçoit les abonnements du département de la Seine.

Pour les renseignements concernant l’oeuvre parisienne, s’adresser chez lui, tous les mercredis, de 2 h. a. à 6 le soir, 27, Avenue Reille, Paris (XIVe).

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L’EMPOISONNEUR

Je ne sais point si vous avez entendu parler de Jacques, le boute-en-train du quartier. Peut-être bien que dans votre voisinage, ce n’est pas Jacques, qu’il se nomme, mais qu’il s’appelle Louis, Auguste ou Pierre, c’est toujours le même personnage, sinon par l’aspect, du moins par l’esprit.

Jacques n’a pas son pareil, pour lancer une de ces plaisanteries, dites « gauloises », qu’on écoute en se pâmant d’aise, car elles sont assaisonnées de ces mots, corsés de ces gestes à double sens, qui « emportent la pièce », comme on dit, et soulèvent l’admiration des auditeurs. Ajoutez qu’avec cela Jacques n’est pas avare de mots, mettant en pratique « le proverbe » que là où il y a de la gêne il n’y a pas de plaisir », il débite ses plaisanteries sans se soucier de qui les écoute. Vieillards, hommes faits, jeunes gens, femmes, enfants » il ne connaît point de distinction: D’ailleurs, ne m’a-t-on pas dit l’autre jour, qu’une petite fille d’une dizaine d’années riait aux éclats, d’une de ces bourdes aussi vides de sens que de moralité,

Ce n’est pas que Jacques soit un mauvais homme, à preuve qu’il s’est acquis dans les environs le surnom de « bon zigue ». On assure même qu’il n’a pas son pareil pour payer une tournée, surtout aux tout jeunes gens, apprentis du voisinage, qu’il excelle à « déniaiser ». Voilà tout le fond des histoires de Jacques, le but plutôt, déniaiser. Respect de In vertu, du la famille, de la morale, Fadaises que tout cela. À quoi cela peut-il bien servir, je vous le demande ! Il n’y a qu’à lui entendre raconter sa propre histoire, An! le gaillard ! Ce qu’il en a vu, ce qu’il en a fait, ce qu’il en invente surtout ! Je plains vos oreilles, pauvres jeunes hommes et jeunes filles dont chacune de ses paroles trouble l’esprit et obscurcit cette intelligence qu’il prétend éclairer…

Croiriez-vous que Jacques n’a pas été toujours ainsi ? Ceux qui le connaissent intimement, des vieillards de son âge, vous racontent volontiers qu’il n’y avait pas garçon plus honnête et plus pur que lui à 18 ans. Lui-même, — rarement — lui-même dis-je, vous parlera de sa mère pieuse, de sa mère qui prit un tel soin de lui depuis le jour de sa naissance jusqu’à l’heure de son départ pour la grande ville! Il vous dépeindra la petite maison si coquette, si proprette, où se sont écoulées ses jeunes années ; sa famille si honnête si morale; il vous parlera des pleurs de sa mère quand il dut s’en séparer, et il vous dira aussi, comment le langage des camarades d’atelier, la lecture de ces romans infects qui encombrent le rez-de-chaussée de tant de nos quotidiens, l’exemple de tant de patrons ou d’hommes influents, dénués de tout sens moral ; il vous dira comment tout cela a fait de lui, jeune homme moral, honnête, pur d’abord, un débauché, puis un empoisonneur d’âmes et d’esprits.

Un empoisonneur !… Qui c’est cela qu’est le père Jacques. C’est un poison aussi subtil aussi dangereux que l’alcool qu’il distille dans le cerveau de ceux qui ont le malheur d’écouter ses dangereuses plaisanteries. Empoisonneur ! Certes, mais qui délimitera la part de ceux qui l’ont empoisonné lui-même. Les «misérables qui pour gagner quelque argent, se créer une sorte de popularité, un nom en flattant les instincts dépravés de l’humanité, n’ont pas hésité, par la parole ou l’écrit, à éveiller dans l’esprit de jeunes créatures innocentes d’infâmes désirs et de luxurieuses pensées. Bourreaux d’âmes ! Qui les comptera, celles que vous avez perverties. C’est vous qui avez fait de Jacques ce qu’il est: un homme sans morale et sans mœurs, un impur et un blasphémateur.

Oh ! lecteur, si c’était toi le père Jacques, ou si tu étais un de ceux qui font cercle autour de lui lorsqu’il laisse couler le flot intarissable de ses grivoiseries. Toi, une créature faite à l’image du Dieu trois fois saint, du Créateur pur, de l’Éternel dont les yeux mêmes ne peuvent voir le péché. Est-il possible que tu sois descendu si bas, si bas que te voilà inférieur à une brute, car elle ignore l’immoralité. Est-il vrai, que souillé toi-même, tu trouves tout ton plaisir à souiller les autres. Malheureux ! Dieu connaît les vicieux et le salaire du péché c’est la mort! Malheur à toi, si tu ne changes de route, car il en est Un qui nous a racheté de cette manière de vivre si vaine et celui-là c’est Jésus-Christ.

E. ARMAND

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Sorts et viens

Il cria d’une voix forte : « Lazare! sors et viens! ». Le mort sortit, les pieds et les mains liés par des bandelettes et le visage enveloppé d’un suaire. Jésus dit : « Déliez-le et laissez-le aller ».

Evangile St-Jean — Version Ed. Stapfer: XI, 41-44)

Quelques jours à peine nous séparent de l’anniversaire do la grande tragédie qui se déroula sur la Calvaire. Nos églises, nos temples vont enfin se remplir et ne se rempliront plus guère maintenant, hélas! avant Noël. Les conférences et les services se succéderont cette semaine sans interruption. Nos frères les catholiques vont « faire leurs Pâques ; nous autres protestants nous ferons acte de présence aux assemblées de la Semaine Sainte. Cela n’est-il pas de règle ? Le malheur est que, d’un côté comme de l’autre, tout se réduira, je le crains bien, à cet acte de présence, renouvelable chaque année, à même période et que, faute de vie intérieure, on n’éprouve point le besoin de renouveler plus souvent.

Et cependant, jamais la nécessité de s’affirmer los disciples du Fils de l’Homme n’est apparue plus clairement. Comme aux temps apostoliques, la création tout entière soupire après la manifestation des fils de Dion, celle des chrétiens ressuscités. Les rencontrer est une autre question. L’état social est peut être à la veille de se transformer et ceux qui voudraient voir le Christianisme jouer le rôle qui lui convient à cette heure où la marche de l’humanité hésite et sonde l’horizon, sont tentés de se demander pourquoi Dieu tarde tant à réaliser la promesse : « la terre nouvelle où habiteront une paix et une justice éternelles. »

Où êtes-vous chrétiens qui hâtez la venue du jour de Dieu (II Pierre iii 8). Sera-ce vous qui remplirez les lieux de culte cette semaine? Vous contenterez-vous de sortir du Temple, l’âme doucement émue par la chaude parole d’un prédicateur éloquent, pour rentrer chez vous et vous y terrer jusqu’à Noël où Pâques de l’année prochaine ? Ou bien, comprenant enfin votre rôle de sauveurs et de disciples, allez-vous descendre dans la mêlée pour ÿ combattre, non en adversaires, mais en amis, en frères des pauvres, des déshérités du monde, de ces péagers et de ces gens de mauvaise vie dont Jésus faisait sa compagnie.

Les péagers et les gens de mauvaise vie, voilà ceux dont l’absence est à déplorer de nos salles de conférences, de nos églises. Ils he portent plus le même nom, mais notre civilisation n’est pas tellement dissemblable de celle du siècle d’Auguste, pour qu’il soit besoin de les désigner plus clairement. Les sermons les ennuient, les prêches les fatiguent, la solennité des édifices religieux les éloignent. On n’y parle point leur langage, on my répond point aux aspirations de leur cœur et de leur esprit. On y tait leurs souffrances et leurs revendications. Qu’i- raient-ils faire sous ces voûtes où il est question de sanctification et de textes bibliques, ceux qui ignorent parfois jusqu’à l’existence de l’Evangile et jusqu’aux principes de la Vie Nouvelle ?

Qu’es-tu devenue, Eglise primitive, Eglise apostolique, Eglise de ces chrétiens « révolutionnaires » brisant les faux dieux, dont les réunions d’édification se tenaient dans les catacombes et les réunions d’appel dans les arènes? Il nous semble souvent, à moi-même, à bien d’autres, que tu gis dans le tombeau, comme Lazare. Les ennemis du Christianisme prétendent que tu sens déjà mauvais, parce qu’ils te voient liée par les bandelettes du formalisme, du respect humain, des acceptions de personnes. Sors et viens. C’est la voix du Maître. Sors des ténèbres de la routine, de l’ornière des choses reçues. Viens à la pleine lumière de la vie ; de cette vie intense, spirituelle, morale et sociale qui sait donner, souffrir et se renoncer. Sors et viens. Et que les jaloux détenteurs de tes séculaires traditions te délient et te laissent aller. Sinon, Ô perspective affreuse, ne serait-il pas à craindre que tu demeures dans le tombeau d’où jamais Lazare ne serait sorti s’il n’avait obéi à la parole rédemptrice.

E. ARMAND.

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Independent scholar, translator and archivist.

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