E. Armand in “L’Unique” (1945–1946)

No. 1 (June, 1945)

Défi

Je sais que vous tournez en dérision ceux à qui leurs cheveux blancs n’interdisent pas d’aimer, car je vous connais bien, vous qui prétendez que l’amour n’a qu’un temps, et qui, persiflant, accommoderiez ainsi l’alexandrin du fabuliste : « Passe encor de bâtir, mais aimer à cet âge » s’il était toutefois présent à votre mémoire. Je vous connais bien, mais je ne crains pas de relever le défi ; sournois ou exprimés, vos sarcasmes me laissent indifférent et je ne les redoute pas, car je me sens de la race de ceux qui ont chéri la vie jusqu’à leur soupir ultime et, sages parmi les sages, ont compris que si l’amour ne l’ennoblit pas jusqu’à la fin, elle ne vaut pas la peine d’être vécue.

Je me sens de la race de ceux qui, jusqu’au bord du noir abîme dont nul n’est jamais remonté, sont capables de tendresse et d’amour et de fidélité à leur tendresse et à leur amour. Je veux qu’il en soit ainsi, archer qui tend à l’extrême l’arc de sa volonté, je le veux parce que j’obéis ainsi à l’impulsion de mon énergie naturelle, je le veux ainsi, parce qu’en cette obéissance, j’affirme ma personnalité. Sans doute ai-je de l’amour une autre conception que la vôtre, car j’ai surpris plusieurs d’entre vous s’entretenant de ces choses si bassement ,qu’il m’est arrivé d’avoir honte d’appartenir à l’espèce humaine, de me dégoûter d’être un homme !

Ah ! ne me parlez plus de la Grèce et du miracle grec ! Ces sources sacrées et ces collines inspirées et toutes ces forces de la nature que les grecs avaient déifiées, elles existaient depuis que le monde était monde et n’avaient rien perdu de leur fraîcheur. L’émersion de l’Ida, celle de l’Olympe, remontait à quelque lointain plissement géologique, Apollon, Dionysos, Eros, Pan, les nymphes, les satyres, les faunes, les sylvains n’avaient point permis au temps de mordre sur leur éternité, et ce miracle grec qui n’a jamais effleuré votre front de son aile, consista à douer de tant d’immortelle jeunesse les dieux les plus anciens, que lorsqu’ils aimaient ils avaient toujours vingt ans ! !

E. ARMAND.

20 novembre 1941

Challenge

I know that you mock those whose white hair does not forbid [them from] loving, for I know you well, you who maintain that love has only a time, and who, mocking, would thus adapt the alexandrine of the fabulist—“It is one thing to build, but to love at that age!”—if you happened to remember it. I know you well, but I am not afraid to take up the challenge; underhandedly or openly expressed, your sarcasm leaves me indifferent and I do not fear it, for I feel I am part of the race of those who have cherished life to their last breath and, wisest of the wise, have understood that if love has not ennobled life until its end, it has not been worth living.

I count myself among the race of those who, right to the edge of the black abyss from which no one has ever climbed back out, are capable of tenderness and love, and of fidelity to their tenderness and love. An archer who stretches the bow of his will to the utmost, I want it to be this way; I want it because in this way I obey the impulsion of my natural energy; I want it this way because in this obedience I affirm my personality. Doubtless I have a different conception of love than your own, for I have caught several among you talking of these things in such base terms that I have felt ashamed to belong to the human race, disgusted to be a man!

Ah! do not speak to me of Greece and the Greek miracle! These sacred springs and these inspired hills and all these forces of nature that the Greeks had deified, they had existed since the world began and had lost none of their freshness. The emergence of Ida, like that of Olympus, dated back to some far-off geological folding. Apollo, Dionysos, Eros, Pan, the nymphs, satyrs, fauns and sylvans had not allowed time to bite into their eternity, and this Greek miracle, which has never brushed your brow with its wing, consisted in endowing the oldest gods with so much eternal youth that when they loved they were always twenty years old!!

E. ARMAND

November 20, 1941.


No. 4 (October, 1945)

Quelques précisions nécessaires

Les individualistes à notre façon passent volontiers pour amoraux, alégaux, asociaux.

AMORAUX, c’est entendu, mais par rapport à la morale imposée du dehors, à la morale conventionnelle, à la morale bourgeoise, à l’hypocrisie moralitéiste ; ce qui ne les empêche pas de se construire une ligne de conduite personnelle, voire une éthique collective, dont les postulats de moralité sont fréquemment, dans la pratique, beaucoup plus exigeants que les impératifs de la morale courante.

ALEGAUX, c’est entendu, mais par rapport à la loi imposée de l’extérieur, à la loi écrite, celle des textes ; ce qui ne les empêche pas de se conformer aux sommations d’une loi intérieure le plus souvent plus rigide que les articles, des Codes les plus draconiens, et de prévoir de sévères sanctions morales à l’égard, de ceux des leurs qui, sans motifs légitimes et dûment justifiés, ont fait fi d’engagements contractés volontairement, trahi la confiance mise en eux ou usé de fraude ou de dol dans leurs rapports avec ceux de leur monde.

ASOCIAUX, c’est entendu, mais par rapport. au grégarisme imposé, au sociétarisme obligatoire, ce qui ne les empêche pas de s’associer volontairement et, s’ils y sont poussés par leur tempérament, de rechercher les occasions de s’associer pour toutes sortes d’activités, d’être fidèles aux clauses des accords qu’ils ont souscrits en dehors de toute pression extérieure et de s’interdire toute résiliation des ententes conclues, autre que les cas mentionnés au contrat d’association. Asociaux, mais sociables.

E. A.

Some Necessary Clarifications

The individualists of our type appear willingly as amoral, alegal and asocial.

AMORAL, you understand, but in relation to morals imposed from outside, to conventional morality, to the bourgeois morality and the moralitist hypocrisy; which does not prevent them from constructing a policy of personal conduct, or even a collective ethic, in which the postulates of morality are frequently, in practice, much more demanding than the imperatives of the common moral systems.

ALEGAL, you understand, but in relation to law imposed from outside, to written law, that of texts; which does not prevent them from complying with the summons of an internal law, often more rigid than the articles of the most draconian Codes, and to foresee severe moral sanctions with regard to those among them who have, without legitimate and duly justified motives, thumbed their noses at engagements voluntarily contracted, betrayed the confidence put in them, or used fraud or misrepresentation in their relations with those in their circle.

ASOCIAL, you understand, but in relation to the imposed gregariousness, to the obligatory societarism, which does not prevent them from associating voluntarily and, if they are poussés by their temperament, from seeking occasions to associate for all sorts of activities, to be faithful to the clauses of agreements to which they have subscribed without any external pressure and to prohibit any termination of the agreements reached, except in the cases mentioned in the contract of association. Asocial, but sociable.

E. A.


No. 9 (April, 1946)

Encore des précisions

Je me souviens de certaines réflexions qu’émettait, à propos de la vulgarisation des idées anarchistes, l’animateur d’une petite revue hebdomadaire, publiée en province, assez bien rédigée d’ailleurs, réflexions que le hasard me met sous les yeux. Cela date de 1912.

« Commencer par ruiner dans l’esprit de la multitude — écrivait-il — le prestige de la loi écrite, avant de préparer des consciences qui affirment et appliquent naturellement l’équité, c’est faire de la civilisation à l’envers et collaborer à l’oblitération des consciences ; c’est travailler à faire des inadaptés. »

Il admettait que certains êtres peuvent se passer de « loi, écrite ». Ce sont « les personnes cultivées » chez lesquelles il y a « un ensemble de notions communes qui leur permettent d’être justes des unes envers les autres sans recourir à l’application des lois écrites ».

« Ces personnes sont susceptibles d’agir le mieux possible, dans la plupart des cas, sans invoquer le moins du monde l’autorité. Elles sont donc déjà des anarchistes. Pourquoi ? Parce qu’elles savent exactement ce qu’il convient de faire pour être respectivement et réciproquement justes. Elles ont la loi dans la conscience ».

« La loi extérieure avec tous les moyens sociaux de la faire respecter (police, tribunaux, etc.) est inutile pour ces personnes : non point parce qu’elles méprisent les lois, mais bien au contraire parce qu’elles ont dans leurs consciences la compréhension vive des principes qui ont déterminé les lois écrites. »

En fin de compte, concluait-il, on ne vulgarise pas des idées de synthèse.

Je voudrais répliquer ici à ces observations qui sont toujours d’actualité.

D’abord nous, individualistes, nous n’entrevoyons nullement « dans un avenir indéfini, une humanité parfaite, devenue absolument juste par l’équivalence de toutes les consciences ».

Rien, au contraire, ne nous ferait davantage horreur, qu’un milieu où toutes les consciences s’équivaudraient ; la variété dans les expériences individuelles esthétiques ― l’esthétique étant considérée comme une catégorie de l’éthique — risquerait fort d’y être absente, puisque tous les composants de ce milieu se répéteraient moralement.

Nous ne disons pas non plus que tous ceux que nous croisons sur notre route soient aptes à vivre sans lois écrites. Ce que nous prétendons et affirmons, c’est que l’aptitude à la « vie libre » n’est pas uniquement l’apanage des classes cultivées. Celles-ci, d’ailleurs, si elles se passent de loi écrite pour régler leurs différends — et la lecture de la chronique des tribunaux suffit à démontrer le contraire — ne se font point faute d’y avoir recours à l’égard de ceux qu’elles n’estiment pas de leur bord. Nous affirmons et maintenons qu’ici et là sommeillent, ignorantes, nombre d’individualités capables de s’adapter à une existence libérée de l’entrave des mensonges conventionnels, des préjugés sociaux, des contrats imposés, — individualités qu’il ne s’agit que de réveiller — par le verbe ou la plume — pour qu’elles se révèlent à elles-mêmes.

Une fois sélectionnés, ces individualistes qui s’ignoraient — tout « gens du commun et incultes » qu’on les catalogue — sont aussi capables, dans leur vie de tous les jours, de se passer de codes et de juges que les « cultivés ». Et même mieux, car ils ne font pas de la question économique leur exclusif souci, leur préoccupation de la liberté rejetant au second plan celle du bien-être.

Nous affirmons que l’individualisme à notre façon n’est pas un concept uniquement réservé à l’usage des surhommes. Il est pour tous ceux que leur tempérament ou leurs conclusions ou leur conception de la vie amènent ou incitent à être de « notre monde ».

Nous savons bien que par la suite, un tri se produit ; les inadaptés à l’individualisme, tel que nous le concevons, font fausse route, ou s’en vont ailleurs. Les adaptés demeurent.

Adaptés, bien entendu, à notre conception individualiste. Inadaptés pour le reste ; autrement dit des êtres qui, forcés de demeurer dans la société, n’y appartiennent par aucune fibre de leur cœur, aucune cellule de leur cerveau.

Pour que ce soit faire de la « civilisation à rebours » il faudrait que nous fussions convaincus que la civilisation actuelle est « morale », ce contre quoi nous protestons de toute notre force. Est notre adversaire toute civilisation qui, pour garder l’équilibre, a recours au contrat social imposé, à la coercition morale, à l’hypocrisie légale, à la fiction majoritaire ou grégaire, à la violence sous une forme quelconque.

Et notre propagande de sélection, nous ne l’avons jamais poursuivie mus par un intérêt sordide. Parce que nous espérions une place en vue, une situation matérielle privilégiée, des honneurs ou de la gloire. Mais bien parce que, naturellement, nous nous y sentions poussés, donc par plaisir ; ou bien parce que nous considérions comme normal de nous reproduire psychologiquement, c’est-à-dire de continuer « l’espèce individualiste anarchiste » ; ou encore parce qu’estimant la connaissance de nos idées bonnes pour nous, nous nous imaginions qu’elles pourraient être également bonnes pour d’autres ― pour quelques autres.

Pour terminer, il ne nous est jamais venu à l’esprit de considérer l’individualisme à notre façon comme une « synthèse » mais bien comme une méthode de vie personnelle ou plurale, comme une attitude individuelle de critique et de négation par rapport au fonctionnement du milieu constrictif et restrictif, comme un système de culture intérieure du moi tendant à le maintenir indépendant de toutes les influences du non-moi.

E. Armand

TRANSLATION


No. 10 (May, 1946)

Ce qu’on peut faire

On peut courtiser la gloire, faire antichambre dans les salons de la renommée, mériter et ramasser, en flattant ses manies, les applaudissements de la foule ; On peut, en se courbant bien bas, décrocher les honneurs, les distinctions, la notoriété, passer tous ses jours a croître à l’ombre des grands de ce monde, trouver le but de sa vie à faire du bruit autour de soi et ne se complaire que dans la recherche de la célébrité, même malsaine !

On peut n’avoir, comme but de ses efforts, que de faire de bonnes affaires, sacrifier toute autre considération à l’accumulation des billets de banque, n’envisager êtres, bêtes et choses qu’au point de vue du bénéfice qu’on en peut tirer, être prêt à immoler chacun et tous sur l’autel de ses intérêts pécuniers, suer sang et eau, peiner le jour et veiller la nuit pour remplir ses coffres,être poursuivi jusqu’en ses songes par l’appât de l’argent !

Mais on peut aussi tout simplement assigner comme but à son existence de rendre heureux quelqu’un que le destin, comme par hasard, a placé sur votre sentier, quelqu’un qui se morfondait, amer et tourmenté, dans l’ombre, et que votre rencontre a sorti des ténèbres. Quelqu’un pour qui vous êtes ciel ensoleillé, nuit étoilée, compréhension de la vie et joie d’exister. Quelqu’un qui, si vous lui manquiez, retomberait dans les ténèbres et le dégoût d’être. Et cet but-là ne passe-t-il pas la recherche de l’illustration ou de la richesse ?

E. Armand

2 juillet 1942.

What We Can Do

We can court glory, wait for an audience in the salons of the renowned, earn and collect, by flattering their manias, the applause of the crowd; we can, by bowing very low, pick up honors, distinctions and notoriety, pass all our days growing in the shadow of the great ones of this world, finding the purpose of our lives only in creating a hum around ourselves and taking pleasure only in the search for celebrity, even if it is unwholesome!

We can have, as the goal of our efforts, nothing but to do good business, to sacrifice every other consideration to the accumulation of bank notes, consider beings, beasts and things only from the point of view of the profit that we can draw from them, to be ready to sacrifice each and all on the altar of our pecuniary interest, to seat blood and water, to labor through the day and stay awake at night in order to fill our coffers, to be hounded even in our dreams by the lure of money!

But we can also quite simply assign as the aim of our existence to make happy someone whom destiny, as if by chance, has placed in our path, someone who moped, bitter and tormented, in the shadows, and whom our encounter has brought out of the darkness. Someone for whom you are the sunny sky, starry night, understanding of life and joy in existing. Someone who, if you were not there for them, would fall back into darkness and disgust with being. And wouldn’t that aim surpass the search for fame or for wealth?

E. Armand

July 2, 1942.


No. 12 (July, 1946)

« L’Unique » type du nouvel Adam ?

(à propos des remarques de L. Rigaud)

Dans un entrefilet publié dans les « Trois mots aux amis » (no10 de l’Unique) j’avais considéré Stirner et Nietzsche comme de grands idéalistes et le « Surhomme » et « l’Unique » comme des idéaux. Le camarade L. Rigaud m’écrit à ce sujet :

« Tandis que par sa vigoureuse et radicale critique, « L’Unique » de Stirner veut exprimer la constatation d’une réalité : l’individu ― le héros et son culte de Carlyle ainsi que le surhumain, l’homme représentatif d’Emerson, marquent des appréciations ou des interprétations de l’Uebermensch nietzschéen, de simples aspirations enveloppées d’un lyrisme superbe, magnifique : tout cela n’est que pure conception idéale en somme.

« Pourquoi ne pas considérer biologiquement le surhomme, ne pas entrevoir, dans l’échelle ontologique l’être en futurition, aussi supérieurement éloigné de l’humanité (suranimal)que celle-ci l’est de l’animal, etc. »

Je ne vois aucun inconvénient à considérer l’Unique comme l’être destiné à succéder à l’homme actuel, comme l’Adam futur, mais on reconnaîtra que pour le moment ceci reste une vue de l’esprit, car Stirner ne s’est pas préoccupé de l’individu, considéré au point de vue biologique, il nous a proposé un être idéal qu’il voudrait débarrassé de toutes sortes de servitudes spirituelles et morales. Rien donc ne nous prouve que l’être du devenir ressemblerait à celui voulu par Stirner, dont en tout cas, il différerait par l’acquis de connaissances nouvelles.

Stirner, lui-même, ne s’est pas montré, dans la vie quotidienne, un surhomme ― « ni en bien ni en mal ». En dépit de ses outrances, de sa véhémence, de son intransigeance, de sa causticité, ce ne fut « ni un ange ni un démon ». Il a marqué son passage, son court passage, par aucun crime, aucune aventure extraordinaire, aucun exploit hors série, se débrouillant plus ou moins mal au cours de son existence quotidienne ― plutôt mal que bien.

Il reste l’homme qui a écrit « L’Unique et sa Propriété » et nous ne lui en demandons pas davantage. Il nous a conviés à nous dégager des entraves et des pièges des idées du libéralisme bourgeois, puis ayant rejeté ces chaînes, à nous replier sur nous-mêmes, à conclure, enfin à prendre une résolution.

C’est ce que nous avons fait, du moins ceux d’entre nous qui nous sommes donné la peine de réfléchir ; nous nous sommes décidés pour ce qui nous paraissait propre à tirer de notre « moi » le maximum de rendement, même si sur plusieurs ou de nombreux points, nous n’opinions pas comme Stirner lui-même.

Si c’est ce qu’il faut attendre de l’Adam futur (?) ― toutes proportions gardées ―nous y souscrivons volontiers.

E. Armand

TRANSLATION


No. 16 (December, 1946)

La mentalité nouvelle

Ce qui distingue le monde ou l’humanité individualiste an-archiste, c’est qu’il ne consacre pas l’avènement d’un parti — économique, politique, religieux ― d’une classe sociale ou intellectuelle — d’une aristocratie, d’une élite, d’une dictature. Ce monde, cette humanité n’existe qu’en fonction d’une mentalité nouvelle, d’une conception autre que celle qui domine dans la société archiste, d’une façon différente de situer l’unité humaine dans le milieu humain.

La grande, l’ineffaçable caractéristique de cette mentalité nouvelle, c’est la place qu’elle fait à l’unité humaine, considérée comme base de toute activité, de toute réalisation sociale ― à la personne humaine envisagée dans toutes les situations comme intangible, comme inviolable. C’est l’impossibilité absolue pour le social d’opprimer ou de brimer l’individuel. C’est, dans les rapports de toute nature qu’ils peuvent entretenir les uns avec les autres, la mise sur le même pied, à un niveau semblable, des collectivités et des isolés, des totalités et des unités. Autrement dit l’assurance qu’aucun désavantage ou infériorité — en matière d’accords, de tractations, d’ententes, de contrats ou autres ― ne pourra résulter pour la personne humaine du fait de vivre, évoluer, produire ou consommer isolément.

Aucune humanité ne sera du goût de l’individualiste an-archiste si elle ne se fonde pas sur cette « mentalité nouvelle ».

E. Armand

The New Mentality

What distinguishes the world or humanity of the an-archist individualists is that it does not sanction the advent of a party — whether political, economic or religious ― of a social or intellectual class — of an aristocracy, an elite or a dictatorship. This world, this humanity only exists as a function of a new mentality of another conception than that which dominates archist society, of a different means of situating the human unity in the human milieu.

The major and indelible characteristic of that new mentality is the place that it makes for the human unity, considered as the basis of all activity, of every social achievement ― the the human person, considered in all situations as intangible, as inviolable. It is the absolute impossibility for the social of oppressing or bullying the individual. It is, in the relations of every nature that they can maintain with one another, a matter of placing on the same footing, on a similar level, collectivities and isolated individuals, totalities and unities. In other words, it is the assurance that no disadvantage or inferiority — in matters of agreements, negotiations, ententes, contracts, etc. ― could result for the human person from the fact of living, evolving, producing or consuming in isolation.

No humanity will be to the taste of the an-archist individualist if it is not based on that “new mentality.”

E. Armand


 

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