1858 FRENCH
1858 ENGLISH
1860 ENGLISH
1860 FRENCH
SEPTIÈME ÉTUDE
Les Idées.
Argument. — Dès l’origine de la civilisation, les hommes ont conçu la vérité et la loi des choses comme étant d’essence supérieure à la lumière individuelle, que le sens intime et la pratique de la vie dénoncent à chaque instant comme trouble et contradictoire. Aussi l’autorité privée fut-elle de tout temps suspecte, et l’on a cherché la raison générale ou la certitude, tantôt dans des révélations et des oracles, tantôt dans le consentement spontané ou réfléchi des peuples, plus tard dans la méditation métaphysique, enfin, et en désespoir de cause, dans l’observation et l’expérience. Tout faisait une loi de cette recherche : l’opposition des intérêts, le mensonge des formules, les variations sans fin du législateur, l’interprétation plus variable encore du juge, les incertitudes des philosophes, la contradiction sans cesse renaissante entre les institutions d’une part, et l’expérience quotidienne de l’autre. Après l’ignorance des lois de la Justice économique, politique et industrielle, l’ignorance des conditions de la raison générale est la plus grande cause de démoralisation qui afflige le genre humain. Insuffisance des garanties proposées : corruption de la science et de la raison publique par l’autorité ecclésiastique ; scepticisme universel, pacte de mensonge, tyrannie de l’absolu. — La Révolution fait la lumière au sein de ces ténèbres : après avoir déterminé l’objet positif et la circonscription de la métaphysique, elle affirme la réalité de la raison collective, sa distinction spécifique d’avec la raison individuelle, et, sur les ruines de l’immoralité probabiliste, fonde l’édifice indestructible de la foi publique.
SEVENTH STUDY
Ideas.
Argument. — From the origin of civilization, men have conceived the truth and the law of things as being superior in essence to individual insight, which the intimate sense and practice of life denounce at every moment as confused and contradictory. So private authority has always been suspect, and general reason or certainty has been sought, sometimes in revelations and oracles, sometimes in the spontaneous or reflective consent of peoples, later in metaphysical meditation and, finally, and in desperation, in observation and experience. Everything made a law of this search: the opposition of interests, the lying qualities of formulas, the endless variations of the legislator, the even more variable interpretation of the judge, the uncertainties of the philosophers, the constantly recurring contradiction between institutions, on one hand, and everyday experience on the other. After the ignorance of the laws of economic, political and industrial justice, ignorance of the conditions of general reason is the greatest cause of demoralization afflicting the human race. Insufficiency of the guarantees proposed: corruption of science and public reason by ecclesiastical authority; universal skepticism, pact of lies, tyranny of the absolute. — The Revolution shines a light at the heart of this darkness: after having determined the positive object and domain of metaphysics, it affirms the reality of collective reason, its specific distinction from individual reason, and, on the ruins of probabilistic immorality, founds the indestructible edifice of public faith.
Monseigneur,
Jésus répond aux pharisiens qui l’interrogent sur la femme adultère : « Que celui d’entre vous qui est sans péché lui jette le premier la pierre. »
Je ne puis pas, parlant pour moi pécheur, vous tenir à vous archevêque, qui non content d’inculper mes idées jetez le soupçon sur mes mœurs, le langage que le Saint des saints, défendant une pécheresse, se permettait vis-à-vis des pharisiens hypocrites et fornicateurs. Je ne vous accuse donc de péché ni vous ni aucun de vos collègues dans le sacerdoce ; je crois votre vie aussi pure que votre foi, et m’abstiens de toute récrimination. Odiosa restringenda. Vous m’avez frappé dans ma personne : je n’use pas de représailles.
Mais voici ce que je vous dis à tous, pontifes du Très-Haut : Que celui d’entre vous qui sait la loi me jette la pierre !……
Oui, je consens à toute honte, si vous me prouvez que l’Église connaît la Justice, et qu’ayant été élevé dans son sein, c’est par ma faute, ma seule faute, et ma très-grande faute, que j’ai été coupable ; je veux, dis-je, être humilié, châtié, flétri, comme si j’étais l’unique et le premier prévaricateur.
Mais vous ne savez rien de la loi ni du droit. Sur toutes les choses de la vie humaine vous manquez de principes et de règles. Je vous l’ai déjà cinq fois prouvé ; permettez qu’au commencement de cette Étude je vous le rappelle.
En ce qui touche les Personnes, vous n’avez point de morale. Votre Décalogue n’est qu’une énumération de catégories ; votre Évangile un recueil de paraboles ; votre charité le premier bégaiement de la Justice. Bien loin que vous possédiez une théorie du droit personnel, votre dogme y répugne, et sur ce dogme l’Église, ayant fondé sa hiérarchie et sa discipline, vos intérêts sacerdotaux s’y opposent.
En ce qui concerne les Biens, vous n’avez point de morale : votre dogme y répugne, et vos intérêts s’y opposent.
Sur le Gouvernement, vous n’avez point de morale : votre dogme y répugne, et vos intérêts s’y opposent.
Sur l’Éducation, vous n’avez point de morale : votre dogme y répugne, et vos intérêts s’y opposent.
Sur le Travail, vous n’avez point de morale : votre dogme y répugne, et vos intérêts s’y opposent.
Et je vais vous montrer que pour ce qui regarde les Idées, vous n’avez pas non plus de morale ; qu’en ceci, comme en tout le reste, vos maximes se réduisent au pur arbitraire ; que l’application de la Justice à l’intelligence est incompatible avec votre dogme, et que votre intérêt le plus précieux s’y oppose.
Eh quoi ! vous écriez-vous, une morale des idées ! Qu’est-ce que cela ? Oncques n’entendîmes parler de morale en telle affaire. Que peut-il y avoir de commun entre les préceptes de la conscience et les conceptions de l’entendement ? Ce qui entre dans le cerveau n’est pas ce qui souille l’homme, mais seulement ce qui sort du cœur. Allez-vous prétendre que la logique, la métaphysique, la dialectique, sont des branches de la morale ?……
Patience, Monseigneur ; vous allez voir de quoi il s’agit. C’est une découverte de la Révolution. Cela ne s’apprend pas au séminaire, et sent mauvais à l’archevêché.
Monsignor,
Jesus replied to the Pharisees who questioned him about the adulteress: “Let he among you who is without sin cast the first stone at her.”
Speaking for myself, as a sinner, I cannot use this language, which the holiest of the holy, defending a sinner, allowed himself to use towards the hypocritical and fornicating Pharisees, with regard to you, an archbishop who, not content to indict my ideas, casts suspicion on my morals. I do not therefore accuse you or any of your colleagues in the priesthood of sin; I believe your life to be as pure as your faith, and abstain from any recrimination. Odiosa restringenda. You strike me in my person: I shall make no reprisal in kind.
But here is what I will say to you all, pontiffs of the Most High: Let he among you who knows the law cast the stone at me!
Yes, I will consent to any shame, if you can prove to me that the Church knows Justice, and, having been raised in her bosom, I would say that it is through my own fault, my fault alone and my very great fault that I have been guilty; I wish, I say, to be humiliated, punished, chastised, as if I were the first and only prevaricator.
But you know nothing of law or of right. With regard to all aspects of life, you lack principles and rules. I have already proven this five times over; allow me, at the beginning of this study, to remind you of this.
With respect to Persons, you have no moral principles. Your Decalogue is only an enumeration of categories, your Gospel a collection of parables, your charity merely the first stammering of Justice. Far from possessing a theory of individual right, your dogma is repugnant to it; and since the Church has based its hierarchy and discipline upon that dogma, your priestly interests oppose it.
Regarding Goods, you have no morals: your dogma recoils from them, and your interests are opposed to them.
In matters of Government, you have no morals: your dogma recoils from them, and your interests are opposed to them.
In matters of Education, you have no morals: your dogma recoils from them, and your interests are opposed to them.
In matters of Labor, you have no morals: your dogma recoils from them, and your interests are opposed to them.
And I will show you that with regard to Ideas, you have no more morals; that in this, as in everything else, your maxims reduce to pure arbitrariness; that the application of Justice to the intellect is incompatible with your dogma, and that your most valued interests oppose it.
“What!” you cry, “a morality of ideas! What is this? We have never heard morality spoken of in such a connection. What could the precepts of the conscience and the conceptions of intellect have in common? That which enters the brain is not what pollutes man, only that which comes from the heart. Will you argue that logic, metaphysics and dialectics are all branches of morality?”
Patience, Monsignor, and you shall see what this is all about. It is a discovery of the Revolution. It cannot be taught in the seminary, and the archbishop would turn up his nose at it.
Monsignor,
Jesus replied to the Pharisees who questioned him about the adulteress: “Let he among you who is without sin cast the first stone at her.”
Speaking for myself, as a sinner, I cannot use this language, which the holiest of the holy, defending a sinner, allowed himself to use towards the hypocritical and fornicating Pharisees, with regard to you, an archbishop who, not content to indict my ideas, casts suspicion on my morals. I do not therefore accuse you or any of your colleagues in the priesthood of sin; I believe your life to be as pure as your faith, and abstain from any recrimination. Odiosa restringenda. You strike me in my person: I shall make no reprisal in kind.
But here is what I will say to you all, pontiffs of the Most High: Let he among you who knows the law cast the stone at me!
Yes, I will consent to any shame, if you can prove to me that the Church knows Justice, and, having been raised in her bosom, I would say that it is through my own fault, my fault alone and my very great fault that I have been guilty; I wish, I say, to be humiliated, punished, chastised, as if I were the first and only prevaricator.
But you know nothing of law or of right. With regard to all aspects of life, you lack principles and rules. I have already proven this five times over; allow me, at the beginning of this study, to remind you of this.
With respect to Persons, you have no moral principles. Your Decalogue is only an enumeration of categories, your Gospel a collection of parables, your charity merely the first stammering of Justice. Far from possessing a theory of individual right, your dogma recoils from it, and the Church having founded its hierarchy and its discipline on this dogma, your priestly interests oppose any theory that would contradict it.
Regarding Goods, you have no morals: your dogma recoils from them, and your interests are opposed to them.
In matters of Government, you have no morals: your dogma recoils from them, and your interests are opposed to them.
In matters of Education, you have no morals: your dogma recoils from them, and your interests are opposed to them.
In matters of Labor, you have no morals: your dogma recoils from them, and your interests are opposed to them.
And I will show you that with regard to Ideas, you have no more morals; that in this, as in everything else, your maxims reduce to pure arbitrariness; that the application of Justice to the intellect is incompatible with your dogma, and that your most valued interests oppose it.
“What!” you cry, “a morality of ideas! What is this? We have never heard morality spoken of in such a connection. What could the precepts of the conscience and the conceptions of intellect have in common? That which enters the brain is not what pollutes man, only that which comes from the heart. Will you argue that logic, metaphysics and dialectics are all branches of morality?”
Patience, Monsignor, and you shall see what this is all about. It is a discovery of the Revolution. It cannot be taught in the seminary, and the archbishop would turn up his nose at it.
Monseigneur,
Jésus répond aux pharisiens qui l’interrogent sur la femme adultère : « Que celui d’entre vous qui est sans péché lui jette le premier la pierre. »
Je ne puis pas, parlant pour moi pécheur, vous tenir à vous archevêque, qui non content d’inculper mes idées jetez le soupçon sur mes mœurs, le langage que le Saint des saints, défendant une pécheresse, se permettait vis-à-vis des pharisiens hypocrites et fornicateurs. Je ne vous accuse donc de péché ni vous ni aucun de vos collègues dans le sacerdoce; je crois votre vie aussi pure que votre foi, et m’abstiens de toute récrimination. Odiosa restringenda. Vous m’avez frappé dans ma personne : je n’use pas de représailles.
Mais voici ce que je vous dis à tous, pontifes du TrèsHaut : Que celui d’entre vous qui sait la loi me jette la pierre.
Oui, je consens à toute honte, si vous me prouvez que l’Église connaît la Justice, et qu’ayant été élevé dans son sein, c’est par ma faute, par ma seule faute, et par ma très-grande faute, que j’ai été coupable; je veux, dis-je, être humilié, châtié, flétri, comme si j’étais l’unique et le premier prévaricateur.
Mais vous ne savez rien de la loi ni du droit. Sur toutes les choses de la vie humaine vous manquez de principes et de règles. Je vous l’ai déjà cinq fois prouvé; permettez qu’au commencement de cette Étude je vous le rappelle.
En ce qui touche les Personnes, vous n’avez point de morale. Votre Décalogue n’est qu’une énumération de catégories, votre Évangile un recueil de paraboles, votre charité le premier bégaiement de la Justice. Bien loin que vous possédiez une théorie du droit personnel, votre dogme y répugne, et l’Église ayant fondé sur ce dogme sa hiérarchie et sa discipline, vos intérêts sacerdotaux s’opposent à toute théorie qui le contredirait.
En ce qui concerne les Biens, vous n’avez point de morale : votre dogme y répugne, et vos intérêts s’y opposent.
Sur le Gouvernement, vous n’avez point de morale : votre dogme y répugne, et vos intérêts s’y opposent.
Sur l’Éducation, vous n’avez point de morale : votre dogme y répugne, et vos intérêts s’y opposent.
Sur le Travail, vous n’avez point de morale : votre dogme y répugne, et vos intérêts s’y opposent.
Et je vais vous montrer que pour ce qui regarde les Idées, vous n’avez pas non plus de morale; qu’en ceci, comme en tout le reste, vos maximes se réduisent au pur arbitraire ; que l’application de la Justice à l’intelligence est incompatible avec votre dogme, et que votre intérêt le plus précieux s’y oppose.
Eh quoi! vous écriez-vous, une morale des idées! Qu’est-ce que cela? Onques n’entendîmes parler de morale en telle affaire. Que peut-il y avoir de commun entre les préceptes de la conscience et les conceptions de l’entendement? Ce qui entre dans le cerveau n’est pas ce qui souille l’homme, mais seulement ce qui sort du cœur. Allez-vous prétendre que la logique, la métaphysique, la dialectique, sont des branches de la morale?
Patience, Monseigneur; vous allez voir de quoi il s’agit. C’est une découverte de la Révolution. Cela ne s’apprend pas au séminaire, et sent mauvais à l’achevêché.
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