Prosper Enfantin, “The Priest—Male and Female” (1831)

ORGANISATION RELIGIEUSE.

LE PRÊTRE. — L’HOMME ET LA FEMME.

(18 juin 1831.)

Le but commun de la société est le progrès moral, intellectuel et physique des associés.

L’ association se compose d’artistes, de savants et d’industriels.

Les chefs sont les premiers artistes, les premiers savants, les premiers industriels.

Nous avons parlé de l’organisation industrielle et de l’organisation scientifique ; nous avons dit ce que devaient être les administrateurs des intérêts matériels et intellectuels d’une société constituée conformément à cette Charte nouvelle, à cette loi donnée par Saint-Simon, qui veut que toutes les institutions sociales aient pour but l’amélioration du sort moral, physique et intellectuel de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre. Il nous reste donc à parler des hommes qui excitent et renouvellent les sympathies, qui dirigent, harmonisent, unissent tous les membres du corps social ; parlons du prêtre.

ORGANISATION RELIGIEUSE.

LE PRÊTRE. — L’HOMME ET LA FEMME.

(18 juin 1831.)

The common goal of the society is the moral, intellectual and physical progress of the associates.

The association is made up of artists, scholars and industrialists.

The leaders are the leading artists, the leading scholars, the leading industrialists.

We have spoken of industrial organization and scientific organization. We have spoken of the qualifications of the administrators of the material and intellectual interests of a society constituted in accordance with this new Charter, with this law given by Saint-Simon, which requires that all social institutions have as their goal the improvement of the moral, physical and intellectual condition of the poorest and most numerous class.It therefore remains for us to speak of the men who will excite and renew sympathies, who direct, harmonize and unite all the members of the social body. Let us speak about the priest.

LE PRÊTRE.

Déjà précédemment (pag. 128) nous avons dit que nous désignions par le nom de prêtre l’homme qui, par ses pensées et ses actes, par la moralité de sa vie entière, inspire les sentiments généreux, éveille les sympathies. Il ordonne, il lie les autres hommes, et il les relie autour de lui; voilà pourquoi il est l’homme religieux par excellence, il est prêtre selon l’ordre Saint-Simonien.

Ce nom de prêtre est devenu si légitimement de nos jours un épouvantail, que nous devons nous expliquer clairement et avec quelques détails, afin d’éloigner les fausses interprétations, et de dissiper la confusion qui pourrait s’établir entre le prêtre Saint-Simonien et tout autre ministre des religions qui meurent autour de nous.

Vous tous qui nous lisez, prêtez-nous donc une scrupuleuse attention; ne nous jugez pas trop vite sur le nom; et d’abord apprenez pourquoi nous croyons devoir nous en servir encore, malgré les légitimes antipathies ou les superstitions vaines qui peuvent nous accuser de bigoterie ou de sacrilège.

Quels sont les hommes, dans le monde actuel, qui ont mission officielle, reconnue, d’enseigner publiquement la morale? Comment se nomment ceux qui consacrent, pour l’immense majorité des Français eux-mêmes, la naissance, le mariage et la mort, ces trois grandes phases de la vie humaine? Et dans le passé, quels sont les hommes qui ont prêché la fraternité, à l’esclave comme au maître; qui ont affranchi l’un et adouci la brutalité guerrière de l’autre ; qui ont fondé une société où les droits de la naissance n’étaient comptés pour rien, puisque sans révolutions, sans désordres, le pâtre pouvait monter au premier rang de la hiérarchie? Comment se nomment ceux qui, lorsque Rome guerrière n’imposait plus au monde sa loi de sang, pacifièrent, désarmèrent les barbares qui ravageaient l’Europe, et transformèrent le trône des Césars en une chaire qui lançait encore la foudre, mais qui du moins ne fondait plus sa puissance et sa gloire sur l’épée? Enfin quel est le mot de notre langue qui est assez fort pour ne pas être écrasé par celui de Roi, si ce n’est le nom de prêtre?

Or nous parlons de l’homme qui sera le plus grand, le plus aimé et le plus aimant, du véritable chef et non du despote; de celui qui commande parce qu’il persuade et attire, et non parce qu’il contraint et enchaine ; de celui qui donne à tous l’amour et la vie, jamais la haine et la mort; de celui pour qui chacun est prêt à dévouer ses jours, et dont tous les instants sont consacrés au bonheur de tous.

Et ne vous écriez pas : « Ceci est un ange et non point un homme ! » C’est un homme, vous dis-je ; croyez-en ceux qui, dans un monde de doute et d’égoïsme, ont eu assez de foi et d’amour pour s’entourer de disciples, dont le dévouement ferait pâlir les plus vives affections filiales que vous puissiez connaître.

Humanité ! tu n’as pas de Dieu ; tu n’as pas de prêtres ; tes seigneurs ont courbé la tête, et tu les a foulés aux pieds ; ta main puissante á renversé la tour du château, le clocher de l’église; elle a promené le niveau de l’égalité sur tous tes enfants : mais aussi où sont tes héros, tes grands hommes, où sont les chants du poète qui célèbre ton honneur et ta gloire ? Tu n’as plus foi en toi, et tes fils ne veulent plus croire que dans leur sein battent encore des cœurs d’hommes. A qui leur parle d’amour, ils répondent : « Mensonge ! » et quand Saint-Simon leur annonce qu’ils auront des chefs qui seront aimants et aimés, ils s’écrient : « Mais ce seraient des anges ! »

Non, ce seront des hommes dont la parole fera battre vos cœurs; ils vous diront les destinées de la cité, de la patrie, de la grande famille humaine; ils vous donneront la vie en vous montrant comment on aime; ils vous dirigeront vers un avenir qui vous semblera beau, sublime, divin, et vous les glorifierez de l’avoir découvert avant vous, et vous les bénirez de vous l’avoir révélé.

Voilà les hommes que nous nommons encore prêtres, parce que nous ne connaissons pas de nom plus grand, et surtout parce qu’il nous permet de relier l’avenir que nous annonçons au passé tout entier.

Et maintenant nous vous disons que ce ne sont point des prêtres de Thebes et de Memphis; que notre sacerdoce n’est pas celui de Moïse; qúe notre clergé n’est point le clergé chrétien; enfin que la figure du prêtre ne fut que grossièrement ébauchée par l’antiquité, en Egypte et dans l’Inde, en Grèce et dans la Judée même ; que le Christ a voilé les formes orgueilleuses et brutales du prêtre antique sous des nuages de mysticisme et d’abstinence ; qu’il a dû dire, portant sa croix, flagellé, mortifié dans tous les points de sa chair : Ecce homo; mais que ce n’est point là l’homme, le prêtre de l’avenir.

Plus fier et plus ardent que le prêtre du Dieu des armées de Jéhovah, que le ministre du culte sanglant de Mars et de Bellone; mais aussi plus tendre, plus compatissant qu’un apôtre de la loi sévère du Christ, de cette loi qui a des peines éternelles, et qui menace sans cesse l’homme de lui ôter jusqu’à l’espérance ; embrassant dans son amour, non un seul peuple, une seule race, mais l’humanité entière; non un seul aspect de l’être , l’esprit, mais aussi la chair, sanctifiée par la paix dans le monde, comme l’esprit le fut par la paix dans l’église ; plus glorieux que César, plus humble que l’infaillible vicaire du Christ; plus aimant qu’eux, car il est le père spirituel ET temporel de tous les hommes, voilà le PONTIFE-ROI de l’avenir, voilà le prêtre : ECCE HOMO!

Le prêtre de la cité païenne avait toujours un ennemi, une victime à sacrifier, une hostie, l’étranger; le prêtre chrétien avait aussi une hostie, un sacrifice, un ennemi. Mais ce n’était point le prochain qui était la victime vouée à la mort : c’était l’homme lui-même, c’était ce démon intérieur toujours présent, qu’il fallait mortifier, flageller, crucifier. Le jour du sacrifice extérieur et intérieur, materiel et spirituel, va finir, et avec lui la guerre, l’esclavage, les castes privilégiées, la domination de la femme par l’homme, et le mensonge du sacerdoce païen à la secrète doctrine, et l’illusion du prêtre chrétien à la foi incomplète, et le despotisme des chefs, et la servilité des inférieurs.

Voici une autorité vraiment sainte et une sainte liberté ; car le pouvoir est aux mains de celui qui fait aimer à tous la famille, la cité, l’état, l’humanité, le monde, DIEU ; c’est lui qui gouverne, puisque c’est lui surtout que l’on aime.

Spirituel et temporel, l’église embrasse-tout, avons-nous dit; expliquons encore ces mots, qui rappellent deux puissances rivales, deux glaives toujours prêts à se croiser, deux principes inconciliables : un Dieu pur esprit et un monde de chair corrompue.

Le prêtre lie le spirituel et le temporel, l’esprit et la chair , c’est-à-dire qu’il unit la science et l’industrie dans un même désir de progrès pour l’humanité. Il veut que le champ des connaissances humaines s’étende, que l’intelligence de tous soit cultivée, élevée; et il vent aussi que le globe et l’homme s’enrichissent et s’embellissent.

Le clergé a donc pour mission de rappeler aux hommes de la pensée comme à ceux de l’action qu’ils sont incomplets l’un sans l’autre ; de faciliter leur union, de les rapprocher ; d’harmoniser les travaux théoriques et les travaux pratiques. Le prêtre est un enseignement vivant de l’alliance définitive par laquelle cette éternelle guerre des deux mondes doit cesser.

THE PRIEST.

Already previously (page 128) we have said that we designate by the name of priest the man who, through his thoughts and his acts, through the morality of his whole life, inspires generous sentiments, arouses sympathies. He organizes, he links other men, and he binds them around him; this is why he is the religious man par excellence, he is a priest according to the Saint-Simonian order.

This name of priest has become so legitimately a bogeyman today that we must explain ourselves clearly and with a few details, in order to ward off false interpretations and to dissipate the confusion that could arise between the priest Saint-Simonian and all the other ministers of the religions that are dying around us.

All of you who read this, therefore, give us your careful attention; don’t judge us too quickly on the basis of the name; and first learn why we believe we should still use it, despite the legitimate antipathies or vain superstitions that might accuse us of bigotry or sacrilege.

Who are the men, in the present world, who have an official, recognized mission to teach morals to the public? What are the names of those who consecrate, for the immense majority of the French themselves, birth, marriage and death, these three great phases of human life? And in the past, who were the men who preached fraternity, to the slave as to the master; who freed one and softened the warlike brutality of the other; who founded a society where the rights of birth were counted for nothing, since without revolutions, without disorders, the shepherd could rise to the highest rank of the hierarchy? What are the names of those who, when warlike Rome no longer imposed its bloody law on the world, pacified and disarmed the barbarians who ravaged Europe, and transformed the throne of the Caesars into a pulpit which still hurled thunderbolts, but which at least no longer based its power and glory on the sword? Finally, what word in our language is strong enough not to be crushed by that of king, if not the name of priest?

Now we are talking about the man who will be the greatest, the most loved and the most loving, of the true leader and not of the despot; of the one who commands because he persuades and attracts, and not because he constrains and enchains; of him who gives love and life to all, never hatred and death; of the one for whom everyone is ready to devote his days, and whose every moment is consecrated to the happiness of all.

And don’t cry out, “This is an angel and not a man!” He is a man, I tell you. Believe those who, in a world of doubt and selfishness, have had enough faith and love to surround themselves with disciples, whose devotion would make the most lively filial affections that you can know pale.

Humanity! you have no God; you have no priests. Your lords bowed their heads, and you trampled them underfoot. Your mighty hand has toppled the tower of the castle, the steeple of the church; it has run the level of equality over all your children. But, at the same time, where are your heroes, your great men? Where are the songs of the poet who celebrates your honor and your glory? You no longer have faith in yourself, and your sons no longer want to believe that in their bosoms the hearts of men are still beating. To whomever speaks to them of love, they answer: “Lie! And when Saint-Simon announces to them that they will have leaders who will be loving and loved, they exclaim: “But they would be angels!”

No, they will be men whose word will make your heart beat faster; they will tell you the destinies of the city, of the country, of the great human family; they will give you life by showing you how to love; they will direct you towards a future which will seem to you beautiful, sublime, divine, and you will glorify them for having discovered it before you, and you will bless them for having revealed it to you.

These are the men whom we still call priests, because we know of no greater name, and above all because it allows us to bind the future that we are announcing to the entire past.

And now we tell you that they are not the priests of Thebes and Memphis; that our priesthood is not that of Moses; that our clergy is not the Christian clergy; finally, that the figure of the priest was only roughly outlined by antiquity, in Egypt and India, in Greece and even in Judea; that Christ veiled the proud and brutal forms of the ancient priest under clouds of mysticism and abstinence; that he had to say, carrying his cross, scourged, mortified at every point of his flesh: Ecce homo — but that this is not the man, the priest of the future.

Prouder and more ardent than the priest of the God of the armies of Jehovah, than the minister of the bloody worship of Mars and Bellona, but also more tender, more compassionate than an apostle of the severe law of Christ, of this law which has eternal punishments, and which ceaselessly threatens to take from man even his hope; embracing in his love, not a single people, a single race, but all humanity; not a single aspect of the being, the spirit, but also the flesh, sanctified by peace in the world, as the spirit was by peace in the church; more glorious than Caesar, more humble than the infallible Vicar of Christ; more loving than them, for he is the spiritual AND temporal father of all men, here is the PONTIFF-KING of the future, here is the priest: ECCE HOMO!

The priest of the pagan city always had an enemy, a victim to sacrifice, a hostia, the stranger; the Christian priest also had a host, a sacrifice, an enemy. But it was not the neighbor who was the victim doomed to death: it was the man himself, it was this internal demon, always present, who had to be mortified, scourged, crucified. The day of the sacrifice, external and internal, material and spiritual, will end, and with it war, slavery, privileged castes, the domination of women by men, and the lie of the pagan priesthood with its secret doctrine, and the illusion of the Christian priest with incomplete faith, and the despotism of the leaders, and the servility of the inferiors.

Here is truly holy authority and holy liberty; for the power is in the hands of him who makes everyone love the family, the city, the state, humanity, the world, GOD; it is he who governs, since it is he above all whom we love.

Spiritual and temporal, the all-embracing church, we said; let us further explain these words, which recall two rival powers, two swords always ready to cross, two irreconcilable principles: a pure spirit God and a world of corrupt flesh.

The priest binds the spiritual and the temporal, the spirit and the flesh, that is to say, he unites science and industry in the same desire for progress for humanity. He wants the field of human knowledge to expand, for everyone’s intelligence to be cultivated, elevated; and it also winds that the globe and man are enriched and embellished.

The clergy therefore has the mission of reminding men of thought as well as those of action that they are incomplete one without the other; to facilitate their union, to bring them closer; to harmonize theoretical work and practical work. The priest is a living teaching of the definitive alliance by which this eternal war between the two worlds must end.

AUX FEMMES

Et voilà pourquoi, FEMMES, nous vous disons que vous avez place dans le temple, que l’heure de votre affranchissement définitif a sonné, que votre seigneur est devenu votre époux.

Filles d’Eve et de Marie, Dieu ne dit plus à la femme: « Celle-ci s’appellera d’un nom qui marque l’homme, parce qu’elle a été prise de l’homme (1), elle sera sous la puissance de son époux qui la dominera » (2); il ne lui dit plus : « L’homme n’a pas été créé pour toi, mais toi pour l’homme (3) ; il est l’image et la gloire de Dieu, mais toi tu n’es que la gloire de l’homme (4): porte sur la tête le signe de la puissance qu’il a sur toi (5); voile-toi et fais silence (6) ; ton maître parle, il est seul à l’autel. »

Filles d’Ève et de Marie, vous fûtes les mères (7) et les soeurs de l’homme ; par Saint-Simon vous trouverez enfin un ÉPOUX. Mères, vous fûtes esclaves : trompées dans votre chair par l’esprit tentateur, votre maternité fut un châtiment; vierges, vous fûtes rachetées dans votre chair par l’esprit saint, et si vous trouvâtes grâce devant votre seigneur (5), vous ne fûtes affranchies de la servitude du monde que par la solitude du cloitre. Filles d’Eve! l’homme n’est plus pour vous un maître; filles de Marie ! vos enfants ne vous diront plus : « Femme, qu’y a-t-il de commun entre vous et moi » (8)? Jésus est venu accomplir l’antique pro messe ; il a brisé la tête du serpent (9), car il a vaincu le monde, et Satan, et César ; mais Saint-Simon, qui n’est pas venu briser et vaincre, qui n’apporte pas l’épée et la guerre, mais la paix et l’amour, Saint-Simon réalise pour vous les promesses de Jésus et de Moïse.

Saintes traditions, vous ne serez jamais épuisées ; vous grandissez sans cesse pour le prophète. Gloire à Saint-Simon ! par lui l’humanité sait ce que Moïse ne pouvait dire aux Hébreux (10), ce que les apôtres du Christ eux-mêmes ne pouvaient porter (11).

Femmes! votre seigneur, l’homme fort, jaloux et vengeur, l’homme des armées, vous tenait en servitude; pour vous sauver de la brutalité de votre maitre, le mystique époux, l’agneau de Dieu, vous sépara l’un de l’autre. « Voilà l’os de mes os et la chair de ma chair (12), nous sommes deux dans une seule chair » (13), avait dit votre maitre ; et cependant, à cette dure communion de la force et de la faiblesse , vint succéder l’extatique communion de l’esprit. « Je pardonne, mais je ne commande pas l’union , dit l’apôtre (14); je crois même, à cause des nécessités de la vie présente, qu’il est avantageux à l’homme de ne se point marier » (15).

Ces nécessités de la vie présente, les voici : il fallait se séparer d’un monde sanguinaire, livré à la brutalité, rompre avec ses passions, avec ses usages ; il fallait que l’élite de l’humanité donnât l’exemple de cette abstinence, de cette renonciation, et que, par une exagération sublime , elle brûlât ce que tous adoraient; il fallait que la femme ne fût plus l’inspiratrice des combats, le prix de la victoire, la parure du cirque, le jouet du guerrier; il fallait enfin que le feu purifiant, allumé par Vesta dans. Rome, fût porté par Marie sur tous les points de la terre.

Or le règne du glaive va cesser ; l’homme n’est plus, avant tout, un soldat ; les peuples ne se considèrent plus entre eux comme des ennemis naturels; la force ne suffit plus pour donner le droit ; la femme est encore mineure, mais elle n’est plus esclave ; et si, dans notre société sans foi commune , sans religion; dans notre société qui repousse à son tour les macerations du spiritualisme chrétien, de toutes parts on, aperçoit des retours vers la brutalité païenne ; si, après avoir délaissé l’autel de la Vierge, on élève en tous lieux des veaux d’or ; si les péchés capitaux, que foudroyait l’église du Christ, pullulent à chaque pas dans nos villes et jusque dans les champs; si le temple du Dieu pur esprit est désert, tandis que les pagodes et les idoles du grossier fétischiste se pressent dans nos rues et peuplent nos demeures; enfin si la chair se révolte contre l’anathème qui pesa si justement sur elle pendant dix-huit siècles, et si, dans sa révolte, elle est hideuse, repoussante , honteuse, gloire à Dieu ! qui par Saint- Simon nous révèle que si ce sont là les signes de la ruine d’un monde ancien, ce sont aussi ceux de la venue d’un monde nouveau.

« Oui elle tombe, elle tombe cette grande Babylone (16), toutes les nations ont bu le vin de sa furieuse prostitution, elles se sont enivrées de sa sanglante révolution, les rois de la terre se sont corrompus avec elle (17); elle tombe, mais voici un ciel nouveau et une terre nouvelle (18); voici le jour où les vivants et les morts seront jugés selon leurs oeuvres (19); réjouissons-nous et faisons éclater notre joie, rendons grâces à Dieu, parce que les noces de l’homme de sont venues, et que son épouse y est préparée (20). »

Prêtresse du Dieu vivant, le temple de l’avenir s’ouvre, l’homme n’est plus seul à l’autel ; reine d’amour, un trône nouveau s’élève, assieds-toi à la droite de ton époux et non de ton seigneur ; la saint famille humaine est fondée; mère, épouse et fille, le lien sacré de l’égalité t’unit au père, à l’époux et au fils.

COUPLE saint, divin symbole d’union de la sagesse et de la beauté, amoureuse ANDROGYNE, tu donneras la vie à l’esprit et à la matière, aux travaux de la science et à ceux de l’industrie. Par toi plus de guerre dans le monde, car tu l’embrasses tout entier dans ton amour ; par toi plus de despotes et d’esclaves, car tu ne commandes pas plus que tu n’obéis, tu es aimé et tu aimes ; couple saint, tu as cueilli le fruit de l’arbre de vie (21); pour toi plus de faute originelle, mais aussi par toi tous les privileges de naissance sont abolis, car c’est par l’amour seul que tu t’es formé, c’est par lui seul que se sont cherchées et unies les deux moitiés de ton être, et partout ce sera selon leur amour et non plus selon leur naissance que l’homme et la femme seront unis ! Vivante image de tout ce qui est, de DIEU, couple du progrès, un et multiple à la fois, tu portes dans ton sein et tu répands sur le monde le calme de ton puissant amour: tu sais modérer l’ardeur et réveiller la patience, joindre l’intelligence à la force, et la grâce à la raison ; d’une main tu pèses sur l’orgueil, de l’autre tu élèves l’humilité; tu écoutes le bruit des siècles passés, nulle tradition ne frappe en vain ton oreille ; et tu proclames les destinées de l’humanité et du monde, tu chantes l’éternelle prophétie.

FIN.

TO WOMEN

And this is why, WOMEN, we tell you that you have a place in the temple, that the hour of your final emancipation has come, that your lord has become your husband.

Daughters of Eve and Mary, God no longer says to woman: “This one will be called by a name that indicates the man, because she was taken from man (1), she will be under the power of her husband who will dominate her” (2); he no longer says to him: “Man was not created for you, but you for man (3); he is the image and glory of God, but you are only the glory of man (4); bear on your head the sign of the power he has over you (5); veil yourself and be silent (6); your master speaks, he is alone at the altar. »

Daughters of Eve and Mary, you were the mothers (7) and the sisters of man; through Saint-Simon you will finally find a HUSBAND. Mothers, you were slaves: deceived in your flesh by the spirit of temptation, your motherhood was a punishment; virgins, you were redeemed in your flesh by the holy spirit, and if you found favor before your lord (5), you were freed from the bondage of the world only through the solitude of the cloister. Daughters of Eve! Man is no longer a master for you. Daughters of Mary! Your children will no longer say to you: “Woman, what do you and me have in common” (8)? Jesus came to fulfill the ancient promise; he broke the head of the serpent (9), because he defeated the world, and Satan, and Caesar; but Saint-Simon, who did not come to break and conquer, who does not bring the sword and the war, but peace and love, Saint-Simon realizes for you the promises of Jesus and Moses.

Holy traditions, you will never be exhausted; you never stop growing for the prophet. Glory to Saint-Simon! through him humanity knows what Moses could not say to the Hebrews (10), what the apostles of Christ themselves could not bear (11).

Women! your lord, the strong, jealous and vengeful man, the man of armies, held you in servitude; to save you from the brutality of your master, the mystical husband, the lamb of God, separated you from each other. “Here is bone of my bones and flesh of my flesh (12), we are two in one flesh” (13), your master had said, and yet, this harsh communion of strength and weakness, will be succeeded by the ecstatic communion of the spirit. “I pardon, but I do not command union,” says the apostle (14); I even believe, because of the necessities of present life, that it is advantageous for man not to marry” (15).

These necessities of the present life, here they are: it was necessary to separate oneself from a bloodthirsty world, given over to brutality, to break with its passions, with its customs; it was necessary that the elite of humanity give the example of this abstinence, of this renunciation, and that, by a sublime exaggeration, it burned what all adored; it was necessary that the woman should no longer be the inspiration of the combats, the prize of victory, the adornment of the circus, the plaything of the warrior; it was finally necessary that the purifying fire, lit by Vesta in Rome, was carried by Mary to all points of the earth.

Now the reign of the sword will cease; man is no longer, above all, a soldier; the nations no longer consider each other as natural enemies; force no longer suffices to give rights; the woman is still a minor, but she is no longer a slave. And if, in our society without common faith, without religion; in our society, which in turn rejects the macerations of Christian spiritualism, on all sides we see returns to pagan brutality; if, after having abandoned the altar of the Virgin, golden calves are raised everywhere; if the capital sins, which the Church of Christ struck down, swarm at every step in our towns and even in the fields; if the temple of the God of pure spirit is deserted, while the pagodas and idols of the gross fetishist crowd our streets and populate our homes; finally, if the flesh revolts against the anathema that weighed so justly on it for eighteen centuries, and if, in its revolt, it is hideous, repulsive, shameful, glory to God! who through Saint-Simon reveals to us that if these are the signs of the ruin of an old world, they are also those of the coming of a new world.

“Yes, this great Babylon is falling, it is falling (16), all the nations have drunk the wine of her furious prostitution, they have become drunk with her bloody revolution, the kings of the earth have been corrupted with her (17); it falls, but behold a new heaven and a new earth (18); this is the day when the living and the dead will be judged according to their works (19); let us rejoice and make our joy burst, let us give thanks to God, because the wedding day of man has come, and his bride is prepared for him. (20). »

Priestess of the living God, the temple of the future opens, man is no longer alone at the altar; queen of love, a new throne rises, sit at the right hand of your husband and not of your lord; the holy human family is established; mother, wife and daughter, the sacred bond of equality unites you to father, husband and son.

Holy COUPLE, divine symbol of the union of wisdom and beauty, amorous ANDROGYNE, you will give life to spirit and to matter, to the works of science and those of industry. Through you no more war in the world, for you embrace it entirely in your love. Through you no more despots and slaves, because you do not command any more than you obey; you are loved and you love. Holy couple, you have picked the fruit of the tree of life (21); for you no more original transgression, but also through you all the privileges of birth are abolished, because it is through love alone that you have formed yourself. It is through love alone that the two halves of your being have sought one another and united, and everywhere it will be according to their love and no longer according to their birth that man and woman will be united! Living image of all that is, of GOD, couple of progress, one and multiple at the same time, you carry in your bosom and you spread over the world the calm of your powerful love: you know how to moderate ardor and awaken patience, join intelligence to strength, and grace to reason. With one hand you weigh down pride, with the other you elevate humility. You listen to the noise of centuries past, no tradition strikes your ear in vain; and you proclaim the destinies of humanity and of the world, you sing the eternal prophecy.

END.

NOTES

[The notes, which will be added later, all relate to the Bible verses referenced in the third section.]

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Independent scholar, translator and archivist.