Gabriel-Désiré Laverdant, “Of the Mission of Art and the Role of Artists” (1845)

DE LA MISSION DE L’ART

ET

DU ROLE DES ARTISTES.

I

GRANDEUR DE LA MISSION DE L’ARTISTE. LA DESTINÉE HUMAINE, LE BONHEUR. DES PASSIONS DE L’AME.

La France présente chaque année au jugement du monde l’ouvre de ses artistes ; la royauté ouvre aux arts du dessin les vastes galeries du Louvre. Plus de deux mille ouvrages sont produits annuellement par douze ou quinze cents architectes, peintres, sculpteurs, graveurs. Pendant deux mois , le Salon ne cesse pas d’attirer la foule. Le génie national est plein d’activité, et il trouve l’encouragement des sympathies générales. Il y a donc lieu d’interroger cette fécondité de l’artiste et cet empressement du public, de demander au premier à quelles sources il puise son inspiration, et au second quels principes éclairent son sentiment et sa critique. Quelle est la signification de ces œuvres? Quel est leur objet? Où tout cela mène-t-il ? Comment s’orienter dans cet amas d’oeuvres si diverses ? En un mot, qu’allons-nous chercher au Salon ?

Suivrons-nous ce député en quête d’un tableau ou d’une statue qui convienne à son clocher, ou tout exclusivement préoccupé de faire un succès à tel artiste de race électorale et protégé de la municipalité provinciale ? Avons-nous, comme cet honnête bourgeois, à choisir une statuette pour la salle à manger de chez nous, ou quelque toile à la convenance de la chambre à coucher de madame ? Nous ferons-nous la question banale : « Le Salon de 1845 est-il plus fort que celui de 1844? » N’interrogerons-nous ce peuple d’exposants que sur le mérite de la ligne et de la couleur ? Non , vraiment : pour nous, ce n’est point assez. A d’autres de s’en tenir à ces intérêts prochains et étroits; l’École Sociétaire , embrassant de son regard la destinée de l’homme, rattache toute œuvre des individus et des nations au progrès général des sociétés, et, méditant sur le travail accompli, c’est pour elle un besoin , un devoir, de se demander : Qu’y a-t-il là pour l’humanité ? En quoi ceci concourt-il à l’accomplissement du but final où nous marchons sous la main de la Providence ? En quoi ceci nous met-il en communion avec l’ordre universel, avec la volonté de Dieu?

« L’humanité, les destinées, la providence , l’ordre universel, à propos du Salon de 1845 (dira-t-on), qu’importe ! Laissons ces vains mots ambitieux, et venons aux choses réelles et sensées. »

Comment ! une nation qui se prétend la première du monde par l’activité de l’intelligence et par la délicatesse du goût convie la classe des artistes, c’està-dire la partie d’elle-même la plus sensible, la plus passionnée, à exposer le fruit de son travail, et l’on ne veut pas que, devant cette solennelle manifestation du génie de la France, nous remontions aux sources supérieures du sentiment et de la pensée! Peuples, prenez donc confiance en vous-mêmes, ayez plus d’ambition et plus de noble orgueil ! Et, lorsque vient à résonner la fibre la plus vibrante de votre âme, n’oubliez pas que ce chant doit retentir jusqu’aux extrémités du globe ; souvenez-vous que ce chant doit monter jusqu’à Dieu même. Vous, artistes, respectez vous-mêmes votre œuvre, et considérez de haut votre mission , afin de mieux mériter les respects du monde. N’ayez pas peur si l’on vous parle de grandes choses, ne tenez pas en méfiance ceux qui cherchent à rallier vos travaux à des idées hautes et généreuses ; mais, au contraire, joignez-vous un moment à eux avec bienveillance, et peut-être que, des hauteurs où vous parviendrez ensemble, verrez-vous qu’il est aisé de redescendre, aux choses pratiques et que des liens étroits unissent l’œuvre individuelle aux suprêmes idées de la Destinée.

L’Art, expression de la Société, exprime, dans son essor le plus élevé , les tendances sociales les plus avancées; il est précurseur et révélateur. Or, pour savoir si l’art remplit dignement son rôle d’initiateur, si l’artiste est bien à l’avant-garde , il est nécessaire de savoir où va l’Humanité, quelle ost la destinée de l’Espèce.

Prêtons l’oreille à la voix collective des peuples : c’est la voix de Dieu. Consultons le sentiment dans les individus , dans les nations, dans les races. Que voyons-nous ? l’homme fuyant la souffrance et poursuivant le bonheur, l’homme se perfectionnant pour être digne des félicités célestes. Étudions l’histoire. Que nous montre le tableau de l’activité humaine sur la terre? l’homme cherchant par le travail les moyens de diminuer ses peines et d’accroître ses jouissances, l’homme s’efforçant de pénétrer les lois des éternelles harmonies , afin de se rapprocher de Dieu. Qui donc a jamais protesté contre cette attraction divine ? Citerez-vous ces docteurs égarés par de fausses interprétations des textes saints? Ils protestent jour à jour par leurs actes contre leurs propres doctrines. Invoquerez-vous les sublimes exemples des martyrs et la longue Passion de l’Homme-Dieu? Mais le Christ et tous ceux qui ont souffert avant et depuis la venue du Sauveur, qu’ont-ils fait que nous enseigner le sacrifice pour le temps de l’épreuve, et que hâter par leur dévouement la fin de cette épreuve ? Quelle est la raison do leur martyre, si ce n’est la Rédemption ? Qu’ont-ils voulu, au prix de leur sang épuisé dans les tortures, si ce n’est l’amour, l’harmonie et le bonheur?

Non, ce n’est point à l’artiste qu’on imposera des dogmes contraires à cet attrait universel. On ne lui fera point accroire que la terre n’est qu’un lieu d’exil, une vallée de larmes, ou l’Espèce, condamnée à la privation et au mal, doit à toujours porter le vêtement de pauvreté et de deuil, et courber sa téte vers la poussière dans une attitude d’humilité et de bassesse. L’artiste, emporté par le sentiment, qui est l’inspiration de Dieu même, s’est incessamment efforcé de couvrir de pourpre l’Humanité et de mettre à son front royal la couronne d’or et de diamants; toutes les voix de la terre et du ciel crient dans ce cœur élu que le bonheur est la destinée, et que les joies suprêmes se trouvent au sein des suprêmes perfections.

Aider à l’accomplissement de la destinée générale est un devoir pour tout homme. Comment l’artiste remplira-t-il ce devoir? Voyons d’abord ce qui constitue le bonheur sur la terre.

Le bonheur résulte de l’expansion libre de toutes les facultés employées au gouvernement harmonique du domaine terrestre ; il est dans la satisfaction mesurée de tous les désirs, de toutes les affections, de toutes les aspirations de l’âme, et dans la communion de plus en plus parfaite avec Dieu , l’âme suprême. — Inversement, le malheur provient de l’inactivité, de la compression, de l’étouffement des sentiments et des besoins; il est dans la mauvaise gestion du globe confié à nos soins, dans la non-connaissance de Dieu.

Les facultés de l’homme étant diverses, il y a des sources diverses de bonheur. Les forces actives de l’âme sont de trois ordres.

L’homme ressent des besoins et des attraits sensuels ; il a des affections du cœur ; il est doué de facultés intellectuelles, dont quelques-unes ont une activité très-sensible, et qu’on peut, conséquemment, ranger au nombre des passions, c’est-à-dire des facultés qui nous font souffrir (pati) si elles n’ont pas satisfaction.

Les passions de ces trois ordres , dans leur essor le plus large et le plus pur, et en se combinant entre elles, produisent une passion d’un ordre supérieur, comme les couleurs du prisme donnent le blanc: c’est l’esprit religieux dans ses manifestations variées, c’est le besoin de s’accorder avec les unités d’une sphère plus élevée. Fourier a donné à cette passion le nom très général d’Unitéisme.

D’un autre côté, chacune des forces de l’âme, lorsqu’elle tend à se spécialiser, à s’isoler, produit des effets opposés à ceux de l’Unitéisme. L’individualisme différencie les caractères et les œuvres, et détermine dans les artistes ce qu’on nomme leur manière. Il enfante la passion des excentricités, des bizarreries, les goûts de faveur et de mode. C’est le domaine de la fantaisie.

Le lecteur admet parfaitement qu’il y a dans l’homme des sens et des sentiments (1), sources de bien ou de mal suivant qu’ils sont satisfaits ou contrariés. Ils concéderont volontiers que , pour certaines âmes, il est des aspirations religieuses, causes soit de malaise et de souffrance, soit de joie et d’extase. Ils savent que bien des gens trouvent leur plaisir dans des fantaisies et des excentricités.

Quant aux passions de la sphère intellectuelle , dont Fourier a le premier déterminé le rôle capital, et qu’il a nommées de noms caractéristiques , originaux, bizarres si l’on veut (2), les artistes en connaissent les fonctions essentielles appliquées aux œuvres d’art. C’est sous l’influence de ces passions que, devant un tableau, l’on se dit : « Dieu ! que c’est monotone et froid !… Des tons criards, pas de contrastes savants ; nulle variété, nul entrain, nulle harmonie… Voilà de la peinture qui n’est pas amusante » Tout le travail du peintre, mariage et contraste des tons, opposition et symétrie des groupes et des masses, variété nécessaire dans les couleurs, les mouvements et les lignes, ordonnance et exécution, toute l’œuvre picturale enfin repose sur l’application des lois de l’accord, du discord et de la variété, sur la coordination des éléments du tableau suivant les exigences des trois passions composite, cabaliste et papillonne. Laissez ces mots, si leur nouveauté et leur étrangeté vous gênent et vous oppriment ; ne prenez que l’idée.

Toutes les lois du mécanisme social (disons-le en passant) découlent de cette source trinaire, où les artistes cherchent les principes de l’ordre pour leurs œuvres. Il y a unité dans les lois de la Création. Ce que l’artiste dit du tableau de son confrère, nous avons malheureusement tous à le dire de la société où nous vivons : « Voilà une société qui n’est guère amusante ! » Il y a cette différence que les personnages du méchant tableau ne sont que des images insensibles, desquelles l’observateur peut détourner son regard blessé , tandis que nous sommes nous-mêmes les figures détestablement groupées dans la méchante mécanique civilisée où nous demeurons brisés, gênés, étouffés.

Du reste, nous n’avons pas ici à justifier et à développer la psychologie de Fourier ; il nous suffit de poser dans sa généralité la thèse du bonheur.

Toute l’activité humaine procède de l’âme, et tout le bonheur provient de l’expansion libre des facultés et de leur emploi utile et harmonique. Autant d’ordres de facultés, autant de sources diverses d’activité et conséquemment de bonheur.

OF THE MISSION OF ART

AND

THE ROLE OF ARTISTS.

I

GREATNESS OF THE MISSION OF THE ARTIST. HUMAN DESTINY, HAPPINESS. OF THE PASSIONS OF THE SOUL.

France presents each year to the judgment of the world the work of its artists; royalty opens the vast galleries of the Louvre to the design arts. More than two thousand works are produced annually by twelve or fifteen hundred architects, painters, sculptors, engravers. For two months, the Salon does not cease to attract crowds. The national genius is full of activity, and it finds the encouragement of general sympathy. It is therefore necessary to question this fecundity of the artist and this eagerness of the public, to ask the former from which sources they draw their inspiration, and the latter what principles enlighten their feelings and their criticism. What is the meaning of these works? What is their object? Where does all this lead? How are we to orient ourselves in this mass of such diverse works? In a word, what are we looking for at the Salon?

Shall we follow this deputy in search of a painting or a statue suitable for his bell tower, or entirely concerned with making a success of such an artist of electoral race and protégé of the provincial municipality? Do we, like this honest bourgeois, have to choose a statuette for the dining room at home, or some suitable canvas for Madame’s bedroom? We will ask ourselves the banal question: “Is the Salon of 1845 stronger than that of 1844?” Shall we question this crowd of exhibitors only on the merit of line and color? No, really: for us, that is not enough. It is up to others to stick to these immediate and narrow interests; the Societal School, embracing with its gaze the destiny of man, attaches all the work of individuals and nations to the general progress of societies, and, meditating on the work accomplished, it is for it a need, a duty, to ask itself: What is there for humanity? How does this contribute to the achievement of the final goal to which we march under the hand of Providence? How does this put us in communion with the universal order, with the will of God?

“Humanity, the destinies, providence, universal order, with regard to the Salon of 1845 (one will say), what does it matter! Let’s leave these vain ambitious words, and come to the real and sensible things.”

What! A nation that claims to be the first in the world by the activity of the intelligence and by the delicacy of the taste invites the class of artists, that is to say the most sensitive, the most passionate part of itself, to expose the fruit of their labor, and we do not want, before this solemn manifestation of the genius of France, to go back to the higher sources of feeling and thought! Peoples, take confidence in yourselves, have more ambition and more noble pride! And, when the most vibrant fiber of your soul comes to resound, do not forget that this song must resound to the ends of the globe; remember that this song must go up to God himself. You, artists, respect your work yourselves, and look down on your mission, in order to better deserve the respect of the world. Do not be afraid if people speak to you of great things, do not distrust those who seek to rally your works to lofty and generous ideas; but, on the contrary, join them for a moment with benevolence, and perhaps, from the heights that you will reach together, you will see that it is easy to descend to practical things and that close bonds unite the individual work to the supreme ideas of Destiny.

Art, expression of Society, expresses, in its highest development, the most advanced social tendencies; it is precursory and revealing. Now, to know if art worthily fulfills its role as initiator, if the artist is indeed at the forefront, it is necessary to know where Humanity is going, what is the destiny of the Species.

Let us listen to the collective voice of the peoples: it is the voice of God. Let us consult the feeling in individuals, in nations, in races. What do we see? man fleeing suffering and pursuing happiness, man perfecting himself to be worthy of heavenly bliss. Let’s study history. What does the chart of human activity on earth show us? Man seeking through work the means of diminishing his pains and increasing his enjoyments, man striving to penetrate the laws of eternal harmonies, in order to approach God. Who has ever protested against this divine attraction? Will you quote these doctors led astray by false interpretations of the holy texts? They protest day by day by their acts against their own doctrines. Will you invoke the sublime examples of the martyrs and the long Passion of the Man-God? But Christ and all who have suffered before and since the coming of the Savior, what have they done but teach us sacrifice for the time of trial, and to hasten by their devotion the end of this trial? What is the reason for their martyrdom if not redemption? What did they want, at the cost of their blood exhausted in torture, if not love, harmony and happiness?

No, it is not on the artist that we will impose dogmas contrary to this universal attraction. He will not be made to believe that the earth is only a place of exile, a valley of tears, where the species, condemned to deprivation and evil, must forever wear the garment of poverty and mourning, and bow his head to the dust in an attitude of humility and baseness. The artist, carried away by sentiment, which is the inspiration of God himself, has incessantly endeavored to cover humanity with purple and to place on its royal brow the crown of gold and diamonds; all the voices of earth and heaven cry out in this chosen heart that happiness is destiny, and that the supreme joys are found in the bosom of supreme perfections.

Helping in the fulfillment of the general destiny is a duty for every man. How will the artist fulfill this duty? Let us first see what constitutes happiness on earth.

Happiness results from the free expansion of all the faculties employed in the harmonic government of the terrestrial domain; it is in the measured satisfaction of all the desires, of all the affections, of all the aspirations of the soul, and in the more and more perfect communion with God, the supreme soul. — Conversely, unhappiness comes from inactivity, from compression, from the stifling of feelings and needs; it is in the mismanagement of the globe entrusted to our care, in the non-knowledge of God.

The faculties of man being diverse, there are diverse sources of happiness. The active forces of the soul are of three orders.

Man feels sensual needs and attractions; he has affections of the heart; he is endowed with intellectual faculties, some of which have a very sensitive activity, and which we can, consequently, rank among the number of passions, that is to say faculties which make us suffer if they are not satisfied.

The passions of these three orders, in their broadest and purest flight, and in combination with each other, produce a passion of a higher order, as the colors of the prism give white: this is the religious spirit. in its various manifestations it is the need to attune with the unities of a higher sphere. Fourier gave this passion the very general name of Unityism.

On the other hand, each of the forces of the soul, when it tends to specialize, to isolate itself, produces effects opposite to those of Unityism. Individualism differentiates characters and works, and determines in artists what is called their manner. It gives birth to the passion for eccentricities, oddities, the tastes of favor and fashion. This is the realm of fantasy.

The reader fully admits that there are senses and feelings in man (1), sources of good or evil depending on whether they are satisfied or thwarted. They will readily concede that, for certain souls, there are religious aspirations, causes either of discomfort and suffering, or of joy and ecstasy. They know that many people find pleasure in fancies and eccentricities.

As for the passions of the intellectual sphere, of which Fourier was the first to determine the crucial role, and which he named with characteristic, original, bizarre names if you will (2), artists know their essential functions applied to works of art. It is under the influence of these passions that, in front of a painting, one says to oneself: “God! How monotonous and cold it is!… Garish tones, no skilful contrasts; no variety, no liveliness, no harmony… Here is painting that is not amusing.” All the work of the painter, the marriage and contrast of tones, the opposition and symmetry of groups and masses, the necessary variety in the colors, the movements and lines, the order and execution, all the pictorial work finally rests on the application of the laws of agreement, discord and variety, on the coordination of the elements of the table according to the requirements of the three passions composite, cabalist and flutters. Leave these words, if their novelty and strangeness bother and oppress you; just take the idea.

All the laws of social mechanism (let us say this in passing) derive from this triune source, where artists seek the principles of order for their works. There is unity in the laws of Creation. What the artist says about his colleague’s painting, we unfortunately all have to say about the society in which we live: “This is a society that is hardly amusing!” There is this difference that the characters in the wicked picture are only insensitive images, from which the observer can avert his wounded gaze, while we ourselves are the detestably grouped figures in the wicked civilized machinery where we remain broken, embarrassed, suffocated.

Moreover, we do not have here to justify and develop the psychology of Fourier; it suffices for us to posit in its generality the thesis of happiness.

All human activity proceeds from the soul, and all happiness comes from the free expansion of the faculties and their useful and harmonious employment. So many orders of faculties, so many diverse sources of activity and consequently of happiness.

II

BASE D’UNE CLASSIFICATION DES ARTS.

Les savants et les philosophes s’adressent plus spécialement aux facultés de l’intelligence ; les poètes et les romanciers parlent directement aux sentiments du cœur ; les artistes pénètrent l’âme humaine par l’attrait des sens.

Quoique s’adressant principalement aux sens les arts, n’en méritent pas moins l’importance supérieure que la société n’a pu s’empêcher de leur accorder. Par un effet de la loi du contact des extrêmes (reliant au pivot les termes inférieurs de la série}, ce sont les jouissances des sens, qui nous enlèvent le plus vivement vers les mondes inconnus. L’encens et la musique, sous les voûtes d’une cathédrale, nous emportent dans le sein même de Dieu (3). Ces ralliements ont été méconnus ; ce rôle considérable des passions sensitives n’a pas été compris par la science incertaine des psychologues. De là l’erreur du monde inattentif, sur le caractère de la doctrine phalanstérienne.

Les esprits légers et superficiels, qui jugent sans entendre et sans comprendre, ont souvent répété que la doctrine de Fourier avait pour principe un grossier matérialisme , et que l’Harmonie serait le règne exclusif des sens. L’auteur du Traité de l’Unité universelle se garde bien, il est vrai, de condamner les passions sensuelles et de nier leur importance. Le premier parmi les philosophes spiritualistes, Fourier pose systématiquement les passions sensitives comme éléments essentiels de l’âme (4). Si l’âme est le principe actif de l’être, pouvons-nous en exclure les sens? N’est-ce pas de leurs besoins et sous leur impulsion directe que nait et se développe toute l’œuvre productrice de l’homme, agriculture, arts industriels et libéraux, sciences expérimentales ? Comment ! cette immense et incessante activité proviendrait des forces sensuelles, aurait pour objet la satisfaction des passions sensuelles, et les sens ne feraient point partie de l’âme, du principe actif

Fourier, se dégageant de ces vieilles erreurs, reconnaît donc dans les forces sensuelles un élément de l’âme divine ; mais il prend soin de subordonner cet élément. Les passions de cet ordre, en effet, mettent plus particulièrement l’homme en rapport avec les choses matérielles, correspondent au principe passif. Leur activité est spécialement restreinte à l’individu ; ce sont, avant tout, des agents au service du moi. On peut s’isoler dans les jouissances des sens. Les passions du cœur, au contraire. dont l’essor nous lie immédiatement à nos semblables, sont des ressorts d’unité plus puissants, et doivent prendre le rang supérieur.

Les sens, avons-nous dit, donnent naissance, dans la sphère matérielle, à l’agriculture et aux arts agricoles; dans la sphère intellectuelle, aux sciences expérimentales. Enfin, les sens engendrent les arts industriels et les arts libéraux, sources des jouissances les plus délicates, éléments d’accord et de charme dans les relations humaines. Dans cette sphère, on peut dire que l’œuvre sensuelle tient aux affections mêmes. Le tact, contenant en quelque sorte en lui tous les autres sens, crée l’art architectural ; l’architecture enlace les autres arts dans ses bras, les recueille dans son sein. Le tact, uni au goût et à l’odorat, produit la cuisine et la parfumerie ; uni à l’ouïe et à la vue, il nous donne la plastique et la musique. L’architecture fait aux unes leurs officines; à celle-ci ses salles sonores où courent et se prolongent les harmonies; à celle-là ses niches, ses piédestaux, ses murs, ses galeries, ses nefs et ses coupoles lumineuses.

Le même principe dont nous nous sommes servi pour déterminer la subordination des passions sensuelles par rapport aux affectives, va nous permettre de classer les sens, et par conséquent les arts qui y correspondent.

Le goût et l’odorat agissent particulièrement sur l’individu, sur le corps, et nous mettent en rapport avec les choses matérielles. L’ouïe et la vue atteignent davantage les sphères spirituelles, elles agissent sur l’âme, elles nous mettent en rapport avec les êtres animés. De là la supériorité de la musique et de la peinture sur les arts industriels-procédant de l’odorat et du goût (5). Le sens du tact, le plus général de tous, s’adressant à la fois au matériel et au spirituel, agissant et sur l’individu et sur la collectivité, occupe conséquemment le rang central et supérieur. L’architecture est le premier des arts, l’art roi. Beaucoup d’artistes ‘hésitent à reconnaître cette royauté, parce qu’ils comparent l’effet relatif des œuvres exposées au Louvre. Il faut distinguer : le tableau, c’est toute l’œuvre du peintre; le dessin de l’architecte n’est que le projet de son œuvre. L’architecture ne se présente au Salon que sous une forme abstraite. Par ses dessins, plans, coupes, élévations, elle s’adresse principalement à l’étude réfléchie, à la sphère rationnelle. Sous cette forme, nous aurons encore à examiner comment l’architecte fait son œuvre et travaille au bonheur de l’humanité ; mais son art aura nécessairement moins de splendeur.

Nous ayons voola, en quelques mots, indiquer le lien hiérarchique de tous les arts, et poser les principes de saine psychologie dont noire critique pourra s’aider et s’éclairer. L’analyse que nous venons d’ébaucher nous a permis de dégager les industries humaines, les arts dont nous avons à nous occuper ici. Au Salon, nous rencontrons l’architecture, la sculpture, le dessin, et au premier rang la peinture. Voyons donc comment ces arts, et surtout le dernier, peuvent concourir à l’enseignement de la destinée heureuse.

II

BASIS OF A CLASSIFICATION OF THE ARTS.

Scientists and philosophers address themselves more specifically to the faculties of intelligence; poets and novelists speak directly to the feelings of the heart; artists penetrate the human soul through the attraction of the senses.

Although addressed primarily to the senses, the arts nevertheless deserve the greater importance that society has been unable to help granting them. By an effect of the law of the contact of the extremes (linking the lower terms of the series to the pivot), it is the pleasures of the senses that carry us most briskly towards the unknown worlds. Incense and music, under the vaults of a cathedral, carry us into the very bosom of God. (3) These rallyings have been misunderstood, this considerable role of the sensitive passions has not been understood by the uncertain science of the psychologists, on the character of the Phalansterian doctrine.

Light and superficial minds, who judge without hearing and without understanding, have often repeated that Fourier’s doctrine had a coarse materialism as its principle, and that Harmony would be the exclusive reign of the senses. The author of the Treatise on Universal Unity is careful, it is true, not to condemn sensual passions or to deny their importance. The first among the spiritualist philosophers, Fourier systematically posits the sensitive passions as essential elements of the soul. (4) If the soul is the active principle of being, can we exclude the senses from it? Is it not from their needs and under their direct impulse that all the productive work of man is born and develops, agriculture, industrial and liberal arts, experimental sciences? How! This immense and incessant activity would come from the sensual forces, would have for its object the satisfaction of the sensual passions, and the senses would not form part of the soul, of the active principle.

Fourier, freeing himself from these old errors, recognizes therefore in the sensual forces an element of the divine soul; but he takes care to subordinate this element. The passions of this order, in fact, put man more particularly in relation to material things and correspond to the passive principle. Their activity is specifically restricted to the individual; they are, above all, agents at the service of the self. One can isolate oneself in the pleasures of the senses. The passions of the heart, on the contrary, whose growth binds us immediately to our fellows, are more powerful springs of unity, and must take the superior rank.

The senses, we have said, give birth, in the material sphere, to agriculture and the agricultural arts; in the intellectual sphere, to the experimental sciences. Finally, the senses engender the industrial arts and the liberal arts, sources of the most delicate pleasures, elements of harmony and charm in human relations. In this sphere, one can say that the sensual work is due to the affections themselves. Touch, containing in some way all the other senses, creates architectural art; architecture embraces the other arts in its arms, gathers them into its bosom. Touch, united with taste and smell, produces cooking and perfumery; united with hearing and sight, it gives us form and music. Architecture makes for some their dispensaries; for the latter the sonorous halls where the harmonies run and are prolonged; for that former its niches, its pedestals, its walls, its galleries, its naves and its luminous cupolas.

The same principle that we have used to determine the subordination of the sensual passions in relation to the affective, will enable us to classify the senses, and consequently the arts that correspond to them.

Taste and smell act particularly on the individual, on the body, and put us in touch with material things. Hearing and sight reach more into the spiritual spheres, they act on the soul, they put us in touch with living beings. Hence the superiority of music and painting over the industrial arts proceeding from smell and taste. (5) The sense of touch, the most general of all, addressing both the material and the spiritual, acting both on the individual and on the collective, consequently occupies the central and superior rank. Architecture is the first of the arts, the king of the arts. Many artists hesitate to recognize this royalty, because they compare the relative effect of the works exhibited in the Louvre. We must distinguish: the painting is the painter’s entire work; the architect’s drawing is only the plan of his work. Architecture is presented at the Salon only in an abstract form. Through its drawings, plans, sections, elevations, it is mainly intended for thoughtful study, for the rational sphere. In this form, we shall still have to examine how the architect does his work and works for the happiness of humanity; but his art will necessarily have less splendour.

We have sought, in a few words, to indicate the hierarchical bond of all the arts, and to lay down the principles of sound psychology from which our criticism can be aided and enlightened. The analysis that we have just outlined has enabled us to identify the human industries, the arts with which we have to deal here. At the Salon, we encounter architecture, sculpture, drawing, and in the forefront painting. Let us see how these arts, and especially the last, can contribute to the teaching of a happy destiny.

III

ACCORD DU BEAU ET DU BIEN. LE BONHEUR DANS LE LUXE.

Les sens tendent à créer le bien-être universel, les richesses splendides; tous les arts ont un même but, la jouissance par le luxe.

Fourier a distingué deux espèces de luxe, le luxe interne et le luxe externe. Les arts industriels agissent concentriquement sur le corps et procurent la santé, le confort, le bien-être. Les arts libéraux agissent excentriquement, par rayonnement, et produisent (si l’on peut ainsi parler) la santé de l’âme, c’est-à-dire le bien-être actif, passionné, l’enthousiasme que l’on puise dans la perception des harmonies, dans la contemplation de la beauté.

Le luxe externe a donc pour expression suprême la beauté. La beauté est le terme où tendent les arts libéraux.

Devons-nous placer l’idée du Beau dans une complète indépendance à l’égard de l’idée du Bon, et conclure à la doctrine de l’art pour l’art? Ce serait là, pour nous servir d’un terme de l’École, une vue simpliste, c’est-à-dire n’embrassant qu’un seul côté des choses. Le composé, toujours supérieur au simplisme, nous a donné la raison de la prééminence des sens ouïe et vue, des arts musique et peinture, lesquels agissent à la fois sur le corps et sur l’âme. Suivant le même principe, le tact et l’architecture doivent le premier rang à leur généralité. L’art remplira donc d’autant mieux sa mission, qu’il parlera en même temps aux passions sensuelles, à la raison et au sentiment. Il est si peu vrai qu’il faille disjoindre ces deux idées du bien et de la beauté, qu’en vertu d’une loi d’harmonie préétablie par le Grand Économe, on peut dire que plus l’artiste touche à l’idéal du bien, plus il atteint la beauté. Tel est l’accord dont Platon enseignait le principe quand il disait: Le beau est la splendeur du vrai. D’où il suit que l’artiste en faisant le beau prêche nécessairement le bon. Au fond, toute la question est de savoir s’il est utile que l’artiste ait conscience du lien qui unit intimement le beau et le bon.

La jouissance causée aux sens, à l’intelligence, au cœur, se bornera-t-elle à un effet immédiat? Il est des phrases consacrées dans le monde des arts qui vont répondre pour nous. « J’aime ce tableau parce qu’il fait rêver. » Faire rêver, c’est transporter dans l’espace et dans le temps, c’est entraîner au-delà du connu. Telle œuvre, en effet, engage à désirer, à espérer. La jouissance, ainsi, se compose et se multiplie. L’art s’élève donc à mesure que son action sur Pâme s’étend et se prolonge, à mesure que l’artiste voit plus au fond des cœurs et plus au loin dans le cours de l’existence, à mesure qu’il pénètre en quelque sorte la destinée de l’individu.

L’art s’arrêtera-t-il à l’individu? Il est évident qu’il aura d’autant plus de puissance et de grandeur qu’il embrassera davantage les sentiments du grand nombre, la vie des peuples et des races (6).

Nous pouvons donc conclure par la proposition suivante :

L’art doit, par son action constante, se rallier à la destinée humaine. Le beau (objet de l’art) est d’autant plus parfait qu’il reflète mieux l’idéal du bien.

On concède volontiers cette loi d’accord quand il s’agit des œuvres de l’architecture. Chacun sent et convient que la perfection du monument dépend de son appropriation au but proposé, qui est le logement de l’espèce humaine dans les conditions les plus favorables à ses besoins, à ses goûts, à ses travaux. La beauté de la cathédrale gothique concorde parfaitement avec son utilité : sous ses voûtes immenses, sonores, lumineuses, où tous les arts ont leur place, l’église chrétienne accueille fraternellement les fidèles, que le temple grec, Dar les nécessités mêmes de sa forme architecturale, tenait à distance et sur le seuil. « C’est fort bien ; mais, s’écrie-t-on, comment prétendez-vous trouver que mon tableau se rallie à la destinée? » Pardon: nous ne prétendons pas que votre œuvre soit dans les conditions de la cathédrale chrétienne. Hélas! nous aurons peut-être à reprocher au plus grand nombre la pauvreté et le vide de leur pensée. Nous disons seulement que tous les grands artistes ont puissamment exprimé le progrès des dogmes et guidé le inonde dans les voies de la destinée. Chez eux, en d’autres termes, le beau est d’autant plus parfait qu’il reflète et enseigne mieux la vérité humaine et divine.

Nous avons vu que la destinée humaine c’est le bonheur, et que l’un des éléments du bonheur c’est le luxe. Les artistes, s’ils veulent accomplir leur mission, doivent donc glorifier le luxe. Eh bien ! les Maîtres, ceux que vous admirez tous, ceux dont la mémoire est l’objet de votre culte, ont-ils rempli ce devoir envers l’humanité?

Certes, ils ont puissamment accompli leur mission les Raphaël, les Léonard, les Corrège, les Titien, les Guide, les Albane, les Michel-Ange, les Giorgione, les Véronèse, les Tintoret, les Murillo, les Velasquez, les Canaletto, les Rubens, les Van-Dyck, les Poussin, les Claude Lorrain. Et de notre temps, nous trouvons fidèles à cette mission, David, Gros, Lawrence, Ingres, Géricault, Delacroix, Robert, Maréchal, Decamps, Scheffer, Papety , Vernet, Delaroche, Marilhat, J. Dupré, Corot, Français, Aligny, Winterhaller, P. Huet, Boulanger, Court, Alf. Dedreux, Baron, Dubuffe, Lepaule, —les grands et les petits, les sublimes et les vulgaires. Nous citons quelques noms d’une gloire équivoque , parce que ceux-là doivent précisément leur popularité à l’amour, à l’étalage du luxe qui distingue leurs ouvrages.

Le luxe n’est pas seulement dans des draperies éclatantes, dans les pierreries et les fleurs prodiguées; il est encore dans l’élégance et la délicatesse du vêtement et des accessoires ; il est dans la beauté et dans la richesse des formes. A cet égard, Raphaël, Léonard , M. Ingres lui-même, sont des peintres sensuels, des prêtres du luxe. Chez eux, la fermeté et la plénitude des contours, autant que chez d’autres la fraîcheur des carnations, font sentir et admirer le luxe interne lui-même, la santé du corps. Réagissant contre l’ascétisme exprimé dans l’œuvre des artistes du moyen âge, Raphaël, ce grand réformateur, est venu écrire sur ses toiles, avec l’autorité du génie, le dogme nouveau, celui de la royauté terrestre. Cette richesse du corps, célébrée par les maîtres du seizième siècle, Rubens l’a poussée à un point de luxuriance excessive. En voyant ses femmes corpulentes et sanguines, on oublie trop souvent la pensée et le sentiment, et le spectateur sensuel se laisserait volontiers égarer aux transports de cette Kermesse, dont l’orgie s’étale aux murs de notre vieux Musée, extrême expression du génie trop matériel du maître flamand.

Le luxe n’est pas seulement dans la puissance des formes humaines, dans l’éclat des étoffes et des accessoires : il est dans les images puissantes des animaux ralliés à l’homme, dans cette histoire des races royales chevalines retracée par le crayon d’un Géricault; il est dans les monuments qu’un Véronèse construit avec magnificence autour des assemblées humaines; dans les cités actives et élégantes que le pinceau de Canaletto élève au milieu des flots bleus de l’Adriatique; dans les champs grandioses ordonnés par le Poussin. Le luxe est dans les fabriques vastes et animées, dans les campagnes plantureuses, dans les parcs noblement distribués, dans les frais et riants parterres, dans les jardins féeriques où nous promène la fantaisie de l’artiste. Il est dans l’air même, que le génie du peintre échauffe, épure, embaume ; dans la lumière, qu’il fait rayonner vivifiante sur l’homme, si pure et si splendide, qu’on se prend à rêver les fraîcheurs de l’Eden, les splendeurs des sphères éternelles, harmonies de l’atmosphère qui se réaliseront ici-bas, dans cet Age d’or vers lequel il vous appartient de pousser l’humanité, artistes, vous les inspirés, vous les révélateurs permanents.

Les artistes admettront qu’ils peuvent, en le chantant, glorifier et enseigner le luxe. Cette action de l’art est la plus immédiate; elle se rattache assez bien à la doctrine favorite de l’art pour l’art ; elle peut résulter de l’imitation pure ; elle correspond en quelque sorte à la simple réflexion de la beauté extérieure. Nous voudrions faire admettre à l’artiste qu’il peut se rallier d’une manière très-féconde au mouvement du progrès social, et en arriver à donner au monde des leçons, à dire son mot sur les choses en apparence les plus étrangères, les plus antipathiques à ses études, à ses goûts, à sa fonction. Abordons hardiment la difficulté par une proposition que beaucoup trouveront fort absurde, ou pour le moins bizarre. Nous disons que les peintres peuvent aider puissamment à résoudre le problème de l’_organisation du travail._ — La peinture, un art d’imagination, enseigner la science sèche de l’économie politique… quelle folie! quel paradoxe! —Notre proposition est cependant très-fondée et facile à démontrer. Par fantaisie et pour la curiosité du fait, que le lecteur daigne nous: suivre un moment dans notre digression.

III

AGREEMENT OF BEAUTY AND GOOD. HAPPINESS IN LUXURY.

The senses tend to create universal well-being, splendid riches; all the arts have the same goal, enjoyment through luxury.

Fourier distinguished two species of luxury, internal luxury and external luxury. The industrial arts act concentrically on the body and provide health, comfort and well-being. The liberal arts act eccentrically, by radiation, and produce (if one can so speak) the health of the soul, that is to say the active, passionate well-being, the enthusiasm that one draws from the perception of harmonies, in the contemplation of beauty.

External luxury therefore has the beauty as it expression. Beauty is the term towards which the liberal arts tend.

Should we place the idea of the Beautiful in complete independence with regard to the idea of the Good, and conclude with the doctrine of art for art’s sake? This would be, to use an academic term, a simplist view, that is to say embracing only one side of things. The compound, always superior to simplism, has given us the reason for the preeminence of the senses of hearing and sight, of the arts, music and painting, which act both on the body and on the soul. Following the same principle, touch and architecture owe their position in the first rank to their generality. Art will therefore fulfill its mission all the better if it speaks at the same time to the sensual passions, to reason and to feeling. It is so untrue that it is necessary to separate these two ideas of good and beauty, that by virtue of a law of harmony pre-established by the Grand Bursar, we can say that the more the artist touches on the ideal of the good, the more he attains beauty. Such is the agreement of which Plato taught the principle when he said: The beautiful is the splendor of the true. Whence it follows that the artist in making the beautiful necessarily preaches the good. Basically, the whole question is whether it is useful for the artist to be aware of the link that intimately unites the beautiful and the good.

Will the enjoyment caused to the senses, to the intelligence, to the heart, be limited to an immediate effect? There are consecrated phrases in the world of the arts that will answer for us. “I like this painting because it makes you dream.” To make one dream is to transport one in space and time, it is to lead beyond the known. Such a work, in fact, urges us to desire, to hope. Enjoyment, thus, is composed and multiplies. Art therefore rises as its action on the soul extends and is prolonged, as the artist sees deeper into hearts and further into the course of existence, as he somehow penetrates the destiny of the individual.

Will art stop at the individual? It is evident that it will have all the more power and grandeur the more it embraces the sentiments of the great number, the life of peoples and races. (6)

We can therefore conclude with the following proposition:

Art must, by its constant action, rally to human destiny. The beautiful (object of art) is all the more perfect the better it reflects the ideal of the good.

We willingly concede this law of agreement when it is a question of works of architecture. Everyone feels and agrees that the perfection of the monument depends on its appropriation to the proposed goal, which is the housing of the human species in the conditions most favorable to its needs, its tastes, its work. The beauty of the Gothic cathedral is in perfect harmony with its usefulness: under its immense, sonorous, luminous vaults, where all the arts have their place, the Christian church welcomes the faithful fraternally, as the Greek temple Dar the very necessities of its form. architectural, held at a distance and on the threshold. “That’s very good; but,” they exclaim, “how do you expect to find that my picture rallies to destiny?” Sorry: we do not claim that your work is in the conditions of the Christian cathedral. Alas! We will perhaps have to reproach the greatest number for the poverty and emptiness of their thought. We are only saying that all the great artists have powerfully expressed the progress of dogmas and guided the world along the paths of destiny. With them, in other words, beauty is all the more perfect the better it reflects and teaches human and divine truth.

We have seen that human destiny is happiness, and that one of the elements of happiness is luxury. Artists, if they want to accomplish their mission, must therefore glorify luxury. Well ! the Masters, those whom you all admire, those whose memory is the object of your worship, have they fulfilled this duty towards humanity?

Of course, Raphael, Leonardo, Correggio, Titian, Guide, Albane, Michelangelo, Giorgione, Veronese, Tintoretto, Murillo, Velasquez, Canaletto, Rubens, the Van-Dycks, the Poussins, the Claude Lorrains have powerfully accomplised their mission. And in our time, we find faithful to this mission, David, Gros, Lawrence, Ingres, Géricault, Delacroix, Robert, Maréchal, Decamps, Scheffer, Papety, Vernet, Delaroche, Marilhat, J. Dupré, Corot, French, Aligny, Winterhaller, P. Huet, Boulanger, Court, Alf. Dedreux, Baron, Dubuffe, Lepaule—the great and the small, the sublime and the vulgar. We cite some names of equivocal glory, because these owe their popularity precisely to the love, to the display of luxury that distinguishes their works.

Luxury is not only in dazzling draperies, in jewels and lavish flowers; it is also in the elegance and delicacy of clothing and accessories; it is in the beauty and in the richness of forms. In this respect, Raphaël, Léonard, M. Ingres himself, are sensual painters, priests of luxury. With them, the firmness and fullness of the contours, as much as with others the freshness of the complexions, make one feel and admire the internal luxury itself, the health of the body. Reacting against the asceticism expressed in the work of medieval artists, Raphael, that great reformer, came to write on his canvases, with the authority of genius, the new dogma, that of earthly royalty. This richness of the body, celebrated by the masters of the sixteenth century, was pushed by Rubens to a point of excessive luxuriance. Seeing his corpulent and sanguine women, one too often forgets thought and feeling, and the sensual spectator would willingly allow himself to be misled by the transports of that Kermesse, the orgy of which spreads out on the walls of our old Museum, an extreme expression of the genius too material of the Flemish master.

Luxury is not only in the power of human forms, in the brilliance of fabrics and accessories: it is in the powerful images of animals rallied to man, in this history of royal horse races traced by the pencil of a Gericault; it is in the monuments that Veronese built with magnificence around human assemblies; in the active and elegant cities that the brush of Canaletto raises in the middle of the blue waves of the Adriatic; in the grandiose fields ordered by Poussin. Luxury is in the vast and animated factories, in the lush countryside, in the nobly laid out parks, in the fresh and smiling parterres, in the fairy gardens where the artist’s imagination leads us. It is in the very air, which the genius of the painter warms up, purifies, embalms; in the light, which he radiates invigoratingly on man, so pure and so splendid, that one begins to dream of the freshness of Eden, the splendours of the eternal spheres, harmonies of the atmosphere that will be realized here Below, in this Golden Age towards which it is up to you to push humanity, artists, you the inspired ones, you the permanent revealers.

Artists will admit that they can, by singing it, glorify and teach luxury. This action of art is the most immediate; it is quite well connected with the favorite doctrine of art for art’s sake; it may result from pure imitation; it corresponds in a way to the simple reflection of external beauty. We would like to make the artist admit that he can rally in a very fruitful way to the movement of social progress, and come to the point of giving lessons to the world, of having his say on the most apparently foreign things, the things most antipathetic to his studies, to his tastes, to his function. Let us boldly approach the difficulty with a proposition that many will find extremely absurd, or at the very least bizarre. We say that painters can help powerfully to solve the problem of the organization of labor. — Painting, an art of the imagination, teaching the dry science of political economy… What madness! What a paradox! — Our proposition is, however, very well founded and easy to demonstrate. By fancy and for the curiosity of the fact, that the reader condescends us: to follow a moment in our digression.

IV

De L’intérêt Très-vif Que La Question De L’organisation Du Travail Peut Et Doit Inspirer Aux Artistes. Décadence De L’architecture ; Effet Du Morcellement. Tous Les Arts En Ruine. Le Travail Attrayant Seule Voie De Salut. L’oeuvre de Léopold Robert. Le Bonheur Dans Le Travail.

L’architecture, avons-nous dit, est l’art pivotai. La propriété typique du pivot, c’est de pouvoir être pris pour toute la série. Ainsi, on dit : Bonaparte a battu les Autrichiens à Marengo ; on dit Rome pour désigner toute l’Eglise catholique ; on cite Raphaël pour caractériser l’école romaine ; dans les sphères célestes, on nomme le Soleil quand on veut parler de no’.re tourbillon d’astres. En constatant les conditions du développement de l’architecture, nous saurons, par cela seul, les conditions de développement des autres arts plastiques, tout-à-fait dépendants de leur pivot.

Quel sort prépare à l’architecture le mouvement actuel de la société ?

Jetons les yeux autour de nous. Quel fait général se produit et frappe péniblement les yeux de l’artiste?—Plus de monuments, plus de palais. Do toutes parts se dressent de grands blocs de forme carrée, où tout vise au plein, type lourd et vulgaire, dans lequel le génie de l’art emprisonné ne saurait plus manifester ni sa grandeur ni sa fantaisie. Toute l’imagination de l’architecte s’épuise à figurer, à peu près, sur la façade, les ordres en étagères, à orner des frises et à friser des supports de fenêtres. A l’intérieur, plus de cour, plus de péristyle, plus de salles vastes et lumineuses; de petites chambrettes de plus en plus resserrées, des cabinets et des boudoirs volés sur les recoins de l’hélice de l’escalier; plus de tribunes ni de coupoles : la courbe est forme trop libre et proscrite par l’économie sordide ; de bons carrés superposés , des casiers où l’on emboîte l’homme : le système cellulaire appliqué au groupe de la famille. Le problème est celui-ci : Sur un espace donné, employer le moins de matériaux et entasser (en les isolant entre eux) le plus d’hommes possible ; diminuer la garantie de solidité jusqu’à la limite de la police correctionnelle , accroître le rétrécissement de l’habitation humaine jusqu’à la limite de l’étouffement physique et de l’abrutissement moral.

Cette tendance, ce fait accompli déjà, sont les résultats du morcellement. Les principes d’une proportionnalité plus juste, de l’égalité fraternelle, pénétrant de plus en plus dans les institutions, tandis qu’un plus grand nombre d’individus est appelé, par l’éducation, à se faire une part dans la richesse nationale, restée proportionnellement stationnaire ; la décomposition des associations religieuses et l’abolition du droit d’aînesse divisant la fortune des grandes familles, tandis que les petites s’efforcent de monter et subdivisent les capitaux autrefois concentrés aux mains des privilégiés ; en un mot, le chacun pour soi et chacun chez soi, devenu de plus en plus le principe de la société, tandis que la fortune publique, médiocrement accrue, se dissémine et s’éparpille : telles sont les causes particulièrement actives, en France, de la mort de l’architecture monumentale appliquée à la demeure de l’homme.

Or, les habitations privées, de plus en plus étroites, ne sauraient loger qu’un art étroit. L’artiste n’a plus d’espace; il en est réduit aux tableaux de chevalet et aux statuettes. L’art tend fatalement à se rapetisser; dans les conditions où se développe la société, l’art est acculé dans une impasse où il étouffera faute d’air.

Ainsi, l’art ressent bien péniblement déjà les effets do cette généralisation de la petite aisance que certains esprits, dits avancés, semblent regarder comme le but de leur philanthropie, comme leur idéal social (7). Il est un fait malheureusement vrai, et que des intelligences assez ouvertes d’ailleurs s’obstinent à ne pas voir, c’est que la France, ce pays dit si fertile et si riche, cette nation si active, si brillante, cette reine élégante de la civilisation, ta France est encore excessivement pauvre. Eh bien ! c’est cette pauvreté réelle que de bonnes âmes, emportées par le sentiment de la justice, voudraient partager, émietter équitablement entre tous les citoyens.

On se plaint avec raison (c’est un point que nous examinerons prochainement), on se plaint de la mauvaise direction donnée aux beaux-arts. Supposons que des fonds plus libéralement votés par les Chambres fussent employés avec plus de sagacité par un pouvoir plus intelligent et plus digne : qu’arriverait-il? On aurait et bien vite accompli l’œuvre des restaurations des cathédrales, des vieux monuments, et c’est là d’ailleurs une œuvre d’archéologie, de science et de goût, plutôt qu’un champ ouvert au libre essor du génie de l’architecte ; les hôtels de ville et les églises ne tarderaient pas à être illustrés sur toutes leurs murailles.

En architecture, on ne fait pas volontiers de l’art pour l’art; on n’élèvera pas des monuments dans le seul but d’occuper l’imagination des architectes et de fournir de l’ouvrage aux peintres et aux sculpteurs.

Il faut donc songer à transporter à toutes les parties de l’habitation humaine, à toutes les conditions de la vie privée et publique, le mode de construction monumentale. Il faut en arriver à loger, non plus quelques privilégiés, mais tous les hommes dans des palais.

Pour que l’homme habite un palais, il convient qu’il vive avec ses semblables dans des rapports d’association ; car nul n’imaginera apparemment d’aller réclamer, pour chaque groupe de quatre ou cinq personnes, formant un ménage familial, les Tuileries et leurs vastes jardins, ou même un Elysée-Bourbon. Ce n’est que pour la grande famille, pour la population collective que l’art élèvera des palais. — L’association de tous les éléments de la commune peut donc seule ouvrir à l’art l’immense essor que nous indiquons.

Que votre esprit ne recule pas avec timidité devant l’idéal. Ne dites pas que nous sommes des rêveurs, parce que nous annonçons que l’homme, roi de la création, est destiné à avoir des palais pour demeure. Vous, artistes, vous n’avez pas le droit de céder â ces faiblesses des petites âmes, car ce que nous voulons, ce sont les conditions indispensables à la grandeur de l’art. Si nous rêvons, venez donc rêver avec nous, car votre vie même est attachée à ce rêve. Venez, et quand vous serez parmi nous, et quand vous marcherez avec nous, agitant aux premiers rangs la bannière nouvelle, l’utopie d’aujourd’hui, qui porte en elle la destinée de l’art, apparaîtra tout-à-coup comme une lumière au monde, et demain elle sera devenue une réalité.

Pour que le sol se couvre de monuments, il est nécessaire, avons-nous dit, que la société soit riche; pour que la société soit riche, il est nécessaire que l’homme déploie une immense activité au travail. Voilà donc l’artiste intéressé à encourager, à glorifier le travail.

Mais allons plus loin encore.

Quels sont les moyens de pousser l’homme au travail ?

Les moyens des sociétés dans l’enfance, des sociétés mauvaises, antichrétiennes , ce sont l’esclavage, le servage et la dure nécessité qui soumet, sous peine de vie, le prolétaire au service du capitaliste. Dans ces conditions, le luxe est le privilège de quelques-uns, et les jouissances d’un petit nombre résultent du rude labeur et de l’asservissement des masses.

Les choses doivent-elles se passer toujours ainsi ? A cet égard , l’attraction le sentiment, vont nous révéler encore la destinée. Tout être humain proteste ouvertement ou sourdement contre la gène et contre l’exploitation ; tout être humain désire la richesse et la liberté : donc, richesse et liberté doivent être et seront le partage de tous les hommes.

Et non-seulement l’individu se plaint dans son propre intérêt, mais, parmi les heureux du monde, les âmes d’élite souffrent elles-mêmes des privations et des souffrances d’autrui ; une voix crie incessamment en elles : « Non, il n’est pas juste, il n’est pas conforme à la loi de Dieu qu’il y ait toujours des exploitants et des misérables ! » Nous n’avons donc pas à nous occuper d’un état de choses anti-religieux, de toutes ces institutions monstrueuses dont l’humanité se dépouille, comme le Globe s’est dépouillé des monstres antédiluviens, dont l’existence a dû précéder les créations harmoniques. Ce ne sont pas les artistes qui voudraient reconstruire ces anciens régimes où ils trouvaient quelques chances d’essor, d’ailleurs bien réduites, au prix de l asservissement des masses populaires. Les artistes sont trop voisins de Dieu pour demander autrement qu’au régime de la liberté la fortune et la splendeur de l’art.

Glorifiez donc, non pas le travail qui courbe brutalement sur le sol et fixe à la glèbe, qui contraint et humilie sous le salaire l’esclave, le serf ou le prolétaire; mais le travail libre, librement choisi, librement exécuté.

Sous le régime do la liberté, il n’est que deux mobiles à l’activité humaine, le besoin et le plaisir.

Le besoin n’est qu’un excitant médiocre ; il ne pousse pas vivement au delà des conquêtes matérielles et de nécessité pressante. Tant que les conditions du travail sont pénibles et répugnantes, l’homme, aussitôt ses premiers appétits satisfaits, aspire à se reposer. On peut dire que le seul mobile du besoin n’engendre que la médiocrité ; l’art n’a jamais pu fleurir que là où il y avait luxe.

Le plaisir, au contraire, exalte l’âme du travailleur, centuple ses forces productives, lui fait faire des prodiges et enfanter des merveilles. Les artistes peuvent concevoir les effets de l’attrait dans le travail, eux à qui il est donné parfois de se passionner pour leur œuvre.

Ainsi, les artistes sont intéressés à ce qu’on découvre le moyen d’accroître immensément l’activité industrielle en organisant le travail, en faisant du travail plaisir. Ainsi, le _travail attrayant_, tel est le problème duquel dépend nécessairement l’avenir de l’art.

Voyez-vous comme tout s’enchaîne et se lie ? Pressentez-vous c« qu’il y a d’accord préétabli entre le beau et le bon , l’agréable et l’utile ? Concevez-vous quel lien étroit unit l’art, l’art divin, aux choses dites positives, à l’œuvre de la production matérielle elle-même? Comprenez-vous enfin que c’est affaire à vous, messieurs les artistes , de songer à ce que font pour le développement de la société les industriels et les économistes, les hommes d’État, et les penseurs et les rêveurs ?

Ainsi devez-vous, pour le moins, vos sympathies à quiconque, dans le champ de la pensée ou dans celui des réalisations, s’efforce d’organiser le travail suivant des lois d’attrait et de charme. Mais la sympathie, ce premier devoir commandé par l’intérêt lui-même, suffit-elle ? Les artistes ne doivent-ils pas, ne peuvent-ils pas plus encore? ne sauraient-ils prendre directement part à cet enseignement ? Voilà précisément le paradoxe, le point de folie où nous en voulions venir.

Nous disons aux peintres : Préservez-vous simplement des mauvaises influences qui faussent si souvent votre génie ; pénétrez-vous assez du sentiment de la vraie science pour ne point rester piteusement emprisonnés ou pour ne pas céder à des impulsions vicieuses ; sachez éviter les périls qui vous assiègent dans ce monde de faux savants et de mauvais Mécènes. Ayez assez l’œil ouvert sur l’avenir pour qu’on ne puisse pas vous faire rétrograder dans les ténèbres du passé; laissez-vous aller librement, naïvement, au sentiment intime et pur de l’âme, et la leçon juste et féconde va s’imprimer d’elle-même sur votre toile, parce qu’il y a une harmonie essentielle entre l’attrait de votre âme et la destinée vraie. Si vous avez à reproduire une scène de travail, que chercherez-vous ? le beau, n’est-il pas vrai? Or, par l’effet d’un accord naturel, le beau que vous aurez produit, imaginé, sera l’image même du bien, et de votre œuvre jaillit’ ainsi un enseignement éclatant.

Il s’est rencontré de nos jours un artiste populaire de son vivant (chose rare !) et parmi les artistes et dans le public , Léopold Robert. Celui-là , on peut dire, ne s’est inspiré qu’à l’idée du travail. Sans parler de ses petites toiles, dont plusieurs se rattachent encore à la même idée (industries du peuple; ruine du travailleur pauvre ; misère et abandon de sa famille (8)), arrêtons notre pensée sur les trois œuvres capitales qu’il a laissées, le Retour des vendanges, le Repos des moissonneurs, le Départ des pécheurs.

Connaissez-vous un livre qui convie plus poétiquement au travail, au travail attrayant, que le Retour des vendanges ? Réunion nombreuse, où s’aident en souriant enfants et vieillards, belles femmes et jeunes amants ; habits de fête, luxe et solennité, danses et musique, sous un ciel pur et resplendissant. Avez-vous, devant ce tableau, l’idée des conditions serviles ? Apercevez-vous le maître exploitant et le pauvre harassé et misérable ? Non, ce sont bien là des groupes fraternellement unis, le bonheur est au milieu d’eux. Et qui ne voudrait en être ? Qui ne souhaiterait prendre part à cette fête joyeuse du travail ?

Dans le Repos des moissonneurs, la réunion est encore nombreuse et embrasse aussi les divers éléments de la famille humaine, l’enfance, la vieillesse, l’âge mur, la jeunesse et la beauté. C’est toujours fête dans le travail ; mais on sent un peu plus les lois de la vie patriarcale ; on distingue davantage les maîtres sévères des serviteurs, et les serviteurs paraissent fatigués. Aussi un sentiment de gravité, presque de tristesse, couvre cette scène admirable.

Le peintre des Pécheurs sympathise religieusement avec le travailleur malheureux. Ce qui nous frappe d’abord ici, c’est que la famille est disjointe, les sexes sont séparés. Les hommes valides et les jeunes garçons partent seuls : les mères, les amantes, les épouses, les sœurs et les petits enfants restent au logis. Les cœurs sont brisés ; une inquiétude profonde, une morne douleur doivent planer sur cette scène, car l’esquif où s’embarquent les pécheurs est frêle, car l’Adriatique est brumeuse, et des nuages menaçants rougissent et assombrissent l’horizon. Ainsi le pauvre, pour gagner sa vie, n’attend pas que le flot soit calme et le ciel serein ; il faut partir et braver les dangers. Pour nourrir la famille, le chef livre sa vie à la mer orageuse : la vieille mère, l’épouse et l’enfant au berceau ne le reverront plus peut-être ! Le riche, quand l’attrait l’appelle à quelque partie de pèche, choisit le beau temps, et, dans sa chaloupe large, confortable et solide, il embarque femme , enfants, amis. L’homme du peuple, travailleur sur la mer, monte seul à son bord, et, dans sa barque grossière, où rien n’est prévu pour le bien-être, il ne trouve rien pour occuper et égayer son cœur. Le charme existe-t-il où manquent les caresses de la famille et le sourire de l’amour?Les bruits et les périls de la tempête seuls distrairont le pêcheur isolé de son travail rude et si mal rétribué. De là ce profond attendrissement qui saisit l’âme devant le tableau de Robert.

Ainsi Léopold Robert avait compris sa mission ; ainsi ce grand artiste a su chanter le travail attrayant et pleurer sur les fausses conditions de l’industrie pénible et périlleuse du pauvre. Robert, probablement, ne connaissait pas les analyses savantes produites sur les lois du travail par Charles Fourier ; mais Robert avait l’âme haute , naïve, généreuse , et son inspiration a concordé avec les calculs du penseur. Noble artiste, qui parlait au monde au nom de Dieu môme, et qui, tout jeune encore, s’est séparé par le suicide de ce monde ingrat et cruel où son cœur, atteint par une peine d’amour, ne put trouver aucune consolation !

Suivez ce digne modèle, artistes. Montrez-nous l’homme heureux dans les œuvres industrielles bien ordonnées. Ne vous bornez point à copier froidement nos scènes des vendanges et des moissons : créez, inventez, enseignez-nous le beau idéal du travail sur la terre. Ayez pour le moins autant d’imagination et d’initiative que les chorégraphes de l’Opéra. Nous savons tel ballet où l’on puise mille impressions heureuses et utiles.

Le champ du travail, c’est la ferme, c’est la fabrique. Le peintre paysagiste est donc particulièrement appelé à imager les harmonies de la terre cultivée et luxuriante. Le Poussin et Claude Lorrain nous en apprennent plus sur l’ordonnance grandiose et sur la richesse du paysage que tous nos professeurs réunis d’agriculture et d’économie rurale.

Voilà comme nous concevons la mission de l’artiste. Regardez bien l’œuvre du maître, le Retour des vendanges el les Pécheurs de l’Adriatique : voilà dans quelle limite nous entendons que l’art soit utilitaire.

Mais, objectera-t-on, Léopold Robert, assurément, ne s’est pas dit: « Je vais enseigner aux civilisés ignorants les lois de l’organisation du travail. » C’est fort probable. Aussi n’exigeons-nous pas que l’artiste raisonne en économiste l’effet qu’il veut produire.

Il y a quelques années, un poète dramatique éminent avait donné une œuvre puissante autour de laquelle il se fit un grand bruit d’enthousiasme. L’auteur ayant été injurié par une critique venimeuse, un jeune écrivain, aujourd’hui poète dramatique lui-même , prit généreusement la défense de son aîné. Il répondit à la critique injuste et brutale par une analyse sérieuse do l’œuvre attaquée. J’assistais à la lecture de cet article, lecture à chaque instant interrompue par l’auteur du drame : « Comment ! s’écriait-il, il y a tout cela dans ma pièce ?…» Le poète avait répété, comme les prophètes, sans en comprendre tout le sens profond, la parole dictée par les anges.

Artistes, que votre âme, écho sonore soit d’un chant venu d’en haut, soit de la voix méditative des penseurs, s’ouvre pour verser au monde la leçon harmonieuse et féconde : peu importera si vous n’avez pas conscience de votre œuvre. Mais tous, entre vous, n’ont pas les sens ouverts aux mystérieuses révélations du ciel ; tous ne recueillent pas les vérités écloses parmi les hommes. Combien en voyons-nous, indécis, aller de gauche et de droite, et marcher au hasard, et céder à mille impulsions contraires ! Soyez donc bienveillants à la critique qui voudrait assurer un peu vos pas incertains.

— Eh ! depuis quand fait-on la leçon au rossignol? Libre sous le feuillage, quand vient la saison riante, il jette, insouciant, au monde le flot de ses mélodies. — Il est vrai ; mais l’homme est plus éducable que l’oiseau. D’ailleurs, le rossignol, dans sa fantaisie désordonnée, a toujours une voix juste et brillante. S’il vous arrive, au contraire, de chanter comme le hibou, avouez que le public aura le droit do se boucher les oreilles et de vous fermer son cœur. L’affaire du public est précisément d’apprécier et d’analyser la chanson du rossignol et celle du hibou ; celle des critiques est de guider dans son jugement le public, dans son inspiration l’artiste.

IV

On the very lively interest that the question of the organization of labor can and must inspire in artists. Decline of architecture; Effect of fragmentation. All the arts in ruin. Attractive Labor the only way to salvation. The work of Leopold Robert. Happiness In labor.

Architecture, we have said, is the pivotal art. The typical property of the pivot is that it can be taken for the whole series. Thus, we say: Bonaparte beat the Austrians at Marengo; we say Rome to designate the whole Catholic Church; Raphael is cited to characterize the Roman school; in the celestial spheres, we speak of the Sun when we want to speak of our whirlwind of stars. By noting the conditions of the development of architecture, we will know, by this alone, the conditions of development of the other plastic arts, completely dependent on their pivot.

What fate prepares the current movement of society for architecture?

Let’s take a look around us. What general fact occurs and painfully strikes the eye of the artist? — No more monuments, no more palaces. From all sides rise large blocks of square form, where everything aims at the full, a heavy and vulgar type, in which the imprisoned genius of art can no longer manifest either its grandeur or its fantasy. All the imagination of the architect is exhausted in figuring, more or less, on the facade, orders on shelves, in adorning friezes and in curling window supports. Inside, more court, more peristyle, more vast and luminous rooms; small, increasingly cramped little rooms, cabinets and boudoirs stolen from the recesses of the spiral staircase; no more grandstands or cupolas: the curve is too free a form and proscribed by the sordid economy; good superimposed squares, compartments where the man fits: the cellular system applied to the family group. The problem is this: In a given space, to use the least number of materials and to pile up (by isolating them from one another) as many men as possible; to diminish the guarantee of solidity to the limit of the correctional police, to increase the shrinkage of human habitation to the limit of physical suffocation and moral stupefaction.

This tendency, this fait accompli, are the results of fragmentation. The principles of a fairer proportionality, of fraternal equality, penetrating more and more into institutions, while a greater number of individuals are called, through education, to take a share in the wealth national, remained proportionally stationary; the decomposition of religious associations and the abolition of the law of primogeniture dividing the fortune of the great families, while the small ones strive to rise and subdivide the capital formerly concentrated in the hands of the privileged; in a word, the chacun pour soi et chacun chez soi, which has become more and more the principle of society, while the public fortune, moderately increased, is disseminated and scattered: such are the particularly active causes, in France, of the death of monumental architecture applied to the dwelling of man.

Now, private dwellings, becoming more and more narrow, can only accommodate a narrow art. The artist has no more space; he is reduced to easel pictures and statuettes. Art inevitably tends to shrink; in the conditions in which society develops, art is forced into an impasse where it will suffocate for lack of air.

Thus, art already feels very painfully the effects of this generalization of the small ease that certain minds, called advanced, seem to regard as the goal of their philanthropy, as their social ideal. (7) There is a fact that is unfortunately true, and that more open minds persist in not seeing, it is that France, this country said to be so fertile and so rich, this nation so active, so brilliant, this elegant queen of civilization, your France is still excessively poor. Well! It is this real poverty that good souls, carried away by the feeling of justice, would like to share, to split up equitably among all the citizens.

We complain with reason (it is a point that we will examine shortly), we complain about the bad direction given to the fine arts. Suppose that funds more liberally voted by the Chambers were employed with more sagacity by a more intelligent and worthy power: what would happen? We would have quickly accomplished the work of restoring cathedrals and old monuments, and this is moreover a work of archaeology, science and taste, rather than a field open to the free development of genius. of the architect; town halls and churches would soon be illustrated on all their walls.

In architecture, one does not willingly make art for art’s sake; monuments will not be erected for the sole purpose of occupying the imagination of architects and furnishing the work to painters and sculptors.

It is therefore necessary to think of transporting to all parts of human habitation, to all the conditions of private and public life, the mode of monumental construction. It was necessary to manage to house, no longer a few privileged people, but all men in palaces.

For man to inhabit a palace, he must live with his fellows in a relationship of association; because no one will apparently imagine going to claim, for each group of four or five people, forming a family household, the Tuileries and their vast gardens, or even an Elysée-Bourbon. It is only for the great family, for the collective population that art will erect palaces. — The association of all the elements of the commune can therefore alone open to art the immense development which we have indicated.

Let your mind not recoil timidly from the ideal. Do not say that we are dreamers, because we announce that man, king of creation, is destined to have palaces as his dwelling. You, artists, you have no right to yield to these weaknesses of small souls, because what we want are the conditions indispensable to the greatness of art. If we are dreaming, come and dream with us, because your very life is attached to this dream. Come, and when you are among us, and when you walk with us, waving the new banner in the front ranks, the utopia of today, which bears within it the destiny of art, will suddenly appear like a light to the world, and tomorrow it will have become a reality.

For the ground to be covered with monuments, it is necessary, as we have said, that society be rich; for society to be rich, it is necessary for man to display immense activity at labor. Here, then, is the artist interested in encouraging, in glorifying labor.

But let’s go even further.

What are the means of pushing man to labor?

The means of societies in infancy, of bad, anti-Christian societies, are slavery, serfdom and the hard necessity which subjects, under penalty of life, the proletarian to the service of the capitalist. In these conditions, luxury is the privilege of a few, and the enjoyments of a few result from the hard labor and enslavement of the masses.

Should things always be like this? In this respect, the attraction the feeling, will still reveal the destiny to us. Every human being protests openly or secretly against embarrassment and against exploitation; every human being desires wealth and liberty: therefore, wealth and liberty must and will be the share of all men.

And not only does the individual complain in his own interest, but among the fortunate of the world, the elite souls themselves suffer from the privations and sufferings of others; a voice cries incessantly within them: “No, it is not just, it is not in conformity with the law of God that there are always exploiters and the miserable!” So we don’t have to concern ourselves with an anti-religious state of affairs, with all those monstrous institutions of which humanity is stripping itself, as the Globe has stripped itself of antediluvian monsters, whose existence must have preceded the harmonic creations. It is not the artists who would like to rebuild these old regimes where they found some chances of growth, moreover very reduced, at the cost of the enslavement of the popular masses. Artists are too close to God to ask other than the regime of liberty for the fortune and splendor of art.

Glorify then, not the labor that bends brutally on the ground and fixes to the glebe, that constrains and humiliates under wages the slave, the serf or the proletarian; but free labor, freely chosen, freely performed.

Under the regime of liberty, there are only two motives for human activity, need and pleasure.

Need is only a mediocre stimulant; it does not push vigorously beyond material conquests and pressing necessity. As long as the conditions of labor are painful and repugnant, man, as soon as his first appetites are satisfied, aspires to rest. It can be said that the sole motive of need engenders only mediocrity; art could only flourish where there was luxury.

Pleasure, on the contrary, exalts the soul of the worker, increases his productive forces a hundredfold, causes him to perform wonders and bring forth marvels. Artists can conceive of the effects of attraction in work, to whom it is sometimes given to be passionate about their work.

Thus, artists are interested in discovering the means of immensely increasing industrial activity by organizing work, by making work a pleasure. Thus, attractive labor, such is the problem on which the future of art necessarily depends.

Do you see how everything is linked and linked? Do you have a presentiment that there is a pre-established agreement between the beautiful and the good, the pleasant and useful? Do you conceive what close link unites art, divine art, to things said to be positive, to the work of material production itself? Do you finally understand that it is up to you, gentlemen artists, to think of what industrialists and economists, statesmen, thinkers and dreamers are doing for the development of society?

So you owe, at the very least, your sympathies to whoever, in the field of thought or in that of realization, endeavors to organize labor according to the laws of attraction and charm. But is sympathy, that first duty commanded by self-interest, enough? Shouldn’t artists, can’t they do more? Could they not take part directly in this teaching? This is precisely the paradox, the point of madness we wanted to come away from.

We say to painters: Simply preserve yourself from the bad influences which so often falsify your genius; imbue yourselves sufficiently with the sentiment of true science not to remain piteously imprisoned or not to yield to vicious impulses; know how to avoid the perils that besiege you in this world of false scholars and bad patrons. Keep your eyes open enough to the future so that you cannot be demoted into the darkness of the past; let yourself go freely, naively, to the intimate and pure feeling of the soul, and the right and fruitful lesson will imprint itself on your canvas, because there is an essential harmony between the attraction of your soul and true destiny. If you have to reproduce a scene of labor, what will you look for? The beautiful, is it not true? Now, by the effect of a natural harmony, the beauty that you will have produced, imagined, will be the very image of good, and from your work thus springs a dazzling lesson.

We encounter nowadays a popular artist during his lifetime (a rare thing!) among the artists and in the public, Léopold Robert. This one, one might say, was only inspired by the idea of work. Without speaking of his small canvases, several of which are still linked to the same idea (the industry of the people; the ruin of the poor worker; the misery and abandonment of his family (8)), let us stop to consider the three capital works he left, the Retour des vendanges, le Repos des moissonneurs, le Départ des pécheurs.

Do you know of a book that invites you more poetically to labor, to attractive labor, than Le Retour des vendanges? A large gathering, where smiling children and old men, beautiful women and young lovers help each other; festive clothes, luxury and solemnity, dances and music, under a pure and resplendent sky. Do you have, in front of this painting, the idea of servile conditions? Do you see the master farmer and the poor, harassed and miserable? No, these are indeed fraternally united groups, and happiness is in their midst. And who wouldn’t want to be? Who wouldn’t want to take part in this joyous feast of labor?

In the Repos des moissonneurs, the gathering is again numerous and also embraces the various elements of the human family, childhood, old age, middle age, youth and beauty. It is again a party at labor; but one feels a little more the laws of the patriarchal life; the severe masters are more distinguished from the servants, and the servants seem tired. Also a feeling of gravity, almost of sadness, covers this admirable scene.

The painter of Pécheurs religiously sympathizes with the unfortunate worker. What strikes us first here is that the family is disjoint, the sexes are separate. Able-bodied men and young boys leave alone: mothers, lovers, wives, sisters and grandchildren remain at home. Hearts are broken; a deep concern, a gloomy pain must hover over this scene, for the skiff in which the fishermen embark is frail, for the Adriatic is misty, and threatening clouds redden and darken the horizon. Thus the poor, in order to earn a living, do not wait for the waves to be calm and the sky to be serene; you have to leave and brave the dangers. To feed the family, the chief delivers his life to the stormy sea: the old mother, the wife and the child in the cradle will perhaps never see him again! The rich man, when attraction calls him to join some fishing party, chooses the good weather, and, in his wide, comfortable and solid boat, he embarks with wife, children, friends. The man of the people, hardworking on the sea, climb onboard alone and, in his crude boat, where nothing is provided for well-being, he finds nothing to occupy and enliven his heart. Does charm exist where the caresses of family and the smile of love are lacking? The noises and perils of the storm alone will distract the isolated fisherman from his hard and badly remunerated labor. Hence that deep tenderness that seizes the soul before Robert’s picture.

Thus Léopold Robert understood his mission; thus this great artist knew how to sing attractive labor and weep over the false conditions of the painful and perilous industry of the poor. Robert, probably, was unaware of the scholarly analyzes produced on labor laws by Charles Fourier; but Robert had a lofty, naive, generous soul, and his inspiration agreed with the calculations of the thinker. Noble artist, who spoke to the world in the name of even God, and who, still very young, separated himself by suicide from this ungrateful and cruel world where his heart, touched by a pang of love, could find no consolation!

Follow this worthy model, artists. Show us the happy man in well-ordered industrial works. Do not confine yourself to coldly copying our scenes of vintage and harvest: create, invent, teach us the beautiful ideal of labor on the earth. Have at least as much imagination and initiative as the choreographers at the Opera. We know such a ballet from which one draws a thousand happy and useful impressions.

The field of work is the farm, the factory. The landscape painter is therefore particularly called upon to depict the harmonies of cultivated and luxuriant land. Le Poussin and Claude Lorrain teach us more about the grandiose order and the richness of the landscape than all our professors of agriculture and rural economy put together.

This is how we conceive of the artist’s mission. Take a good look at the work of the master, the Retour des vendanges and the Pécheurs de l’Adriatique: this is the limit within which we intend art to be utilitarian.

But, it will be objected, Léopold Robert certainly did not say to himself: “I am going to teach ignorant civilized men the laws of the organization of labor.” It is very likely. So we do not require the artist to reason as an economist about the effect he wants to produce.

A few years ago, an eminent dramatic poet had produced a powerful work around which there was a great noise of enthusiasm. The author having been insulted by a venomous criticism, a young writer, today a dramatic poet himself, generously came to the defense of his elder. He responded to unfair and brutal criticism with a serious analysis of the work under attack. I attended the reading of this article, reading interrupted at every moment by the author of the drama: “How! he exclaimed, is there all that in my play?…” The poet had repeated, like the prophets, without understanding all the profound meaning, the words dictated by the angels.

Artists, may your soul, sonorous echo either of a song from above or of the meditative voice of thinkers, open up to pour out into the world the harmonious and fruitful lesson: it will matter little if you are not aware of your work. But not all of you have your senses open to the mysterious revelations of heaven; all do not collect the truths hatched among men. How many do we see, undecided, going from left to right, and walking at random, and yielding to a thousand contrary impulses! So be kind to the critic who would like to assure your uncertain steps a little.

— Well! Since when do we teach the nightingale? Free under the foliage, when the smiling season comes, he throws, carefree, the flood of his melodies into the world. — this is true; but the man is more educable than the bird. Besides, the nightingale, in its disorderly fantasy, always has a clear and brilliant voice. If, on the contrary, you happen to sing like the owl, admit that the public will have the right to cover their ears and close their hearts to you. The business of the public is precisely to appreciate and analyze the song of the nightingale and that of the owl; that of the critics is to guide the public in its judgment, the artist in its inspiration.

V

LE BONHEUR DANS LES AFFECTIONS.

Nous avons montré comment l’artiste peut enseigner les lois du bonheur général en ce qui regarde les sens et dans le domaine de l’industrie.Quant aux sentiments du cœur , si l’attraction ne nous révélait point partout la loi d’essor libre et d’amour dans la famille, entre amis, dans les clubs, dans les corporations, au sein des assemblées publiques, dans l’union des amants, nous aurions encore pour nous guider l’enseignement que toutes les grandes âmes, que tous les chefs spirituels de l’humanité ont incessamment répété, que Dieu lui-même a donné dans cette parole : Aimez-vous les uns les autres.

L’amour, voilà ce que l’artiste doit chanter. Qu’il prenne les enfants par la main et se mêle à leurs rondes joyeuses , qu’il offre la petite famille aux caresses des vieux parents ; qu’il suspende le nourrisson au sein et aux lèvres de sa mère. Qu’il célèbre éternellement la divine Madone, ce type maternel, en adoration devant le Bambino, et la tendresse sans bornes de Joseph, le bon père adoptif. Qu’il nous redise cette parole sacrée : Laissez venir à moi les petits enfants, car le royaume du ciel est à eux. Qu’il songe à interpréter le Verbe, et nous montre comment l’enfance, cédant librement à l’attrait naturel, révèle par sa liberté môme les lois de l’ordre voulu par Dieu. Qu’il groupe les rois avec leurs peuples, les chefs avec les inférieurs, dans des rapports de dignité et d’affection ; qu’il nous introduise dans le monde nouveau, où il n’y aura plus de maîtres imposés par la violence, par la ruse, par la peur ou par le hasard , mais où chaque subordonné se ralliera au chef élu par l’attrait du cœur et’par l’enthousiasme de l’intelligence. Qu’il nous retrace les tableaux de l’amour noble, loyal et délicat, de cet amour que Lamartine a pressenti et dont la Terre n’a pas connu encore les puretés, les harmonies et les enchantements.

Que l’artiste nous commande le dévouement à la cité, à la patrie et à l’humanité ; qu’il célèbre la paix et la fraternité universelle. Qu’il nous apprenne à aimer tous les hommes, quel que soit leur habit, tous les peuples, quel que soit leur drapeau, toutes les races, quelle que soit leur couleur. Qu’il nous révèle, enfin, le lien des existences’ immortelles, le mystère de la transfiguration des êtres; qu’il recommande à nos respects les traditions religieuses de tous les peuples, à notre culte, cette divine figure du Christ, cette histoire évangélique, Verbe toujours vivant, source sacrée d’où vient à flots purs l’idée de l’unité de l’homme avec lui-même et avec Dieu. Que l’artiste , sur quelque point que s’arrête son regard, y surprenne les lois de l’harmonie universelle, et que, sur ce tableau de l’ordre immuable, il sème parfois, mobiles et souriants, le caprice et la fantaisie, ces ombres légères, errantes et folles de l’éternelle lumière !

V

HAPPINESS IN THE AFFECTIONS.

We have shown how the artist can teach the laws of general happiness as regards the senses, in the domain of industry. As for the feelings of the heart, if attraction did not reveal to us everywhere the law of free flight and love in the family, among friends, in clubs, in corporations, in public assemblies, in the union of lovers, we would still have to guide us the teaching that all great souls, that all spiritual leaders of humanity have incessantly repeated, which God himself gave in this word: Love one another.

Love, this is what the artist must sing. Let him take the children by the hand and join in their joyful rounds, let him offer the little family to the caresses of old relations; let him suspend the infant to the bosom and to the lips of his mother. May he eternally celebrate the divine Madonna, this maternal type, in adoration before the Bambino, and the boundless tenderness of Joseph, the good adoptive father. May he repeat this sacred word to us: Let the little children come to me, for the kingdom of heaven is theirs. Let him think of interpreting the Word, and show us how childhood, yielding freely to natural attraction, reveals by its very liberty the laws of the order willed by God. Let him group kings with their peoples, chiefs with inferiors, in relations of dignity and affection; let him introduces us to the new world, where there will no longer be masters imposed by violence, by trickery, by fear or by chance, but where each subordinate will rally to the leader elected by the attraction of heart and by the enthusiasm of the intelligence. Let him retrace for us the pictures of noble, loyal and delicate love, of this love that Lamartine sensed and whose purity, harmonies and enchantments the Earth has not yet known.

May the artist command us to devote ourselves to the city, to the homeland and to humanity; let him celebrates peace and universal brotherhood. May he teach us to love all men, whatever their dress, all peoples, whatever their flag, all races, whatever their color. May he reveal to us, finally, the bond of immortal existences, the mystery of the transfiguration of beings; may he recommend to our respect the religious traditions of all peoples, to our worship, this divine figure of Christ, this Gospel story, ever-living Word, sacred source from which comes in pure waves the idea of the unity of man with himself and with God. Let the artist, on whatever point his gaze stops, surprise there the laws of universal harmony, and let him sometimes sow, on this picture of immutable order, mobile and smiling, caprice and fantasy, these light, wandering and mad shadows of the eternal light!

VI

L’art Critique Et L’art Prophétique, L’expression Du Malheur.

La mission de l’art se borne-t-elle à chanter le bon et le beau? N’a-t-il point d’autre parole que l’hymne de l’harmonie et du bonheur? Nous arrêter à cette limite, ce serait évidemment méconnaître toute une face importante de l’art. L’artiste a toujours eu des chants pour toutes les tristesses, pour toutes les douleurs, et il semble même que la voix mélancolique rencontre dans le cœur un écho plus sympathique et mérite mieux les respects du monde. Un opéra séria est d’un ordre plus élevé qu’une partition joyeuse , fût-ce celle d’Il Barbiere. Cela est juste. L’âme humaine, au milieu des subversions et des souffrances universelles, s’ouvre comme à regret aux impressions heureuses. Tant que des soupirs et des lamentations peuvent répondre à nos cris de joie, nous ne savons pas jouir de la fête. Et que savons-nous du bonheur ? A peine quelque image vague et fugitive des félicités promises est-elle apparue à la terre. Mais le malheur, oh ! que l’homme éperdu en a bien sondé toutes les profondeurs ! et combien il cherche avec impatience à rejeter le fardeau qui l’épuisé et le déchire ! Aussi la Providence a-t-elle attaché un charme douloureux, un attrait puissant et terrible aux images du mal.

L’effet immédiat et conséquemment l’objet d’un tableau d’affliction est de nous inspirer de la pitié. L’effet médiat est d’accroître notre répugnance et de nous irriter contre le mal, afin que nous cherchions à le détruire. Le succès de l’artiste répond au maximum d’impression produite. Donc, plus l’art pénètre au fond de la douleur, plus il agit, par mode de réaction, sur l’accomplissement de la destinée.

Il semble que l’idée de beauté soit naturellement corrélative à celle de bonheur ; cependant elle se trouve constamment liée à la souffrance humaine. On dit : une belle douleur, une belle horreur. Il existe à cet égard quelque confusion dans l’esprit et dans le langage de la critique.

Nous savons que la vie humaine a deux faces, le mal et le bien, le malheur et le bonheur. Le principe de dualité d’essor se retrouve en toutes choses : dans l’espace, il y a l’ombre et la lumière. L’art, expression la plus délicate de la vie , doit donc avoir deux essors analogues ; il figure les choses harmoniques et les choses subversives. On a généralement appelé beau, dans le» arts, le summum d’effet obtenu dans un sujet quelconque de bonheur ou de souffrance. Des éléments nombreux, fortement combinés pour exprimer soit un caractère , soit un état de l’âme, soit une action, réalisent un type plus ou moins parfait, un idéal auquel on a donné le nom de beauté.

Pour éviter des confusions et des querelles de mots, il est important de bien distinguer cette double source du beau. Le beau prend son essor direct, harmonique, quand il image l’idéal bonheur ; le beau prend son essor inverse, subversif, quand il image l’idéal malheur.

Comme la représentation du vrai beau et du bien a pour effet nécessaire de nous attirer vers la destinée heureuse , comme la représentation du laid (9) et du mal a pour effet nécessaire de nous écarter de l’état de désordre et de souffrance, il s’ensuit que l’art est prophétique alors qu’il exprime l’idéal bonheur, et critique alors qu’il exprime le malheur.

Ainsi, deux essors pour l’art : à côté de l’hymne au bonheur, le chant douloureux et désespéré. Artistes, inspirez-nous du dégoût pour nos campagnes en désordre, pour la demeura sale, étroite et enfumée ou s’étiole et s’abrutit la famille du pauvre. Etalez d’un pinceau brutal toutes les laideurs, toutes les tortures qui sont au fond de notre société. Protestez contre toutes les misères, contre toutes les violences, contre tous les asservissements. Soyez toujours avec les bons contre les égoïstes, avec le faible contre l’oppresseur, avec les victimes contre les bourreaux. Pleurez sur les martyrs du dévouement religieux ; racontez à nos cœurs émus la passion do Jésus! Mais, de grace! n’imitez pas ces prêtres qui n’ont pas compris le mystère du divin sacrifice ; et quand vous nous montrez la croix où fut attaché l’Homme-Dieu, que ce soit, non pas pour l’adorer comme un éternel symbole du malheur humain, mais seulement pour bénir en elle le signe de la Rédemption ! Les temps sont passés du culte de la douleur; les temps approchent de la transfiguration de l’homme racheté par la parole du Christ !

Artistes, soyez de votre temps, et ne laissez pas supposer que les grands efforts, que les mouvements généreux vers les destinées, exprimés par les penseurs, par les poètes, par tous les écrivains, se produisent autour de vous sans vous émouvoir et passent inaperçus de vous.

Deux idées capitales apparaissent dans notre époque. Le paupérisme préoccupe les penseurs , cause des soucis inquiets aux hommes d’État, épouvante les timides et les égoïstes. La théorie de l’unité universelle est produite, la loi de l’harmonie est révélée, l’ère du bonheur est annoncée. L’art ne saurait rester étranger à ces faits supérieurs. Ces idées du Paupérisme et de l’Harmonie sont-elles antipathiques à l’art ? l’artiste ne saurait-il y trouver une source d’inspirations? Un mot va vous répondre : à la première de ces idées se rattache le grand succès littéraire de ces dernières années ; à la seconde, l’un des plus brillants débuts dans l’art de la peinture. Que les triomphes de l’auteur des Mystères de Paris et du peintre du Rêve de bonheur, vous soient un avertissement salutaire !

Artists, do not seek in our doctrines une idée qui puisse inquiéter votre génie libre et indépendant. Sous la faiblesse de notre parole, si vous avez compris notre pensée, si vous avez entendu le sentiment de nos cœurs, vous devez savoir déjà que, dans notre Nouveau Monde, votre essor ne sera point gêné ni votre âme opprimée : non, nous vous parlerons toujours de Charité, d’Espérance et de Foi. D’une main, nous vous montrons l’abîme de douleurs, l’enfer social où se débat l’homme martyr, en vous criant : Ayez pitié de vos frères, excitez les sympathies publiques, aidez à mettre un terme à ce long supplice des misères et des haines ! Nous élevons l’autre main vers le ciel, en vous disant : Allez dans votre liberté, artistes ; montez pleins d’enthousiasme, et emportez à votre suite l’humanité jusques aux pieds de Dieu.

VII

Critical art and prophetic art, the expression of misfortune.

Is the mission of art limited to singing the good and the beautiful? Does it have no other word than the hymn of harmony and happiness? To stop at this limit would obviously be to misunderstand a whole important facet of art. The artist has always had songs for all the sadness, for all the pain, and it even seems that the melancholy voice finds a more sympathetic echo in the heart and better deserves the respect of the world. An opera seria is of a higher order than a joyous score, even that of Il Barbiere. That’s right. The human soul, in the midst of universal subversions and sufferings, opens as if reluctantly to happy impressions. As long as sighs and lamentations can answer our cries of joy, we do not know how to enjoy the feast. And what do we know about happiness? Scarcely has some vague and fleeting image of the promised bliss appeared on the earth. But misfortune, oh! how deeply distraught man has sounded all its depths and how impatiently he seeks to throw off the burden that wears him out and tears him! So Providence has attached a painful charm, a powerful and terrible attraction to the images of evil.

The immediate effect and therefore the object of a picture of affliction is to inspire us with pity. The mediate effect is to increase our repugnance and irritate us against evil, so that we seek to destroy it. The success of the artist responds to the maximum impression produced. Therefore, the more art penetrates to the bottom of pain, the more it acts, by mode of reaction, on the accomplishment of destiny.

It seems that the idea of beauty is naturally correlative to that of happiness; however, it is constantly linked to human suffering. They say: a beautiful pain, a beautiful horror. In this respect there is some confusion in the mind and in the language of criticism.

We know that human life has two faces, evil and good, unhappiness and happiness. The principle of duality of growth is found in all things: in space, there is shadow and light. Art, the most delicate expression of life, must therefore have two analogous impulses; it represents harmonic things and subversive things. The highest effect obtained in any subject of happiness or suffering has generally been called beautiful in the arts. Numerous elements, strongly combined to express either a character, or a state of the soul, or an action, realize a more or less perfect type, an ideal to which we have given the name of beauty.

To avoid confusion and quarrels over words, it is important to clearly distinguish this double source of beauty. The beautiful takes its direct, harmonic flight when it depicts ideal happiness; the beautiful takes its inverse, subversive flight when it depicts the ideal misfortune.

As the representation of the truly beautiful and the good has the necessary effect of attracting us towards happy destiny, as the representation of the ugly (9) and the evil has the necessary effect of moving us away from the state of disorder and suffering, it follows that art is prophetic when it expresses the ideal of happiness, and critical when it expresses unhappiness.

Thus, two flights for art: next to the hymn to happiness, the painful and desperate song. Artists, inspire us with disgust for our disordered countryside, for the dirty, narrow and smoky dwelling where the family of the poor withers and brutalizes itself. Spread out with a brutal brush all the ugliness, all the tortures that are at the bottom of our society. Protest against all misery, against all violence, against all enslavement. Always be with the good against the selfish, with the weak against the oppressor, with the victims against the executioners. Weep over the martyrs of religious devotion; tell our moved hearts the passion of Jesus! But, please! do not imitate those priests who have not understood the mystery of the divine sacrifice; and when you show us the cross where the Man-God was tied, let it be, not to adore him as an eternal symbol of human misfortune, but only to bless in him the sign of Redemption! The times have passed from the cult of pain; the time is approaching for the transfiguration of man redeemed by the word of Christ!

Artists, be of your time, and do not let it be supposed that the great efforts, that the generous movements towards destinies, expressed by thinkers, by poets, by all writers, occur around you without moving you and pass unnoticed by you.

Two capital ideas appear in our time. Pauperism preoccupies thinkers, causes uneasy concern to statesmen, terrifies the timid and selfish. The theory of universal unity is produced, the law of harmony is revealed, the era of happiness is heralded. Art cannot remain foreign to these superior facts. Are these ideas of Pauperism and Harmony antipathetic to art? Can’t the artist find a source of inspiration there? One word will answer you: to the first of these ideas is attached the great literary success of recent years; to the second, one of the most brilliant beginnings in the art of painting. May the triumphs of the author of the Mysteries of Paris and the painter of the Rêve de bonheur be a salutary warning to you!

Artists, do not seek in our doctrines an idea that may disturb your free and independent genius. Under the weakness of our word, if you have understood our thought, if you have heard the feeling of our hearts, you must already know that, in our New World, your growth will not be hampered nor your soul oppressed: no, we we will always speak of Charity, Hope and Faith. With one hand, we show you the abyss of pain, the social hell where the martyred man struggles, crying to you: Have pity on your brothers, arouse public sympathy, help put an end to this long torture. miseries and hatreds! We raise the other hand towards the sky, while saying to you: Go in your liberty, artists; ascend full of enthusiasm, and carry humanity with you to the feet of God.

NOTES.

(1) Goût, odorat, ouïe, vue, tact; amitié, amour, familisme, ambition.

(2) Cabaliste, papillonne, composite.

(3) Parmi les affectives, c’est l’amour (hyper-mineure) qui nous cause le ravissement céleste le plus vif. Il est pour les vrais amants des instants de pure extase, où l’âme se dégage de la vie individuelle et terrestre, et se confond en Dieu.

(4) A cet égard, l’École écossaise, continuée par MM. Jouffroy, Garnler, etc., a, par ses analyses délicates, fait faire des progrès à la psychologie.

(5) A un point de vue plus général, c’est le sens le plus individuel, le plus grossier, comme on dit vulgairement, le goût, qui, par l’immense emploi qu’il exige de l’activité humaine, par l’agriculture, l’industrie et le commerce, concourt le plus puissamment à relier entre eux les hommes, les États, les continents, et à préparer l’unité terrestre. C’est encore un effet du contact des extrêmes.

(6) Un fait mérite d’être observé, parce qu’il éclaire un principe fondamental de la science sociale. A mesure que le beau se prolonge et s’étend à la généralité, vous pouvez remarquer qu’il perd de ses propriétés. L’éclat s’efface ; l’objet, dans le sentiment vulgaire, ne répond plus qu’à l’idée du bien. Permettez un exemple trivial. II est beaucoup, nous ne dirons pas de villages, mais de cités provinciales, ou le linge blanc est encore un luxe, une beauté; dans les capitales de l’Europe, dans les provinces néerlandaises, dans les colonies, l’éclat du linge est un fait normal, un simple confortable, l’idée de luxe et de beauté n’y est plus attachée. Que de choses sont belles aujourd’hui, qui, dans cent ans, ne paraîtront plus que bonnes ! Mais d’autres richesses auront été conquises par le travail, produites par l’art, découvertes par la science ; d’autres éléments do la beauté seront apparus a Pâme agrandie et raffinée. Les siècles d’harmonie auront leur luxe et leur beauté, couronne splendide, toujours brillante au front de l’humanité. Ce fruit parfait du travail, cette fleur exquise de la pensée, auront encore ce caractère de rareté qui fait qu’on les recherche avec passion, qu’on les conquiert par des prodiges d’activité. C’est l’idéal placé i la limite suprême, éternel attrait de l’âme humaine, mobile de notre incessante aspiration vers la source de l’absolue beauté.

C’est là ce que n’arrive pas à concevoir l’École communiste. Son idéal est borné ; pénétrez bien le génie de ses doctrines, et vous sentez qu’on arrive à l’universalisation d’un certain confortable, agréable et vulgaire, servi sur la table de l’égalité. Quelques communistes, esprits critiques, solides Bur le terrain des sociétés mauvaises , attaquent vivement le vice des hiérarchies oppressives, de la série faussée ; mais, par un effet de reaction, ils ne s’élèvent pas très haut dans la conception de la série vraie. Leur vue intellectuelle, comme la vue matérielle des myopes, analyse très-bien les choses à petite distance ; elle n’embrasse pas, dans les hauteurs de l’avenir, l’idée de la hiérarchie organisée au sein de l’harmonie. Si le communisme était autre chose qu’un excellent instrument de destruction, s’il pouvait sérieusement s’implanter dans la société, et la régir, il semble qu’il n’y aurait bientôt plus autour de l’homme que le fait du bon, une médiocrité honnête et tranquille ; la suprême beauté, toujours exceptionnelle, cette fleur qui éclot au sommet de la pyramide humaine, pour se reproduire peu à peu à l’infini et verser successivement son charme et son parfum jusque sur les derniers degrés de la série vivante, cette (leur de l’idéal, ce point sommaire, lumineux et sublime, par lequel l’humanité se met en contact avec Dieu, tout ce qui brille et échauffe, tout ce qui anime, excite, enthousiasme l’homme, s’effacerait sur le sein de la terre immobile.

Le principe de l’égalité contient un germe de mort pour l’art.

(7) Autrefois, au temps des grands seigneurs, on trouvait encore de nombreuses voies d’essor, palais et châteaux, et parcs à construire et à embellir. La noblesse étant riche, était généreuse et prodigue, passionnée pour les merveilles du luxe, pour les splendeurs de l’art. De nos jours, à peine peut-on citer deux grands seigneurs ayant des murailles à peindre et des piédestaux à orner, et dix particuliers ayant quelques mètres d’espace à couvrir de peintures, entre les buffets d’une salle à manger et les glaces d’un salon.

A la place d’un clergé, d’une aristocratie et d’une monarchie qui faisaient largesse aux arts, que nous reste-t-il? Au premier rang, il faut lui rendre cet honneur, la Liste civile, une Liste civile que l’on tend chaque jour à écorner. Un parti travaille activement à diminuer les ressources de la royauté; ce parti compte dans ses rangs plusieurs écrivains sympathiques aux beaux arts, et ceux-là ne proposent d’appauvrir le roi que pour remettre les fonds dont il dispose aux mains du ministre, pour faire directement de l’État le suprême protecteur de l’art. On peut dire avec ces écrivains que la Liste civile échappe trop à la responsabilité, et que le successeur du roi LouisPhilippe peut n’avoir pas, comme Sa Majesté, la passion des bâtisses et l’Idée d’un Musée de Versailles. Mais, de l’autre côté, nous trouvons des Inconvénients plus graves encore dans l’attribution au budget ministériel de tous les fonds destines aux beaux arts. MM. les députés, n’étant plus arrêtés par le respect de la royauté, ne manqueraient pas d’appliquer au domaine de l’art le système des rognures économiques annuelles tant recommandées par les petits bourgeois et les paysans électeurs ; nous verrions, en même temps, grandir le scandale actuel de la distribution des travaux, et tous les clochers se disputant, au prix des votes politiques, les commandes pour les artistes de l’endroit, pour les cruches du crû, suivant l’heureuse expression de M. Dupin. Nous estimons que, dans l’état actuel des mœurs publiques en France, il est bon de conserver avec libéralité à la Liste civile les moyens de protéger noblement les arts.

(8) La Veuve du Pêcheur, la Femme italienne, la Paysanne sur les ruines de sa maison, les Pifferari…… Presque toutes les œuvres de Robert étaient reproduite! en gravures au dernier Salon.

(9) Dans ces analyses, la pauvreté de la langue fait bien vite confusion. Il serait Important de consacrer ces distinctions nécessaires dans le langage, de les préciser par l’expression. La langue sera pauvre tant qu’elle n’aura pas un mol pour chaque Idée essentielle. Hasardez donc des mots, messieurs les critiques ; poètes, imposez au monde ceux qu’une voix du ciel murmure à votre oreille.

NOTES.

(1) Taste, smell, hearing, sight, touch; friendship, love, familism, ambition.

(2) Cabalist, butterfly, composite.

(3) Among the affective, it is love (hyper-minor) that causes us the most vivid celestial rapture. For true lovers there are moments of pure ecstasy, when the soul frees itself from individual and earthly life and merges in God.

(4) In this respect, the Scottish School, continued by MM. Jouffroy, Garnler, etc., have, by their delicate analyses, made progress in psychology.

(5) From a more general point of view, it is the most individual sense, the coarsest, as we say vulgarly, taste, which, by the immense use it requires of human activity, by agriculture, industry and commerce, contributes most powerfully to connecting men, States, continents, and to preparing earthly unity. It is again an effect of the contact of extremes.

(6) One fact deserves to be observed, because it throws light on a fundamental principle of social science. As the beautiful extends and extends into generality, you can notice that it loses its properties. The brilliance fades; the object, in the vulgar sentiment, only responds to the idea of good. Allow a trivial example. There are many, we won’t say villages, but provincial cities, where white linen is still a luxury, a beauty; in the capitals of Europe, in the Dutch provinces, in the colonies, the luster of the linen is a normal fact, a simple comfort, the idea of luxury and beauty is no longer attached to it. How many things are beautiful today which, in a hundred years, will only appear good! But other riches will have been conquered by work, produced by art, discovered by science; other elements of beauty will have appeared to the enlarged and refined soul. The centuries of harmony will have their luxury and their beauty, a splendid crown, always shining on the brow of humanity. This perfect fruit of labor, this exquisite flower of thought, will still have that character of rarity which makes them sought after with passion, won by prodigies of activity. It is the ideal placed at the supreme limit, eternal attraction of the human soul, motive of our incessant aspiration towards the source of absolute beauty.

This is what the communist school fails to conceive. Its ideal is limited; penetrate well into the genius of its doctrines, and you feel that we arrive at the universalization of a certain comfort, pleasant and vulgar, served on the table of equality. Some Communists, critical minds, solid on the ground of bad societies, vigorously attack the vice of oppressive hierarchies, of the distorted series; but, by a reactive effect, they do not rise very high in the conception of the true series. Their intellectual sight, like the material sight of the myopic, analyzes things very well at a short distance; it does not embrace, in the heights of the future, the idea of organized hierarchy within harmony. If communism were anything other than an excellent instrument of destruction, if it could seriously establish itself in society, and govern it, it seems that there would soon be nothing more around man than the fact of good, an honest and quiet mediocrity; supreme beauty, always exceptional, this flower which blooms at the summit of the human pyramid, to reproduce itself little by little to infinity and pour successively its charm and its perfume down to the last steps of the living series, this flower of the ideal, this summary point, luminous and sublime, by which humanity puts itself in contact with God, all that shines and warms up, all that animates, excites, excites man, would be effaced on the bosom of the still earth.

The principle of equality contains a germ of death for art.

(7) Formerly, at the time of the great lords, there were still many ways of development, palaces and castles, and parks to be built and embellished. The nobility, being rich, was generous and prodigal, passionate for the marvels of luxury, for the splendours of art. Nowadays, we can hardly mention two great lords having walls to paint and pedestals to adorn, and ten individuals having a few meters of space to cover with paintings, between the sideboards of a dining room and the mirrors in a living room.

In place of a clergy, an aristocracy, and a monarchy that gave largesse to the arts, what are we left with? In the front row, we must give it this honor, the Civil List, a Civil List that we tend to chip away at every day. A party works actively to diminish the resources of royalty; this party includes in its ranks several writers sympathetic to the fine arts, and these only propose to impoverish the king in order to return the funds at his disposal to the hands of the minister, to make the State directly the supreme protector of the art. We can say with these writers that the Civil List escapes too much responsibility, and that the successor of King Louis-Philippe may not have, like His Majesty, the passion for buildings and the Idea of a Museum of Versailles. But, on the other side, we find still more serious drawbacks in the attribution to the ministerial budget of all the funds destined for the fine arts. MM. the deputies, no longer constrained by respect for royalty, would not fail to apply to the domain of art the system of annual economic trimmings so much recommended by the petty bourgeois and peasant electors; we would see, at the same time, the current scandal of the distribution of works grow, and all the steeples quarreling, at the cost of political votes, the orders for the artists of the place, for the pitchers of the vintage, according to the happy expression of M. Dupin. We consider that, in the present state of public mores in France, it is good to liberally preserve in the Civil List the means of nobly protecting the arts.

(8) The Veuve du Pêcheur, the Femme italienne, the Paysanne sur les ruines de sa maison, the Pifferari…… Almost all of Robert’s works were reproduced! in engravings at the last Salon.

(9) In these analyses, the poverty of the language quickly causes confusion. It would be important to consecrate these necessary distinctions in language, to specify them in expression. The language will be poor as long as it does not have a word for each essential Idea. So hazard words, gentlemen critics; poets, impose on the world those whom a voice from heaven whispers in your ear.

Working translation by Shawn P. Wilbur.

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Independent scholar, translator and archivist.