On the Subject of the Anarchist Synthesis (1928)

Beginning with its first issue in 1928, the pages of La Voix Libertaire were the site of an interesting debate on Sébastien Faure’s conception of the anarchist synthesis. I’ll be collecting the texts and gradually providing translations here.

La Voix libertaire N°1 — 1er Mai 1928

  • Plus apparente que réelle – Sébastien Faure
  • De notre déclaration à la synthèse anarchiste – Sébastien Faure

La Voix libertaire N°3 — 1er Juillet 1928

  • Hâtons-nous – Sébastien Faure

La Voix libertaire N°5 – 1er Septembre 1928

  • Synthèse ou Manifeste d’Orléans — Pierre Lentente
  • Association des Fédéralistes Anarchistes (A. F. A.)
    • Notre mode d’organisation
    • La synthèse anarchiste – Sébastien Faure
  • Simple question
  • Autre question
  • Opinion – S. F.
  • L’Objection – S. F.
  • Proposition inutile

[Articles from 1929]

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La Voix libertaire N°1 — 1er Mai 1928

Plus apparente que réelle

Dans les milieux anarchistes et plus particulièrement dans ceux qui visent à la constitution rapide de minorités compactes et agissantes, en vue d’une révolution sociales ruinant de fond en comble le principe d’Autorité, on a coutume de jeter un regard de désolation sur la, faiblesse des résultats acquis par un demi-siècle de luttes opiniâtres, farouches et parfois héroïques.

Si l’on confronte avec les résultats obtenus l’effort considérable de propagande — par la parole, par l’écrit et par l’action — accompli, depuis plus de cinquante ans, par l’ensemble des anarchistes ; si on tient compte de répression courageusement affrontée et des persécutions vaillamment subies par les milliers et les milliers de militants anarchistes qui ont payé de leur misère, de leur liberté et de leur vie leur indomptable attachement à l’Idéal libertaire, je reconnais, — et pas un compagnon n’hésitera à le confirmer — qu’il est permis de considérer que les résultats acquis (et, encore, faudrait-il exactement connaître ceux-ci : leur nombre et leur valeur) ne sont pas proportionnés à là somme, d’efforts réalisés et de sacrifices consentis.

Dans ces mêmes milieux anarchistes où, l’on aspire non, sans raison à de vastes mouvements d’opinions, à des! soulèvements de masses profondes enfin révoltées contre les crimes des Régimes Autoritaires, on compare, avec une tristesse qui, parfois risque de se laisser glisser sur la pente mortelle du découragement, le petit nombre que nous sommes et la pauvreté des moyens dont nous disposons aux effectifs nombreux et aux moyens puissants dont disposent les partis politiques qui se flattent de représenter la classe ouvrière et de symboliser le Prolétariat en marche vers son affranchissement.

Si nous placions nos thèses de Libération intégrale et de Révolution totale sur le même plan que la Social-Démocratie et que le Communisme autoritaire, la comparaison ainsi établie pourrait être juste et la conclusion de découragement qu’on en tire pourrait être exacte.

Mais est-il besoin de rappeler que ces Partis politiques s’apparentent à tous ceux qui ont exercé le Pouvoir hier, le détiennent aujourd’hui, où ambitionnent, de s’en emparer demain ; et que, pour une telle besogne, on trouve facilement et ne nombre les concours et les complicités qui se sont toujours refusés et toujours se refuseront au labeur magnifique mais rude, à l’idéal superbe mais encore lointain auxquels seuls, tout seuls, les anarchistes — qu’ils soient anarcho-syndicalistes, communistes-libertaires ou individualistes-anarchistes, — se donnent avec la persévérance, le désintéressement, la fougue et la ferveur qui leur son propres ?

Toujours dans ces milieux anarchistes où la volonté dévorante d’atteindre le but fait quelque peu perdre de vue l’éloignement de ce but et les formidables obstacles qui nous en séparent ; dans ces milieux où la fièvre révolutionnaire n’est pas toujours tempérée par la conscience exacte et la notion précise des difficultés pratiques que comporte la bataille sociale, on en arrive à nier les étapes franchies et à déclarer que le Mouvement anarchiste est en décadence.

C’est une erreur.

Certes, nous voudrions voir l’Anarchisme plus poussé, plus influent, plus méthodique, plus solide. Nous estimons, en toute sincérité, que, dans le Mouvement qui comporte une partie des masses offensives et exploitées, il n’occupe pas la place qui devrait être la sienne: la première, en raison, de, la noblesse de son Idéal, de solidité de ses principes, de la supériorité de ses méthodes de combat, de la loyauté de ses procédés éducatifs et de l’ardeur le ses militants.

Toutefois, que de chemin parcouru, au cours de cinquante dernières années ! Que de préjugés qui, sans être ruinés complètement, sont plus ou moins affaiblis ! Que de coups portés aux Sacro-Saints principes : Autorité, Religion, Propriété, Patrie, Morale, et aux Sacro-Saintes Institutions : Gouvernements, Magistrature, Armée, Police, Clergé, Famille !

Il est vrai que les anarchistes ne furent pas seuls dans cet assaut livré à la monstrueuse Bastille Autoritaire ! Mais eux qui ont porté à celle-ci les coups plus directs, les plus retentissants, les mieux assénés et les plus propres à ébranler le « Monument infâme ».

Non! Non, Ce demi-siècle n’a pas été perdu ; les Anarchistes n’ont pas vainement combattu. Ce que les semeurs de pessimisme appellent leur faiblesse n’est qu’apparence et si, à la faveur de certains événements qu’il est raisonnable de prévoir, la bataille s’engageait âpre, brutale, farouche, décisive entre ceux qui se complaisent dans la servitude et ceux que veulent se soustraire à l’Autorité, on discernait, alors, la puissance réelle, la force d’entrainement : saturation, pénétration, rayonnement que l’Anarchisme, source unique de libération positive et complète, exercerait sur les multitudes soulevées par l’Esprit de Révolte et mises en préparation des capacités de création et de développement qui sommeillent en elles !

Les anarchistes luttent contre tout un monde et contre tout le monde.

Dans cette formidable partie, nos adversaires ont presque tous les atouts ; ils ont en main ce colossal matériel de guerre que leur fournit inlassablement l’Etat appuyé sur la force armée, l’enseignement, la presse, la religion, la finance ; qu’avons-nous à mettre en ligne, nous ?

Qu’on y songe ! Nous sommes dans la situation d’un enfant qui, ayant en main un mauvais, pistolet joujou plutôt qu’arme — ouvrirait les hostilités contre un adulte disposant d’un énorme matériel de guerre.

Dans l’âpre bataille que-nous livrons chaque jour, nous devrions être constamment écrasés. Et pourtant, nous ne faiblissons pas, nous ne reculons pas. Que dis-je, nous propulsons. Nous avançons lentement, c’est vrai, pas à pas, je l’avoue, mais nous gagnons du terrain, nous nous rapprochons du but. Pas aussi rapidement que nous le voudrions et qu’il est désirable, c‘est certain ; mais, tout de même, nous allons de l’avant.

Et nous nous laisserions aller au découragement ? …

Ne se peuvent décourager que ceux qui, se croyant anarchistes, l’étant peut-être, mais nie se rendant pas compte de la tâche immense à accomplir et des difficultés sans nombre qu’elle soulève, n’ont pas eu conscience de l’étendue et de la profondeur du bouleversement social qu’implique. l’effondrement total du bloc autoritaire : Propriété, Etat, Religion.

Si dans le quel tragique qui met aux prises les forces autoritaires du présent et les forces libertaires de l’avenir, les deux adversaires combattaient face à face, sans interposition, le combat ne tarderait pas à entrer dans une phase décisive.

Seulement, une grande partie des forces que devraient être di laissent abuse par les stratagèmes de la Social-Démocratie et du Parti Communiste.

Une foule de travailleurs sont, pour l’esprit et la cause, avec nous. Mais ils se laissent prendre à la physiologie des Partis politiques que se disent d’avant-garde et ils accordent leur confiance aux imposteurs que se proclament en état de les affranchir résolus à les libérer et ne leur demandent pour cela de les porter, par la vertu du bulletin de vote, à la Chambre ou au Sénat.

Patience.

Le temps travaille pour l’Anarchisme. Nous assistons à la faillite des partis politiques qui, au commencement de ce siècle, étaient encore en faveur dans les milieux populaires. Ces milieux populaires ont, aujourd’hui, retiré leur confiance à ces partis. Ils ont eu la faiblesse de l’accorder, depuis au Parti socialiste et au Parti communiste. C’est une erreur dont ils se rendront tôt ou tard compte avant qu’il ne soit bien longtemps. L’expérience russe qui sert à prolonger l’illusion dont, ils sont victimes, servira sous peu à les éclairer.

Des déception en déception, ils seront amenés fatalement à se faire une opinion qui a condamnation définitive, de tous les Partis. À ce moment-là — et ce moment n’est peut-être pas très éloigné — les trembleurs n’auront sans doute pas le courage d’aller jusqu’au terme logique de leur évolution ; mais les énergiques et les sincères ne s’arrêteront pas à mi-chemin ; ils franchiront l’obstacle et ne s’arrêteront que lorsqu’ils nous auront rejoints.

Alors, cet afflux de tous les éléments sincèrement révolutionnaires, se produira fatalement. Je le sens d’ores et déjà, à l’état potentiel. Je ne suis pas un illuminé. Depuis 40 ans, je suis pas à pas la marche des événements et je vois cet afflux comme l’aboutissant inéluctable de la poussée qui étant parvenue à détacher les masses exploitées el asservies des solutions du conservatisme sociales entraîne inconsciemment encore mais irrésistiblement et plus en plus vers la Révolution sociale, c’est-à-dire l’Anarchie.

L’Avenir est à nous.

Il dépend de nos efforts, de notre intrépidité, de notre peine de rapprocher cette heure pour nous si ardemment désirée et si impatiemment attendue.

Redoublons d’activité.

Courage, confiance !

Sébastien Faure.

  • Sébastien Faure, “Plus apparente que réelle,” La Voix Libertaire 1 no. 1 (1 mai 1928): 2.

TRANSLATION

De notre Déclaration à la Synthèse Anarchiste

La Synthèse anarchiste provoque bien des discussions.

Les uns l’acceptent; les autres la repoussent; d’autres enfin ne l’acceptent qu’en partie et combattent le reste.

Je me réjouis de ces discussions; elles éclairent le problème à résoudre ct celui-ci n’est’ pas sans importance, puisqu’il domine toute la question de l’organisation des. anarchistes.

Le débat reste ouvert. Il importe que chacun dise ce qu’il pense. Je ne me sens pas disposé, pour le moment du moins, à en discuter les menus détails, pas plus que les modes particuliers d’application.

La Synthèse anarchiste est, je crois, suffisamment explicite., pour qu’elle serve de base et de base solide à toutes les controverses auxquelles elle peut donner lieu présentement.

Ce que je veux indiquer, aujourd’hui, c’est dans quelles conditions et par suite de quelles circonstances j’ai été amené à en saisir tous les anarchistes partisans de l’organisation et d’une façon toute spéciale les compagnons de l’A. F. A.

Au lendemain du Congrès de l’U. A .C., qui se tint à Paris les 30 et 3I octobre et le 1er novembre 1927, il s’agissait de ne pas abandonner à leur irritation ou à leur découragement les nombreux camarades de l’U. A . C. qu’avaient fortement mécontentés les décisions prises par la majorité de ce Congrès.

Il fallait aller au plus pressé, c’est-à-dire, sans perdre un jour, rassembler les éléments qui, n’acceptant pas les nouvelles méthodes d’organisation, allaient quitter l’U. A. C. R. et rester dispersés.

Nous fîmes alors paraître une « Déclaration » par laquelle nous portâmes à la connaissance de tous les multiples et graves raisons de notre départ de l’U. A. C. R. et notre volonté de jeter au plus tôt les bases d’une association nouvelle.

Cette publication eut pour résultat la formation des premiers noyaux qui donnèrent naissance à l’A. F. A. et, presque aussitôt, à la parution du Trait d’Union Libertaire.

L’Association des Fédéralistes Anarchistes commençait à avoir son existence propre. Il fallait songer à lui donner développement et vigueur.

Pour cela, il était avant tout nécessaire d’éviter les erreurs ct fautes commises par l’U. A. C.

Il fallait donc chercher la ou les causes de ces erreurs ; il fallait remonter à la source même de ces fautes, afin d’écarter de l’organisation naissante cette source et ces causes.

Le problème à résoudre se formulait ainsi : « Par quelle poussée pour ainsi dire fatale, l’U. A . C. en était-elle insensiblement et peut-être à l’insu des majoritaires eux-mêmes arrivée à introduire dans son sein un état d’esprit de moins en moins libertaire, état d’esprit qui, par une pente toute naturelle, devait, tôt ou tard, aboutir aux décisions adoptées par le récent Congrès de Paris ?

« Par quelle porte l’esprit autoritaire s’était-il furtivement glissé dans cette maison que je savais bâtie de toutes pièces et habitée par des camarades résolument anti-autoritaires, vraiment sincères et profondément convaincus ? »

Comme tous ceux qui se sont posé cette question et l’ont sérieusement et loyalement étudiée, je ne tardai pas à saisir la filière.

L’erreur initiale résidait dans l’existence d’un organisme central (Comité d’Initiative, Commission administrative, peu importe le nom) dont le fonctionnement — sinon en principe, du moins en fait — avait pour conséquence de dépouiller peu à peu les groupes de leur propre initiative et, par voie de conséquence, de leur indépendance et de les accoutumer à la longue à attendre de l’organisme central les impulsions, le mouvement, les directives qu’ils auraient dû puiser dans leur sein.

Les intentions les meilleures, les convictions les plus solides ne résistent pas à la répétition constante et prolongée des faits qui ont pour résultat d’entamer petit à petit ces convictions et d’altérer graduellement ces intentions.

C’est l’histoire de la goutte d’eau dont la chute régulière et persévérante finit par ronger et dissoudre le granit le plus dur.

Je compris que, au sein de l’U. A. C., il était advenu ce qui devait advenir : toute la vie de cette organisation ayant été de plus en plus absorbée, accaparée, en tous cas dominée par l’organisme central, l’organisation libertaire et fédéraliste s’était lentement, imperceptiblement effritée et avait fait place automatiquement à une organisation autoritaire et centraliste.

Le phénomène s’était produit à la façon d’une gestation et d’un enfantement.

Je ne développe pas. Il me suffirait de retracer la vie de l’U. A. C. au cours de ces deux ou trois dernières années, pour établir, sans contestation sérieuse, l’exactitude de ce que j’avance. Je me borne à enregistrer le fait et à lui donner l’explication qui précède et que confirme une observation attentive, impartiale ct objective.

Donc, si la nouvelle association voulait éviter — et il le fallait à tout prix — l’erreur commise par l’U. A. C., il était indispensable d’éliminer tout organisme central, voire tout rouage susceptible de le devenir.

Qu’on lise attentivement le projet d’organisation publié dans le premier numéro du Trait d’Union Libertaire et je mets au défi qu’on y découvre un rouage quelconque ressemblant, même de loin, à un organisme central ou susceptible de le devenir. On y constatera, au contra ire, de la première à la dernière ligne, le souci constant et manifeste, la volonté nettement arrêtée de sauvegarder et l’autonomie de l’individu au sein de son groupe et l’autonomie du groupe au sein de l’organisation.

On y remarquer l’absence préméditée et irrévocable de toute disposition pouvant porter atteinte à l’initiative et à la liberté de l’associé comme à l’initiative et à la liberté du groupement laissé maître de fixer lui-même son mode de recrutement, d’organisation intérieure, de propagande et d’action.

Mais ce point de capitale importance étant établi, il s’agissait de savoir si l’A. F. A. devait limiter son effort au but qu’elle s’était assigné dès la première heure et lorsqu’il était urgent d’aller a u plus pressé : rallier les cama rades qui sortaient en masse, mécontents ou découragés, de l’U. A. C. R.

Ce n’était pas possible : le Congrès de Paris avait révélé la faiblesse numérique des effectifs que comptait l’U. A. C., et il eût été puéril de songer à mettre sur pied une organisation de quelque puissance, avec le tiers, la moitié et même les deux tiers de ces effectifs.

C’eût été redresser moralement et théoriquement le mouvement anarchiste, mais, par contre et du même coup, l’affaiblir pratiquement.

Or, notre volonté était, au contraire, de la fortifier, de lui donner un nouvel et vigoureux effort, de dote r ce pays d’une association en état de conquérir la place que doit occuper l’Anarchisme dans le Mouvement social et capable d’y jouer, par son activité et son influence, le rôle immense auquel il peut et doit aspirer.

Et je me suis dit :

« Certes, les Anarchistes ne sont, ici comme ailleurs, qu’une infime minorité ; il s sont tout de même assez nombreux et ce n’est point en surestimer le nombre que de l’évaluer à plusieurs milliers.

« Personnellement, j’en connais un grand nombre qui, jusqu’à ce jour, instinctivement et sans trop savoir pourquoi, se sont tenus en dehors de toute organisation; j’en connais beaucoup d’autres qui, après avoir tâté de l’organisation, s’en sont éloignés.

« Que faudrait-il faire pour amener les premiers et ramener les seconds au groupement ?

« Peu de chose et beaucoup.

« Il suffirait de proposer aux premiers un mode d’organisation qui sauvegarderait leur liberté dont, à juste titre, ils sont si jaloux et d’offrir aux seconds une association d’esprit large, tolérant, fraternel, au sein de laquelle tous ceux qui comprennent la nécessité d’harmoniser les efforts et de coordonner l’action se sentiraient en confiance et en camaraderie réciproques. »

Il ne restait plus qu’à donner à ladite association une base idéologique et tactique susceptible, par le respect de toutes les tendances véritablement anarchistes, de rallier toutes les bonnes volontés, énergies et activités désire uses de s’affirmer et de collaborer à l’œuvre commune.

C’est cette base que voudrait être ce que j’ai appelé « la Synthèse anarchiste ». Les divers courants de l’Anarchisme militant considéré comme Mouvement philosophique et social (c’est-à-dire d’Idée et d’Action) y sont indiqués. Y est exposé ce qui les distingue les uns des autres, sans les opposer les uns aux autres.

Plus et mieux encore : s’y trouve clairement signalé ce qui tend à les unir et à les combiner.

Les considérations de principes et de circonstances qui rendent plus que jamais désirable et possible le resserrement des forces anarchistes y sont soulignées.

Appel y est adressé aux anarchistes de toutes langues résidant en France.

D’une façon générale la Synthèse anarchiste est très sympathiquement accueillie dans les divers milieux libertaires partisans de l’organisation et animés de l’esprit d’entente.

J’ai bon espoir que les quelques oppositions et résistances — elles sont de détail plutôt que de fond — que soulèvent surtout ses modes d’application. s’effaceront sans tarder devant l’urgence et la nécessité, senties par tous, d\ m rapprochement qui permettra à tous les militants de constituer la grande famille anarchiste et d’y lutter vaillamment contre l’ennemi commun : l’Autorité.

Sébastien Faure.

  • Sébastien Faure, “De notre déclaration à la synthèse anarchiste,” La Voix Libertaire 1 no. 1 (1 mai 1928): 2.

TRANSLATION


  • La Voix libertaire N°3 — 1er Juillet 1928
    • Hâtons-nous – Sébastien Faure

Synthèse ou Manifeste d’Orléans

Procédons par ordre

Le Manifeste d’Orléans et la Synthèse Anarchiste ne s’opposent pas, ne s’excluent pas, affirme Sébastien Faure dans le dernier numéro de « La Voix Libertaire ». Et il ajoute : ils ne se confondent pas…

Jusqu’à ce jour nous avons cru le contraire. Nous avons pensé que le Synthèse Anarchiste était le développement, le complément, la mise au point du Manifeste d’Orléans. Nous pensé et notre camarade Darsouze, secrétaire de l’A. F. A., l’a démontré d’une façon si claire, si nette; que nous avons jugé toute intervention inutile ou tout au moins superfine. L’analyse qu’il fit, mettent sous nos yeux les passages les plus importants et les plus contestés du Manifeste d’Orléans, et trouvant des analogues dans la Proposition dé notre ami Sébastien Faure, nous rassura pleinement. Ceci découlait de cela. Le Manifeste d’Orléans était le père incontesté de la Synthèse anarchiste. Il paraît que nous nous sommes trompés. Du moins les conclusions de l’auteur de la Synthèse nous le laissent supposer.

C’est d’une « entente » anarchiste qu’il s’agit. Entente qui grouperait les trois tendances, les trois courants principaux du mouvement anarchiste français. De l’U. A. C. R. il n’est plus question. Cependant elle nous plaisait, elle nous convenait. nous l’aimions cette organisation. Nous pouvons dire que sans l’entêtement inexcusable de quelques individus en mal d’autorité et aveuglés par la soi-disant puissance du parti bolcheviste, nous tenons encore. Seules, les méthodes d’organisation qui ont vu le jour au Congrès de Paris nous ont obligés à partir. Sur les principes nous étions tous d’accord. ».

C’est si vrai que, tout d’abord, nous avons intitulé notre nouvelle organisation U. F. A. C. R. (Union des Fédéralistes anarchistes-communistes révolutionnaires). Partout où nous sommes passés pendant notre dernière tournée en province, nous avons déclaré que nous étions communistes et révolutionnaires.

De plus, nous ayons pris nos précautions et notre projet d’organisation spécifiait bien que pour adhérer à notre association il fallait accepter le Manifeste d’Orléans. Grâce à cette initiative nous avons galvanisé les énergies et tous les mécontents du Congrès de Paris — nous parlons de ceux qui adhéraient à l’U. F. A. C. R. — sont aujourd’hui à nos côtés.

Nous nous sommes abstenus de toutes polémiqués à l’égard de nos anciens amis. Espérant malgré tout qu’ils reviendraient à une plus saine compréhension de l’idéal anarchiste et que nous combattrions ensemble à nouveau, œuvrant pour toucher à ce but, nous à l’A. F. A., Lecoin, au sein de l’U. A. C. R. Nous étions en droit de caresser un tel espoir puisque les auteurs des fameuses motions du Congrès de Paris avaient quitté l’organisation les uns après les autres en un délai excessivement court et laissant leurs camarades dans l’expectative, Ah ! si le Congrès qui vient d’avoir lieu avait été plus intelligemment organisé, si l’esprit autoritaire avait totalement disparu, l’unité était possible, Malheureusement le Congrès ne fut qu’une parlotte où l’on se plut à dénigrer et à répandre un fiel encore plus nauséabond que celui qui fut déversé au lendemain du Congrès de Paris. Avec certains, tout rapprochement est donc devenu impossible. Nous persistons, néanmoins, à croire que le mouvement communiste anarcho-syndicaliste doit se fortifier et vivre sa vie en dehors des autres mouvements ou courants libertaires. La lutte contre l’autorité ne nous suffit pas. Nous disons même que la lutte contre l’autorité patronale et commerciale est celle qui nous intéresse le plus. Nous ne voulons pas méconnaitre les autres mouvements : ils nous intéressent beaucoup moins, voilà tout.

Procédons par ordre : Fortifions d’abord notre mouvement communiste sur la base du Manifeste d’Orléans. Constituons ensuite, en nous inspirant de la synthèse anarchiste, une association ou entente qui groupera tous les éléments anarchistes pour agir dans certains cas bien définis.

Contrairement à ce que pense Sébastier Faure, il faut parler de l’Unité, en parler beaucoup. Ce n’est que lorsque celle-ci sera réalisée que nous pourrons envisager la possibilité de construire une nouvelle habitation où toutes les tendances pourront se rencontrer où révolutionnaires et adversaires de la Révolution violente, envisageront des possibilités d’action tout en conservant — en ce qui concerne leurs propre organisation — l’autonomie la plus entière, la plus absolue.

Chacun sait que les communistes et individualistes ne peuvent faire bon ménage. Si l’on cherche à les réunir dans une même organisation, c’est la résurrection des groupes éclectiques, c’est la confusion qui recommence, c’est la paralysie qui s’empare une fois de plus de notre mouvement libertaire:

Pierre LENTENTE.

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Association des Fédéralistes Anarchistes (A. F. A.)

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Notre mode d’organisation

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La Synthèse Anarchiste

Les trois grands courants anarchistes

En France, comme dans la plupart des autres pays, on distingue trois grands courants anarchistes, qu’on peut designer ainsi:

L’anarcho-syndicalisme;
Le communisme-libertaire;
L’individualisme-anarchiste.

Il était naturel et fatal que, parvenue à un certain développement, une idée aussi vaste que l’anarchisme aboutit à cette triple manifestation de vie.

Un mouvement philosophique et social, c’est-à-dire d’idée et d’action, se proposant de faire table rase de toutes les institutions autoritaires, devait nécessairement donner naissance à ces distinctions que déterminent obligatoirement la variété des situations, des milieux et des tempéraments, la diversité des sources auxquelles s’alimentent les innombrables formations individuelles et la prodigieuse multiplicité des événements.

Anarcho-syndicalisme; communisme-libertaire; individualisme-anarchiste, ces trois courants existent et rien ni personne ne peut empêcher qu’ils soient. Chacun d’eux représente une force, une force qu’il n’est ni possible ni souhaitable d’abattre. Pour s’en convaincre, il suffit de se situer – en anarchiste tout court et uniquement — au cœur même du gigantesque effort à accomplir pour ruiner le principe d’autorité. Alors, on a conscience de l’appoint indispensable que, dans le combat à livrer, chacun de ces trois courants fournit.

Ces trois courants sont distincts mais ils ne s’opposent pas.

J’ai, maintenant, trois questions à poser:

La première va des anarcho-syndicalistes aux communistes-libertaires et aux individualistes-anarchistes ;

La deuxième va des communistes-libertaires aux anarcho-syndicalistes et aux individualistes-anarchistes;

La troisième va des individualistes-anarchistes aux anarcho-syndicalistes et aux communistes-libertaires.

Voici la première:

« Considéré comme mouvement social et action populaire, l’anarchisme, s’il envisage l’heure où, fatalement, il livrera au monde capitaliste et autoritaire l’assaut décisif que nous exprimons par ce mot: la Révolution sociale, l’anarchisme peut-il se passer du concours des masses imposantes que groupent dans leur sein, sur le terrain de travail, les organisations syndicales? ».

Je pense que ce serait folie que d’espérer la victoire sans la participation au bouleversement libérateur — participation active, efficiente, brutale et persistante — de ces masses laborieuses, plus intéressées en bloc que qui que ce soit à la transformation sociale.

Je ne dis pas et je ne pense pas que, en prévision de la collaboration nécessaire, en période de fermentation et d’action révolutionnaires, des forces syndicalistes et des forces anarchistes, les unes et les autres doivent, d’ores et déjà, s’unir, s’associer, se confondre, ne former qu’un tout homogène et compact. Mais je pense et je dis, avec mon vieil ami Malatesta:

« Les anarchistes doivent reconnaître l’utilité et l’importance du mouvement syndical, ils doivent en favoriser le développement et en faire un des leviers de leur action, s’efforçant de faire aboutir la coopération du syndicalisme et des autres forces de progrès à une révolution sociale qui comporte la suppression des classes, la liberté totale, l’égalité, la paix et la solidarité entre tous les êtres humains. Mais ce serait une illusion funeste que de croire, comme beaucoup le font, que le mouvement ouvrier aboutira de lui-même, en vertu de sa nature même, à une telle révolution. Bien au contraire: dans tous les mouvements fondés sur des intérêts matériels et immédiats (et l’on ne peut établir sur d’autres fondements un vaste mouvement ouvrier), il faut le ferment, la poussée, l’œuvre concertée des hommes d’idées qui combattent et se sacrifient en vue d’un idéal à venir. Sans ce levier, tout mouvement tend fatalement à s’adapter aux circonstances, il engendre l’esprit conservateur, la crainte des changements chez ceux qui réussissent à obtenir des conditions meilleures. Souvent de nouvelles classes privilégiées sont créées, qui s’efforcent de faire supporter, de consolider l’état de choses que l’on voudrait abattre.

« D’où la pressante nécessité d’organisations proprement anarchistes qui, à l’intérieur comme en dehors des syndicats, luttent pour l’intégrale réalisation de l’anarchisme et cherchent à stériliser tous les germes de corruption et de réaction ».

On le voit: il ne s’agit pas plus de lier organiquement le mouvement anarchiste au mouvement syndicaliste que le syndicalisme à l’anarchisme; il n’est question que d’agir, à l’intérieur comme en dehors des syndicats, pour l’intégrale réalisation de l’idéal anarchiste.

Et je demande aux communistes-libertaires et aux individualistes-anarchistes quelles raisons de principe ou de fait, raisons essentielles, fondamentales, ils peuvent opposer à un anarcho-syndicalisme ainsi conçu et pratiqué?

Voici la deuxième question:

« Ennemi irréductible de l’exploitation de l’homme par l’homme, engendrée par le régime capitaliste et de la domination de l’homme sur l’homme, enfantée par l’Etat, l’anarchisme peut-il concevoir la suppression effective et totale de la première sans la suppression du régime capitaliste et la mise en commun (le communisme-libertaire) des moyens de production, de transport et d’échange? Et peut-il concevoir l’abolition effective et totale de la seconde sans l’abolition définitive de l’Etat et de toutes les institutions qui en découlent ? ».

Et je demande aux anarcho-syndicalistes et aux individualistes-anarchistes quelles raisons de principe ou de fait, raisons essentielles, fondamentales, ils peuvent opposer à un communisme-libertaire ainsi conçu et pratiqué ?

Voici la troisième et dernière question:

« L’anarchisme étant, d’une part, l’expression la plus haute et la plus nette de la réaction de l’individu contre l’oppression politique, économique et morale que font peser sur lui toutes les institutions autoritaires et, d’autre part, l’affirmation la plus ferme et la plus précise du droit de tout individu à son épanouissement intégral par la satisfaction de ses besoins dans tous les domaines, l’anarchisme peut-il concevoir la réalisation effective et totale de cette réaction et de cette affirmation par un moyen meilleur que celui d’une culture individuelle poussée le plus possible dans le sens d’une transformation sociale, brisant tous les rouages de contrainte et de répression».

Et je demande aux anarcho-syndicalistes et aux communistes-liber-taires, quelles raisons de principe ou de fait, raisons essentielles, fondamentales, ils peuvent opposer à un individualisme-anarchiste ainsi conçu et pratiqué?

Ces trois courants sont appelés à se combiner : la synthèse anarchiste.

De tout ce qui précède, et, notamment, des trois questions ci-dessus, il résulte:

1° que ces trois courants: anarcho-syndicalisme, communisme-libertaire et individualisme-anarchiste, courants distincts, mais non contradictoires, n’ont rien qui les rend inconciliables, rien qui les oppose essentiellement, fondamentalement, rien qui proclame leur incompatibilité, rien qui les empêche de vivre en bonne intelligence, voire de se concerter en vue d’une propagande et d’une action communes;

2° que l’existence de ces trois courants non seulement ne saurait, en aucune façon et à aucun degré, nuire à la force totale de l’anarchisme: mouvement philosophique et social envisagé, comme il convient, dans toute son ampleur, mais encore peut et, logiquement, doit contribuer à la force d’ensemble de l’anarchisme;

3° que chacun de ces courants a sa place marquée, son rôle, sa mission au sein du mouvement social large et profond qui, sous le nom de «l’Anarchisme», a pour but l’instauration d’un milieu social qui assurera à tous et à chacun le maximum de bien-être et de liberté;

4° que, dans ces conditions, l’anarchisme peut être assimilé à ce que, en chimie, on appelle un corps composé, c’est-à-dire un corps formé par la combinaison de plusieurs éléments.

Ce corps composé est constitué par la combinaison de ces trois éléments : l’anarcho-syndicalisme, le communisme-libertaire et l’individualisme-anarchiste.

Sa formule chimique pourrait être S.2 C.2 I.2.

Selon les événements, les milieux, les sources multiples d’où jaillissent les courants qui composent l’anarchisme, le dosage des trois éléments est appelé à varier. A l’analyse, l’expérimentation révèle ce dosage; à la synthèse, le corps composé se reforme et si, ici, tel élément l’emporte, il se peut que, là, ce soit tel ou tel autre.

S.3 C.2 I.1; ou bien : S.2 C.3 I.1; ou encore: S.1 C.2 I.3; la formule peut attester des proportions variables, localement, régionalement, nationalement ou internationalement. Mais toujours est-il que ces trois éléments: anarcho-syndicaliste, communiste-libertaire et individualiste-anarchiste (S.C.I.) sont faits pour se combiner et pour constituer, en s’amalgamant, ce que j’appelle: « La Synthèse anarchiste ».

Comment se fait-il que l’existence de ces trois courants ait affaibli le mouvement anarchiste?

Parvenu à ce point de ma démonstration, il faut se demander comment il se fait que, ces dernières années surtout, en France tout particulièrement, l’existence de ces trois éléments anarchistes, loin d’avoir fortifié le mouvement libertaire, ait eu pour résultat de l’affaiblir.

Et ce problème, posé en termes clairs, il importe qu’il soit étudié et résolu de façon également limpide.

La réponse est facile; mais elle exige, de la part de tous, sans exception, une grande loyauté.

Je dis que ce n’est pas l’existence même de ces trois éléments: l’anarcho-syndicalisme, le communisme-libertaire et l’individualisme-anarchiste qui a causé la faiblesse ou, plus exactement, l’affaiblissement relatif de la pensée et de l’action anarchistes, mais uniquement la position qu’ils ont prise les uns par rapport aux autres: position de guerre ouverte, acharnée, implacable.

Chaque fraction, au cours de ces néfastes déchirements, a déployé une malveillance égale. Chacune s’est ingéniée à dénaturer les thèses des deux autres, à en pousser jusqu’au ridicule les affirmations et les négations, à en boursoufler ou à en atténuer les lignes essentielles jusqu’à faire d’elles une odieuse caricature.

Chaque tendance a dirigé contre les autres les manœuvres les plus perfides et s’est servie des armes les plus meurtrières.

Si, à défaut d’entente entre elles, ces trois tendances eussent été moins enragées à guerroyer les unes contre les autres; si l’activité dépensée à lutter, à l’intérieur et à l’extérieur des groupements divers, l’eût été à batailler, même séparément, contre l’ennemi commun, le mouvement anarchiste de ce pays eût pris, à la faveur des circonstances, une ampleur considérable, une force surprenante.

Mais la guerre intestine, de tendance contre tendance, souvent même de personnalité contre personnalité, a tout empoisonné, corrompu, vicié, stérilisé; tout jusqu’aux campagnes qui eussent dû grouper autour de nos chères idées les cœurs et les consciences épris de Liberté et de Justice qui sont, dans les milieux populaires surtout, beaucoup moins rares qu’on ne se plaît à le prétendre.

Chaque courant a craché, bavé, vomi sur les courants voisins, afin de salir ceux-ci et de donner à penser que lui seul était propre.

Et, devant le spectacle lamentable de ces divisions et des agissements odieux qu’elles suscitaient de part et d’autre, nos groupements, les uns comme les autres, se sont peu à peu vidés du meilleur de leur contenu et nos forces se sont épuisées les unes contre les autres, au lieu de s’unir dans la bataille à livrer contre l’ennemi commun: le principe de l’autorité. Voilà la vérité.

Le mal et le remède

Le mal est grand; il peut, il doit n’être que passager et le remède se trouve à la portée de notre main.

Ceux qui ont lu attentivement et sans parti pris les lignes qui précèdent le devinent sans effort: le remède consiste à se pénétrer de l’idée de la Synthèse anarchiste et à appliquer au plus tôt et le mieux possible cette synthèse (2).

De quoi souffre le mouvement anarchiste? De la guerre au couteau que se font les trois éléments qui le composent.

Si, par leur origine, leur caractère, leurs méthodes de propagande, d’organisation et d’action, ces éléments sont condamnés à se dresser les uns contre les autres, le remède que je propose ne vaut rien; il est inapplicable; il serait inopérant; abstenons-nous d’y recourir et cherchons autre chose.

Par contre, si les oppositions ci-dessus n’existent pas et, à plus forte raison, si les éléments: anarcho-syndicaliste, communiste-libertaire et individualiste-anarchiste sont faits pour se combiner et former une sorte de synthèse anarchiste, il faut — non pas demain mais aujourd’hui — tenter la réalisation de cette synthèse.

Je n’ai rien découvert et je ne propose rien de nouveau: Luigi Fabbri et quelques camarades russes (Voline, Fléchine, Mollie Steimer), avec qui j’ai causé longtemps ces jours-ci, m’ont affirmé que cet essai de réalisation a été tenté en Italie, au sein de l’Union anarchiste italienne et, en Ukraine, au sein du Nabat et que ces deux tentatives ont donné les meilleurs résultats, que seuls ont brisé le triomphe du fascisme en Italie et la victoire du bolchevisme en Ukraine.

Il existe, en France, comme un peu partout, de nombreux groupes ayant déjà appliqué et appliquant couramment les données de la Synthèse Anarchiste (je n’en veux citer aucun, afin de n’en omettre aucun), groupes dans lesquels anarcho-syndicalistes, communistes-libertaires et individualistes- anarchistes, travaillent en bon accord ; et ces groupes ne sont ni les moins nombreux ni les moins actifs.

Ces quelques faits (et j’en pourrais citer d’autres) démontrent que l’application de la synthèse est possible. Je ne dis pas, je ne pense pas qu’elle se fera sans lenteur ni difficulté. Comme tout ce qui est encore nouveau elle se heurtera aux incompréhensions, aux résistances, voire même aux hostilités. S’il faut rester impassibles, nous le resterons; s’il faut résister aux critiques et à la malveillance, nous résisterons. Nous avons conscience que le salut est là et nous sommes certains que, tôt ou tard, les anarchistes y viendront. C’est pourquoi nous ne nous laisserons pas décourager.

Ce qui, dans des circonstances mémorables, s’est fait en Italie, en Espagne, en Ukraine; ce qui se fait dans maintes localités de France, peut se faire et, sous la poussée des événements, se fera dans tout le pays.

Appel à tous les compagnons quel que soit leur pays d’origine résidant en France

Le débat sur la Synthèse Anarchiste, comme base d’une organisation anarchiste entièrement nouvelle en France est et reste ouvert. Il n’est pas question de l’étouffer. Pour qu’il soit fécond, il est indispensable qu’il se poursuive dans une atmosphère de franchise, de loyauté et de camaraderie. Sinon, loin de cicatriser la plaie, il ne ferait que l’envenimer.

Mais je sais qu’il existe un nombre considérable de camarades qui, las de nos querelles intestines et pénétrés du préjudice incalculable qu’elles portent à notre propagande, aspirent à y mettre fin.

C’est à ceux-là que, sans plus attendre, je m’adresse, au nom de cette initiative individuelle tant en honneur, naguère encore, dans les milieux libertaires.

Et je dis à tous ces camarades sans distinction de tendance: « Ne laissons pas le mal empirer. N’attendons pas qu’il ait fait, dans le Mouvement anarchiste, de tels ravages qu’il faille, pour le ramener au point où il devrait être aujourd’hui, des années d’efforts et de lutte. On a beau mettre les bouchées doubles, le temps perdu ne se rattrape pas. Ne renvoyons donc pas au lendemain ce que nous pouvons et devons faire aujourd’hui même.

Agissons tout de suite.

Gardons-nous de chercher à établir la balance des responsabilités personnelles ou collectives. Reconnaissons sincèrement et courageusement que chacun de nous a sa part de responsabilité. Passons l’éponge sur nos torts réciproques et prenons l’engagement de ne plus remuer ces tristesses.

Faisons à la grande Idée qui nous unit tous: anarcho-syndicalistes, communistes-libertaires ou individualistes-anarchistes, le sacrifice — facile après tout — de nos ressentiments et de nos amours-propres. Une fois pour toutes, sincèrement, véritablement, chassons de notre esprit toute irritation, et de notre cœur toute amertume.

Jamais le resserrement de nos forces n’a été plus indispensable et ne fut jamais plus urgent; aux difficultés de la bataille formidable que nous avons à mener seuls contre le monde d’ennemis que nous avons l’opiniâtre volonté d’abattre, s’ajoute, pressante autant que terrible, la triple menace du fascisme, du bolchévisme et de la guerre.

Hâtons-nous. Ne perdons plus un seul jour.

x x

Les circonstances veulent que, présentement, le cœur de l’anarchisme mondial et le foyer de son activité se trouvent en France. Songeons que par dizaines et dizaines de milliers, des camarades d’origine étrangère sont réfugiés dans ce pays. Ne perdons pas de vue qu’ils placent en nous leurs espoirs et leur confiance; cessons de leur donner l’affligeant spectacle de nos luttes fratricides.

Reconstituons au plus tôt l’immense famille dans laquelle, en attendant que les frontières de leur pays d’origine leur redeviennent accessibles, ces proscrits pourront réchauffer leurs cœurs et conserver, étincelant, le flambeau de leurs convictions.

Ayons conscience que nous quereller, c’est, dans les circonstances actuelles, presque trahir la Cause dont les événements internationaux et l’abominable répression qui en est la suite, nous ont confié la défense sacrée.

Plus nous sommes divisés et plus nous sommes faibles; plus nous redeviendrons unis et solidaires et plus nous redeviendrons forts.

Cette vérité banale, ne l’oublions pas; ne l’oublions plus. Puisse-t-elle désormais, dans toute la mesure du possible, tracer à chacun de nous sa ligne de conduite!

Un mot à mes chers amis de l’Association des fédéralistes anarchistes (l’A. F. A.)

Mes chers amis,

Je vous connais presque tous personnellement et je sais quel est votre état d’esprit.

J’ai le sentiment que tous vous approuverez l’initiative que je prends et qu’aurait pu prendre tout comme moi n’importe lequel d’entre vous, s’il y eût songé.

Vous estimerez donc que, d’une part, il convient de répandre à profusion cette idée de la «Synthèse anarchiste» servant de base à un regroupement entièrement nouveau des forces anarchistes et que, d’autre part, il faut de toute urgence, donner à cette idée une forme pratique, une application positive.

Notre organisation (l’AFA) date d’hier. Cette extrême jeunesse lui vaut le précieux avantage de n’avoir pas été mêlée – en tant que groupement – aux déplorables conflits qui rongent et affaiblissent notre mouvement.

Je vous confie le soin de répandre partout la bonne nouvelle de la « synthèse anarchiste ». C’est à vous que les circonstances confèrent le droit et imposent le devoir de regrouper, sur la base de cette synthèse loyalement et fraternellement appliquée, les forces anarchistes résidant en France. Vite, vite, prenez à votre tour l’initiative de ce regroupement.

Convoquer, dès que possible, tous les camarades de votre localité ou quartier — sans distinction de tendance — que vous savez ou supposez être disposés à se grouper ou regrouper pour donner à notre chère propagande plus de cohésion, de rayonnement et d’efficacité.

Mettez en pratique ce paragraphe de notre projet d’organisation: « Chaque groupe fixera lui-même son mode de recrutement et d’organisation intérieure ».

Gardez-vous de demander à qui que ce soit qu’il abdique quoi que ce soit de ses préférences personnelles. Que chacun, au contraire, reste fidèle à la fraction qui cadre le mieux avec son tempérament, sa formation libertaire, sa conception anarchiste, les moyens de propagande dont il dispose, les méthodes de combat auxquelles il est le plus apte, le milieu de travail ou d’agitation auquel il appartient, le genre de vie qu’il mène, ses occupations professionnelles, etc., etc.

Il n’est pas question de fabriquer une sorte d’anarchiste-type tiré à quelques milliers d’exemplaires, et, partant, dénué de toute personnalité, caractère propre ou originalité.

Il s’agit seulement de rassembler, dans une atmosphère de franchise et de bonne amitié, tous ceux qui luttent activement contre l’exploitation et la domination que subissent individuellement et collectivement tous ceux qui travaillent à la conquête positive, pour tous et pour chacun, du bien-être et de la liberté.

Le champ est vaste. Que chacun y choisisse sa place. Mais que d’efforts peuvent être associés!

Antiparlementaire, anticapitaliste, antireligieux, anti-étatiste, anti-militariste; est-il un anarchiste, un seul, qui ne soit pas tout cela?

Faites appel à tous.

La confiance, l’élan, l’enthousiasme renaîtront. Que de grandes et fortes actions nous pourrons engager et que de belles et nobles campagnes nous pourrons entreprendre et mener à bien, cœurs fraternels et bras unis !…

Chers compagnons!

On ne manquera pas de ricaner, par-ci, par-là, et de se livrer aux plaisanteries faciles sur cet appel à l’embrassade générale.

Vous ne vous laisserez pas émouvoir par ces ricanements.

Ne vaut-il pas mieux, entre anarchistes, s’embrasser que se mordre, travailler ensemble que les uns contre les autres, vivre en paix que se faire la guerre?

Nous sommes à la fois pleins de haine et d’amour.

Notre haine, nous en dirigeons toutes les forces contre les tenants et suppôts de l’Autorité.

Notre amour, nous en gardons tous les ressorts puissants pour les associer à ceux des anarchistes qui, comme nous, aiment la liberté et luttent pour elle.

Que, à l’exception de ceux qui, réfractaires à l’idée même de l’organisation, préfèrent militer isolément, tous les compagnons apportent leur adhésion à notre association. Qu’ils se rallient aux groupes déjà existants. Que, dans les localités où il n’y a pas de groupe, ils en forment un et travaillent ensuite à le rendre nombreux et actif.

Attelons-nous à la besogne. Consacrons-nous à celle-ci avec passion et persévérance.

Sébastien FAURE.

(1) Etant, bien entendu, ainsi que les communistes-libertaires l’ont «explicitement» déclaré, à Orléans (congrès tenu dans cette ville du 12 au 14 juillet 1926) que, au sein de la Commune libertaire, telle qu’ils la conçoivent, « toutes les formes d’association seront libres, depuis la colonie intégrale jusqu’au travail et à la consommation individuels ».

(2) Le mot Synthèse anarchiste doit être pris, ici, dans le sens de rassemblement, d’association, d’organisation et d’entente de tous les éléments humains qui se réclament de l’idéal anarchiste.

Parlant d’association et étudiant s’il est possible et désirable que tous ces éléments se réunissent, je ne pouvais qu’appeler Synthèse anarchiste, ce rassemblement, cette base d’organisation.

Autre chose est la synthèse des théories anarchistes. Sujet extrêmement important que je me propose de traiter quand mon état de santé et les circonstances me le permettront.

The Anarchist Synthesis

The Three Great Anarchist Currents

In France, as in the majority of other countries, we distinguish three great anarchist currents, which we can designate in this way:

Anarcho-syndicalism;
Libertarian communism;
Anarchist individualism.

It was natural and inevitable that, having reached a certain development, an idea as vast as anarchism would result in this triple manifestation of life.

A philosophical and social movement, a movement of ideas and action, intending to make a clean break with all authoritarian institutions, must inevitably give rise to these distinctions necessarily determined by the variety of the situations, milieus and temperaments, as well as the diversity of the sources by which the countless individual formations and the tremendous multiplicity of events are fueled.

Anarcho-syndicalism; libertarian communism; anarchist individualism: these three currents exist and nothing nor any person can prevent this from being the case. Each of them represents a force—a force that it is neither possible nor desirable to strike down. To convince ourselves of this, it is enough place ourselves—as simply anarchists, full stop—at the very heart of the gigantic effort that must be carried out in order to shatter the principle of authority. Then, you will be conscious of the indispensable boost furnished by each of these three current in the battle to be given.

These three currents are distinct, but not opposed.

Now, I have three questions to pose:

The first is addressed from the anarcho-syndicalists to the libertarian communists and anarchist individualists;

The second is addressed from the libertarian communists to the anarcho-syndicalists and anarchist individualists;

The second is addressed from the anarchist individualists to the anarcho-syndicalists and libertarian communists.

Here is the first:

“If anarchism, considered as a social and popular action, contemplates the hour when, inevitably, it will make the decisive assault on the capitalist, authoritarian world that we express by the phrase “the Social Revolution,” can it do without the support of the imposing masses that group within their midst, in the field of labor, the trade-union organizations?”

I think that it would be madness to hope for victory without the participation in the liberating upheaval — and a participation that is active, efficient, brutal and persistent — by these working masses, who, en bloc, have a greater interest than anyone in social transformation.

I am not saying, and I do not think that, in anticipation of the necessary collaboration between the syndicalist and anarchist forces in the period of revolutionary ferment and action, both must, right now, unite, associate, merge and form just one homogenous and compact whole. But I do think and will say, with my old friend Malatesta:

Anarchists much recognize the utility and importance of the trade-union movement, they must favor its development and make it one of the levers of their action, striving to make the cooperation of syndicalism and other progressive forces lead to a social revolution that includes the suppression of classes, total liberty, equality, peace and solidarity among all human beings. But it would be a macabre illusion to believe, as many do, that the workers’ movement will lead to such a revolution by itself, by virtue of its very nature. Quite the contrary: in all the movements based on immediate and material interests (and a broad workers’ movement can be built on no other foundations), there is a need for ferment, pressure, the concerted work of men of ideas who struggle and sacrifice themselves in the service of a future ideal. Without this lever, every movement inevitably tends to adapt itself to the circumstances, giving rise to the conservative spirit, the fear of change among those who succeed in obtaining better conditions. Often, new privileged classes are created, who strive to support, to reinforce the state of things that we wish to bring down.

From this arising the pressing necessity of properly anarchist organizations that, within or outside the syndicates, struggle for the full realization of anarchism and seek to sterilize all the germs of corruption and reaction. — “A Project of Anarchist Organization”

We see it: it is no more a question of organically linking the anarchist movement to the syndicalist movement than [of linking] syndicalism to anarchism; it is only a question of acting, within or outside of the syndicates, for the full realization of the anarchist ideal.

And I ask the libertarian communists and the anarchist individualists what reasons of principle or fact, what essential, fundamental reasons, they can oppose to an anarcho-syndicalism conceived and practiced in this manner?

Here is the second question:

“Intransigent enemy of the exploitation of man by man, engendered by the capitalist regime, and of the domination of man by man, birthed by the State, can anarchism conceive of the actual and total suppression of the first without the suppression of the capitalist regime and placing in common (libertarian communism) of the means of production, transport and exchange? And can it conceive of the actual and total abolition effective of the second without the permanent abolition of the State and of all the institutions that result from it?”

And I ask the anarcho-syndicalists and the anarchist individualists (1) what reasons of principle or fact, what essential, fundamental reasons, they can oppose to a libertarian communism conceived and practiced in this manner?

Here is the third and last question:

“Anarchism being, on the one hand, the highest and clearest expression of the reaction of the individual the political, economic and moral oppression that all the authoritarian institutions cause to weigh on them and, on the other hand, the firmest and most precise affirmation of the right of every individual to their full flourishing through the satisfaction of their needs in all domains, can anarchism conceive of the actual and total realization of that reaction and that affirmation by a better means that that of an individual culture pushed as far as possible in the direction of a social transformation, breaking all the machinery of constraint and repression?”

And I ask the anarcho-syndicalists and the libertarian communists, what reasons of principle or fact, what essential, fundamental reasons they can oppose to an anarchist individualism conceived and practiced in this way?

These three currents are called to combine: the anarchist synthesis.

From all that has come before and, particularly, from the three questions above, it follows:

1° that these three currents: anarcho-syndicalism, libertarian communism et anarchist individualism, currents that are distinct, but not contradictory; there is nothing about them that renders them irreconcilable, nothing that essentially, fundamentally opposes them, nothing that proclaims their incompatibility, nothing that prevents them from coexisting peacefully, or indeed from acting together toward a common propaganda and action;

2° that the existence of these three currents not only could not, in any way and to any degree, harm the total force of anarchism,—a philosophical and social movement considered, as is appropriate, in all its breadth,—but still can and, logically, must contribute to the combined force of anarchism;

3° that each of these currents has its indicated place, its role, its mission in the heart of the broad, deep social movement that, under the name of “Anarchism,” aims at the establishment of a social milieu that will insure to each and all the maximum well-being and liberty;

4° that, under these conditions, anarchism can be understood as what we call, in chemistry, a composite or mixed body, a body formed by the combination of several elements.

This mixed body is composed by the combination of these three elements: anarcho-syndicalism, libertarian communism and anarchist individualism.

Its chemical formula could be S. 2 C. 2 I. 2.

According to the events, the milieus, the multiple sources from which the currents that make up anarchism spring, the mixture of the three elements must vary. It is up to analysis and experimentation to reveal this dosage; through synthesis, the composite body is reassembled and if, here, one element predominates, it is possible that, there, it will be some other.

S. 3 C. 2 I. 1; or else: S. 2 C. 3 I. 1; or, again: S. 1 C. 2 I. 3; the formula can attester des proportions variables, locally, regionally, nationally or internationally. But always there three elements—anarcho-syndicalist, libertarian communist and anarchist individualist (S. C. I.)—are made to combine and to create, by amalgamating, what I call “the anarchist synthesis.”

How is it that the existence of these three currents could have weakened the anarchist movement?

At this point in my demonstration, it is necessary to ask how it has happened that, especially in recent years and very particularly in France, the existence of these three anarchist elements, for from having strengthened the libertarian movement, has resulted in its weakening.

And have posed this problem in clear terms, it is important that it be studied and resolved in an equally crystalline manner.

The response is easy; but it demands from all, without exception, a great steadfastness.

I say that it is not the existence itself of these three elements—anarcho-syndicalism, libertarian communism and anarchist individualism—that has caused the weakness or, more precisely, the relative weakening of anarchist thought and action, but only the position that they have taken in relation to one another: a position of open, relentless, implacable war.

In the course of these harmful divisions each faction has employed an equal malice. Each has done their best to misrepresent the theses of the two others, to reduce their affirmations and negations to absurdity, to puff up or deflate their essential lines until they make an odious caricature of them.

Each tendency has directed against the others the most treacherous maneuvers and made use of the most murderous arms.

If, lacking an understanding between them, these three tendencies had been less rabid to make war against one another; if the activity used to struggle, within or outside of the various groupings, had been used to battle, even separately, against the common enemy, the anarchist movement of this country would have gained, as a result of the circumstances, a considerable breadth and a surprising strength.

But the intestine war of tendency against tendency, often even of personality against personality, has poisoned, corrupted, tainted, sterilized everything; even to the countryside, which should have been able to group around our precious ideas the hearts and minds enamored of Liberty and Justice, which are, especially in the popular milieus, much less rare than we like to pretend.

Each current has spit, drooled, vomited on the neighboring currents, in order to sully them and suggest that it alone is clean.

And, before the lamentable spectacle of these divisions and of the horrible machinations that they provoke on all sides, all our groupings are little by little emptied of the best of there content and our forces are exhausted against one another, instead of united in the battle to be waged against the common enemy: the principle of authority. That is the truth.

The evil and the remedy

The evil is great; it can, it must only be short-lived and the remedy is within reach of our hands.

Those who have read these lines attentively and without prejudice will work it out without effort: the remedy consists of drinking in the idea of the anarchist synthesis and applying that synthesis as soon and as well as possible. (2)

From what does the anarchist movement suffer? — From the war to the knife made by the three elements of which it is composed.

If, according to their origin, their character, their methods of propaganda, organization and action, these elements are condemned rise up against one another, the remedy that I propose is worth nothing; it is inapplicable; it would be ineffective; let us abstain from its use and seek something else.

On the contrary, if the aforementioned oppositions do not exist and, in particular, if the elements—anarcho-syndicalist, libertarian communist and anarchist individualist—are made in order to combine and form a sort of anarchist synthesis, it is necessary—not tomorrow, but today—attempt the realization of that synthesis.

I have discovered nothing and I propose nothing new: Luigi Fabbri and some Russian comrades (Voline, Fléchine, Mollie Steimer), with whom I have talked extensively these days, have confirmed to me that realization has been attempted in Italy, in the Italian Anarchist Union and, in Ukraine, within Nabat and that these two attempts have given the best results, that they alone have broken the triumph of fascism in Italy and the victory of bolshevism in Ukraine.

There exists, in France, as pretty much everywhere, numerous groups having already applied and currently applying the elements of the anarchist synthesis (I wish to cite none of them, in order not to omit any), groups in which anarcho-syndicalists, libertarian communists and anarchist individualists work in harmony; and these groups are neither the least numerous nor the least active.

These few facts (and I could cite others) demonstrate that the application of the synthesis is possible. I do not say, I do not think that it will be done without delay or difficulty. Like everything that is still new, it will encounter incomprehension, resistance, even hostility. If we must remain imperturbable, we will remain so; if we must resist critiques and malice, we will resist. We are conscious that salvation lies there and we are certain that, sooner or later, the anarchists will reach it. That is why we do not let ourselves become discouraged.

What was done, in memorable circumstances, in Italy, in Spain, in the Ukraine; what was done in many localities in France, can be done and, under the pressure of events, will be done in all countries.

An appeal to all the comrades, whatever their country of origin, residing in France.

The debate on the anarchist synthesis, as the basis of an entirely not anarchist organization in France, is and remains open. There is no question of stifling it. In order that it be fruitful, it is indispensable that it is se carried on in an atmosphere of candidness, faithfulness and camaraderie. If not, far from healing the wound, it would only inflame it.

But I know that there exist a considerable number of comrades who, weary of our intestine quarrels and understanding the incalculable harm that they do to our propaganda, hope to put an end to them.

It is to them that I address myself, without further ado, in the name of that individual initiative that was so honored, not so long ago, in libertarian circles.

And I say to all these comrades, without distinction of tendency: “Let us not allow the evil to worsen. Let us not wait until it has so ravaged the Anarchist Movement that it would require years of effort and struggle to bring it back to the point where it should be today. Doubling our efforts is in vain; the lost time is not recaptured. So do not put off until tomorrow what we can and should due this very day.

Let us act straightaway.

Let us refrain from seeking to establish the balance of individual or collective responsibilities. Let us recognize sincerely and courageously that each of us has their share of responsibility. Let us wipe clean our reciprocal wrongs and make a commitment to no longer stir up these sorrows.

To the great Idea that unites us all, anarcho-syndicalists, libertarian communists or anarchist individualists, let us make the sacrifice — an easy sacrifice, after all — of our resentments and our pride. Once and for all, sincerely, truly, let us chase all irritation from our minds, and all bitterness from our hearts.

Never has the strengthening of our forces been more indispensable, and it has never been more urgent; to the difficulties of the formidable battle that we have to lead alone against the world of enemies that we obstinately wish to cut down, is added the triple menace, as pressing as it is terrible, of fascism, bolshevism and war.

Let us make haste. Let us not lose one more day.

Circumstances require that, presently, the heart of worldwide anarchism and the center of its activity is found in France. Let us consider that dozens and dozens of comrades of foreign origin are refugees in this country. Let us not forget that they place their hopes and confidence in us; let us quit presenting them the unsettling spectacle of our fratricidal struggles.

Let us reestablish, as soon as possible, the immense family in which, while waiting for the borders of their countries of origin to once again become accessible to them, these exiles could again warm their hearts and preserve, blazing, the torch of their convictions.

Let us be aware that to quarrel is, in the present circumstances, almost treason to the Cause of which international events and the abominable repression that is its sequel have entrusted to us the sacred defense.

The more divided we are, the weaker we are; the more we regain unity and solidarity, the more we regain our strength.

This banal truth, let us not forget it; let us no longer forget it. May it from now on, to the extent it is possible, plot for each of us our line of conduct!

A word to our dear friends in the Association of Anarchist Federalists (AFA)

My dear friends,

I know nearly all of you personally and I know your state of mind.

I have the feeling that all of you would approve of the initiative that I am taking and that any one of you would have taken, if you had thought of it.

So you will appreciate that, on one hand, it is suitable to spread profusely this idea of the “Anarchist Synthesis,” serving as the basis for an entirely new regrouping of anarchist forces and that, on the other hand, it is an urgent necessity to give that idea a practical form, a positive application.

Our organization (the AFA) is quite new. That extreme youth brings it the precious advantage of not having been mixed up — as a group — in the regrettable conflicts that weaken and eat away at our movement.

I entrust to you the task of spreading the good news of the “anarchist synthesis” everywhere. It is to you that circumstances confer the right and impose the duty to group together the anarchist forces residing in France on the basis of that synthesis, faithfully and fraternally applied. Quickly, quickly, take, in your turn, the initiative in this regrouping.

Summon, as soon as possible, all the comrades of your locality or quarter — without distinction of tendency — that you know or suppose to be inclined to group or regroup in order to give more cohesion, influence and effectiveness to our dear propaganda.

Put into practice this paragraph of our plan of organization: “Each group will decide itself the methods of recruitment and internal organization.”

Beware of asking anyone to surrender any of there individual preferences. On the contrary, let each remain faithful to the fraction that best suits their temperament, to their libertarian development, their idea of anarchism, the means of propaganda to which they are inclined, the methods of combat in which they are most capable, the environment, for labor or agitation, to which they belong, the type of life that they lead, their professional occupations, etc., etc.

There is no question of fabricating a sort of model anarchist, reproduced in some thousands of copes, and consequently devoid of any personality, character or originality.

It is simply a question of gathering, in an atmosphere of openness and good friendship, all those who struggle actively against the exploitation and domination endured, individually and collectively, by all those who work toward the positive conquest of well-being and liberty for each and for all.

The field is vast. Let each one choose their place there. But so many efforts can be associated!

Anti-parliamentary, anti-capitalist, anti-religious, anti-statist, anti-militarist; is there an anarchist, just one, who is not all of that?

Appeal to them all.

Confidence, momentum and enthusiasm will be reborn. What great and powerful actions we could undertake and what fine and noble campaigns would could begin and complete successfully, fraternal hearts and arms joined!…

Dear comrades!

They will not fail to sneer, here and there, and to indulge in easy banter about this call to a general embrace.

You will not let yourself be moved by these jeers.

Wouldn’t it be better, among anarchists, to embrace than to bite, to work together rather than against one another, to live in peace rather than make war?

We are, at once, full of hatred and full of love.

Our hatred, let us direct all of its strength against the disciples and henchmen of Authority.

As for our love, let us preserve all its powerful springs in order to associate them with those of the anarchists who, like us, love liberty and struggle for it.

Let all the comrades, with the exception of those who, resistant to the very idea of organization, prefer to campaign in isolation, become members of our association. Let them join already existing groups. In the localities where there are no groups, let them form one and then work to make it large and active.

Let us set ourselves to the work. Let us devote ourselves to it with passion and perseverance.

Sébastien FAURE

(1) It being well understood, as the libertarian communists have explicitly declared at Orléans (at the congress held in that town July 12-14, 1926), that, in the heart of the libertarian Commune, as they conceive it, “all the forms of association will be free, from the integral colony to individual labor and consumption.

(2) The phrase anarchist synthesis must be taken, here, in the sense of gathering, association, organization and understanding of all the human elements who align themselves with the anarchist ideal.

Speaking of association and studying whether it is possible and desirable that all these elements should assemble, I could only call anarchist synthesis, this assembly, this basis of organization.

The synthesis of the anarchist theories is another matter, an extremely important subject that I propose to address when my health and circumstances allow.

SIMPLE QUESTION

Demande.—Quand une organisation a décidé de n’admettre dans son sein que des camarades appartenant à une seule et même tendance ou fraction de tendance anarchiste, que doit-on faire des camarades qui, avant cette décision, faisaient partie d’un groupe rattaché régionalement et nationalement à ladite organisation ?

Réponse.—On ne peut les garder ; car ils ne manqueraient pas d’altérer la doctrine professée par ce groupe et d’affaiblir, peut-être de paralyser son action.

En conséquence, ces compagnons, fussent-ils de tous les membres du groupe les plus actifs et les plus dévoués, doivent être impitoyablement exclus ; ils sont tenus de prendre la porte et d’aller porter ailleurs leur dévouement et leur activité.

SIMPLE QUESTION

Question.—When an organization has decided to admit within its ranks only comrades of one and the same anarchist tendency or franction of tendency, what must be done with the comrades who, before that decision, were part of a groupe connected regionally and nationally to the aforementioned organization?

Response.—One cannot keep them; for they will not fail to alter the doctrine professed by that group and to weaken, perhaps even to paralyze its action.

As a consequence, these compagnons, even if they are the most actinve and most devoted of the whole group, must be mercilessly excluded; they are obliged to use the door and take their devotion and their activity elsewhere.

AUTRE QUESTION

Une organisation, anarchiste dit aux groupes qui lui sont affiliés : « Vous ne recevrez que des camarades appartenant à la tendance que nous représentons, fermez vos portes. Aux compagnons — quels qu’ils soient — qui sont d’une autre tendance. Mêlé aux eaux de notre courant, cet autre courant ne pourrait que troubler la limpidité du notre. Ne vous laissez pas tenter par le désir d’accroître votre force par l’adjonction des éléments qui ne sont entièrement des nôtres. La vitalité de votre groupe ne peut que souffrir de cette injonction. Au surplus, notre organisation a pris une décision qui nous lie. Cette décision nous ordonne de n’admettre en notre sein que ce qui ont les mêmes conceptions, adoptent les, mêmes principes, le même programme social, les mêmes méthodes de propagande et action. Si vous voulez rester dans notre organisation, conformez-vous, en ce qui concerne la composition de notre groupe comme en ce concerne le reste, aux résolutions qui ont été prises, an pacte qui nous lie tous et que votre adhésion vous fait une obligation de respecter. »

x   x

Une autre organisation anarchiste dit aux groupes qui la composent: « Nous vous faisons confiance et vous restez libres d’admettre les compagnons de toutes tendances, prêts à lutter avec les: autre membres du groupe en bonne et franche camaraderie. Vous êtes mieux placés que quiconque pour savoir quels sont les éléments désirables et quels sont ceux qui ne le sont pas. Vous vous connaissez tous. Si le camarade qui se présente est un élément notoirement dissolvant on nuisible, il vous appartient d’en juger et d’agir selon votre conscience. C’est à vous, à vous seuls, de décider ; personne, au nom de l’anarchie et de la liberté, ne peut s’imposer à vous, en violation de votre propre volonté, de votre propre liberté. Vous êtes libres et autonomes, puisque, aux termes du contrat moral qui nous engage les uns vis-à-vis des autres, chaque groupe fixe lui-même son mode de recrutement et de organisation intérieure. »

Demande. — De ces deux organisations quelle est celle qui respect l’autonomie des groupes ?

Réponse. — Est-il besoin de la formuler ? — Poser la question, c’est la résoudre.

TRANSLATION

OPINION

Le communisme-libertaire et l’individualisme-anarchiste ne s’excluent pas ; ils reflètent deux aspects de l’anarchisme. Je dirai même qu’ils se complément : le communisme-libertaire tempérant et rectifiant les erreurs et les impossibilités pratiques d’un individualisme trop absolu ; et l’individualisme-anarchiste modérant et tempérant les erreurs et les impossibilités pratiques d’un communisme trop absolu.

C’est l’opinion du camarade Max Nettlau. C’est aussi la mienne.

S. F.

OPINION

Libertarian communism and anarchist individualism are not mutually exclusive; they reflect two aspects of anarchism. I would even say that they complement one another: libertarian communism tempering and correcting the errors and the practical impossibilities of too absolute an individualism and anarchist individualisme moderating and tempering the errors and practical impossibilities of too absolute a communism.

This is the opinion of comrade Max Nettlau. It is also mine.

S. F.

L’Objection

De nombreuses lettres me sont parvenues, concernant la Synthèse Anarchiste. Presque toutes sont d’approbation, d’encouragement, d’adhésion.

Les quelques autres rejettent plus où moins catégoriquement l’idée de rassembler, au sein de la même organisation tous les anarchistes, fussent-ils eux-mêmes désireux de se grouper et de combiner leurs efforts de propagande et d’action.

La grosse objection qui m’est faite — je pourrais presque dire la seule — est plutôt de sentiment que de doctrine.

La voici : « Nous ne pouvons pas nous grouper avec les individualistes, qui ne ratent jamais l’occasion de dénaturer nos théories et de nous combattre avec la dernière violence et par les moyens les plus dégoutants : injures ct calomnies. »

Je sais que l’accusation ainsi formulée n’est — hélas! — que trop exacte. Je sais que certains individualistes, pour se donner l’avantage facile de ridiculiser nos conceptions et ne faire prévaloir les leurs, ne reculent pas devant l’emploi des pires manœuvres, Mais, voyons, franchement, cette accusation ne peut-elle pas être retournée contre ceux qui la portent ?

N’est-il pas vrai que certains communistes-libertaires — j’en connais et pas mal — « ne ratent jamais l’occasion de dénaturer les théories individualistes et de combattre les individualistes avec la dernière violence et par les moyens les plus vils : injures et calomnies ? »…

Il est déplorable qu’il en soit ainsi. Mais l’important, c’est de chercher, de trouver et d’employer le moyen d’y mettre un terme.

Ce moyen existe et c’est la Synthèse Anarchiste qui en conseille la mise en pratique.

« Le système des portes fermées pousse automatiquement aux hostilités entre les divers courants : guerre de doctrines ou de personnes, presque toujours des deux; batailles souvent plus âpres que celles qui sont livrées à l’ennemi commun ; conflits où chaque tendance et fraction dépensent contre les rivales en injures, calomnies et brutalités qui empoisonnent l’atmosphère anarchiste.

» La méthode des portes ouvertes favorise automatiquement le rapprochement et l’entente entre les divers courants; elle amène et, petit à petit, multiplie les contacts entre camarades et fractions de tendances diverses elle remplace graduellement les poings formes par les mains tendues; elle incite chaque tendance à une connaissance et à une appréciation plus exactes des autres tendances; elle conduit à la camaraderie réciproque, tueuse des injures, des calomnies et des brutalités. »

Veut-on assainir, purifier l’atmosphère anarchiste qu’empoisonnent les agissements détestables et indignes de véritable compagnons ?

Veut-on vivifier notre propagande et fortifier notre action qui en souffrent ?

Le mal est profond; l’organisation sur la base de la « synthèse anarchiste » propose le remède.

Qu’on y réfléchisse et qu’on en discute.

S. F.

TRANSLATION

Proposition inutile

Nous recevons d’Armand (de l’Endehors), une communication de LAquelle nous extrayons, le reste ayant trait à certains faits suivis de commentaires, ces lignes qui, seules, contiennent une proposition concrète :

« Il est exact que la polémique entre tendances, milieux et animateurs a empoisonné l’anarchisme. Il y à un moyen de mettre fin à cet entre-déchirement, c’est de conclure un pacte entre les journaux favorables au rapprochements des diverses tendances de l’anarchie, aux termes duquel ceux-ci s’engageront à n’insérer aucune polémique blessante, injurieuse ou maligne tendant à sous-estimer, desservir, préjudicier, entraver le développement ou l’action de tout groupe, milieu, animateur, publication adhérant audit pacte. Je suis persuadé que le jour où ce pacte serait conclu et tenu pour de vrai, sans l’échappatoire jésuitique des la « tribune libre », il y aurait du soulagement dans le monde anarchiste ! »

Nous avons le très vif désir de mettre fin aux entre-déchirements dont parle Armand et la volonté de tout faire pour que les compagnons cessent de se traiter en irréductibles ennemis.

Mais, pour nous interdire toute polémique blessante, injurieuse, maligne, etc., nous ne pensons pas qu’il soit utile de conclure un pacte.

Pour notre part, ce que nous avons fait jusqu’à ce jour, sans pacte ni engagement, nous continuerons à le faire, sans engagement autre que celui que nous prenons vis-à-vis de nous-mêmes,

Déloyaux, un pacte signé, paraphé, conclu, ne nous empêcherait pas de l’être et si notre conscience nous invite à respecter les engagements que nous prenons librement, toute autre conclusion reste inutile.

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