Albert Soubervielle, “Hope” (1924)

ESPOIR

Nous nous berçons — ou parfois nous nous grisons — de mots trompeurs qui ne représentent que de vagues abstractions.

Nous prétendons ainsi que l’espérance est notre soutien, sinon notre guide, dans l’âpre lutte que nous menons au cours de notre éphémère existence.

Et ceux-là mêmes qui considèrent l’espérance comme une chimère ne sont parfois que des désabusés qui, après maints espoirs déçus, doutent de tout et d’eux-mêmes.

Mais, à part ces désenchantés de la vie, tous les êtres humains ne voient-ils pas en l’espérance le phare lumineux qui les guide et vers lequel doivent tendre tous leurs efforts ? Car lu seule véritable raison de vivre n’est-elle pas, pour tous, l’espoir en un avenir meilleur?

C’est ainsi que le croyant se résigne au triste sort de sa vie terrestre, escomptant naïvement une récompense en l’au-delà.

C’est également pourquoi l’éternelle dupe remet son avenir entre les mains d’un maître et ne se décourage pas, quoique constamment trompé.

Ce sont ces fallacieux espoirs qui contribuent à faire lamentablement perdurer la vie sociale si absurde et si monotone.

Espérer, c’est croire en un hypothétique bonheur et l’attendre naïvement des dieux, des maîtres ou de l’aveugle hasard.

Se bercer d’un espoir trompeur, c’est endormir en soi toute énergie, c’est parfois même renoncer à toute idée de lutte, c’est préparer un avenir qui ne serait que le recommencement du passé et la triste continuation du présent.

N’ayons aucune aveugle confiance ; ne croyons en rien ; nul ne saurai améliorer notre vie mieux que nous-mêmes. Prenons conscience et mettons notre propre énergie en constante activité. Luttons et réagissons contre tout ce qui entrave notre existence. L’espoir affaiblit et trompe. Il nous laisse croupir dans l’ornière de l’imbécile naïveté ou nous fait sombrer dans le morne découragement.

La volonté, mère de l’action, est un réel facteur de vie.

Il faut agir et non espérer.

ALBERT SOUBERVIELLE

HOPE

We soothe ourselves — or sometimes intoxicate ourselves — with fickle words that only represent vague abstractions.

So we pretend that hope is our support, if not our guide, in the bitter struggle that we carry on the course of our ephemeral existence.

And the very ones who consider hope a chimera are sometimes only disillusioned sorts who, after many disappointed hopes, doubt everything, including themselves.

But, apart from these who are disappointed with life, don’t all human beings see in hope the luminous beacon that guides them and toward which they must extend all their efforts? Isn’t the only true reason to live, for everyone, the hope of a better future?

It is in this way that the believers resign themselves to the sad fate of their life on earth, counting naively on a reward in the hereafter.

It is also why the eternal dupes put their future in the hands of a master and are not discouraged, although they are constantly misled.

It is these fallacious hopes that help make our social life, so absurd and monotonous, persist so miserably.

To hope is to believe in a hypothetical happiness and naively await it from the gods, the masters or blind chance.

To soothe ourselves with a false hope is to anesthetize all the energy within us. It is sometimes even to renounce every idea of struggle. It is to prepare a future that would only be the resumption of the past and the sad continuation of the present.

Let us have no blind confidence. Let us believe in nothing, for nothing could improve our lives better than ourselves. Let us become conscious and put our energy into constant activity. Let us struggle and react against everything that constrains our existence. Hope weakens and misleads. It leaves us to rot away in the rut of idiotic naïveté or makes us sink into bleak discouragement.

The will, mother of action, is a real factor of life.

We must act and not hope.

ALBERT SOUBERVIELLE

Albert Soubervielle, “Espoir,” L’idée anarchist No. 5 (May 8, 1924): 2.

Working translation by Shawn P. Wilbur

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