Ms. 2605 — Essais d’une philosophie populaire. — No. 1.

1) Ms. 2605

Essais d’une philosophie populaire.—No. 1.

Programme.

I.—De la nécessité de former en Europe une opinion internationale.

Les chrétiens ont bien raison d’adorer la Providence : jamais en ce qui est de la direction humaine des chose, il ne se vit moins de conscience et moins d’entendement. A quoi sert-il que l’humanité ait vécu si les multitudes qui la compose et les chefs qui les mènent n’en savant pas plus le lendemain que le veille ; si le peu de raison qui les éclaire ne leur est donné que pour mieux égarer leur instinct ? L’expériences historique est immense, la philosophie splendide, l’industrie pleine de merveilles ; la science des intérêts serait constituée demain, si l’on y mettait un peu de bon vouloir. Et de tant de matériaux préparés, numérotés, si j’ose ainsi dire, pour l’édifice, dont l’agencement n’a même pas besoin d’un architecte, il ne se produit que de décombres. Le silence règne parmi les [2] masses, tenue en respect par le canon et le baïonnettes : mais le monde est dans le trouble, livré à une dissolution pire que celle qui signala la fin du moyen-âge. Pour achever le tableau, les puissances, si parfaitement d’accord quand il s’agit de repousser l’ennemi commun, La Révolution, ne s’entendent plus sur les condition même de l’ordre qu’elles protègent ; toujours prêter à eu venir aux mains, elles ne s’aperçoivent seulement par que cette contradiction invincible qui les agité, est justement ce qui fait la Révolution.

Puis qu’on nous accorde la faveur d’un armistice, profitons-on pour échanger quelques idées. Ce qui se passe en Europe témoigne que si la sagesse n’est pas encore venue aux peuples, elle a déserté les gouvernements. Sont-ils, oui ou non, décidé à marcher ou ne marcher pas avec le siècle ? Telle est la question qu’il est permis de leur adresser indistinctement à tous aujourd’hui. En attendent leur réponse, essayons, hommes le l’avenir, de pourvoir de cet ordre si mal garanti, d’abord en organisant la pensée libre de l’Europe ; puis, en portant en avant sure les questions qui ne peuvent manquer de susciter entre les puissances de nouveaux conflits, le flambeau des idées nouvelles.

I.

Au commencement de l’année 1848, la monarchie constitutionnelle [3] succomba en France pour la troisième fois. Il est inutile de rechercher quels furent les auteurs de cette catastrophe : toute récrimination à ce sujet demeurerais stérile. Quinze jours après le 24 février, le fait accompli était accepté par tout le monde. Quant aux causes, fort complexes, qui déterminèrent l’avènement, nous pouvons les passer sous silence. L’adhésion générale qui accueillit le nouveau gouvernement démontre que ces causes, impersonnelles, fatales, ne peuvent être réellement imputées à personne.
A la place de la monarchie, qui s’était, pour ainsi dire, dérobée, plutôt qu’elle n’avait été vaincue, on institua la République. Que pouvait-on avoir à en craindre ? Tous les républicaines étaient d’accord d’en organiser les pouvoirs sur le plan même de la monarchie constitutionnelle, moins l’hérédité du chef suprême, moins le roi. Un président fut élu, image adoucie de la royauté renversée : les élections que eurent lien à cet égard, de même que celles pour le Constituante et le Législature, témoignèrent du sentiment de conservation, du respect des transitions, de la volonté de ménager les transitions, qui animaient tous les Français. Des aspirations d’une autre nature s’étaient fait jour parmi les classes ouvrières : la République prouva que si elle n’était pas en mesure s’y satisfaire, elle savait les [contenir] ; qu’au besoin, si ces [4] aspirations se montraient impatientes, elle saurait les vaincre.
Vis-à-vis de l’étranger, la République ne se montra moins modérée, ni moins puissante à faite prévaloir ses idées d’ordre. Quelques [voix], par un reste d’habitude, demandaient l’intervention au Pologne : ce n’était qu’un prétexte ; dont le bon sens de la Constituante, malheureusement pour la démocratie avancée, dut faire justice, dans la journée du 15 mai. D’autres soulaient que l’armée française passât les [morts] : l’Italie ayant protesté contre ce secours, la République se […]

[transcription in progress]

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