Joseph Déjacque, “The Theory of Infinitesimal Humanities” (1859)

La Théorie des Humanités Infinitésimales,
OU SYSTEME DES QUATRE GRADATIONS

Si mon ignorance de bien des sciences n’est pas un insurmontable obstacle à ce que je médite, j’essayerai quelque jour de développer plus complètement une théorie qui n’est qu’en germe dans l’article précédent (et qui n’est pas sans analogie avec la “Série” de Fourier et la “Triade” de Leroux, mais plus rationnelle, je le crois.) C’est la théorie des “Humanités infinitésimales” ou application, à tous les êtres dans l’universalité et à l’universalité de tous les êtres, du système des trois règnes (minéral, végétal, animal), couronné du quatrième, l’hominal, ou essence perfectible de tout organisme, agent conducteur qui fait le transit d’un corps d’une espèce inférieure à un autre corps d’une espèce supérieure, sorte d’intermédiaire qui les met en communication directe, établit entre eux l’échange : le corps de l’espèce inférieure livrant au corps de l’espèce supérieure ce qu’il a de plus “hominalisé” et recevant en compensation ce que l’autre a de moins hominalisé ou, ce qui revient au même, de plus “minéralisé.” — Toute sensation physique ou morale étant le résultat d’un contact, — choc ou baiser qui met en relation ce qu’il y a de plus pur chez l’inférieur avec ce qu’il y a de plus impur chez le supérieur,— la circulation se propage ainsi d’organisme en organisme et de sphère en sphère, d’attractivité en attractivité, au moyen du système des quatre gradations, diversement et universellement manifestées. Fallût-il donner à ce système une figure géométrique que je le représenterais sous la forme d’un triangle cube dont les trois points de la base correspondraient l’un à la minéralité, l’outre à la végétalité, le troisième à l’animalité, et le point culminant, le faîte de la pyramide, à l’hominalité.

Si la découverte de cette loi est une vérité par rapport à l’homme, comme tout me le démontre, la loi doit être universelle et se retrouver dans les infiniment petits comme dans les infiniment grands. Elle est applicable à tout ce qui existe. C’est un instrument qui peut servir à pénétrer plus profondément dans les immensités de l’Inconnu. Sans doute, ce n’est pas tout, ce n’est qu’une clé, et il y a plus d’une porte à ouvrir, plus d’un mystère à explorer. Mais cette clé peut mettre sur la voie, elle peut frayer passage à de soudaines clartés et, du sein des ténèbres, faire jaillir la lumière !

Oui…, mais cette clé, qu’en ferais-je, moi, intelligence infirme, affligée de paralysie et de cécité, moi qui ne peux avancer qu’en tremblot[t]ant, en tâtonnant ?… La clé… les ténèbres… Ah ! toujours le manteau d’Alexandre sur les yeux de Diogène, toujours un nuage entre la Pauvreté et la Science, toujours le Privilège !…

Ignorance ! Ignorance !… gare de mon soleil ! ! !

The Theory of Infinitesimal Humanities
or System of Four Gradations

If my ignorance of many sciences is not an insurmountable obstacle to what I contemplate, I will attempt some day to develop more completely a theory which is only in germ in the preceding article (and which is not without analogy to the “Series” of Fourier and the “Triad” of Leroux, but more rational, I think.) It is the theory of “Infinitesimal Humanities” or the application, to all the beings in universality and to the universality of all beings, of the system of the three kingdoms (mineral, vegetable, animal), crowned by the fourth, the hominal, or perfectible essence of every organism, conducting agent which makes the transit from a body of an inferior species to another body of a superior species, a sort of intermediary which puts them in direct communication, and establishes exchange between them: the body of the lower species delivering what is most “hominalized” in it to the body of the higher species and receiving in compensation what is least hominalized in the other, or, to put it another way, the most “mineralized.” — Any physical or moral sensation is the result of a contact -– a shock or kiss that places what is most pure in the lower into relation with what is most impure in the higher -– circulation thus propagating from organism to organism and from sphere to sphere, from attraction to attraction, via the four gradations, variously and universally manifested. This system must be given a geometrical figure that I would represent in the form of a cubed triangle whose three points on the base correspond, one to minerality, the other to vegetality, and the third to animality, and the culmination, the peak of the pyramid, to hominality.

If the discovery of this law is true in relation to humans, as everything demonstrates to me, the law must be universal and be found again in the infinitely small as in the infinitely great. It is applicable to all that exists. It is an instrument that can be used to penetrate deeper into the immensities of the Unknown. Undoubtedly, this is not all; it is a key, and there is more than one door to open, more than one mystery to explore. But the key can put us on the road, it can clear the way to sudden clarities, and within the darkness, bring light!

… Yes, but what would I make of this key by myself, with my crippled intelligence, afflicted with paralysis and blindness, I who can do nothing except by trembling, by groping? … The key … The darkness … Ah! Always the mantle of Alexander over the eyes of Diogenes, always a cloud between Poverty and Science, always Privilege!…

Ignorance! Ignorance! … get out of my sun! ! !


Source: Le Libertaire (New York), 10 janvier 1859.

Working Translation by Shawn P. Wilbur

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