Jeanne Deroin, “A ceux qui nous méconnaissent / To Those Who Misunderstand Us” (1848)

A ceux qui nous méconnaissent.

On nous nuit par excès de zèle, on nous accuse parce qu’on nous méconnaît, et de tous parts ce ne sont que clameurs comme si nous voulions renverser le monde et détruire tout ce qui est.

Nous l’avons dit pourtant et nos intentions sont assez généreuses pour que nous n’ayons point à les cacher, nous voulons l’égalité sans désordre, la justice sans récriminations, et ce n’est pas, comme l’affirme un bulletin de la République, le privilège de l’intelligence que nous réclamons, nous que les premières avons eu le courage d’élever la voix. Ce que nous voulons c’est le même pur toutes, la même part dans l’éducation publique et la réciprocité de droits dans le mariage. Les femmes savent bien qu’elles ne peuvent obtenir ces importantes améliorations que lorsque la loi ne sera plus formulée par l’homme seul.

Selon nous, l’individu social, l’être complet, c’est l’homme et la femme. Donc, à chacun sa capacité ; à chaque capacité selon ses œuvres. Ce n’est point l’intérêt de secte qui nous fait agir ; pour nous il n’y a plus de riches ni de pauvres, de distinctions de croyances, d’âge, de rang, de profession, nous sommes toutes sœurs et nous devons tendre la main, nous aider mutuellement. Ce n’est pas l’esprit de la femme libre comme l’entendait Enfantin, qui vit en nous. En proclamant devant tous que nous ne répudions pas les saints devoirs de la famille, nous saurons prouver au monde qu’il est possible de les concilier avec l’exercice de nos droits.

Non, ce n’est pas dans un intérêt personnel que les femmes réclament leur part légitime dans la vie sociale ; celles qui se dévouent à cette noble tâche savent bien que le seul moyen de sauver leurs sœurs de toutes les misères morales et matérielles est de revendiquer leurs droits de citoyennes. Celles qui ont un cœur généreux et un esprit élevé, sentent la nécessité de protester contre une exclusion opposée aux principes sacrés de notre glorieuse révolution ; pour celles-là c’est plus qu’un droit, c’est un devoir.

Jeanne Deroin.

To Those Who Misunderstand Us.

We are wronged by excess of zeal, we are accused because we are misunderstood, and from all sides there are only protests, as if we wanted to overthrow the world and destroy all that exists.

We have said what we want, however, and our intentions are generous enough for us not to have to hide them. We want equality without disorder, justice without recriminations, and it is not, as a bulletin of the Republic claims, the privilege of intelligence that we claim, we who first had the courage to raise our voices. What we want is the same for all, the same share in public education and reciprocity of rights within marriage. Women know well that they can obtain these important improvements only when the law is no longer formulated by man alone.

According to us, the social individual, the complete being, is man and woman. So, to each their ability; to every ability according to its works. It is not sectarian interest that makes us act; for us there are no longer rich or poor, no distinctions of beliefs, age, rank and profession. We are all sisters and we must reach out, help each other. It is not the spirit of the femme libre, as Enfantin understood it, that lives in us. By proclaiming before everyone that we do not repudiate the holy duties of the family, we will be able to prove to the world that it is possible to reconcile them with the exercise of our rights.

No, it is not in a personal interest that women claim their legitimate share in social life; those who devote themselves to this noble task know well that the only way to save their sisters from all moral and material miseries is to claim their rights as citizens. Those who have a generous heart and an elevated spirit feel the necessity of protesting against an exclusion opposed to the sacred principles of our glorious revolution; for them it is more than a right, it is a duty.

Jeanne Deroin.

Jean Deroin, “A ceux qui nous méconnaissent,” La Voix des Femmes 1 no 19 (10 avril 1848): 2.

Working translation by Shawn P. Wilbur.

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