Simplism

Simplisme / Simplism

3. du SIMPLISME ou cause de la cataracte.

Ce reproche de cataracte intellectuelle, adressé à un siècle savant sur divers points, pourrait sembler indécent si je ne l’étayais de preuves très-palpables. Je serai bref sur ce sujet peu flatteur ; il va débrouiller une vieille querelle qui s’élève entre chaque siècle et ses inventeurs. Tout siècle se hâte de dire que les inventeurs ont perdu la raison, parce qu’ils ne sont pas d’accord avec le préjugé d’impossibilité ; mais d’ordinaire, c’est le siècle entier qui, comme au temps de Colomb , manque de raison.

La cause de ces bévues générales, de ces faux jugements de la multitude, naît d’un vice que j’ai nommé simplisme ou manie d’envisager en mode simple tout le système de la nature. Ce travers suffit à fausser les plus beaux génies; c’est le péché originel de l’esprit humain.

Par exemple, nos philosophes prétendent étudier l’homme, l’univers et Dieu, et ils font de Dieu une âme sans corps; de l’homme, un corps sans âme; et de l’univers, un vaisseau sans pilote, sans moteur, sans chef. Ainsi, l’homme, l’univers et Dieu seraient trois corps simples. Aujourd’hui les philosophes, par crainte de l’autorité, ont modifié ces doctrines; ils les désavouent au besoin, mais on sait quelles ont été leurs opinions · dans les temps où régnait sur ce point une pleine liberté, à l’époque du matérialisme et des dictionnaires d’athées; on n’admettait pas même un Dieu simple, esprit sans corps ; encore moins un Dieu de nature composée, ayant âme et corps.(Son corps est le feu).

Même simplisme dans les détails : ceux qui admettent l’âme, ne lui attribuent qu’une destinée simple en ce monde, ils la condamnent à végéter sans retour dans l’état subversif, chaos civilisé et barbare. En étude de l’univers, ils admettent l’analogie nominalement, et ne l’admettent pas réellement, car ils contestent que le monde social ait, comme le monde sidéral, deux destinées figurées par les planètes et. comètes. (Harmonie et subversion ). Ils nient aussi par le fait, que l’analogie s’étende aux substances dont notre globe est meublé, et qu’elles soient miroir des passions, parce qu’ils ne savent pas expliquer ce miroir dans chaque animal, végétal et minéral.

Leur intelligence est donc tout-à-fait faussée par la manie des jugemens simples qui ne savent pas assembler une conséquence avec un principe, et qui prônent tel ressort, commerce ou autre, sans tenir compte de ses résultats vicieux, comme fausseté universelle, etc., etc.

C’est sur ce travers de jugemens simples que reposent les 4 sciences philosophiques ; elles tomberaient du moment où on les soumettrait au jugement composé, exigeant le sceau de l’expérience, conformément à l’avis de Jésus-Christ et de Descartes, 436; elle frapperait de nullité toute science, morale, économisme, donnant des résultats contraires à ses promesses.

On remplirait cent pages si l’on voulait donner un tableau de nos jugemens et méthodes simplistes, comme d’établir des garanties pour la classe riche, sans en établir pour la classe pauvre qui n’a pas même celle de travail et subsistance; des garanties pour le sexe masculin, et non pour le féminin ; accueillir des théories d’industrie qui repoussent toute étude sur l’attraction industrielle ; des perspectives de bonheur applicable aux civilisés et non aux barbares et sauvages ; des systèmes de mœurs qui veulent faire aimer la vertu simple, sans l’étayer du bénéfice et du plaisir, associer l’industrie sans associer les passions, établir le libéralisme et n’admettre pour base d’éligibilité que le marc d’argent ; chercher des lumières, et n’estimer les écrits que selon le style.

C’est par cette habitude de faux jugemens, que l’esprit humain s’est engouffré dans tous les ridicules, et dans un abîme intellectuel qui est la duplicité d’action. Il serait trop long de la définir; j’en signale seulement les effets principaux, tels que contrariété de l’intérêt collectif avec l’individuel, 41 ; haine réciproque, 384, des trois classes qui composent le corps social ; dissidence entre les gouvernemens et les peuples ; dissidence entre les sexes, dont l’un ne cherche qu’à opprimer le faible, et l’autre qu’à tromper l’oppresseur; dissidence de l’homme avec lui-même, par opposition de la raison au vœu des passions ; dissidence de la science avec elle-même, par recherche de la vérité, et apologie du trafic ou mensonge ; études pour le bonheur du peuple, et apologie de la civilisation qui ne donne pas même du pain au peuple. On n’en finirait pas du tableau de ces duplicités d’action; c’est à tel point que dans une famille réunie on trouvera au moins douze duplicités, comme discord de la belle-mère avec la belle-fille, et discords de goûts en toutes choses, en éducation, comestibles, degré de chaleur des appartemens, occupations, délassemens, animaux, etc.

La création a bien dépeint ce destin des sociétés actuelles ; elle a soumis par analogie tout le mobilier du globe à la duplicité de système, et d’abord le matériel de l’homme qui tombe en duplicité par la double couleur des races blanche, noire et mixte; par sa discordance avec les eaux de mer dont il ne peut pas s’abreuver, et avec les eaux douces qu’il ne peut parcourir faute d’amphibéité : (elle ne tient qu’à l’ouverture de la cloison du cœur : c’est une des facultés dont jouira la race régénérée après douze générations passées en harmonie).

Il sera curieux de rechercher la source de ces jugemens simples qui nous abusent sur le faussement évident du mécanisme des passions et des sociétés, sur le monde a rebours que le peuple entrevoit confusément, selon l’adage, un mal ne va pas sans un autre, Abyssus abyssum invocat. La philosophie, au contraire, loin de s’apercevoir que l’homme est fait pour un sort composé, bonheur ou malheur composé, et jamais simple, 413, persiste à nous vanter la simple nature qui est l’antipode de notre destinée. J’en ai dit assez pour convaincre que le reproche de cataracte intellectuelle n’est pas une facétie critique ; l’infirmité est bien régulière dans ses causes, ses développemens et ses résultats ; car la civilisation et la philosophie seraient confondues dès le moment où on voudrait passer des jugemens simples aux composés, consulter l’expérience, mettre en parallèle, théories et résultats de nos sciences, dont l’une prêche la vérité et rend les nations de plus en plus fourbes, l’autre promet aux nations des richesses, et ne fait qu’augmenter le nombre de leurs indigens. Il y a certainement croûte de ténèbres sur les esprits d’un siècle qui ne s’aperçoit pas de cette subversion sociale ; et l’honneur de dégager l’entendement humain de ce crétinisme scientifique, de lui lever la cataracte du simplisme, est une des palmes à faire briller aux yeux d’un fondateur.

3. of SIMPLISM or the cause of the cataract.

This reproach of an intellectual cataract, addressed to a learned century on various points, might seem indecent if I did not support it with some very tangible proofs. I will treat this unflattering subject very briefly; it will untangle an old quarrel that arises between every century and its inventors. Every century hastens to say that the inventors have lost their reason, because they are not in agreement with the prejudice of impossibility; but generally, as in the times of Columbus, it is the whole century that lacks reason.

The cause of these general blunders, of these false judgments of the multitude, arises from a vice that I have named simplism or the mania of envisioning the whole system of nature in the simple mode. This quirk is enough to deform the finest genius; it is the original sin of the human mind.

For example, our philosophers claim to study man, the universe and God, and they make of God a soul without a body; of man, a body without a soul; and of the universe, a vessel without a pilot, without a motor, sans captain. Thus, man, the universe and God would be three simple bodies. Today the philosophers, from fear of authority, have modified these doctrines; they disavow them if necessary, but we know what their opinions were in the days when full liberty reigned in this area, in the era of materialism and of the atheistic dictionaries; they did not accept even a simple God, a bodiless spirit; still less a God of a composite nature, having soul and body. (His body is fire).

The same simplism in the details: those who accept the soul, attribute to it only a simply destiny in this world; the condemn it to vegetate without hope of return in the subversive state, civilized and barbaric chaos. In studying the universe, the accept the analogy nominally, but do not really accept it, for they not that the social world, like the sidereal world, has two destinies, traced by the stars and comets. (Harmony and subversion). They also deny in fact, that the analogy extends to the substances from which our globe is built, and that they could be the mirror of the passions, because they do not know how to explain this mirror in each animal, vegetable and mineral.

Their intelligence is thus entirely distorted by the mania for simple judgments, which cannot put a consequence together with a principle, which extols some motive, commerce or other, without taking into account its vicious results, like universal falsity, etc., etc.

It is on this tendency to simple judgments that the 4 philosophical sciences rest; they will fall at the moment when we subject them to complex [composé] judgment, demanding the seal of experience, in accordance with the views of Jesus Christ and Descartes, 436; it will stamp as nonsense every science, every moral economic system yielding results contrary to its promises.

We would fill a hundred pages if we wanted to provide a picture of our simplist judgments and methods, like establishing guarantees for the wealthy class, without establishing them for the poor class who do not even have rights to labor and subsistence; of guarantees for the masculine sex, and not for the feminine; welcoming theories of industry that reject all study of industrial attraction; perspectives on happiness applicable to the civilized and not to the barbarians or savages; systems of mores that want to inspire love of simple virtue, without supporting themselves with profit and pleasure; to associate industry without associating the passions; to establish liberalism and accept money for its only basis; to seek enlightenment, and only value writings for their style.

It is through this habit of false judgments that the human mind has been plunged itself into all sorts of absurdities, and into the intellectual abyss that is duplicity of action. It would take too long to define it; I will only indicate its principal effect, such as the conflicts between collective and individual interests, 41; reciprocal hatred, 384, of the three classes that make up the social body; division between the governments and the peoples; division between the sexes, one of which seeks only to oppress the weak, and the other only to deceive the oppressor; division of man from himself, through the opposition of reason to the wishes of the passions; division of science against itself, through the search for truth and apologies for traffic lies; studies for the happiness of the people, and apologies for the civilization that does not even give the people bread. We could not complete a picture of these duplicities of action; we have reached a point that in one assembled family we will find at least a dozen duplicities, like the discord of the mother-in-law and daughter-in-law, and disagreements of tastes in all things—in education, foodstuffs, degree of heat in the apartments, occupations, relaxations, animals, etc.

The creation has clearly depicted this fate of the present societies; it has subject, by analogy, all the moveable property of the globe to the systemic duplicity, starting with the material of man, who falls into duplicity through the double color of the white, black and mixed races; through his lack of harmony with the waters of the waters of the sea, from which he cannot drink, and with the fresh waters, which he cannot travel for lack of amphibiousness: (it requires only the opening of the partition of the heart: it is one of the faculties that he regenerated race will enjoy after twelve generations have passed in harmony).

It would be interesting to seek the source of these simple judgments that mislead us in the obvious falsification of the mechanism of the passions and of societies, in the world in reverse that the people glimpse vaguely, according to the adage, one evil does not come without another, Abyssus abyssum invocat. Philosophy, on the contrary, far from perceiving that man is made for a complex fate, good and evil combined, and never simple, 413, persists in extolling to us the simple nature that is the antipode of our destiny. I have said enough about it to demonstrate that the reproach of an intellectual cataract is not a facetious critique; the infirmity is quite regular in its causes, development and results; for civilization and philosophy would be confounded from the moment when we wished to pass simple judgments on the complex, to consult experience, to put side by side the theories and results of our sciences, one of which preaches truth and makes nations more and more deceitful, while the other promises the nations wealth, and only increases the number of the destitute. There is certainly a crust of darkness on he minds of a century that does not perceive this social subversion; and the honor of ridding human understanding of this scientific imbecility, of removing the cataract of simplism, is one of the palms to make the eyes of a creator shine.

Charles Fourier, Le nouveau monde industriel et sociétaire (1829)


One of the inherent characteristics of Civilization is simplism. Simplism is the fault of viewing a complex question from only one side, of advancing on one side by retreating on the other, so that the real progress is null or negative.

Un des caractères inhérents à la Civilisation est le simplisme. Le simplisme consiste dans la faute de n’envisager qu’un des aspects d’une question complexe, de n’avancer d’un côté qu’en reculant de l’autre, de sorte que le progrès réel est nul ou négatif.

Hippolyte Renaud, Solidarité: Vue synthétique sur la doctrine de Ch. Fourier (1842)


La condition de toute existence, après le mouvement, est sans contredit l’unité ; mais de quelle nature est cette unité? Si nous interrogeons la théorie du Progrès, elle nous répond que l’unité de tout être est essentiellement synthétique, que c’est une unité de composition. Ainsi l’idée de mouvement, idée primordiale pour toute intelligence, est synthétique, puisque, comme nous l’avons vu tout à l’heure, elle se résout analytiquement en deux termes, que nous avons représentés par cette figure, A → B. Pareillement, et à plus forte raison, toutes les idées, intuitions ou images que nous recevons des objets, sont synthétiques dans leur unité : ce sont des combinaisons de mouvements, variées et compliquées à l’infini, mais convergentes et unes dans leur collectivité.

Cette notion de l’une, à la fois empirique et intellectuelle, condition de toute réalité et existence, on l’a confondue avec celle du simple, laquelle résulte de la série ou expression algébrique du mouvement, et, de même que la cause et l’effet, le principe et le but, le commencement et la fin n’est qu’une conception de l’esprit, ne représente rien de réel et de vrai.

C’est de ce simplisme qu’on a déduit toute une prétendue science des êtres, l’ontologie.

La cause est simple, a-t-on dit ; — par conséquent le sujet est simple, et l’esprit expression la plus haute de la cause et du moi, est simple également.

Mais, a fait observer Leibniz, si la cause est simple, le produit de cette cause doit être encore simple, voilà la monade. Si le sujet est simple, l’objet qu’il crée eu supposant à lui-même, ne peut pas ne pas être simple, donc la matière est simple aussi : voici l’atome.

Tirons la conséquence : la cause et l’effet, le moi et le non-moi, l’esprit et la matière, toutes ces simplicités spéculatives que l’analyse fait sortir de la notion une et synthétique du mouvement, sont de pures conceptions de l’entendement; il n’existe ni âmes ni corps, ni créateur ni créatures, et l’univers est une chimère. Si l’auteur de la monadologie avait été de bonne foi, c’est ainsi qu’il aurait conclu avec Pyrrhon, Barclay, Hume et les autres.

The condition of all existence, after movement, is unquestionably unity; but what is the nature of that unity? If we should consult the theory of Progress, it responds that the unity of all being is essentially synthetic, that it is a unity of composition. Thus the idea of movement, primordial idea of all intelligence, is synthetic, since, as we have just seen, it resolves itself analytically into two terms, which we have represented by this figure, A → B. Similarly, and for greater reason, all the ideas, intuitions or images that we receive from objects are synthetic in their unity: they are combinations of movements, varied and complicated to infinity, but convergent and single in their collectivity.

That notion of the one, at once empirical and intellectual, condition of all reality and existence, has been confused with that of the simple, which results from the series or algebraic expression of movement, and, like cause and effect, principle and aim, beginning and end, is only a conception of the mind, and represents nothing real and true.

It is from this simplism that all of the alleged science of being, ontology, has been deduced.

It has been said that the cause is simple;—consequently the subject is simple, and mind, the highest expression of the cause of the self, is equally simple.

But as Leibniz observed, if the cause is simple, the product of that cause must still be simple: this is the monad. If the subject is simple, the object that it creates to oppose to itself, it cannot not be simple, thus matter is simple as well: this is the atom.

Let us draw the consequence: cause and the effect, the self and the non-self, mind and matter, all these speculative simplicities that analysis derives from the single and synthetic notion of movement, are pure conceptions of the understanding; neither bodies nor souls exist, neither creator nor created, and the universe is a chimera. If the author of the monadology had been in good faith, he would have concluded thus, with Pyrrho, Barclay, Hume and the others.

Pierre-Joseph Proudhon, The Philosophy of Progress (1853)


We respond that it is not an enlightened role that drives them, but it is a frightful malady that dominates them,—simplisme,—entendez-vous, simplism,—the awful sickness of simplism, a malady that drives them to deceit, to error, to ruin; a malady that often leads the most cunning man to fool himself; this constitutional malady, this moral gangrene is the favorite sin of the great and shameless, of the decrepit civilization and its legitimate children.

Nous répondrons que ce n’est pas un rôle éclairé qui les pousse, mais que c’est une affreuse maladie qui les domine,—le simplisme,—entendez-vous, le simplisme,—l’affreuse maladie du simplisme, maladie qui poussé à la fourberie, à l’erreur, à la perte; maladie qui fait que l’homme le plus rusé est souvent dupe de lui-même, cette maladie constitutionnelle, cette gangrène morale est le péché mignon de la grande dévergondée, de la décrépite civilisation et de ses enfants légitimes.

Jean Journet, Documents Apostoliques et Propheties (1858)
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