Why I Am an Anarchist (Four Statements, 1885-1951)

POURQUOI JE SUIS ANARCHISTE

Si incorrect qu’il soit pour un militant socialiste de parler de son insignifiante personne, qu’il me soit permis de donner ici quelques explications nettes sur les raisons qui m’ont déterminé à embrasser définitivement des opinions que je ne partageais pas complètement hier.

Beaucoup de mes amis s’étonnent, en effet, de me voir aujourd’hui combattre dans les rangs anarchistes et me demandent la cause de mon revirement.

Je me sens tout à fait à l’aise pour leur répondre. Il n’en serait pas de même, sans doute, au lieu d’avoir fait un pas à gauche, au lieu de m’être engagé plus avant dans la voie révolutionnaire, j’avais honteusement exécuté une conversion à droite, comme un trop grand nombre d’entre nous, hélas !

Un seul mot suffit, d’ailleurs, pour donner la clef de ma transformation, ou, pour mieux dire, de mon perfectionnement. Tout le secret de ma conduite réside dans une qualité que je me flatte de posséder en tant que vulgarisateur des idées nouvelles : la sincérité.

Dépouillez le théoricien collectiviste ou blanquiste des inavouables appétits qui le dominent et qui altèrent en lui l’instinctive passion de la Justice, soufflez-lui au cœur un peu de cette rare vertu qui s’appelle le désintéressement, en un mot rendez-le sincère, et fatalement, un jour ou l’autre, il deviendra ce que je me fais honneur d’être devenu : un fervent et dévoué propagateur des données anarchistes.

Maudite ambition, es-tu donc si profondément ancrée dans l’esprit des individus, que les plus clairvoyants, les plus développés ne puissent, dans l’intérêt commun, s’affranchir de ton joug !

L’homme est, de sa nature, essentiellement égoïste, c’est entendu : mais la satisfaction qu’il recueille de la semaille des principes qui lui sont chers et de leur éclosion dans l’esprit de ses semblables, ne devrait-elle pas lui suffire comme jouissance intime ?

Rien ne serait plus désirable pour le bonheur de tous ; malheureusement le milieu social dans lequel nous évoluons depuis des siècles, à occasionné chez l’homme une telle perturbation du sens moral, que la plupart d’entre nous ne renoncent à leurs privilèges présents ou futurs que lorsqu’un événement fortuit les y contraint.

De là l’inébranlable obstination des principaux adeptes des écoles socialistes autoritaires. Leur préconisation de la propagande électorale, comme moyen, et de l’Etat ouvrier, comme but, s’appuie moins sur des constatations historiques et philosophiques, comme ils le prétendent, que sur des considérations d’ordre personnel.

— « L’Anarchie, disent-ils, est l’idéal suprême de la Révolution; nous sommes, en principe, anarchistes. Mais, en hommes pratiques, nous devons reconnaître que l’humanité ne passera pas, sans transition, de l’état d’asservissement à celui de liberté absolue. Aussi sommes-nous partisans d’un régime intermédiaire dans lequel, la propriété étant devenue collective, les pouvoirs publics se trouveront aux mains de la classe des producteurs. En conséquence, nous sommes d’avis que le Prolétariat doit lutter, pour la conquête de ces pouvoirs, sur le terrain électoral. »

Traduisez :

— « Mis au pied du mur, nous sommes obligés de reconnaître, avec Blanqui, que l’Anarchie est l’avenir de l’humanité. Mais nous nous en fichons comme de notre première bretelle. Il serait absurde, de la part d’hommes pratiques, de travailler dans un but aussi éloigné de nous. Aussi trouvons-nous préférable de nous déclarer partisans d’un système intermédiaire qui nous permet de pontifier au sein de comités et de groupes plus où moins ouvriers et de nous faire offrir de bonnes petites candidatures municipales ou législatives. »

Telle est l’interprétation scrupuleusement exacte des sentiments secrets de ces cabotins.

Sans partager leur criminel cynisme, jai longtemps cru, comme ils feignent d’y croire encore, à l’efficacité de l’agitation électorale.

Selon moi, l’expérience n’avait pas été suffisamment faite. Je la considère, aujourd’hui, comme concluante.

Grâce aux plus pénibles sacrifices, le parti ouvrier allemand est parvenu à envoyer vingt-cinq députés au Reichstag. Quel avantage en a-t-il recueilli? En ce moment même, les travailleurs de Francfort se voient obligés de protester, dans le Sozialdemokrat, contre la trahison de leurs représentants.

Qu’ont fait, à l’Hôtel-de-Ville de Paris, les conseillers socialistes Joffrin, Vaillant, Chabert ? Rien que compromettre dans ces milieux pourris la dignité de classe de leurs mandats.

Attendez-vous donc, ô votards, pour obtenir des résultats positifs, d’avoir la majorité dans les assemblées délibérantes? Allons, allons ! Vous n’êtes pas assez simples pour caresser un pareil rêve.

La majorité ! Mais comment le parti du travail peut-il sérieusement y viser, avec les faibles ressources dont il dispose, alors que ses adversaires ont pour soutiens, non seulement l’or et les journaux, mais encore la faveur administrative et gouvernementale ?

Ce sont ces réflexions — jointes à celles de même nature que m’ont inspirées les piteuses mises en demeure pratiquées récemment par les ouvriers de Paris, de Lyon, de Londres et de Bruxelles auprès de leurs dirigeants respectifs — qui ont effacé en moi tout vestige de confiance dans l’emploi, même temporaire, du suffrage universel et des moyens pacifiques.

Ces épreuves successives doivent être décisives pour tout révolutionnaire dépourvu d’aspirations malsaines.

Et si on les considérait comme insuffisantes, il n’y aurait qu’à jeter les regards sur les résultats de la propagande anarchiste, pour se convaincre de la supériorité de celle-ci. En moins de deux ou trois années, le nombre des niveleurs anarchistes a plus que décuplé.

Exposées avec éloquence dans les réunions publiques et sur les bancs de la Cour d’assises, leurs théories ont eu un retentissement considérable. Les travailleurs intelligents et décidés ont pu se convaincre qu’il y avait quelque chose là, et sont venus à elles en grand nombre.

De telle sorte qu’aujourd’hui le parti révolutionnaire se trouve divisé en deux camps bien distincts : d’un côté les farceurs et les dupes, de l’autre les militants consciencieux et conscients.

Qu’on m’appelle imbécile, si l’on veut : mais je préfère planter ma tente parmi les derniers.

Lucien Pemjean.

Why I Am an Anarchist

However improper it may be for a socialist militant socialiste to speak of their own insignificant person, allow me to give here a few clear explanations of the reason that have led me to embrace definitively opinions that I did not share completely yesterday.

Today, in fact, may of my friends are surprised to see me fighting in the anarchist ranks and ask me the cause of my about-face.

I feel very comfortable responding to them. It would not be the same, no doubt, if, instead of taking a step to the left, instead of having embarked further on the revolutionary path, I had shamefully make a conversion to the right, like too many among us, alas!

A single word is enough, moreover, to give the key to my transformation, or, to put it more clearly, of my development. The whole secret of my conduct resides in one quality that I pride myself on possessing as a popularizer of new ideas: sincerity.

Strip the collectivist or blanquist theorist of the shameful appetites that dominate them and alter within them the instinctive passion for Justice, breathe into their heart a bit of that rare virtue that is called selflessness, in short, make them sincere and, inevitably, one day or another, they will become what I pride myself on having become: a fervent and devoted disseminator of anarchist facts.

Cursed ambition, are you so deeply rooted in the minds of individuals that the most far-sighted, the most developed cannot, in the common interest, free themselves from your yoke!

Man is, by his very nature, essentially selfish. This is understood. But shouldn’t the satisfaction that he receives from the sowing of the principles that are dear to him and from their blossoming in the minds of his fellows suffice as a private pleasure?

Nothing would be more desirable for the happiness of all. Unfortunately, the social environment in which we have lived for centuries has caused such a disturbance of the moral sense in man that most of us do not relinquish our present or future privileges until a fortuitous event compels us to do so.

Hence the unshakeable obstinacy of the main followers of the authoritarian socialist schools. Their advocacy of electoral propaganda, as a means, and of the workers’ state, as a goal, is based less on historical and philosophical observations, as they claim, than on personal considerations.

— “Anarchy,” they say, “is the supreme ideal of the Revolution; we are, in principle, anarchists. But, as practical men, we must recognize that humanity will not pass, without transition, from a state of enslavement to that of absolute freedom. We are therefore in favor of an intermediate regime in which, property having become collective, the public powers will find themselves in the hands of the class of producers. Consequently, we are of the opinion that the proletariat must fight, for the conquest of these powers, on the electoral ground.”

Translate:

— “When backed into a corner, we are forced to recognize, with Blanqui, that Anarchy is the future of humanity. But we abandon it at the first opportunity. It would be absurd on the part of practical men to work for a purpose so far removed from us. We therefore find it preferable to declare ourselves supporters of an intermediate system which allows us to pontificate in committees and groups that are more or less working-class and to be offered good small municipal or legislative candidacies.”

Such is the scrupulously accurate interpretation of the secret feelings of these posers.

Without sharing their criminal cynicism, I have long believed, as they still pretend to believe, in the effectiveness of electoral agitation.

In my opinion, the experiment had not been adequately made. I consider it conclusive today.

Thanks to the most painful sacrifices, the German Workers’ Party succeeded in sending twenty-five deputies to the Reichstag. What benefit did it reap from that? At this very moment, the workers of Frankfurt are forced to protest in the Sozialdemokrat against the betrayal of their representatives.

What did the socialist advisers Joffrin, Vaillant and Chabert do at the Hôtel-de-Ville in Paris? Nothing but compromise the class dignity of their mandates in these rotten circles.

Do you therefore wait, O voters, to obtain positive results, to have a majority in the deliberative assemblies? Come now! You are not simple enough to cherish such a dream.

The majority! But how can the party of labor seriously aim for it, with the scarce resources at its disposal, when its opponents have for support, not only gold and newspapers, but also administrative and governmental favor?

It is these reflections — joined to those of the same nature inspired in me by the pitiful formal notices recently given by the workers of Paris, Lyon, London and Brussels to their respective leaders — that have erased in me any vestige of confidence in the use, even temporary, of universal suffrage and peaceful means.

These successive trials must be decisive for any revolutionary devoid of unhealthy aspirations.

And if we considered them insufficient, one would only have to look at the results of anarchist propaganda to be convinced of its superiority. In less than two or three years, the number of anarchist levelers has increased more than tenfold.

Eloquently expounded in public meetings and on the benches of the courts of assize, their theories have had considerable impact. Smart, determined workers were able to convince themselves that there was something there, and came to them in great numbers.

So that today the revolutionary party finds itself divided into two very distinct camps: on the one hand, the jokers and the dupes and, on the other, the conscientious and conscious militants.

Call me imbecile, if you wish, but I prefer to pitch my tent among the latter.

 

Lucien Pemjean.

Lucien Pemjean, “Pourquoi je suis anarchiste,” L’Insurgé (Bruxelles) no. 8 (3-10 mai 1885): 1.


Pourquoi je suis anarchiste

Je suis anarchiste parce que je suis essentiellement individualiste et altruiste.

Individualiste : amour de MOI – égoïste.

Altruiste : amour d’AUTRUI – solidarité.

Je suis anarchiste individualiste parce que je réclame, je veux la satisfaction complète, intégrale de tous les désirs, de tous les besoins de mon individualité, de mon moi.

Je suis anarchiste individualiste parce que toutes les aspirations de mon individualité, de mon moi tendent vers ce but : le bonheur !

Je suis anarchiste altruiste parce que j’aime mon prochain comme moi-même ; parce que le spectacle de sa souffrance, de sa détresse, de sa misère m’émeut et m’afflige douloureusement!

Je suis anarchiste révolté parce que, ayant au cœur l’amour profond et sincère de l’amitié, toute iniquité me révolte.

Je suis anarchiste humanitaire, parce que je suis pénétré de cette conviction raisonnée : c’est que les millions et les millions d’individus dont se compose l’humanité, n’arriveront à connaître, à posséder la grande liberté – cette source intarissable de bonheur ! – l’équitable égalité et la véritable Fraternité, que par le communisme anarchiste qui, seul, peut assurer à chacun, c’est-à-dire à tous, l’intégrale somme de bien-être et de satisfaction matériels !

Emile Rinaldain

Why I Am an Anarchist

I am an anarchist because I am essentially an individualist and an altruist.

Individualist: love of the SELF – egoist.

Altruist: love of OTHERS – solidarity.

I am an individualist anarchist because I demand, I desire the complete, integral satisfaction of all the desire, all the needs of my individuality, of my own self.

I am an individualist anarchist because all of the aspirations of my individuality, of my own self tend toward one goal: happiness!

I am an altruistic anarchist because I love my neighbor as myself; because the spectacle of their suffering, their distress, their misery moves me distresses me painfully!

I am a rebel anarchist because, having a deep and sincere love of humanity in my heart, every injustice appalls me.

I am a humanitarian anarchist, because I am filled with the reasoned conviction that the millions and millions of individuals who make up humanity will only come to know and to possess the great liberty — that boundless source of happiness! — the equitable equality and true fraternity through anarchist communism, which alone can assure to each, which is to say to all, the whole sum of material well-being and satisfaction!

Emile Rinaldain

Emile Rinaldain, “Pourquoi se suis anarchiste,” L’Agitateur 3 no. 1 (4-19 février 1897): 3.


POURQUOI JE SUIS ANARCHISTE

Je suis anarchiste parce que nulle autre idée ne remplit le but de justice égalitaire et de bonheur pour l’humanité.

C’est aujourd’hui le minimum du progrès à atteindre et quand il le sera, on verra de là jusqu’aux limites d’un autre horizon qu’on atteindra de même pour en découvrir un nouveau et cela toujours le progrès étant éternel.

L’homme ne sera intelligent et bon que quand il sera libre, l’anarchie seule est la liberté.

Sitôt que des hommes sont au pouvoir, ils s’y corrompent ni s’y abrutissent, dans l’obéissance ils se dégradent également.

La nécessité pour l’humanité de sortir de l’horrible misère où elle est depuis toujours fait appel à ceux qui se sentent un cœur d’homme au combat pour la liberté, l’heure approche hâlée par les crimes d’un grand nombre de gouvernants et leurs défenses formidables n’empêcheront pas les millions de malheureux de se réfugier dans l’anarchie, comme les hirondelles s’enfuient vers les climats plus doux aux approches de l’hiver qui les tuerait. Tout être veut vivre, toute race aussi et la nôtre s’éteindrait dans l’affaiblissement causé par la misère et. le travail si ces inconstances ne cessaient prochainement.

L’anarchie est le renouveau que rien ne pouf-a empêcher les institutions despotiques s’écroulent, les foules aient de plus en plus nombreuses pour le raz de marée qui couvrira le vieux monde. Il a bien fallu que l’âge de pierre disparaisse, il faudra bien que le nôtre aussi disparaisse.

Le pouvoir, l’autorité, les privilèges vont devenir des armes aussi inutiles que les pagaies et les frondes des sauvages, car, depuis longtemps déjà, sans en prendre le titre, sans s’en douter même, tous les penseurs, fous les artistes sont anarchistes — le monde est pris d’avance, la prise de possession ne sera une surprise que pour les brutes.

Je suis devenue anarchiste en allant en Calédonie sur le navire de l’Etat qui nous emmenait dans des cages, comme des tigres (avec l’intention de nous amener au repentir). Là, pendant quatre mois de traversée, entre le ciel et l’eau, nous n’avions qu’à réfléchir.

Eh bien ! comme je venais de voir nies amis de la Commune, honnêtes, braves, dévoués. s’annihiler au pouvoir, de manière à ce que la Commune, craignant toujours de faire du mal, ne fût énergique que oui mourir, j’ai bien vu que remettre des hommes, même révolutionnaires et bons, à la place de mauvais, ne changerait rien à l’asservissement du plus grand nombre.

Nous devons combattre, non seulement avec courage, mais encore avec logique, et la logique est que les multitudes profitent enfin des révolutions — il y a assez longtemps que la terre est arrosée de leur sang pour qu’elles recueillent enfin la moisson.

Londres, 1er février 1895.

L. MICHEL.

Why I Am an Anarchist

I am an anarchist because no other idea fulfills the goal of egalitarian justice and happiness for mankind.

Today it is the minimum progress to be achieved and, when it is achieved, we will see from there to the limits of another horizon, which we will also reach, only to discover a new one—and so on, progress being eternal.

Man will only be intelligent and good when he is free. And anarchy alone is freedom.

As soon as men are in power, they corrupt or stultify themselves, degrading themselves equally in obedience.

The need for humanity to emerge from the horrible misery in which it has always existed calls out to those who feel within themselves a human heart in the fight for freedom. The hour is approaching, hastened by the crimes of a large number of rulers, and their formidable defenses will not prevent millions of unfortunate people from taking refuge in anarchy, as swallows flee to milder climates at the approach of winter which would kill them. Every being wants to live, so does every race and ours would die out in the weakening caused by poverty and labor if that inconstancy did not cease soon.

Anarchy is the revival that nothing can stop: despotic institutions crumble, the crowds swell into a tidal wave that will cover the old world. The Stone Age had to have its end; ours will have its end as well.

Power, authority, privileges will become weapons as useless as the paddles and slingshots of savages, because for a long time now, without assuming the title, without even suspecting it, all thinkers, all artists have been anarchists — the world is spoken for in advance, the taking of possession will only be a surprise to the brutes.

I became an anarchist on the voyage to Caledonia, on a government ship that transported us in cages, like tigers (with the intention of bringing us to repentance.) There, during the four months of crossing, between the sky and the water, we had nothing to do but reflect.

Well! As I had just seen my friends of the Commune, honest, brave, devoted. annihilate themselves in power, so that the Commune, always fearing to do harm, was only energetic in dying, I have seen that putting men, even revolutionaries and good ones, in the place of bad ones, would change nothing to the enslavement of the greatest number.

We must fight, not only with courage, but also with logic, and the logic is that the multitudes are finally benefiting from the revolutions — the earth has been watered with their blood long enough for them to finally reap the harvest.

London, February 1, 1895.

L. Michel.

Louis Michel, “Pourquoi je suis anarchiste,” Le Libertaire 3e série, 31 no. 408 (20 janvier 1925): 1.


 

Pourquoi je suis anarchiste

Lisant dans le « Lib » de la semaine dernière l’appel de C. Lag à la collaboration des jeunes, je me sais tout simplement demandé pourquoi j’aimais le journal. Et, chose curieuse, je me suis découvert, à dix-neuf ans, anarchiste par expérience plutôt que par système. On nous accuse à tort d’être des « penseurs », des « utopistes ». Je crois que l’anarchisme est avant tout une expérience, celle ne la liberté. Si je suis anarchiste, c est parce qu’on a voulu ma vendre.

Né de petits fermiers catholiques et bretons, j’eus le malheur de manifester vers onze-douze ans, quelques dispositions intellectuelles. A grand renfort d’images pieuses et de cérémonies émouvantes, on n’eut aucune peine à me fabriquer une vocation ecclésiastique, et je fus mis au petit séminaire. Par bonheur, mon sens critique, vers quinze ans, reprit le dessus et je frondai l’autorité. Coupable de « mauvais esprit », c’est-à-dire de conscience, je fus renvoyé dans ma famille. Et un beau jour je me retrouvai libéré à la fois du séminaire et des fantômes qui, jusque là pourrissaient ma vie.

Je suis anarchiste parce que j’estime ignoble cette domestication des jeunes esprits par la grande entreprise esclavagiste qu’est l’Eglise catholique. Je sais qu’il n’y a pas d’épanouissement sans liberté, pas d’amour sans indépendance.

Je suis anarchiste parce que je pense avec désespoir à tous les pauvres gosses qui, chaque année, entrent dans la grande machine à abêtir, qui ne connaîtront jamais l’ivresse d’une vie libre et fraternelle, qui trembleront toujours sous la crainte des fantômes.

Je suis anarchiste pour l’amour de tous les hommes qui dans le monde sont délibérément crétinises par toutes les Eglises, tous les curés et tous les commissaires. Il ne me suffit pas d’être sorti du séminaire. Je veux aussi que tous mes frères les hommes échappent à leurs prisons. Voilà pourquoi je suis anarchiste, simplement

COSEC.

Why I Am an Anarchist

Reading in last week’s “Lib” C. Lag’s call for collaboration by the young, I simply asked myself why I liked the paper. And, curiously enough, I discovered myself, at nineteen, an anarchist by experience rather than by system. We are wrongly accused of being “thinkers,” “utopians.” I believe that anarchism is above all an experience, that of freedom. If I am an anarchist, it is because there were those who wanted to betray me.

Born of small Catholic and Breton farmers, I had the misfortune of showing, at eleven or twelve years of age, some intellectual disposition. With the help of pious images and moving ceremonies, they had no difficulty in constructing for me an ecclesiastical vocation, and I was put in the junior seminary. Fortunately, at about fifteen, my critical sense, took over and I rebelled against authority. Guilty of an “evil spirit,” that is to say of conscience, I was sent back to my family. And one fine day I found myself freed both from the seminary and from the ghosts that, until then, had spoiled my life.

I am an anarchist because I consider this domestication of young minds by the great slave enterprise that is the Catholic Church despicable. I know there is no fulfillment without freedom, no love without independence.

I am an anarchist because I think with despair of all the poor kids who, every year, enter the great stupefying machine, who will never know the intoxication of a free and fraternal life, who will always tremble with the fear of ghosts.

I am an anarchist for the love of all the men in the world who are deliberately made stupid by all the churches, all the priests and all the commissioners. It’s not enough for me to be out of the seminary. I also want all my brothers men to escape their prisons. That’s why I’m an anarchist, simply.

COSEC.

Cosec, “Pourquoi je suis anarchiste,” Le Libertaire 56 no. 288 (9 novembre 1951): 2.

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