Proudhon’s “Toast to the Revolution” (revised translation)

Proudhon’s “Toast to the Revolution” was the first major translation I posted on the blog, back in July of 2007. Little did I know at the time how much translating I would end up doing, and I certainly didn’t dream that it would become my primary activity as a radical scholar. But here we are. I’ve winced more than once as I’ve been revising these early translations, but I was pleased to find that there wasn’t much in this one to make me cringe. I’ve clarified a couple of key sections, which were hard to make sense of, either grammatically or conceptually, until I was more familiar with Proudhon’s voice. And working with the text, I as reminded just how powerful parts of it really are, so rather than simply modify the posted translation, I’m going to repost the essay for new and old readers alike.

17 octobre 1848

TOAST A LA RÉVOLUTION

Citoyens,

Quand nos amis de la République démocratique, inquiets de nos idées et de nos tendances, se récrient contre la qualification de socialistes que nous ajoutons à celle de démocrates, que nous reprochent-ils ? — Ils nous reprochent de n’être pas révolutionnaires.

Sachons donc une fois qui d’eux ou de nous est dans la tradition ; qui d’eux ou de nous est dans la vrai pratique révolutionnaire.

Et quand nos adversaires de la bourgeoisie, inquiets pour leurs privilèges, déversent sur nous la calomnie et l’outrage, quel est le prétexte de leurs accusations ? — C’est que nous voulons tout détruire et tout perdre : propriété, famille, civilisation.

Sachons donc aussi qui de nous ou de nos adversaires mérite le mieux le titre de conservateurs.

Les révolutions sont les manifestations successives de la JUSTICE dans l’humanité. — C’est pour cela que toute révolution a son point de départ dans une révolution antérieure.

Qui dit donc révolution dit nécessairement progrès, dit par là même conservation. D’où il suit que la révolution est en permanence dans l’histoire, et qu’à proprement parler il n’y a pas eu plusieurs révolutions, il n’y a eu qu’une seule et même et perpétuelle révolution.

La révolution, il y a dix-huit siècles, s’appelait l’ÉVANGILE, la Bonne Nouvelle. Son dogme fondamental était l’Unité de Dieu ; sa devise, l’Égalité de tous les hommes devant Dieu. L’esclavage antique reposait sur l’antagonisme et l’inégalité des dieux, ce qui voulait dire sur l’infériorité relative des races, sur l’état de guerre. Le christianisme créa le droit des gens, la fraternité des nations ; ce fut en raison de son dogme et de sa devise que furent abolis simultanément l’idolâtrie et l’esclavage.

Certes, on ne niera pas aujourd’hui que les chrétiens, ces révolutionnaires qui combattaient par la parole et par le martyre, ne fussent des hommes de progrès : j’ajoute qu’ils étaient des hommes de conservation. L’initiation polythéiste, après avoir civilisé les premiers humains ; après avoir converti ces hommes des bois, sylvestres homines, comme dit le poëte, en hommes des villes, en citoyens, était devenue elle-même, par le sensualisme et le privilège, un principe de corruption et d’asservissement. L’humanité était perdue, quand elle fut sauvée par le Christ, qui reçut pour cette mission glorieuse le double titre de Sauveur et Rédempteur, comme qui dirait, dans notre langue politique, conservateur et révolutionnaire.

Tel fut le caractère de la première et de la plus grande des révolutions. Elle renouvela le monde, et en le renouvelant elle le conserva.

Mais, toute surnaturelle et spiritualiste qu’elle fût, cette révolution n’exprimait pourtant que le côté le plus matériel de la justice, l’affranchissement des corps, l’abolition de 1’esclavage. Etablie sur la foi, elle laissait la pensée esclave ; elle ne suffisait pas à l’émancipation de l’homme, qui est esprit et corps, matière et intelligence ; elle appelait une autre révolution. Mille ans après la venue du Christ, commençait, au sein de la religion qu’il avait fondée, une agitation inconnue, prélude d’un nouveau progrès. La scolastique portait dans ses flancs, à côté de l’autorité de l’Église et des Écritures, l’autorité de la raison !… Vers le seizième siècle la l’évolution éclata.

La révolution, à cette époque, sans abandonner sa première donnée, sans se renier elle-même, prit un autre nom, nom déjà célèbre ; elle s’appela la PHILOSOPHIE. Elle eut pour dogme la liberté de la raison ; et, je puis bien le dire, puisque l’une est la conséquence immédiate de l’autre, pour devise, l’égalité de tous devant la raison.

Voici donc l’homme déclaré inviolable et libre dans sa double essence, l’âme et le corps ! Était-ce progrès ? Quel autre qu’un tyran pourrait le nier ? Etait-ce conservation ? cela n’a pas même besoin de réponse. La destinée de l’homme, a dit un sage, est de contempler les œuvres de Dieu. Après avoir connu Dieu par le cœur, par la foi, le temps était venu pour l’homme de le connaître par la raison. L’Évangile avait été pour l’humanité comme une instruction primaire : maintenant adulte, elle avait besoin d’un enseignement supérieur, à peine de croupir dans l’idiotisme et la servitude qui le suit.

Ainsi les Galilée, les Arnaud de Bresce, les Giordano Bruno, les Luther, les Descartes, toute cette élite de savants, de penseurs et d’artistes, qui brillèrent dans les quinzième, seizième et dix-septième siècles, grands révolutionnaires, furent en même temps les conservateurs de la société, les hérauts de la civilisation. Ils poursuivirent, contre les représentants du Christ, le mouvement commencé par le Christ : à eux aussi la persécution et le martyre ne manquèrent pas !

Voilà quelle fut la seconde révolution, la deuxième grande manifestation de la JUSTICE. Elle aussi rajeunit le monde ; elle le sauva.

Mais la philosophie, ajoutant ses conquêtes à celles de l’Évangile, ne remplissait pas, il s’en faut, le programme de cette justice éternelle. La liberté, évoquée du sein de Dieu par le Christ, n’était encore qu’individuelle : il fallait l’établir sur le forum ; il fallait, de la conscience, la faire passer dans la loi.

Vers le milieu du siècle dernier commença donc une nouvelle élaboration ; et, comme la première révolution avait été religieuse, et la seconde philosophique, la troisième révolution fut politique. Elle s’appela le CONTRAT SOCIAL.

Elle prit pour dogme la souveraineté du peuple : c’était la contre-partie du dogme chrétien, l’unité de Dieu.

Sa devise fut l’égalité devant la loi ; c’était le corollaire de celles qu’elle avait précédemment inscrites sur son drapeau, l’égalité devant Dieu et l’égalité devant la raison.

Ainsi, à chaque révolution, la liberté nous apparaît toujours comme l’instrument de la justice, et l’égalité comme son critérium. Le troisième terme est le but de la Justice ; ce but, toujours poursuivi, toujours approché, est la fraternité.

Ne perdons jamais de vue cet ordre du développementrévolutionnaire. Au témoignage de l’histoire, la fraternité, but suprême des révolutions, ne s’impose pas : elle a pour condition la liberté d’abord, l’égalité après. Comme si la justice nous disait à tous : Hommes, soyez libres ; citoyens, devenez égaux ; et puis, frères, embrassez-vous.

Qui oserait nier que la révolution entreprise, il y a soixante ans, par nos pères, et dont l’héroïque souvenir fait vibrer nos cœurs avec tant de force qu’il nous ôte presque le sentiment de nos propres devoirs ; qui niera, dis-je, que cette révolution fût un progrès ? Personne. Eh bien ! je le demande : n’est-il pas vrai qu’autant elle était progressive, autant elle fut conservatrice ? La société pouvait-elle vivre avec son despotisme usé, avec sa noblesse avilie, avec son clergé corrompu, avec des parlements égoïstes, indisciplinés, livrés à l’intrigue, avec un peuple en guenilles, avec une gent taillable et corvéable à merci et miséricorde ?

Mais qu’est-il besoin d’éclairer le soleil, de démontrer l’évidence ? La révolution de 89 fut le salut de l’humanité ; c’est pour cela qu’elle mérite le titre de révolution.

Mais, citoyens, si nos pères ont fait beaucoup pour la liberté et l’égalité, ils ont ouvert plus profondément la route de la fraternité, ils nous ont laissé encore plus àfaire.

La justice n’a pas dit, en 89, son dernier mot ; et qui sait quand elle le dira ?

Ne sommes-nous pas témoins, nous, génération de 1848, d’une corruption pire que celle des plus mauvais jours de l’histoire ; d’une misère pareille àcelle des temps féodaux ; d’une oppression de l’esprit et de la conscience, d’un abrutissement de toutes les facultés de l’homme, qui dépassent tout ce que l’on a vu aux époques de la plus affreuse barbarie ? A quoi nous servent les conquêtes du passé, et la religion, et la philosophie, et les constitutions et les codes, quand, en vertu des droits mêmes que nous garantissent ces constitutions et ces codes, nous nous trouvons dépossédés de la nature, excommuniés du genre humain ? Qu’est-ce que la politique, alors que nous manquons de pain, alors qu’on nous ôte jusqu’au travail qui donne le pain ? Que nous importent la liberté d’aller et de venir, la liberté de penser ou de ne pas penser, la garantie de la loi, et le spectacle des merveilles de la civilisation, et le maigre enseignement qu’on nous délivre, quand, par le retrait de tous les objets sur lesquels peuvent s’exercer l’activité humaine, nous sommes plongés dans le vide absolu ; quand, à l’appel de nos sens, de nos cœurs, de notre raison, l’univers et la société répondent : NÉANT !…

Citoyens, j’en jure par le Christ et par nos pères ! La justice a sonné sa quatrième heure, et malheur à ceux qui ne l’ont point entendue !

— Révolution de 1848, comment te nommes-tu ?

— Je me nomme le Droit au travail!

— Quel est ton drapeau ?

— L’Association !

— Ta devise ?

— L’Égalité devant la fortune.

— Où nous mènes-tu ?

— A la Fraternité !

— Salut à toi, Révolution ! je te servirai comme j’ai servi Dieu, comme j’ai servi la Philosophie et la Liberté, de tout mon cœur, de toute mon âme, de toute mon intelligence et de tout mon courage, et n’aurai point d’autre souveraine et d’autre règle que toi !

Ainsi la Révolution, après avoir été tour à tour religieuse, philosophique, politique, est devenue économique. Et comme toutes ses devancières, ce n’est rien de moins qu’une contradiction au passé, une sorte de renversement de l’ordre établi qu’elle nous apporte. Sans ce revirement complet de principes et de croyances, il n’y a pas de révolution, il n’y a que mystification. Continuons à interroger l’histoire, citoyens.

Sous l’empire du polythéisme, l’esclavage s’était établi et se perpétuait, au nom de quel principe ? Au nom de la religion. — Le Christ parut, qui abolit l’esclavage précisément au nom de la religion.

Le christianisme, à son tour, soumit la raison à la foi ; la philosophie renversa cet ordre : elle subordonna la foi à la raison.

La féodalité, au nom de la politique, asservissait tout le monde, soumettant l’ouvrier au bourgeois, le bourgeois au noble, le noble au roi, le roi au prêtre, le prêtre à une lettre morte. — Au nom de la politique aussi, 89 soumit tout le monde à la loi, et ne reconnut plus parmi les hommes que des citoyens.

Aujourd’hui le travail est à la discrétion du capital. Eh bien ! la révolution vous dit de changer cet ordre. C’est au capital à reconnaître la prépondérance du travail, à l’instrument de se mettre à la disposition de l’ouvrier.

Telle est cette révolution, à qui le sarcasme et la calomnie, à qui la persécution n’aura pas manqué, non plus qu’aux autres. Mais, comme les autres aussi, la Révolution de 1848 devient plus féconde par le sang de ses martyrs. Sanguis martyrum, semen christianorum ! s’écriait l’un des plus grands révolutionnaires des temps passés, l’indomptable Tertullien. Sang de républicains, semence de républicains.

Qui n’ose pas avouer cette foi, scellée du sang de nos frères, n’est pas révolutionnaire : c’est un infidèle. Qui la dissimule est un renégat. Séparer la République du socialisme, c’est vouloir accorder la liberté de l’esprit avec l’esclavage des sens, l’exercice des droits politiques avec la privation des droits civils : c’est contradictoire, c’est absurde.

Voilà, citoyens, la généalogie des idées sociales : sommes-nous, oui ou non, dans la tradition révolutionnaire ? Il s’agit de savoir à présent si nous sommes aussi dans la pratique ; si, comme nos pères, nous serons tout à la fois hommes de conservation et hommes de progrès ; car ce n’est qu’à ce double titre que nous serons des hommes de révolution.

Nous avons le principe révolutionnaire, le dogme révolutionnaire, la devise révolutionnaire. Que nous manque-t-il pour accomplir l’œuvre confiée à nos mains par la Providence ? Une seule chose : La PRATIQUE révolutionnaire !

Or, quelle est cette pratique qui distingue des temps ordinaires les époques de révolution ?

Ce qui constitue la pratique révolutionnaire, c’est qu’elle ne procède plus par détail et diversité, ou par transitions imperceptibles, mais par simplifications et enjambements. Elle franchit, dans de larges équations, ces termes mitoyens que propose l’esprit de routine,dont l’application aurait dû normalement se faire dans la période antérieure, mais que l’égoïsme des heureux ou l’inertie des gouvernements a repoussés.

Ces grandes équations de principes, ces transitions gigantesques dans les mœurs, ont aussi leurs lois : rien de moins arbitraire, de moins abandonné au hasard que la pratique des révolutions.

Mais quelle est-elle enfin cette pratique ?

Je suppose que les hommes d’État que nous avons vus au pouvoir depuis le 24 février ; que ces politiques à courte-vue, à petits moyens, à routine étroite et méticuleuse, eussent été à la place des apôtres : je vous le demande, citoyens, qu’auraient-ils fait ?

Ils seraient tombés d’accord avec les novateurs dans des conférences particulières, en conciliabule secret, que la pluralité des dieux était chose absurde ; ils auraient dit, comme Cicéron, qu’ils ne concevaient pas que deux augures pussent se regarder sans rire ; ils auraient condamné très-philosophiquement, et à voix basse, l’esclavage.

Mais ils se seraient récriés contre cette propagande téméraire qui, niant les dieux et tout ce que la société avait de plus sacré, soulevait contre elle la superstition et tous les intérêts ; ils auraient cru de bonne politique, au lieu d’attaquer les vieilles croyances, de les interpréter ; ils auraient voulu qu’au lieu d’abolir le culte, on le purifiât. Ils se seraient inclinés devant Mercure le larron, Vénus l’impudique, Jupiter l’incestueux. Ils auraient parlé avec estime, avec respect, des jeux Floraux et des Bacchanales. Ils auraient fait la philosophie du polythéisme, raconté l’histoire des dieux, renouvelé le personnel des temples, publié des règlements pour les sacrifices et les fêtes publiques, accordé, autant qu’il eût été en eux, la raison et la morale avec les impures traditions de leurs pères ; à force de ménagements, de complaisance, de respect humain, au lieu de sauver le monde, ils l’auraient fait périr.

Il y eut, dans les premiers siècles de l’ère chrétienne, une secte, un parti puissant par le génie et l’éloquence, qui, en face de la révolution chrétienne, entreprit de continuer l’idolâtrie à ce point de vue d’une république modérée et progressive ; ce furent les néoplatoniciens, auxquels se rattachent Apollonius de Tyane et l’empereur Julien. C’est ainsi que nous avons vu, de nos yeux, certains prédicateurs essayer la rénovation du catholicisme, en interprétant ses symboles au point de vue des idées modernes.

Vaine tentative ! La prédication chrétienne, je veux dire la pratique révolutionnaire, emporta tout, les dieux et leurs hypocrites adorateurs ; et Julien, le plus grand politique et le plus bel esprit de son temps, pour s’être follement opposé à la justice évangélique, est resté flétri dans l’histoire du nom d’apostat.

Citons encore un exemple.

Supposons qu’en 89, les conseillers prudents du despotisme, les esprits avisés de la noblesse, les tolérants du clergé, les sages de la bourgeoisie, les patients du peuple ; supposons, dis-je, que cette élite de citoyens, aux vues les plus droites, aux idées les plus saines, aux intentions les plus philanthropiques, mais pénétrée du danger des brusques innovations, se fût entendue pour ménager, suivant les règles de la haute politique, la transition entre le despotisme et la liberté ? Qu’auraient-ils fait ?

Ils auraient voté, après longue discussion, mûre délibération, en mettant entre chaque article dix ans au moins d’intervalle, une charte octroyée ; ils auraient négocié avec le pape, et avec toute sorte de soumission, la constitution civile du clergé ; ils auraient traité avec les couvents, à l’amiable, le rachat de leurs biens ; ils auraient ouvert une enquête sur la valeur des droits féodaux, sur l’indemnité à accorder aux seigneurs ; ils auraient cherché des compensations aux privilèges pour les droits accordés au peuple. Ils auraient fait durer mille ans une révolution que la pratique révolutionnaire accomplit en une nuit.

Et tout ceci n’est point une vaine hypothèse : il ne manqua pas d’hommes en 89 pour enchaîner avec cette fausse sagesse la révolution. Le premier de tous fut Louis XVI, Louis XVI, révolutionnaire de cœur et de théorie autant que personne, mais qui ne comprit pas qu’il devait l’être également en pratique. Louis XVI se mit à marchander et chicaner sur tout, tant et si bien, que la révolution, impatientée, l’emporta !

Voici donc ce que j’entends, aujourd’hui, par pratique révolutionnaire.

La Révolution de février a posé le droit au travail, c’est-à-dire la prépondérance du travail sur le capital.

Partant de ce principe, je dis qu’avant de passer outre à toute réforme, nous avons à nous occuper d’une institution généralisatrice, qui exprime, sur tous les points de l’économie sociale, la subordination du capital au travail ; qui, au lieu de faire commanditer comme auparavant le travailleur par le capitaliste, rende le premier arbitre et commandeur du second, une institution qui change le rapport entre les deux grandes puissances économiques, le travail et la propriété, et de laquelle découlent ensuite, par voie de conséquence, toutes les autres réformes.

Sera-ce donc procéder révolutionnairement que de proposer ici une banque agricole servie, comme toujours, par les monopoleurs d’argent ; là, de créer un comptoir de garantie, monument de stagnation et de chômage ; ailleurs, de fonder une salle d’asile, un mont-de-piété, un hôpital, une crèche, une pénitencerie, une prison cellulaire, d’augmenter le paupérisme en en multipliant les foyers ?

Sera-ce faire œuvre de révolution que de commanditer de quelques millions, tantôt une compagnie de tailleurs, tantôt une société de maçons ; de réduire l’impôt sur les boissons et de le relever sur les propriétés ; de convertir des obligations à terme en fonds perdus ; de voter des graines et des pioches a douze mille colons partant pour l’Algérie ou de subventionner un phalanstère d’essai ?

Sera-ce parler ou agir en révolutionnaire que de disputer quatre mois durant si le peuple travaillera ou ne travaillera pas, si le capital se cache ou s’il s’expatrie, s’il attend la confiance ou si c’est la confiance qui l’attend, si les pouvoirs seront divisés ou seulement les fonctions, si le président sera le supérieur, ou le subordonné, ou l’égal de l’Assemblée nationale, si le premier qui remplira ce rôle sera neveu d’empereur ou fils de roi, ou s’il ne vaudrait pas mieux, pour ce bel emploi, d’un soldat ou d’un poëte ; si le nouveau souverain sera nommé par le peuple ou par les représentants, si le ministère de réaction qui s’en va mérite mieux la confiance que le ministère de conciliation qui vient, si la République sera bleue, blanche, rouge ou tricolore ?

Sera-ce être révolutionnaire, quand il s’agit de reporter au travail la production fictive du capital, de déclarer le revenu net inviolable, puis de le saisir par l’impôt progressif ; quand il faudrait organiser l’égalité dans l’acquisition des biens, de s’en prendre au mode de transmission ; quand 25,000 commerçants implorent un concordat, de leur répondre par la banqueroute ; quand la propriété ne reçoit plus ni fermage ni loyer, de lui refuser encore crédit ; quand le pays demande la centralisation des banques, de livrer ce crédit à une oligarchie financière qui ne sait que faire le vide dans la circulation et entretenir la crise en attendant que le découragement du peuple ramène la confiance ?

Citoyens, je n’accuse personne.

Je sais qu’à l’exception de nous autres, démocrates-socialistes, qui l’avons prévue et préparée, la Révolution de février a été une surprise pour tout le monde ; et s’il est difficile à de vieux constitutionnels de passer en si peu de temps dela foi monarchique à la conviction républicaine, il l’est encore plus à des politiques de l’autre siècle de comprendre rien à la pratique de la nouvelle Révolution. Autres temps, autres idées. Les grandes manœuvres de 93, bonnes pour l’époque, ne nous vont pas plus que la tactique parlementaire des trente dernières années ; et si vous voulez faire avorter la Révolution, vous n’avez pas de plus sûr moyen que de reprendre ces errements.

Citoyens, vous n’êtes encore dans le pays qu’une minorité. Mais déjà le flot révolutionnaire grossit avec la rapidité de l’idée, avec la majesté de l’Océan. Encore quelque temps de cette patience qui a fait votre succès, et le triomphe de la Révolution est assuré. Vous avez prouvé, depuis juin, par votre discipline, que vous aussi vous étiez des hommes politiques : vous prouverez désormais, par vos actes, par votre association, que vous êtes des organisateurs. Le gouvernement suffira, je l’espère, avec l’Assemblée nationale, à maintenir la forme républicaine : telle est du moins ma conviction. De ce côté, vous n’avez rien à redouter, rien à craindre. Mais le pouvoir révolutionnaire, le pouvoir de conservation et de progrès, n’est plus aujourd’hui dans le gouvernement ; il n’est pas dans l’Assemblée nationale : il est en vous. Le peuple seul, opérant sur lui·même sans intermédiaire, peut achever la Révolution économique fondée en février. Le peuple seul peut sauver la civilisation et faire avancer l’humanité !

Toast to the Revolution

October 17, 1848

Citizens,

When our friends of the democratic republic, apprehensive about our ideas and inclinations, cry out against the qualification of socialist which we add to that of democrat, for what do they reproach us?—They reproach us for not being revolutionaries.

Let us see then if they or we belong in the tradition, whether they or we have the true revolutionary practice.

And when our adversaries in the middle class, concerned for their privileges, pour calumny and insult upon us, what is the pretext for their charges? It is that we want to totally destroy property, the family, and civilization.

Again, let us see whether we or our adversaries better deserve the title of conservatives.

Revolutions are the successive manifestation of justice in human history.—It is for this reason that all revolutions have their origins in a previous revolution.

Whoever talks about revolution necessarily talks about progress, but just as necessarily about conservation. From this it follows that the revolution is always at work in history and that, strictly speaking, there are not several revolutions, but only one permanent revolution.

The revolution, eighteen centuries ago, called itself the gospel, the Good News. Its fundamental dogma was the Unity of God; its motto, the equality of all men before God. Ancient slavery rested on the antagonism and inequality of gods, which represented the relative inferiority of races in the state of war. Christianity created the rights of peoples, the brotherhood of nations; at the same time, it abolished idolatry and slavery.

Certainly no one denies today that the Christians, revolutionaries who fought by testimony and by martyrdom, were men of progress. They were also conservatives.

The polytheist initiation, after civilizing the first humans, after converting these men of the woods—sylvestres homine, as the poet says—into men of the towns, became itself, through sensualism and privilege, a principle of corruption and enslavement. Humanity was lost, when it was saved by the Christ, who received from that glorious mission the double title of Savior and Redeemer, or, as we put it in our political language, conservative and revolutionary.

That was the character of the first and greatest of revolutions. It renewed the world, and by renewing it conserved it.

But, supernatural and spiritual as it was, that revolution only expressed the more material side of justice, the enfranchisement of bodies and the abolition of slavery. Established on faith, it left thought enslaved; it was not sufficient for the emancipation of man, who is body and spirit, matter and intelligence. It called for another revolution. A thousand years after the coming of Christ, a new upheaval began within the religion the first revolution founded, a prelude to new progress. Scholasticism carried within it, along with the authority of the Church and the scripture, the authority of reason! In about the 16th century, the revolution burst forth.

The revolution, in that epoch, without abandoning its first given, took another name, which was already celebrated. It called itself philosophy. Its dogma was the liberty of reason, and its motto, which follows from that, was the equality of all before reason.

Here then is man, declared inviolable and free in his double essence, as soul and as body. Was this progress? Who but a tyrant could deny it? Was it an act of conservation? The question does not even merit a response.

The destiny of man, a wise man once said, is to contemplate the works of God. Having known God in his heart, by faith, the time had come for man to know him with his reason. The Gospel had been for man like a primary education; now grown to adulthood, he needed a higher teaching, lest he stagnate in idiocy and the servitude that follows it.

In this way, the likes of Galileo, Arnaud de Bresce, Giordano Bruno, Descartes, Luther—that whole elite of thinkers, wise men and artists, who shone in the 15th, 16th and 17th centuries as great revolutionaries—were at the same time the conservatives of society, the heralds of civilization. They continued, in opposition to the representatives of Christ, the movement started by Christ, and they suffered no lack of persecution and martyrdom for it!

This was the second great revolution, the second great manifestation of justice. It too renewed the world—and saved it.

But philosophy, adding its conquests to those of the Gospel, did not fulfill the program of that eternal justice. Liberty, called forth from the heart of God by Christ, was still only individual: it had to be established in the tribunal. Conscience was needed to make it pass into law.

About the middle of the last century a new development began, and, as the first revolution had been religious and the second philosophical, the third revolution was political. It called itself the social contract.

It took for its dogma the sovereignty of the people. It was the counterpart of the Christian dogma of the unity of god.

Its motto was equality before the law, the corollary of those that it had previously inscribed on its flag: equality before God and equality before reason.

Thus, with each revolution, liberty appeared to us always as the instrument of justice, with equality as its criterion. The third term—the aim of justice, the goal it always pursues, and the end it approaches—is brotherhood.

Let us never lose sight of this order of revolutionary development. History testifies that brotherhood, the supreme end of revolutions, does not impose itself. Its conditions are, first, liberty, and then equality. It is as if justice said to us all: Men, be free; citizens, become equal; brothers, embrace one another.

Who dares deny that the revolution undertaken sixty years ago by our fathers, the heroic memory of which makes our hearts beat with such force that we almost forget our own sense of duty—who denies, I ask, that this revolution was a progress? Nobody. Very well, then. But was it not both progressive and conservative? Could society have survived with its time-worn despotism, its degraded nobility, and its corrupt clergy, with its egotistical and undisciplined parliament, so given to intrigue, with a people in rags, a race which can be exploited at will?

Is it necessary to blot out the sun, in order to make the case? The revolution of ’89 was the salvation of humanity; it is for that reason that it deserves the title of revolution.

But, citizens, if our fathers have done much for liberty and fraternity, and have even more profoundly opened up the road of brotherhood, they have left it to us to do even more.

Justice did not speak its last word in ’89, and who knows when it will speak it.

Are we not witnesses, our generation of 1848, to a corruption worse than that of the worst days of history, to a misery comparable to that of feudal times, to an oppression of spirit and of conscience, and a degradation of all human faculties, which exceeds all that was seen in the epochs of most dreadful cruelty? Of what use are the conquests of the past, of religion and philosophy, and the constitutions and codes, when by virtue of the same rights that are guaranteed to us by those constitutions and codes, we find ourselves dispossessed of nature, excommunicated from the human species? What is politics, when we lack bread, when even the work which might give bread is taken from us? What to us is the freedom to go or to become, the liberty to think or not to think, the guarantees of the law, and the spectacles of the marvels of civilization? What is the meager education which is given to us, when by the withdrawal of all those objects on which we might practice human activity, we are ourselves plunged into an absolute void; when to the appeal of our senses, our hearts, and our reason, the universe and civilization reply: Néant! Nothing!

Citizens, I swear it by Christ and by our fathers! Justice has sounded its fourth hour, and misfortune to those who have not heard the call!

—Revolution of 1848, what do you call yourself?

—I am the right to work!

—What is your flag?

Association!

—And your motto?

Equality before fortune!

—Where are you taking us?

—To Brotherhood!

—Salute to you, Revolution! I will serve you as I have served God, as I have served Philosophy and Liberty, with all my heart, with all my soul, with all my intelligence and my courage, and I will have no other sovereign and ruler than you!

Thus the revolution, having been by turns religious, philosophical and political, has become economic. And like all its predecessors, it brings us nothing less than a contradiction of the past, a sort of reversal of the established order! Without this complete reversal of principles and beliefs, there is no revolution; there is only mystification. Let us continue to interrogate history, citizens.

Within the empire of polytheism, slavery had established and perpetuated itself—in the name of what principle? In the name of religion.—Christ appeared, and slavery was abolished, precisely in the name of religion.

Christianity, in its turn, made reason subject to faith; philosophy reversed that order, and subordinated faith to reason.

Feudalism, in the name of politics, controlled everything, subjecting the laborer to the bourgeois, the bourgeois to the noble, the noble to the king, the king to the priest, and the priest to a dead letter.—In the name of politics again, ’89 subjected everyone to the law, and recognized among men only citizens.

Today labor is at the discretion of capital. Well, then! The revolution tells you to change that order. It is time for capital to recognize the predominance of labor, for the tool to put itself at the disposition of the worker.

Such is this revolution, which has suffered sarcasm, calumny and persecution, just like any other. But, like the others, the Revolution of 1848 becomes more fertile from the blood of its martyrs. Sanguis martyrun, semen christianorum! exclaimed one of the greatest revolutionaries of times past, the indomitable Tertullien. Blood of republicans, seed of republicans.

Whoever does not dare to acknowledge this faith, sealed with the blood of our brothers, is not a revolutionary. The failure is an infidelity. He who dissembles regarding it is a renegade. To separate the Republic from socialism is to willfully confuse the freedom of mind and spirit with the slavery of the senses, the exercise of political rights with the deprivation of civil rights. It is contradictory, absurd.

Here, citizens, is the genealogy of social ideas: are we, or are we not, in the revolutionary tradition? It is a question of knowing if we are at present also engaged in revolutionary practice, if, like our fathers, we will be at once men of conservation and of progress, since it is only by this double title that we will be men of revolution.

We have the revolutionary principle, the revolutionary dogma, and the revolutionary motto. What do we lack in order to accomplish the work entrusted to our hands by Providence? One thing only: revolutionary practice!

But what is the practice which distinguishes the epochs of revolution from ordinary times?

What constitutes revolutionary practice is that it no longer proceeds by details and distinctions, or by imperceptible transitions, but by simplifications and enjambments. It passes over, by broad equations, the middle terms proposed by the spirit of routine, which would normally have been applied in the past, but which the selfishness of the privileged or the inertia of the governments has dismissed.

These great equitations of principles, these enormous shifts in mores, also have their laws, and they are not at all arbitrary. They are no more a matter of chance than the practice of revolutions.

But what, in the end, is that practice?

Suppose that the statesmen we have seen in power since February 24, these short-sighted politicians of small means, of narrow and meticulous routines, had been in the place of the apostles. I ask you, citizens, what would they have done?

They would have fallen into agreement with the innovators of the various conferences, concluding, in secret consultations, that the plurality of gods was an absurdity. They would have said, like Cicero, that it is inconceivable that two augurs could look at one another without laughter. They would have condemned slavery very philosophically, and in a deep voice.

But they would also have cried out against the bold propaganda which, denying the gods and all that society has sanctified, raised superstition and all the interests against it; they would have trusted in good policy, rather than attacking the old beliefs, instead of interpreting them. Instead of abolishing the worship, they would have purified it. They would have knelt before Mercury the thief, before impudent Venus and incestuous Jupiter. They would have spoken with respect and esteem for the Floralia and the Bacchanalia. They would have made a philosophy of polytheism, retold the history of the gods, renewed the personnel of the temples, published the payments for sacrifices and public ceremonies, granting, as far as it was in them, reason and morality to the impure traditions of their fathers. By dint of attention, kindness and human respect, instead of saving the world, they would have caused it to perish.

There was, in the first centuries of the Christian era, a sect, a party powerful in genius and eloquence, which, in the face of the Christian revolution, undertook to continue the idolatry in the form of a moderate and progressive republic; they were the Neo-Platonists, to whom Apollonius of Tyana and the Emperor Julian attached themselves. It is in this fashion that we have seen with our own eyes certain preachers attempt the renovation of Catholicism, by interpreting its symbols from the point of view of modern ideas.

A vain attempt! Christian preaching, which is to say revolutionary practice, swept away all the gods and their hypocritical admirers; and Julian, the greatest politician and most beautiful spirit of his time, bears in the histories the name of apostate, for having been madly opposed to evangelical justice.

Let us cite one more example.

Let us suppose that in ’89, the prudent counselors of despotism, the well-advised spirits of the nobility, the tolerant clergy, the wise men of the middle class, the most patient of the people—let us suppose, I say, that this elite of citizens, with the most upright vision and the most philanthropic views, but convinced of the dangers of abrupt innovations, had agreed to manage, according to the rules of politics, the transition from despotism to liberty. What would they have done?

They would have passed the promised charter, after long discussion and mature deliberation, letting at least ten years elapse between each article. They would have negotiated with the pope, and with all manner of submissiveness, the civil constitution of the clergy. They would have negotiated with the convents, by amicable agreement, the repurchase of their goods. They would have opened an investigation into the value of feudal rights, and the compensation to be accorded to the lords. They would have sought compensation to the privileged for the rights accorded to the people. They would have made the work of a thousand years what revolutionary practice might accomplish overnight.

All of this is not just empty talk: there was no lack of men in ’89 willing to connect themselves to this false wisdom of revolution. The first of all was Louis XVI, who was as revolutionary at heart and in theory as anyone, but who did not understand that the revolution must also be practiced. Louis XVI set himself to haggle and quibble over everything, so much and so well, that the revolution, growing impatient, swept him away!

Here then is what I mean, today, by revolutionary practice.

The revolution of February proclaimed the right to work, the predominance of labor over capital.

On the basis of that principle, I say that before overriding all reforms, we have to occupy ourselves with a generalizing institution, which expresses, on all the points of social economy, the subordination of capital to labor; which, in lieu of making, as has been the case, the capitalist the sponsor of the laborer, makes the laborer the arbiter and commander of the capitalist; an institution which changes the relation between the two great economic powers, labor and property, and from which follows, consequently, all other reforms.

Will it then be revolutionary to propose here an agricultural bank serving, as always, the monopolizers of money; and to create there a certified loan office, a monument to stagnation and unemployment; and elsewhere, to found an asylum, a pawn-shop, a hospital, a nursery, a penitentiary, or a prison, to increase pauperism by multiplying its sources?

Will it be a work of Revolution to sponsor a few million workers, sometimes a company of tailors, and sometimes of masons; to reduce the tax on drink and increase it on properties; to convert obligations into losses; to vote seeds and pick-axes for twelve thousand colonists leaving for Algeria, or to subsidize a trial phalanstery?

Will it be the speech or act of a revolutionary to argue for four months whether the people will work or will not, if capital hides or if it flees the country, if it awaits confidence or if it is confidence that awaits it, if the powers will be divided or only the functions, if the president will be the superior, the subordinate or the equal of the national assembly, if the first who will fill this role will be the nephew of the emperor or the son of the king, or if it would not be better, for that good purpose, to have a soldier or a poet, if the new sovereign will be named by the people or by the representatives, if the ministry of reaction which goes out merits more confidence than the ministry of conciliation which comes, if the Republic will be blue, white, red, or tricolor?

Will it be revolutionary, when it is a question of returning to labor the fictive production of capital, to declare the net revenue inviolable, rather than to seize it by a progressive tax; when it is necessary to organize equality in the acquisition of goods, to lay the blame on the mode of transmission; when 25,000 tradesmen implore a legal settlement, to answer them by bankruptcy; when property no longer receives rent or farm rent, to refuse it further credit; when the country demands the centralization of the banks, to deliver that credit to a financial oligarchy which only knows how to make a void in circulation and to maintain the crisis, while waiting for the discouragement of the people to bring back confidence?

Citizens, I accuse no one.

I know that to all except for us social democrats, who have envisioned and prepared for it, the Revolution of February has been a surprise; and if it is difficult for the old constitutionals to pass in so short a time from the monarchical faith to a republican conviction, it is still more so for the politicians of the old century to comprehend anything of the practice of the new Revolution. Other times have other ideas. The great maneuvers of ’93, good for their time, do not suit us now any more than the parliamentary tactics of the last thirty years; and if we want to abort the revolution, we have no surer means than to take up again these errors.

Citizens, you are still only a minority in this country. But already the revolutionary flood grows with the speed of the idea, with the majesty of the ocean. Exercise again some of that patience that made your success, and the triumph of the Revolution is assured. You have proven, since June, by your discipline, that you are politicians. From now on you will prove, by your acts, that you are organizers. The government will be enough, I hope, with the National Assembly, to maintain the republican form: such at least is my conviction. But the revolutionary power, the power of conservation and of progress, is no longer today in the hands of the government; it is not in the National Assembly: it is in you. The people alone, acting upon themselves without intermediary, can achieve the economic Revolution begun in February. The people alone can save civilization and advance humanity!

[Working translation by Shawn P. Wilbur; revised 3/18/2012.]
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