Louis Moreau (1883-1958)

Louis Moreau: Individualist Art:

L’ART INDIVIDUALISTE

Louis MOREAU

Avec quelle joie j’ai appris que notre camarade Louis Moreau exposait ses œuvres, du 2 au 16 mars, à la Galerie Barreiro, 30, rue de Seine. Je me suis fait un devoir — pour une fois le mot devoir a un sens — d’accourir au plus vite à cette exposition. J’eusse souhaité que tous nos amis de l’en dehors fussent à mes côtés pour contempler une œuvre qui sort de l’ordinaire. Le nom de Louis Moreau est connu de tous ceux qui aiment l’art et la vie. On le retrouve dans des groupements d’avant-garde de ces vingt dernières années. Cet artiste a illustré la plupart des numéros de La Forge et les éditions de cette revue. Partout son talent s’est affirmé sobre et puissant.

Cette exposition synthétise un des plus magnifiques efforts accomplis dans l’art pictural à notre époque. Louis Moreau a obéi à son tempérament sans sacrifier à la mode. Il a projeté sur ses toiles les émotions qu’il a éprouvées en présence de la nature, au lieu de se préoccuper d’être agréable aux marchands de tableaux. Sa peinture n’est pas une peinture de chiqué ! Elle est l’expression d’une sincérité et d’une volonté qu’aucune considération mercantile n’a pu entamer.

L’humanité et la nature, Louis Moreau ne sort pas de ces thèmes essentiels. Il les montre solidaires l’une de l’autre, Le milieu et l’individu se confondent. C’est bien l’impression qui se dégage de ces toiles sur lesquelles l’artiste a fixé des paysages de Bretagne, et les sites qui lui sont familiers.

Agréable voyage, plein de pittoresque et l’imprévu, que celui que nous faisons en compagnie de notre camarade, à Cuzion, où nous voyons les Rochers des Chérons, à Châteaubrun où passe la Creuse, au Pont Noir, à la Gargilesse, à Saint-Guenolé où sont de si beaux rochers, et même à Charenton, sur les bords du canal. Nous aimons ce Lavoir au bord de la Creuse, Brouillard sur la Creuse, la Creuse au Moulin de Gargilesse, la Creuse au Vieux Moulin du Pin, la Creuse à Cuzion, Cuzion, effet de neige. Voici le Pont-Noir, le Pont-Noir vu du Pin, Temps gris au Pont-Noir, le Pont-Noir vu de Céaulmont, Céaulmont, effet du matin, Céaulmont, effet du soir. Autres paysages qui retiennent notre attention : Neige automnale, Gelée blanche, Neige au châtaignier, Crépuscule à Châteaubrun, etc.

Louis Moreau fait revivre sous nos yeux quelques exemplaires de cette humanité des petits, humbles travailleurs du sol et autres qui, malgré ses imperfections et ses travers, repose de l’humanité des grands, pourris de préjugés. Ces types, recréés par l’art, deviennent sympathiques. Leurs traits essentiels, physiques et moraux, ont été retenus par l’artiste sans esprit théatral, sans effet mélodramatique, sans recherche de l’anecdote et sans intentions morales. Cela nous émeut et nous pénètre naturellement, sans artifice.

Quelle observation profonde nous révèlent ces types pris sur le vif, directement dans leur milieu, tels que la Vieille Fileuse, le Berger à la limousine, Laveuses au Pont-Noir, le Vieux Pécheur, Pécheurs à Concarneau, Femme à la hotte, Faucheur. Deux toiles représentent le Marché à Concarneau.

Ouvrons maintenant ces cartons placés dans un coin de la salle : ils contiennent des aquarelles et des bois gravés fort bien venus, encore une forme d’art dans laquelle excelle Louis Moreau, Il y a parmi ces derniers une Femme au Miroir, un Berger et une Naine de Céaulmont rémarquables, et de nombreuses scènes révélatrices de âme des foules. Les bois gravés de Louis Moreau feront toujours l’admiration des connaisseurs. Cet artiste est l’un des meilleurs graveurs sur bois de ce temps.

On ne peut que sympathiser avec cet art sincère, expression d’une individualité libérée des chaines du social, qui pense par elle-même, et nous livre sans détour les sentiments qu’elle a éprouvés au contact des êtres et des choses.

Miracle ! nous lisons sur certains de ces tableaux le mot : Vendu. Ainsi, il s’est trouvé des acheteurs pour intéresser à ces toiles dépourvues de cubisme et autres ismes.

Tout est à retenir dans cet ensemble harmonieux et équilibré. Ces trente-et-une toiles n’auront pas été exposées en vain, puisque notre sensibilité et notre intelligence ont été éveillées à leur contact. Ces tableaux sur des murs, c’est de la joie, c’est une halte au sein de la bataille sociale, c’est un encouragement à vivre, c’est un stimulant pour notre marche en avant. Remercions Louis Moreau d’avoir rompu un moment la monotonie de notre existence en nous offrant un tel spectacle d’art et de beauté.

Gérard de LACAZE-DUTHIERS.

Gérard de Lacaze-Duthiers, “L’Art individualiste : Louis Moreau,” l’en dehors 8 no. 156 (début Avril 1929): 7.

INDIVIDUALIST ART:

Louis MOREAU

With what joy I learned that our comrade Louis Moreau was exhibiting his works, from March 2 to 16, at the Galerie Barreiro, 30, rue de Seine. I made it my duty – for once the word duty has a meaning – to go to this exhibition as quickly as possible. I would have liked all our friends of l’en dehors to be at my side to contemplate a work that is out of the ordinary. The name of Louis Moreau is known to all who love art and life. We find it in avant-garde groups of the last twenty years. This artist illustrated most of the issues of La Forge and the editions of this review. Everywhere his talent was affirmed sober and powerful.

This exhibition synthesizes one of the most magnificent efforts made in pictorial art in our era. Louis Moreau has obeyed his temperament without sacrificing fashion. He projected onto his canvases the emotions he felt in the presence of nature, instead of worrying about being agreeable to art dealers. His painting is not a chic painting! It is the expression of a sincerity and a will that no commercial consideration has been able to undermine.

Humanity and nature, Louis Moreau does not depart from these essential themes. He shows them in solidarity with one another, The environment and the individual merge. It is indeed the impression that emerges from these canvases on which the artist has fixed landscapes of Brittany, and the sites which are familiar to him.

What a pleasant trip, full of picturesque and unforeseen, is the one we make in the company of our comrade, to Cuzion, where we see the Rochers des Chérons, to Châteaubrun where the Creuse flows past, to the Pont Noir, to the Gargilesse, to Saint- Guenolé, where there are such beautiful rocks, and even to Charenton, on the banks of the canal. We love this Lavoir au bord de la Creuse, Brouillard sur la Creuse, a Creuse au Moulin de Gargilesse, la Creuse au Vieux Moulin du Pin, la Creuse à Cuzion, Cuzion, effet de neige. Here are le Pont-Noir, le Pont-Noir vu du Pin, Temps gris au Pont-Noir, le Pont-Noir vu de Céaulmont, Céaulmont, effet du matin, Céaulmont, effet du soir. Other landscapes that hold our attention: Neige automnale, Gelée blanche, Neige au châtaignier, Crépuscule à Châteaubrun, etc.

Louis Moreau brings back to life before our eyes a few examples of that humanity of the small, humble workers of the soil and others, upon which, despite its imperfections and its shortcomings, rests the humanity of the great, rotten with prejudices. These types, recreated by art, become sympathetic. Their essential features, physical and moral, have been retained by the artist without theatrical spirit, without melodramatic effect, without seeking the anecdote and without moral intentions. It moves us and penetrates us naturally, without artifice.

What a profound observation reveal to us these types taken on the spot, directly in their environment, such as la Vieille Fileuse, le Berger à la limousine, Laveuses au Pont-Noir, le Vieux Pécheur, Pécheurs à Concarneau, Femme à la hotte, Faucheur. Two canvases represent the Marché à Concarneau.

Let us now open these boxes placed in a corner of the room: they contain very welcome watercolors and woodcuts, another form of art in which Louis Moreau excels. There is among them a Femme au Miroir, a Berger and a Naine de Céaulmont, all remarkable, and numerous scenes revealing the soul of crowds. The woodcuts of Louis Moreau will always be admired by connoisseurs. This artist is one of the best woodcutters of this time.

One can only sympathize with this sincere art, the expression of an individuality freed from the chains of the social, which thinks for itself, and delivers to us without detour the feelings that it felt in contact with beings and things.

A miracle! we read on some of these tables the word: Sold. So there were buyers interested in these paintings devoid of cubism and other isms.

Everything is to be remembered in this harmonious and balanced whole. These thirty-one paintings will not have been exhibited in vain, since our sensitivity and our intelligence were awakened by contact with them. These paintings on the walls, they are joy, they are a break in the social battle, they are an encouragement to live, a stimulus for our march forward. Let us thank Louis Moreau for having broken for a moment the monotony of our existence by offering us such a spectacle of art and beauty.

Gérard de LACAZE-DUTHIERS.

[Working translation by Shawn P. Wilbur]

On Louis Moreau:

  • ✔ “Louis Moreau et l’illustration du livre,” Mediterranea 12 no. 4 (Avril 1938): 61-64.
  • Alceste, Louis Moreau Graveur,” L’Aquadémie no. 2 (Juin 1923): 52-55. — [translation, with other illustrations from L’Aquadémie (1923-1925)]
  • Manuel Devaldès, Louis Moreau (peintre et graveur) (Paris : F. Piton, 1935) — Bibliothèque de l’artistocratie, 60
  • Robert Kester and Hugues Lapaire, Louis Moreau (Paris : Ed. Girard and Bunino, 1927).
  • Gérard de Lacaze-Duthiers, “L’Art individualiste : Louis Moreau,” l’en dehors 8 no. 156 (début Avril 1929): 7. [translation above]
  • Solange Vernois, “Le style rustique dans l’œuvre de quelques artistes du Poitou-Charentes,” Terres marines (Presses universitaires de Rennes, 2015)
  • Maurice Wullens, “Louis Moreau,” Dix graveurs sur bois du “Nouvel Essor” [c. 1920]

Books illustrated:

Books illustrated, excluding editions de l’en dehors:

  • José Almira, Un idéal dans un tombeau (Paris : Editions d’Art Radot, 1926) — 5 lettrines by Moreau
  • ✔ René Boylesve, La jeune fille bien élevée (Arthème fayard, 1935) — “35 bois originaux de Louis Moreau”
  • Geo Daru, Brises et bises (1938)
  • R. B. Cunninghame Graham, With the North-West Wind (Berkeley Heights, N. J.: Oriole Press, 1928) — frontispiece (woodcut of William Morris) by Moreau
  • D’Holbach et Voltaire, Le Bon sens du cure Meslier, Suivi de son Testament (Paris : A l’enseigne du pot cassé, 1930)
  • Basil Dahl, To the Toilers and Other Verses (Berkeley Heights, N. J.: Oriole Press, 1928) — frontispiece drawing by Moreau
  • Manuel Devaldès, Gérard de Lacaze-Duthiers et la bioesthétique (Paris : F. Piton, 1934) — portrait of Lacaze-Duthier by Moreau
  • Ernest Gaubert, Saint Estelle : Poèmes (Paris: Bernard Grasset, 1934 — lettrines by Moreau
  • ✔ Ivan Goll, Le coeur de l’ennemi (Les Humbles, avril 1919) — “illustrés de 16 bois gravés par Louis Moreau”
  • Joseph Ishill, Elisée and Elie Reclus: In Memorium (Berkeley Heights, N.J.: Oriole Press, 1927) — woodcuts by Moreau — [text at Anarchist Archives]
  • Joseph Ishill, Havelock Ellis: In Appreciation (Berkeley Heights, N. J.: Oriole Press, 193?) — “embellishments by Louis Moreau”
  • Juvénal, Satires (Paris : À l’enseigne du pot cassé. 1929)
  • Gérard de Lacaze-Duthiers, C’était en 1900 — portrait
  • Hugues Lapaire, Le Berry vu par un berrichon (Paris : Librairie Universitaire 1928). [“Ouvrage orné de dessins d’artistes berrichons – E. Gaudet, Maurice Rétif, J. Plat, Louis Moreau, Popineau”]
  • ✔ Hugues Lapaire, Dernières Rimes (Moulins : Crépin-Leblond, 1948) — multiple illustrations
  • Hughes Lapaire, La merveilleuse légende de Sainte Solange (Paris : Libr. Univ. Gamber, 1927) — “Bois originaux de Deslignères, Etienne Gaudet, Louis Moreau, Auguste Rouquet, P.-E. Vibert.”
  • Hugues Lapaire, Quelques grains d’humour (Moulins : Crépin-Leblond, 1934). — 1 illustration, on cover and title page [men drinking]
  • Georges Lubin, A la gloire du Berry (Châteauroux : P. Mellottée, 1925) — “publié par Georges Lubin, avec la collaboration des écrivains : MM. Henry Berton, Jacques Des Gachons, Michel Guillemont, Jean Hubert, Hugues Lapaire, Gabriel Nigond, Georges Paul, Guy Vanhor, Emile Vinchon, et des artistes : MM. Raoul Adam, Jean Baffier, E. Charasson, Mlle Jeanne Hubert, Henri Jamet, Fernand Maillaud, Louis Moreau, Bernard Naudin, Ernest Nivet, Paul Rue”
  • ✔ Jacques Martel, Le Restant de la potée (Editions Artistiques de Flambeau, ) — Cover by Moreau
  • Marcel Pénitent, Flammes vertes, (Paris : Editions Marcel Pénitent, 1926) — “Image of a satyr watching a child, and a canal boat, and a skeleton helping another skeleton out of a grave”
  • Marcel Pénitant, Multa paucis : sonnets (Lutèce, France : À l’enseigne des trois besants, 1939) — one (bawdy) illustration by Moreau
  • ✔ François Rabelais, L’Isle sonnante (Paris, A L’Enseigne du Pot Casse, [1931])
  • Eugenie Ravet, Chansons D’Amour Ou Autres.
  • Eugenie Ravet, Homage à l’U.R.S.S. (Oxford: J. Vincent, [1950]) — “illustrations par Louis Moreau”
  • Elie Reclus, Plant Physiognomies (Berkeley Heights, N. J.: Oriole Press, 1931) — woodcuts by Moreau [microform available]
  • Elie Reclus, Physionomies végétales : portraits d’arbres, d’herbes et de fleurs (Paris : Alfred Costes, Paris, 1938)
  • Eugen Relgis, Glasuri in Surdină (1938)
  • Eugen Relgis, Miron-le-Sourd (Paris : G. Mignolet, [1939])
  • Eugene Relgis, Muted Voices (Berkeley Heights, N. J.: Oriole Press, 1938) — “with 34 Wood engravings by Louis Moreau”
  • Ernest Renan, The Song of Songs, As a Drama (Berkeley Heights, N. J.: Oriole Press, 1932) — woodcuts by Moreau
  • Jacques-Marie Rougé, Au pays d’Agnès Sorel (Paris : Aux Dépens d’un amateur, 1926)
  • ✔ Han Ryner, Florilège de paraboles et de songes (Amitie par le livre) — 13 woodcuts by Moreau
  • Guy Vanhor, En Brenne : Paysages, littérature (Chatillon-sur-Indre : Jean Bernai, 1938). [“…dessins de Louis Moreau et deux hors-texte…”]
  • Charles Westercamp, Le Laonnois Pittoresque. Tome I : Laon (Laon : Editions des Tablettes de l’Aisne, 1930). […dessins de Mlle Monchovaut, Miss C. Previte-Orton, Capgras Georges, Jacques Broche, Jean et Marc Falaize, Paul Flamant, Louis Moreau, Edouard Richard, Eugène Thiéry.]
  • Chansons populaires dans le Bas-Berry — 5 volumes, illustrated by divers hands, including Moreau

Lettrines:

l’en dehors / editions de l’en dehors / l’Unique:

  • Louis Moreau, “[illustration], l’en dehors 1 no. 2 (mi-Novembre 1922): 4. [with notice of postcard series]
  • Louis Moreau, “[illustration], l’en dehors 1 no. 4 (fin Décembre 1922): 4.
  • Louis Moreau, [two woodcuts], l’en dehors 11 no. 226-227 (15 Mars 1932): 73.
  • L’en dehors 12 no. 256-257 (mi-Juin 1933): 128.
  • Louis Moreau, “Les Baigneuses,” L’en dehors 12 no. 260-261 (mi-Août 1933): 153.
  • Louis Moreau, “Dormeuse” L’en dehors 12 no. 262 (mi-Septembre 1933): 169.
  • l’en dehors 12 no. 264 (mi-Novembre 1933): 8.
  • Armand, E. — Le Combat contre la jalousie et la sexualisme révolutionnaire ; Poèmes charnels et fantaisies sentimentales. — Orléans : En dehors, ca 1927
  • ✔ E. Armand et Marguerite Despres, Est-ce cela que vous appelez vivre ; L’amour libre (Orléans : Éditions de l’En dehors) — edition with Ido translations, cover illustration by Moreau [ship]
  • ✔ Alba Satterthwaite, Le grande fleau ; Si j’étais dieu (Supplément to l’en dehors no. 330, mai 1939) — two woodcuts by Moreau

Mars, dieu des armées : 6 images anti-guerrières

  • I. “Si vis pacem para bellum”
  • II. Il me faut de la chair fraiche
  • III. Berceuse sans parole
  • IV. Et moi je tue ceci et cela
  • V. Après la victoire! …
  • VI. Lorsque l’homme saura …

Contributions to periodicals:

Notes:

  • Les Annales Politiques Et Litteraires N° 2363 (1 Août 1930). [Bois De Louis Moreau – Cover]
  • MEDITERRANEA (1937) 6: bois gravés et illustrations de Jehan Berjonneau, André Béloni, Lemar, Jean Lugnier, Louis Moreau, Pierret, L.J. Soulas
  • MEDITERRANEA (1937) 7: “Recettes du Monde” par Louis Vallet. Bois de Louis Moreau
  • ✔ MEDITERRANEA (1938) 4: Louis Moreau et l’illustration du livre — frontise, 4 lettrines,
  • Louis Moreau, « Le labour », La Grand’Goule, septembre-octobre. 1935, p. 9.
  • Louis Moreau, « Notre Centre-Ouest », bois, La Grand’Goule, n° 38, septembre-octobre 1935, non paginé.
  • Louis Moreau, “The Swineherd,” Form, new series, 1 no. 1 (October 1921) 36.
  • Louis Moreau, [woodcuts], Form, new series, 1 no. 3 (November-December 1921) 44-45, 51.

Prints:

Poetry (?)

While there seem to be other poets with the same name, this poem appeared in a source alongside a number of illustrations by the Louis Moreau in question here:

Ballade du petit bonheur

C’est bien en vain qu’on déblatère
Sur l’injustice du Destin.
Ce grand-maître du grand festin
N’a pas l’humeur égalitaire.
Mal servi, sache donc te taire :
Mais, tu peux toujours, bon jeûneur,
Te repaître… en lisant voltaire…
— Ce sont les miettes du Bonheur ?

Tel, qui pille le prolétaire,
Est pillé par quelque catin ;
Mais, que sa belle âme, un matin,
Plante-là son propriétaire,
On s’aperçoit, à l’inventaire,
Qu’il est ruiné, — même d’honneur…
Sa drôlesse en prend un ictère !
— Ce sont les miettes du Bonheur.

Que la foire parlementaire
Pour d’autres soit mine à butin !
— Va, quitte à passer pour crétin,
Fais ton nid, simple et solitaire.
Des besoins sois peu tributaire ;
Garde la foi du ramoneur
Et la sagesse alimentaire :
Ce sont les miettes du Bonheur.

Envoi :

Prince, à porter le diable en terre,
Trop tôt vient l’heure… où l’on en meurt.
Vivons donc, — de bon caractère…
Ce sont les miettes du bonheur.

Louis MOREAU.

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