A Brawl on the Boulevard Barbès (1892)

Une Bagarre Boulevard Barbès

Trois individus descendaient le boulevard Barbès, hier soir vers cinq heures. Tout coup, l’un d’eux, apercevant une brouette sur la chaussée, s’en empara et après avoir installé ses deux camarades dans ce fiacre d’un nouveau genre, se mit à les véhiculer.

Ils avaient déjà parcouru un espace d’une centaine de mètres, quand plusieurs égoutiers, à qui la brouette appartenait, se mirent à la poursuite des mauvais plaisants qu’ils ne tardèrent pas à rejoindre.

— Rendez-nous notre brouette, leur dirent les égoutiers.

Les individus interpellés refusèrent obstinément en disant que ce qui se trouvait sur la voie publique appartenait à tout le monde.

Cette singulière explication fut le signal d’une mêlée générale.

A ce moment des gardiens de la paix étant survenus, les voleurs da la brouette se précipitèrent sur eux en criant « Vive l’anarchie ! Vive Ravachol ! »

Enfin, après une lutte d’un quart d’heure environ, on parvint à se rendre maitre de ces compagnons qui lurent conduits chez M. Archer, commissaire de police.

Reconnus pour les nommés Jules Vallès, âgé de trente-deux ans, Emile Hirsch, âgé de dix-huit ans et Georges Baijot, âgé de quinze ans et demi, ils ont été envoyés au Dépôt.

Baijot, malgré son jeune âge, est doué d’une force peu commune. Récemment, rencontrant rue Marcadet un brave ouvrier cher sa paye, il le hissait sans difficulté sur son épaule et le portait sur les fortifications, près de la porte de Clignancourt, comme s’il transportait une simple botte de paille.

Le vaurien se mettait en devoir de dévaliser sa victime, quand des passants s’interposèrent et conduisirent l’agresseur au poste.

Croirait-on que pour cette tentative sans exemple, le Tribunal n’avait infligé à Baijot que… six jours de prison ?

C’est peu, évidemment, et cette fois, sans aucun doute, il ne s’en tirera pas à si bon compte.

A Brawl on the Boulevard Barbès

Three individuals came down the Boulevard Barbès last night about five o’clock. Suddenly, one of them, seeing a wheelbarrow on the pavement, grabbed it, and after installing his two comrades in this new sort of cab, began to drive them.

They had already crossed a space of about one hundred meters, when several sewer workers, to whom the wheelbarrow belonged, set off in pursuit of the jokers, whom they were not slow to catch.

— Give us our wheelbarrow, said the sewer workers.

The individuals arrested obstinately refused, saying that what was found in the street belonged to everyone.

This singular explanation was the signal for a general melee.

At that moment, some peace officers appearing, the wheelbarrow thieves dashed toward them, shouting “Long live anarchy! Long live Ravachol!”

Finally, after a struggle of around a quarter of an hour, the police managed to make themselves masters of the compagnons, who were led before M. Archer, the police superintendent.

Known by the names Jules Vallès, thirty-two years of age, Emile Hirsch, eighteen, and Georges Baijot, fifteen and a half, they were sent to the Depot.

Baijot, despite his young age, is endowed with uncommon strength. Recently, meeting in the rue Marcadet an honest worker who had just been paid, he hoisted him without difficulty onto his shoulder and carried him to the fortifications, near the Clignancourt gate, as if he carried a simple bundle of straw.

The rascal began to rob his victim, when some passers-by stepped in and brought the aggressor to the police station.

Would you believe that for this unprecedented attempt the Court inflicted on Baijot… only six days in prison?

It was too little, obviously, and this time, no doubt, he will not get off so lightly.

Le Petit Parisien 17 no. 5819 (October 2, 1892): 2.

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