P.-J. Proudhon, “Solution of the Social Problem”

[Solution du problème social was first the title of two pamphlets, including the two chapters presented here, before it became the general title of the volume of Proudhon’s Œuvres Complètes collecting the material on mutual credit, where this material featured as the first section. The other sections will appear on separate pages here in the Labyrinth archive.]

[These draft translations are part of on ongoing effort to translate both editions of Proudhon’s Justice in the Revolution and in the Church into English, together with some related works, as the first step toward establishing an edition of Proudhon’s works in English. They are very much a first step, as there are lots of decisions about how best to render the texts which can only be answered in the course of the translation process. It seems important to share the work as it is completed, even in rough form, but the drafts are not suitable for scholarly work or publication elsewhere in their present state. — Shawn P. Wilbur, translator]


SOLUTION

DU

PROBLÈME SOCIAL.

1848.

SOLUTION

OF THE

SOCIAL PROBLEM.

1848.

CHAPITRE I.

LA RÉVOLUTION EN 1848.

1. La révolution du 24 février est légitime, bien qu’elle ait été illégale.
2. Le Gouvernement provisoire n’a pas compris la révolution.
Paris, 22 mars 1848.

Un grand acte vient de s’accomplir, irrésistible, irrévocable.

Que chacun, suivant son inclination, en fasse son deuil ou s’en félicite ; mais que tous se préparent à l’imprévu : car, je vous le jure, la face du monde vient d’être changée.

Royauté, monarchie constitutionnelle, système représentatif, classe travailleuse et classe bourgeoise, et bien d’autres choses que je ne suis nullement pressé de dire, tout cela est désormais aussi loin de nous que la loi Gombette et les Capitulaires de Charlemagne. L’assemblée nationale qui va se réunir, si révolutionnaire qu’elle nous vienne, ne sera, aussi bien que la constitution qu’elle doit donner, que du provisoire. Ce n’est point avec des lambeaux de la constitution de l’an viii, de celle de l’an iii ou de l’an ii, flanquées du Contrat social et de toutes les déclarations de Droits de Lafayette, de Condorcet et de Robespierre, que l’on traduira la pensée du Peuple. Notre illusion en ce moment est de croire à la possibilité d’une république dans le sens vulgaire du mot ; et c’est chose risible que de voir nos tribuns arranger leurs fauteuils pour l’éternité. La dernière révolution contient autre chose : sans cela il faudrait dire qu’elle s’est accomplie par hasard, qu’elle est un accident sans cause et sans racines, en un mot, qu’elle est absurde.

Telle est aussi l’idée, tel est le doute qui, dans le secret des consciences, tourmente la nation, ceux qui occupent le pouvoir, aussi bien que ceux qui viennent de le perdre.

Tous les hommes qui, hier, s’attachaient à l’une des formes politiques maintenant disparues, conservateurs, dynastiques, légitimistes, et plus d’un même parmi les radicaux, également déroutés, regardent avec inquiétude cette République qui renaît, sous un étendard nouveau, un demi-siècle après ses funérailles. Depuis quand, se disent-ils, est-ce que les morts ressuscitent ? L’histoire rétrograde-t-elle ? tourne-t-elle ? se recommence-t-elle ? La société a-t-elle ses époques palingénésiques, et le progrès ne serait-il qu’une série de restaurations ?…

Puis, passant rapidement du doute au désespoir : Voyez, ajoutent-ils, cette révolution faite sans idée ! ce drame renouvelé moitié de 89, moitié de 93, appris dans des romans, répété dans des tabagies, puis joué sur la place publique par des hommes qui ne savent seulement pas que ce qu’ils viennent de détruire a été la fin de ce qu’ils commencent ! D’où vient-elle, cette révolution ? elle n’en sait rien. Où va-t-elle ? elle l’ignore. Qui est-elle ? elle hésite sur son propre nom, tant elle-même se connaît peu, tant son apparition est factice, tant ce mot de République semble un solécisme dans notre langue.

Le premier jour, c’est le renversement du ministère.

Le second jour, c’est la chute de l’opposition.

Le troisième jour, c’est l’abdication de Louis-Philippe.

Le quatrième jour, c’est le suffrage universel.

Le cinquième jour, c’est l’organisation du travail.

Le sixième, le septième jour, ce sera la communauté et le phalanstère !…

Oh ! le Gouvernement l’avait prédit : nous étions tous aveugles, nous sommes tous dupes. La République, dont personne ne voulait, a surgi de nos querelles, traînant à sa suite des saturnales inconnues. Entendez-vous les cris des Icariens, les cantiques de Châtel, et ce bruit confus, horrible, de toutes les sectes ? Avez-vous vu ces hommes à visages sinistres, pleins du vin de la liste civile, faire des rondes à minuit, avec des chiffonnières nues, dans la demeure royale ? Avez-vous compté les cadavres de ces cent trente héros, asphyxiés par l’alcool et la fumée, dans l’orgie de leur triomphe ?… Où s’arrêtera ce carnaval sanglant ? Quel dénoûment à cette fable, où l’on voit une nation entière, menée par une douzaine de mystagogues, figurer comme une troupe de comédiens ?…

Et voilà, reprennent-ils, voilà l’œuvre de cette Opposition qui se prétendait clairvoyante, qui niait les passions hostiles, qui se flattait de dompter l’émeute ; qui, maîtresse un instant du pouvoir, ayant quarante mille hommes de troupes, et quatre-vingt mille gardes nationaux pour faire respecter son mandat, n’a eu rien de plus pressé que de faire battre la retraite, et de laisser le champ libre à la République !

Voilà, répliquent les autres, le fruit de cette pensée immuable, qui, souillant tout, corrompant tout, ramenant tout à son égoïsme, faisant de toute vérité un mensonge, se jouant également de Dieu et des hommes, après dix-sept ans de perfidies, prétendit jusqu’à la dernière heure faire des conditions au pays, et dire à la liberté : Tu n’iras pas plus loin !

Voilà comme finissent les usurpateurs ; voilà comme sont emportés les hypocrites et les impies. La révolution de février ne peut se comparer qu’à un vomissement. Le peuple de Paris expulsant Louis-Philippe, était comme un malade qui rejette un ver par la bouche !…

Et cependant le Peuple est plus pauvre que jamais : le bourgeois se ruine, l’ouvrier meurt de faim, l’État court à la banqueroute. Oh ! qu’allons-nous devenir ?…

Laissons les regrets aux timides, et les lamentations aux vaincus. La vérité n’est point dans ces récriminations.

Une révolution, précipitée par l’universel dégoût, vient de se produire. Il s’agit, non de l’exploiter, mais de la définir ; il s’agit d’en formuler le dogme, d’en tirer les conséquences légitimes.

Pendant que nos hommes d’État provisoires, saisis à l’improviste, se débattent dans le vide, cherchent leur chemin et ne trouvent que routine ou utopie, flattent le pays plutôt qu’ils ne le rassurent, proposent leurs idées au Peuple, au lieu de lui demander les siennes, se traînent dans l’ornière du vieux jacobinisme, obligés, pour excuser leur impuissance visible à tous les regards, de se réfugier dans leur dévoûment : essayons, nous, de comprendre, ou pour mieux dire, d’apprendre le Peuple.

Le Peuple, en faisant une révolution si soudaine, s’est imposé une tâche immense : le Peuple est comme ces travailleurs qui produisent d’autant plus et d’autant mieux, qu’ils sont écrasés de besogne. Le Peuple aura à souffrir, sans doute ; mais il ne faillira point à son œuvre : tout le danger est que ses chefs ne le devinent pas.

CHAPTER ONE

THE REVOLUTION OF 1848

1. The revolution of February 24 is legitimate, although it was illegal.
2. The Provisional Government did not understand the revolution.

Paris, March 22, 1848.

A great act has just been accomplished, irresistible, irrevocable.

Let each, according to their inclination, mourn or celebrate, but let all prepare for the unforeseen, because — I swear it to you — the face of the world has just been changed.

Royalty, constitutional monarchy, representative system, working class and bourgeois class, and many other things of which I am by no means in a hurry to speak — from now on, all of that is as distant from us as the Lex Burgundionum and the capitularies of Charlemagne. The national assembly that will meet, as revolutionary as it may be, will only be, like the constitution that it must provide, a provisional one. It is not with scraps of the constitution of year VIII, that of the year III or year II, flanked by the Social Contract and all the declarations of rights of La Fayette, Condorcet and Robespierre, that we will translate the thought of the People. Our illusion at the moment is to believe in the possibility of a republic in the vulgar sense of the word; and it is a laughable thing to see our powerful orators arranging their armchairs for eternity. The latest revolution contains something else, without which we would have to say that it was achieved by chance, that it is an accident without cause and without roots, in a word, that it is absurd.

Such is also the idea, such is the doubt that, in the secrecy of conscience, torments the nation, those which occupy power, as well as those who have just lost it.

All the men who, yesterday, adhered to one of the political forms that have now disappeared — conservatives, dynastic legitimists, and more than the one even among the radicals, equally defeated — regard with uneasiness this Republic that is reborn, under a new standard, one half-century after its funeral. Since when, they say to themselves, do the dead come back to life? Does history retrogress? Does it turn back on itself? Does it start again? Does society have its periods of palingenesis, and will progress only be a series of restorations?…..

Then passing rapidly from doubt to despair, they add: Look at this revolution made without an idea! This drama, repeated half from ’89 and half from ’93, learned from novels, repeated in smoky rooms, then played out on the public square by men who do not know that that what they have just destroyed was the result of what they now begin! From whence does it come, this revolution? It has no idea. Where is it going? It doesn’t know. Who is it? It hesitates over its own name, so little does it know itself, so false is its appearance, so much this word Republic seems a solecism in our language.

On the first day, it is the overthrow of the ministry.

On the second day, it is the fall of the opposition.

On the third day, it is the abdication of Louis-Philippe.

On the fourth day, it is universal suffrage.

On the fifth day, it is the organization of labor.

On the sixth, the seventh day, it will be community and the phalanstery!…

Oh! The Government had predicted it: we were all blind, we are all dupes. The Republic, which nobody wanted, emerged from our quarrels, trailing behind it unknown saturnalia. Do you hear the cries of Icarians, the canticles of Châtel and this horrible, confused noise from all the sects? Have you seen these men with sinister faces, full of wine from the civil list, make their rounds at midnight, with naked rag-pickers, in the royal residence? Have you counted the corpses of these hundred and thirty heroes, asphyxiated by alcohol and smoke, in the orgy of their triumph?… Where will this bloody carnival stop? What will come of this fable, in which we see a whole nation, led by a dozen mystagogues, appear like a troop of actors?…

And behold, they continue, there is the work of this Opposition which has claimed clairvoyance, which denied hostile passions, which flattered itself that it overcame the riot; which, in power for an instant, having forty thousand troops and eighty thousand national guards to enforce its mandate, did not find anything more urgent than to beat a retreat, and to leave the free field to the Republic!

That, reply others, is the fruit of that immutable thought, which, soiling all, corrupting all, reducing all to its selfishness, making any truth a lie, equally deriding God and men, after seventeen years of betrayals, claimed until the last hour to make conditions with the country, and to say to liberty: You will go no further!

That is how the usurpers end; that is how the hypocrites and the impious are taken. The revolution of February can be compared only to a vomiting. The people of Paris, expelling Louis-Philippe, were like a patient who ejects a worm from his mouth!…

And yet the People are poorer than ever: the bourgeois is ruined, the worker dies of hunger, the State races towards bankruptcy. Oh! what will become of us?

Let us leave regrets to the timid, and lamentations to the vanquished. The truth is not in these recriminations. A revolution, precipitated by universal disgust, has just occurred. It is a question, not of exploiting it, but of defining it; it is a question of formulating its dogma, of drawing legitimate consequences from it.

While our provisional statesmen, seized unexpectedly, struggle in the vacuum, look for their way and find only routine or Utopia, flatter the country rather than reassure it, propose their ideas to the People, instead of asking them for their ideas, are led into the rut of the old Jacobinism, obliged, in order to excuse their impotence, which is visible to all, to take refuge in their devotion: let us attempt to understand, or to put it better, to learn about the People.

The People, by making such a sudden revolution, imposed on themselves an immense task: the People are like those workers who produce so much more and so much better, when they are crushed with work. The People will have to suffer, undoubtedly, but they will not fail in their work: the whole danger is that its leaders do not foresee it.

1. La révolution du 24 février est légitime, quoique illégale.

Et d’abord, qui a fait la Révolution ? quel en est le véritable auteur ?

Tout le monde l’a dit : C’est le Peuple.

En effet, ce n’est pas l’Opposition, qui le 22 février, devant le veto des ministres, se désistait.

Ce n’est pas la garde nationale qui, malgré son sincère amour de la liberté et son dégoût du Système, malgré l’appui qu’elle a donné par ses armes à la révolte, redoutait une catastrophe autant au moins qu’elle souhaitait la chute des ministres.

Ce n’est pas la presse, puisque, le 23 au matin, la Réforme, la feuille la plus avancée du parti radical, posant les conditions auxquelles elle pensait pouvoir garantir le rétablissement de l’ordre, était loin de s’attendre à l’étonnant succès du lendemain.

Ce n’est point le socialisme, qui dans toutes ses publications prêchait aux ouvriers la patience, se défiant d’une République dans laquelle il ne pouvait voir que l’ajournement indéfini de ses utopies.

Ce n’est ni un parti, ni une secte qui a fait la Révolution, c’est le Peuple, le Peuple, dis-je, en dehors de tout parti et de toute secte; le vrai Peuple de 89, de 92 et de 1830. C’est lui dont la conscience a fait tout à coup explosion, et qui, en moins de temps qu’on n’en avait mis à bâcler la Charte, a constitué la République.

Que ce soit donc là notre principe premier : le PEUPLE. Et puisque le Peuple, c’est-à-dire tout le monde en général, et en particulier personne, sans conseil, sans direction, désavoué de ses orateurs et de ses écrivains, mais entraîné par un impérieux enthousiasme, a fait ce que nous voyons : que tout à l’avenir, institutions et réformes, sorte du Peuple, comme en est sortie la victoire.

Mais, s’il est facile de reconnaître après coup les actes du Peuple, il n’en est pas de même lorsqu’il s’agit d’évoquer, en quelque sorte, du sein de l’avenir, les actes ultérieurs de la souveraineté populaire, qui seuls, cependant, peuvent servir de règles aux gouvernements. Le problème est d’autant plus difficile, que les déterminations du Peuple paraissent soumises à des lois tout autres que celles de la prudence individuelle.

Prenons pour exemple la dernière révolution.

Comment le Peuple s’est-il levé? pour qui, pourquoi a-t-il pris les armes ? son but, en ce grave événement ? son idée, je dirai même son droit ?

C’est ici qu’il faut étudier la logique du Peuple, supérieure à la logique des philosophes, et qui seule peut nous guider dans les obscurités de l’avenir, et réformer nos cœurs et nos intelligences. Si, dans ces mémorables journées, le Peuple se fût comporté comme tout homme amoureux de la légalité n’eût pas manqué de faire, il n’y aurait pas eu de révolution. Car, ne craignons pas de le dire, tout ce qui s’est fait par le Peuple, a été fait en violation de la loi.

Le 20 février, par le manifeste de l’Opposition, la loi sur les attroupements était violée.

La loi sur la garde nationale violée.

Je ne réponds même pas que, sur ce droit de réunion, objet de tant de querelles, la loi et la jurisprudence ne fussent, quoi qu’on ait dit, pour le ministère : à cet égard, la légalité aurait donc été encore violée.

Ce n’est pas tout.

La minorité représentative, agissant par intimidation sur la prérogative royale, violait la Charte; l’abdication de Louis-Philippe, que la responsabilité ministérielle devait couvrir, violait la Charte; la loi de régence était deux fois violée, d’abord, par la substitution de la duchesse d’Orléans au duc de Nemours, puis par l’appel fait à la Nation; enfin le Peuple, faisant prévaloir sa volonté par la force, au lieu de s’en tenir à un acte juridique comme le voulait l’Opposition, foulait aux pieds toutes les lois. Au rebours de ce qui s’était passé en 1830, le gouvernement, en 1848, était littéralement en règle; et ce n’est pas sans raison que Louis-Philippe a pu dire, en mettant le pied sur le sol anglais : Charles X a été détrôné pour avoir violé la Charte ; je le suis pour l’avoir défendue.

Le Peuple, aussi dépourvu de textes que de munitions,. était en rébellion flagrante contre la loi : cependant il n’hésita pas.

Quoi donc ? est-ce le Peuple qui a été parjure ? est-ce que, par cette série d’illégalités qui fait toute l’histoire des 22, 23 et 24 février, la Révolution aurait été faite contre le Droit, et se trouverait, dans son principe, frappée de nullité ?

A Dieu ne plaise que le Peuple puisse jamais se tromper ni mentir. Je dis le Peuple, un et indivisible, prenez-y garde ; je n’entends par là la multitude, ce qui n’est que pluralité sans unité.

Le Peuple raisonne avec une conscience et d’un point de vue supérieur à toute raison individuelle; c’est pour cela que ses conclusions sont presque toujours autres que celles des légistes. C’est un puissant généralisateur que le Peuple, comme vous allez voir.

Le Peuple est souverain. On nous l’a dit cette vérité est descendue profondément dans les âmes; elle est devenue la foi générale, et depuis 1830, personne ne proteste contre la souveraineté du Peuple.

Le Peuple souverain n’est obligé qu’envers lui-même. Nul ne traite avec lui d’égal a égal et lorsqu’il se lève pour sa dignité offensée ou compromise, il est absurde de demander si cette manifestation du Peuple est légale ou illégale. Une constitution n’est point un contrat synallagmatique entre Roi et Peuple, entre législateurs et citoyens, entre mandants et mandataires. C’est le système par lequel le Peuple, l’homme collectif, organise éternellement ses fonctions, équilibre ses pouvoirs.

Le Peuple donc, lorsqu’il apprend que sa liberté est en péril et que le moment est venu pour lui de résister, ne comprend, ne peut comprendre qu’une chose c’est qu’à lui appartient non pas de protester, mais de décider souverainement. Ils étaient bien ignorants, en vérité, des droits du Peuple et de sa logique, ceux-la qui, prenant pour exemple l’Angleterre (toujours l’Angleterre!) invitèrent le Peuple à venir avec eux signer une protestation contre la politique du Gouvernement. Protester! grand Dieu c’était abdiquer. Le Peuple n’a pas besoin d’huissier pour signifier sa volonté; il l’exprime par des actes. Quand il s’assemble, il entend que c’est lui qui juge et qui exécute.

Le 22 février, appel avait été formé par l’Opposition de l’arbitraire du Gouvernement à la raison du Peuple. n s’agissait de prouver au pouvoir que l’opinion, que la France entière, condamnait la politique obstinément suivie depuis dix-sept ans, la pensée du règne. Mais l’Opposition i voulait que le Peuple ne parût que pour donner son avis; elle voulait, disait-elle, montrer par un fait que le Peuple était digne de cette liberté de réunion qu’on lui refusait; qu’il était capable en même temps de respecter le pouvoir et de protester contre le pouvoir. L’Opposition n’accordait au Peuple qu’une voix consultative, elle lui retirait la souveraineté.

C’est alors que quelques citoyens, dont quelques amis seulement savent les noms, se dirent qu’il y allait de la liberté; que le Peuple ne pouvait mentir à son essence; qu’il lui appartenait de maintenir son autorité, non par une vaine contradiction, à qui donc le Peuple contredirait-il ? mais par un arrêt définitif.

Ces hommes-là pouvaient dire qu’ils portaient la pensée de la France. Dans une nuit, le feu qui les dévorait incendia la capitale huit jours après le pays tout entier ratifiait leur résolution.

Or, s’il est vrai que l’acte du ministère qui interdisait le banquet, légal en soi, n’a été pour le Peuple qu’une occasion s’il est vrai ensuite que la protestation toute parlementaire des députés de la gauche, n’a été à ses yeux qu’un cri d’alarme sur quoi tombe l’insurrection qui a suivi? Y avait-il raison suffisante de renverser le ministère, de chasser une dynastie, de changer la forme du gouvernement, de révolutionner de fond en comble la société? Car c’est là, qu’on y prenne garde, que doit se trouver la moralité de l’événement, et toute la pensée révolutionnaire.

Disons-le tout de suite, et bien haut. Le soulèvement de février a été dirigé, non pas contre le ministère la question de portefeuille était indigne de l’attention du Peuple;—non pas contre le prince la royauté était pour lui chose encore trop secondaire;—non pas même contre le Système ce système, pratiqué et défendu tour à tour par vingt ministères, avait la sanction de la majorité représentative; en droit constitutionnel, le Système était sans reproche.

Ce que le Peuple a voulu frapper et détruire, c’était la Constitution. Cela résulte à la fois, et des illégalités que nous rappelions tout à l’heure, et du progrès des idées et des faits depuis dix-sept ans.

La révolution de 1830, révolution légale, s’il en fut, avait été l’œuvre de la Bourgeoisie; la classe ouvrière n’en avait été que l’instrument. Quant au Peuple lui-même, considéré dans son intégralité, il ne parait pas qu’il eût d’autre but, en 1830, que de mener à fin l’essai du gouvernement constitutionnel, la grande idée de 89. La Bourgeoisie pouvait donc revendiquer la Révolution de juillet comme sa propriété et comme la Bourgeoisie, formaliste par excellence, affectait surtout cette légalité juridique, délice des hommes d’État, mais dont le Peuple ne se soucie guère, toute la pensée de la Bourgeoisie fut de rendre inviolable à l’avenir une Constitution que le Roi avait violée la Charte fut proclamée une vérité. Le Peuple, malgré les vives protestations des partis, se tut. Avec quelle raison? on le verra tout à l’heure.

Tout était louche, équivoque, incohérent, contradictoire dans cette Charte, espèce de contrat léonin, ou tout était pour le prince, rien pour le Peuple. Sur les choses les plus essentielles, la Charte était muette et toujours ce silence était interprété en faveur soit de l’inertie du Gouvernement, soit de la prérogative royale, contre l’intérêt de la masse. Pendant dix-sept ans, le Gouvernement de Louis-Philippe a trouvé moyen, sans s’écarter jamais ostensiblement de la légalité, de se mettre toujours en travers des vœux, des idées, des sentiments du Peuple. Ce mensonge constitutionnel, dénoncé par tous les hommes qui avaient occupé le pouvoir ou qui l’approchaient, a déterminé la révolution.

La Charte impliquait que le Gouvernement, comme la loi elle-même, n’était, ne pouvait être que l’expression de la volonté générale. Le roi était préposé par la nation, non pour modifier cette volonté, mais pour en assurer la sincère exécution. La puissance législative distribuée entre le roi, la chambre des pairs et la chambre des députés; le pouvoir exécutif commis à des ministres responsables, semblaient une combinaison heureuse, capable de maintenir l’équilibre. Mais, à tort ou a raison, il arrivait que la loi, que le Gouvernement était toujours plus l’œuvre du roi que des trois pouvoirs et des ministres, en sorte que la nation pouvait se dire souveraine, mais à condition seulement d’être du même avis que le roi C’est ce que les conservateurs eux-mêmes avouaient hautement, attribuant à la prudence de Louis-Philippe tous les progrès du pays, comme d’autres lui en rapportaient tout le malaise.

La révolution, de février a tranché la difficulté. Elle l’eût tranchée, remarquez-le bien, alors même qu’elle se serait arrêtée aux manifestations du 22 et du 23, sans aller jusqu’a l’abdication du roi, jusqu’a l’expulsion de la dynastie. Le ministère Barrot-Thiers renversait à tout jamais le Gouvernement personnel la Charte ainsi élucidée, le Gouvernement tout entier changeait de forme. La question révolutionnaire était ainsi posée depuis 1830 En principe, et au point de vue constitutionnel, la volonté du prince doit-elle l’emporter sur la volonté du Peuple? Et le 22 février 1848 Je Peuple a répondu d’une manière définitive Non, désormais ce sera ma volonté qui prévaudra.

On accusait le Gouvernement de corruption. Et les ministres de soutenir que la couronne ne faisait qu’user d’une légitime influence. Pas d’influence! s’est écrié le Peuple.

Tout en s’inclinant devant la souveraineté du Peuple, le Gouvernement, par je ne sais quelle théorie, était devenu l’apanage, la propriété de la classe moyenne. J’admets que l’intention, sinon l’idée, ait été bonne; que même elle ait pu, en d’autres temps, avoir son utilité. Mais le Peuple Je ne l’entends pas ainsi, dit-il. Dorénavant les ouvriers, comme les bourgeois, auront part ai Gouvernement.

Et tel était le sens de la réforme électorale, appuyée, dans les derniers temps, par tout le monde.

Or, je répéterai ici l’observation que je faisais tout à l’heure, savoir, que l’avènement de M. Barrot au ministère donnait, sur ce point, satisfaction presque entière au vœu du Peuple. Ainsi, le Gouvernement personnel aboli, la réforme électorale et parlementaire obtenue, le roi restant aux Tuileries, la royauté n’était déjà plus qu’un vain titre, la révolution était démocratiquement consommée.

Les événements qui ont suivi n’ont été qu’une déduction rapide et sans moyens termes, des deux prémisses que l’Opposition, malgré son dévouement dynastique, que le pays tout entier avait adoptées pour programme, savoir l’abolition du gouvernement personnel et la réforme électorale.

C’est ici qu’on va voir la question politique devenir question économique, et le Peuple, qui avait assisté sans mot dire à la prorogation de la Charte, en juillet 1830, déclarer tout à coup que la Charte n’était plus rien, qu’il ne suffisait pas de réformer le Gouvernement, qu’il s’agissait de reconstituer la société.

Le Gouvernement personnel aboli, s’élevait une question délicate Si le roi règne et ne gouverne pas, à quoi sert-il? Tous les auteurs de droit public, et en première ligne l’honorable M. de Cormenin, ont épuisé leur dialectique à démontrer cette étonnante proposition, que le propre de la royauté est d’être et de n’agir pas; que tel est le nœud des garanties constitutionnelles, le palladium de la liberté et de l’ordre. M. de Lamartine, à qui je n’entends nullement adresser de reproche pour si peu, jusqu’au 25 février, a professé cette opinion. Et c’était également la pensée de M. Barrot lorsque, le 24, portant en main l’abdication de Louis-Philippe, il proposait de former immédiatement un conseil de régence.

Mais, se dit le Peuple, pourquoi un conseil de régence ne serait-il pas un conseil de Gouvernement? — Vive la République!

Le parasitisme proscrit dans son incarnation la plus haute, la royauté qui règne; comme le despotisme l’avait été dans son expression la plus complète, la royauté qui gouverne; comme la vénalité, le privilège et l’agiotage l’avaient été dans leur source la plus profonde, la royauté qui corrompt la question sociale se trouvait posée de fait et de droit. Aussi personne n’a-t-il pu prendre le change.

Le Peuple demandait, non pas comme le veulent certains utopistes, que le Gouvernement s’emparât du commerce, de l’industrie et de l’agriculture, pour les ajouter à ses attributions et faire de la nation française une nation de salariés; mais qu’il s’occupât des choses du commerce, de l’agriculture et de l’industrie, de manière à favoriser, suivant les règles de la science, qui sont celles de la justice, le développement de la richesse publique, et à procurer l’amélioration matérielle et morale des classes pauvres. Et le Gouvernement de répondre que ces choses n’étaient point de sa compétence, qu’il ne s’en occuperait pas. C’était l’absolutisme politique servant de sauvegarde à l’anarchie économique. – Mais moi, s’écria le Peuple en fureur, je veux que le Gouvernement s’en occupe.

Ainsi la réforme du gouvernement personnel contenait la réforme parlementaire; la réforme parlementaire contenait la réforme électorale; la réforme électorale impliquait la réforme de la Constitution la réforme de la Constitution entraînait l’abolition de la royauté, et l’abolition de la royauté était synonyme d’une révolution sociale encore une fois, les seuls qui aient compris la situation, c’est le Gouvernement d’un côté, et de l’autre le Peuple. Par cette simple protestation de la gauche, qui devait avoir lieu le 22 février, la Révolution tout entière était faite; le Peuple n’a fait que dégager l’événement qui était dans la pensée de tout le monde je défie qu’on renverse cette dialectique.

Une seule chose, dans ce grand acte, n’est pas du fait du Peuple, et la responsabilité en revient tout entière aux pouvoirs de l’État, comme à la bourgeoisie c’est la date.

Il était fatal, providentiel si vous aimez mieux, qu’un peu plus tôt, es peu plus tard, la souveraineté du Peuple se reconstituât sur d’autres bases, et abolit, sinon peut-être de fait, au moins de droit, la monarchie. La Révolution pouvait être aussi longue qu’elle a été brusque; elle pouvait être faite d’un commun accord entre la couronne, la classe travailleuse, et la classe bourgeoise; elle pouvait s’opérer, en un mot, pacifiquement. Le progrès des idées était notoire; le Peuple ne pouvait manquer un jour ou l’autre d’en déduire les conséquences dans le parti conservateur même, on convenait généralement que les difficultés n’étaient plus politiques, mais sociales. Toute la question était de savoir quand et comment s’opérerait la transition.

Il a plu à l’opposition, dite dynastique; il a plu à la Royauté, au parti conservateur de précipiter le dénouement.

Certes, on ne contestera pas que, si le banquet, annoncé pour le 22, l’avait été pour le 23, la Révolution eût été retardée d’un jour, et l’existence de la royauté prolongée de vingt-quatre heures. Par la même raison, si M Barrot eût été nommé ministre le 23, a la place de M. Mole, le retard pouvait être de six mois, d’un an, de dix années; et c’est encore une question, aujourd’hui qu’il n’y a plus a en revenir, de savoir s’il n’eût pas mieux valu, pour le salut de tous, faire en trente ans ce que nous avons fait en trois jours, et allonger une date glorieuse, plutôt que de s’exposer aux chances d’une solution embarrassée.

J’ai contribué autant qu’il était en moi au succès des trois jours, ne voulant pas à l’heure du péril me séparer de mes frères qui combattaient, et désavouer leur héroïsme. Mais je n’en redoutais pas moins une victoire dont les suites m’étaient inconnues; et c’est pour cela qu’aujourd’hui encore, dans l’incertitude de l’avenir et bien que je n’admette le retour d’aucune dynastie, je fais toutes réserves pour cette raison souveraine du Peuple, qui selon moi est infaillible, et ne peut être compromise. Personne n’était en mesure pour la République : cela ressort chaque jour des actes du Gouvernement. Malheureuse Opposition ! malheureux conservateurs ! Vous avez coupé le raisin vert: tâchez maintenant de le faire mûrir sur la paille !…

A présent nous ne pouvons plus reculer; nous ne le devons pas, je ne le veux pas, je vous en défie Il faut aller en avant. Le problème de la reconstitution sociale est posé, il faut le résoudre. Cette solution, nous ne l’apprendrons que du Peuple. Je vous ai montré tout a l’heure comment, en généralisant ses idées sur le gouvernement, le Peuple avait conclu tout à coup à une révolution, et converti la monarchie en république voyez maintenant comment il procède à son nouvel œuvre, et placez-vous, s’il vous est possible, à la hauteur de ses idées.

La Révolution du 24 février n’était pas seulement une négation du principe monarchique, c’était une négation du principe représentatif, de la souveraineté des majorités.

Le Gouvernement provisoire avait déclaré d’abord que la France recevrait des institutions analogues a celles de l’ancienne Révolution, et serait constituée en République, sauf la ratification des citoyens. Le National, dans un article modéré, conciliant, on ne peut plus raisonnable, motivait, appuyait cette déclaration. Quoi de plus juste, en effet (dans la judiciaire des légistes), que de réserver l’adhésion des départements? Le bon plaisir de quelques centaines d’insurgés pouvait-il annuler le droit de 35 millions d’hommes, et la proclamation faite a Paris de la République obliger les cœurs monarchiques des départements? N’y avait-il point en cela contradiction au principe républicain ? ne serait-ce pas une usurpation flagrante? Que le Gouvernement provisoire proposât, a la bonne heure; mais qu’if décidât, qu’il tranchât cette question de république, au moment même ou il appelait les citoyens aux élections: quoi de plus dérisoire! Qu’est-ce donc que ce droit politique dont vous m’honorez, si sur la question la plus importante qui puisse m’être soumise vous m’en ôtez l’exercice ? En aimerais-je moins la République, si vous m’aviez permis de la constituer avec vous?…

Tels étaient, le 25 février, les scrupules du Gouvernement provisoire, scrupules que, soit faiblesse, soit machiavélisme, il fit taire le lendemain. L’établissement de la République, dans la pensée du Gouvernement provisoire, a été une surprise, une violence faite au pays. Ce que le Peuple avait conçu dans sa haute raison, le Gouvernement provisoire l’a fait dans la mollesse, dans la duplicité de sa conscience.

Elle parlait assez haut, cependant, elle était assez intelligible, cette voix du Peuple. – « Si c’est moi, criait-elle, qui ai parlé à Paris, je ne puis me contredire à Bordeaux. Le Peuple est un et indivisible; il n’est pas majorité et minorité; il n’est point une multitude, il ne se scinde pas. Sa volonté ne se compte ni ne se pèse comme la monnaie, comme des suffrages d’actionnaires elle est unanime. Partout où il y a division, ce n’est plus le Peuple vos théories représentatives sont une négation de sa souveraineté. Le Peuple est toujours d’accord avec lui-même tout se tient, tout se lie dans ses décisions; tous ses jugements sont identiques. Supposer qu’après l’événement du 24 février, préparé, prévu de si loin accompli par le concours ou l’antagonisme de toutes les idées, la proclamation de la République pût être objet de controverse, c’était frapper de nullité tout ce que pendant ces trois jours avait fait le Peuple, et donner gain de cause à M. Guizot. »

En effet,

Si, après la déclaration du Peuple de Paris, la République doit être remise en question devant les assemblées électorales, cela suppose que la volonté du Peuple n’est pas unanime, et que cette volonté n’est autre que la volonté de la majorité.

Si c’est la majorité des suffrages qui fait la base de la Constitution, l’Opposition dynastique n’avait pas le droit de s’insurger contre la majorité conservatrice; la garde national a eu tort d’appuyer l’Opposition les ouvriers de suivre la garde nationale, et tous ensemble de faire violence au Gouvernement, puis de rompre le pacte, et de chasser la dynastie.

Si c’est la majorité qui fait le critérium du droit, il faut se hâter d’effacer les traces des barricades, restaurer les Tuileries, indemniser la liste civile, rappeler Louis-Philippe, rendre le portefeuille à M. Guizot, faire amende honorable à la chambre, et attendre en silence la décision des électeurs à 200 fr.

Alors vous verrez la majorité livrée à ses instincts égoïstes, et éclairée par l’événement, voter à la fois contre la réforme, contre les banquets, contre l’Opposition, contre la République.

Si c’est a la majorité de faire la loi, il faut dire encore que c’est à la majorité de la majorité, et ainsi de suite jusqu’à ce que nous soyons revenus au gouvernement personnel qu’ainsi le gouvernement appartient à la classe moyenne, élue par la majorité des assemblées primaires; que la classe moyenne a son tour doit respect à sa propre majorité, à la majorité des électeurs; que la majorité des électeurs doit obéir à la majorité des députés, la majorité des députés se soumettre au ministère lequel est tenu de faire la volonté du roi, qui, en vertu de la majorité, règne et gouverne.

Jamais, avec la théorie représentative, on ne sortira de ce cercle; et c’est justement hors de ce cercle que vient de se placer le Peuple. La loi de majorité, dit-il, n’est rien, si ce n’est comme transaction provisoire entre des opinions antagonistes, en attendant la solution du Peuple.

Ainsi, trois questions générales ont été résolues par la révolution du 24 février, en sens diamétralement contraire à toutes idées reçues

1. Question de résistance légale. Le Peuple nous l’a dit une fois pour toutes protester, pour lui, est synonyme d’ordonner; blâmer est synonyme de s’opposer résister, synonyme de renverser l’objet de sa résistance.

2. Question de réforme. – L’Opposition, tout en demandant les mêmes choses et dans les mêmes termes que l’insurrection, mais ne les envisageant que séparément et en détail, réservait expressément dans sa protestation la monarchie, la charte, les institutions constitutionnelles, en même temps qu’elle ajournait, repoussait une réforme sociale. Le Peuple, au contraire, embrassant toutes les reformes demandées en un seul faisceau, a compris que de ce faisceau résultait une idée nouvelle qui abrogeait la royauté et la Charte : il a tout réduit en poussière, royauté et constitution.

3. Question de majorité représentative. Tous les publicistes sont d’accord que le gouvernement comme la puissance législative ne peut s’exercer que par délégation que l’élection étant le seul mode connu de délivrer mandat comme le vote est le seul moyen d’aboutir à une conclusion, c’est la majorité, non du Peuple, mais de ses représentants, qui fait la loi. Le Peuple, au rebours, a vu que l’autorité des majorités n’est point absolue; qu’elle est sujette à caution et exception; que, dans certains cas, il peut arriver que l’intégralité du Peuple soit condamnée par la majorité du Peuple; qu’il y avait donc lieu de réviser ce principe dans la constitution nouvelle. Le Peuple a brisé la loi de la majorité, au cri de Vive la République!

La République! Telle est, n’en doutez pas, le vœu du Peuple. Il l’avait fait entendre en 92; et si ce vœu, toujours renaissant, n’a pas été rempli, la faute, certes, ne fut pas au Peuple ce fut la faute de ses accoucheurs.

Voilà cette logique populaire, qui, si chaque citoyen la prenait pour règle, conduirait infailliblement à la guerre civile; mais qui, dans cette individualité supérieure qui a nom le Peuple, conclut toujours à la paix et à l’unité. Prompte comme l’éclair, infaillible comme l’algèbre, la logique du Peuple est la loi de l’histoire, la source du droit et du devoir, le principe de toute moralité, la sanction de toute justice. C’est elle qui punit le roi parjure et le vil fripon des mêmes balles civiques, étonnées de leur propre intelligence.

Que chacun, en ces jours difficiles, se tourne du côté du Peuple. Que chacun étudie cette pensée souveraine, qui n’est celle d’aucun parti, d’aucune école, et qui pourtant se laisse entrevoir dans toutes les écoles et dans tous les partis; qui saura se définir elle-même. et répondre à toutes nos questions, pourvu que nous sachions l’interroger.

INTERROGER LE PEUPLE ! Là est le secret de l’avenir.

INTERROGER LE PEUPLE ! C’est toute la science de la société.

Le Peuple, s’insurgeant en apparence contre un ministère détesté, a passé par-dessus les conservateurs, les dynastiques, les légitimistes, les démocrates, se moquant de toutes les théories, et plantant son drapeau à une distance infinie, par-delà toutes les fictions constitutionnelles. Le Peuple saura nous dire ce que signifient ces mots de République, d’Égalité et de Fraternité qu’il a pris pour devise, et qui n’eurent jamais de sens positif en aucune langue. Combien, dans la spontanéité de son audace, il dépasse la prudence méticuleuse des philosophes! Philosophes, suivez le Peuple!

1. The Revolution of February 24 is legitimate, although illegal.

And, first, who made the Revolution? Who was its true author?

Everyone has said: It is the People.

Indeed, it is not the Opposition, who, on February 22, withdrew before the veto of the ministers.

It is not the national guard, which, despite its sincere love of liberty and its disgust with the System, despite the support that it has given with its weapons to the revolt, dreaded a catastrophe at least as much as it hoped for the fall of the ministers.

It is not the press, since, on the morning of the 23rd, la Reforme, the radical party’s most advanced sheet, setting down the conditions that it thought could guarantee the reestablishment of order, was far from expecting the astonishing success of the next day.

It is not socialism, which in all publications preaches patience to the workers, mistrusting a Republic in which it could only see the indefinite postponement of its utopias.

It is neither a party, nor a sect that creates the Revolution. It is the People, the People, I say, outside all parties and all sects; the true People of 89, of 92, and of 1830. It is they whose consciousness has suddenly exploded, and who, in less time than it took to cobble together the charter, formed a Republic.

So let this be our first principle: the PEOPLE. And since the People — which is to say everyone in general and no one in particular, without counsel, without direction, disowned by its speakers and writers, but carried along by an imperious enthusiasm — have done what we see, in the future let all institutions and reforms come from the people, as the victory has come from them.

But, if it is easy to recognize the actions of the People afterwards, it is not the same when it comes to evoking, in some sense, in the heart of the future, the later actions of popular sovereignty, which alone, however, can serve as rules for the government. The problem is more difficult when the resolutions of the People seem subject to laws entirely different from individual prudence.

Let us take the last revolution as an example.

How did the People rise up? Why, and for whom, did it take up arms? What, on this serious occasion, was its goal, its idea, I might even say its right?

It is here that it is necessary to study the logic of the People, superior to the logic of the philosophers, which alone can guide us in the obscurities of the future, and to reform our hearts and our intelligence. If, in these memorable days, the People had behaved as every man enamored of legality would not fail to do, there would have been no revolution. For, let us not be afraid to say it, everything done by the People has been done in violation of the law

February 20, by the manifesto of the Opposition, the law on gatherings was violated.

The law on the national guard was violated.

I do not even reply that, with regard to the right of assembly, the object of so many quarrels, law and jurisprudence were not, whatever was said, on the side of the ministry: in this regard, then, legality would have been violated again.

That’s not all.

The representative minority, acting through intimidation on the royal prerogative, violated the Charter; the abdication of Louis Philippe, which the ministerial responsibility must cover, violated the charter; the law of regency was twice violated, first by the substitution of the Duchess of Orleans by the Duke of Nemours, then by the appeal made to the Nation; finally, the People, making its will prevail by force, instead of limiting itself to a legal action like the Opposition, trampled all the laws underfoot. Contrary to what happened in 1830, the government, in 1848, was totally in order; and it is not without reason that Louis-Philippe could say, placing his foot on English soil: Charles X has been dethroned for having violated the Charter; I for having defended it.

The People, as deprived of texts as of munitions, were in flagrant rebellion against the law: yet they did not hesitate.

What then? Is it the People who have violated their oath? Is it the case that, through the series of illegalities that made up the whole history of February 23, 23 and 24, the revolution would have been made against Right, and would find itself, in its principle, stamped null and void?

Heaven forbid that the People should ever be mistaken or lie. Take note that I say the People, one and indivisible; I do not mean by that the multitude, which is only a plurality without unity.

The people reason with a consciousness and from a point of view superior to all individual reason; it is for that reason that its conclusions are almost always different from those of the legal scholars. The People are powerful generalizers, as you will see.

The People are sovereign. We are told that this truth has sunk deep into souls, that it has become the general faith, and since 1830 no one protests against the sovereignty of the People.

The sovereign People owe nothing to anyone but itself. No one deals with it as an equal and when it rises in defense of its offended or compromised dignity it is absurd to ask if that expression of the People is legal or illegal. A constitution is not a synallagmatic contract between the King and the People, between legislators and citizens, between principals and agents. It is a system by which the People, the collective man, eternally organizes its functions, balances its powers.

So the People therefore, when they learn that their liberty is in peril and that the moment has come for them to resist, only understand, can only understand one thing, that it is up to them, not to protest, but to decide in a sovereign manner. They were quite ignorant, in truth, of the rights of the People and their logic, those ones who, taking England for an example (always England!) invite the People to come with them to sign a protestation against the government’s policy. To protest! Good God, that was abdicating. The people do not need a bailiff to signify their will; it is expressed through their actions. When they assemble, it means that it is they who judge and execute.

On February 22, an appeal had been lodged by the Opposition against the arbitrariness of the Government to the reason of the People. It was a question of proving to the power that public opinion, that the whole of France, condemned the policy obstinately followed for seventeen year by the thought of the reign. But the Opposition wanted the People to appear only to give its opinion; thet wanted, they said, to show by facts that the People were worthy of the freedom of assembly that it was refused; that it was capable at the same time of respecting power and of protesting against power. The Opposition granted the People only a consultative voice; it withdrew sovereignty from them.

It is then that some citizens, whose names are known only to a few friends, said to themselves that there would be liberty; that the People could not deny its essence; that it was up to it to maintain its authority, not by a vain objection — for to whom would the People object? — but by a definitive judgment.

These men could say that they bore the thought of France. In one night, the fire that consumed them set the capital ablaze; eight days later the whole country ratified their resolution.

Now, if it is true that the act of the ministry that prohibited the banquet, legal in itself, was for the People only one occasion; if it is then true that the completely parliamentary protest of the deputies of the left was in its eyes only a cry of alarm: what caused the insurrection that followed? Was there sufficient reason to overthrow the ministry, to drive out a dynasty, to change the form of government, to revolutionize society from top to bottom? Because it is there, let us be mindful of it, that must be found the morality of the event, and the entirety of revolutionary thought.

Let’s say it right away, and loudly. The February uprising was directed, not against the ministry: the question of portfolios was unworthy of the People’s attention; — not against the prince: royalty was still too secondary for it; — not even against the System: this system, practiced and defended in turn by twenty ministries, had the sanction of the representative majority; in constitutional law, the System was above reproach.

What the People wanted to strike and destroy was the Constitution. This results both from the illegalities that we recalled just now and from the progress of ideas and facts over the past seventeen years.

The Revolution of 1830, a legal revolution, if there ever was one, had been the work of the Bourgeoisie; the working class had only been its instrument. As for the People itself, considered in its entirety, it does not appear that it had any other aim, in 1830, than to bring to an end the attempt at constitutional government, the great idea of ’89. The Bourgeoisie could therefore to claim the July Revolution as its property. And as the Bourgeoisie, formalist par excellence, affected above all this juridical legality, the delight of statesmen, but of which the People hardly care, the whole thought of the Bourgeoisie was to make inviolable in the future a Constitution that the King had violated: the Charter was proclaimed a truth. The People, in spite of the strong protests of the parties, were silent. For what reason? We will see it presently.

Everything in this Charter was shifty, equivocal, incoherent, contradictory. It was a kind of leonine contract, where everything was for the prince, nothing for the People. On the most essential things, the Charter was silent; and always this silence was interpreted in favor either of the inertia of the Government, or of the royal prerogative, against the interest of the masses. For seventeen years, the government of Louis-Philippe found a way, without ever ostensibly deviating from legality, to always get in the way of the wishes, the ideas, the sentiments of the People. This constitutional lie, denounced by all the men who had held power or approached it, determined the revolution.

The Charter implied that the Government, like the law itself, was and could only be the expression of the general will. The king was appointed by the nation, not to modify this will, but to ensure its sincere execution. The legislative power distributed between the king, the chamber of peers and the chamber of deputies; the executive power committed to responsible ministers, seemed a happy combination, capable of maintaining the balance. But, rightly or wrongly, it happened that the law, that the Government was always more the work of the king than of the three powers and of the ministers, so that the nation could call itself sovereign, but only on condition of being of the same opinion as the king. This is what the conservatives themselves openly confessed, attributing to the prudence of Louis-Philippe all the progress of the country,

The February revolution settled the difficulty. It would have cut it off, mark it well, even though it would have stopped at the demonstrations of the 22nd and 23rd, without going as far as the abdication of the king, as far as the expulsion of the dynasty. The Barrot-Thiers ministry overthrew the personal government forever: the Charter thus elucidated, the whole government changed its form. The question of revolution had thus been posed since 1830: In principle, and from the constitutional point of view, should the will of the prince prevail over the will of the people? And on February 22, 1848 the People answered in a definitive way: No, from now on it will be my will that will prevail.

The government was accused of corruption. And the ministers maintain that the crown was only using legitimate influence. “No influence!” cried the People.

While bowing before the sovereignty of the People, the Government, by some theory or other, had become the prerogative, the property of the middle class. I admit that the intention, if not the idea, was good; that it could, at other times, even have been useful. But the People: I don’t see it that way, it said. From now on the workers, like the bourgeois, will have a share in the government.

And such was the meaning of electoral reform, supported in recent times by everyone.

Now, I will repeat here the observation that I made just now, namely, that the accession of M. Barrot to the ministry gave, on this point, almost complete satisfaction to the wishes of the People. Thus, the personal government abolished, the electoral and parliamentary reform obtained, the king remaining in the Tuileries, royalty was already only a vain title, the revolution was democratically consummated.

The events that followed were only a quick deduction, without middle terms, of the two premises that the Opposition, in spite of its dynastic devotion, that the whole country had adopted for its program, namely the abolition of personal government and the electoral reform.

It is here that we are going to see the political question become an economic question, and the People, who had silently watched the prorogation of the Charter, in July 1830, suddenly declare that the Charter was no longer anything, that it was not enough to reform the Government, that it was a question of reconstituting society.

Personal government abolished, a delicate question arose: If the king reigns and does not govern, of what use is he? All the authors of public law, and in the first line the honorable M. de Cormenin, have exhausted their dialectic in demonstrating this astonishing proposition, that the characteristic of royalty is to be and not to act; that this is the crux of constitutional guarantees, the palladium of freedom and order. M. de Lamartine, to whom I in no way intend to reproach for so little, had, until February 25, professed this opinion. And this was also the thought of M. Barrot when, on the 24th, bearing in hand the abdication of Louis-Philippe, he proposed to immediately form a council of regency.

But why, said People to itself, should a council of regency not be a council of government? — Long live the Republic !

Parasitism proscribed in its highest incarnation, the royalty that reigns; as despotism had been in its most complete expression, the royalty the governs; as venality, privilege and speculation had been in their deepest source, the royalty that corrupts: the social question was posed in fact and in right. So no one could take the change.

The People demanded, not as some utopians want, that the Government take over commerce, industry and agriculture, to add them to its attributions and make the French nation a nation of wage-earners; but that it occupy itself with matters of commerce, agriculture and industry, in such a way as to favor, according to the rules of science, which are those of justice, the development of public wealth, and to procure the material and moral improvement of the poor classes. And the Government replied that these things were not within its competence, that it would not concern itself with them. It was political absolutism serving as a safeguard against economic anarchy. — But I, cried the angry People, I want the Government to take care of it.

Thus the reform of personal government contained parliamentary reform; parliamentary reform included electoral reform; electoral reform implied constitutional reform; the reform of the Constitution involved the abolition of royalty, and the abolition of royalty was synonymous with a social revolution: once again, the only ones who understood the situation were the Government, on one side, and the People, on the other. By this simple protest of the Left, which was to take place on February 22, the whole Revolution was accomplished; the People only brought out the event that was on everyone’s mind: I challenge anyone to overturn this dialectic.

Only one thing, in this great act, was not due to the People, and the responsibility for it returns entirely to the powers of the State, as to the bourgeoisie: this is the date.

It was inevitable, providential if you prefer, that a little sooner, a little later, the sovereignty of the People should be reconstituted on other bases, and abolish, if not perhaps in fact, at least in law, the monarchy. The Revolution could be as long as it was abrupt; it could be made by common accord between the crown, the working class, and the bourgeois class; it could take place, in a word, peacefully. The progress of ideas was notorious; the People could not fail one day or another to deduce the consequences: even in the Conservative party, it was generally agreed that the difficulties were no longer political, but social. The whole question was to know when and how the transition would take place.

It pleased the so-called dynastic opposition; it pleased the Royalty, the conservative party, to hasten the denouement.

Of course, it will not be disputed that if the banquet, announced for the 22nd, had been announced for the 23rd, the Revolution would have been delayed for a day, and the existence of royalty prolonged for twenty-four hours. For the same reason, if M. Barrot had been appointed minister on the 23d, in place of M. Molé, the delay might have been six months, a year, ten years; and it is still a question, today when there is no going back, to know if it would not have been better, for the salvation of all, to do in thirty years what we have done in three days, and lengthen a glorious date, rather than exposing outselves to the chances of an awkward solution.

I contributed as much as was in me to the success of the three days, not wanting at the hour of peril to separate myself from my brothers who fought, and disavow their heroism. But I still dreaded a victory whose consequences were unknown to me; and that is why even today, in the uncertainty of the future and although I do not admit the return of any dynasty, I make all reservations for this sovereign reason of the People, which in my opinion is infallible, and cannot be compromised. No one was in a position for the Republic: that is apparent every day from the acts of the Government. Unhappy Opposition! unhappy conservatives! You have cut the green grapes: now try to make them ripen on the straw!…

Now we can’t go back; we don’t have to, I don’t want to, and I defy you to do it. We have to go forward. The problem of social reconstitution is posed; it must be solved. We will only learn this solution from the People. I showed you just now how, by generalizing its ideas on government, the People had suddenly concluded a revolution, and converted the monarchy into a republic: now see how it proceeds to its new work, and place yourself, if possible, at the level of its ideas.

The Revolution of February 24 was not only a negation of the monarchical principle, it was a negation of the representative principle, of the sovereignty of majorities.

The Provisional Government had declared at first that France would receive institutions analogous to those of the old Revolution, and would be constituted as a Republic, subject to the ratification of the citizens. The National, in a moderate, conciliatory article, which could not be more reasonable and motivated, supported this statement. What could be more just, in fact (in the judiciary of lawyers), than to reserve the adhesion of the departments? Could the good pleasure of a few hundred insurgents annul the right of 35 million men, and the proclamation made in Paris of the Republic oblige the monarchical hearts of the departments? Was there not in this a contradiction of the republican principle? Wouldn’t that be a flagrant usurpation? Let the Provisional Government propose, at the right time; but that it decide, that it settle this question of the republic, at the very moment when it called the citizens to the elections: what could be more ridiculous! What is this right policy with which you honor me, if on the most important question that can be submitted to me you deprive me of the exercise? Would I love the Republic the less if you had allowed me to establish it with you?…

Such were the qualms of the Provisional Government on February 25, qualms that, either through weakness or through Machiavellianism, it silenced the next day. The establishment of the Republic, in the mind of the Provisional Government, was a surprise, a violence done to the country. What the People had conceived in their lofty reason, the Provisional Government did in the softness, in the duplicity of its conscience.

She spoke loudly enough, however, she was quite intelligible, this voice of the People. — “If it was I,” it cried, “who spoke in Paris, I cannot contradict myself in Bordeaux.” The People is one and indivisible; it is not majority and minority; it is not a multitude; it is not divided. Its will cannot be counted or weighed like money, like the votes of shareholders: it is unanimous. Wherever there is division, it is no longer the People: your representative theories are a negation of its sovereignty. The People is always in agreement with itself: everything holds together, everything is linked in its decisions; all its judgments are identical. To suppose that after the event of February 24, prepared, foreseen from so far, accomplished by the competition or the antagonism of all the ideas, the proclamation of the Republic could be object of controversy, was to nullify all that the People had done during those three days, and to win the case to M. Guizot.”

In fact,

If, after the declaration of the People of Paris, the Republic must be questioned before the electoral assemblies, this supposes that the will of the People is not unanimous, and that this will is none other than the will of the majority.

If it is the majority of votes that forms the basis of the Constitution, the Dynastic Opposition had no right to rise against the conservative majority; the National Guard was wrong to support the Opposition, the workers to follow the National Guard, and all together to do violence to the Government, then to break the pact, and drive out the dynasty.

If it is the majority that is the criterion of right, we must hasten to erase the traces of the barricades, restore the Tuileries, indemnify the civil list, recall Louis-Philippe, return the portfolio to M. Guizot, make amends to the chamber, and wait in silence for the decision of the voters at 200 francs.

Then you will see the majority delivered to its selfish instincts, and enlightened by the event, voting at the same time against the reform, against the banquets, against the Opposition, against the Republic.

If it is up to the majority to make the law, it must still be said that it is by the majority of the majority, and so on until we have returned to personal government; so the government belongs to the middle class, elected by the majority of the primary assemblies; that the middle class in turn owes respect to its own majority, to the majority of voters; that the majority of the electors must obey the majority of the deputies, the majority of the deputies submit to the ministry, which is bound to do the will of the king, who, by virtue of the majority, reigns and governs.

Never, with the representative theory, will we leave this circle; and it is precisely outside this circle that the People has just placed itself. The law of majority, it says, is nothing, if not as a provisional compromise between antagonistic opinions, while awaiting the solution of the People.

Thus, three general questions were resolved by the revolution of February 24, in a direction diametrically opposed to all received ideas:

1. Question of legal resistance. — The People have told us once and for all: to protest, for them, is synonymous with ordering; blaming is synonymous with opposing; to resist, synonymous with overthrowing the object of one’s resistance.

2. Question of reform. — The Opposition, while demanding the same things and in the same terms as the insurrection, but considering them only separately and in detail, expressly reserved in its protest the monarchy, the charter, the constitutional institutions, at the same time that it postponed, rejected a social reform. — The People, on the contrary, embracing all the reforms, demanded in a single bundle, understood that from this bundle resulted a new idea that revoked royalty and the Charter: it reduced everything to dust, royalty and constitution.

3. Question of the representative majority. — All publicists agree that government, like legislative power, can only be exercised by delegation; that election being the only known mode of issuing a mandate, as voting is the only means of arriving at a conclusion, it is the majority, not of the People, but of its representatives, that makes the law. The People, on the contrary, have seen that the authority of majorities is not absolute; that it is subject to caution and exception; that, in certain cases, it may happen that the entirety of the People is condemned by the majority of the People; that there was therefore reason to revise this principle in the new constitution. The People broke the law of majority, to the cry of Vive la République!

The Republic! Such is, do not doubt it, the wish of the People. it had made it heard in ’92; and if this ever-reviving wish has not been fulfilled, the fault, certainly, was not with the People: it was the fault with their obstetricians.

Here is that popular logic which, if every citizen took it as a rule, would infallibly lead to civil war; but which, in that superior individuality that is called the People, always leads to peace and unity. Swift as lightning, infallible as algebra, the logic of the People is the law of history, the source of right and duty, the principle of all morality, the sanction of all justice. It is the People who punishes the perjured king and the vile rogue with the same civic bullets, astonished at its own intelligence.

Let each, in these difficult days, turn to the side of the People. Let everyone study this sovereign thought, which is not that of any party, of any school, and which nevertheless allows itself to be glimpsed in all schools and in all parties; which will be able to define itself, and answer all our questions, provided that we know how to question it.

Ask the People! That is the secret of the future.

Ask the People! That is the entire science of society.

The People, apparently rising against a hated ministry, have passed over the conservatives, the dynastics, the legitimists, the democrats, mocking all theories, and planting their flag at an infinite distance, beyond all constitutional fictions.

The People will know how to tell us what these words Republic, Equality and Fraternity mean, which they took as their motto, and which have never had a positive meaning in any language. How much, in the spontaneity of its audacity, it surpasses the meticulous prudence of the philosophers! Philosophers, follow the People!…

2. Le Gouvernement provisoire n’a pas compris la révolution.

Hélas! A peine le Peuple a-t-il commencé de se faire entendre que la multitude usurpe son nom, que les discoureurs étouffent sa voix, et qu’à la place du Peuple, s’établit la tyrannie de ses courtisans. Depuis la Révolution le Peuple a cessé de parler, et nous voguons sans boussole, au vent de toutes les folies, sur un océan sans limites.

Je parcours les journaux; je cherche dans les proclamations, dans les placards j’écoute la nuit, j’écoute le jour, si cette parole profonde, qui trois fois en trois jours, dominant les volontés et les événements, nous a étonnés par ses hautes révélations, ne viendra plus frapper mon oreille et illuminer mon cœur. Jamais plus solennelle occasion ne fut donnée à des initiateurs. Jamais l’attention ne fut à plus haut point excitée,’ la faveur mieux acquise à qui saurait faire vibrer le verbe populaire. Tout s’est tu, pendant quelques instants, devant cette majesté invisible qui vous fait frissonner jusqu’à l’âme, et dont on adorait les moindres simulacres.

Ou en sommes-nous aujourd’hui?

Je sais que les honorables citoyens qui composent le Gouvernement provisoire n’ont pas eu le temps de méditer leur programme, et qu’il leur a fallu payer de mots, en attendant que la Révolution produisît ses faits toute seule. Je sais quel est le zèle, la probité, le patriotisme de ces hommes nouveaux, aussi stupéfaits que nous de leur rôle. Je reconnais la supériorité de plusieurs j’admets la bonne volonté de tous. Tous mes vœus sont qu’ils restent au pouvoir jusqu’au jour où l’Assemblée nationale, par son vote, aura régularisé le gouvernement. Aussi est-ce à la fatalité de leur situation, bien plus qu’à leurs personnes, que s’adresse ma critique. J’eusse pardonné au Gouvernement provisoire une, deux, trois erreurs, et autant d’inconséquences mais en présence de témérités sans motifs, de contresens systématiques, d’un absolutisme que rien ne justifie, d’une réaction avouée, j’ai senti que la considération des hommes ne pouvait m’imposer le respect des actes, et je me suis dit que l’heure de l’opposition était venue.

L’opposition, disait M. Barrot, est le condiment de la liberté.

L’opposition, répondait M. Guizot, est la garantie de la constitution.

L’opposition, ajouterai-je, est le premier de nos droits, le plus saint de nos devoirs.

Quelle spectacle s’offre à nous en ce moment!

La République transformée en une démocratie doctrinaire l’empirisme et l’utopie prenant la place des idées et faisant du Peuple une matière à expériences; de petits hommes, de petites idées, de petits discours; la médiocrité, le préjugé, le doute, bientôt peut-être la colère. La volonté du Peuple, qui devait grandir ses chefs, les amoindrit. On attendait de ces magistrats improvisés, portés sur les ailes de la Révolution, qu’ils ramèneraient la sécurité ils sèment l’épouvante; qu’ils feraient la lumière: ils créent le chaos; qu’ils sauraient préciser la question, dire ce que le Peuple veut et ce qu’il ne veut pas ils n’affirment rien, ils laissent tout croire, ils font tout craindre. Il fallait, en mème temps, rassurer la propriété et donner des garanties au prolétariat par la conciliation de leur antagonisme ils les mettent aux prises, ils soufflent la guerre sociale. On comptait sur des actes, ils produisent l’inertie. Comme pour témoigner de la défaillance de leurs cœurs, ils mettent à l’ordre du jour la grandeur d’âme. Sans foi dans l’avenir, ils déclarent le serment aboli, de peur que la République, trop tôt abîmée, ne devienne l’occasion de nouveaux parjures. On leur demandait du travail, ils forment des cadres; du crédit, ils décrètent des assignats; des débouchés, ils s’en réfèrent à l’attitude de la République. Une fois ils nous disent que l’organisation du travail ne se peut faire d’un jour une autre fois que la question est complexe; quinze jours après, ils nous renvoient au bureau de placements! Tout entiers a leurs souvenirs de la Montagne, au lieu de parler en économistes, ils nous répondent en jacobins. Le Peuple s’est retiré de ces hommes ils l’aiment, cependant; ils daignent le lui dire. Mais rien, rien, rien ne décèle en eux l’intelligence de ce Peuple dont ils portent les destinées. Partout dans leurs actes, au lieu de ces pensées universelles, sublimes, qu’enfante le Peuple, vous ne trouverez que chaudes allocutions, chaleureuses paroles, communisme, routine, contradiction, discorde.

La première chose dont s’occupe le Gouvernement provisoire, c’est d’exclure le drapeau rouge. Certes, je n’ai nulle envie do faire du terrorisme, et je me soucie, au fond, du drapeau rouge comme de tous les drapeaux du monde. Mais puisque le Gouvernement provisoire attachait une si grande importance aux emblèmes, il devait, au moins, tâcher de comprendre celui-ci, et le réconcilier avec les honnêtes gens. Cette satisfaction était due aux hommes des barricade*.

La Révolution, on ne peut le nier, a été faite par le drapeau rouge le Gouvernement provisoire a décidé de conserver le drapeau tricolore. Pour expliquer ce désaveu, M. de Lamartine a fait des discours, le National des dissertations. Le rouge, disent-ils, fut autrefois la couleur de la royauté; le rouge est la couleur des Anglais: c’est aussi celle de l’exécrable Bourbon, tyran des Deux-Siciles. Le rouge ne peut être la couleur de la France.

On ne dit point que le rouge est la couleur de la justice, la couleur de la souveraineté. Et puisque tous les hommes aiment le rouge, ne serait-ce point aussi que le rouge est le symbole de la fraternité humaine? Renier le drapeau rouge, la pourpre mais c’est la question sociale que vous éliminez. Toutes les fois que le Peuple, vaincu par la souffrance, a voulu exprimer, en dehors de cette légalité juridique qui l’assassine, ses vœux et ses plaintes, il a marché sous une bannière rouge. Il est vrai que le drapeau rouge n’a pas fait le tour du monde, comme son heureux rival le drapeau tricolore. La justice, a très-bien dit M. de Lamartine, n’est pas allée plus loin que le Champ-de-Mars. Elle est si terrible, la justice, qu’on ne saurait trop la cacher. Pauvre drapeau rouge tout le monde t’abandonne! Eh bien moi, je t’embrasse je te serre contre ma poitrine. Salut à la fraternité!

Gardons, si vous voulez, le drapeau tricolore, symbole de notre nationalité. Mais souvenez-vous que le drapeau rouge est le signe d’une révolution qui sera la dernière. Le drapeau rouge ! c’est l’étendard fédéral ‘du genre humain.

Le second acte du Gouvernement provisoire a été l’abolition de la peine de mort pour délits politiques. S’il l’a cru nécessaire pour rassurer les esprits, peut-être a-t-il eu raison? Mais comme principe, c’est dépourvu de sens : car voyez l’inconséquence.

Le 24, le 25 février, et les jours suivants, des patrouilles d’ouvriers, spontanément organisées pour la police de la capitale, ont fusillé, sans aucune forme de procès, les individus qu’elles surprenaient en délit de vol. Et cela a eu lieu aux applaudissements universels, aux applaudissements des propriétaires aussi bien que des prolétaires. Or, dites-moi, d’où partait cette approbation unanime? N’est-ce point que le vol, en de telles circonstances, est autre chose encore que le vol; que c’est un attentat à la sûreté de l’État, un crime politique? Donc, il est des crimes politiques que le Peuple juge dignes de mort et qu’il punit de la peine capitale, à l’instant même où ses représentants inscrivent dans la loi l’abolition de cette peine. Et c’est ainsi que les hommes de la terreur, de néfaste mémoire, justifiaient leurs exécutions la faute la plus légère devenait à leurs yeux une trahison envers la Patrie. A Dieu ne plaise que nous revoyions ces odieuses journées! Mais n’est-il pas clair que le Gouvernement, au lieu d’abolir, chose qui n’est pas en son pouvoir, ferait mieux de définir et que c’est dans une détermination nouvelle du droit pénal qu’il faut chercher la sécurité des citoyens ?

Abolissez, pour toute espèce de crime, la peine de mort et demain, l’homme dont le père aura été assassiné, la fille violée, la réputation ou la fortune ruinée, se fera justice de sa propre main. Et comment réprimerez-vous la vengeance privée, quand la peine de mort sera abolie? Il n’y a philanthropie qui tienne crimes sociaux, crimes politiques, crimes contre les personnes et les propriétés, tout est soumis à la loi de compensation c’est bien moins le supplice qu’il faut supprimer, que le délit qu’il s’agit de prévenir.

Après l’interdiction du drapeau rouge et l’abolition de la peine de mort pour les délits politiques, est venu le décret d’accusation des ex-ministres.

Informer passe; mais accuser est absurde, surtout après l’abolition de la peine de mort pour les délits politiques. De plus, c’est injurieux au Peuple.

Comment! le Gouvernement provisoire n’a pas encore compris que les 22, 23 et 24 février sont la fin d’une constitution, et non le renversement d’un ministère Le mardi, M. Guizot pouvait être mis en accusation, mais seulement par les députés de la gauche son crime était alors de jouer l’existence de la monarchie, et de compromettre, par un conflit, les institutions de juillet. Mercredi encore, M. Guizot, quoique démissionnaire, était responsable du sang versé l’opposition triomphante pouvait lui demander compte de son intempestive résistance car l’homme d’État doit céder quelquefois, même aux caprices de l’opinion. La victoire de jeudi absout M. Guizot. Elle a changé pour lui, comme pour tout le monde, le terrain de la légalité Elle l’honore même en un sens, car elle prouve qu’il avait mieux jugé du Peuple que l’Opposition. M. Guizot ne pouvait être accusé qu’en vertu de la Charte la Charte détruite, M. Guizot n’est plus justiciable que de sa conscience et de l’histoire; il a le droit de décliner la compétence de la Révolution.

2. The Provisional Government did not understand the Revolution.

Alas! No sooner has the People begun to make itself heard than the multitude usurps its name, the talkers stifle its voice, and in place of the People, the tyranny of its courtiers is established. Since the Revolution the People have stopped speaking, and we are sailing without a compass, in the wind of all madness, on an ocean without limits.

I skim through the newspapers; I look in the proclamations, at the placards; I listen at night, I listen by day, if that profound speech, which three times in three days, dominating wills and events, has astonished us with its lofty revelations, will no longer strike my ear and illuminate my heart. Never was a more solemn occasion given to initiators. Never was attention more excited, favor better won by those who knew how to make the popular word vibrate. Everything was silent, for a few moments, in front of this invisible majesty that made you shiver to the core, and whose least simulacra we adored.

Where are we today ?

I know that the honorable citizens who make up the Provisional Government have not had time to meditate on their program, and that they have had to pay with words, while waiting for the Revolution to produce its facts on its own. I know the zeal, the probity, the patriotism of these new men, who are as amazed as we are at their role. I recognize the superiority of several: I admit the good will of all. All my wishes are that they remain in power until the day when the National Assembly, by its vote, will have regularized the government. So it is to the inevitability of their situation, much more than to their persons, that my criticism is addressed. I would have forgiven the Provisional Government for one, two, three errors, and as many inconsistencies: but in the presence of rashness without motive, of systematic misinterpretation, of an absolutism that nothing justifies, of an avowed reaction, I felt that the consideration of men could not impose respect for actions on me, and I said to myself that the time for opposition had come.

Opposition, said M. Barrot, is the relish of liberty.

Opposition, answered M. Guizot, is the guarantee of the constitution.

Opposition, I will add, is the first of our rights, the holiest of our duties.

What a sight awaits us at this moment!

The Republic transformed into a doctrinaire democracy; empiricism and utopia taking the place of ideas and making the People a material for experimentation; little men, little ideas, little speeches; mediocrity, prejudice, doubt, soon perhaps anger. The will of the People, which was to increase its leaders, diminishes them. We expected that these improvised magistrates, carried on the wings of the Revolution, would restore security: they sow terror; — that they would shed light: they create chaos; — that they would know how to clarify the question, say what the People want and what they don’t want: they affirm nothing, they allow everything to be believed and they make everyone fear. It was necessary, at the same time, to reassure property and give guarantees to the proletariat by reconciling their antagonism; they bring them to grips, they blow up social war. We counted on actions; they produce inertia. As if to testify to the failure of their hearts, they put greatness of soul on the agenda. Without faith in the future, they declare the oath abolished, for fear that the Republic, damaged too soon, will become the occasion for new perjuries. They were asked for work, they train managers; for credit, they decree the assignats; for outlets, they refer to the attitude of the Republic. Once they tell us that the organization of labor cannot be done overnight; another time that the question is complex; a fortnight later, they send us back to the placement office! Completely devoted to their memories of the Mountain, instead of speaking like economists, they answer us like Jacobins. The People have withdrawn from these men: they love it, however; they deign to say so. But nothing, nothing, nothing reveals in them the intelligence of this People whose destinies they bear. Everywhere in their acts, instead of those universal, sublime thoughts of the People, you only find hot speeches, warm words, communism, routine, contradiction, discord.

The first thing the Provisional Government deals with is to exclude the red flag. Certainly, I have no desire to commit terrorism, and I care, deep down, about the red flag like all the flags in the world. But since the Provisional Government attached such great importance to emblems, it should at least try to understand this one and reconcile it with honest people. This satisfaction was owed to the men at the barricades.

The revolution, it cannot be denied, was made by the red flag: the Provisional Government decided to keep the tricolor flag. To explain this disavowal, M. de Lamartine made speeches, the National dissertations. Red, they say, was once the color of royalty; red is the color of the English; it is also that of the execrable Bourbon, tyrant of the Two Sicilies. Red cannot be the color of France.

We do not say that red is the color of justice, the color of sovereignty. And since all men love red, wouldn’t it also be that red is the symbol of human brotherhood? Denying the red flag, the purple! But it is the social question that you eliminate. All the times that the People, overcome by suffering, wanted to express, outside of this juridical legality that murders it, its wishes and its complaints, it marched under a red banner. It is true that the red flag has not gone around the world, like its happy rival the tricolor flag. Justice, said M. de Lamartine very well, has not gone further than the Champ-de-Mars. It is so terrible, justice, that one cannot hide it too much. Poor red flag! Everyone abandons you! Well! Me, I embrace you; I hug you to my chest. Cheers to fraternity!

Let’s keep, if you want, the tricolor flag, symbol of our nationality. But remember that the red flag is the sign of a revolution which will be the last. The red flag! it is the federal standard of the human race.

The second act of the Provisional Government was the abolition of the death penalty for political offences. If it thought it necessary to reassure people’s minds, maybe it was right? But as a principle, it is devoid of meaning: for see the inconsistency.

On February 24, 25, and the following days, patrols of workers, spontaneously organized for the policing of the capital, shot, without any form of trial, the individuals whom they caught in the act of stealing. And this took place to universal applause, to the applause of the proprietors as well as of the proletarians. Now, tell me, where did this unanimous approval come from? Is it not that theft, in such circumstances,is something other than theft; that it is an attack on state security, a political crime? Therefore, there are political crimes that the People deem worthy of death and that they punish with capital punishment, at the very moment when their representatives enshrine in law the abolition of this punishment. And this is how the men of terror, of bad memory, justified their executions: the slightest fault became in their eyes a betrayal of the Fatherland. God forbid we see those odious days again! But is it not clear that the Government, instead of abolishing, something which is not in its power, would do better to define, and that it is in a new determination of criminal law that we must seek the security of the citizens?

Abolish, for all kinds of crime, the death penalty: and tomorrow, the man whose father has been assassinated, whose daughter has been raped, whose reputation or fortune has been ruined, will take justice with his own hand. And how will you repress private revenge, when the death penalty is abolished? There is no philanthropy that holds: social crimes, political crimes, crimes against persons and property, everything is subject to the law of compensation: it is much less the torture that must be suppressed than the offense that it is a question of preventing.

After the prohibition of the red flag and the abolition of the death penalty for political crimes, came the decree of indictment of ex-ministers.

To inform is acceptable; but to accuse is absurd, especially after the abolition of the death penalty for political crimes. Moreover, it is offensive to the People.

How! The Provisional Government has not yet understood that the 22nd, 23rd and 24th of February are the end of a constitution, and not the overthrow of a ministry! On Tuesday, M. Guizot could be impeached, but only by the deputies of the Left: his crime then was to stake the existence of the monarchy, and to compromise, by a conflict, the institutions of July. On Wednesday again, M. Guizot, although resigned, was responsible for the blood shed: the triumphant opposition could call him to account for his untimely resistance: for the statesman must sometimes yield, even to the whims of public opinion. Thursday’s victory absolves Mr. Guizot. It changed for him, as for everyone else, the terrain of legality. It even honors him in a sense, for it proves that he had better judged of the People than the Opposition. Mr. Guizot could only be accused by virtue of the Charter: the Charter destroyed, M. Guizot is no longer justiciable except by reason of his conscience and of history; he has the right to decline the jurisdiction of the Revolution.

Pauvres politiques! si vous ne l’eussiez décrété, il aurait fait, comme MM. Thiers et Barrot, acte d’adhésion à la République en se ralliant, il se serait puni. Pensez-vous donc châtier par la prison un homme de ce caractère? Forcez-le de dire Je me suis trompé! Prouvez-lui qu’au moment ou il croyait la monarchie plus que jamais nécessaire, la République était la seule chose possible c’est la seule expiation que vous puissiez imposer à cette belle, mais coupable intelligence.

Je sais qu’en décrétant M. Guizot, vous avez voulu donner au Peuple une sorte de satisfaction. Vous ne comprenez du Peuple que la vengeance. Tandis que le Peuple est à la révolution sociale, vous vous croyez tantôt sous la Terreur, et vous abolissez le drapeau rouge et la peine de mort; tantôt sous la Charte, et c’est la Charte que vous restaurez en décrétant l’homme qui mieux que vous sut la défendre. Il est donc écrit, ô Peuple, qu’on ne te comprendra jamais!

Faut-il que je parle de tous ces décrets, tous plus incompréhensibles les uns que les autres, et dans lesquels éclate a chaque ligne l’inintelligence de la Révolution?

Décret qui délie les fonctionnaires de leur serment.

C’est exactement comme si à Louis-Philippe succédait Henri V ou le prince Napoléon. Quoi il ne suffisait pas, à votre avis, pour la conscience des fonctionnaires, d’une révolution qui abolissait la monarchie constitutionnelle, qui non-seulement évinçait la dynastie, qui changeait le principe Il fallait aux fonctionnaires l’absolution de M. Crémieux! C’est pour cela que le Gouvernement provisoire a cumulé le spirituel et le temporel, s’attribuant, comme saint Pierre, le pouvoir de lier et de délier! Plaisants casuistes, qui ne savez le premier mot du catéchisme politique Si Louis-Philippe, si sa race vit encore, la royauté, sachez-le bien, est morte. Or, la royauté morte, vive la République Cela ne souffre pas plus de difficulté que de passer de Louis XVIII à Charles X.

Décret qui garantit l’organisation du travail.

Remarquez cela. Ce n’est pas la République qui donne garantie, c’est le Gouvernement provisoire. Le Gouvernement provisoire tenait à ce qu’on sût que l’idée venait de plus haut que la République. Mais, à force de penser à l’idée, le rédacteur a oublié l’expression qu’est-ce, je vous prie, que la garantie d’un provisoire7

Et si le Gouvernement définitif n’organise pas? S’il trouve que ce n’est pas à lui d’organiser? S’il juge que ce mot d ‘organisation du travail ne traduit pas la pensée de la Révolution, qu’il est vide de sens? Si son premier acte est de décréter la liquidation des ateliers prétendus nationaux ? Si les plans de la commission sont reconnus impossibles ?. Où est-ce que la République, après avoir fait les avances, prendra son indemnité? que sera pour elle la garantie du Gouvernement provisoire, quand elle aura englouti 50 millions?

Vraiment, citoyens du Gouvernement provisoire, vous avez bien fait, pour l’honneur de la République, de n’engager que votre garantie personnelle mais pour nos finances?.

Décret qui ordonne la création d’ateliers nationaux.

Nous ne pouvions y échapper. « J’ai quatre petits enfants qui me demandent du pain, s’écrie la femme de Sganarellc. Donne-leur le fouet, répond l’ivrogne, »

Nos organisateurs font comme Sganarelle. Il y a dans Paris 36,000 tailleurs sans ouvrage. Lé Gouvernement provisoire leur offre des ciseaux, des aiguilles, des salles de couture, des presses pour le décatissage. Mais du travail

La moitié des imprimeurs chôme. On créera aux 90 imprimeries de la capitale un supplément de matériel de 3 millions. Mais du travail?

Les chantiers de construction sont fermés. Vite on en établira d’autres à côté, pour leur faire concurrence. Mais du travail?

La librairie, ancienne et moderne, classique, politique, religieuse, médicale, regorge de livres qui ne se vendent pas. Il faut organiser la librairie. Le Gouvernement provisoire délivrera cinquante nouveaux brevets. Mais des acheteurs?

La passementerie, l’orfévrerie, la chapellerie, tous les corps d’état sont à bas. Venez tous, travailleurs; quittez vos patrons; associez-vous, organisez-vous, le Gouvernement provisoire vous délivrera des patentes, vous fournira des directeurs. des contrôleurs, des inspecteurs, des comptables, des gérants, des commis; il en a de reste. Mais des capitaux? mais des demandes? mais des débouchés?

La moitié des maisons sont délabrées le quart des appartements vides. Il faut augmenter la valeur de cette partie de la propriété foncière. — Le-Gouvernement provisoire propose des plans pour la construction de casernes, d’hospices, de palais nationaux, afin de loger les ouvriers!

Les terres en exploitation sont mal cultivées; l’agriculture manque de capitaux et de bras. Le Gouvernement pense aux dunes, aux friches, aux bruyères, aux landes, a toutes les terres incultes et stériles

Que les badauds trouvent cela superbe que les charlatants exploitent cet autre Misissipi; que le trésor public, que le temps des travailleurs soient gaspillés je ne m’y oppose pas. Mais qu’en dit le Peuple?

Décret qui réduit les heures de travail, abolit les tâches et le marchandage.

Les ouvriers pensent à leurs intérêts, ils ont raison. Dans cette République corrompue dès le berceau comme une monarchie au cercueil, bavarde comme un roi constitutionnel, où l’on se dispute les places, les missions, commissions, délégations et tout ce qui rend de l’argent, les ouvriers ne pouvaient moins faire que de demander une diminution des heures de travail, soit une augmentation de salaire. Ils seraient bien dupes On leur a prouvé qu’ils travaillaient beaucoup et qu’ils gagnaient peu ce qui est vrai. Ils en ont conclu que ce serait justice, s’ils se faisaient payer davantage, et travaillaient moins. Dans l’économie politique du Gouvernement provisoire, c’est irréprochable de raisonnement mais je ne reconnais point là, je l’avoue, la logique de mon Peuple.

Informé que des maîtres font difficulté d’obéir à ses ordres, le Gouvernement provisoire rend de nouveaux décrets, expédie des circulaires, débite des harangues, portant en substance Que la production pourra souffrir de la réduction des heures de travail, mais que la volonté du Gouvernement doit être exécutée, et qu’elle le sera, advienne que pourra! Que les préfets aient à y tenir la main; qu’il y va de l’égalité et de lo, fraternité.

Vous voila donc, dictateurs de trois coudées, socialistes du drapeau tricolore, acculés, en quinze jours, au bon plaisir, à l’intimidation, à la violence! C’est ainsi que vous entendez le problème social! Et de trois mille patriotes qui vous écoutent, il n’y en a pas un qui vous siffle! Ce peuple bénin, si profondément monarchisé, crie bravo! à la tyrannie. Vous allez donc aussi décréter le taux des salaires! Puis, vous forcerez la vente; puis, vous requerrez le paiement, vous fixerez la valeur! Vraiment, si vous ne me donniez envie de rire, j’irais sur la place de l’Hôtel-deVille, et là je crierais de toute nia force Citoyens aux armes! vingt cartouches pour le Gouvernement provisoire

Conçoit-on ces romanciers de la terreur, qui, en 1848, prennent les entrepreneurs d’industrie pour des seigneurs féodaux, les ouvriers pour des serfs, le travail pour une corvée? qui s’imaginent, après tant d’étude» sur la matière, que le prolétariat moderne résulte de l’oppression d’une caste? qui ignorent, ou font semblant d’ignorer, que ce qui a établi les heures de travail, détermine le salaire, divisé les fonctions, développé la concurrence, constitué le capital en monopole, asservi le corps et l’âme du travailleur, c’est un système de causes fatales, indépendantes de la volonté des maîtres comme de celle des compagnons?. Parle donc, Peuple! parle, parle!

Décret qui fait des Tuileries les Invalides du Peuple.

Les Invalides du Peuple ! la liste civile de la misère! Accordez cela, citoyen lecteur, avec l’égalité et la fraternité Mais je crois les entendre, ces bons messieurs du Gouvernement provisoire ce n’est pas d’égalité et de fraternité qu’ils se soucient, c’est d’avoir, a leur dévotion, une armée de prétoriens. C’est pour cela qu’ils excitent les passions cupides de l’ouvrier, qu’ils font de l’intimidation à la bourgeoisie en soulevant les masses contre elle. ADVIENNE QUE POURRA! Le travail, insurgé contre le capital, prêtera main forte à la dictature. Gare alors a qui rira, gare à qui se plaindra, gare à qui travaillera!

Circulaire du ministre de l’instruction publique aux recteurs sur l’instruction primaire.

Elle dit, en somme, que pour tout individu l’instruction primaire suffit; mais qu’il faut à la République une élite d’hommes, et que cette ÉLITE, il faut la choisir dans tout le Peuple.

Est-il clair que le Gouvernement provisoire ne croit mot ni de l’égalité ni de la fraternité? Nous pensions jusqu’ici, bonnes gens que nous sommes, que cette classe du Peuple, plus ou moins réelle, qu’on nomme bourgeoisie. était quelque chose comme l’élite du Peuple, et que c’était afin que tout le monde fît partie de l’élite, que nous avions fait la révolution. La circulaire du ministre renverse toutes nos idées. Il est vrai que la question est comme celle de l’organisation du travail, passablement complexe il s’agit de savoir comment, sans faire tort aux supériorités naturelles, les citoyens pourront être égaux. Le Gouvernement provisoire sabre la difficulté capacités, incapacités, sujets médiocres, sujets d’élite, qu’importe cela? Ne sommes-nous pas tous Français, tous citoyens, tous frères? Faisons un bon choix d’aristocrates, et vive la République!

J’en appelle aux assises du Peuple.

Gardons-nous toutefois de calomnier. Le Gouvernement provisoire n’a-t-il pas décrété que l’intérêt des sommes déposées aux caisses d’épargne serait porté à 5 pour 100. « attendu que l’intérêt des bons du Trésor est aussi de 5 pour 100, que les fruits du travail doivent s’accroître déplus en plus, et que de toutes les- propriétés, la plus inviolable et la plus sacrée c’est l’épargne du pauvre? » Quel plus touchant témoignage de ses sentiments d’égalité pouvait donner le Gouvernement provisoire?

Sans doute, si les porteurs de bons du Trésor devaient seuls parfaire l’intérêt des caisses d’épargne. Mais si c’est le prolétaire, toujours le prolétaire, n’ayant ni bons du Trésor, ni livret d’épargne, qui doit payer l’un et l’autre intérêt, n’est-il pas clair qu’en mettant l’égalité entre les créanciers de la dette flottante, on a rendu l’inégalité entre les créanciers de l’Etat et les débiteurs de l’Etat, plus grande qu’auparavant?

L’épargne du pauvre l’accroissement des fruits du travail! Quel bavardage hypocrite C’est à dire que vous donnez plus à celui qui possède plus, et qu’à celui qui possède moins, vous enlevez le peu qu’il a. C’est de l’économie d’après l’Évangile. Mais ce que pense le Peuple, est-ce mot d’Evangile? $

Le Gouvernement provisoire n’est pas moins fort sur l’équité que sur l’égalité.

La réduction de la journée de travail à dix heures, disent les maîtres, nous cause préjudice, et nous ne pouvons payer le même salaire qu’auparavant. La diminution du salaire, répliquent les ouvriers, nous ôte la substance : notre sort serait pire qu’avant la Révolution!

Les termes sont nettement posés; la contradiction est flagrante. Comment le Gouvernement provisoire va-t-il s’y prendre pour la résoudre?

Les salaires, dit-il, seront réglés de telle sorte que, la journée de travail restant fixée à dix heures au lieu de onze, les maîtres ne paient qu’une demi-heure de plus, et les ouvriers ne reçoivent qu’une demi-heure de moins!

Ce qui veut dire que la perte d’une heure de travail, qui d’abord était toute à la charge des maîtres, serait répartie, par égale part, entre les maîtres et les ouvriers.

Le Gouvernement provisoire prend un juste milieu pour une synthèse philosophique 1 Mais le Peuple, qui doit travailler toujours davantage, produire davantage, profiter davantage; le Peuple dira-t-il qu’il gagne, lorsque tout le monde perd?.

Décret qui ordonne l’établissement de comptoirs nationaux pour le petit commerce.

Le Gouvernement provisoire fait pour la banque comme pour le travail. L’argent manque, il fait des caisses pour le recevoir, des bureaux pour le compter. C’est ce qu’il appelle organiser le crédit!

Décret qui ordonne le remboursement des sommes versées à la caisse d’épargne, au-dessus de 100 fr. en rentes 5 pour 100 au pair.

Décret qui autorise le ministre à vendre les diamants de la couronne, les biens de la liste civile et les bois de l’Etat.

Proclamation qui demande le paiement d’avance des contributions de l’année.

Décret qui ouvre un emprunt patriotique de 100 millions.

Décret qui augmente la cote foncière de 45 centimes.

Décret qui proroge le remboursement des bons du Trésor et des dépôts de la caisse d’épargne.

Décret qui donne cuurs forcé aux billets de banque.

Etc., etc., etc., etc.

Poor politicians! if you had not decreed it, he would have made, like MM. Thiers and Barrot, an act of adhesion to the Republic; by rallying, he would have punished himself. Do you think then of punishing by prison a man of this character? Force him to say: I was wrong! Prove to him that when he believed the monarchy more necessary than ever, the Republic was the only thing possible: it is the only expiation you can impose on this beautiful, but guilty intelligence.

I know that by decreeing M.  Guizot, you wanted to give the people a sort of satisfaction. You understand of the People only revenge. While the People is engaged in social revolution, you believe yourself sometimes under the Terror, and you abolish the red flag and the death penalty; sometimes under the Charter, and it is the Charter that you restore by decreeing the man who knew how to defend it better than you. It is therefore written, O People, that you will never be understood!

Must I speak of all these decrees, each more incomprehensible than the other, and in which the incomprehensibility of the Revolution bursts forth at every line?

Decree releasing officials from their oath.

It is exactly as if Louis-Philippe were succeeded by Henri  V or Prince Napoleon. What! It was not enough, in your opinion, for the conscience of the functionaries, of a revolution which abolished the constitutional monarchy, which not only ousted the dynasty, which changed the principle! The civil servants needed M.  Crémieux ‘s absolution! This is why the Provisional Government combined the spiritual and the temporal, attributing to itself, like Saint Peter, the power to bind and to loose! Casuistic jokers, who do not know the first word of the political catechism! If Louis-Philippe, if his race still lives, royalty, know it well, is dead. Now, royalty dead, long live the Republic! This suffers no more difficulty than going from Louis  XVIII TO Charles  X.

Decree that guarantees the organization of labor.

Notice this. It is not the Republic that gives the guarantee, it is the Provisional Government. The Provisional Government insisted that it should be known that the idea came from higher than the Republic. But, by dint of thinking about the idea, the writer forgot the expression: what, pray tell, is the guarantee of a provisional?

And if the definitive Government does not organize? If he finds that it is not up to him to organize? If he judges that this word organization of labor does not translate the thought of the Revolution, that it is meaningless? If its first act is to decree the liquidation of the so-called national workshops? If the plans of the commission are recognized as impossible?… Where will the Republic, after having made the advances, take its indemnity? What will the guarantee of the Provisional Government be for it, when it has swallowed up 50 millions?

Truly, citizens of the Provisional Government, you have done well, for the honor of the Republic, to engage only your personal guarantee; but for our finances?…

Decree ordering the creation of national workshops.

We couldn’t escape it. “I have four small children who ask me for bread,” exclaims Sganarelle’s wife. “Give them the whip,” replies the drunkard.”

Our organizers do like Sganarelle. There are 36,000 tailors without work in Paris. The Provisional Government offers them scissors, needles, sewing rooms, decatizing presses… — But work?

Half of the printers are unemployed. We will create at the 90 printing works of the capital an additional material of 3 million. — But work?

Construction sites are closed. Quickly, others will be established alongside, to compete with them. — But work?

The bookstore, ancient and modern, classic, political, religious, medical, is full of books that do not sell. It is necessary to organize the library. The Provisional Government will issue fifty new patents. — But buyers?

Trimmings, silverware, hats, all trades are down. Come all, workers; quit your bosses; join forces, organize yourselves: the Provisional Government will issue you patents, provide you with directors, controllers, inspectors, accountants, managers, clerks; there are some left over. — But capital? But demand? But outlets?

Half the houses are dilapidated; a quarter of the apartments empty. We must increase the value of this part of the landed property. — The Provisional Government proposes plans for the construction of barracks, hospices, national palaces, in order to house the workers!

The land under cultivation is badly cultivated; agriculture lacks capital and hands. — The Government is thinking of the dunes, the wastelands, the heaths, the moors, all the uncultivated and sterile lands!

That onlookers find it superb; that charlatans exploit this other Mississippi; that the public treasury, that the time of the workers are wasted: I do not oppose it. But what do the people say?

Decree that reduces working hours, abolishes tasks and haggling.

The workers think of their interests, and they are right. In this Republic corrupted from the cradle like a monarchy in the coffin, talkative like a constitutional king, where one disputes the places, the missions, the commissions, the delegations and all that makes money, the workers could not do less than ask for a reduction in working hours or a salary increase. They would be fooled! It has been proven to them that they work hard and earn little: which is true. They concluded that it would be fair if they were paid more, and worked less. In the political economy of the Provisional Government, this reasoning is irreproachable: but I do not recognize in this, I confess, the logic of my People.

Informed that masters are making it difficult to obey its orders, the Provisional Government issues new decrees, dispatches circulars, issues harangues, bearing in substance: That production may suffer from the reduction in working hours, but that the will of the Government must be executed, and that it will be, come what may! That the prefects have to hold their hand there; that it is about equality and fraternity.

So here you are, dictators by three cubits, socialists of the tricolor flag, cornered, in a fortnight, at pleasure, intimidation, violence! This is how you understand the social problem! And of the three thousand patriots who listen to you, there is not one who hisses at you! This benign people, so profoundly monarchized, cries bravo! to tyranny. So you will also decree the rate of wages! Then, you will force the sale; then, you will demand payment, you will fix the value! Really, if you didn’t make me want to laugh, I would go to the Place de l’Hôtel-de-Ville, and there I would shout with all my might: Citizens! to arms! Twenty cartridges for the Provisional Government!

Can you imagine those novelists of terror who, in 1848, take industrial entrepreneurs for feudal lords, workers for serfs, work for corvée? who imagine, after so many studies on the subject, that the modern proletariat results from the oppression of a caste? who are unaware, or pretend to be unaware, that what has established working hours, determined wages, divided functions, developed competition, constituted capital as a monopoly, enslaved the body and soul of the worker, is is a system of fatal causes, as independent of the will of the masters as of that of the compagnons?… Speak then, People! Speak, speak!

Decree making the Tuileries the Invalides du Peuple.

The Invalids of the People! The civil list of misery! Grant this, citizen reader, with equality and fraternity! But I believe I hear them, these good gentlemen of the Provisional Government: it is not equality and fraternity that they care about, it is to have, at their devotion, an army of praetorians. This is why they arouse the greedy passions of the worker, why they intimidate the bourgeoisie by stirring up the masses against it. **Come what may ! Labour, in rebellion against capital, will lend a hand to the dictatorship. Beware, then, of those who laugh, beware of those who complain, beware of those who work!

Circular from the Minister of Public Instruction to rectors on primary education.

It says, in short, that for every individual primary education is sufficient; but that the Republic requires an elite of men, and that this **elite must be chosen from among the whole people.

Is it clear that the Provisional Government does not believe a word of either equality or fraternity? We thought up to now, good people that we are, that this class of the People, more or less real, which is called the bourgeoisie, was something like the elite of the People, and that it was so that everyone was a part of the elite, that we had made the revolution. The minister’s circular overthrows all our ideas. It is true that the question is, like that of the organization of labor, fairly complex: it is a question of knowing how, without harming natural superiorities, citizens can be equal. The Provisional Government slashed the difficulty; capacities, incapacities, mediocre subjects, elite subjects, what does it matter? Are we not all French, all citizens, all brothers? Let’s make a good choice of aristocrats, and long live the Republic!

I appeal to the Assizes of the People.

Let us beware, however, of slandering. Hasn’t the Provisional Government decreed that interest on sums deposited in savings banks should be increased to 5 per cent. 100, “Whereas the interest of the Treasury bonds is also 5 per cent. 100, that the fruits of labor must increase more and more, and that of all property, the most inviolable and the most sacred is the savings of the poor?” What more touching testimony of its sentiments of equality could the Provisional Government give?

Doubtless, if the holders of Treasury bonds were alone to perfect the interest of the savings banks. But if it is the proletarian, always the proletarian, having neither Treasury bonds nor savings accounts, who must pay both interests, is it not clear that by putting the equality between the creditors of the floating debt, the inequality between the creditors of the State and the debtors of the State has been made greater than before?

The savings of the poor! Increase in the fruits of labor! What hypocritical chatter! That is to say that you give more to the one who has more, and from the one who has less, you take away the little he has. It is economy according to the Gospel. But what the People think, is it the word of the Gospel?

The Provisional Government is no less strong on equity than on equality.

The reduction of the working day to ten hours, say the masters, causes us harm, and we cannot pay the same wages as before. — The reduction in wages, retort the workers, takes away our subsistence: our lot would be worse than before the Revolution!

The terms are clearly stated; the contradiction is flagrant. How will the Provisional Government go about resolving it?

Wages, it says, will be regulated so that, the working day remaining fixed at ten hours instead of eleven, the masters only pay half an hour more, and the workmen receive only half an hour less!

This means that the loss of an hour’s work, which at first was entirely the responsibility of the masters, will be divided equally between the masters and the workers.

The Provisional Government takes a happy medium for a philosophical synthesis! But the People, who must always work more, produce more, profit more; will the People say that they win when everyone loses?…

Decree ordering the establishment of national trading posts for small businesses.

The Provisional Government does for the bank as well as for labor. Money is lacking, it makes boxes to receive it, offices to count it. That’s what it calls organizing credit!

Decree ordering the reimbursement of sums paid to the savings bank, above 100 fr. in annuities 5 p. 100 at par.

Decree authorizing the Minister to sell Crown Diamonds, Civil List Property and State Woods.

Proclamation requesting advance payment of contributions for the year.

Decree opening a patriotic loan of 100 millions.

Decree increasing the land value by 45 centimes.

Decree extending the reimbursement of Treasury bonds and savings bank deposits.

Decree giving compulsory circulation to banknotes.

etc., etc., etc., etc.

Ah grands politiques, vous montrez le poing au capital, et vous voilà prosternés devant la pièce de cent sous Vous voulez exterminer les Juifs, les rois de l époque, et vous adorez (en jurant, c’est vrai) le veau d’or Vous dites, ou vous laissez dire, que l’Etat va s’emparer des chemins de fer, des canaux, de la batellerie, du roulage, des mines, des sels qu’on établira des impôts sur les riches, impôt somptuaire, impôt progressif, impôt sur les domestiques, les chevaux, les voitures; qu’on réduira les emplois, les traitements, les rentes, la propriété. Vous provoquez la dépréciation de toutes les valeurs financières, industrielles, immobilières; vous tarissez la source de tous les revenus; vous glacez le sang dans les veines au commerce, à l’industrie, et puis vous conjurez le numéraire de circuler vous suppliez les riches épouvantés de ne pas le retenir! Croyez-moi, citoyens dictateurs, si c’est là toute votre science, hâtez-vous de vous réconcilier avec les Juifs; renoncez à ces démonstrations de terrorisme qui font courir les capitaux après la révolution comme les chiens après les sergents de ville. Rentrez dans ce statu quo conservateur, au delà duquel vous n’apercevez rien et dont vous n’auriez dû jamais vous écarter. Car, dans la situation équivoque où vous êtes, vous ne pouvez vous défendre de toucher a la propriété; et si vous portez la main sur la propriété, vous êtes perdus. Vous avez deja un pied dans la banqueroute

Excusez ma véhémence l’erreur dans le pouvoir m’indigne presque à l’égal de la vénalité. — Non, vous ne comprenez rien aux choses de la révolution. Vous ne connaissez ni son principe, ni sa logique, ni sa justice vous ne parlez pas sa langue. Ce que vous prenez pour la voix du Peuple n’est que le mugissement de la multitude, ignorante comme vous des pensée>% du Peuple. Refoulez ces clameurs qui vous envahissent. Respect aux personnes, tolérance pour les opinions; mais dédain pour les sectes qui rampent à vos pieds, et qui ne vous conseillent qu’afin de voua mieux compromettre. Les sectes sont les vipères de la révolution Le Peuple n’est d’aucune secte. Abstenez-vous, le plus que vous pourrez, de réquisitions, de confiscations, surtout de législation; et soyez sobres de destitutions. Conservez intact le dépôt de la République, et laissez la lumière se faire toute seule. Vous aurez bien mérité de la Patrie.

Vous, citoyen Dupont, vous êtes la probité au pouvoir Restez a votre poste, restez-y jusqu’à la mort; vous serez trop tôt remplacé.

Vous, citoyen Lamartine, vous êtes la poésie unie à la politique Restez encore, bien que vous ne soyez pas diplomate. Nous aimons ce style grandiose, et le Peuple vous soufflera.

Vous, citoyen Arago, vous êtes la science dans le Gouvernement. Gardez le portefeuille assez d’imbéciles vous succéderont.

Vous, citoyen Garnier-Pagès, vous avez vendu, vous avez aliéné, vous avez emprunté, et vous jouez du reste. Vous direz à l’Assemblée nationale que l’État ne possède plus rien, que son crédit n’a plus d’hypothèque que le patriotisme, que c’est fini. Vous prouverez par votre bilan que le Gouvernement n’est possible détonnais que par une rénovation de la société, et que telle est l’alternative pour le pays: Ou la fraternité, ou la mort!

Vous, citoyens Albert et Louis Blanc, vous êtes un hiéroglyphe qui attend un Champollion. Restez donc comme figure hiéroglyphique, jusqu’à ce que vous soyez devinés.

Vous, citoyens Flocon et Ledru-Rollin, nous rendons justice à l’esprit qui vous pousse. Vous êtes, malgré votre vieux style, la pierre d’attente de la révolution. Restez donc pour l’intention, mais ne soyez pas si terribles dans la forme. On vous prendait pour la queue de Robespierre.

Vous, citoyens Crémieux, Marie, Bethmont, Carnot, Marrast, vous symbolisez, sous des formes diverses, la nationalité, le patriotisme, l’idéal républicain. Mais vous ne sortez pas du négatif; vous n’êtes connus que comme démocrates vos idées sont depuis cinquante ans prescrites. Restez cependant à défaut des réalités, nous avons besoin des symboles.

Et vous, les ex-dynastiques, bourgeois peureux comme chouettes, ne regrettez pas cette révolution qui était depuis longtemps accomplie dans vos idées, et que vos querelles parlementaires ont fait peut-être prématurément éclore. L’enfant né avant .terme ne peut rentrer dans le sein de sa mère il s’agit d’élever la révolution, non de l’envoyer aux gémonies. Ecoutez ce que je m’en vais vous dire, et regardez-le comme la profession de foi du prolétariat. Je vous parlerai avec franchise.

La révolution de 1848 est la liquidation de l’ancienne société, le point de départ d’une société nouvelle.

Cette liquidation est incompatible avec le rétablissement de la monarchie.

Elle ne se fera pas en un jour elle durera vingt-cinq ans, cinquante ans, un siècle peut-être.

Nous pourrions la faire sans vous, contre vous: nous aimerions mieux qu’elle fût faite par vous. Vous en êtes, pour ainsi dire, par droit d’aînesse, par la supériorité de vos moyens, par votre habileté pratique, les syndics naturels. C’est à vous, par excellence, qu’il appartient d’organiser le travail. Nous ne voulons la réforme au préjudice de personne; nous la voulons dans l’intérêt de tout la monde.

Ce que nous demandons est une certaine solidarité, non pas seulement abstraite, mais officielle, de tous les producteurs entre eux, de tous les consommateurs entre eux, et des producteurs avec les consommateurs. C’est la conversion en droit public, non des rêveries d’une commission, mais des lois absolues de la science économique Vous êtes divisés, nous voulons vous réunir, et faire avec vous partie de la coalition. Nous attachons à ce pacte, dont tous nos efforts, toute notre intelligence doivent tendre à déterminer les clauses, la garantie de notre bienêtre, le gage de notre perfectionnement moral et intellectuel.

Que pouvez-vous craindre?

La perte de vos propriétés? Entendez bien ceci. Il est indubitable que les articles de la nouvelle charte modifieront votre droit, et qu’une portion de cette nu-propriété, qui vous est si chère, d’individuelle qu’elle est deviendra réciproque. Vous pouvez être expropriés; mais dépossédés jamais, pas plus que le Peuple français ne peut être dépossédé de la France. Et cette nu-propriété, cause unique, selon nous, de vos embarras et de nos misères, ne vous sera pas ravie sans indemnité autrement ce serait confiscation, violence et vol; ce serait propriété, non réforme.

Craignez-vous que les communistes ne. vous prennent vos enfants et vos femmes? Comme s’ils n’avaient pas assez des leurs! La communauté n’étant par essence rien de défini, est tout ce que l’on voudra. Le meilleur moyen que découvrira la philosophie de créer la liberté, l’égalité, la fraternité, sera pour les communistes la communauté. S’effrayer de la communauté, c’est avoir peur de rien.

Est-ce le retour du vieux jacobinisme uni au vieux babouvisme qui vous épouvante?

Nous n’aimons pas plus que vous ces doctrines de la démocratie, pour qui l’organisation du travail n’est qu’une fantaisie destinée à calmer l’effervescence populaire; ces Cagliostro de la science sociale faisant de la fraternité une honteuse superstition. Et si nos manifestations semblent les défendre, c’est qu’ils représentent momentanément pour nous le principe qui a vaincu en février.

Conservateurs, deux politiques, deux routes différentes s’offrent en ce moment à vous.

Ou bien vous vous entendrez directement avec le prolétariat, sans préoccupation de forme gouvernementale, sans constitution préalable du pouvoir législatif, non plus que de l’exécutif. En fait de politique et de religion, le prolétariat est comme vous, sceptique L’Etat, à nos yeux, c’est le sergent de ville, le valet de police du travail et du capital. Qu’on l’organise comme on voudra, pourvu qu’au lieu de commander, ce soit lui qui obéisse.

Dans ce premier cas, la transaction sera tout amiable, et ses articles seront la constitution de la France, la Charte de 1848.

Ou bien vous vous rallierez à la démocratie doctrinaire, à cet équivalent du pouvoir royal, nouveau système de bascule entre la bourgeoisie et le prolétariat, qui ne répugne point a une restauration monarchique, et pour qui la majorité des humains est fatalement condamnée a la peine et à la misère.

Dans ce cas, je vous le dis avec douleur, rien de fait et comme avec Louis-Philippe, ce sera bientôt à recommencer. Vous vous croirez habiles, et vous n’aurez toujours été qu’aveugles. Ce seront encore des 10 août, des 21 janvier, des 2 juin, des 9 thermidor, des journée* de prairial et de vendémiaire, des 29 juillet, des 24 février.

Vous reverrez des scènes à la Boissy-d’Anglas il vous faudra recommencer taus les jours les massacres de Saint-Roch et de Transnonain ce qui ne vous empêchera pas de a tomber à la fin misérablement sous les balles du Peuple.

Citoyens, nous vous attendons avec confiance soixante siècles de misère nous ont appris ̃& attendre. Nous pouvons, pendant trois mois, vivre avec trois sous de pain par jour et par tête c’est à vous de voir si vos capitaux peuvent jeûner aussi longtemps que nos estomacs.

Ah! great politicians, you shake your fist at capital, and there you are, prostrate before the hundred-sou piece! You want to exterminate the Jews, the kings of the era, and you worship (by swearing, it is true) the golden calf! You say, or let it be said, that the State is going to seize the railways, the canals, the inland waterways, the haulage, the mines, the salt; that taxes will be imposed on the rich, a sumptuary tax, progressive tax, tax on servants, horses, carriages; that employments, salaries, rents, property will be reduced. You provoke the depreciation of all financial, industrial and real estate values; you dry up the source of all income; you freeze the blood in the veins of commerce, of industry, and then you beseech cash to circulate! You beg the frightened rich not to keep it! Believe me, citizen dictators, if that is all your science, hasten to reconcile yourselves with the Jews; renounce these demonstrations of terrorism that make capital run after the revolution like dogs after the village policeman. Return to this conservative status quo, beyond which you see nothing and from which you should never have departed. For, in the equivocal situation in which you find yourself, you cannot prevent yourself from touching property; and if you lay your hands on property, you are lost. You already have one foot in bankruptcy.

Excuse my vehemence: error in power makes me indignant almost as much as venality. — No, you don’t understand anything about the revolution. You know neither its principle, nor its logic, nor its justice; you don’t speak its language. What you take for the voice of the People is only the bellowing of the multitude, ignorant like you of the thoughts of the People. Repress these clamors that invade you. Respect for persons, tolerance for opinions; but disdain for the sects that creep at your feet, and which advise you only in order to compromise you better. The sects are the vipers of revolution. The People belong to no sect. Abstain, as much as you can, from requisitions, confiscations, especially from legislation; and be sober from depositions. Keep intact the repository of the Republic, and let the light make itself on its own. You will have deserved well of the Fatherland.

You, citizen Dupont, you are the probity in power. Stay at your post; remain there until death; you will be replaced too soon.

You, Citizen Lamartine, you are poetry united with politics. Stay still, although you are not a diplomat. We love this grand style, and the People will prompt you.

You, citizen Arago, you are the science in the Government. Keep the portfolio: enough fools will come after you.

You, citizen Garnier-Pagès, you have sold, you have alienated, you have borrowed, and you gamble with the rest. You will tell the National Assembly that the State no longer owns anything, that its credit no longer has any other mortgage than patriotism, that it’s over. You will prove by your balance sheet that Government is only possible henceforth by a renovation of society, and that such is the alternative for the country: Either fraternity, or death!

You, citizens Albert and Louis Blanc, you are a hieroglyph awaiting a Champollion. So stay as a hieroglyphic figure, until you are worked out.

You, Flocon and Ledru-Rollin citizens, we do justice to the spirit that drives you. You are, despite your old style, the corner stone of the revolution. So stick to the intention, but don’t be so terrible in the form. We would take you for the tail of Robespierre.

You, citizens Crémieux, Marie, Bethmont, Carnot, Marrast, you symbolize, in various forms, nationality, patriotism, the republican ideal. But you don’t come out of the negative; you are known only as democrats; your ideas have been prescribed for 50 years. Stay however: failing realities, we need symbols.

And you, the ex-dynastics, bourgeois fearful as owls, do not regret this revolution that was long since accomplished in your ideas, which your parliamentary quarrels have perhaps brought about prematurely. A child born prematurely cannot return to its mother’s womb: it is a question of raising the revolution, not of sending it to the pillory. Listen to what I am about to tell you, and regard it as the profession of faith of the proletariat. I will speak to you frankly.

The revolution of 1848 is the liquidation of the old society, the starting point of a new society.

This liquidation is incompatible with the restoration of the monarchy.

It will not happen in a day: it will last twenty-five years, fifty years, perhaps a century.

We could do it without you, against you: we would rather it were done by you. You are, so to speak, by birthright, by the superiority of your means, by your practical skill, the natural trustees. It is up to you, par excellence, to organize labor. We do not want reform to the detriment of anyone; we want it in everyone’s interest.

What we are asking for is a certain solidarity, not only abstract, but **official, of all the producers among themselves, of all the consumers among themselves, and of the producers with the consumers. It is the conversion into public law, not of the reveries of a commission, but of the absolute laws of economic science. You are divided; we want to bring you together and to be part of the coalition with you. We attach to this pact, of which all our efforts, all our intelligence must tend to determine the clauses, the guarantee of our well-being, the pledge of our moral and intellectual improvement.

What can you fear?

The loss of your properties? Hear this well. There is no doubt that the articles of the new charter will modify your right, and that a portion of that **naked property, which is so dear to you, from being individual as it is, will become reciprocal. You can be expropriated, but never dispossessed, any more than the French people can be dispossessed of France. And that naked property, sole cause, in our opinion, of your embarrassments and our miseries, will not be taken from you without compensation: otherwise it would be confiscation, violence and theft; it would be property, not reform.

Are you afraid that the Communists will take your children and your wives from you? As if they didn’t have enough of their own!… The community, being in essence nothing defined, is all we want. The best means that philosophy will discover of creating liberty, equality, fraternity, will be for the communists the community. To be afraid of the community is to be afraid of nothing.

Is it the return of the old Jacobinism united to the old Babouvism that terrifies you?

We do not like these doctrinaires of democracy any more than you do, for whom the organization of labor is only a fantasy intended to calm popular effervescence; those Cagliostros of social science making fraternity a shameful superstition. And if our demonstrations seem to defend them, it is because they momentarily represent for us the principle that won in February.

Conservatives, two politics, two different paths are currently available to you.

Either you will come to an agreement directly with the proletariat, without concern for the form of government, without prior constitution of the legislative power, any more than of the executive. In matters of politics and religion, the proletariat is like you, skeptical. The state, in our eyes, is the sergeant of the city, the police valet of labor and capital. Organize it as you like, provided that instead of commanding, it is he who obeys.

In this first case, the transaction will be entirely amicable, and its articles will be the constitution of France, the Charter of 1848.

Ore else you will rally to doctrinaire democracy, to this equivalent of royal power, a new system that seesaws between the bourgeoisie and the proletariat, which is not averse to a monarchical restoration, and for which the majority of human beings are fatally condemned to sorrow and to misery.

In this case, I tell you with sadness, nothing in fact; and as with Louis-Philippe, it will soon have to start again. You will believe yourselves skillful, but you will always have been only blind. It will still be August 10, January 21, June 2, Thermidor 9, Prairial and Vendémiaire days, July 29, February 24. You will again see the scenes at Boissy-d’Anglas: you will have to repeat the massacres of Saint-Roch and Transnonain every day: which will not prevent you from falling miserably in the end under the bullets of the People.

Citizens, we await you with confidence: sixty centuries of misery have taught us to wait. We can, for three months, live on three pennies of bread a day and per head: it is up to you to see if your capital can last as long as our stomachs.

CHAPITRE II.

LA DÉMOCRATIE.

1. Problème de la souveraineté du Peuple.— Conditions de la solution.
2. Si le suffrage universel exprime la souveraineté du Peuple.
3. Si la réforme sociale doit sortir de la réforme politique, ou la réforme politique de la réforme sociale.— Différence entre la démocratie et la république.

Paris, le 26 mars 1848.

Cieux, écoutez ; Terre, prête l’oreille : le Seigneur a parlé !

Ainsi s’écriaient les prophètes, lorsque, l’œil étincelant et la bouche écumante, ils annonçaient aux prévaricateurs et aux apostats la punition de leurs crimes. Ainsi parlait l’Église au moyen-âge ; et la terre, s’inclinant avec crainte, se signait à la voix du pontife, aux mandemens de ses évêques. Ainsi firent tour à tour Moïse, Élie, Jean-Baptiste, Mahomet, Luther, tous les fondateurs et réformateurs de religions, chaque nouvelle modification du dogme se posant comme émanée de l’autorité divine. Et toujours on vit les masses humaines se prosterner au nom du Très-Haut, et recevoir avec soumission la discipline des révélateurs.

Mais, se dit à la fin un philosophe, si Dieu a parlé, pourquoi n’ai-je rien entendu ?…

Il a suffi de cette parole de doute pour ébranler l’Eglise, annuler les Écritures, dissiper la foi, et hâter le règne de L’Antéchrist !

Je ne veux point, à l’exemple de Hume, préjuger ni la réalité, ni la possibilité d’une révélation : comment raisonner à priori d’un fait surnaturel, d’une manifestation de l’Être-Suprême. La question est toute pour moi dans l’expérience que nous pouvons en acquérir, et je réduis la controverse religieuse à ce point unique, l’authenticité de la parole divine. Prouvez cette authenticité, et je suis chrétien. Qui donc oserait disputer avec Dieu, s’il était sûr que c’est Dieu qui lui parle ?

Il en est du Peuple, comme de la Divinité : Vox populi, vox Dei.

Depuis que le monde existe, depuis que les tribus humaines ont commencé de se constituer en monarchies et républiques, oscillant d’une idée à l’autre comme des planètes vagabondes ; mêlant, combinant, pour s’organiser en sociétés, les élémens les plus divers ; renversant les tribunes et les trônes comme fait un enfant un château de cartes, on a vu, à chaque secousse de la politique, les meneurs du mouvement invoquer, en termes plus ou moins explicites, la souveraineté du Peuple.

Brutus et César, Cicéron et Catilina, se prévalent tour à tour du suffrage populaire. S’il faut en croire les partisans du système déchu, la Charte de 1830 était l’expression de la souveraineté nationale autant au moins que la constitution de l’an III, et Louis-Philippe, comme Charles X, Napoléon et le Directoire, était l’élu de la Nation. Pourquoi non, si la Charte de 1830 n’était qu’un amendement à la constitution de l’an III, comme à celle de l’an VIII et de 1814 ?…

L’organe le plus avancé du parti légitimiste nous dirait encore, s’il l’osait, que la loi résulte du consentement du Peuple et de la définition du prince : Lex fit consensu populi et constitutione regis. La souveraineté de la nation est le principe des monarchistes comme des démocrates. Écoutez cet écho qui nous arrive du Nord : d’un côté, c’est un roi despote qui invoque les traditions nationales, c’est-à-dire la volonté du Peuple exprimée et confirmée pendant des siècles ; de l’autre, ce sont des sujets révoltés qui soutiennent que le Peuple ne pense plus ce qu’il a pensé autrefois, et qui demandent qu’on l’interroge. Qui donc ici montre une plus haute intelligence du Peuple, du monarque qui le fait immuable dans ses pensées, ou des citoyens qui le supposent versatile ? Et quand vous diriez que la contradiction se résout par le progrès, en ce sens que le Peuple parcourt diverses phases pour réaliser une même idée, vous ne feriez que reculer la difficulté : qui jugera de ce qui est progrès et de ce qui est rétrogradation ?…

Je demande donc comme Rousseau : Si le peuple a parlé, pourquoi n’ai-je rien entendu ?

Vous me citez cette révolution étonnante à laquelle moi aussi j’ai pris part ; dont j’ai prouvé seul la légitimité, dont j’ai fait ressortir l’idée. Et vous me dites : Voilà le Peuple !

Mais d’abord, je n’ai vu qu’une foule tumultueuse sans conscience de la pensée qui la faisait agir, sans aucune intelligence de la révolution qui s’opérait par ses mains. Puis, ce que j’ai appelé logique du Peuple pourrait bien n’être autre chose que la raison des événemens, d’autant plus que, le fait une fois accompli, et tout le monde d’accord sur sa signification, les opinions se divisent de nouveau sur les conséquences. La révolution faite, le Peuple se tait ! Quoi donc ! la souveraineté du peuple n’existerait-elle que pour les choses du passé, qui ne nous intéressent plus, et non point pour celles de l’avenir, qui seules peuvent être l’objet des décrets du Peuple ?

Ô vous tous, ennemis du despotisme et de ses corruptions comme de l’anarchie et de ses brigandages, qui ne cessez d’invoquer le Peuple ; qui parlez, le front découvert, de sa raison souveraine, de sa force irrésistible, de sa formidable voix ; je vous somme de me le dire : Où et quand avez-vous entendu le Peuple ? par quelle bouche, en quelle langue est-ce qu’il s’exprime ? comment s’accomplit cette étonnante révélation ? quels exemples authentiques, décisifs, en citez-vous ? quelle garantie avez-vous de la sincérité de ces lois que vous dites sorties du Peuple ? quelle en est la sanction ? à quels titres, à quels signes, distinguerai-je les élus que le Peuple envoie d’avec les apostats qui surprennent sa confiance et usurpent son autorité ? comment, enfin, établissez-vous la légitimité du verbe populaire ?

Je crois à l’existence du Peuple comme à l’existence de Dieu.

Je m’incline devant sa volonté sainte ; je me soumets à tout ordre émané de lui ; la parole du Peuple est ma loi, ma force et mon espérance. Mais, suivant le précepte de saint Paul, mon obéissance, pour être méritoire, doit être raisonnable, et quel malheur pour moi, quelle ignominie, si, lorsque je crois ne me soumettre qu’à l’autorité du Peuple, j’étais le jouet d’un vil charlatan ! Comment donc, je vous en supplie, parmi tant d’apôtres rivaux, d’opinions contradictoires, de partis obstinés, reconnaîtrai-je la voix, la véritable voix du Peuple ?

Le problème de la souveraineté du Peuple est le problème fondamental de la liberté, de l’égalité et de la fraternité, le principe de l’organisation sociale. Les gouvernemens et les peuples n’ont eu d’autre but, à travers les orages des révolutions et les détours de la politique, que de constituer cette souveraineté. Chaque fois qu’ils se sont écartés de ce but, ils sont tombés dans la servitude et la honte. C’est dans cette vue que le Gouvernement provisoire a convoqué une Assemblée nationale nommée par tous les citoyens, sans distinction de fortune et de capacité : l’universalité des suffrages lui paraissant être l’expression la plus approchée de la souveraineté du Peuple.

Ainsi l’on suppose d’abord que le Peuple peut être consulté ; en second lieu qu’il peut répondre ; troisièmement que sa volonté peut être constatée d’une manière authentique ; enfin, que le gouvernement, fondé sur la volonté manifestée du Peuple, est le seul gouvernement légitime.

Telle est, notamment, la prétention de la Démocratie, qui se présente comme la forme de gouvernement qui traduit le mieux la souveraineté du Peuple.

Or, si je prouve que la démocratie n’est, ainsi que la monarchie, qu’une symbolique de la souveraineté ; qu’elle ne répond à aucune des questions que soulève cette idée ; qu’elle ne peut, par exemple, ni établir l’authenticité des actes qu’elle attribue au Peuple, ni dire quel est le but et la fin de la société ; si je prouve que la démocratie, loin d’être le plus parfait des gouvernemens, est la négation de la souveraineté du Peuple, et le principe de sa ruine, il sera démontré, en fait et en droit, que la démocratie n’est rien de plus qu’un arbitraire constitutionnel succédant à un autre arbitraire constitutionnel ; qu’elle ne possède aucune valeur scientifique, et qu’il faut y voir seulement une préparation à la République, une et indivisible.

Il importe d’éclairer au plus tôt l’opinion sur ce point, et de faire disparaître toute illusion.

CHAPTER II.

DEMOCRACY.

1. Problem of the sovereignty of the people.—Conditions of the solution.
2. If universal suffrage expresses the sovereignty of the people.
3. Whether social reform should proceed from political reform, or political reform from social reform.—Difference between democracy and the republic.

Paris, March 26, 1848.

Heavens, listen; Earth, give ear: the Lord has spoken!

Thus cried the prophets, when, with sparkling eyes and foaming mouth, they announced to the prevaricators and apostates the punishment of their crimes. Thus spoke the Church in the Middle Ages; and the earth, bowing with fear, crossed itself at the voice of the pontiff, at the summons of his bishops. Thus did in turn Moses, Elijah, John the Baptist, Mahomet, Luther, all the founders and reformers of religions, each new modification of dogma posing as emanating from divine authority. And always we saw the human masses prostrate themselves in the name of the Most High, and receive with submission the discipline of the revealers.

But, a philosopher says to himself in the end, if God has spoken, why haven’t I heard anything?…

This word of doubt was enough to shake the Church, to annul the Scriptures, to dissipate the faith and to hasten the reign of the Antichrist!

I do not want, following the example of Hume, to prejudge either reality or the possibility of a revelation: how to reason a priori from a supernatural fact, from a manifestation of the Supreme Being. The whole question for me is in the experience that we can acquire of it, and I reduce the religious controversy to this single point, the authenticity of the divine word. Prove that authenticity, and I’m a Christian. Who would dare to argue with God, if he was sure that it was God who was speaking to him?

It is with the People, as with the Divinity: Vox populi, vox Dei.

Since the world has existed, since the human tribes began to constitute themselves into monarchies and republics, oscillating from one idea to another like wandering planets; mixing and combining, in order to organize themselves into societies, the most diverse elements; overthrowing the tribunes and the thrones as a child does a house of cards, we have seen, at each jolt of politics, the leaders of the movement invoke, in more or less explicit terms, the sovereignty of the People.

Brutus and Caesar, Cicero and Catiline, take advantage in turn of popular suffrage. If the supporters of the fallen system are to be believed, the Charter of 1830 was the expression of national sovereignty as much at least as the constitution of the year III, and Louis-Philippe, like Charles X, Napoleon and the Directory, was the elected representative of the Nation. Why not, if the Charter of 1830 was only an amendment to the constitution of Year III, as well as that of Year VIII and 1814?

The most advanced organ of the legitimist party would still tell us, if he dared, that the law results from the consent of the People and from the definition of the prince: Lex fit consensu populi et constitutione regis. The sovereignty of the nation is the principle of both monarchists and democrats. Listen to this echo that reaches us from the North: on the one hand, it is a despotic king who invokes national traditions, that is to say the will of the People expressed and confirmed for centuries; on the other, they are rebellious subjects who maintain that the People no longer think what they once thought, and who ask to be questioned. Who then here shows a higher intelligence of the People, the monarch who makes it immutable in his thoughts, or the citizens who suppose it versatile? And when you would say that the contradiction is resolved by progress, in the sense that the People go through various phases to realize the same idea, you would only be pushing back the difficulty: who will judge what is progress and what is retrogression? …

I therefore ask like Rousseau: If the people have spoken, why have I heard nothing?

You cite to me this astonishing revolution in which I too took part; of which I have alone proven the legitimacy, of which I have brought out the idea. And you say to me: Here is the People!

But first, I have only seen a tumultuous crowd without awareness of the thought that made it act, without any understanding of the revolution that was taking place through its hands. Then, what I have called the logic of the People could well be nothing other than the reason of events, especially since, once the fact has been accomplished, and everyone agrees on its meaning, opinions are again divided on the consequences. The revolution made, the People are silent! What! Would the sovereignty of the people exist only for things of the past, which no longer interest us, and not for those of the future, which alone can be the object of the decrees of the People?

All of you, enemies of despotism and its corruptions, as of anarchy and its robberies, who do not cease to invoke the People; who speak, with brow uncovered, of its sovereign reason, of its irresistible force, of its formidable voice; I summon you to tell me: Where and when did you hear the People? by which mouth, in which language does it express itself? how is this astonishing revelation accomplished? what authentic, decisive examples do you cite? what guarantee do you have of the sincerity of these laws which you say came from the People? what is the penalty? by what titles, by what signs, will I distinguish the elect whom the People sends from the apostates who take advantage of its confidence and usurp its authority? how, finally, do you establish the legitimacy of the popular word?

I believe in the existence of the People as in the existence of God.

I bow before its holy will; I submit to any order emanating from its; the word of the People is my law, my strength and my hope. But, according to the precept of Saint Paul, my obedience, to be meritorious, must be reasonable, and what misfortune for me, what ignominy, if, when I believe I am submitting only to the authority of the People, I was the toy of a vile charlatan! How then, I beg you, among so many rival apostles, contradictory opinions, obstinate parties, will I recognize the voice, the true voice of the People?

The problem of the sovereignty of the People is the fundamental problem of liberty, equality and fraternity, the principle of social organization. Governments and peoples have had no other aim, through the storms of revolutions and the detours of politics, than to establish this sovereignty. Each time they strayed from this goal, they fell into bondage and shame. It is with this view that the Provisional Government has convened a National Assembly named by all the citizens, without distinction of fortune and capacity: the universality of suffrages appearing to it to be the closest expression of the sovereignty of the People.

Thus we first suppose that the People can be consulted; second that it can answer; third, that its will can be authentically ascertained; finally, that the government, founded on the expressed will of the People, is the only legitimate government.

Such is, in particular, the claim of Democracy, which presents itself as the form of government which best reflects the sovereignty of the People.

Now, if I prove that democracy is, like monarchy, only a symbol of sovereignty; that it does not answer any of the questions raised by this idea; that it can, for example, neither establish the authenticity of the acts that it attributes to the People, nor say what is the goal and the end of society; if I prove that democracy, far from being the most perfect of governments, is the negation of the sovereignty of the people, and the principle of its ruin, it will be demonstrated, in fact and in law, that democracy is nothing more than one constitutional arbitrariness succeeding another constitutional arbitrariness; that it possesses no scientific value, and that we must see in it only a preparation for the Republic, one and indivisible.

It is important to enlighten public opinion on this point as soon as possible, and to dispel all illusions.

I.

Le Peuple, être collectif, j’ai presque dit être de raison, ne parle point dans le sens matériel du mot. Le Peuple, non plus que Dieu, n’a des yeux pour voir ; des oreilles pour entendre, une bouche pour parler. Que sais-je s’il est doué d’une espèce d’âme, divinité immanente dans les masses, comme certains philosophes supposent une âme du monde, et qui, à certains momens, les émeut et les pousse ; ou bien si la raison du Peuple n’est autre que l’idée pure, la plus abstraite, la plus compréhensive, la plus dégagée de toute forme individuelle, comme d’autres philosophes prétendent que Dieu n’est que l’ordre dans l’univers, une abstraction ? Je n’entre point dans ces recherches de haute psycologie : je demande en homme pratique de quelle manière cette âme, raison ou volonté, telle quelle, du Peuple, se pose, pour ainsi dire, hors de soi, et se manifeste ? Qui est-ce qui peut lui servir d’organe ? Qui a le droit de dire aux autres : C’est par moi que le Peuple parle ? comment croirai-je que tel qui, du haut d’une escabelle, harangue cinq cents individus qui applaudissent, est l’organe du Peuple ? Comment l’élection des citoyens, voire même leur suffrage unanime, a-t-il la vertu de conférer cette espèce de privilège, de servir de truchement au Peuple ? Et quand vous me feriez voir, comme en un cénacle, neuf cents personnages ainsi choisis par leurs concitoyens, pourquoi devrai-je croire que ces neuf cents délégués, qui ne s’entendent point entre eux, c’est le souffle du Peuple qui les inspire ? Et pour tout dire, comment la loi qu’ils vont faire peut-elle m’obliger ?…..

Voici un président ou un directoire ; personnification, symbole ou fiction de la souveraineté nationale : premier pouvoir de l’État.

Voici une chambre, deux chambres, organes, l’une de l’intérêt de conservation, l’autre de l’instinct de développement : deuxième pouvoir de l’État.

Voici une presse, éloquente, aguerrie, infatigable, qui, chaque matin, verse à flots les millions d’idées qui fourmillent dans les millions de cervelles des citoyens : troisième pouvoir de l’Etat.

Le pouvoir exécutif, c’est l’action ; les chambres, c’est la délibération ; la presse, c’est l’opinion.

Lequel de ces pouvoirs représente le Peuple ? Ou bien, si vous dites que c’est le tout qui représente le Peuple, comment tout cela ne s’accorde-t-il pas ? Mettez la royauté à la place de la présidence, et ce sera la même chose : ma critique tombe également sur la monarchie et sur la démocratie.

Il existe en France cinq ou six cents feuilles périodiques, émonctoires de l’opinion, et dont les titres témoignent hautement de la prétention des entrepreneurs de servir d’interprètes à la pensée générale : Le Siècle, la Réforme, la Liberté, le Progrès, la Presse, le Temps, l’Opinion, la Démocratie, l’Atelier, les Ecoles, la Vérité, la France, le Monde, le Constitutionnel, le National, le Commerce, les Débats, le Courrier, le Populaire, le Peuple, la Voix du Peuple, le Peuple constituant, le Représentant, du Peuple, etc., etc., etc.

Certes, je m’étonne qu’avec une telle publicité, quand nous sommes si bien assortis d’écrivains à qui ne manquent ni l’érudition, ni les idées, ni le style, nous ayons encore besoin d’une représentation, d’une Assemblée nationale.

Or, comment se fait-il qu’avec tout cela je ne sache positivement rien de ce qui intéresse le Peuple, et que, le devoir, la mission de la presse est de m’apprendre ? qu’au lieu de produire la lumière, la foule des publications augmente l’obscurité ?

Je demande : Quelle est la meilleure constitution politique, la loi du progrès, la marche du siècle, la pensée de l’époque, la valeur de l’opinion, l’avenir de la France et du monde ? La République sortira-t-elle de l’atelier, de l’école ou du corps-de-garde ? La démocratie est-elle à la paix ou à la guerre ? Quelle vérité, quelle réforme doit sortir de toutes ces révélations du Peuple ? Qu’est-ce que la liberté ?

Sur toutes ces questions, le journalisme disserte, mais il ne répond rien, il ne sait rien. Que serait-ce si j’allais demander, par exemple, s’il est à l’organisation de la société une forme définitive et quelle est cette forme ? si nous sommes à bout de révolutions, ou si le mouvement révolutionnaire est éternel ? comment, dans ce dernier cas, concilier cette agitation perpétuelle avec la liberté, la sécurité, le bien-être ? si tous les hommes doivent être égaux malgré la nature, ou traités suivant leur mérite malgré la devise de la République ? quel doit être le salaire de l’ouvrier, le bénéfice de l’entrepreneur, la contribution à payer à l’État, le crédit à accorder aux citoyens ? comment la population croissant plus vite que la subsistance, nous échapperons à la fatalité de la misère, etc., etc.

Je pourrais étendre à l’infini cet interrogatoire, et rendre mes questions de plus en plus pressantes et difficiles. Pourquoi la presse, si la presse est la faculté parlante du Peuple, au lieu de répondre, divague-t-elle ? La presse est si loin de satisfaire un esprit positif, qu’elle semble inventée tout exprès pour dérouter la raison et tuer l’étude. Les idées tombent dans les journaux sans y prendre racine : les journaux sont les cimetières des idées.

Et la tribune, que nous dit-elle ? et le Gouvernement, que sait-il ? Naguère il se tirait d’affaire en déclinant sa compétence ; il n’existait pas, prétendait-il, pour organiser le travail et donner du pain au Peuple. Depuis un mois, il a accepté la sommation du prolétariat ; depuis un mois il est à l’œuvre : et depuis un mois il fait publier chaque jour, dans le Moniteur, cette grande nouvelle : Qu’il ne sait rien, qu’il ne trouve pas ! Le Gouvernement divise le Peuple ; il excite la haine entre les classes qui le composent : mais organiser le Peuple, créer cette souveraineté qui est à la foi liberté et accord, cela dépasse la capacité du Gouvernement, comme cela dépassait autrefois ses attributions. Or, dans un Gouvernement qui se dit institué par la volonté du Peuple, une pareille ignorance est une contradiction : il est manifeste que ce n’est déjà plus le Peuple qui est souverain.

Le Peuple, dont on dit quelquefois qu’il s’est levé comme un seul homme, pense-t-il aussi comme un seul homme ? réfléchit-il ? raisonne-t-il ? conclut-il ? a-t-il de la mémoire, de l’imagination, des idées ? Si, en effet, le Peuple est souverain, c’est qu’il pense ; s’il pense, il a sans doute une manière à lui de penser et de formuler sa pensée. Comment donc est-ce que le Peuple pense ? Quelles sont les formes de la raison populaire ? procède-t-elle par catégories ? emploie-t-elle le syllogisme, l’induction, l’analyse, l’antinomie ou l’analogie ? est-elle pour Aristote ou pour Hegel ? Vous devez vous expliquer sur tout cela ; sinon, votre respect pour la souveraineté du Peuple n’est qu’un absurde fétichisme. Autant vaudrait adorer une pierre.

Le Peuple, dans ses méditations, fait-il appel à l’expérience ? Tient-il compte de ses souvenirs, ou bien sa marche est-elle de produire sans cesse des idées nouvelles ? Comment accorde-t-il le respect de ses traditions, avec les besoins de son développement ? Comment conclut-il d’une hypothèse épuisée à l’essai d’une autre ? Quelle est la loi de ses transitions et de ses enjambemens ? Qu’est-ce qui le pousse, le détermine dans la voie du progrès ? Pourquoi cette mobilité, cette inconstance ? J’ai besoin de le savoir, sans quoi la loi que vous m’imposez au nom du Peuple, cesse d’être authentique : ce n’est plus loi, c’est violence.

Le Peuple pense-t-il toujours ? Et s’il ne pense pas toujours, comment rendez-vous compte des intermittences de sa pensée ? A supposer que le Peuple puisse être représenté, que feront ses représentans pendant ces intermittences ?… Le Peuple sommeille-t-il quelquefois, comme Jupiter dans les bras de Junon ? Quand est-ce qu’il rêve ? Quand est-ce qu’il veille ? Vous devez m’instruire de toutes ces choses ; sinon, le pouvoir que vous exercez par délégation du Peuple n’étant que par intérim, et l’époque de l’intérim étant inconnue, ce pouvoir est usurpé : vous inclinez à la tyrannie.

Si le Peuple pense, s’il réfléchit, s’il raisonne, tantôt à priori, suivant les règles de la raison pure, tantôt à posteriori sur les données de l’expérience, il court risque de se tromper. Il ne suffit plus alors, pour que j’accepte comme loi la pensée du Peuple, que l’authenticité m’en soit démontrée ; il faut que cette pensée soit légitime. Qui fera le triage des idées et des fantaisies du Peuple ? A qui appellerons-nous de sa volonté possiblement erronée, et par conséquent despotique ?

Sur quoi je pose ce dilemme :

Si le Peuple peut faillir, de deux choses l’une. Ou l’erreur est respectable en lui comme la vérité, et il a droit d’être obéi en tout ce qu’il veut, bien qu’il se trompe. En ce cas, le Peuple est un être souverainement immoral, puisqu’il peut à la fois penser le mal, le vouloir et le faire.

Au contraire le Peuple, en ses erreurs, doit-il être repris ? Il y aurait donc, en certains cas, devoir pour un gouvernement de résister au Peuple ! Qui osera lui dire : Tu te trompes ! Qui pourra le redresser, le contraindre ?

Mais que dis-je ? Si le Peuple est sujet à faillir, que devient sa souveraineté ? N’est-il pas évident que la volonté du Peuple doit être d’autant moins prise en considération qu’elle est plus redoutable dans ses conséquences, et que le vrai principe de toute politique, le gage de la sécurité des nations, c’est de ne consulter le Peuple que pour s’en méfier : toute inspiration de lui pouvant cacher un immense péril comme un immense succès ; et sa volonté n’être qu’une pensée de suicide ?

Sans doute, direz-vous, le Peuple n’a qu’une existence mystique ; il ne se manifeste qu’à de rares intervalles, à des époques prédestinées ! Mais le Peuple n’est pas pour cela un fantôme, et quand il se lève, nul ne peut le méconnaître. Le Peuple s’est montré le 14 juillet, le 10 août, en 1830 : il vient de se révéler avec plus d’audace que jamais. Le Peuple a parlé au serment du Jeu de paume, dans la nuit du 4 août : il était à Jemmapes, il combattait à Mayence et à Valmy…

Pourquoi vous arrêter ? pourquoi choisir ? Le Peuple était-il absent le 9 thermidor et le 18 brumaire ? Se cachait-il le 21 janvier et le 5 décembre ? N’a-t-il pas fait l’empereur, comme il avait défait le roi ? N’a-t-il pas adoré tour à tour et souffleté le Christ et la Raison ?… Voulez-vous remonter plus haut ? C’est le Peuple qui a produit de son sang et de ses entrailles, un jour Grégoire VII et un autre jour Luther ; qui a fait surgir Marius et César, après avoir, dans une série de révolutions, chassé les Tarquins, renversé les Décemvirs, créé les tribuns pour balancer les consuls, et donné par là le premier exemple de la bascule politique, du système doctrinaire. C’est le Peuple qui adora les Césars, après avoir laissé assassiner les Gracques !…

Préférez-vous rester dans l’actualité ? Dites-moi alors ce que le Peuple pense, aujourd’hui 25 mars 1848, ou plutôt ce qu’il ne pense pas ?

Le Peuple pense-t-il, avec l’abbé Lacordaire, à faire pénitence dans la cendre et le cilice ? pense-t-il qu’il est né de la poussière, et qu’il retournera dans la poussière ; que sa destinée ici-bas n’est point, le plaisir, mais le travail et la mortification ? Ou ne pense-t-il pas, avec le Sage désabusé de la sagesse, avec Saint-Simon et Fourier, que la fin de l’homme est comme celle du cheval, et que tout est vanité sur la terre, hormis de bien vivre et de faire l’amour ?

Le Peuple pense-t-il à l’abolition des octrois, à l’impôt progressif, aux ateliers nationaux, aux banques agricoles, au papier monnaie ? Ou ne pense-t-il pas plutôt qu’imposer, extraordinairement la richesse, c’est tuer la richesse ; qu’au lieu d’étendre les attributions de l’Etat, il faut les resserrer ; que l’organisation du travail n’est autre que l’organisation de la concurrence, et que le plus grand service à rendre à l’agriculture, au lieu de lui créer une banque spéciale, c’est de rompre toutes ses relations avec la banque ?

Le Peuple est-il pour l’élection directe ; ou pour celle à deux degrés ? pour une représentation de 900 ou pour une de 450 ?

Le Peuple est-il ou n’est-il pas communiste, phalanstérien, néo-chrétien, utilitaire ? car, enfin, il y a de tout cela dans le Peuple. Est-il pour Pythagore, Morelly, Campanella ou le bon Icar ? pour la Trinité ou, pour la Triade ? N’est-ce pas lui qui parle, et dans ces harangues qui ne disent rien, et dans ces placards qui se contredisent, et dans ces actes du Gouvernement conçus en sens contraire du 24 février ? Demande-t-il du pain et des spectacles, ou bien de la liberté ? N’a-t-il fait la révolution que pour la renier aussitôt, ou si son intention est de poursuivre ?

Or si le Peuple, à toutes les époques de l’histoire, a pensé, exprimé, voulu et fait une multitude de choses opposées ; si, aujourd’hui même, entre tant d’opinions qui le divisent, il lui est impossible d’en choisir une sans en répudier une autre et par conséquent sans se mettre en contradiction avec lui-même, que voulez-vous que je pense de sa raison, de sa moralité, de la justice de ses actes ? Que puis-je attendre de ses représentans ? Et quelle preuve d’authenticité me donnerez-vous en faveur d’une opinion, que je ne puisse à l’instant revendiquer pour l’opinion contraire ?

Ce que j’admire au milieu de la confusion des idées, c’est que la foi à la souveraineté du Peuple, loin de faillir, semble, par cette confusion même, monter jusqu’à son paroxysme. Dans cette obstination de la multitude à croire à l’intelligence qui vit en elle, je vois déjà comme une manifestation du Peuple qui s’affirme lui-même ; ainsi que Jéhovah, et dit : je suis. Je ne puis donc nier, je suis forcé de confesser au contraire la souveraineté du Peuple. Mais au delà de cette première affirmation, et quand il s’agit de passer du sujet de la pensée à son objet, quand il s’agit, en autres termes, d’appliquer le critérium aux actes du Gouvernement, qu’on me dise où est le Peuple ?

En principe donc, j’admets que le peuple existe, qu’il est souverain, qu’il s’affirme dans la conscience des masses. Mais rien jusqu’ici ne me prouve qu’il puisse faire au dehors acte de souveraineté, qu’une révélation extérieure du Peuple soit possible. Car, en présence de la domination des préjugés, de la contradiction des idées et des intérêts, de la variabilité de l’opinion ; des entraînemens de la multitude, je demanderai toujours ce qui établit l’authenticité et la légitimité d’une pareille révélation : et c’est à quoi la démocratie ne peut répondre.

I.

The People, a collective being, I almost said a being of reason, does not speak in the material sense of the word. The People do not have, any more than God, eyes to see, ears to hear or a mouth to speak. How would I know if it is endowed with a kind of soul, a divinity immanent in the masses, as certain philosophers suppose a soul of the world, which, at certain moments, moves and urges them; or if the reason of the People is nothing other than the pure idea, the most abstract, the most comprehensive, the most freed from all individual form, as other philosophers claim that God is nothing but the order in the universe, an abstraction? I do not enter into these researches of high psychology: I ask as a practical man in what way this soul, reason or will, such as it is, of the People, arises, so to speak, outside of itself, and manifests itself? Who can serve as its organ? Who has the right to say to others: It is through me that the People speak? how can I believe that someone who, from the height of a stool, harangues five hundred individuals who applaud, is the organ of the People? How does the election of citizens, even their unanimous suffrage, have the virtue of conferring this kind of privilege of serving as an intermediary for the People? And when you would show me, as if in a cenacle, nine hundred personages thus chosen by their fellow citizens, why should I believe that these nine hundred delegates, who do not get along among themselves, are inspired by the breath of the People? And to be honest, how can the law they are going to make oblige me?…..

Here is a president or a directory; personification, symbol or fiction of national sovereignty: primary power of the state.

Here is a chamber, two chambers, organs, one with the interests of conservation, the other with the instinct of development: the second power of the State.

Here is a press, eloquent, seasoned, indefatigable, which, every morning, pours in floods the millions of ideas that swarm in the millions of brains of the citizens: third power of the State.

Executive power is action; the chambers are for deliberation; the press is public opinion.

Which of these powers represents the People? Or else, if you say that it is the whole that represents the People, how does it not all agree? Put royalty in the place of the presidency, and it will be the same thing: my criticism falls equally on monarchy and democracy.

In France there are five or six hundred periodicals, emunctories of public opinion, whose titles strongly testify to the claim of the entrepreneurs to serve as interpreters of general thought: Le Siècle, la Réforme, la Liberté, le Progrès, la Presse, le Temps, l’Opinion, la Démocratie, l’Atelier, les Ecoles, la Vérité, la France, le Monde, le Constitutionnel, le National, le Commerce, les Débats, le Courrier, le Populaire, le Peuple, la Voix du Peuple, le Peuple constituant, le Représentant, du Peuple, etc., etc., etc.

Certainly, I am surprised that with such publicity, when we are so well matched with writers who lack neither erudition, nor ideas, nor style, we still need a representation, a National Assembly.

Now, how is it that with all this I know nothing positive regarding what interests the People, which it is the duty, the mission of the press to teach me? That instead of producing light, the crowd of publications increases darkness?

I ask: What is the best political constitution, the law of progress, the march of the century, the thought of the time, the value of opinion, the future of France and of the world? Will the Republic emerge from the workshop, the school or the corps-de-garde? Is democracy at peace or at war? What truth, what reform must emerge from all these revelations of the People? What is liberty?

On all these questions, journalism expounds, but it answers nothing, it knows nothing. What would it’s answer be if I were going to ask, for example, if there is a definitive form for the organization of society and what is this form? if we are at the end of revolutions, or if the revolutionary movement is eternal? how, in the latter case, to reconcile this perpetual agitation with liberty, security, well-being? whether all men should be equal despite nature, or treated according to their merit despite the motto of the Republic? what should be the wages of the worker, the profit of the entrepreneur, the contribution to be paid to the State, the credit to be granted to citizens? how, the population growing faster than subsistence, we will escape the inevitability of poverty, etc., etc.

I could extend this interrogation to infinity, and make my questions more and more pressing and difficult. Why does the press, if the press is the speaking faculty of the People, wander instead of answering? The press is so far from satisfying a positive mind that it seems to have been invented expressly to confuse reason and kill study. Ideas fall into newspapers without taking root there: newspapers are the cemeteries of ideas.

And the tribune, what does it tell us? and the Government, what does it know? Formerly it got out of trouble by declining his competence; it did not exist, it claimed, to organize work and give bread to the People. For a month, it has accepted the summons of the proletariat; for a month it has been at work: and for a month it has published every day in the Moniteur, this great news: That it knows nothing, that it finds nothing! The Government divides the People; it excites hatred between the classes that compose it: but to organize the People, to create this sovereignty which is at the same time liberty and agreement, that exceeds the capacity of the Government, as that exceeded its attributions formerly. Now, in a Government that claims to be instituted by the will of the People, such ignorance is a contradiction: it is clear that it is already no longer the People who are sovereign.

Do the People, who are sometimes said to have risen as one man, also think as one man? is it thinking? does it reason? does it conclude? does it have memory, imagination, ideas? If, in fact, the People is sovereign, it is because it thinks; if it thinks, it no doubt has his own way of thinking and of formulating its thoughts. How then does the People think? What are the forms of popular reason? does it proceed by categories? does it use syllogism, induction, analysis, antinomy or analogy? is it for Aristotle or for Hegel? You must explain all this; otherwise, your respect for the sovereignty of the People is just an absurd fetishism. One might as well worship a stone.

Does the People, in its meditations, appeal to experience? Does it take its memories into account, or is its way to constantly produce new ideas? How does it reconcile respect for its traditions with the needs of its development? How does it conclude from an exhausted hypothesis to the testing of another? What is the law of its transitions and its enjambments? What pushes it, determines it on the way to progress? Why this mobility, this inconstancy? I need to know it, otherwise the law that you impose on me in the name of the People ceases to be authentic: it is no longer law, it is violence.

Does the People still think? And if it doesn’t always think, how do you realize the intermittences of its thought? Supposing that the People can be represented, what will their representatives do during these intermittences?… Do the People sometimes sleep, like Jupiter in the arms of Juno? When does it dream? When is it awake? You must instruct me in all these things; otherwise, the power that you exercise by delegation of the People being only interim, and the time of the interim being unknown, this power is usurped: you incline to tyranny.

If the People thinks, if it reflects, if it reasons, sometimes a priori, according to the rules of pure reason, sometimes a posteriori on the data of experience, it runs the risk of being mistaken. It is no longer enough then, for me to accept as law the thought of the People, that its authenticity be demonstrated to me; this thought must be legitimate. Who will sort out the ideas and fancies of the People? To whom shall we appeal of its possibly erroneous, and therefore despotic, will?

On this basis, I pose this dilemma:

If the People can fail, one of two things is true. Either error is respectable in it like truth, and it has the right to be obeyed in whatever it wishes, even though it is mistaken. In this case, the People is a supremely immoral being, since it can at the same time think evil, will it and do it.

On the contrary, should the People, in its errors, be corrected? There would therefore be, in certain cases, a duty for a government to resist the People! Who will dare tell it: You are wrong! Who can straighten it, constrain it?

But what am I saying? If the People is subject to failure, what becomes of its sovereignty? Is it not obvious that the will of the People must be taken into consideration all the less the more formidable its consequences, and that the true principle of all politics, the guarantee of the security of nations, is is to consult the People only to be wary of it: any inspiration from it being able to hide an immense danger as well as an immense success; and its will to be only a thought of suicide?

No doubt, you will say, the People has only a mystical existence; it manifests only at rare intervals, at predestined times! But the People is not a phantom for that, and when it rises, no one can fail to recognize it. The People showed itself on July 14, August 10, in 1830: it has just revealed itself with more audacity than ever. The People spoke at the Jeu de Paume oath on the night of August 4: it was at Jemmapes, it fought at Mainz and Valmy…

Why stop? why choose? Was the People absent on 9 Thermidor and 18 Brumaire? Was it hiding on January 21 and December 5? Did it not make the emperor, as it had defeated the king? Didn’t he worship and strike in turn Christ and Reason?… Do you want to go back higher? It is the People who produced from its blood and entrails, one day Gregory VII and another Luther; which caused Marius and Caesar to arise, after having, in a series of revolutions, driven out the Tarquins, overthrown the Decemvirs, created the tribunes to balance the consuls, and thereby gave the first example of the political seesaw, of the doctrinaire system. It was the People who adored the Caesars, after having allowed the Gracchi to be assassinated!…

Do you prefer to stay in the present? Tell me then what the People think today, March 25, 1848, or rather what they don’t think?

Does the People think, with the Abbé Lacordaire, of doing penance in ashes and hair-shirt? does it think that it was born from the dust, and will return to the dust; that its destiny here below is not pleasure, but work and mortification? Or does it not think, with the Sage disillusioned with wisdom, with Saint-Simon and Fourier, that the end of man is like that of the horse, and that all is vanity on earth, except to live well? and make love?

Does the People think of the abolition of the grants, of the progressive tax, of the national workshops, of the agricultural banks, of paper money? Or does it not rather think that to impose wealth, extraordinarily, is to kill wealth; that instead of extending the powers of the State, they must be tightened; that the organization of labor is nothing other than the organization of competition, and that the greatest service to be rendered to agriculture, instead of creating a special bank for it, is to sever all its relations with the bank ?

Is the People for direct election; or for the one with two degrees? for a representation of 900 or for one of 450?

Is the People or is it not communist, phalansterian, neo-Christian, utilitarian? because, finally, there is all that in the People. Is it for Pythagoras, Morelly, Campanella or the good Icar? for the Trinity or for the Triad? Is it not the People who speaks, in these harangues that say nothing, in these placards that contradict each other, and in these acts of the Government conceived in the opposite direction of February 24? Does it ask for bread and spectacles, or liberty? Did it make the revolution only to deny it immediately, or is it intention to pursue it?

Now, if the People, at all times of history, has thought, expressed, wanted and done a multitude of opposite things; if, even today, among so many opinions which divide him, it is impossible for it to choose one without repudiating another and consequently without putting itself in contradiction with itself, what do you expect me to think of its reason, of its morality, of the justice of its actions? What can I expect from its representatives? And what proof of authenticity will you give me in favor of an opinion, which I cannot at the same moment claim for the contrary opinion?

What I admire in the midst of the confusion of ideas is that faith in the sovereignty of the People, far from failing, seems, by this very confusion, to rise to its climax. In this obstinacy of the multitude to believe in the intelligence that lives within it, I already see a manifestation of the People that affirms itself, as well as Jehovah, and says: I am. I cannot therefore deny, on the contrary I am forced to confess the sovereignty of the People. But beyond this first affirmation, when it is a question of passing from the subject of the thought to its object, when it is a question, in other words, of applying the criterion to the acts of the Government, let me be told where are the people?

In principle, therefore, I admit that the people exist, that they are sovereign, that they assert themselves in the consciousness of the masses. But nothing so far proves to me that it can perform an act of external sovereignty, that an external revelation of the People is possible. For, in the presence of the domination of prejudices, of the contradiction of ideas and interests, of the variability of opinion; of the enthusiasm of the multitude, I will always ask what establishes the authenticity and the legitimacy of such a revelation: and this is what democracy cannot answer.

II.

Mais, observent, non sans raison, les démocrates, le Peuple n’a jamais été convenablement sollicité. Jamais il n’a pu manifester sa volonté que par des éclairs : le rôle qu’il a joué jusqu’à présent dans l’histoire est tout subalterne. Le Peuple, pour qu’il puisse exprimer sa pensée, doit être Consulté démocratiquement ; c’est-à-dire que tous les citoyens, sans distinction, doivent participer, directement ou indirectement, à la formation de la loi. Or, ce mode de consultation démocratique n’a jamais été exercé d’une manière suivie : l’éternelle conjuration des privilèges ne l’a pas permis. Princes, nobles et prêtres, gens de plume et gens d’épée, magistrats, professeurs, savans, artistes, industriels, commerçans, financiers, propriétaires, sont toujours parvenus à rompre le faisceau démocratique, à changer la voix du Peuple en une voix de monopole. Maintenant que nous possédons la seule et vraie manière de faire parler le Peuple, nous saurons par-là même ce qui constitue l’authenticité et la légitimité de sa parole, et toutes vos précédentes objections s’évanouissent. La sincérité du régime démocratique nous garantit la solution.

Je conviens que le nœud de la difficulté consiste à faire parler et agir le Peuple comme un seul homme. La République, selon moi, n’est pas autre chose ; et c’est là aussi tout le problème social. La démocratie prétend résoudre ce problème par le suffrage universel appliqué dans la plus grande largeur, soit la substitution de l’autorité de la multitude à l’autorité royale. C’est pour cela qu’elle s’appelle Démocratie, gouvernement de la multitude.

C’est donc la théorie du suffrage universel que nous avons à juger. Ou, pour dire de suite toute ma pensée, c’est la démocratie que nous avons à démolir, comme nous avons démoli la monarchie : cette transition sera la dernière, avant d’arriver à la République.

II.

But, the democrats observe, not without reason, the People were never suitably solicited. It has never been able to manifest its will except by flashes: the part it has played up to now in history is entirely subordinate. The People, so that it can express its thoughts, must be consulted democratically; that is to say that all citizens, without distinction, must participate, directly or indirectly, in the formation of the law. Now, this mode of democratic consultation has never been exercised in a consistent manner: the eternal conspiracy of privileges has not permitted it. Princes, nobles and priests, people of the pen and people of the sword, magistrates, professors, scholars, artists, industrialists, merchants, financiers, landowners, have always managed to break the democratic bundle, to change the voice of the People into a voice of monopoly. Now that we have the only and true way of making the People speak, we will know thereby what constitutes the authenticity and legitimacy of their word, and all your previous objections will vanish. The sincerity of the democratic regime guarantees us the solution.

I agree that the crux of the difficulty consists in making the People speak and act as one man. The Republic, in my opinion, is nothing else; and that too is the whole social problem. Democracy claims to solve this problem by universal suffrage applied in the greatest breadth, that is to say the substitution of the authority of the multitude for the royal authority. That is why it is called Democracy, government of the multitude.

It is therefore the theory of universal suffrage that we have to judge. Or, to present my whole thought straight away, it is democracy that we have to demolish, as we have demolished the monarchy: this transition will be the last, before arriving at the Republic.

1. La démocratie est une aristocratie déguisée.

D’après la théorie du suffrage universel, l’expérience aurait prouvé que la classe moyenne, qui seule exerçait naguère les droits politiques, ne représente pas le Peuple ; loin de là, qu’elle est, avec la monarchie, en réaction constante contre le Peuple.

On conclut que c’est à la nation, tout entière, à nommer ses représentans.

Mais, s’il est ainsi d’une classe d’hommes que le libre essor de la société, le développement spontané des sciences, des arts, de l’industrie, du commerce ; la nécessité des institutions, le consentement tacite ou l’incapacité notoire des classes inférieures ; d’une classe enfin que ses talens et ses richesses désignaient comme l’élite naturelle du Peuple : qu’attendre d’une représentation qui, sortie de comices plus ou moins complets, plus ou moins éclairés et libres, agissant sous l’influence de passions locales, de préjugés d’état, en haine des personnes et des principes, ne sera, en dernière analyse, qu’une représentation factice, produit du bon plaisir de la cohue électorale ?

Nous aurons une aristocratie de notre choix, je le veux bien, à la place d’une aristocratie de nature. Mais, aristocratie pour aristocratie, je préfère, avec M. Guizot, celle de la fatalité à celle du bon plaisir : la fatalité ne m’engage pas.

Ou plutôt, nous ne ferons que ramener, par un autre chemin, les mêmes aristocrates ; car, qui voulez-vous qu’ils nomment pour les représenter, ces compagnons, ces journaliers, ces hommes de peine, si ce n’est leurs bourgeois ? À moins que vous ne vouliez qu’ils les tuent !

Bon gré, mal gré, la prépondérance dans le gouvernement appartient donc aux hommes qui ont la prépondérance du talent et de la fortune ; et dès le premier pas, il devient évident que la réforme sociale ne sortira jamais de la réforme politique ; que c’est la réforme politique au contraire, qui doit sortir de la réforme sociale.

L’illusion de la démocratie provient de ce qu’à l’exemple de la monarchie constitutionnelle, elle prétend organiser le Gouvernement par voie représentative. Ni la Révolution de juillet, ni celle de février, n’ont suffi pour l’éclairer. Ce qu’elle veut, c’est toujours l’inégalité des fortunes, toujours la délégation du souverain, toujours le gouvernement des notabilités. Au lieu de dire, comme M. Thiers : Le Roi règne et ne gouverne pas ; la démocratie dit : Le Peuple règne et ne gouverne pas, ce qui est nier la Révolution.

Ce n’est pas pourtant parce qu’il s’opposait à la réforme électorale, que M. Guizot est tombé, emportant dans sa chute la dynastie et le trône ; c’est parce que, dans la conscience publique, la constitution était usée, et qu’on n’en voulait plus. L’ensemble des réformes demandées par l’Opposition prouve, ainsi que je l’ai fait voir, que c’était à la Charte, bien plus qu’au ministère qu’on s’attaquait ; c’était à quelque chose de plus élevé encore que la Charte, c’était à la constitution même de la société.

Lors donc qu’à une monarchie représentative, on parle aujourd’hui de substituer une démocratie représentative, on ne fait pas autre chose que changer la phrase, Belle marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour, en cette autre ; Vos yeux beaux, belle marquise, mourir d’amour me font ; et l’on peut dire, suivant l’expression de l’Atelier, que la Révolution est escamotée.

Mais, patience ! S’il peut sembler difficile, en ce moment, d’échapper à cette alternative gouvernementale, l’embarras ne sera pas de longue durée. Le représentatif est tombé dans les barricades pour ne se relever jamais. La démocratie constitutionnelle s’en est allée avec la monarchie constitutionnelle. Le mois de février, suivant l’étymologie latine, est le mois des enterremens. La réforme sociale amènera la réforme politique ; l’intelligence de la première implique l’intelligence de la seconde. Nous aurons le Gouvernement du Peuple par le Peuple, et non par une représentation du Peuple ; nous aurons, dis-je, la République, ou nous périrons une seconde fois par la démocratie.

1. Democracy is an aristocracy in disguise.

According to the theory of universal suffrage, experience would have proved that the middle class, which alone formerly exercised political rights, does not represent the People; far from it, that it is, with the monarchy, in constant reaction against the People.

We conclude that it is for the nation as a whole to appoint its representatives.

But, if this is the case with a class of men that the free development of society, the spontaneous development of the sciences, the arts, industry, and commerce; the necessity of institutions, the tacit consent or the notorious incapacity of the lower classes; of a class, finally, that its talents and its wealth has designated as the natural elite of the People: what are we to expect from a representation that, emerging from more or less complete, more or less enlightened and free comitia, acting under the influence of local passions, prejudices of state, in hatred of the people and the principles, will be, in the final analysis, only one artificial representation, product of the good pleasure of the electoral crush?

We will have an aristocracy of our choice, I agree, instead of an aristocracy of nature. But, aristocracy for aristocracy, I prefer, with M. Guizot, that of fatality to that of good pleasure: fatality does not bind me.

Or rather, we will only bring back, by another route, the same aristocrats; for who do you want them to appoint to represent them, these companions, these day laborers, these laborers, if not their bourgeois? Unless you want them to kill them!

Willingly or unwillingly, the preponderance in government therefore belongs to men who have the preponderance of talent and fortune; and from the first step, it becomes evident that social reform will never emerge from political reform; that it is political reform, on the contrary, which must come out of social reform.

The illusion of the democracy comes from the fact that, following the example of the constitutional monarchy, it claims to organize the government by representative means. Neither the Revolution of July nor that of February sufficed to enlighten it. What it wants is always the inequality of fortunes, always the delegation of the sovereign, always the government of notabilities. Instead of saying, like M. Thiers: The King reigns and does not govern; democracy says: The People reign and do not govern, which is to deny the Revolution.

It was not, however, because he was opposed to electoral reform that M. Guizot fell, carrying in his fall the dynasty and the throne; it is because, in the public consciousness, the constitution was worn out and no longer wanted. The set of reforms demanded by the Opposition proves, as I have shown, that it was the Charter, much more than the ministry, that was being attacked; it was to something higher still than the Charter, it was to the very constitution of society.

When, therefore, there is talk today of substituting a representative democracy for a representative monarchy, all that is done is to change the sentence, Belle marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour, into this other; Vos yeux beaux, belle marquise, mourir d’amour me font; and one can say, according to the expression of the Atelier, that the Revolution is dodged.

But, be patient! While it may seem difficult at this time to escape this governmental alternative, the difficulty will not last long. The representative has fallen into the barricades never to rise again. Constitutional democracy is gone with the constitutional monarchy. The month of February, according to Latin etymology, is the month of burials. Social reform will bring political reform; the knowledge of the first implies the knowledge of the second. We will have the Government of the People by the People, and not by a representation of the People; we will have, I say, the Republic, or we will perish a second time by democracy.

2. La démocratie est exclusive et doctrinaire.

Puisque, suivant l’idéologie des démocrates, le Peuple ne peut se gouverner lui-même, et qu’il est forcé de se donner des représentans qui le gouvernent par délégation et sous bénéfice de révision, on suppose que le Peuple est tout au moins capable de se faire représenter, qu’il peut être représenté fidèlement. — Eh bien ! cette hypothèse est radicalement fausse ; il n’y a point, il ne saurait y avoir jamais de représentation légitime du Peuple. Tous les systèmes électoraux sont des mécaniques à mensonge : il suffit d’en connaître un seul, pour prononcer la condamnation de tous.

Prenons celui du Gouvernement provisoire.

Lorsqu’une théorie se produit au nom du Peuple, elle doit, sous le rapport de la logique, de la justice, des traditions, des tendances, de l’ensemble, comme sous celui de l’expression, se montrer irréprochable. Je ne reconnais pas plus la voix du Peuple dans les livres de Fourier que dans le Père Duchêne.

Le système du Gouvernement provisoire a la prétention d’être universel.

Mais, quoi qu’on fasse, il y aura toujours, en tout système électoral, des exclusions, des absences, des votes nuls, erronés ou pas libres.

Le plus hardi novateur n’a pas encore osé demander le suffrage pour les femmes, les enfans, les domestiques, les repris de justice. Ce sont environ les quatre cinquièmes du Peuple qui ne sont pas représentés, qui sont retranchés de la communion du Peuple. Pourquoi ?

Vous fixez la capacité électorale à 21 ans ; pourquoi pas à 20 ? pourquoi pas à 19, à 18, à 17 ?…… Quoi ! c’est une année, un jour, qui fait la raison de l’électeur ! Les Barra, les Viala sont incapables de voter avec discernement ; les Fouché, les Hébert, voteront pour eux !

Vous éliminez les femmes. Vous avez donc résolu le grand problème de l’infériorité du sexe. Quoi ! pas d’exception pour Lucrèce, Cornélie, Jeanne d’Arc ou Charlotte Corday ! une Roland, une Staël, une George Sand, ne trouveront pas grâce devant votre virilité ! Les Jacobins recevaient des tricotteuses à leurs séances ; on n’a jamais dit que la présence des citoyennes eût énervé le courage des citoyens !

Vous écartez le domestique. Qui vous dit que cet insigne de la servitude ne couvre pas une âme généreuse ; que dans ce cœur de valet ne bat pas une idée qui sauvera la République ! La race de Figaro est-elle perdue ? — C’est la faute de cet homme, direz-vous : pourquoi, avec tant de moyens, est-il domestique ? Et pourquoi y a-t-il des domestiques ?

Je veux voir, je veux entendre le Peuple dans sa variété et sa multitude, tous les âges, tous les sexes, toutes les conditions, toutes les vertus, toutes les misères : car tout cela, c’est le Peuple.

Vous prétendez qu’il y aurait inconvénient grave pour la bonne discipline, pour la paix de l’État et le repos des familles, si les femmes, les enfans, les domestiques obtenaient les mêmes droits que les époux, les pères et les maîtres ; qu’au surplus, par la solidarité des intérêts et par le lien familial, les premiers sont suffisamment représentés par les seconds.

J’avoue que l’objection est sérieuse, et je n’entreprends point de la réfuter. Mais, prenez garde : vous devez, par la même raison, exclure les prolétaires et tous les ouvriers. Les sept dixièmes de cette catégorie reçoivent des secours de la charité publique : ils iront donc se voter à eux-mêmes une liste civile, des augmentations de salaire, des réductions de travail ; et ils n’y manqueront pas, je vous assure, pour peu que leurs délégués les représentent. Le prolétariat sera dans l’Assemblée nationale comme les fonctionnaires dans la chambre de M. Guizot, juge dans sa propre cause, puisant au budget et n’y mettant rien, faisant l’appoint de la dictature, jusqu’à ce que le capital étant épuisé par l’impôt, la propriété ne produisant plus rien, la banqueroute générale fasse crever la mendicité parlementaire.

Et tous ces citoyens qui, pour raison de travail, de maladie, de voyage, ou faute d’argent pour aller aux élections, seront forcés de s’abstenir, comment les comptez-vous ? Sera-ce d’après le proverbe : Qui ne dit rien, consent ? Mais, consent à quoi ? à l’opinion de la majorité, ou bien à celle de la minorité ?…

Et ceux qui ne votent que par entraînement, par complaisance ou intérêt, sur la foi du comité républicain ou de leur curé ; quel cas en faites-vous ? C’est une vieille maxime qu’en toute délibération il faut non-seulement compter les suffrages, mais les peser. Dans vos comices, au contraire, le suffrage d’un Arago, d’un Lamartine, ne compte pas plus que celui d’un mendiant. — Direz-vous que la considération due aux hommes de mérite leur est acquise par l’influence qu’ils exercent sur les électeurs ? Alors les suffrages ne sont pas libres. C’est la voix des capacités que nous entendons, ce n’est pas celle du Peuple. Autant valait conserver le système à 200 fr.

On a donné le droit de suffrage à l’armée. Voici ce que cela signifie : Le soldat qui ne votera pas comme le capitaine ira à la salle de police ; le capitaine qui ne votera pas comme le colonel sera mis aux arrêts ; et le colonel qui ne votera pas comme le Gouvernement sera destitué.

Je passe sous silence les impossibilités matérielles et morales qui fourmillent dans le mode adopté par le Gouvernement provisoire. Il est acquis à l’opinion qu’en doublant la représentation nationale, et faisant voter par scrutin de liste, le Gouvernement provisoire a voulu faire prononcer les citoyens, non pas sur les hommes, mais sur le principe ; précisément à la manière de l’ancien Gouvernement, qui faisait voter aussi sur le système, et non pas sur les hommes. Comment discuter le choix de 10, 15, 25 députés ? Comment, si chaque citoyen déposait dans l’urne un suffrage libre et en connaissance de cause, faire le dépouillement d’un pareil scrutin ? Comment faire aboutir de pareilles élections, si elles étaient sérieuses ? Évidemment c’est impossible.

Je ne discute pas, je le répète, ce côté purement matériel de la question : je m’en tiens au droit. Ce qu’on obtenait auparavant de la vénalité, aujourd’hui on l’arrache à l’impuissance. On dit à l’électeur : Voici nos amis, les amis de la République ; et voilà nos adversaires, qui sont aussi les adversaires de la République : choisissez. Et l’électeur qui ne peut apprécier l’idonéité des candidats, vote de confiance !

Au lieu de faire nommer les députés par chaque arrondissement, comme sous le régime déchu, on les fait élire par département. On a voulu, par cette mesure, détruire l’esprit de localité. Or, admirez comme les démocrates sont sûrs de leurs principes !

Si les députés, disent-ils, étaient nommés par les arrondissement, ce n’est pas la France qui serait représentée, ce seraient les arrondissemens. L’Assemblée nationale ne serait plus la représentation du pays ; ce serait un congrès de 459 représentations.

Pourquoi alors, répliquerai-je, ne faites-vous pas nommer par chaque électeur les députés de toute la France ?

Il serait à souhaiter, répondez-vous : mais la chose est impossible.

J’observe d’abord que tout système qui ne peut être vrai qu’à la condition d’être impossible, me paraît un pauvre système. Mais les démocrates me semblent ici singulièrement inconséquens et embarrassés de peu de chose. Si les représentans doivent représenter, non pas les départemens, ni les arrondissemens, ni les villes, ni les campagnes, ni l’industrie, ni le commerce, ni l’agriculture, ni les intérêts, — mais seulement la France ! pourquoi a-t-on décidé qu’il y aurait un député par 40,000 habitants ? Pourquoi pas un par 100,000 ou 200,000 ! Quatre-vingt-dix, au lieu de neuf cents, ne suffisaient-ils pas ? Ne pouviez-vous, à Paris, arrêter votre liste, pendant que les légitimistes, les conservateurs, les dynastiques auraient arrêté la leur ? Était-il plus difficile de voter sur une liste de 90 noms, que sur une de 15 ?

Mais qui ne voit que des députés ainsi élus en dehors de tout intérêt, de toute spécialité, de toute considération de lieux et de personnes, à force de représenter la France, ne représentent absolument rien ; qu’ils ne sont plus des mandataires, mais des sénateurs, et qu’à la place d’une démocratie représentative, nous avons une oligarchie élective, le moyen terme entre la démocratie et la royauté ?

Voilà, citoyen lecteur, où je voulais vous amener. De quelque côté que vous considériez la démocratie, vous la verrez toujours placée entre deux extrêmes aussi contraires l’un que l’autre à son principe ; condamnée à osciller entre l’absurde et l’impossible, sans pouvoir se fixer jamais. Parmi un million de moyens termes d’un égal arbitraire, le Gouvernement provisoire a fait comme M. Guizot : il a préféré celui qui lui paraissait convenir le mieux à ses préjugés démocratiques : de la vérité représentative, comme du gouvernement du Peuple par le Peuple, le Gouvernement provisoire n’en a tenu compte. Je ne lui en fais aucun reproche. Les esprits ne sont point à la hauteur de la République ; il faut que nous passions encore une fois par la démocratie : or, transition pour transition, j’aime autant le système du Gouvernement provisoire que celui de M. Duvergier de Hauranne. Je ne crois pas que le choix vaille une minute d’examen.

2. Democracy is exclusive and doctrinaire.

Since, according to the ideology of the democrats, the People cannot govern itself, and it is forced to give itself representatives who govern it by delegation and subject to revision, it is supposed that the People is at least capable of being represented, that it can be represented faithfully. — Well! This assumption is radically false; there is not, there can never be, any legitimate representation of the People. All electoral systems are mechanisms for lying: it is enough to know one of them to pronounce the condemnation of all.

Take that of the Provisional Government.

When a theory is produced in the name of the People, it must, in relation to logic, justice, traditions, tendencies, the whole, as well as in relation to expression, show itself to be irreproachable. I no more recognize the voice of the People in the books of Fourier than in Père Duchêne.

The system of the Provisional Government claims to be universal.

But, whatever we do, there will always be, in any electoral system, exclusions, absences, invalid, erroneous or unfree votes.

The boldest innovator has not yet dared to demand suffrage for women, children, servants, convicts. These are approximately four-fifths of the People, who are not represented, who are cut off from the communion of the People. Why?

You set the electoral capacity at 21; why not at 20? why not at 19, at 18, at 17?…… What! It is a year, a day, that makes the reason of the elector! The Barra, the Viala are incapable of voting with discernment; the Fouchés, the Héberts, will vote for them!

You eliminate women. So you have solved the great problem of the inferiority of sex. What! no exception for Lucrèce, Cornélie, Joan of Arc or Charlotte Corday! a Roland, a Stael, a George Sand, will not find favor with your virility! The Jacobins received knitters at their sessions; it has never been said that the presence of female citizens would have weakened the courage of the citizens!

You dismiss the servant. Who tells you that this badge of servitude does not cover a generous soul; that in this servant’s heart does not beat an idea which will save the Republic! Is the race of Figaro lost? — Will you say that it is this man’s fault? Why, you ask, with so many means, is he a servant? And why are there servants?

I want to see, I want to hear the People in its variety and its multitude, all ages, all sexes, all conditions, all virtues, all impoverishments: for all that is the People.

You claim that there would be serious inconvenience for good discipline, for the peace of the State and the repose of families, if women, children, and servants obtained the same rights as husbands, fathers, and masters; that, moreover, by the solidarity of interests and by the family tie, the former are sufficiently represented by the latter.

I confess that the objection is serious, and I do not undertake to refute it. But beware: you must, for the same reason, exclude the proletarians and all workers. Seven-tenths of this category receive assistance from public charity: they will therefore go and vote for themselves a civil list, increases in wages, reductions in work; and they will not fail to do so, I assure you, provided their delegates represent them. The proletariat will be in the National Assembly like the civil servants in M. Guizot’s chamber, judge in its own cause, drawing from the budget and putting nothing into it, supplementing the dictatorship, until capital being exhausted by taxes, property no longer producing anything, general bankruptcy puts an end to parliamentary begging.

And all these citizens who, for reasons of work, illness, travel, or lack of money to go to the elections, will be forced to abstain, how do you count them? Will it be according to the proverb: Who says nothing, consents? But consent to what? to the opinion of the majority, or to that of the minority?…

And those who vote only by training, convenience or interest, on the faith of the Republican committee or their parish priest; what do you do with them? It is an old maxim that in all deliberation it is necessary not only to count the votes, but to weigh them. In your elections, on the contrary, the vote of an Arago, of a Lamartine, counts no more than that of a beggar. — Will you say that the consideration due to men of merit is acquired by the influence they exercise over the electors? So the votes are not free. It is the voice of the capacities that we hear, it is not that of the People. We might as well keep the system at 200 francs.

The army was given the right to vote. Here is what that means: The soldier who does not vote like the captain will go to the police station; the captain who does not vote like the colonel will be put under arrest; and the colonel who does not vote like the Government will be dismissed.

I pass over in silence the material and moral impossibilities that abound in the method adopted by the Provisional Government. It is agreed that by doubling the national representation, and having the vote by ballot, the Provisional Government wanted to make the citizens decide, not on the men, but on the principle; precisely in the manner of the old Government, which also voted on the system, and not on men. How to discuss the choice of 10, 15, 25 deputies? How, if each citizen deposited in the ballot box a free and informed suffrage, to count such a vote? How could such elections succeed, if they were serious? Obviously that’s impossible.

I am not discussing, I repeat, this purely material side of the question: I am sticking to questions of right. What we obtained before from venality, today we snatch it from impotence. They say to the elector: Here are our friends, the friends of the Republic; and here are our adversaries, who are also the adversaries of the Republic: choose. And the voter who cannot appreciate the suitability of the candidates, votes with confidence!

Instead of having the deputies named by each district, as under the deposed regime, they are elected by department. We wanted, by this measure, to destroy the spirit of locality. Now, admire how sure the democrats are of their principles!

If the deputies, they say, were named by the arrondissements, it would not be France that would be represented, it would be the arrondissements. The National Assembly would no longer be the representation of the country; it would be a congress of 459 representations.

Why then, I would reply, don’t you have each elector nominate the deputies for all France?

It would be desirable, you answer: but the thing is impossible.

I observe first of all that any system which can only be true on condition of being impossible seems to me a poor system. But the democrats here seem to me singularly inconsistent and embarrassed by very little. If the representatives must represent, not the departments, nor the arrondissements, nor the towns, nor the countryside, nor industry, nor commerce, nor agriculture, nor interests—but only France! why was it decided that there would be one deputy per 40,000 inhabitants? Why not one per 100,000 or 200,000! Wasn’t ninety instead of nine hundred enough? Couldn’t you, in Paris, draw up your list, while the legitimists, the conservatives, the dynastics would have drawn up theirs? Was it more difficult to vote on a list of 90 names than on one of 15?

But who does not see that deputies thus elected, outside of any interest, any specialty, any consideration of places and people, by dint of representing France, represent absolutely nothing; that they are no longer representatives, but senators, and that instead of a representative democracy, we have an elective oligarchy, the middle term between democracy and royalty?

That, citizen reader, is where I wanted to take you. From whatever side you consider democracy, you will always see it placed between two extremes, both equally contrary to its principle; condemned to oscillate between the absurd and the impossible, without ever being able to settle down. Among a million middle terms of an equally arbitrary nature, the Provisional Government did as M. Guizot did: it preferred the one that seemed to it to suit best its democratic prejudices: of the representative truth, as of the government of the People by the People, the provisional Government took no account. I don’t blame it for that. Minds are not equal to the Republic; we must pass once again through democracy: now, transition for transition, I like the system of the Provisional Government as much as that of M. Duvergier de Hauranne. I don’t believe the choice is worth a minute’s scrutiny.

3. La démocratie est l’ostracisme.

Pour que le député représente ses commettans il faut qu’il représente toutes les idées qui ont concouru à l’élection.

Mais avec le système électoral, le député, soi-disant législateur, envoyé par les citoyens pour concilier, au nom du Peuple, toutes les idées et tous les intérêts, ne représente jamais qu’une idée, un intérêt ; le reste impitoyablement exclu. Car, qui fait loi dans les élections ? qui décide du choix des députés ? la majorité, la moitié plus une des voix. D’où il suit que la moitié moins un des électeurs n’est pas représentée ou l’est malgré elle ; que de toutes les opinions qui divisent les citoyens, une seule, si tant est que le député ait une opinion, arrive à la législature, et qu’enfin la loi, qui devrait être l’expression de la volonté du Peuple, n’est l’expression que de la moitié du Peuple.

En sorte que, dans la théorie des démocrates, le problème du gouvernement consiste à éliminer, par le mécanisme du suffrage prétendu universel, toutes les idées, moins une, qui remuent l’opinion, et à déclarer souveraine celle qui a la majorité.

Mais, dira-t-on peut-être, l’idée qui succombe dans tel collège peut triompher dans tel autre, et, par ce moyen, toutes les idées peuvent être représentées à l’Assemblée nationale.

Quand cela serait, vous n’auriez fait que reculer la difficulté ; car la question est de savoir comment toutes ces idées, divergentes et antagonistes, concourront à la loi et s’y trouveront conciliées.

Ainsi la Révolution, suivant les uns, n’est qu’un accident, qui ne doit changer rien à l’ordre général de la société. Suivant les autres, la Révolution est sociale encore plus que politique. Comment satisfaire à des prétentions si manifestement incompatibles ? comment donner en même temps la sécurité à la bourgeoisie et des garanties au prolétariat ? comment ces vœux contraires, ces tendances opposées, viendront-elles se fondre dans une commune résultante, dans la loi une et universelle ?

Bien loin que la démocratie puisse résoudre cette difficulté, tout son art, toute sa science est de la trancher. Elle fait appel à l’urne ; l’urne est tout à la fois le niveau, la balance, le critérium de la démocratie. Avec l’urne électorale, elle élimine les hommes ; avec l’urne législative, elle élimine les idées.

Il y a un mois à peine, on criait sur tous les tons, à propos du cens à 200 fr. : Quoi ! c’est un franc ! un centime qui fait l’électeur !…

N’est-ce pas toujours la même chose ? Quoi ! c’est une voix qui fait le représentant, une voix qui fera la loi !… Sur une question d’où dépendent l’honneur et le salut de la République, les citoyens sont divisés en deux fractions égales. Des deux côtés on apporte les raisons les plus sérieuses, les autorités les plus graves, les faits les plus positifs. La nation est dans le doute, l’assemblée en suspens. Un représentant, sans motif appréciable, passe de droite à gauche, et fait incliner la balance : c’est lui qui fait la loi.

Et cette loi, expression de quelque volonté fantasque, sera réputée expression de la volonté du Peuple ! Il faudra que je m’y soumette, que je la défende, que je meure pour elle ! Je perds, par un caprice parlementaire, le plus précieux de mes droits, je perds la liberté ! Et le plus saint de mes devoirs, le devoir de résister à la tyrannie par la force, tombe devant la boule souveraine d’un imbécile !

La démocratie n’est autre chose que la tyrannie des majorités, tyrannie la plus exécrable de toutes ; car elle ne s’appuie ni sur l’autorité d’une religion, ni sur une noblesse de race, ni sur les prérogatives du talent et de la fortune : elle a pour base le nombre, et pour masque le nom du Peuple. M. de Genoude refusait, sous le règne de Louis-Philippe, le paiement de l’impôt, attendu, disait-il, que l’impôt n’était pas voté par une véritable représentation nationale. M. de Genoude était honnête de s’arrêter en si beau chemin. Est-ce que, par hasard, quand une majorité plus démocrate aura voté le budget, la minorité devra croire qu’elle l’a aussi voté, et qu’en conséquence elle est tenue de payer, alors que précisément elle aura voté contre le budget ?

J’ai prouvé, dans la première livraison de cet ouvrage, la légitimité de la Révolution et la nécessité morale de la République, en faisant voir que, le 22 février, toutes les opinions, tous les partis, quelque divergence qu’il y eût entr’eux, concluaient à un ensemble de réformes dont la formule générale était invariablement celle-ci : République. La démocratie, avec le suffrage universel, détruit cette justification, la seule cependant qu’elle puisse donner de son avènement. Elle s’efforce de faire dire aux masses, aux départements qu’ils adhèrent à la République ; et si cette adhésion lui manquait, elle résisterait par la force ! L’intimidation, voilà sur la République le plus fort argument des démocrates ! Est-il clair que le suffrage universel, que la démocratie n’exprime point la souveraineté du Peuple ?

J’espère que la force des choses, que l’inflexible raison des faits, inspirera notre future Assemblée nationale. Mais je ne serais point surpris que, formée par un gouvernement qui a si peu compris la Révolution, elle ne finît elle-même par donner tort à la Révolution, et qu’on ne vît encore une fois le Peuple désavouer, par un acte analogue à celui de février, la politique de ses représentants.

3. Democracy is ostracism.

For the deputy to represent his constituents, he must represent all the ideas that contributed to the election.

But with the electoral system, the deputy, so-called legislator, sent by the citizens to reconcile, in the name of the People, all the ideas and all the interests, never represents more than one idea, one interest; the rest are ruthlessly excluded. Because, who rules in the elections? Who decides on the choice of deputies? The majority, half plus one of the votes. Whence it follows that half less one of the voters is not represented or is so in spite of itself; that of all the opinions that divide the citizens, only one, if indeed the deputy has an opinion, reaches the legislature, and that finally the law, which should be the expression of the will of the People, is only the expression of half the People.

So that, in the theory of the democrats, the problem of the government consists in eliminating, by the mechanism of a supposed universal suffrage, all the ideas, except one, which stir the opinion, and to declare sovereign that which has the majority.

But, it will perhaps be said, the idea that succumbs in one electoral body can triumph in another, and, by this means, all ideas can be represented in the National Assembly.

Were it to be, you would only have postponed the difficulty; for the question is to know how all these ideas, divergent and antagonistic, will contribute to the law and will find themselves reconciled there.

Thus the Revolution, according to some, is only an accident, which should change nothing in the general order of society. According to others, the Revolution was even more social than political. How to satisfy such manifestly incompatible claims? How to give security to the bourgeoisie and guarantees to the proletariat at the same time? How will these contrary wishes, these opposing tendencies, come to be fused in a common resultant, in the one and universal law?

Far from democracy being able to resolve this difficulty, all its art, all its science is to avoid it. It appeals to the ballot box; the ballot box is at the same time the level, the balance and the criterion of democracy. With the electoral ballot box, it eliminates men; with the legislative ballot box, it eliminates ideas.

Barely a month ago, we were shouting in all tones, about the cens at 200 francs: What! It is a franc! a penny that makes the voter!…

Isn’t it always the same thing? What! It is a vote that makes the representative, a vote which will make the law!… On a question on which depend the honor and the safety of the Republic, the citizens are divided into two equal fractions. Both sides bring the most serious reasons, the most serious authorities, the most positive facts. The nation is in doubt, the assembly in suspense. A representative, without appreciable reason, passes from right to left, and tilts the balance: it is he who makes the law.

And this law, expression of some whimsical will, will be deemed to be the expression of the will of the People! I will have to submit to it, defend it, die for it! I lose, through a parliamentary whim, the most precious of my rights, I lose my liberty! And the holiest of my duties, the duty to resist tyranny by force, falls before the sovereign ball of an imbecile!

Democracy is nothing but the tyranny of majorities, the most execrable tyranny of all; for it rests neither on the authority of a religion, nor on a nobility of race, nor on the prerogatives of talent and fortune: it is based on numbers, and takes for a mask the name of the People. M. de Genoude refused, under the reign of Louis-Philippe, the payment of the tax, since, he said, the tax was not voted by a real national representation. M. de Genoude was honest in stopping on such a fine road. Is it the case, by chance, that when a more democratic majority has voted for the budget, the minority will have to believe that it has also voted for it, and that consequently it is obliged to pay, whe it will have voted precisely against the budget ?

I proved, in the first part of this work, the legitimacy of the Revolution and the moral necessity of the Republic, by showing that, on February 22, all opinions, all parties, whatever divergence there was between them, concluded on a set of reforms whose general formula was invariably this: Republic. Democracy, with universal suffrage, destroys this justification, the only justification it can give for its advent. It strives to make the masses and the departments say that they adhere to the Republic; and if this adherence failed her, she would resist by force! Intimidation, here is the strongest argument of the democrats regarding the Republic! Is it clear that universal suffrage, that democracy does not express the sovereignty of the people?

I hope that the force of things, that the inflexible reason of the facts, will inspire our future National Assembly. But I would not be surprised if, formed by a government that understood the Revolution so little, it did not itself end up proving the Revolution wrong, and that we did not see the People once again disavow, by an act analogous to that of February, the policy of its representatives.

4. La démocratie est une forme de l’absolutisme.

Si le suffrage universel, manifestation la plus complète de la démocratie, a conquis tant de partisans, surtout parmi les classes travailleuses, c’est qu’on l’a toujours présenté comme un appel fait aux talens et aux capacités, ainsi qu’au bon sens et à la moralité des masses. Combien n’a-t-on pas fait ressortir le contraste injurieux du spéculateur devenu, à force de rapines, une influence politique, et de l’homme de génie que la pauvreté tenait éloigné de la scène ! Quels sarcasmes sur les capacités à 200 francs, et les incapacités telles qu’un Béranger, un Châteaubriant, un Lamennais !

Enfin, nous voilà tous électeurs ; nous pouvons choisir les plus dignes.

Nous pouvons plus ; nous les suivrons pas à pas dans leurs actes législatifs et dans leurs votes ; nous leur ferons passer nos raisons et nos pièces ; nous leur intimerons notre volonté, et quand nous serons mécontens, nous les révoquerons.

Le choix des capacités, le mandat impératif, la révocabilité permanente, sont les conséquences les plus immédiates, les plus incontestables du principe électoral. C’est l’inévitable programme de toute la démocratie.

Or, la démocratie, pas plus que la monarchie constitutionnelle, ne s’accommode d’une pareille déduction de son principe.

Ce que demande la démocratie, comme la monarchie, ce sont des députés muets, qui ne discutent pas, mais qui votent ; qui, recevant le mot d’ordre du gouvernement, écrasent de leurs bataillons épais les opposants. Ce sont des créatures passives, j’ai presque dit des satellites, que le danger d’une révocation n’intimide pas, dont la raison ne soit pas trop rebelle, dont la conscience ne recule devant aucun arbitraire, devant aucune proscription.

C’est pousser, direz-vous, le paradoxe jusqu’à la calomnie. — Prouvons donc le paradoxe, en fait et en droit : ce ne sera pas long.

Tout le monde a lu la circulaire du ministre de l’instruction publique aux recteurs, relativement aux élections, et tout le monde a remarqué ce passage :

« La plus grande erreur des populations de nos campagnes, c’est que, pour être représentant, il faut avoir de l’éducation ou de la fortune.

La majeure partie de l’assemblée fait le rôle de jurés, juge par oui ou par non, si ce que l’élite des membres propose est bon ou mauvais. Elle n’a besoin que d’honnêteté et de bon sens, elle n’invente pas. — Voilà le principe fondamental du droit républicain. »

Le ministre exprime ensuite le désir que les instituteurs primaires se portent candidats à la députation, non pas parce que suffisamment éclairés, mais quoique non suffisamment éclairés. — « Plus ils seront partis de bas, plus ils auront de grandeur ; » ce qui, pour un géomètre, est incontestable.

Si le ministre, convaincu de la capacité notoire d’un grand nombre des estimables instituteurs, s’était contenté de les indiquer comme des lumières tenues sous le boisseau et que l’avènement de la démocratie devait faire paraître, j’applaudirais à la circulaire. Mais qui ne voit que dans la pensée du ministre, l’instituteur primaire est la médiocrité envieuse, qui n’a rien inventé, qui n’inventera rien, destinée à servir de ses votes silencieux la guerre aux riches et l’arbitraire démocratique ? À ce titre, je proteste contre cette candidature, tranchons le mot, contre cette prostitution des instituteurs.

De même donc que la monarchie constitutionnelle, cherchant à s’entourer d’une aristocratie du talent et de la fortune, fait appel aux notabilités, de même la démocratie, qui est l’inverse de ce système, compose son patriciat de médiocrités. Et ce n’est point, comme l’on pourrait le croire, une opinion particulière au ministre ; je prouverai tout à l’heure que c’est l’essence pure de la démocratie.

Je cite encore un fait.

Tous les auteurs de droit public, notamment les démocrates, se prononcent contre le mandat impératif ; tous, dis-je, le considèrent unanimement comme impolitique, abusif, induisant à l’oppression du gouvernement par le pays, offensant pour la dignité du député, etc. Le mandat impératif a été frappé de tous les anathèmes. En droit civil, ce serait chose monstrueuse que le mandant eût moins d’autorité que le mandataire ; en politique, c’est tout l’opposé. Ici, le mandataire devient juge et arbitre des intérêts de son commettant. Ce qui est orthodoxe suivant le code, est hérétique dans l’ordre des idées constitutionnelles : c’est une des mille anomalies de l’esprit humain.

Quant à la durée du mandat, révocable à volonté en droit civil, elle est, en politique, indépendante de la volonté de l’électeur. Dans toutes nos constitutions, la durée du mandat a varié depuis un an jusqu’à sept, suivant la convenance, non des citoyens gouvernés, mais des citoyens gouvernans.

En fait, il est donc bien entendu, il est avéré par la doctrine des auteurs comme par les circulaires des ministres, qu’en toute espèce de gouvernement le député appartient au pouvoir, non au pays ; que c’est à cette fin que la monarchie le demande capable ou riche, et la démocratie incapable ou indigent ; que toutes deux exigent qu’il soit maître de son vote, c’est à dire libre d’en trafiquer et de le vendre ; que le mandat ait une durée déterminée, d’un an au moins, pendant laquelle le Gouvernement, d’accord avec les députés, fait ce qui lui plaît et donne force de loi aux actes de son bon plaisir.

Se peut-il autrement ? Non, et la discussion du point de droit n’exige pas un long discours.

Le système déchu pouvait se définir, le gouvernement de la société par la bourgeoisie, c’est à dire, par l’aristocratie du talent et de la fortune. Le système qu’on travaille en ce moment à établir, la démocratie, peut se définir par opposition le gouvernement de la société par l’immense majorité des citoyens qui ont peu de talent et point de fortune. Les exceptions qui peuvent se rencontrer sous l’un comme sous l’autre de ces systèmes ne font rien au principe, ne changent ni ne modifient la tendance. Il est fatal, sous la monarchie représentative, que le Peuple soit exploité par la bourgeoisie ; et sous le gouvernement démocratique, qu’il soit exploité par le prolétariat.

Or, qui veut la fin veut les moyens.

Si la représentation monarchique était formée de députés ayant mandat impératif, révocable au gré des électeurs, la bourgeoisie perdrait bientôt ses priviléges, et la royauté qui la personnifie, serait réduite à zéro. Pareillement, si l’Assemblée démocratique était composée de bourgeois, d’hommes puissans par la science et la fortune, dévoués à leur principe, et pouvant d’un instant à l’autre être remplacés s’ils le trahissaient, la dictature des masses tomberait vite, et le prolétaire rentrerait dans son prolétariat.

Il est donc nécessaire que chaque forme de gouvernement s’entoure des conditions de stabilité les mieux assorties à sa nature : de là, la résistance de M. Guizot à la réforme électorale ; de là le suffrage universel et la circulaire de M. Carnot.

Mais comme rien de ce qui crée une scission dans le Peuple ne peut durer, il est fatal aussi que ces formes de la tyrannie périssent l’une après l’autre, et, chose remarquable, toujours par la même cause, la tyrannie bourgeoise par la misère du prolétariat, la tyrannie prolétaire par la ruine de la bourgeoisie, qui est la misère universelle.

Telle n’était pas, les 22, 23 et 24 février, la tendance des esprits.

La bourgeoisie, fatiguée des turpitudes de son propre gouvernement, marchait à son insu, aux cris de Vive la réforme ! à la République. Les masses ouvrières répétant avec enthousiasme le cri de réforme, caressant la bourgeoisie de l’œil et de la voix, marchaient également, à leur insu, à la République. La fusion des idées et des cœurs était complète, le but était le même, bien que la route où l’on s’engageait ne fût connue de personne.

Dès le 25 février, la Révolution, incomprise, se dénaturait. De sociale qu’elle était dans la pensée de tout le monde, on la refaisait politique ; car c’est toujours politique que d’absorber, sous prétexte d’organisation, le travail dans l’État ; et la ligne de démarcation entre la bourgeoisie et le Peuple, un instant effacée, reparaissait plus profonde et plus large. Incapable de concevoir l’idéal républicain, livré à la routine démagogique et mercantile, le Gouvernement provisoire travaille à organiser, au lieu du travail, la guerre civile et d’effroyables misères.

La France, si l’Assemblée nationale ne met fin à cette détestable politique, apprendra bientôt, par la plus douloureuse expérience, quelle distance il y a entre la République et la démocratie.

4. Democracy is a form of absolutism.

If universal suffrage, the most complete manifestation of democracy, has won so many supporters, especially among the working classes, it is because it has always been presented as an appeal to talents and capacities, as well as to common sense and the morality of the masses. How often have we returned to the insulting contrast between the speculator who, by dint of plunder, became a political influence and the man of genius whom poverty kept away from the stage! What sarcasm about capacities at 200 francs, and incapacities such as those of a Béranger, a Châteaubriant, a Lamennais!

Finally, here we are all voters; we can choose the most worthy.

We can do more; we will follow them step by step in their legislative acts and in their votes; we will send them our reasons and documents; we will tell them our will, and when we are dissatisfied, we will revoke them.

The choice of capacities, the imperative mandate, the permanent revocability, are the most immediate, the most indisputable consequences of the electoral principle. This is the inevitable program of all democracy.

Now, democracy does not accommodate itself to such a deduction from its principle, any more than constitutional monarchy.

What democracy, like monarchy, demands on are silent deputies, who do not discuss, but who vote; who, receiving the government’s watchword, crush their opponents with their coarse battalions. They are passive creatures, I almost said satellites, whom the danger of a dismissal does not intimidate, whose reason is not too rebellious, whose conscience does not recoil before anything arbitrary, before any proscription.

This is, you will say, pushing the paradox to the point of calumny. — So let’s prove the paradox, in fact and in law: it won’t take long.

Everyone has read the circular from the Minister of Public Instruction to the rectors, relative to the elections, and everyone has noticed this passage:

“The greatest error of the populations of our comtrysides, it is that, to be representative, it is necessary to have education or fortune.

“Most of the assembly act as jurors, judging by yes or no, whether what the elite members are proposing is good or bad. It only needs honesty and common sense; it does not invent. — That is the fundamental principle of republican right.”

The minister then expresses the desire that primary school teachers stand for deputation, not because they are sufficiently enlightened, but although not sufficiently enlightened. — “The more they will have started from the bottom, the greater they will be;” which, for a geometer, is indisputable.

If the Minister, convinced of the notorious ability of a large number of estimable teachers, had contented himself with indicating them like lights kept under a bushel, which the advent of democracy would bring out, I would applaud the circular. But who does not see that in the thought of the minister, the primary schoolteacher is envious mediocrity, who has invented nothing, who will invent nothing, destined to serve with their silent votes the war against the rich and democratic arbitrariness? As such, I protest against this candidacy, let us be decisive about the word, against this prostitution of teachers.

Just as constitutional monarchy, seeking to surround itself with an aristocracy of talent and fortune, appeals to notables, so democracy, which is the inverse of this system, composes its patriciate of mediocrities. And this is not, as one might think, an opinion peculiar to the minister; I will prove presently that this is the pure essence of democracy.

I cite one more fact.

All the authors on public right, in particular the democrats, come out against the imperative mandate; all, I say, unanimously consider it impolitic, abusive, leading to the oppression of the government by the country, offensive to the dignity of the deputy, &c. The imperative mandate was stricken with all anathemas. In civil right, it would be a monstrous thing for the principal to have less authority than the agent; in politics, it is quite the opposite. Here, the agent becomes judge and arbiter of the interests of his principal. What is orthodox according to the code is heretical in the order of constitutional ideas: this is one of the thousand anomalies of the human mind.

As for the duration of the mandate, revocable at will in civil right, it is, in politics, independent of the will of the voter. In all our constitutions, the duration of the mandate has varied from one year to seven, according to the convenience, not of the governed citizens, but of the governing citizens.

In fact, it is therefore well understood, it is proven by the doctrine of the authors as well as by the circulars of the ministers, that in any kind of government the deputy belongs to the government, not to the country; that it is to this end that the monarchy demands him capable or rich, and democracy incapable or indigent; that both require that he be in control of his vote, that is to say free to tamper with it and sell it; that the mandate has a determined duration, of at least one year, during which the Government, in agreement with the deputies, does what it pleases and gives force of law to the acts of its good pleasure.

Could it be otherwise? No, and the discussion of the point of law does not require a long speech.

The fallen system could be defined as the government of society by the bourgeoisie, that is to say, by the aristocracy of talent and fortune. The system that we are currently working to establish, democracy, can be defined by opposition to the government of society by the immense majority of citizens who have little talent and no fortune. The exceptions that may be found under either of these systems do nothing to the principle, neither change nor modify the tendency. It is inevitable, under representative monarchy, that the People be exploited by the bourgeoisie; and under democratic government, that it be exploited by the proletariat.

Now, whoever wants the end wants the means.

If the monarchical representation were formed of deputies having an imperative mandate, revocable at the will of the electors, the bourgeoisie would soon lose its privileges, and the royalty that personifies it would be reduced to zero. Similarly, if the Democratic Assembly were composed of bourgeois, of men powerful through science and fortune, devoted to their principle, and capable of being replaced at any moment if they betrayed it, the dictatorship of the masses would fall quickly, and the proletarian would return to his proletariat.

It is therefore necessary for each form of government to surround itself with the conditions of stability best suited to its nature: hence the resistance of M. Guizot to electoral reform; hence the universal suffrage and the circular of M. Carnot.

But as nothing that creates a split in the People cannot last, it is also inevitable that these forms of tyranny perish one after the other, and, remarkably, always from the same cause, bourgeois tyranny from the poverty of the proletariat, proletarian tyranny from the ruin of the bourgeoisie, which is universal misery.

Such was not, on February 22, 23 and 24, the tendency of minds.

The bourgeoisie, tired of the turpitudes of its own government, marched on unwittingly — to cries of Long live reform! — to the Republic. The working masses, repeating with enthusiasm the cry of reform, caressing the bourgeoisie with their eyes and their voices, were also marching, unwittingly, to the Republic. The fusion of ideas and hearts was complete, the goal was the same, although the road we were taking was unknown to anyone.

From February 25 on, the Revolution, misunderstood, was distorted. From a social revolution, as it was in everyone’s mind, it was made political again; for it is always political to absorb, under the pretext of organization, labor into the State; and the line of demarcation between the bourgeoisie and the people, effaced for a moment, reappeared deeper and broader. Incapable of conceiving the republican ideal, given over to demagogic and mercantile routine, the Provisional Government worked to organize, instead of work, civil war and appalling miseries.

If the National Assembly does not put an end to this detestable policy, France will soon learn, by the most painful experience, what distance there is between the Republic and democracy.

5o La démocratie matérialiste et athée.

Si la monarchie est le marteau qui écrase le Peuple, la démocratie est la hache qui le divise : l’une et l’autre conclut également à la mort de la liberté.

Le suffrage universel est une sorte d’atomisme par lequel le législateur, ne pouvant faire parler le Peuple dans l’unité de son essence, invite les citoyens à exprimer leur opinion par tête, viritim, absolument comme le philosophe épicurien explique la pensée, la volonté, l’intelligence, par des combinaisons d’atomes. C’est l’athéisme politique, dans la plus mauvaise signification du mot. Comme si de l’addition d’une quantité quelconque de suffrages, pouvait jamais résulter une pensée générale !

C’est du choc des idées, que jaillit la lumière, disent les anciens. Cela est vrai et faux comme tous les proverbes. Entre le choc et la lumière il peut y avoir mille ans d’intervalle. L’histoire n’a commencé à se dévoiler pour nous que depuis un demi-siècle ; les idées qui autrefois s’agitèrent à Rome, à Athènes, à Jérusalem, à Memphis, n’ont éclairé que les hommes de notre temps. Le Peuple a parlé, sans doute ; mais sa parole, perdue à travers les voix individuelles, n’a été comprise de personne. La lumière que portaient les idées antiques a été dérobée aux contemporains. Elle a lui, pour la première fois, aux yeux des Vico, des Montesquieu, des Lessing, des Guizot, des Thierry, et de leurs émules. Est-ce aussi pour la postérité que nous devrons nous couper la gorge ?

Le moyen le plus sûr de faire mentir le Peuple, c’est d’établir le suffrage universel. Le vote par tête, en fait de gouvernement, et comme moyen de constater la volonté nationale, est exactement la même chose que serait, en économie politique, un nouveau partage des terres. C’est la loi agraire transportée du sol à l’autorité.

Parce que les auteurs, qui les premiers se sont occupés de l’origine des gouvernements, ont enseigné que tout pouvoir a sa source dans la souveraineté nationale, on a bravement conclu que le mieux était de faire voter, de la voix, du croupion, ou par bulletin, tous les citoyens, et que la majorité des suffrages ainsi exprimés était adéquate à la volonté du Peuple. On nous a ramenés aux usages des barbares, qui, à défaut de raisonnement, procèdent par acclamation et élection. On a pris un symbole matériel pour la vraie formule de la souveraineté. Et l’on a dit aux prolétaires : quand vous voterez, vous serez libres, vous serez riches ; vous décréterez le capital, le produit et le salaire ; vous ferez, comme d’autres Moïse, tomber du ciel les grives et la manne ; vous deviendrez comme des dieux, car vous ne travaillerez plus, ou vous travaillerez si peu, si vous travaillez, que ce sera comme rien.

Quoi qu’on fasse et quoi qu’on dise, le suffrage universel, témoignage de la discorde, ne peut produire que la discorde. Et c’est avec cette misérable idée, j’en ai honte pour ma patrie, que depuis 17 ans, on agite le pauvre Peuple ! C’est pour cela que bourgeois et travailleurs ont chanté en chœur la Marseillaise dans 70 banquets, et, après une révolution aussi glorieuse que légitime, se sont abandonnés à une secte de doctrinaires ! Six mois durant, les députés de l’opposition, comme des comédiens en congé, ont parcouru la province, et pour fruit de leurs représentations à bénéfice, à la place du privilège politique, ils nous ont rapporté, quoi ? l’agrariat politique ! C’est sous ce drapeau scissionnaire que nous prétendons conserver l’initiative du progrès, marcher à l’avant-garde des nations dans les conquêtes de la liberté, inaugurer l’harmonie sur le globe ! Hier, nous regardions avec pitié les Peuples qui n’avaient pas su, comme nous, s’élever aux sublimités constitutionnelles. Aujourd’hui, tombés cent fois plus bas, nous les plaignons encore, nous irions avec cent mille baïonnettes leur faire partager avec nous les bienfaits de l’absolutisme démocratique. Et nous sommes la grande nation ! Oh ! taisez-vous ; et si vous ne savez ni faire de grandes choses, ni exprimer de grandes idées, conservez-nous, du moins, le sens commun.

Ayez huit millions d’électeurs, ayez-en huit mille, votre représentation, avec des qualités différentes, n’en vaudra ni moins ni plus.

Faites neuf cents députés, faites-en quatre-vingt-dix ; et la loi qu’ils fabriqueront ; tantôt plus plébéienne, tantôt plus bourgeoise, n’en sera ni meilleure ni pire.

Si je fonde quelque espoir sur l’Assemblée nationale, C’est bien moins à cause de son origine et du nombre de ses membres, qu’en raison des évènemens qui ne peuvent manquer de lui porter conseil, et du travail de la raison publique, qui sera à l’Assemblée nationale ce que la lumière est au daguerréotype.

5 Materialist and atheistic democracy.

If the monarchy is the hammer that crushes the People, democracy is the axe that divides it: both equally conclude with the death of freedom.

Universal suffrage is a kind of atomism by which the legislator, unable to make the People speak in the unity of its essence, invites the citizens to express their opinion person by person, viritim, absolutely as the Epicurean philosopher explains thought, will, intelligence, by combinations of atoms. It is political atheism, in the worst sense of the word. As if the addition of any number of votes could ever result in a general thought!

It is the clash of ideas that casts the light, say the ancients. This is true and false, like all proverbs. Between the shock and the light there may be a thousand years of interval. History only began to unfold for us half a century ago; the ideas that once stirred in Rome, Athens, Jerusalem, Memphis, have enlightened only the men of our time. The People has spoken, no doubt; but its word, lost through individual voices, was understood by no one. The light carried by ancient ideas has been shielded from contemporaries. It shines, for the first time, in the eyes of the Vicos, the Montesquieus, the Lessings, the Guizots, the Thierrys, and their emulators. Is it also for posterity that we must cut our own throats?

The surest way to make the People lie is to establish universal suffrage. The vote by head, in terms of government, and as a means of ascertaining the national will, is exactly the same thing as a new division of lands would be in political economy. It is agrarian law transferred from the soil to authority.

Because the authors, who were the first to deal with the origin of governments, taught that all power has its source in national sovereignty, it has been bravely concluded that the best thing was to make all the citizens vote, by voice, by croupion or by ballot, and that the majority of the votes thus cast were adequate to the will of the People. We have been brought back to the customs of the barbarians, who, in default of reasoning, proceed by acclamation and election. A material symbol has been taken for the true formula of sovereignty. And we said to the proletarians: when you vote, you will be free, you will be rich; you will decree the capital, the product and the wages; you will, like other Moses, cause thrushes and manna to fall from heaven; you will become like gods, for you will no longer work, or you will work so little, if you work, that it will be like nothing.

Whatever one does and whatever one says, universal suffrage, testimony to discord, can only produce discord. And it is with this miserable idea, I am ashamed of it for my country, that for 17 years, we have been agitating the poor People! This is why bourgeois and workers sang the Marseillaise in chorus in 70 banquets, and, after a revolution as glorious as legitimate, abandoned themselves to a sect of doctrinaires! For six months, the deputies of the opposition, like actors on leave, have traveled the province, and as a result of their representations for benefit, in the place of political privilege, they have brought us back, what? Political agrarianism! It is under this split flag that we claim to preserve the initiative of progress, to march in the vanguard of nations in the conquests of liberty, to inaugurate harmony on the globe! Yesterday, we watched with pity the Peoples who had not been able, like us, to rise to constitutional sublimity. Today, fallen a hundred times lower, we still pity them, we would go with a hundred thousand bayonets to make them share with us the benefits of democratic absolutism. And we are the great nation! Oh! shut up; and if you know neither how to do great things nor how to express great ideas, preserve for us, at least, common sense.

Have eight million voters, have eight thousand, your representation, with different qualities, will be worth neither less nor more.

Make nine hundred deputies, make ninety; and the law they will make; sometimes more plebeian, sometimes more bourgeois, will be neither better nor worse.

If I base some hope on the National Assembly, it is much less because of its origin and the number of its members, than because of the events that cannot fail to bring it advice, and the work of public reason, which will be to the National Assembly what light is to the daguerreotype.

6o La démocratie rétrograde et contradictoire.

Dans la monarchie, les actes de Gouvernement sont un déploiement de l’autorité ; dans la démocratie, ils sont constitutifs de l’autorité. L’autorité qui dans la monarchie est principe de l’action gouvernementale, dans la démocratie est le but du gouvernement. Il en résulte que la démocratie est fatalement rétrograde, et qu’elle implique contradiction.

Plaçons-nous au point de départ de la démocratie, au moment du suffrage universel.

Tous les citoyens sont égaux, indépendants. Leur collection égalitaire est le point de départ du pouvoir : c’est le pouvoir lui-même, dans sa plus haute expression, dans sa plénitude.

En vertu du principe démocratique, tous les citoyens doivent participer à la formation de la loi, au gouvernement de l’État, à l’exercice des fonctions publiques, à la discussion du budget, à la nomination des fonctionnaires. Tous doivent être consultés et dire leur avis sur la paix et la guerre, les traités de commerce et d’alliance, les entreprises coloniales, les travaux d’utilité publique, les récompenses à décerner, les peines à infliger ; tous enfin doivent payer leur dette à la patrie, comme contribuables, jurés, juges, et soldats.

Si les choses pouvaient se passer de la sorte, l’idéal de la démocratie serait atteint ; elle aurait une existence normale, elle se développerait en sens direct de son principe, comme toutes les choses qui ont vie et développement. C’est ainsi que le gland devient chêne, et l’embryon animal ; c’est ainsi que la géométrie, l’astronomie, la chimie, sont le développement à l’infini d’un petit nombre d’élémens.

C’est tout autre chose dans la démocratie, qui n’existe pleinement, d’après les auteurs, qu’à l’instant des élections, et pour la formation du pouvoir législatif. Cet instant passé, la démocratie se reploie ; elle rentre sur elle-même, et commence son travail anti-démocratique ; elle devient Autorité. L’autorité était l’idole de M. Guizot ; c’est aussi celle des démocrates.

Il n’est pas vrai, en effet, dans aucune démocratie, que tous les citoyens participent à la formation de la loi : cette prérogative est réservée aux représentants.

Il n’est pas vrai qu’ils délibèrent sur toutes les affaires publiques, intérieures et extérieures : c’est l’apanage, non plus même des représentants, mais des ministres. Les citoyens causent des affaires, les ministres seuls en délibèrent.

Il n’est pas vrai que chaque citoyen remplisse une fonction publique : ces fonctions étant improductives doivent être réduites le plus possible ; par leur nature, elles sont donc exclusives de l’immense majorité des citoyens. Jadis, chez les Grecs, chaque citoyen occupait un emploi salarié par le trésor de l’État : sous ce rapport, l’idéal de La démocratie fut réalisé à Athènes et à Sparte. Mais les Grecs vivaient du travail des esclaves, et la guerre remplissait leur trésor : l’abolition de l’esclavage, la difficulté de plus en plus grande de la guerre ont rendu la démocratie impossible aux nations modernes.

Il n’est pas vrai que les citoyens participent à la nomination des fonctionnaires ; de plus, cette participation est impossible comme la précédente, puisqu’elle aurait pour effet de créer l’anarchie dans le mauvais sens du mot. C’est le pouvoir qui nomme ses subordonnés, tantôt suivant son bon plaisir, tantôt d’après certaines conditions d’admission ou d’avancement, indépendantes de la volonté des ministres, comme de celle des citoyens. L’unité du gouvernement, l’ordre et la discipline des fonctionnaires, la centralisation exigent qu’il en soit ainsi. L’article 13 de la charte de 1830 qui attribuait au roi la nomination à tous les emplois d’administration publique, est à l’usage de la démocratie comme de la royauté. Tout le monde, dans la révolution qui vient de s’accomplir, l’a compris de la sorte, à tel point qu’on a pu croire que c’était la dynastie du National qui succédait à la dynastie d’Orléans.

Il n’est pas vrai enfin que tous les citoyens participent à la justice et à la guerre : comme juges et officiers, la plupart sont éliminés ; comme jurés et simples soldats, tous s’abstiennent le plus qu’ils peuvent. En un mot, la hiérarchie dans le gouvernement étant la première condition du gouvernement, la démocratie est une chimère.

La raison que donnent de ceci tous les auteurs mérite qu’on l’étude. Le Peuple, disent-ils, est hors d’état, par son ignorance, de se gouverner lui-même ; et quand il le saurait, il ne le pourrait pas. Tout le monde ne peut pas en même temps commander et gouverner ; il faut que l’autorité appartienne seulement à quelques-uns qui l’exercent au nom et par la délégation de tous.

Ignorance ou impuissance, le Peuple, d’après la théorie démocratique, est incapable de se gouverner : la démocratie, comme la monarchie, après avoir posé comme principe la souveraineté du Peuple, aboutit à une déclaration de l’incapacité du Peuple !

Ainsi l’entendent nos démocrates, qui, une fois au gouvernement, ne songent qu’à consolider et fortifier dans leurs mains l’autorité. Ainsi l’a compris la multitude, qui s’est ruée aux portes de l’Hôtel-de-Ville, demandant des fonctions, de l’argent, du travail, du crédit, du pain ! Et voilà bien notre nation, monarchique jusqu’à la moëlle, idolâtre du pouvoir, dépourvue d’énergie individuelle et d’initiative républicaine, accoutumée à tout attendre de l’autorité, à ne rien faire que par autorité ! Quand la monarchie ne nous vient pas d’en haut, comme autrefois, ou du champ de bataille, comme en 1800, ou dans les plis d’une charte, comme en 1814 ou 1830, nous la proclamons sur la place publique, entre deux barricades, en assemblée électorale, ou dans un banquet patriotique. Buvez à la santé du Peuple, et la multitude vous couronnera ! Quoi donc ? est-ce que la royauté est le but et la démocratie le moyen ?…

Que les auteurs en pensent ce qu’ils voudront, la République est aussi opposée à la démocratie qu’à la monarchie. Dans la République, tout le monde règne et gouverne ; le Peuple pense et agit comme un seul homme ; les représentants sont des plénipotentiaires à mandat impératif et révocable à volonté ; la loi est l’expression de la volonté unanime ; il n’y a d’autre hiérarchie que la solidarité des fonctions, d’autre aristocratie que celle du travail, d’autre initiative que celle des citoyens.

Voilà la République, voilà la souveraineté du Peuple !

6 Retrograde and contradictory democracy.

In a monarchy, acts of government are a display of authority; in a democracy, they are constitutive of authority. Authority, which in a monarchy is the principle of governmental action, in a democracy is the goal of government. It follows that democracy is inevitably retrograde, and that it implies contradiction.

Let us place ourselves at the starting point of democracy, at the moment of universal suffrage.

All citizens are equal, independent. Their egalitarian collection is the starting point of power: it is power itself, in its highest expression, in its fullness.

Under the democratic principle, all citizens must participate in the formation of law, the government of the state, the exercise of public functions, the discussion of the budget, the appointment of civil servants. All must be consulted and give their opinion on peace and war, commercial and alliance treaties, colonial enterprises, works of public utility, the rewards to be awarded, the penalties to be inflicted; finally, all must pay their debt to the country, as taxpayers, jurors, judges, and soldiers.

If things could happen in this way, the ideal of democracy would be achieved; it would have a normal existence, it would develop in the direct sense of its principle, like all things that have life and development. It is thus that the acorn becomes an oak, and the embryo an animal; it is thus that geometry, astronomy, chemistry, are the infinite development of a small number of elements.

It is quite another thing in democracy, which fully exists, according to the authors, only at the moment of elections, and for the formation of the legislative power. This moment passed, democracy falls back; it returns to itself, and begins its anti-democratic work; it becomes Authority. Authority was M. Guizot’s idol; it is also that of the democrats.

It is not true, in fact, in any democracy that all citizens participate in the formation of the law: this prerogative is reserved for representatives.

It is not true that they deliberate on all public affairs, internal and external: this is the prerogative, no longer even of representatives, but of ministers. The citizens discuss affairs, the ministers alone deliberate on them.

It is not true that each citizen fulfills a public function: these functions being unproductive must be reduced as much as possible; by their nature, they therefore exclude vast majority of citizens. Formerly, among the Greeks, each citizen occupied a salaried employment by the treasury of the State: in this respect, the ideal of Democracy was realized in Athens and in Sparta. But the Greeks lived on slave labor, and war filled their treasury: the abolition of slavery, the increasing difficulty of war made democracy impossible for modern nations.

It is not true that citizens participate in the appointment of officials; moreover, this participation is impossible like the previous one, since it would have the effect of creating anarchy in the bad sense of the word. It is the governmental power that appoints its subordinates, sometimes according to its good pleasure, sometimes according to certain conditions of admission or advancement, as independent of the will of the ministers as it is of that of the citizens. Unity of government, order and discipline of officials, centralization demand that it be so. Article 13 of the charter of 1830, which attributed to the king the appointment to all posts in public administration, is for the use of democracy as well as royalty. Everyone, in the revolution that has just been accomplished, understood it in this way, to such an extent that one could believe that it was the dynasty of the National which succeeded the dynasty of Orleans.

Finally, it is not true that all citizens participate in justice and in war: as judges and officers, most are eliminated; as jurors and privates, all abstain as much as they can. In a word, hierarchy in government being the first condition of government, democracy is a chimera.

The reason that all authors give for this deserves study. The People, they say, is incapable, by its ignorance, of governing itself; and when he knew, he could not. Not everyone can command and govern at the same time; authority must belong only to a few who exercise it in the name and by delegation of all.

Ignorance or impotence, the People, according to democratic theory, is incapable of governing itself: democracy, like monarchy, after having established the sovereignty of the People as a principle, results in a declaration of the incapacity of the People!

This is how it is understood by our democrats, who, once in government, only think of consolidating and fortifying authority in their own hands. Thus understood the multitude, who rushed to the gates of the Hôtel-de-Ville, asking for functions, money, work, credit, bread! And here is our nation, monarchical to the marrow, idolater of power, devoid of individual energy and republican initiative, accustomed to expecting everything from authority, to doing nothing except by authority! When the monarchy does not come to us from above, as in the past, or from the battlefield, as in 1800, or in the folds of a charter, as in 1814 or 1830, we proclaim it in the public square, between two barricades, in an electoral assembly, or in a patriotic banquet. Drink to the health of the People, and the multitude will crown you! What? Is royalty the end and democracy the means?…

Let the authors think what they will, the Republic is as opposed to democracy as it is to monarchy. In the Republic, everyone reigns and governs; the People thinks and acts as one man; the representatives are plenipotentiaries with an imperative mandate that can be revoked at will; the law is the expression of the unanimous will; there is no other hierarchy than the solidarity of functions, no other aristocracy than that of labor, no other initiative than that of the citizens.

This is the Republic, this is the sovereignty of the People!

III.

La démocratie affirmant la souveraineté du Peuple est comme la théologie à genoux devant le saint ciboire : ni l’une ni l’autre ne peut prouver le Christ qu’elle adore, et encore moins le manifester.

Et quand on demande à la démocratie, impuissante à établir la légitimité et l’authenticité de son principe, à quoi elle peut être utile pour le bonheur de la société, la démocratie répond en accusant la monarchie, l’arbitraire de son gouvernement, ses privilèges, corruptions et dilapidations ; ses dédains pour la classe travailleuse, ses préférences pour la classe bourgeoise : promettant, quant à elle, d’agir autrement, et de faire tout l’opposé de la monarchie. — C’est encore ainsi que la théologie, lorsqu’on l’interroge sur son utilité positive, remonte au péché du premier homme, s’en prend à l’idolâtrie et au diable, accuse le désordre des passions, l’incertitude de la raison, la vanité des choses de ce monde, offrant de nous conduire à la vie éternelle par les sacremens et les indulgences.

La démocratie, en un mot, est, dans son point de départ une négation, dans sa forme une négation, dans son but encore une négation.

Mais, du moins, cette négation est-elle vraie ? Est-il vrai que la démocratie, par ses institutions, profitera plus au Peuple que la monarchie ? que son gouvernement coûtera moins que celui de la royauté ? Cette question est la dernière qui nous reste à examiner.

III.

Democracy affirming the sovereignty of the People is like theology on its knees before the holy ciborium: neither can prove the Christ whom it worships, let alone manifest Him.

And when democracy, powerless to establish the legitimacy and authenticity of its principle, is asked how it can be useful for the happiness of society, democracy responds by accusing the monarchy, the arbitrariness of its government, its privileges, corruptions and squanderings; her disdain for the working class, her preferences for the bourgeois class: promising, for her part, to act differently, and to do the complete opposite of the monarchy. It is also thus that theology, when it is questioned about its positive utility, goes back to the sin of the first man, attacks idolatry and the devil, accuses the disorder of the passions, the uncertainty of reason, the vanity of the things of this world, offering to lead us to eternal life by sacraments and indulgences.

Democracy, in a word, is in its starting point a negation, in its form a negation, in its goal still a negation.

But, at least, is this negation true? Is it true that democracy, through its institutions, will benefit the people more than monarchy? that its government will cost less than that of royalty? This question is the last that remains for us to consider.

1. La démocratie impuissante à résoudre la question sociale.

Ce que les saint-simoniens ont appelé très improprement, comme nous le démontrerons par la suite, organisation du travail, n’est autre chose que la République.

République, réforme sociale, liberté, égalité, fraternité, c’est tout un. Or, regardez ce qui se passe sous vos yeux.

Qui est-ce qui règne et gouverne en ce moment à l’Hôtel-de-Ville ? Qui envoie des commissaires dans les départemens, qui nomme et destitue les fonctionnaires, qui parle à l’Europe étonnée et attentive, qui fait les élections, dissout les compagnies d’élite de la garde nationale, donne cours forcé aux billets de banque, ajourne les remboursemens de la caisse d’épargne, crée des comptoirs, perçoit l’impôt par avance, frappe des contributions extraordinaires, donne la comédie gratis, multiplie, sous le nom de comptoirs de garantie, les Mont-de-Piété, prend toutes les mesures de salut public ? — la démocratie.

Qui est-ce qui s’agite, se cherche, sans pouvoir parvenir à se formuler, au Luxembourg ? — la République.

Dès le lendemain de la Révolution, la démocratie et la République, comme si elles se fussent dit un éternel adieu, se séparaient. Les hommes politiques, les notabilités de la science, du barreau et de la presse, prirent pour eux la démocratie. La République échut en partage à un historiographe, assez avisé pour juger qu’il recevait la meilleure part, mais si infecté lui-même de préjugés démocratiques, qu’avec la meilleure volonté, le caractère le plus entreprenant, le concours des socialistes les moins suspects, il est venu à bout, en quinze jours, de faire désespérer de la République.

S’il m’était permis d’offrir le tribut de mes conseils à M. Blanc, je lui dirais :

« La question sociale restera pour vous insoluble tant que vous la traiterez par la méthode démocratique, matérialiste et divisionnaire, au lieu de procéder d’ensemble et synthétiquement. Car voyez ce que vous faites.

» Tantôt vous excitez la concurrence entre ouvriers et maîtres, tantôt vous la supprimez en abolissant les tâches et marchandages. Un jour, vous supprimez le travail des couvens et des prisons, et le lendemain, vous proposez de fonder quatre grands hospices pour loger les ouvriers pauvres, qui deviendront ainsi des ouvriers de privilège. Vous voulez détruire le paupérisme, et vous le consacrez par les secours et palliatifs que vous lui apportez sous toutes les formes. Par égard pour l’intérêt spirituel des ouvriers, vous réduisez les heures de travail, et vous compromettez par cette réduction leur subsistance. Vous dissertez tour à tour sur le capital, le salaire ; le crédit, les machines ; vous proposez d’organiser une commune d’essai, dans un milieu inassocié ; et vous ne voyez pas que par ces tentatives partielles, vous vous égarez de plus en plus dans le labyrinthe. Tout cela serait peut-être utile, si vous ne vouliez que faire une revue des problèmes économiques, et constater leur opposition. Mais procéder de la sorte, avec l’intention avouée d’arriver à une solution, c’est être à rebours de la logique et tourner le dos au but que vous vous proposez d’atteindre. Vous faites pour l’organisation du travail précisément ce que fait la démocratie pour exprimer la souveraineté du Peuple. Vous demandez à des élémens parcellaires une conclusion qu’ils ne peuvent jamais fournir, puisque la solution que vous croyez avoir trouvée pour l’un est constamment infirmée par la solution que vous donnez à l’autre ; comme dans le suffrage universel, la moitié plus une des voix, donne tort à l’autre moitié, ce qui est, à proprement parler, un escamotage de la République.

» Il faut changer de marche, ou renoncer à votre entreprise. Si vous n’avez l’esprit assez puissant, la conception assez large pour concilier dans un même principe toutes les questions, toutes les opinions, tous les intérêts, même antagonistes, vous ne ferez qu’augmenter le désordre. Vous faites la besogne de la démocratie, et vous trahissez la République. »

La démocratie suppose, à priori, l’indépendance absolue des citoyens. Elle n’admet entre eux de solidarité que celle qu’ils ont librement consentie. L’idée qu’elle se fait de la société est celle d’un contrat, avoué ou tacite, dont les clauses sont l’expression d’une volonté souveraine en soi et inviolable. Elle ne comprend la liberté et l’égalité qu’à la manière barbare, c’est à dire comme droits négatifs, l’un de tout empêchement, l’autre de toute supériorité. Elle n’y voit pas, avec l’économiste, le produit d’une organisation dans laquelle chaque existence est la résultante de toutes les autres existences.

Pour ce qui concerne l’État, ce n’est, aux yeux de la démocratie, qu’une trêve rendue permanente entre des individualités implacables, qui ne transigent jamais que sur les points où il n’y a plus d’intérêt pour personne à se battre ; ou si parfois la démocratie saisit l’État dans ce qu’il a de réel et de positif, elle le considère seulement comme instrument de domination, et elle tend en conséquence à y faire entrer le plus de monde possible, ce qui ramène toujours l’insolidarité et l’anarchie.

Dans une telle disposition d’esprit, et avec de pareilles idées, comment la démocratie devait-elle considérer la question sociale ? et comment pouvait-elle essayer de la résoudre ?

La démocratie ne pouvait concevoir qu’une chose, c’est que le pouvoir, passant de la classe privilégiée à la classe travailleuse, devenait pour celle-ci un moyen d’émancipation aux dépens de celle-là ; qu’ainsi le pouvoir était moyen de liberté pour le prolétaire, par la réduction du travail, l’augmentation du salaire, la participation aux bénéfices des maîtres, etc. ; — moyen d’égalité, par la réforme de l’impôt, de proportionnel rendu progressif ; par la concurrence faite aux entrepreneurs au moyen de primes accordées par l’État aux travailleurs dits nationaux et payées par les entrepreneurs ; par l’application du principe électif à tous les emplois ; — moyen de fraternité par la création de caisses de secours, pensions, retraites, établissemens philanthropiques de toute nature entretenus aux frais des riches et au profit des prolétaires.

L’expérience et la théorie ont démontré que tous ces moyens étaient impraticables, et que leur application serait la ruine et la conflagration de la société, Mais la démocratie ne s’inquiète point des leçons de la science et de l’enseignement des faits. Elle a le pouvoir, elle règne et gouverne ; elle inscrit en tête de tous ses actes les mots sacramentels de liberté, égalité, fraternité ; elle a la ferme résolution d’appliquer ses principes. ; nulle opposition ne peut la retenir ; il faut s’attendre à tout. Advienne que pourra ! L’organisation de la société n’est, pour le démocrate, que le renversement des rapports établis : cela résulte invariablement de tous les programmes publiés au nom de la démocratie.

Citons un exemple.

M. de Lamartine, dans sa déclaration de principes du 24 octobre 1847, après s’être prononcé pour la monarchie représentative et héréditaire, après avoir exprimé son admiration pour la pyramide des trois pouvoirs, royauté, chambre des pairs, chambre des députés, propose :

La souveraineté exercée du Peuple. — Exercée par qui ? comment ? M. de Lamartine ne soupçonne seulement pas l’immensité du problème.

Le droit électoral réparti à tous les citoyens. — C’est la loi agraire ; c’est plus que cela, c’est l’aliénation de la souveraineté.

Les assemblées primaires nommant des électeurs pour une fonction temporaire ; les électeurs nommant des représentans pour un temps limité. — Représentation à triple étage, conséquence de la pyramide. Que deviendras-tu, ô Peuple, quand ta souveraineté aura passé par cette filière ?

Les représentans, non pas livrés à la corruption des ministres, mais salariés par le Peuple, pour enlever tout prétexte à leur servilité. — Tout citoyen étant censé vivre de son travail, l’indemnité allouée au député est en soi une chose juste. Mais le motif donné par M. de Lamartine est pitoyable. En quoi le salaire du député serait-il un obstacle à la corruption ministérielle ? Comme si l’homme vénal était embarrassé de recevoir des deux mains ! À la corruption ministérielle on ajoute une prime de 25 fr. par jour : je ne vois pas jusque là de réforme.

Les fonctionnaires à leurs postes et non pas dans les chambres où ils jouent deux rôles incompatibles, celui de contrôleurs et de contrôlés. — M. de Lamartine établit des incompatibilités. Soit : je le prie seulement de pousser son principe jusqu’au bout. Il y a, si l’on veut, incompatibilité à ce qu’un procureur-général vote le budget de la justice ; un militaire, le budget de l’armée ; un préfet, le budget de la police ; un ingénieur, le budget des travaux publics. Mais il y a incompatibilité aussi à ce qu’un négociant, un manufacturier, un commissionnaire, vote une loi de régie, d’octroi ou de douane ; un propriétaire, une loi de contribution foncière ; un marchand de vin, une loi sur les boissons ; un banquier, une loi de finance, un projet d’emprunt ou de conversion, etc., etc., etc. Il y a incompatibilité entre toutes les fonctions sociales et le vote du budget et des lois. Les propriétaires fonciers, sous prétexte que l’agriculture est la nourrice de l’État, veulent qu’on réduise leur part ; les industriels demandent des protections ; les voituriers des franchises, comme les fonctionnaires publics des augmentations de traitement. Votre système représentatif est absurde, vous dis-je : la contradiction y fourmille partout.

Une Assemblée nationale. — Dites une conjuration, à moins que ce ne soit une confusion.

La liberté de l’enseignement, sauf la police des mœurs, — Ce n’est pas de l’organisation.

La liberté de la presse par la révocation des lois de septembre. — Ce n’est pas de l’organisation.

Une armée permanente et une armée de réserve. — Pourquoi faire ? Ce n’est toujours pas de l’organisation.

L’enseignement gratuit. — Gratuit ! vous voulez dire payé par l’État. Or, qui paiera l’État ? le Peuple. Vous voyez que l’enseignement n’est pas gratuit. — Mais ce n’est pas tout. Qui profitera le plus de l’enseignement gratuit, du riche ou du pauvre ? Évidemment ce sera le riche : le pauvre est condamné au travail dès le berceau. Ainsi la gratuité de l’enseignement produira exactement le même effet que les bourses données par M. Guizot aux électeurs : qu’en pensez-vous, citoyens ?

Enfin, comment M. de Lamartine accorde-t-il la gratuité de l’enseignement avec la liberté de l’enseignement ? L’État paiera-t-il les instituteurs primaires et les Ignorantins ? les collèges des jésuites et ceux de l’Université ? C’est impossible. Or, si l’État paie les uns et ne paie pas les autres, la liberté n’existe pas, puisque l’égalité est détruite. C’est toujours de l’exclusion ; ce n’est pas de l’organisation, et encore moins de la conciliation.

La fraternité en principe et en institutions. — Comment cela ? Est-ce que l’on décrète la fraternité ?

La liberté progressive du commerce et des échanges. — La liberté progressive du commerce est comme l’extension progressive du droit électoral. Si le commerce ne peut être libre que sous condition, il ne le sera jamais. L’inégalité des moyens est éternelle ; et sous le régime de la propriété, cette inégalité ne se compense pas.

La vie à bon marché par la réduction des taxes qui pèsent sur les alimens. — La propriété foncière est déjà surchargée ; la circulation surchargée ; les droits de mutation excessifs ; il en est ainsi de tous les impôts. Où prendrez-vous cinq cents millions que produisent les taxes qui pèsent sur les alimens ?

Une taxe des pauvres, malgré les calomnies par lesquelles l’égoïsme des économistes cherche à décréditer cette institution. — J’ose affirmer à M. de Lamartine que le Peuple est sur ce point du même avis que les économistes. Le Peuple demande, non une taxe des pauvres, un brevet de perfectionnement de la misère ; il demande qu’il n’y ait plus de pauvres. La taxe des pauvres, c’est de la philanthropie, ce n’est pas de l’organisation.

Les enfans trouvés adoptés par l’État. — Philanthropie ! Le Peuple demande qu’il n’y ait plus d’enfans trouvés, il veut que toutes les filles soient sages ; et vous, vous proposez de nourrir aux frais des vierges les bâtards des prostituées. À ce régime là, nous serons bientôt en pleine phanérogamie : alors la famille deviendra ce qu’il plaira à Dieu !

L’extinction de la mendicité. — Oui, au moyen de la taxe.

Des asiles pour les infirmes. — C’est de la philanthropie.

Des ateliers de travail pour les valides. — Et sans doute aussi des débouchés !

La charité sociale promulguée par de nombreuses lois à tous les besoins, à toutes tes souffrances, à toutes les misères du Peuple. — C’est à dire que pour subvenir à tous les besoins, à toutes les souffrances, à toutes les misères, M. de Lamartine ne demande qu’une chose : de l’argent !

Un budget de la libéralité de l’État. — Des fonds secrets ! de l’argent !

Un ministère de la bienfaisance publique. — De l’argent.

Un ministère de la vie du Peuple. — De l’argent, de l’argent, toujours de l’argent, voilà le nerf de la démocratie comme de la guerre. Donnez à la démocratie beaucoup d’argent et elle fera tout ce que vous voudrez. De l’argent pour les députés, de l’argent pour les infirmes, de l’argent pour les mendians, de l’argent pour les savans, les artistes, les gens de lettres ; pour tous ceux qui seront amis du gouvernement, ou amis des amis du gouvernement ; de l’argent pour tout le monde, comme des dragées à un baptême. Mais les moyens de se procurer tout cet argent, M. de Lamartine n’en parle pas : c’est la seule chose qu’il oublie.

Pour couronner ce programme, M. de Lamartine, après avoir dit en parlant de son Histoire des Girondins : « J’ai commencé ce livre girondin, je l’ai fini montagnard, » publiait dans la Presse du 16 novembre, à propos du banquet socialiste d’Autun, la profession de foi que voici :

« Nous sommes de la foi de Mirabeau, de Bailly, de Syeyès, de Vergniaud, de Lanjuinais, de Lafayette ; nous ne sommes pas du schisme de Desmoulins. » Il observait en outre que Robespierre et Danton avaient été contre les enivreurs du Peuple qui ne veulent pas de propriété.

M. de Lamartine, en un mot, est démocrate ; il l’est par le cœur, par les idées, par la logique, par la philanthropie : il n’est pas républicain.

Tous les programmes, tous les vœux qui ont été émis dans les soixante-dix banquets qui ont amené la chute de la dynastie, rentrent dans le programme de M. de Lamartine. C’est toujours le même préjugé représentatif, toujours le même culte de la multitude, toujours les mêmes palliatifs de philanthropie.

Et tout ce qui se fait, se prépare, se médite, au Luxembourg comme à l’Hôtel-de-Ville, est inspiré du même génie.

La démocratie encouragera la caisse d’épargne, développera l’assurance, créera une caisse de retraite, fera empierrer quelque route, reboiser quelque crête, draguer quelque rivière, reporter quelque terrain ; elle donnera dix millions aux fouriéristes pour expérimenter l’organisation du travail sur une lieue carrée, et logera aux frais de l’État quelques centaines de travailleurs pauvres. — Pour cela, elle augmentera le budget de 600 millions ; elle s’emparera de la grande, et puis de la petite industrie ; elle dépréciera les valeurs industrielles et commerciales ; elle tarira la source des capitaux ; elle affligera le travail libre, inquiétera le commerce libre, tuera l’enseignement libre, menacera la consommation libre, proscrira le suffrage libre.

C’est pour cela que la démocratie arrête en ce moment la circulation, pour cela qu’elle fait fermer les ateliers, pour cela qu’elle frappe de nullité les transactions, pour cela qu’elle clot le marché, pour cela qu’elle met le commerce, et l’industrie, et l’agriculture, et l’État, en faillite. Or, en matière de gouvernement, tout ce qui résulte logiquement du principe, est imputable à l’intention.

La liberté, sachez-le bien, est incompatible avec la démocratie comme avec la monarchie. Autrefois, c’était sur l’esclavage d’une caste que se fondait l’existence de la démocratie ; maintenant ce sera sur l’esclavage de tout le monde.

1. Democracy powerless to solve the social question.

What the Saint-Simonians called very improperly, as we will demonstrate later, organization of labor is nothing but the Republic.

Republic, social reform, liberty, equality, fraternity, it is all one. But look at what is happening before your eyes.

Who reigns and governs at this moment at the Hôtel-de-Ville? Who sends commissioners to the departments, who appoints and dismisses civil servants, who speaks to astonished and attentive Europe, who holds elections, dissolves the elite companies of the national guard, gives forced circulation to banknotes, adjourns reimbursements from the savings bank, creates counters, collects taxes in advance, strikes extraordinary contributions, gives comedy for free, multiplies, under the name of counters of guarantee, Mont-de-Piété, takes all the public safety measures? — democracy.

What stirs, looking for itself, without being able to formulate itself, at the Luxembourg? — the Republic.

From the day after the Revolution, democracy and the Republic, as if they had said an eternal farewell, separated. The politicians, the notabilities of science, of the bar and of the press, took democracy for themselves. The Republic fell in share to a historiographer, wise enough to judge that he received the best share, but so infected himself with democratic prejudices, that with the best will, the most enterprising character, the cooperation of the least suspect Socialists, he succeeded in a fortnight in making the Republic despair.

If I were permitted to offer the tribute of my advice to M. Blanc, I would say to him:

“The social question will remain insoluble for you as long as you treat it by the democratic, materialist and divisional method, instead of proceeding as a whole and synthetically. Because see what you’re doing.

“Sometimes you stimulate competition between workers and masters, sometimes you suppress it by abolishing tasks and haggling. One day, you abolish the work of the convents and prisons, and the next day, you propose to found four large hospitals to lodge the poor workers, who will thus become workers of privilege. You want to destroy pauperism, and you consecrate it by the relief and palliatives that you bring to it in all forms. Out of consideration for the intellectual interest of the workers, you reduce the hours of work, and you compromise by this reduction their subsistence. You talk in turn about capital, wages; credit, machinery; you propose to organize a trial commune, in an unassociated environment; and you do not see that by these partial attempts, you get more and more lost in the maze. All of this might be helpful, if you just wanted to review the issues.economics, and note their opposition. But to proceed in this way, with the avowed intention of arriving at a solution, is to go against logic and turn your back on the goal you propose to achieve. You do for the organization of labor precisely what democracy does to express the sovereignty of the People. You ask fragmentary elements for a conclusion that they can never furnish, since the solution that you believe you have found for one is constantly invalidated by the solution that you give to the other; as in universal suffrage, half plus one of the votes proves the other half in the wrong, which is, properly speaking, a trickery of the Republic.

“You have to change course, or give up your business. If you don’t have a powerful enough mind, a broad enough conception to reconcile in the same principle all the questions, all the opinions, all the interests, even antagonistic ones, you will only increase the disorder. You are doing the work of democracy, and you are betraying the Republic.”

Democracy presupposes, a priori, the absolute independence of citizens. It only admits of solidarity between them that which they have freely consented to. The idea it has of society is that of a contract, avowed or tacit, whose clauses are the expression of a sovereign will in itself and inviolable. It understands freedom and equality only in the barbaric way, that is to say as negative rights, one of all impediments, the other of all superiority. It does not see in it, like the economist, the product of an organization in which each existence is the result of all the other existences.

As far as the State is concerned, it is, in the eyes of democracy, only a truce made permanent between implacable individualities, who never compromise except on points where there is no longer any interest for anyone to fight; or if sometimes democracy seizes the State in what is real and positive about it, it considers it only as an instrument of domination, and it consequently tends to bring in as many people as possible, which always brings back the insolidarity and anarchy.

In such a frame of mind, and with such ideas, how should democracy consider the social question? And how could it try to solve it?

Democracy could only conceive of one thing, which was that power, passing from the privileged class to the working class, became for the latter a means of emancipation at the expense of the former; that thus power was a means of freedom for the proletarian, by the reduction of work, the increase of wages, the participation in the profits of the masters, etc.; — means of equality, through the tax reform, of proportionality made progressive; by competition with contractors by means of bonuses granted by the State to so-called national workers and paid by the contractors; by applying the elective principle to all jobs; — means of fraternity by the creation of relief funds, pensions, retreats, philanthropic establishments of all kinds maintained at the expense of the rich and for the benefit of the proletarians.

Experience and theory have demonstrated that all these means were impracticable, and that their application would be the ruin and conflagration of society. But democracy is not concerned with the lessons of science and the teaching of facts. She has the power, she reigns and governs; it inscribes at the head of all its acts the sacramental words of liberty, equality, fraternity; it has the firm resolution to apply its principles; no opposition can hold it back; everything is to be expected. Come what may! The organization of society is, for the democrat, only the reversal of established relations: this invariably results from all the programs published in the name of democracy.

Let’s cite an example.

M. de Lamartine, in his declaration of principles of October 24, 1847, after having declared himself in favor of the representative and hereditary monarchy, after having expressed his admiration for the pyramid of the three powers, royalty, chamber of peers, chamber of deputies, proposes:

The exercised sovereignty of the People. — Exercised by whom? How? M. de Lamartine does not even suspect the immensity of the problem.

Electoral rights distributed to all citizens. —It is the agrarian law; it is more than that, it is the alienation of sovereignty.

Primary assemblies appointing electors for temporary office; voters appointing representatives for a limited time. — Representation on three stages, consequence of the pyramid. What will become of you, O People, when your sovereignty has passed through this channel?

The representatives, not given over to the corruption of the ministers, but salaried by the people, to remove any pretext for their servility. — Since every citizen is supposed to live from his work, the indemnity granted to the deputy is in itself a fair thing. But the motive given by M. de Lamartine is pitiful. How would the deputy’s salary be an obstacle to ministerial corruption? As if the venal man were embarrassed to receive with both hands! To ministerial corruption is added a bonus of 25 francs per day: I do not see any reform so far.

Officials at their posts and not in the chambers where they play two incompatible roles, that of controllers and controlled. — M. de Lamartine establishes incompatibilities. So be it: I only ask him to push his principle to the end. There is, if you will, incompatibility with a public prosecutor voting on the justice budget; a military, the army budget; a prefect, the police budget; an engineer, the public works budget. But there is also incompatibility in the fact that a trader, a manufacturer, a broker, passes a management, granting or customs law; a landlord, a land tax law; a wine merchant, a liquor law; a banker, a finance law, a loan or conversion project, etc., etc., etc. There is incompatibility between all the social functions and the voting of the budget and the laws. The landed proprietors, under the pretext that agriculture is the nurse of the State, want their share to be reduced; industrialists demand protection; the valets of the franchises, like the civil servants of salary increases. Your representative system is absurd, I tell you: contradiction abounds everywhere.

A National Assembly. — Say a conjuration, unless it is a confusion.

Freedom of education, safe for policies regarding morals. — This is not organization.

Freedom of the press by revocation of the laws of September. — This is also not organization.

A standing army and a reserve army. — To do what? This is still not organization.

Free education. — Free! you mean paid for by the state. But who will pay the state? the People. You see that education is not free. — But that’s not all. Who will benefit most from free education, the rich or the poor? Obviously it will be the rich: the poor are condemned to work from the cradle. Thus free education will produce exactly the same effect as scholarships given by Mr. Guizot to voters: what do you think, citizens?

Finally, how does M. de Lamartine reconcile free education with freedom of education? Will the State pay the primary teachers and the Ignorantins? The Jesuit colleges and those of the University? It’s impossible. Now, if the State pays some and does not pay the others, freedom does not exist, since equality is destroyed. It is always exclusion; it is not organization, and even less conciliation.

Fraternity in principle and in institutions. — What do you mean? Do we decree fraternity?

The progressive liberty of commerce and trade. — Progressive freedom of commerce is like the progressive extension of electoral rights. If trade can only be conditionally free, it never will be. The inequality of means is eternal; and under the system of property, this inequality is not compensated.

Cheap living by the reduction of taxes on food. — Landed property is already overloaded; circulation overloaded; excessive transfer taxes; it is the same with all taxes. Where will you get the five hundred million produced by the taxes that weigh on food?

A tax for the poor, despite the calumnies by which the selfishness of economists seeks to discredit this institution. — I dare to affirm to M. de Lamartine that the People are of the same opinion on this point as the economists. The People asks, not a tax for the poor, a patent for the improvement of misery; it asks that there be no more poor people. The poor tax is philanthropy, not organization.

Foundlings Adopted by the State. — Philanthropy! The People ask that there be no more foundlings. They want all the girls to be wise, and you, you propose to feed the bastards of the prostitutes at the expense of the virgins. In this regime, we will soon be in full phanerogamy: then the family will become what God wills!

The Extinction of Begging. — Yes, by means of the tax.

Asylums for the infirm. — This is philanthropy.

Workshops for the able-bodied. — And probably also outlets!

Social charity promulgated by numerous laws to all the needs, to all the sufferings, to all the miseries of the People. — That is to say, to provide for all needs, all suffering, all misery, M. de Lamartine only asks for one thing: money!

A budget for the liberality of the State. — Secret funds! Money !

A Ministry of public benevolence. — Money.

A Ministry for the life of the People. — Money, money, always money, that is the sinews of democracy as of war. Give democracy a lot of money and it will do whatever you want. Money for deputies, money for the infirm, money for beggars, money for scholars, artists, men of letters; for all those who will be friends of the government, or friends of the friends of the government; money for everyone, like sweets at a baptism. But the means of procuring all this money, M. de Lamartine does not speak of: it is the only thing he forgets.

To crown this programme, M. de Lamartine, after having said in speaking of his Histoire des Girondins: “I began this book girondin, I finished it montagnard,” published in the Presse of November 16, about the socialist banquet of Autun, the following profession of faith:

“We are of the faith of Mirabeau, of Bailly, of Syeyès, of Vergniaud, of Lanjuinais, of Lafayette; we are not part of the Desmoulins schism.” He observed, moreover, that Robespierre and Danton had been against the inebriators of the People who do not want property.

M. de Lamartine is, in a word, a democrat; he is so at heart, by ideas, by logic, by philanthropy: he is not a republican.

All the programs, all the wishes that were expressed in the seventy banquets that brought about the fall of the dynasty, fit into the program of M. de Lamartine. It is always the same representative prejudice, always the same cult of the multitude, always the same palliatives of philanthropy.

And everything that is done, prepared, meditated on, in the Luxembourg as at the Hôtel-de-Ville, is inspired by the same genius.

Democracy will encourage the savings bank, develop insurance, create a pension fund, cause some road to be paved, some ridge to be reforested, some river to be dredged, some land to be reclaimed; it will give ten million to the Fourierists to experiment with the organization of labor on one square league, and will lodge at the expense of the State a few hundred poor workers. — For that, it will increase the budget by 600 million francs; it will take over large, and then small industries; it will depreciate industrial and commercial stocks; it will dry up the source of capital; it will afflict free labor, disturb free trade, kill free education, threaten free consumption, proscribe free suffrage.

This is why democracy is stopping circulation at this moment, why it is closing workshops, why it is nullifying transactions, why it is fencing off the market, why it is puts commerce, and industry, and agriculture, and the State in bankruptcy. Now, in matters of government, everything that results logically from the principle is attributable to the intention.

Liberty, know it well, is incompatible with democracy and monarchy alike. Formerly, it was on the slavery of a caste that the existence of democracy was based; now it will be one everyone’s slavery.

2o La démocratie plus chère que la monarchie. — Conclusion.

Je dois avertir que dans ce paragraphe je raisonne surtout au point de vue gouvernemental, et que je considère l’État, non comme l’ensemble des fonctions publiques, mais comme le lien qui les réunit et qui, par cette réunion, exprime la souveraineté nationale.

Ainsi l’administration des travaux publics est une certaine fonction du corps social, qui a sa spécialité, son utilité, sa dépense propre, mais qui n’est pas l’État. De même les ministères de la justice, de l’instruction publique, de la marine, etc., sont des fonctions corporatives, comme l’industrie, le commerce et l’agriculture, mais ne sont pas non plus l’État.

L’État, dis-je, est le lien qui réunit en faisceau toutes les fonctions diverses : c’est le pouvoir, l’organe centralisateur, l’autorité.

Les fonctions qui agissent sous la surveillance immédiate de l’État, doivent, comme les fonctions restées libres, recevoir, par la réforme économique, des modifications et améliorations profondes. C’est ainsi que le budget qui, pour l’exercice 1848, forme un total d’à peu près 1,450 millions, en y comprenant ce que je nommerai les frais de l’État, doit se réduire progressivement de moitié, de trois quarts, de cinq sixièmes, etc. Mais tant que le principe de cette réforme reste inconnu ou incompris, la réduction du budget, en général, de même que l’extinction du paupérisme, est une utopie, une chimère.

Or, ce qui est vrai des fonctions libres et des fonctions administratives, est également vrai de l’État. Aucune réduction n’y est possible en dehors de la réforme économique.

J’ajoute, et c’est l’objet de la discussion dans laquelle je vais entrer, que si l’État coûtait à la France, sous la monarchie constitutionnelle, dix fois plus qu’il ne doit coûter sous la République, il coûtera avec la démocratie dix fois plus que sous la monarchie.

Voici, d’après le budget de 1848, quelles sont les dépenses de l’État, dans lesquelles je comprends, outre la liste civile et les dotations des chambres, tout ce qui, dans les divers ministères, concerne les administrations centrales, en un mot, l’autorité sous toutes ses formes.

2° Democracy more expensive than monarchy. — Conclusion.

I must warn that in this section I am reasoning above all from the governmental point of view, and that I consider the State, not as the whole of the public functions, but as the bond that unites them and that, through this union, expresses the sovereignty national.

Thus the administration of public works is a certain function of the social body, which has its speciality, its utility, its own expense, but which is not the State. Likewise the ministries of justice, of public instruction, of the navy, etc., are corporative functions, like industry, commerce and agriculture, but are not the state either.

The state, I say, is the link that gathers together in a bundle all the various functions: it is the power, the centralizing organ, the authority.

The functions that act under the immediate supervision of the State, must, like the functions that have remained free, receive, through economic reform, profound modifications and improvements. Thus the budget which, for the financial year 1848, forms a total of about 1,450 millions, including what I will call the expenses of the State, must be gradually reduced by half, by three-quarters, by five-sixths, etc. But as long as the principle of this reform remains unknown or misunderstood, the reduction of the budget, in general, as well as the extinction of pauperism, is a utopia, a chimera.

Now, what is true of free and administrative functions is equally true of the state. No reduction is possible there apart from economic reform.

I add, and this is the subject of the discussion into which I am going to enter, that if the State costs France, under the constitutional monarchy, ten times more than it should cost under the Republic, it will cost with democracy ten times more than under monarchy.

Here is, according to the budget of 1848, what are the expenditures of the State, in which I include, in addition to the civil list and the endowments of the chambers, all that, in the various ministries, concerns the central administrations, in one word, authority in all its forms.

Liste civile43,300,000
Chambre des pairs790,000
Chambre des députés832,150
Ministère de la justice579,500
Conseil d’Etat803,800
Cultes242,000
Affaires étrangères, la dépense totale8,885,442
Instruction publique565,500
Fonds secrets1,328,000
Préfectures et police932,000
Agriculture et commerce703,550
Travaux publics641,500
Guerre2,337,350
Marine1,135,770
Finances6,678,841
Id. Cour des comptes1,262,895
————
Ensemble49,445,478
Civil list43,300,000
Chamber of Peers790,000
Chambre of Deputies832,150
Ministry of Justice579,500
Conseil d’Etat803,800
Cults242,000
Foreign affairs, total expense8,885,442
Public Instruction565,500
Secret funds1,328,000
Prefectures and police932,000
Agriculture and commerce703,550
Public works641,500
War2,337,350
Navy1,135,770
Finances6,678,841
General Accounting Office1,262,895
————
Total49,445,478

Soit, 50 millions, en nombre rond, que, d’après le budget officiel de 1848, coûtait l’État, en tant qu’organe de l’autorité, du pouvoir et de la centralisation.

La monarchie ne fait aucune dépense pour l’organisation du travail ; elle n’a point de ministère du progrès. Aimant le statu quo par nature, elle contient, retient, enraie et empêche le mouvement tant qu’elle peut ; elle se laisse tuer plutôt que de marcher.

Or, la royauté abolie, l’organisation nationale réduite à une seule chambre, l’aristocratie officielle supprimée, les traitemens des hauts fonctionnaires réduits de deux tiers, tous les emplois de création purement monarchique supprimés : j’ose dire que les dépenses de l’État seraient diminuées d’au moins neuf dixièmes : la souveraineté du Peuple ne coûterait, avec l’organisation républicaine, pas plus de cinq millions par an.

C’est là le bon marché que tous les hommes d’État s’efforcent d’obtenir, et que se propose de réaliser la démocratie. Nous avons maintenant à établir son budget.

Je divise les dépenses d’État de la démocratie en trois catégories :

1o Frais d’avènement ;

2o Frais de gouvernement ;

3o Frais de progrès.

1. Les frais d’établissement de la démocratie peuvent s’évaluer comme suit (je suppose l’agitation calmée et la révolution achevée au bout d’un an) :

Dommages causés par le fait matériel de l’insurrection, valeurs perdues, détruites ou soustraites ; dégâts commis, suspension des services publics ; frais d’installation du Gouvernement provisoire ; envoi de commissaires, etc., etc.,

20,000,000

Chômage pendant 90 jours, la réduction des heures de travail y comprise, de 3 millions de travailleurs, à 2 fr. en moyenne par jour :

540,000,000

Intérêts de matériel, sur un capital de 5 milliards, pendant le même chômage.

180,000,000

Chômage du commerce, faillites, soit dépréciation de 10 p. 100 sur une valeur totale de 5 milliards, représentant la moitié de la production annuelle du pays :

500,000,000

Augmentation de 45 cent. sur la contribution foncière.

193,000,000

Intérêt pendant 6 mois de 200 millions d’impôt, payés d’avance.

5,000,000

Préjudice aux porteurs de bons du trésor et de billets de banque, ainsi qu’aux déposans à la caisse d’épargne, par suite des décrets du Gouvernement provisoire, 10 p. 00 sur une valeur totale de 600 millions.

60,000,000

Ensemble

1,408,000,000

Consolidés à 5 p p. 100

70,400,000

Ainsi, par le seul fait de son avènement aux affaires, et en raisonnant dans l’hypothèse la plus favorable, la démocratie aura fait supporter au pays une perte de plus de 1,400 millions ; c’est à dire, en capitalisant, qu’elle aurait déjà grevé le budget d’une somme de 70 millions, en supposant que les frais d’État, et toutes les dépenses ordinaires et extraordinaires, sous le nouveau gouvernement, ne fussent pas plus forts que sous la monarchie constitutionnelle.

L’augmentation sera bien plus forte, s’il est vrai, comme nous allons le démontrer, que l’État, l’administration et le progrès, coûtent plus sous cette forme de gouvernement que sous l’autre,

2. Frais d’État de la démocratie.

Deux causes rendent le gouvernement démocratique plus cher que le monarchique : d’un côté, la tendance à faire intervenir sans cesse la totalité des citoyens dans les affaires du gouvernement, contrairement à la loi de division du travail ; d’autre part, la tendance à ramener à l’État les fonctions libres que la monarchie, par analogie de principe, laissait en dehors de l’État, et ceci contrairement à la loi de réduction des frais généraux.

Ainsi, aux 70 millions dont la démocratie est grevée par le fait de son arrivée au pouvoir, ci.

70,000,000

Il faut ajouter :

Temps perdu de 441 députés, que la démocratie ajoute aux 459 de l’ancien Gouvernement, par la raison que 900 représentent mieux 35,500,000 que 459, — À 25 f. par jour et par député, pendant 250 jours,

2,756,250

Salaire de neuf cents députés pendant le même temps,

5,625,000

Élections générales. Elles coûtaient à l’État, sous le Gouvernement déchu, deux millions, pour réunir 250,000 électeurs. Elles ne peuvent coûter moins sous la démocratie, ci,

2,000,000

Les mêmes élections coûtaient aux électeurs, frais de voyage, banquets et temps perdu, 3 jours à 10 fr. pour 200,000 électeurs, quatre millions, soit par année, 1,333,333. Avec la démocratie, six millions d’électeurs, 3 fr. par jour et par tête, 2 journées de temps perdu, 36 millions ; différence

34,666,666

Dépenses diverses à la charge des citoyens pour l’accomplissement des devoirs civiques, élections municipales, de la garde nationale, etc. ; nomination aux emplois, fonctions du jury, clubs, revues, banquets, 40 journées par an. — Sous les anciennes démocraties, le citoyen passait sa vie entière sur la place publique, 365 jours donnés chaque année aux affaires de l’État. Je réduis cette dépense à 12 jours pour la démocratie moderne, en raison du principe représentatif : c’est moins du 30e de ce qu’elle coûtait autrefois, 6 millions de citoyens, 10 jours à 3 fr. par jour et par tête,

180,000,000

Frais de matériel, salles de réunions, armement et équipement, service des assemblées, éclairage, chauffage, imprimés, etc. — 25 fr. par tête et par an

150,000,000

Dépense des administrations centrales, représentant, avec les six millions de citoyens, le Peuple et l’État. Je compte au plus bas

5,000,000

Total des frais d’installation et gouvernement,

450,047,916

3. Frais d’organisation du travail.

La démocratie est entreprenante ; elle entend ne pas garder le statu quo ; elle a fait au prolétariat d’immenses promesses, et son intention est de les tenir.

Or, avec un ministère du progrès,

Un ministère de la bienfaisance publique,

Un budget des libéralités de l’État,

Une création d’ateliers nationaux,

Des fermes d’essai, des communes d’essai, des phalanstères d’essai ;

Avec l’immense personnel d’inspecteurs, directeurs, contrôleurs, contre-maîtres, etc., etc., que tout cela suppose, la démocratie sera modeste, si cette grande initiative, de l’État ne coûte au pays que 100 millions par an. Je porte 60,000,000, ce qui donne un total, pour le budget de l’État, en nombre rond, de

500,000,000

dix fois autant que sous la monarchie constitutionnelle.

Mais, direz-vous, qu’importent les 500 millions que l’exercice de la souveraineté coûtera au pays dans le système démocratique, si les améliorations administratives, économiques et financières, que la démocratie nous promet, couvrent à leur tour trois ou quatre fois cette somme ? En résultat, nous aurons gagné, et nous serons libres ; nous aurons La liberté dans l’ordre, et non pas la liberté et l’ordre !

Les avantages qu’on peut attendre du nouveau Système sont de cinq espèces :

Réduction de l’effectif de l’armée ;

Diminution du nombre des emplois par la simplification administrative ;

Suppression de la vénalité, de la corruption, des fraudes, etc., dans l’administration ;

Économies dans les dépenses ;

Surcroît de production, et augmentation de la richesse publique, par les ateliers nationaux et l’organisation du travail.

Un coup d’œil sur ces divers chefs de réformes montrera de quelles illusions se bercent ceux qui attendent de la démocratie quelque amélioration au sort de l’humanité.

L’armée ? Vous ne pouvez la diminuer qu’autant que la question sociale sera résolue, non seulement pour la France, mais pour l’Europe. Sans cette solution, l’armée vous est indispensable, au dedans pour contenir le prolétariat et la propriété, qui déjà se menacent et se mesurent du regard ; au dehors, pour défendre votre nationalité et établir votre influence dans les conseils de la diplomatie européenne. Car, en supposant les royautés partout abolies, les nationalités restent, c’est à dire toutes les prétentions rivales des anciens gouvernemens. Or, la démocratie est impuissante à résoudre la question sociale et à constituer la république des nations ; comme la monarchie, elle ne peut garder la paix qu’au moyen de traités plus ou moins solides ; comme la monarchie enfin, elle règne par la distinction des castes et la prépondérance de l’État. La démocratie n’a pas un homme, pas un écu d’économie à faire sur l’armée.

L’administration ? — Les journaux ont publié dernièrement le chiffre d’augmentation des traitemens de 1830 à 1848 : ce chiffre est de 65 millions. On n’a pas manqué d’en conclure que le gouvernement déchu avait augmenté le personnel administratif de 65,000 employés, en supposant la moyenne des salaires de l’État à 1,000 fr. Mais il est possible, il est presque certain, que la totalité de ces 65 millions consiste en augmentations de traitemens sur plusieurs centaines de mille individus salariés de l’État, ce qui ferait environ 200 à 300 fr. par tête. Or, si l’État veut faire vivre tous ceux qu’il emploie, et dont le service est indispensable, 40,000 instituteurs primaires, 50,000 douaniers, 20,000 facteurs, 6,000 gardes forestiers, une foule de petits employés de la régie, des ponts et chaussées, des préfectures, etc., dont le salaire ne monte pas à 800 fr. ; ce n’est pas 65 millions, c’est 200 millions qu’il faut ajouter au budget. J’attends à l’œuvre nos hommes d’État.

La corruption ? — J’aime à croire qu’à l’avenir on n’en parlera plus. Mais c’est se moquer que de rejeter sur les marchés onéreux passés par le gouvernement déchu le déficit où nous sommes.

Sur une dépense totale de 1,450 millions, 200 millions à peine peuvent donner lieu à des marchés entre l’État et les entrepreneurs. Sur cette masse d’affaires, une partie ne produit aux entrepreneurs que de la perte ; une autre rend un bénéfice légitime ; le reste, que je suppose plus ou moins infecté de corruption, procure aux corrupteurs et aux corrompus un surcroît de profit injuste. C’est la compensation des pertes éprouvées sur la première partie d’opérations ; et je ne crois pas que la somme des pots de vin aille, par année, jusqu’à 5 millions. Avec 5 millions, on peut corrompre chaque année 500 fonctionnaires, en supposant le prix moyen de la corruption à 10,000 fr. Une pareille vénalité, dans l’armée, les travaux publics, l’administration, etc., est incroyable.

L’économie des dépenses ? — Autre illusion.

Si la démocratie pouvait organiser l’État de manière à ce qu’il rendît le plus de services possible au meilleur marché possible, elle saurait par là même organiser la société, elle serait République. Ainsi, les frais de régie, perception des impôts, exploitation des revenus publics, en y comprenant le ministère entier des finances, coûtent au pays plus de 174 millions. Je prouverai, dans le cours de cet ouvrage, que cet article du budget peut se réduire facilement de plus de 100 millions. Mais, pour réaliser cette économie, il faut changer l’impôt, dans sa nature, son assiette, sa répartition ; il faut changer la comptabilité de l’état ; remanier de fond en comble administration, commerce, finance ; il faut, en un mot, résoudre le problème social, et nous avons prouvé que la démocratie est impuissante contre ce problème.

Bien loin que la démocratie puisse réduire le budget actuel, il y a dix contre un à parier qu’elle l’augmentera. Car, si l’État proprement dit coûte à la démocratie dix fois plus qu’à la monarchie, les mêmes causes agissant sur les diverses administrations comme sur l’État, un accroissement de dépenses est inévitable. Autrement, la démocratie rétrograderait, ce serait une monarchie déguisée.

L’organisation du travail ! — J’ai porté à 50 millions seulement la perte nette qui doit résulter pour le pays de cette organisation modèle, parce que je suppose que 24 millions de campagnards et 7 millions d’industriels, fabricans, commerçans, etc., etc., ne se laisseront point absorber par l’État, et convertir, malgré leurs dents, en travailleurs nationaux. S’il en devait être autrement, si la faction démagogique était assez influente pour arracher au Peuple, avec l’abdication de sa souveraineté politique, le renoncement à sa liberté industrielle, ce n’est plus un budget de 1,900 millions que nous aurions à payer pour les services actuellement réunis dans l’État ; ce serait, pour la totalité du travail national, un budget de 12 milliards.

Or, comme la production annuelle de la France, le service de l’État, de l’administration, de la justice, etc., y compris, n’est pas de 10 milliards, nous serions donc en déficit, de ce seul fait, chaque année, d’un cinquième sur la production actuelle, soit 2 milliards. Mais il est prouvé, démontré, que tout service exécuté par l’État coûte en général 50 p. 100 plus qu’il ne vaut, témoin les ponts-et-chaussées, témoin la perception des revenus publics, témoin la protection du travail national, autrement dite la douane, etc. En autres termes, il est prouvé que le travailleur libre, converti en fonctionnaire public, devient moitié moins capable, travaille moitié moins, produit moitié moins, comme l’organisme dont il fait partie. L’organisation démocratique du travail aurait donc ce résultat définitif : tandis que la dépense nationale serait comme 12, la recette serait comme 6. À quoi serviraient, dans ce système, le cours forcé des billets de banques, la prorogation des bons du trésor, les comptoirs nationaux, les bons de garantie, les reconnaissances du Mont-de-Piété, le papier-monnaie ? À quoi servirait même l’argent ? L’organisation du travail par la démocratie ! c’est l’organisation de la misère.

La raison de ce fait, outre l’augmentation générale des salaires et la réduction aussi générale des heures de travail auxquelles s’est condamnée la démocratie, est dans l’accroissement des frais généraux, frais qui pour la société comme pour l’État, doivent être en raison inverse de la production ; mais qui, par l’influence des idées monarchiques et démocratiques qui dominent les institutions et les intelligences, sont presque partout en raison directe du produit.

Tout le monde devrait savoir, et peu de gens savent malheureusement, même parmi les économistes, que dans toute entreprise, les frais généraux croissent progressivement avec l’extension que l’entrepreneur donne à ses affaires, en sorte qu’il est un point où, toutes choses d’ailleurs égales, le bénéfice tout entier est couvert par les frais généraux.

Pour l’entrepreneur de commerce, d’industrie, d’agriculture, les frais généraux sont des frais d’État.

Ces frais, qui grèvent aujourd’hui la production nationale de plus de deux milliards doivent, sous la République, se réduire comme le budget de l’État.

Mais la démocratie est l’idée de l’État étendue à l’infini ; c’est la réunion de toutes les exploitations agricoles en une seule exploitation agricole ; de toutes les entreprises industrielles en une seule entreprise industrielle ; de toutes les maisons de commerce en une seule maison de commerce ; de toutes les commandites en une seule commandite. C’est par conséquent, non la décroissance à l’infini des frais généraux, comme cela doit être sous la République ; mais l’augmentation à l’infini des frais généraux…

Trente jours de dictature ont mis à nu l’impuissance et l’inanité de la démocratie. Tout ce qu’elle possédait de vieux souvenirs, de préjugés philanthropiques, d’instincts communistes, de passions discordantes, de phrases sentimentales, de tendances anti-libérales, en un mois, a été dépensé. Elle a emprunté à l’utopie et à la routine ; elle a consulté les empiriques et les charlatans ; elle a tendu la main aux agioteurs émérites ; elle s’est fait prêcher par les clercs de la bazoche ; elle a reçu l’eau bénite de Monseigneur. Or, dans tout ce que la démocratie a proposé, décrété, débité, fulminé depuis un mois, qui oserait dire que le Peuple se soit une seule fois reconnu ?

Je conclus en reproduisant ma question : La souveraineté du Peuple est le point de départ de la science sociale : comment donc s’établit, comment s’exprime cette souveraineté ? Nous ne pouvons faire un pas avant d’avoir résolu le problème.

Certes, je le répète, afin qu’on ne s’y méprenne. Je suis loin de dénier aux travailleurs, aux prolétaires, pas plus qu’aux bourgeois, la jouissance de leurs droits politiques ; je soutiens seulement que la manière dont on prétend les en faire jouir n’est qu’une mystification. Le suffrage universel est le symbole de la République, ce n’en est pas la réalité.

Aussi voyez avec quelle indifférence les masses ouvrières accueillent cette universalité du suffrage ! On ne peut obtenir d’elles qu’elles aillent se faire inscrire. Pendant que les philosophes vantent le suffrage universel, le bon sens populaire se moque du suffrage universel !

La République est l’organisation par laquelle toutes les opinions, toutes les activités demeurant libres, le Peuple, par la divergence même des opinions et des volontés, pense et agit comme un seul homme. Dans la République, tout citoyen, en faisant ce qu’il veut et rien que ce qu’il veut, participe directement à la législation et au gouvernement, comme il participe à la production et à la circulation de la richesse. Là tout citoyen est roi ; car il a la plénitude du pouvoir, il règne et gouverne. La République est une anarchie positive. Ce n’est ni la liberté soumise à l’ordre comme dans la monarchie constitutionnelle, ni la liberté emprisonnée dans l’ordre, comme l’entend le Gouvernement provisoire. C’est la liberté délivrée de toutes ses entraves, la superstition, le préjugé, le sophisme, l’agiotage, l’autorité ; c’est la liberté réciproque, et non pas la liberté qui se limite ; la liberté non pas fille de l’ordre, mais mère de l’ordre.

Voilà le programme des sociétés modernes. Que ce soit l’absolution de la démocratie de l’avoir, en quelque sorte, formulé, par le spectacle de ses contradictions.

That is, 50 million, in round numbers, which, according to the official budget of 1848, as the cost of the State, as an organ of authority, power and centralization.

The monarchy makes no expense for the organization of labor; it has no ministry of progress. Loving the status quo by nature, it contains, retains, stops and hinders movement as much as it can; it lets itself be killed rather than advance.

Now, royalty abolished, the national organization reduced to a single chamber, the official aristocracy suppressed, the salaries of high officials reduced by two-thirds, all purely monarchical creative employments suppressed: I dare say that the expenses of the the state would be diminished by at least nine-tenths: the sovereignty of the people would not cost, with the republican organization, any more than five million a year.

This is the bargain that all statesmen strive to obtain, and which democracy proposes to achieve. We now have to establish hitsis budget.

I divide democracy’s state spending into three categories:

Costs of accession;

Costs of government;

Costs of progress.

1. The costs of establishing democracy can be assessed as follows (I assume the agitation subsided and the revolution completed after a year):

Damage caused by the material fact of the insurrection, lost, destroyed or stolen values; damage committed, suspension of public services; installation costs of the Provisional Government; dispatch of commissioners, etc., etc.,

20,000,000

Unemployment for 90 days, including the reduction of working hours, of 3 million workers, at 2 francs on average per day:

540,000,000

Material interest, on a capital of 5 billion, during the same unemployment.

180,000,000

Business unemployment, bankruptcies, or 10 per cent depreciation of a total value of 5 billion, representing half of the country’s annual production:

500,000,000

Increase of 45 centimes on the land tax.

193,000,000

Interest for 6 months of 200 million tax, prepaid.

5,000,000

Prejudice to holders of treasury bonds andbanknotes, as well as to depositors in the savings bank, in consequence of the decrees of the Provisional Government, 10% out of a total value of 600 million.

60,000,000

Together

1,408,000,000

Consolidated at 5%

70,400,000

Thus, by the mere fact of its accession to business, and reasoning from the most favorable hypothesis, democracy will have caused the country to bear a loss of more than 1,400 million; that is to say, by capitalizing, that it would have already burdened the budget with a sum of 70 million, assuming that the State expenses, and all the ordinary and extraordinary expenses, under the new government, were not stronger than under the constitutional monarchy.

The increase will be much greater, if it is true, as we are about to demonstrate, that the State, administration and progress, cost more under this form of government than under the other,

2. State costs of democracy.

Two causes make democratic government more expensive than monarchical government: on the one hand, the tendency to involve all the citizens incessantly in the affairs of government, contrary to the law of division of labor; on the other hand, the tendency to bring back to the State the free functions that the monarchy, by analogy of principle, left outside the State, and this contrary to the law of reduction of the general expenses.

Thus, to the 70 million whose democracy is burdened by the fact of his coming to power,

70,000,000

You must add:

Lost time of 441 deputies, which democracy adds to the 459 of the former Government, for the reason that 900 represent 35,500,000better than 459. — At 25 francs per day and per deputy, for 250 days,

2,756,250

Salary of nine hundred deputies during the same time,

5,625,000

General elections. They cost the State, under the deposed Government, two million, to gather 250,000 electors. They cannot cost less under democracy,

2,000,000

The same elections cost the electors, travel expenses, banquets and lost time, 3 days at 10 francs for 200,000 electors, four million, or a year, 1,333,333. With democracy, six million electors, 3 francs per day and per head, 2 days of lost time, 36 million; difference

34,666,666

Miscellaneous expenses payable by citizens for the fulfillment of civic duties, municipal elections, the national guard, etc.; appointment to jobs, functions of the jury, clubs, reviews, banquets, 40 days a year. — Under the old democracies, the citizen spent his entire life in the public square, 365 days given each year to affairs of state. I reduce this expense to 12 days for modern democracy, because of the representative principle: it is less than the 30th of what it used to cost, 6 million citizens, 10 days at 3 francs per day and per head,

180,000,000

Material costs, meeting rooms, fittings and equipment, meeting services, lighting, heating, printed matter, etc. — 25 francs per head per year

150,000,000

Expenditure of the central administrations, representing, with the six million citizens, the People and the State. I count at least

5,000,000

Total installation and government fees,

450,047,916

3. Costs of the organization of labor.

Democracy is enterprising; it intends not to maintain the status quo; it has made immense promises to the proletariat, and its intention is to keep them.

However, with a ministry of progress,

A ministry of public welfare,

A budget of state donations,

A creation of national workshops,

Trial farms, trial communes, trial phalansteries;

With the immense staff of inspectors, directors, controllers, foremen, etc., etc., which all this presupposes, democracy will be modest, if this great initiative, of the State, costs the country only 100 million per year. I carry 60,000,000, which gives a total, for the state budget, in round numbers, of

500,000,000

ten times as much as under the constitutional monarchy.

But, you will say, what does the 500 million that the exercise of sovereignty will cost the country in the democratic system matter, if the administrative, economic and financial improvements that democracy promises us cover, in turn, three or four times this amount? As a result, we will have won, and we will be free; we shall have liberty in order, and not liberty and order!

The advantages that can be expected from the new System are of five kinds:

Reduction in the size of the army;

Reduction in the number of jobs through administrative simplification;

Suppression of venality, corruption, fraud, etc., in the administration;

Economies in expenses;

Increase in production, and increase in public wealth, through national workshops and the organization of labor.

A glance at these various heads of reform will show the illusions of those who expect democracy to bring about some improvement in the lot of humanity.

The army? You can only reduce it as long as the social question is resolved, not only for France, but for Europe. Without this solution, the army is indispensable to you, domestically to contain the proletariat and property, which are already threatening and measuring each other with their gaze; abroad, to defend your nationality and establish your influence in the councils of European diplomacy. For, supposing royalty is everywhere abolished, the nationalities remain, that is to say all the rival pretensions of the old governments. Now, democracy is powerless to resolve the social question and to constitute the republic of nations; like the monarchy, it can keep the peace only by means of more or less solid treaties; finally, like the monarchy, it reigns by the distinction of castes and the preponderance of the state. Democracy does not have a man, not an ecu of economy to make within the army.

The administration? — The newspapers have recently published the figure for the increase in salaries from 1830 to 1848: this figure is 65 million. We have not failed to conclude that the deposed government had increased the administrative staff by 65,000 employees, assuming the average state salary at 1,000 francs. But it is possible, it is almost certain, that the totality of these 65 million consists of salary increases on several hundred thousand individuals salaried by the State, which would make about 200 to 300 francs per head. Now, if the State wants to support all those it employs, and whose service is indispensable, 40,000 primary teachers, 50,000 customs officers, 20,000 postmen, 6,000 forest rangers, a host of minor employees of the public companies, bridges and roadways, prefectures, etc., whose salary does not rise to 800 francs; it is not 65 million, it is 200 million that must be added to the budget. I await our statesmen at work.

Corruption? — I like to believe that in future we won’t talk of it any more. But it is mocking to blame the onerous contracts passed by the fallen government for the deficit we are facing.

Out of a total expenditure of 1,450 million, barely 200 million can give rise to contracts between the State and contractors. Of this mass of business, only one part produces losses for the entrepreneurs; another returns a legitimate profit; the rest, which I suppose more or less infected with corruption, procures for the corrupters and the corrupted an increase in unjust profit. It is the compensation of the losses experienced on the first part of operations; and I do not believe that the sum of the bribes goes, per year, up to 5 million. With 5 million, one can bribe 500 civil servants each year, assuming the average price of corruption at 10,000 francs. Such venality in the army, public works, administration, etc., is incredible.

Economies in spending? — Another delusion.

If democracy could organize the State in such a way that it rendered as many services as possible at the cheapest possible price, it would thereby be able to organize society, it would be a Republic. Thus, management costs, collection of taxes, exploitation of public revenues, including the entire Ministry of Finance, cost the country more than 174 million. I will prove, in the course of this work, that this article of the budget can easily be reduced by more than 100 millions. But, to achieve this economy, it is necessary to change the tax, in its nature, its base, its distribution; the state accounts must be changed; overhaul administration, commerce, finance from top to bottom; it is necessary, in a word, to solve the social problem, and we have proven that democracy is powerless against this problem.

Far from democracy being able to reduce the current budget, the odds are ten to one that it will increase it. For, if the State properly so called costs democracy ten times more than monarchy, the same causes acting on the various administrations as on the State, an increase in expenditure is inevitable. Otherwise, democracy would retrograde; it would be a monarchy in disguise.

The organization of labor! — I have increased to 50 million only the net loss which must result for the country from this model organization, because I suppose that 24 million country people and 7 million industrialists, manufacturers, merchants, etc., etc., will not allow themselves to be absorbed by the State, and converted, in spite of their teeth, into national workers. If it should be otherwise, if the demagogic faction was influential enough to snatch from the People, with the abdication of its political sovereignty, the renunciation of its industrial liberty, it is no longer a budget of 1,900 million that we would have to pay for the services currently united in the State; it would be, for the totality of the national work, a budget of 12 billion.

However, as the annual production of France, the service of the State, administration, justice, etc., included, is not 10 billion, we would therefore be in deficit, by this fact alone, each year, one-fifth of current production, or 2 billion. But it has been proven, demonstrated, that any service performed by the State generally costs 50 percent more than it is worth, witness the bridges and roads, witness the collection of public revenues, witness the protection of national labor, in other words customs, etc. In other words, it is proven that the free worker, converted into a public functionary, becomes half as capable, works half as much, produces half as much, like the organism of which he is a part. The democratic organization of labor would therefore have this definitive result: while the national expenditure would be like 12, the receipts would be like 6. What would be the use, in this system, of the compulsory currency of banknotes, the extension of treasury bonds, the national counters, the guarantee bonds, the recognitions of the Mont-de-Piété, the paper-money? What would the money even be used for? The organization of labor by democracy! It is the organization of misery.

The reason for this fact, besides the general increase of wages and the equally general reduction of hours of work to which democracy has condemned itself, is in the increase in general costs, costs which for society as for the State must be in inverse proportion to production; but which, by the influence of the monarchical and democratic ideas that dominate the institutions and the intelligences, are almost everywhere in direct proportion to the product.

Everyone ought to know, and unfortunately few people know, even among economists, that in any business the general expenses increase progressively with the extension that the entrepreneur gives to his business, so that there is a point where, all other things being equal, the entire profit is covered by general expenses.

For the entrepreneur of commerce, industry, agriculture, the general expenses are State expenses.

These costs, which today burden national production by more than two billion, must, under the Republic, be reduced like the State budget.

But democracy is the idea of the state extended to infinity; it is the meeting of all the farms in a single farm; of all industrial enterprises into a single industrial enterprise; of all trading houses into one trading house; of all sponsorships into a single sponsorship. It is therefore not the infinite decrease in overheads, as it should be under the Republic, but the infinitely increasing overhead…

Thirty days of dictatorship have laid bare the impotence and inanity of democracy. All it had of old memories, of philanthropic prejudices, of communist instincts, of discordant passions, of sentimental phrases, of anti-liberal leanings, in a month, was spent. It borrowed from utopia and routine; it consulted empirics and charlatans; it has held out its hand to skilled jobbers; it had herself preached to by the clerks of the bazoche; it received holy water from Monsignor. However, in all that democracy has proposed, decreed, debited, fulminated for a month, who would dare to say that the People has once recognized itself?

I conclude by reproducing my question: The sovereignty of the People is the starting point of social science. How is this sovereignty established. How is this sovereignty expressed? We cannot take a step until we have solved the problem.

Certainly, I repeat it, so that no one is mistaken. I am far from denying the workers, the proletarians, any more than the bourgeois, the enjoyment of their political rights; I only maintain that the way in which one claims to make them enjoy them is only a mystification. Universal suffrage is the symbol of the Republic; it is not its reality.

Also see with what indifference the working masses welcome this universality of suffrage! We cannot get them to register. While philosophers praise universal suffrage, popular common sense mocks universal suffrage!

The Republic is the organization by which, all opinions and all activities remaining free, the People, by the very divergence of opinions and will, think and act as a single man. In the Republic, every citizen, by doing what they want and nothing but what they want, participates directly in the legislation and in the government, as they participate in the production and circulation of wealth. There, every citizen is king; for he has the fullness of power; he reigns and governs. The Republic is a positive anarchy. It is neither liberty subjected to order, as in the constitutional monarchy, nor liberty imprisoned in order, as the Provisional Government intends. It is liberty delivered from all its shackles: superstition, prejudice, sophistry, stock-jobbing, authority. It is reciprocal liberty, and not the liberty which restricts; liberty, not the daughter of order, but the mother of order.

This is the program of modern societies. Let it be the absolution of democracy for having, in a way, formulated it, by the spectacle of its contradictions.

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