P.-J. Proudhon, “Avertissement aux propriétaires” (1842)

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AVERTISSEMENT AUX PROPRIÉTAIRES

LETTRE A M. VICTOR CONSIDÉRANT

Rédacteur de la Phalange

SUR UNE DÉFENSE DE LA PROPRIÉTÉ

Monsieur le Rédacteur,

J’ai lu la brochure intitulée : Défense du fouriérisme, Réponse à MM. Proudhon, Lamennais, Reybaud, Louis Blanc, etc., et je me suis félicité de cette publication, l’auteur, malgré les aberrations de sa logique et l’injustice de ses reproches, se montrant presque toujours ami du progrès et plein de zèle pour la science et la vérité.

Aussi vous le dis-je en toute confiance, monsieur le rédacteur, ce fouriériste-là est à nous; un peu plus tôt, un peu plus tard, vous le verrez dans les rangs de l’égalité : il y a chez lui trop de loyauté et d’intelligence pour que le Dieu des hommes libres ne le traite pas selon sa miséricorde et le laisse mourir infidèle.

Cependant je regrette que pour des motifs que j’ignore, mais fort respectables sans doute, votre défenseur ait cru devoir garder l’anonyme. Pourquoi, semblable à ces héros de roman paraissant tout à coup pour venger l’honneur d’une belle, vient-il se jeter, visière baissée, sans couleur ni devise qui le fassent reconnaître, dans cette mêlée furieuse où se décident en ce moment les destins de la France et peut-être du monde? Pourquoi du moins ne s’est-il pas découvert à celui qu’il choisissait pour premier adversaire? Je n’eusse pas trahi sa confiance, et, tout ennemis qu’il veut que nous soyons, son secret serait mort dans mon cœur. Toutefois, malgré cette réserve peu courtoise et dont j’aurais droit de le punir, je me contenterai de parer ses attaques et ne le frapperai pas : car, qui sait? peut-être mon critique est-il de mes amis; peut-être, si je le connaissais, préférerais je le gagner que l’immoler à ma cause; peut-être enfin… Je n’ai pas oublié la déplorable histoire de Tancrède et Clorinde, et comment, en croyant combattre un païen, le malheureux croisé tua sa maîtresse. Aussi bien, à la mollesse de l’argumentation, au défaut de systématisation dans les idées, à un certain flux de sentiment et de style, à quelques traits de colère féminine, ai-je cru reconnaître dans mon chevalier noir une femme.

J’avoue cependant que sur un point je lui garde rancune : il a l’air de croire et il dit que je hais tous ceux que j’attaque, tous les représentants des idées et des principes que je combats. Qu’en dites-vous, monsieur le rédacteur? Votre néophyte anonyme n’a pas été planté en bonne terre comtoise, et ne sait ce que c’est qu’un montagnard du Jura. Moi, haïr quelqu’un, grand Dieu ! parce que je m’irrite de ce que je lis et de ce que je vois ; parce que je qualifie, selon le degré de ma faible perception, les idées et les actes, les personnes et les choses ! Autant vaudrait dire que le médecin hait le malade, parce qu’il définit la maladie. Certes, je regarde comme fort heureux et j’admire celui qui portant le speculum jusqu’au fond de notre ignominie, conserve sa sérénité et son flegme; quant à moi, je le déclare, je ne croirais pas vivre et m’estimerais peu si je lui ressemblais. Et j’en appelle à vous-même, général de l’armée sociétaire, homme que l’imbécillité du siècle désespère, quel cas feriez-vous d’un soldat qui marcherait au combat en chantant une priapée, portant en guise d’épée le thyrse de Bacchus, et pour cuirasse le manteau d’Épicure ? A la guerre comme à la guerre, dit le vieux proverbe gaulois : quand l’ennemi vous assassine et vous outrage, est-ce le moment de lui dire, en étendant les bras : Frère, ami !

Mais, sans rien exagérer, voyons les faits, et jugeons les discours.

Si je lis les journaux, si j’ouvre une revue, si je parcours quelque brochure de l’un de nos aigles politiques, la première chose qui me frappe, c’est cette clameur de béate indignation contre les fausses doctrines, les dissolvantes doctrines, les exécrables doctrines qui séduisent le peuple et mettent la société en péril. Pourquoi donc n’oppose-t-on pas à ces doctrines de perversité des instructions meilleures ? La vérité gouvernementale n’a-t-elle plus d’apôtres ? Les hommes bien pensants seraient-ils mal payés? ou si la caisse des fonds secrets est vide? Quoi! il existe une doctrine vraie, une doctrine salutaire, une doctrine sainte et immortelle : doctrine qui n’est pas celle de la monarchie constitutionnelle, dont on ne veut plus, ni celle de la république, morte au 9 thermidor; ni celle de la légitimité, que le peuple a deux fois condamnée : et cette doctrine, que tout le monde croit et que nul ne découvre, le gouvernement, loin de la chercher, la redoute, les privilégiés la maudissent d’avance et crient haro sur ceux qui en parlent ! En effet, les phalanstériens ont des blasphémateurs et point de juges; les communistes, comme les chrétiens d’autrefois, sont déclarés ennemis du genre humain, probablement parce qu’ils sont pauvres de cœur autant que pauvres de biens; les égalitaires surtout sont exécrés, comme exterminateurs du privilège et contempteurs des héros et des génies. Contre ces nouveautés on a des anathèmes et des injures, mais point de raisons. Pourquoi donc les prêtres vieillis des religions déchues, pourquoi les docteurs fossiles de la pure morale et de la saine philosophie, et de l’impérissable droit, dédaignent-ils d’entrer en lice et de concourir avec nous pour le salut du peuple et la gloire de Dieu? Pourquoi les Guizot, les Cousin, les Villemain, et leurs innombrables pensionnaires, au lieu de batailler pour des portefeuilles et des places, refusent-ils de se mettre en quête de l’ordre nouveau, et d’étudier la vraie discipline des nations?

Je cherche dans les nombreuses catégories de la gent officielle, je parcours du haut jusqu’en bas l’échelle hiérarchique des corporations et des fonctionnaires ; je trouve partout des hommes qui mangent et qui déclament, mais pas un qui médite et qui pense. Quels sont ceux en effet qui travaillent à éclairer le peuple et à débrouiller le chaos des sciences sociales et philosophiques? Sont-ce nos philosophes, avides, impudiques et pyrrhoniens ? Sont-ce nos prêtres, occupés comme aux plus beaux jours de leur histoire de fariboles indulgenciées, ayant pour toute conscience sociale la charité chrétienne, comme si le précepte de charité était une loi d’organisation politique? Sont-ce nos magistrats, ces continuateurs stoïques de toutes les lâchetés, de toutes les bassesses, de toutes les folies des parlements? Sont-ce nos académiciens, si rétrogrades, si courtisans, si niais ? Sont-ce nos journalistes, ces petits tyrans de l’opinion, dont le nom seul suffit pour exciter le rire ? Sont-ce nos députés, ces prétoriens du régime constitutionnel, vendeurs de ministères et de fonds secrets ? Est-ce le gouvernement enfin, le plus hypocrite, le plus pervers, le plus dévorant, le plus antinational qui fut jamais ?

Il faut le reconnaître; c’est une chose profondément anormale, un fléau pour la société, que la prédication et l’enseignement passent des instituteurs légitimes à des hommes sans mission et sans autorité; que moi, pauvre industriel, qui ne suis ni député, ni magistrat, ni académicien, ni journaliste, ni prêtre; qu’un monsieur Considérant, capitaine d’artillerie, qui devrait être à ses canons, ou diriger une usine, ou desservir un chemin de fer; qu’un Boyer, qui aurait pu vivre de sa mise en pages sans s’inquiéter d’organisation et de prud’homie ; que tant d’autres enfin qui ne font pas leur métier et se mêlent de ce qui ne les regarde pas, nous nous occupions de refaire le monde, et soyons si hardis que de toucher à la main de justice ou au bâton de commandement ? Mais à qui la faute encore une fois? N’est-elle pas à ces pasteurs des peuples, comme disait le bon Homère, qui nous font paître sans pain et sans travail ; à ces administrateurs bureaucrates, ensevelis dans leurs papiers, incapables même d’organiser les fêtes du monopole et de ranger des lampions ; à ces juges, qui ne semblent établis que pour condamner des vagabonds et écouter des avocats; à ce clergé sans doctrine acquise (1), à ces savants qui ne savent rien de ce qu’il nous importe le plus de connaître; à tous ces endormeurs de la presse politique, qui veulent enchaîner le géant aux cent bras sous une toile à prendre des papillons ? Remue-toi donc, Briarée !

Et cependant, voyez comme la malveillance de nos bourgeois juste-milieu s’accroît tous les jours et s’encourage ; comme l’avidité du monopole marche plus effrontée; comme le pouvoir et ses complices donnent l’essor à leurs projets contre-réformistes.— « N’ayons pas peur, disent-ils, n’ayons pas peur; les phalanstériens sont ridicules, les communistes méprisés, les égalitaires impossibles; les derniers des saint-simoniens viennent de se perdre en s’unissant à la grande prostituée. Hourrah ! mort aux révolutionnaires ! malheur aux vaincus ! »

Et vous, apôtre d’une foi nouvelle, vous espériez faire pénétrer une étincelle du feu sacré dans ces consciences pourries et vermoulues ! Qu’avez-vous obtenu depuis quinze ans, par vos révérences, vos gentillesses, vos fraudes pieuses, vos protestations de tout conserver en tout renouvelant?.. Non, non, ce n’est point ainsi que l’on mène une révolution. Souvenez-vous des paroles de Danton, le lendemain du 10 août, lorsque la France insurgée demandait à ses citoyens un conseil qui sauvât la patrie : « Il faut, s’écria Danton avec un geste exterminateur, il faut faire peur aux aristocrates. » Et trois semaines après, les travailleurs de Maillard répondaient à la voix de Danton. Danton n’avertissait pas, il frappait. Eh bien ! aujourd’hui, si nous voulons échapper à un nouveau septembre, il faut dire la vérité aux propriétaires. Je vais, monsieur le rédacteur, examiner rapidement, en les ramenant à un petit nombre de chefs, les critiques de votre anonyme. Vous avez profité de la défense, vous entendrez la réponse : et je compte sur votre loyauté pour en informer vos lecteurs, et tous ceux en général que ces débats intéressent.


(1) Un prêtre aussi éclairé que pieux me disait : « Pourquoi nous persécutez-vous ? Nous sommes environnés d’un cercle de feu : nous ne pouvons exprimer une pensée politique sans être aussitôt accusés de cabale et d’intrigue; le souvenir de notre ancienne puissance nous rend suspects à toutes les opinions et nous confine dans nos cérémonies. » – « Il faut, lui dis-je, revenir aux antiques traditions ; il faut continuer l’œuvre de la première Église, et mourir, s’il est nécessaire, une seconde fois pour la charité et la justice. – Plût à Dieu, me répondit-il, qu’il ne fallût que nos vies pour donner au monde l’ordre et le repos ! Mais ne voyez-vous pas que loin de rallier les esprits, nous augmenterions l’incendie; qu’au lieu de martyre, nous ne recueillerions que haine et ridicule ? Prolétaires, nous vous avons enfantés jadis à la liberté; marchez maintenant dans votre force, et quand vous aurez vaincu, souvenez-vous de vos pères spirituels. »

Il eût pu ajouter que les hauts dignitaires ecclésiastiques, unis de vue aux hommes du pouvoir, ne permettraient jamais au bas clergé de suivre ses instincts généreux et patriotiques. Ainsi le peuple n’a plus à compter que sur lui seul…

WARNING TO THE PROPRIETORS

LETTER TO MR. VICTOR CONSIDÉRANT

Editor of the Phalange

ON A DEFENSE OF PROPERTY

Mr. Editor,

I have read the brochure entitled: Défense du fourièrisme, Réponse à MM. Proudhon, Lamennais, Reybaud, Louis Blanc, etc., and I am pleased with this publication, the author, despite the aberrations of his logic and the injustice of his reproaches, showing himself almost always a friend of progress and full of zeal for science and truth.

I say to you in all confidence, Mr. Editor, that Fourierist there is one of us; sooner or later, you will see him in the ranks of equality; there is too much loyalty and intelligence in him for the God of free men to not treat him with his mercy and let him die an infidel.

However, I regret that from motives of which I am ignorant, but which are doubtless highly respectable, your defender believed he needed to remain anonymous. Why, like those heroes de roman appearing suddenly to avenge the honor of a belle, has he come to throw himself, visor lowered, without colors or device by which he could be recognized, in this furious melee where at this moment are decided the destinies of France and perhaps of the world? Why does he not at least reveal himself to the one that he has chosen as his premier adversary? I would not betray his confidence, and, as much as he may believe us enemies, his secret would be dead in my heart. However, despite this rather discourteous reserve, which I would have the right to punish, I will content myself with counter his attacks and will not strike him: for, who knows? perhaps my critic is one of my friends; perhaps, if I knew him, I would prefer to win him than to sacrifice him to my cause; perhaps finally… I have not forgotten deplorable history of Tancrède and Clorinde, and how, believing he fought a pagan, the hapless crusader killed his mistress. Also, by the mildness of the argumentation, the lack of systematization in the ideas, a certain flux of sentiment and style, and some traits of feminine choler, I believe I have recognized a woman in my black knight…

I admit however that on one point that I begrudge him: he seems to believe and he says that I hate all those that I attack, all the representatives of the ideas and principles that I combat. What do you say to that, Mr. Editor? Your anonymous neophyte has not been planted in good Comtois soil, and does not know what it is to be a highlander of Jura. Me, hate someone, good God! because I am irritated by which I read and what I see; because I characterize, to the degree of my feeble perception, ideas and act, les persons and things! You might as well say that the doctor hates the patient, because he describes the malady. Certainly, I regard as very fortunate and I admire the one holding the speculum up to the seat of our ignominy, preserves his serenity and his phlegm; as for me, I declare it, I would not think to live and I would think little of myself if I resembled him. And I appeal to you, general of the societary army, a man grieved by the imbecility of the century, what would you do with a soldier who marched into combat singing a Priapeia, carrying the thyrse of Bacchus instead of a sword, and the mantle of Epicurus for armor? A la guerre comme à la guerre[1], says the old Galois proverb: when the enemy insults and murders you, is that the moment to say to him, arms extended: “Brother, friend!”?

But, without exaggerating anything, let us look at the facts, and let us judge the discourse.

If I read the journals, if I open a revue, if I browse through some brochure from one of our political eagles, the first thing that strikes me is that clamor of béate indignation against the false doctrines, the dissolving doctrines, the execrable doctrines that seduce the people and put society in peril. Why then doesn’t someone appose some better instructions to these doctrines de perversity? Does governmental truth have no more apostles? Will right-thinking men be badly paid? Or if the chest of secret funds is empty? Quoi! A true doctrine exists, a salutary doctrine, a holy and immortal: a doctrine which is not that of constitutional monarchy, which we no longer want, nor that of the republic, dead on 9 thermidor; nor that of legitimacy, that the people have twice condemned: and that doctrine, that everyone believes and no one discovers, the government, far from seeking it, dreads it, the privileged curse it in advance and raise the hue and cry against those who speak of it! Indeed, the phalansterians have a few blasphemers and no judges; the communists, like the Christians in the past, are declared enemies of the human race, probably because they are as poor of heart as poor of goods; the egalitarians are abominated everywhere, as exterminators of privilege and despisers of heroes and geniuses. Against these novelties we have anathemas and abuse, but not reasons. Why then should the old priests of the fallen religions, the fossil doctors of pure morals, sane philosophy, and imperishable right, deign to enter the lists and compete with use for the salvation of the people and the glory of God? Why do the Guizots, the Cousins, the Villemains, and their innumerable pensioners, instead of fighting for portfolios and positions, refuse to put themselves in search of the new order, and study the true discipline of the nations?

I seek in the numerous categories of the tribe of officials, I survey from high to low the hierarchic ladder of the corporations and bureaucrats; everywhere I find some mean who eat and who rant, but not one who contemplates and thinks. Such indeed are those who work to enlighten the people and cope with the chaos of the social and philosophical sciences? Are these our philosophers, greedy, shameless and skeptical? Are these our priests, occupied, as in their best days, with their ridiculous indulgences, having for all their social consciousness [the notion of] Christian charity, as if the precept of charity was a law of political organization? Are these our magistrates, these stoic upholders of all the cowardice, all the baseness, and all the follies of the parliaments? Are these are academicians, do backward, so fawning, and so simple-minded? Are these our journalists, these little tyrants of opinion, whose name alone is enough to arouse laughter? Are these our deputies, these praetorians of the constitutional regime, sellers ministers and secret funds? Is it the government finally, the most hypocritical, the most perverse, the most all-consuming, the most anti-national that ever was?

It is necessary to recognize it; it is a profoundly abnormal thing, a scourge for society, that preaching and teaching pass from legitimate teachers to men without mission and without authority; that I, a poor industrial worker, who is neither deputy, nor magistrate, nor academician, nor journalist, nor priest; that a M. Considérant, captain of artillery, who should be at this cannons, or managing a factory, or serving a railroad; that one Boyer, who might have lived at his page-setting without concerning himself with organization and prud’homie; that so many others finally who do not follow their trade, and meddle in that which does not concern them, we busy ourselves remaking the world, and are so bold as to touch the hand of justice or the staff of command? But, again, whose fault is that? Isn’t it these shepherds of the people, as the good Homer said, who pasture us without bread and without work; these bureaucratic administrators, buried in their papers, incapables even of organizing the fêtes du monopole et de ranger des lampions; these judges, who seem to be established only to condemn some vagabonds and listen to lawyers; this clergy without acquired doctrine[2] , these scientists who know nothing of what it is most important for us to know; to these pacifiers of the political press, who want to enchain the giant with a hundred arms under a canvas to catch butterflies? — Move yourself then, Briareos!

And yet, see how the malice of our bourgeois juste-milieu increases every day and is cheered on; how the greed of the monopolist marches more brazenly; how power and its accomplices develop their counter-reformist projects.—“We have no fear,” they say. “We have no fear; the phalansterians are ridiculous, the communists scorned, the egalitarians impossible; the last of the Saint-Simonians was just lost in uniting with the Great Whore. Hurrah! Death to the revolutionaries! Woe to the vanquished!”

And you, apostle of a new faith, you were hoping to make a spark of sacred fire penetrate these rotten, moth-eaten consciences! What have you got these last fifteen years, by your bows, your kindness, your pious frauds, your protestations of preserving everything by renewing everything?… No, no, it is not thus that one leads a revolution. Recall the words of Danton, the day after that 10th of August, when insurgent France demanded of its citizens a counsel which would save the homeland: “We must,” cried Danton with an exterminating gesture, “we must make the aristocrats fear.” And three weeks later, the workers of Maillard responded to the voice of Danton. Danton did not warn; he struck. Well! Today, if we want to escape a new September, we must speak truth to the proprietors.

I am going, monsieur editor, to examine quickly, by addressing them under a small number of heads, the critiques of your anonym. You have profited from the defense, you will hear the response: and I count on your fairness to inform your readers of it, and all those in general interested in these debates.


[1] A priest, as enlightened as pious, said to me: “Why do you persecute us? We are surrounded by a ring of fire: we can not express a political thought without being immediately accused of cabal and intrigue; the memory of our former power renders us suspect to all opinions and confines us in our ceremonies.” — “It is necessary,” I said to him, “to return to the ancient traditions; it is necessary to continue the work of the original Church, and die, if it is necessary, a second time for charity and justice.”—“Would to God, he replied, it took only our lives to give the world order and the rest! But do not you see that, far from winning minds, we would increase the flames; instead of martyrs, we would reap only hatred and ridicule? Proletarians, nous vous avons enfantés jadis à la liberté, march now in your strength, and when you have vanquished, think of your spiritual fathers.”

He might add that the high ecclesiastical dignitaries, united in their view with the men of power, would never permit the low clergy to follow its generous and patriotic instincts. Thus the people no longer have à compter que sur lui seul


THÉORIE DE LA PROPRIÉTÉ

1. — Résumé des faits.

Pour juger la propriété, il faut d’abord la connaître.

On lit dans le Constitutionnel du 14 novembre :

« Il n’est bruit à Paris que de la spéculation qui vient d’enrichir en quelques jours un des hommes à idées de cette capitale.

« M., que ses spéculation de 1838 avaient ruiné complètement, a passé avec tous les boulangers un marché pour accaparer leur braise; il a fait en même temps avec les marchands charbonniers un traité à 30 pour 100 de bénéfice.

« Les deux transactions sont faites pour douze ans, et assurent par année un bénéfice de 250,000 fr.

« La maison de Mal. frères, qui avait aidé M. de ses fonds pour cette opération, vient, dit-on, de la racheter de lui au prix d’un million payé comptant. »

En lisant cet article, qui n’a point été démenti, et qui n’a suggéré à messieurs du journalisme aucune réflexion, que de Parisiens ébahis se sont écriés : Ah ! si cette idée m’était venue ! … Quel bonheur d’avoir, une fois dans sa vie, une idée !.. Ce que c’est qu’une idée !

Ou j’entends mal la signification du terme français, ou c’est bien là un acte de propriété, et de la plus légale propriété. Le boulanger n’est-il pas maître de sa braise? N’est-il pas maître de la vendre à qui il veut, aussi cher qu’il peut? Le commerce n’est-il pas libre? Et cependant à ce simple récit la conscience se soulève ; il n’est pas un cœur d’honnête homme qui ne soit révolté.

Tous les jours on parle de poursuites exercées ou à exercer, contre les adversaires de la propriété. J’ai toujours eu frayeur des procès politiques, je hais le scandale des cours d’assises. Mais que je me trouve en présence d’un procureur général, traduit devant un jury pour crime d’excitation à la haine de la propriété, et là je dirai à mes juges :

« Avant de répondre au ministère public, je lui dénonce un acte du plus odieux accaparement, de la plus intolérable piraterie. Que la justice s’explique sur ce fait, et je m’expliquerai sur mes doctrines. Sous le régime de la terreur, le tribunal révolutionnaire envoyait à la guillotine les sangsues du peuple, les industriels à idées : l’ombre d’un accapareur faisait éclater une émeute. La morale publique a-t-elle changé depuis notre grande révolution?.. Sachez-le donc, juges et jurés, et que les propriétaires qui se trouvent dans cette enceinte l’entendent : si vous n’êtes armés que contre les ennemis du monopole, votre loi est au-dessous de la loi de Robespierre; votre justice est pire que la justice de Fouquier-Tinville.»

Le lendemain, le Constitutionnel publia de nouveaux détails :

« La Compagnie qui a fait à la boulangerie de Paris l’acquisition de la braise a commencé cette semaine l’exécution de son marché.

« Il paraît que cette mise en train n’est pas aussi facile que les traitants l’avaient espéré. Dans plusieurs quartiers, les charbonniers ne veulent déjà plus vendre de braise, les conditions de prix et d’abonnement qui leur sont imposées ne leur laissant plus de bénéfice. L’administration leur a fait quelques concessions.

« L’enlèvement de la braise chez les boulangers éprouvant des retards contraires aux conditions du marché, plusieurs boulangers se sont vus dans la nécessité de faire des mises en demeure.

« Il parait que cette affaire, qui offrait des bénéfices considérables, est beaucoup moins avantageuse pour les sous-traitants qui ont payé cher la cession du marché et auxquels une des conditions posées par les boulangers interdit de détailler leur braise au-dessous de 40 centimes le décalitre ou 8 francs le sac. »

Laissons de côté les embarras qui surgissent de l’exercice du monopole, du fait même d’accaparement; c’est la peine fatalement inhérente à toute propriété. Mais si, gênés dans leurs moyens d’existence, les charbonniers s’entendent et refusent leur main-d’œuvre, ne courent-ils pas risque d’être poursuivis à la requête de l’accapareur, pour délit de coalition? Il serait curieux de voir ce renversement de toute justice, peu probable il est vrai dans le cas dont il s’agit, mais qui, dans les principes judiciaires qui nous régissent, n’aurait rien que de naturel et ne manquerait pas de précédents. Et d’ailleurs, il faut à notre jeune dynastie des nobles et des feudataires; il faut au système anglo-Thiers une grande-propriété; il faut, pour que la cour citoyenne soit suffisamment garnie de pairs, des voleurs publics tels que M… et son banquier: pour arriver à ces grands résultats, quels moyens plus sûrs que les pots-de-vin, les adjudications sans enchères, les accaparements?

Quant à vous, monsieur le rédacteur, dont la justice vaut mieux sans doute que le système, hésiterez-vous à qualifier des noms de vol et de guet-apens le trait d’industrialisme propriétaire que je viens de vous citer?… Eh bien! tous ces républicains gros marchands de bois, tous ces ministres contrebandiers et concussionnaires, tous ces cumulards littérateurs et philosophes viennent se ranger sous la même étiquette; ajoutez-y les accapareurs de terres, les accapareurs de travaux, les accapareurs du commerce et de l’industrie…; je vous laisse à remplir le cadre.

« La terre est un vaste atelier, divisé en une foule de compartiments propres à diverses productions. La nature a fait présent gratuitement à l’homme de ce vaste atelier; mais certains hommes entre tous s’en sont emparés et ont dit: A moi ce compartiment; à moi cet autre; ce qui en sortira sera ma propriété exclusive… On ne saurait disconvenir que le propriétaire foncier n’ajoute personnellement rien à l’utilité annuellement produite dans un pays. (Say, Notes sur Ricardo.)

Dieu, dit le Prophète, a donné la terre aux enfants des hommes : mais les propriétaires l’ont envahie. C’est pour cela qu’il nous faut aujourd’hui payer pour semer un champ des hommes qui ne labourent pas, payer pour avoir un gîte des hommes qui n’ont point bâti, payer pour chauffer un foyer des hommes qui ne manient point la cognée, payer pour travailler des hommes qui ne travaillent jamais. Et quelles conditions nous impose le propriétaire insolent! Toi, tu as des enfants : tu ne logeras pas chez moi, parce que les enfants dégradent tout; toi, tu tiens une école : tu n’entreras pas dans ma maison, parce que les écoliers sont méchants; toi, tu es serrurier, menuisier, chaudronnier : tu ne saurais me convenir, parce que ton état fait du bruit; toi, tu as une difformité dans la taille : serviteur ! ma femme ne souffre pas les bossus. Que veut donc cet animal ? – Monsieur est rentier, monopoleur et fainéant comme j’ai l’honneur d’être ? A tout seigneur tout honneur ! Monsieur payera les contributions, les réparations et son loyer, et nous vivrons ensemble. – Le propriétaire entend choisir son monde : il faut que son valet soit fringant, sa servante jolie, son frotteur bien élevé; il exigerait même, s’il osait, pour portier un officier retraité et décoré !

Voilà la propriété: qu’on la justifie, ou qu’on se taise.

THEORY OF PROPERTY

1. — Summary of the facts.

In order to judge property, it is first necessary to know it.

We read in the Constitutionnel of November 14:

“There is talk in Paris of the speculation which just enriched in a few days one of the men of ideas of that capital.

“Mr. …, whose speculations in 1838 had ruined him completely, had made a deal with the bakers to accaparer leur braise; at the same time he made with the coal merchants an agreement at thirty percent profit.

“The two transactions are made for twelve years, and assure a yearly profit of 250.000 francs.

“The house of Mal… Brothers, who aided M… with the funds for this operation, have just, it is said, bought it back from him at the price of million in cash.”

In reading this article, which has not been refuted, and which has not suggested any reflection to the gentlemen of journalism, how many dumbfounded Parisians have cried out: Oh! If that idea had come to me!… What good fortune to have, once in one’s life, an idea!… What an idea that is!…

Either I am understanding the meaning of the French term badly, or that is very much an act of property, and of the most legal sort. Isn’t the baker master of his braise? Isn’t he free to sell it to whomever he wants, at whatever price he chooses? Isn’t commerce free? And yet at this simple story the conscience rises up; there is not one honest man’s heart that is not appalled.

Every day we talk of prosecutions carried out or about to be carried out against the adversaries of property. I have always has a fear of political trials; I hate the scandal of the court of assizes. But let me find myself in the presence of a public prosecutor, brought before a jury for the crime of exciting hatred for property, and I will say to my judges:

“Before responding to the public minister, I denounce to him an act of the most odious monopolizing, of the most intolerable piracy. Let the justice explain this fact, and I will account for my doctrines. Under the regime of the Terror, the revolutionary tribunal lead to the guillotine the bloodsuckers of the people, the industrialists with ideas: the hint of a monopolist made a riot break out. Have public morals changed since our great revolution?… Know then, judges and jurors, and let the proprietors who find themselves in this space understand: if you are armed only against the enemies of monopoly, your law is beneath the law of Robespierre; your justice is worse than the justice of Fouquier-Tinville.”

The next day, the Constitutionnel published new details:

2. — Mouvement social, et conspiration des économistes contre la propriété.

Un fait sur lequel l’anonyme a passé comme sur un fer rouge, mais qu’il importe de signaler comme l’expression la plus éclatante du mouvement civilisateur, c’est cette espèce de conspiration instinctive qui se manifeste de toutes parts contre la dernière forme sociale, la propriété. Laissons les législations plus ou moins communistes des Egyptiens, des Juifs, de Minos, de Lycurgue, ainsi que les institutions des pythagoriciens et des thérapeutes: tous ces vieux essais d’organisation politique ne prouvent rien pour l’ordre à venir; la propriété les a tués, tout simplement parce qu’ils n’étaient point nés viables, et qu’elle devait avoir son tour de règne et son temps de durée. Aussi, tant que le droit romain et le droit féodal commandèrent à la terre, la propriété, sacrée, inviolable, incontestée, fut le véritable droit divin en vertu duquel obéirent les peuples, combattirent les barons, et régnèrent les souverains.

Mais voici que les nobles, qui ne produisent rien, s’appauvrissent; que les serfs, qui travaillent, deviennent riches et acquièrent des propriétés; que des communes se forment, que des provinces se groupent et se centralisent, que le gouvernement devient un art et l’interprétation des lois une sophistique; voici qu’on distingue entre le domaine public et le domaine privé, entre l’intérêt du roi et l’intérêt du citoyen, entre la société et l’homme. Des conflits s’élèvent, et des causes qui jadis eussent été vidées par le préteur on juge civil sont évoquées maintenant par les administrateurs royaux: nous avons un droit administratif, une jurisprudence administrative, une procédure administrative, des juges administratifs; l ;’administration, plongée à son origine dans un chaos ténébreux, s’élève tous les jours à la lumière, et menace d’envahir le prétoire. Bientôt, la propriété devenant matière administrative, propriétaires et travailleurs entrèrent dans l’administration; le gouvernement sera tout, le tribunal rien. Déjà s’élèvent des doctrines singulières: on écrit que la propriété n’est point un droit, mais un fait; et ce sentiment est aujourd’hui celui de la moitié des professeurs allemands: on soutient que la propriété ne nait point de l’occupation, mais du travail; et cette opinion, issue des élucubrations économistes, est un démenti flagrant donné à la philosophie de l’école et aux maximes du droit divin. Enfin une révolution est venue en aide à la théorie, et cinquante ans ont suffi pour réformer sur ce point la raison publique. Il est loin le temps où le père d’un de nos magistrats les plus recommandables disait à ses paysans: Vous êtes mainmortables, et vous mourrez mainmortables. —Les fils des paysans se sont assis aux conseils de la nation: faut-il croire que c’est le ciel qui se courrouce?

Rien de plus intéressant que de suivre les progrès de ces doctrines antipropriétaires, et la tactique de leurs auteurs.

« Lorsque les anciens économistes, dit Germain Garnier, représentaient la propriété foncière comme source de toutes les richesses, ils ne sollicitaient pour elle ni faveur ni privilège quelconque. Au contraire, l’impôt, réduit à un seul mode d’assiette, était une charge réservée uniquement aux propriétaires fonciers. Les seuls privilèges qui restaient à ceux-ci étaient ceux qu’ils tenaient de la nature même et des principes de l’ordre social. On ne demandait au gouvernement que de ne pas contrarier le cours des choses, et de ne pas mettre d’obstacle au progrès naturel vers lequel elles doivent marcher d’elles-mêmes. Tous les règlements que l’on sollicitait en faveur de l’industrie et du commerce étaient contenus dans ces quatre mots: Laissez faire, laissez passer.

« Cette doctrine, si simple dans son exposition, si généreuse dans ses résultats, eut de zélés partisans et d’ardents adversaires. Elle fut embrassée par les hommes d’Etat les plus éclairés de cette époque, Turgot, Trudaine, Gournay, Malesherbes, Lavoisier, de Jaucourt, Condorcet, Raynal, Dupont, Morellet, Letrosne, etc.

« Cette doctrine de pleine liberté jeta l’alarme parmi les traitants, les fermiers des revenus publics et leurs innombrables préposés; elle blessa l’orgueil des ministres et les prétentions non moins exigeantes des premiers commis, dont elle semblait réduire à rien le profond savoir et la longue pratique des affaires. Les négociants et les gros manufacturiers s’indignaient de ce que leurs professions étaient flétries du nom de stériles. Les propriétaires, fermiers eux-mêmes, jetèrent de hauts cris contre l’impôt unique dont on proposait de les charger. Il n’y eut donc pas un intérêt, pas un préjugé, pas une passion qui ne se soulevât contre les économistes, et à défaut de raisonnements, on attaqua les doctrines avec des pamphlets et des satires. » (Préface de la traduction d’Adam Smith.)

Ainsi, sous l’ancienne monarchie, lorsque la propriété foncière était le privilège pour ainsi dire exclusif de la noblesse et du clergé, et l’industrie le privilège des corporations et des maîtrises, les économistes demandaient, pour la première, qu’elle subît seule la charge de l’impôt; pour la seconde, qu’elle fût déclarée libre. Sous l’un et l’autre rapport, c’était favoriser le travail et frapper le monopole. Des gens qui prenaient si chaudement les intérêts du peuple devaient tôt ou tard avoir raison, et c’est aussi ce qui arriva.

Or, à présent que la propriété est divisée entre des millions de possesseurs et que l’industrie est devenue libre, que demandent, qu’enseignent ces mêmes économistes? La chose mérite d’être examinée de près.

L’économie politique ayant pris depuis un demi-siècle un développement rapide, s’est divisée en plusieurs branches formant autant de spécialités pour les adeptes. Ainsi nous avons les économistes industriels ou organisateurs, les financiers, les moralistes et les légistes. Chacune de ces espèces semble travailler à part et quelquefois même en rivalité avec les autres; mais toutes, comme autant de rayons, viennent converger à un point commun qui est le but suprême de la science, et que faute d’un nom plus précis j’appelle droit de possession ou égalité.

Les industriels (J.-B. Say, H. Say, Blanqui, et en général l’école française, qui a des représentants jusqu’au ministère) demandent qu’on épuise toutes les conséquences du laissez faire, laissez passer, c’est-à-dire qu’on abolisse les douanes, les droits d’octroi, de transit, et en général toutes les entraves du commerce. Leur but est manifestement de combattre sur chaque point du globe la propriété locale par la propriété extérieure, et par ce moyen d’équilibrer les prétentions des fabricants, tout en offrant de meilleures conditions aux consommateurs.

Les financiers (saint-simoniens, phalanstériens, docteur Cieszkowski, baron de Corvaja, et autres) réclament une plus vaste émission de capitaux, des banques d’escompte et de secours, la mise en circulation de toutes les propriétés, et la constitution d’une rente nouvelle, accessible aux plus petites économies. Qui ne voit que ceux-ci se proposent de faire des travailleurs autant de capitalistes et de rentiers, en les rendant peu à peu actionnaires et intéressés dans toutes les entreprises? Or jugez quel sort menace les oisifs, quand la rente du prolétaire balancera celle du propriétaire, et que chacun n’aura plus pour vivre que ses appointements?

Mais voici pis que tout cela: les légistes, M. Rossi en tête, affirment que toute propriété, foncière, mobiliaire ou monétaire, est un monopole. [1] Il est vrai qu’ils ajoutent que ce monopole est nécessaire: mais ils n’en concluent pas moins que le monopoleur est comptable avec la société de son privilège, que sur lui doivent peser les plus fortes charges; peu s’en faut qu’ils n’en fassent un administrateur de la fortune publique, un régisseur du bien des pauvres, en un mot une sorte de contre-maître aux ordres de l’autorité. Et le gouvernement, qui entre dans ces vues, charge la propriété, impose l’industrie morcelée contre les immeubles, attaque le rentier par mille moyens à la fois. Malheureusement il se produit ici un inconvénient qu’on avait déjà vu arriver au temps de la dépréciation des assignats. Le peuple se plaignait que le prix des journées demeurant le même, et la valeur des assignats diminuant toujours, il ne pouvait plus acheter de quoi vivre.— Augmentez vos salaires, lui disait Cambon. — Mais cet honnête, cet excellent peuple ne comprit jamais qu’il pouvait sans fraude exiger 3 francs de ce qu’il avait l’habitude de faire payer 30 sous, et il se laissa mourir de faim, par entêtement de probité. Aujourd’hui le propriétaire grevé hausse le prix de ses denrées; le peuple, tourmenté de deux maladies incurables, la famine et la peur, baisse le prix de son travail: et l’indigence, comme la mitraille, moissonne ses rangs toujours remplacés. Il y a là évidemment un vice d’organisation; mais l’intention est bonne, et tôt ou tard la pensée des économistes, suffisamment entendue, se réalisera.

Enfin les moralistes parlent de donner aux ouvriers des garanties contre le despotisme des maîtres, et cela, disent-ils, afin de prévenir les coalitions. Admirable de profondeur ou de naïveté, comme on voudra. A présent, l’ouvrier qui réclame est conduit en prison; bientôt, grâce au système des économistes moralistes, il pourra traduire devant le juge son patron récalcitrant. Ce sera un des meilleurs tours que l’on aura joué à la propriété.

A toutes ces tendances, que je ne fais ici qu’effleurer, je pourrais joindre celle de l’école fouriériste, qui propose de retirer tout doucement les capitaux et instruments de travail des mains des propriétaires, en leur offrant, dans un plus fort intérêt, une sorte de compensation.

« Le plaisir, à les entendre, sinon le plus doux, du moins le plus réel, le plus positif de la propriété, consiste surtout dans le meilleur rapport possible. » L’anonyme appelle cela défendre la propriété !

Maître Houdard, peut-être on vous croirait,
Mais par malheur vous n’avez point de queue.

Songez donc enfin, monsieur le redacteur, qu’en persistant à vous donner comme les seuls conservateurs de la propriété vous ne trompez personne, ni parmi vos confrères qui sourient, ni parmi vos adversaires qui se fâchent, et que le public est à la veille de vous accuser de mauvaise foi.

Certes, je suis loin de prétendre que cette marche si profondément démocratique des économistes soit le résultat d’une conspiration de longue main organisée, et ayant pour but la spoliation des riches: loin de là, la plupart des économistes n’ont pas eu conscience de leur œuvre; aujourd’hui même ils défendent la propriété avec une singulière bonne foi. Mais qu’importe que ces spéculateurs, métaphysiciens et jurisconsultes médiocres, s’obstinent à respecter le mot, s’ils proscrivent la chose? Aujourd’hui leur but est si évident, que beaucoup de propriétaires instruits en sont frappés, et ne s’en effrayent pas. Voici seulement comment ils posent le problème:

« Point de communauté, point de phalanstère, point de castes, point d’expropriations, surtout point de révolutions. Laissez faire, laissez passer; chacun chez soi, chacun pour soi; république ou monarchie, il n’importe. Si avec cela vous pouvez nous conduire à l’égalité absolue, tant mieux, nous sommes des vôtres, et nous vous aiderons de tout notre pouvoir. »

Que voulez-vous, monsieur le rédacteur? Il faut bien accepter les conditions que l’on nous fait. Les propriétaires, en France, sont dix contre un leur volonté, en attendant mieux, mérite d’être comptée pour quelque chose. Dans notre province, par exemple, dans cette vieille Séquanie à la race forte et obstinée, je vois bien quelques républicains spéculatifs, quelques phalanstériens amateurs, beaucoup de gens qui critiquent, mais pas un enthousiaste. Paysans et citadins, du côté de ce royaume, écoutent volontiers, mais ne s’ébranlent pas au premier discours, et vous savez s’il serait aisé de les forcer. Ils ne veulent entendre parler ni d’exploitations par compagnies ni de ménage commun: les plus pauvres, les femmes surtout, sont les plus intraitables. Il s’agit donc de les prendre par leurs propres aphorismes; et vous le dirai-je, monsieur le rédacteur? ce parti me parait non-seulement le plus sûr, mais aussi le plus vrai. EPUISER LES CONSEQUENCES DU REGIME PROPRIETAIRE EN DEVELOPPANT LES DROITS DE TOUS, tel est dans mon opinion le se mode rationnel de nous élever sans secousse à une forme sociale synthétique, c’est-à-dire supérieure à la communauté et à la propriété. Dès lors la question se réduit à accélérer le mouvement, non à changer la forme des institutions; à faire vivre vite la société pendant un laps de temps, et à lui faire accomplir en une génération le travail de plusieurs siècles. Que votre anonyme m’accuse maintenant, s’il l’ose, de manquer à la pratique, et de me placer hors des conditions de la nature.

Mais pour arriver à ce magnifique résultat, il faut des principes absolus, des formules d’organisation et de répartition universellement admises et d’une fécondité infinie; il faut expliquer et comprendre le présent et le passé, s’élever à l’intelligence complète de la propriété, juger la valeur de chaque utopie : or, parmi tant de gens qui écrivent et déclament, combien, monsieur le rédacteur, en connaissez-vous qui se dévouent à cette tâche effrayante?– L’autre jour, M. Duvergier de Hauranne avisa que si les légitimistes et les républicains voulaient se faire accepter, ils devaient se rendre acceptables ; et pour cette immense découverte, M. Duvergier de Hauranne est célébré par les journaux de sa coterie comme un génie politique?. Je rougis pour mon siècle et pour ma patrie.

——

[1] « Vous trouvez toujours sur votre route un monopole. Il n’est guère de produit qu’on puisse regarder comme le résultat pur et simple du capital et du travail…

Cette formule (que le prix de chaque chose se mesure aux frais de production) est profondément modifiée par l’intervention de l’un ou de l’autre des monopoles auxquels se trouvent soumis les instruments de la production. » (Rossi, Cours d’économie politique, p. 143.)

M. Rossi distingue ensuite des monopoles naturels et des monopoles artificiels; parmi les premiers, il range les vignes, terres, mines, carrières, etc. Appliqués aux nations ces monopoles ne sont, dit-il, que la division du travail donnée par la nature. — La seconde catégorie de monopoles comprend les brevets d’invention, privilèges d’auteurs, hérédité de charges, propriété de maisons, etc.

Le grand, l’unique problème à résoudre est donc de savoir si l’on peut faire cesser le monopole, et comment on y parviendra. Les hypothèses socialistes proposées jusqu’à ce jour n’ont pas d’autre objet.

3. — Que la propriété se détruisant d’elle-même, il est irrationnel, au point île vue pratique, de la vouloir défendre.

La propriété est mauvaise, mais la propriété se détruit; telle est, sous la main de la Providence, la loi universelle des choses humaines: délit et peine, action et réaction.

Mais l’anonyme prétend se soustraire à cette loi: avec une affectation de positivisme aussi contraire à la bonne philosophie qu’à l’opinion fouriériste, il se renferme dans la pratique, comme si la pratique, séparée de la théorie, était autre chose que la routine. Il dit, page 20:

« Nous accorderons volontiers que la société s’achemine d’elle-même vers l’extinction de la propriété, pourvu qu’on admette que le but est encore à quelques siècles de nous, et que cette perspective ne changera en rien, d’ici à bien des années, hélas! la situation présente des hommes et des choses. »

Si le mouvement jusqu’à ce jour inobservé qui nous emporte vers un état d’association où la propriété n’existera plus que do nom et où l’égalité absolue sera dans les conditions et les fortunes; si, dis-je, ce mouvement est réel, qu’est-ce que le critique me reproche? Est-ce de demander l’accélération de ce mouvement? Mais en cela je ne fais que me conformer au vœu de la nature, et ce sont les partisans du statu quo qui désobéissent à la Providence. La société fait effort pour se dégager du passé: ce qui la retient dans ses vieux langes, c’est la force. Cessez de défendre le privilège et le monopole, laissez faire au travail et à la liberté; puis, si vous ne savez le prévoir, attendez le résultat. Eh! qu’est-ce donc qui me fâche, si ce n’est de voir gouvernants et privilégiés s’entendre pour conjurer le destin, et abuser de la puissance publique pour empêcher l’égalité d’éclore?

Aurais-je eu tort de conclure de la prochaine et inévitable abolition de la propriété à son existence contingente, à sa valeur toute relative, et partant à son impossibilité absolue? Mais je ne pouvais confondre le fait transitoire avec le droit immuable, le moyen avec le but, un des mille phénomènes du travail d’organisation qui s’opère depuis quatre mille ans, avec cette organisation elle-même. Il était dans les conditions d’établissement de l’ordre au sein des sociétés qu’il y eût une période propriétaire, il ne suit pas de là que la propriété soit éternelle. S’il y a contradiction quelque part, c’est du côté de l’anonyme qui, voyant dans la propriété une institution normale, un principe de vérité absolue et d’inaltérable durée, admet pourtant qu’elle s’efface et disparaît. Cela seul peut s’altérer et périr qui manque de sanction et de règle.

Enfin, malgré la dégradation incessante du droit ‘de propriété, regarderait-on comme hasardée cette conséquence de mes deux premiers mémoires, que dans le système naturel de l’organisation sociale, système que j’appellerais volontiers des familles humaines, le principe de propriété ne saurait être admis , et n’est d’aucune valeur scientifique? et voudrait-on transformer ici le fait en droit, sous prétexte qu’aucun fait n’existe, qui n’ait sa raison et sa légitimité? Mais encore une fois ce serait attribuer au premier effort de la nature un caractère de perfection qu’il n’a pas et qu’il n’est lui-même que destiné à produire; ce serait vouloir éterniser les bouillonnements du chaos. Oui, la propriété fut légitime, mais ce fut comme préparation à l’ordre, non comme institution définitive. Le progrès de la civilisation la condamne à mourir; la Providence et l’humanité sont justifiées.

D’après cela, comment concevoir que l’anonyme m’accuse de me placer hors de la nature, de bâtir une tour en l’air, de nier les traditions des peuples et de maudire les essais des législateurs? Voici comment il formule ses conclusions:

« Au résumé, il nous semble hors de contestation que tout philosophe qui travaille à une organisation meilleure, présente et pratique, doit en puiser les matériaux dans la société actuelle, et que la propriété est le plus indispensable de ces matériaux. »

Je prends acte de ces paroles, qu’on dirait inspirées, monsieur le rédacteur, par votre excellente brochure sur la Politique générale; et je ne crains pas de prédire que celui qui les a écrites, et son honorable patron, et bientôt tous les fouriéristes, seront conduits par les conséquences de leurs propres principes à abjurer leurs lubies de propriété et d’inégalité. Oui] vous-même, monsieur le rédacteur, tôt ou tard vous déserterez le phalanstère: défendez toujours votre drapeau, livrez-vous à une infatigable propagande, combattez pour la propriété, prêchez tout à la fois l’amour libre et la famille, fondez des colonies, organisez des séries de groupes contrastés, avant cinq ans, si vous voulez entendre, vous serez affranchi de ces limbes phalanstériennes où languit votre pauvre âme, si vive dans ses allures, si bien faite pour la science exacte et rigoureuse, mais si misérablement subjuguée par les hallucinations d’un ignorant et d’un fou.

Pour revenir à ce qui me concerne, où l’anonyme a-t-il vu que dans mes recherches sur la propriété j’aie rejeté, comme moyen de transition et d’organisation, cette même propriété? D’où sait-il, par exemple, que les droits les plus désastreux des propriétaires, le fermage, le louage, l’hérédité à tous degrés, les donations entre-vifs et après décès, la succession dans les charges, les constitutions de rentes, etc., etc., ne sont pas, dans mon opinion, les auxiliaires naturels qui nous ont été donnés pour arriver à l’ordre, pour combattre la propriété et établir l’équilibre même? Hélas! il faut bien le dire, nous sommes trop jeunes encore pour nous passer de ces choses! et c’est ce qui démontre le mieux que toute notre civilisation est encore imprégnée de barbarie; mais s’ensuit-il que nous devions nous condamner à une éternelle enfance? Quand l’être organisé s’éveille à la vie, il puise sa première nourriture à une source spéciale et préparée pour lui seul; mais voici que la plante grandit, que l’enfant croît et se fortifie; aussitôt les cotylédons tombent, la mamelle se dessèche et tarit. Ne voyez-vous pas que la propriété est épuisée, et que ses fils vigoureux demandent une plus forte nourriture?

Dans la seconde édition de mon premier mémoire, j’ai rédigé le programme de l’organisation égalitaire dans les termes suivants, que je livre à l’appréciation du critique anonyme:

« Trouver un système d’égalité absolue, dans lequel toutes les institutions actuelles, moins la propriété, ou la somme des abus de la propriété, non-seulement puissent trouver place, mais soient elles-mêmes des moyens d’égalité: liberté individuelle, division des pouvoirs, ministère public, jury, organisation administrative et judiciaire, unité et intégralité dans l’enseignement, mariage, famille, hérédité en ligne directe et collatérale, droit de vente et d’échange, droit de tester, et même droit d’aînesse; — un système qui, mieux approprié, assure la formation des capitaux et entretienne l’émulation générale; qui d’une vue supérieure explique, corrige et complète les théories d’association proposées jusqu’à ce jour, depuis Platon et Pythagore, jusqu’à Babeuf, Saint-Simon et Fourier; — un système enfin qui, se servant lui-même de moyen de transition, soit immédiatement applicable (1). »

Ce programme, où il n’est parlé ni de passions, ni d’attractions, ni d’harmonie, paraîtra bien maigre sans douté à un fouriériste; mais je défie qu’on lui reproche d’être hors des conditions de la nature et de la société.

——

(1) L’hérédité par elle-même n’est point une cause d’inégalité sociale; elle ne le devient que par l’effet du monopole et du droit de propriété. L’hérédité est un mode de transmission du mort au vif: or, d’après le droit existant, les pères transmettent arbitrairement à leurs enfants un privilège, tandis que selon le droit naturel ils doivent leur transmettre légitimement un litre légitime. Je démontrerai, par les calculs les plus exacts, que dans le système de répartition et d’organisation égalitaire, l’hérédité peut être maintenue sans qu’il m résulte pour personne ni augmentation ni diminution d’avantages, ni morcellement dans l’exploitation agricole et la production industrielle.

4. Que réformer la propriété c’est la détruire.

« Actuellement, dit l’anonyme, la propriété est abusive, despotique et jalouse; les récents propriétaires renchérissent même sur les anciens sous ce rapport. » Il tire de là cette conséquence que la propriété appelle une réforme, mais non pas une destruction. C’est ce qu’il répète en vingt endroits de sa brochure.

Voilà comment l’instinct de conservation trompe les meilleurs esprits et leur fait illusion. La propriété est une de ces choses dont l’existence, pour m’exprimer comme l’école, n’est pas réelle ou substantielle, mais formelle; en d’autres termes, la propriété n’est point une entité, mais une formalité. Réformer une chose dont toute l’existence est dans la forme, c’est la remplacer par une autre, c’est la détruire.

M. Blanqui m’avait parlé déjà de réformer la propriété sans la détruire, et j’avais répondu:

« M. Blanqui reconnaît qu’il y a dans la propriété une foule d’abus: de mon côté, j’appelle exclusivement propriété la somme (ou le principe) de ces abus. Pour l’un comme pour l’autre, la propriété est un polygone dont il faut abattre les angles: mais, l’opération faite, M. Blanqui soutient que la figure sera toujours un polygone, tandis que je prétends, moi, que cette figure sera un cercle. »

Donnez à une masse de cire de forme sphérique une forme conique ou pyramidale, ce sera toujours de la cire: la substance est conservée, mais la sphéricité est détruite. De même, pour le citoyen qui travaille, produit et consomme, use et abuse, il existe deux grands ordres de faits qu’il importe de ne pas confondre: les biens dont il use, et le mode ou le droit selon lequel il en use. Que le détenteur soit propriétaire, esclave ou moine, l’essence des biens pour lui ne change pas; le mode de jouissance et d’exploitation seul varie. Ici c’est la propriété, là c’est le fermage, ailleurs la communauté: imaginez un mode qui ne soit ni l’un ni l’autre de ceux-là, direz-vous que ce mode est propriété? Avec non moins de raison vous pourriez prétendre que c’est communauté ou fermage.

Direz-vous maintenant que je subtilise, et faut-il vous traiter comme ces enfants que les masques épouvantent? Revenons aux faits et nous serons d’accord tout à l’heure.

« La propriété, dit l’anonyme, est aujourd’hui abusive, despotique, jalouse, capricieuse, ignorante, immorale. » — Je ne dis pas pis.

« Il faut la rendre sociale, bienfaisante, accessible à tous; la discipliner et la rendre plus féconde. » — Je ne demande pas mieux.

« Pour cela il faut remplacer le travail morcelé, la concurrence égoïste, la répartition arbitraire, par l’exploitation unitaire, la solidarité et une meilleure répartition des produits. » — C’est ce que je ne cesse de dire.

« Alors, ajoute-t-il, vous ne déclamerez plus contre la propriété. » — Sans doute, répliqué-je, car alors la propriété ne sera plus.

Concluons de tout ce qui précède, que la propriété, comme tout ce qui tient aux institutions sociales, est de nature pour ainsi dire organique et embryonnaire; qu’en se développant elle se dénature; que, de même que le fœtus humain, tour à tour ver, poisson, lézard, homme enfin, l’ordre social se produit à travers une série de transformations dont la première contient les rudiments des autres, bien qu’elle en diffère essentiellement, et la dernière suppose les précédentes, bien qu’elle ne leur ressemble pas davantage. [1]

——

[1] Tout ce qui vient d’être dit sur la transformation ou la dénaturation de la propriété, et sur le mode de transition rie cette phase a la suivante, a été indiqué dans mon premier mémoire: il ne tenait qu’aux alarmistes de l’y voir et de le comprendre, avant de sonner le tocsin.


[in progress]


TABLE DE MATIERES

Avertissement aux propriétaires, ou Lettre à M. Victor Considérant, rédacteur de ta Phalange, sur une Défense de la propriété.

THÉORIE DE LA PROPRIÉTÉ

  1. — Résumé des faits.
  2. — Mouvement social et conspiration des économistes contre la propriété.
  3. — Que la propriété se détruisant d’elle-même, il est irrationnel, au point de vue pratique, de la vouloir défendre.
  4. — Que réformer la propriété c’est la détruire.
  5. — Exposition de la formule d’Adam Smith sur l’égalité dans les échanges.
  6. — Démonstration de l’égalité des conditions par la formule d’Adam Smith.
  7. — Du rôle que remplit le Talent dans la production.
  8. — Applications sociales et économiques de la formule d’Adam Smith.
  9. — Examen de quelques objections.

RÉPONSE AUX ACCUSATIONS

  1. — Fourier méconnu : appréciation générale des travaux de ce socialiste.
  2. — Préjugés défavorables à la théorie de Fourier.
  3. — Tous les partis contraires au Fouriérisme: pourquoi.
  4. — D’un syllogisme de l’anonyme.
  5. — Sur l’émancipation de la femme. — Que l’opinion fouriériste peut sans peine être rejetée.
  6. — Reproche de variation. — Absurdité de ce reproche.
  7. — Reproche d’excitation à la haine et au mépris de l’opinion prétendue républicaine. — Réponse.
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